Édition du Roman de Pelyarmenus

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[1] Ci fine li livres de Cassydorus, si parlerons aprés de Pelyarmenus de Romme comment il avoit pourchacié vers vient li contes a B Dyalogus, son frere B le bastart, de si com il cuida B metre a mort murtrir B les .ii. B enfanz petiz a B l’empereour l’empereour de Constantinoble B l’empereur son pere G Cassidorus💬Sur la macrostructure du Cycle, l’enchaînement des romans et le contenu des rubriques dans les différents témoins, cf. Introduction et l’étude codicologique.

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Enluminure de 15 UR, sur deux colonnes. Assis, à gauche, deux personnages (probablement Pelyarmenus et Dyalogus) discutent, pendant qu’à droite une nourrice s’occupe de deux jeunes enfants (probablement Cassidore et Dorus)

§1 En ceste partie dist li contes que qu’il avint B , aprés ce que Pelyarmenuz ot porchacié la traïson envers Dyagolus, le bastart son frere, et fait le marchié des enfanz Cassydorus, l’empereour de Coustentinoble, murtrir, quant il s’en ala en la queste pour querre l’empereourCassidorus son pere, Dyagolus li bastars, qui demourez estoit a Romme se fu partis de Dyalogus son (sic) le bastart son frere que cilz Dyalogus B 💬et fait le marchié ... murtrir: La construction infinitive se comprend ainsi : "et conclu l’accord d’assassiner les enfants de Cassidorus, l’empereur de Constantinople"., fu moult engranz de savoir comment il peust Pelyarmenus son frere servir a gré. Cilz, qui estoit venuz de mauvais aquest et qui a nul bien ne pensoit, regarda par pluiseurs fois comment comment ne en quele maniere B il porroit Dorus son petit frere, filz l’empereour de CoustentinobleCassidorus le petit fil l’empereur de Constantinoble, qui freres estoit Peliarmenus de par la mere B , metre a mort et ne B lui destruire, si que nuls ne le seust. Dont pensa une mortel traïson, comme cilz qui fu en grant cuisençon et en grant soing de ce faire. Dont avoit par dessouz le Palais Majour une tres grant yaue, et ycele yaue es[b]toit apelee le Tybre. En cel Palais Majour demouroit a celui temps l’empereris de RommeFastige. Veritez fu que moult soigneusement faisoit les enfanz garder💬moult soigneusement faisoit les enfanz garder: Cette précision, et notamment l’emploi de l’adverbe soigneusement, traduit le fait que Fastige considère ces enfants comme les siens. C’est aussi le signe de sa sagesse pratique (cf. à ce sujet n.###).. Cil Dyagolus B , despuis que son frerePelyarmenus li ot la proiere faite fait proiere B de la traïson, ne Cil Dyalogus ne B fu onques puis heure💬Cil Dyagolus ... ne fu onques puis heure: La rupture de construction (thème suspendu) est commune à toute la tradition (on la retrouve aussi dans B, qui donne Cil Dyagolus). Pour d’autres exemples, cf. Note linguistique. que il trop grant signe d’amour ne moustrast aus enfanz ne li moustrast B 💬Le contraste entre la trahison et les signes d’amour que porte Dyalogus aux enfants marque la perversité du personnage mais aussi sa sagesse pratique, en vue de ne pas être accusé par la suite.. Chascun jour prenoit ou G l’un ou l’autre entre ses bras et le portoit par laiens par moult grant signe d’amour. Il avint un jour que il espia que les nourricesNourrices s’endormirent se dormoient B X2 et li dui enfant se juoient💬La forme juer est assez courante (TL IV, 1694, 32), particulièrement en anglo-normand. On la trouve également en ancien flamand (FEW V, 36a). ensamble. Dont prist Dyalogus Dorus entre ses braz et l’emporta B , que nus ne le vit, fors la sa X2 petite suerCassidore, et et l’emporta entre ses bras par moult grant signe d’amour et B 💬Possible saut du même au même non erroné de V2GX2 sur et. vint aus chambres courtoises et la le laissa il cheoir, et chaÿ li enfesDorus en l’yaue en tele maniere que il soushaucha la planche et il s’en ala dedens, si comme cil qui Dieux ne voloit mie que il fust perdus, ainz chaï en l’yaue B 💬La leçon de B indique que celle de V2GX2 pourrait dériver d’un saut non erroné sur l’yaue. Si tel est le cas, il faut supposer que la place du segment comme cilz ... perduz dans l’archétype est celle de V2GX2, sans quoi les trois témoins l’omettraient, et que B innove en modifiant l’ordre des constituants. en tel maniere que il ne fu bleciez ne maumis, comme cilz que Diex ne vouloit mie que il fust perduz B 💬comme cilz ... que il fust perduz: La rupture de construction est commune à toute la tradition, y compris dans B, dont l’ordre des mots est différent, cf. aussi n. précédente., fort tant que il but de l’yaue plus que il ne ne li B couvenist. La ot .i. pescheeurPêcheur qui par aventure pas[c]soit par iluec, et oÿ l’enfantDorus, si s’arresta et congnut bien que il ot il y ot B vie. Dont vint a lui au plus tost que il pot et l’a saisy le saisi G et le mist l’a mis B dedenz sa nascelle. Li enfesDorus commença noise a faire, et quant il revint, si se tut et esgarda le preudommePêcheur a merveilles. Cil, qui bien vit que il de grant afaire estoit et venoit, si n’ot cure de faire ent mention devant ce que il autres nouveles en orroit. Maintenant s’en vint a sa maison a tout l’enfantDorus B et a sa femmeFemme du Pêcheur V2 G conta celle aventure. La femmeFemme du Pêcheur, quant ele vit l’enfantDorus, si en ot moult grant joie et et en ot B moult grant pitié et dont B l’a aaisié de quanques ce que B elle pot. Ma💬Sur cette forme pour Mais, cf. Note linguistique. sa bonne robe li osta et l’en ly en G vesti une pieur assez, qui estoit dedenz son hostel d’un de ses enfanz meismes. Li preudonsPêcheur li deffendi que nule parole n’en fust ne gestast fors B , quar par lui porroient encore a grant bien joie B venir. Elle dist que non feroit elle. Il avint que, quant les nourricesNourrices furent esveillies, si ont quis leur enfans et les cuiderent trouver pres d’elles. Dont en vint la puceleteCassidore criant quant elle ne vit Dorus Dyalogus B son frere raporter💬elle ne vit Dyalogus son frere raporter: Cassidore fait référence à la scène précédente, pendant laquelle Dyalogus prit Dorus entre ses bras et l’emporta; c’est d’ailleurs ce qu’elle redit aux nourrices juste après. Les variantes de B et de V2GX2 sont adiaphores: dans V2GX2, l’infinitif raporter a une valeur passive (cf. Ménard, §163), et il faut comprendre "elle ne vit pas son frère Dorus de retour"; dans B, son frere est le complément d’objet du verbe raporter, et il faut comprendre "elle ne vit pas Dyalogus ramener son frère".. Les damoiseles li ont demandé ou son frere estoit, et ele sot moult bien dire que Dyalogus l’en avoit porté. Lors ont l’ont B elles quis d’une part et d’autre, et quant elles ont l’ont B trouvé qu’il n’estoit mie laiens, dont vindrent a Dyalogus et li ont demandé demandé et enquis B , se il nules nouveles nule nouvele B X2 savoit de Dorus, que il por Dieu le deist B .

§2 💬Pas de nouveau § BQuant Dyagolus oÿ les norrisces qui li deman[d]doient l’enfant B , si fist trop le mescointé mescognu G et leur dist :
« Qu’en avez vous fait ? »
Celles si B distrent que elles l’avoient laissié avec sa sereurCassidore, qui dist disoit B que
«  vous l’en aviez porté entre vos il l’en avoit porté entre ses B bras💬qui dist que vous ... bras: Passage subit du discours indirect au discours direct sans marqueurs énonciatifs, cf. Note linguistique. »
, mais elle ne savoit ou.
« Par Dieu, ce dist Dyalogus, moult estes outrageuses, qui ce dites. Sachiez que, se vous B jamais en parlez, je vous ferai destruire. »
Dont n’i ot nulles d’elles qui n’eust n’ait eu B moult grant paour, et sorent bien et aperçurent s’aperçurent B que li enfesDorus estoit periz, si n’oserent atendre l’aventure, ainçois s’en sont fouies. 💬Nouveau § BQuant li afaires fu seuz, sachiez que moult en y ot de courouciez. Meismes l’empererizFastige ne sot que faire, ainz dist V2 G :
« Or sai je bien de voir que ceste chose sera getee seur moi, et diront li auquant que, 'se il ce B fust miens, que ainssi n’en fust mie avenu comme il est ore a ore G ce n’en fust mie avenu qu’il en est ore avenu B '. »
Et sanz faille trop que trop B dolante elle B en estoit; mais cil qui plus dolans en estoit par samblant, ce estoit Dyalogus. Ycilz fist crier par toute Romme que, se il estoit nuls ne nulle qui qui nule B nouvelle en seust seust dire B , venist avant, et B il li donroit .c. besanz d’or B .

§3 💬Pas de nouveau § BQuant li peschieresPêcheur oÿ ce dire, si vint a sa femmeFemme du Pêcheur et li dist que tel ban avoit oÿ.
« Biau frere, dist ele, ne t’en chaut. J’aime l’enfantDorus miex Mieus aimme l’enfant B que je ne fais les besanz.
– Va, dist il, chaitive! N’as tu assez enfanz es tiens G ? Qu’en as tu a faire ? »
Dont vint cil a Dyologus et li dist :
« Sire, se vous vouliez me vouliez B tenir la couvenance que vous avez faite fait B [e] crier parmi Romme, bones nouveles vous diroie de l’enfantDorus. »
Quant li mauvaisDyalogus mauvais Dyalogus B oÿ ce, si fu touz esbahiz et a donc a B celui trait atrait B d’une part et li dist :
« Di moi : quelles novelles me diras tu ?
– Sire, dist il, j’aloie je m’en aloie B parmi en B l’yaue pour peschier, si vins pres du lieu ou li enfesDorus chaÿ et fis tant que je le pris et l’emportai l’aportai B en ma maison et le baillai livrai B a ma femmeFemme du Pêcheur a garder. Or le vous renderai rendroie B X2 , mais que les couvenances me fussent tenues que vous avez faites fait B crier.
– Trestouz quois te tais, dist Dyalogus, et je te ferai riche homme, mais que croire me veilles.
– Sire, dist il li peschierres B , il ne vous faut que deviser. Je ferai toute vostre volenté, mais que de miex m’en soit.
– Tien, dist V2 G Dyalogus, vez ci .c. besanz que je te doins, et si t’en donrai encore .c. pource que je veul que tu jamais n’en parles; et se V2 G autrement le fais, je te ferai les yex crever crever dedens ta teste B 💬La variante de B dedens ta teste souligne la violence de Dyalogus..
– Sire, dist il, ja n’en doutez. Que voulez vous vous donc B que je face de l’enfantDorus ?
– Comment! dist il. N’est il mie dont noiez ?
– Foy que doi vous, sire, non je doi vous Dyalogus, ce dist li peschierres B vouz di, sire, nenil G , ainz l’ai a ma maison sain et haitié et sauf B en bonne vie vie et sanz nule bleceure que il ait B . »
Dont s’est li desloiaus moult esmerveilliez Dyalogus li desloiaus esmerveilliez moult grandement de ce qu’il li ot dire B , quar en tel lieu le cuidoit avoir geté que por nule aventure du monde il n’eschapast n’en eschapast B . Dont fu tant dolanz que nuls plus de lui ne peust estre de ce qu’il l’ot trové en sa vie que nuls plus nel fu de lui B . Si se pensa repensa B comment il en porroit ouvrer que nule par quoi jamais B nouvele n’en fust, comme cil qui desiranz estoit d’acomplir le commande[f]ment le (sic) volenté et le commandement B de Pelyarmenuz son frere. Lors a dit a soi lui B X2 meismes que com plus le savroient de gent et pis voudroit💬La forme voudroit pour vaudroit est propre à V2, cf. Note linguistique. la besoingne. Si s’avisa et dist en tele ceste B maniere G au preudommePêcheur :
« Je t’ai donné .iic. besanz pour ce que tu bien sez, et je te dirai que💬Comprendre que = ce que. tu feras: je t’en donrai encore cent en tel maniere que tu le porteras la ou tu le trouvas et le lai si G couvenir que jamais nus n’en sache nouveles que ne que B il soit devenus. Et Car tu B saches vraiement que, se ainsi est que tu ne G le faces, je et ma dame l’empererizFastige te ferons ferions B X2 destruire et de male mort morir. »

§4 💬Pas de nouveau § BQuant li peschieresPêcheur ot entendu entendi V2 Dyalogus de ce qu’il ot dit qu’il li ot ce dist B G , si respondi et dist :
« Sire, sachiez tout et G de certain or sachiés trestout certainement B que la besoingne ert en ert B si bien faite, puisque vous ainssi le voulez, que jamais n’en sera nouvele oÿe ne sceue, quar assez sui plus liez du faire que je sui plus liez du faire que je ne sui B du laissier.
– Par mon chief, dist li traitresDyalogus ce respont li lerres Dyalogus B , moult bien as dit, et vez vois B ci encore .x. besanz, que je te doing pour le bon mot que tu as dit. Et si soies certains que, se tu pensez du bien esploitier et de faire la besoingne, que tu en seras a touz jours mais riches homs, quar tu avras acquis avec V2 G l’amour de moi et de ma dame l’empererizFastige💬tu en seras ... l’empereriz: La référence à la gratitude de l’impératrice est une nouvelle stratégie de Dyalogus pour tordre le réel en sa faveur.. Si penses pense›z‹[s] V2pense B X2 de si faire la besoingne que nuls fors moi et toi riens n’en sache, quar ainsi le couvient faire.
– Sire, dist li peschierresPêcheur, et je ainsi le ferai, et Diex le vous ren[132]de, quar B bien en doi estre soigneuz de la besoingne, quar onques mais jour en jour B de ma vie si bon poisson ne pris💬onques mais jour de ma vie si bon poisson ne pris : La remarque est peut-être ironique : le pêcheur fait en effet une belle prise en recevant de l’argent et en trompant le trompeur, puisqu’il ne tuera pas les enfants comme promis. . »

§5 Atant a cilz pris les besanz que Dyalogus li ot donnez et a pris congié a lui et en vint a sa maison a sa femmeFemme du Pêcheur, touz liez et tous joianz, et li dist :
« Chaitive, ore esgarde que je ai gaaignié ! Vez Vois B ci .iiic. et .x. besanz que Dyalogus m’a donnez pour l’enfantDorus que j’ai trouvé, mais il le me couvient escillier arriere et faire tant que jamais n’en soit nouvele oÿe. »
Quant sa la B femmeFemme du Pêcheur l’entendi, si fu moult esbahie et li demanda se il pour ce l’essilleroit.
« Certes, dist li peschierresPêcheur, je ne l’ai mie enpensé, mais je le metrai en tel lieu ou jamais nouveles n’ert n’en ert B oÿe de lui. »
Quant il orent ce dit, si esgarderent l’enfantDorus qui se jouoit avec les leurs, si l’ont apelé, mais il ne le sorent nommer💬il ne le sorent nommer: La question du nom est cruciale dans le Cycle. Lire à ce sujet Yasmina Foehr-Janssens, « Le nom de la mère : stratégies de nomination et identité des héros dans les continuations romanesques des Sept Sages de Rome », dans Christine Ferlampin-Acher, Fabienne Pomel et Emese Egedi-Kovács (dir.), Par le non conuist an l’ome. Études d’onomastique littéraire médiévale, Budapest/Rennes, Collège Eötvös József ELTE/CELLAM Université Rennes 2, 2021, p. 369-380.. Li enfesDorus vint avant, comme cilz qui n’avoit mie plus de .vi. anz. S’il estoit biaus biaus ne V2 , ce ne si ne le B mescreez mie, quar l’ystoire dit que en tout le monde si grant comme il estoit G ne trouvast on mie n’avoit il mie ne ne trouvast B son pareil de biauté. Dont l’esgarderent a merveilles le preudommePêcheur et la preudefemmeFemme du Pêcheur, et quant il le virent si plain de grace et que il les deniers avoient receuz por lui faire a faire B morir, dont ne se fussent tenu pour toute Romme que grant pitié ne leur soit prise venue B a leurs cuers, et ont plouré tendrement devant l’enfantDorus meismes. Et quant li enfesDorus les vit, si ne sot que il orent, si donc B s’assist et commença moult tendrement [b]a plourer pluerer X2 avec euls.

§6 Li preudonsPêcheur, qui toutes voies heures B avoit cuer d’omme💬cuer d’omme: Sur la modération émotionnelle que l’on attend des hommes, voir le reproche que Bourleus adresse à Clyodorus de se comporter comme une femme (§35)., si fina son duel le premier et laissa le plourer et pria a B sa femmeFemme du Pêcheur que ele se teust, pour ce que li aucun aucun B ne s’en aperceussent, et elle si fist au plus que elle sot au miex qu’ele pot B G . Dont a l’enfantDorus pris entre ses braz et li demanda demande B :
« Biauz filz filz, dist ele B , comment avez vous non ? »
Li enfesDorus, qui pas ne sot bien parler par- B , si dist que on l’apeloit Doyus Doion B 💬Brodtkorb (PeliarmB, p. 159) signale que Dorus prononce mal les r, ce qui imiterait son langage enfantin; cf. notamment la variante de B au §16. Cette façon de parler est l’un d’un des traits d’humour et de vraisemblance du roman. Les témoins alternent entre les noms Doyon (cf. l’accord de tous les témoins quelques lignes en amont) et Doyus. Notons en outre que Dorus donne aussi le nom de sa sœur, ce qui exprime un amour fraternel que l’on vient de voir bafoué par Dyalogus et Pelyarmenus. Cela marque également une forme de lucidité quant à la situation qu’il vit. et sa suer Cassidoire. Quant il ont l’enfantDorus entendu, si ont en ont G eu moult grant joie de ce qu’il s’estoit nommez Doyon, et cuiderent que son non ne V2 G sonnast autrement. Mais de sa suerCassidore n’orent ›m‹[n’o]rent V2 il mie moult a faire, comme cil qui bien pensoient que l’enfantDorus vouloient malmetre pour aucune doute ou il mort n’avoit mie deservie💬l’enfant vouloient malmetre ... deservie: Comprendre "qu’ils [scil. Dyalogus et prétendûment l’impératrice] voulaient malmener l’enfant pour quelque éventualité pour laquelle il n’avait pas mérité la mort".. Dont dit li preudonsPêcheur a sa femmeFemme du Pêcheur:
« Suer, nous sommes riche a touz jourz mais B , mais que nouvele ne viengne hors par pour G quoi cilz enfesDorus soit reconneuz, quar par ycele maniere le poons nous mauvaisement detenir comme j’ai dit. Et se il est ainssi que je a l’enfant puisse sa vie sauver sauf sauve B ce que nouvelle n’en soit, nous le poons bien detenir, et si croi que ja nous nous point de B ja G nous ja X2 pechié n’i arons avroin (sic) B .
Vous dites voir C’est verité B , dit la dameFemme du Pêcheur, quar, se vous trouvé ne l’eussiez, il eust esté mort mort eust esté B , mais pource que Diex ne le voult consentir, tout tout / tout (sic) B en ait fait li mauvais💬Le mauvais renvoie au diable. son pooir, si est il raisons que vous n’est il raisons que vous ne B soiez tenuz de li sauver la vie.
– Certes, dist li preudonsPêcheur il B , se Dieu plaist, ja par moi mal n’avra, mais il couvient que je ail[c]leurs le maine, que nous ne soions deceu, quar laide mort et vilainne nous couvendroit souffrir pour lui.
Taisiez Taisiez vous G , dist elle, ja de ce n’aiez doute, quar je çaiens le tendrai si quoi que il n’ira ja en lieu ou il soit conneuz.
Ce Neporquant, ce B ne porroit longuement estre, dist li preudonsPêcheur.
– Par Dieu, dist elle, vous ne le porterez en lieu ou je il G ne voise aprés lui. »

§7 💬Pas de nouveau § BQuant li preudons oÿ ce, si s’est teuz teust G et penssa que il l’osteroit de laiens le metroit hors de lui B , que ja ne s’en donroit donr›a‹[o]it V2 garde.💬Nouveau § B Aprés ce avint avint B une fiere aventure de la sereurCassidore, qui demouree estoit ainssi comme vous avez oÿ. Quant elle sot que son frereDorus estoit ainssi perdus, si comme j’ai dit G , elle ot tant de sens que bien se donna garde que Dyalogus l’avoit ainssi murtri. Dont ot doute de lui meismes, que il ou ou B autres n’en feist feist V2 autant. Elle esgarda esgarde B .i. jour a de B son cop et vit en la court que grant plenté y avoit de gent povre gent B qui estoient assamblé pour l’aumosne recevoir a recevoir B . Dont fist tant que elle entre euls se fu meslee, et fist ce que onques mais jamais G enfes de son aage ne fist, quar elle se despoulla de sa robe et la changa la changia tantost B l’a changiee X2 a une pire qui gaires ne valoit💬se despoulla ... valoit: Ce changement de vêtement s’inscrit dans une série d’autres changements d’apparence qui caractérisent un héroïsme féminin motivé par le souci d’assurer son propre salut ou celui d’un proche. Cf. Introduction.. Et quant elle ainssi se fu appareilliee, si s’est elle s’est B maintenant muciee entre la cele B povre gent, si que il ne fu nuls qui seust mie que elle fu devenue fust devenue B devint G , quar bien y avoit .vim. .vic. B povres, qui tous estoient de Romme et d’entour.

§8 💬Pas de nouveau § BQue vous diroie je ? Savoir le couvint couvint ceste nouvelle B el palaisPalais Majour, quar, quant on la cuida trouver, cil et celles qui la[d] gardoient n’en porent oïr nouvelle nule, nient plus que de Dorus. Quant l’empererizFastige le sot, dont ne se pot elle B tenir que elle ne chaïst pasmee, et bien pensa que ce avoient si enfant pourchacié, si en estoit a trop grant meschief. Dont a fait Fastydorus venir devant lui, si li B dist :
« Filz, quele garde avons nous fait de vostre frereDorus et de vostre suerCassidore ?
– Ha ! mere, dist il, comme ci a grant reproche a tous les jourz du monde !
– Voirement avoit droit li preudonsMelsius qui en est mors de duel pource qu’en li osta les enfanz B ! Je Quant je B X2 💬Il manque le verbe dépendant de je. On peut comprendre ainsi (thème suspendu): "Moi, [...] cela m’est arrivé". meismes, qui B les avoie en garde, m’en est ainsi avenu. »
Dont dist Fastydorus, comme homme plains de tres grant courous:
« Certes, bien voudroie cuit B savoir qui ce a fait et par qui ce est, et je le cuide bien savoir en partie B .
– Biauz douz filz, dist l’empererisFastige, dites le moi, quar mie ne le me devez celer celez B .
– Par foy, dame, dist il, ja mon pensé ne vous celerai, si com je l’espoire et le je X2 croi, que ainssi soit ainçois le vous vueil dire, si com je l’espoire et ensi en est B il. »
Dont s’est s’est Fastidorus B vers l’empererizFastige aclinez et li G dist :
« Dame, soiez toute certaine que ce a fait Dyalogus li bastars, et est du conseil et de l’enortement Pelyarmenuz Peliarmenus mon frere B .
– Par Dieu, biauz filz dist l’empereris, Fastidorus, biaus filz B filz G biaus filz, dist elle X2 , vous en avez dit la verité, si com je croi. »
Dont ont mandé demandé B Dyalogus, que on le face venir devant eulz; et on maintenant le li B fist venir.

§9 Quant Dyalogus fu venus devant euls l’empereris et devant Fastidorum B , lors ont a on B fait widier la chambre et l’ont mis ont mis Dyalogus B a raison de ceste chose. Cil, qui moult sot de traïson et de refui, dist :
« Comment ! [e]Cuidiez vous dont que je nouveles en sache autres que vous vous meesmes B ne faites ?
– Ouil, par Dieu, dist Fastidorus. Voirement emportastes vous Dorus entre vos braz, si comme sa suerCassidore le dist, quar onques puis ne il ne B fu veuz, et je sai bien que vous n’avez mie fait mains de ceste de cestui B que vous avez n’ayez B fait de l’autre.
Ha B ! sire, dist il, pour Dieu merci, je sui vostre frere, si n’ariez a ce dire Sachiez que a ce dire vous ne porriez avoir B nule houneur. Et sachiez que je plus les amoie que vous je ne faisoie vous meismes ne que vous meismes B ne faisiez et plus dolanz en sui que vous n’estes B .
– Par Dieu, dist il, ne vous vaut. Rendre vous en couvendra raison, quar je moult miex aimme que vous destruis en soiez, qui desservi l’avez, que je, ne mon paÿs, qui courpes n’i avons. »
Dont ne li valut escondiz nus escondis B que il peust faire ne dire, ainz l’a saisi devant sa mere l’empererizFastige et l’a commandé a metre en la G chartre dessous, la ou on metoit les murtriers. Cil a cui qui B il le commanda ne l’osa refuser, ainçois l’a mis la ou il il li X2 avoit n’osa laissier qu’il ne l’ait mis lau ou il ot B dit Ainsi fu fait G .

§10 Quant Fastydorus ot ce commandé, si ne sot que faire. Dont dist l’empererizFastige que qui B malement li estoit avenu des enfanz et que en estoit destourbee, quar B moult les amoit por l’amour du pereCassidorus pere. Et a ce puet on bien savoir que ele les amoit de grant amour, quant ele souffroit que ele celui qu’ele avoit porté en ses costez, comment que ce fust et eust esté quant l’en en la prison l’avoit mis por la doute que ce n’eust il fait et sans faille c’est un des plus grans signes d’amour que dame ce que ses amis aimme, et la le moustra ele de ce qu’ele en fist tel chiere B 💬Possible saut du même au même non erroné de V2GX2 sur -re (pe-re / chie-re). C’est l’amour sincère de Fastige pour ses beaux enfants qui est décrit., ne il ne fu lieux en tout le paÿs ou elle ne le qu’elle ne B feist querre et enquerre partout por savoir aucunes nouveles que il ne fussent peri ou non chercier pour savoir ent et enquerre aucunes nouveles des enfans ne se il fussent peri B querre pour savoir aucunes nouvelles que ilz ne fussent peris ou non G . Et quant elle ot ce fait et elle n’en pot oïr nules G nouveles ot oÿ nule nouvele B , si a partout fait enquerre et demander nouvelles de Pelyarmenus, mais ainsi avint que nules nouveles le (sic) nule nouvele B nule nouvelle X2 ne pot oïr. Et la puce[f]leteCassidore, qui ainssi garnie s’estoit de la pucele aussi, quar ensi comme ele se fu garnie, ele B , se mesla avec la povre gent et prist l’aumosne avec euls. Et avint ainsi, comme Diex le volt, que une povre femme vevePauvre vieille la vit et perçut B que elle estoit toute ausi comme toute B seule de connoissance, si vint a li et li demanda qui elle estoit. Et li enfesCassidore l’esgarda et li dit :
« Ma dame, je ne sui pas de cest paÿs, ainz ai mon pere perdu bien a .iii. jourz passez passez que je ne le vi B .
– Et avez vous point de mere ?
– Certes, dame, non je non B , quar je n’avoie pas plus de .ii. anz quant elle morut. »
💬Il est intéressant de remarquer que Fastige, plus encore dans B, manifeste un amour maternel pour ses beaux-enfants, alors que Cassidoire ne considère pas Fastige comme sa mère, même adoptive.

§11 💬Pas de nouveau § BQuant la bone femme B Pauvre vieille l’oÿ si sagement parler parler la pucelete B et elle la vit si bel enfant belle G , si s’apensa que, s’elle la pooit atraire a lui, que elle avroit bien esploitié💬s’elle la pooit ... esploitié: Les intentions de la pauvre femme ne sont pas très claires : pense-t-elle à bien agir pour elle-même ou pour l’enfant?. Dont s’est moult pres de lui traite et li dist :
« Ma belle fille, gardez ou vous irez tant alez dessi adonc B que vous aiez trouvé vostre pere que vous ne truissiez genz qui mal vous facent💬gardez ou vous irez ... facent: Comprendre "faites attention, en allant à la recherche de votre père, à ne pas trouver de gens qui vous facent du mal.". »

§12 💬Pas de nouveau § BQuant li enfesCassidore l’oÿ, si s’est pres de bonne B femmePauvre vieille trais traite B G et dist :
« Ma dame, pour Dieu, laissiez moi aler avecques vous et sachiez que bien y porrez avoir preu. »
Dont la prist la bone femme prodefemme B Pauvre vieille par la sa B main et l’enmena avecques li aval la villeRome, comme celle qui queroit son vivre de jour en jour.

§13 Ainsi avint de la puceleteCassidore que la bonne femmePauvre vieille la norri grant piece de ce celes V2 qu’eles pooient porent le jour B pourchacier, ne elle ne savoit qui elle ert ne dont elle estoit G , quar li enfes elle G Cassidore savoit ja tant que, se elle le deist a la povre bonne G femmePauvre vieille qui ele estoit B , elle avoit paour doute B que ele ne la laissast l’encusast B , par quoi elle fust arriere remise mise B dont ele [133]venoit. Et n’estoit nul jour que elle ne plourast Dorus son frere si tendrement qu’il ne fust nuls cuers homs G , tant fust durs, que, se il la veist et dont seust la verité, que grant pitié n’en peust deust B avoir. Et quant la bonne B femmePauvre Vieille li demandoit qu’ele avoit, ele si B disoit que ce estoit por son pere que ele avoit perdu, et si que B meismes la povre femmePauvre vieille en avoit trop grant duel, si li disoit:
« Taisiez vous, ma belle G fille! Il revendra a vous et je vous y menrai remenrai B demain, quar je croi bien que nous le trouverons la ou je vous menrai. »
Et ce li disoit elle pour lui apaisier. Et quant elle entendoit ce, adont esforçoit elle li enforçoit B son duel.

§14 Cele vie mena li enfes la fille G Cassidore grant piece B , tant que par aventure avint que la femmePauvre vieille menoit si la menoit B la menoit G l’enfantCassidore B G par la ville, et avint, si comme Fortune qui ne faut a son tour💬si comme Fortune qui ne faut a son tour: Comprendre: "comme Fortune qui ne déroge pas à sa règle"., que la povre femmePauvre vieille et la pucelete meschinete B pucelle G Cassidore si s’embatirent a la maison du pescheurPêcheur, et esgarda la puceleteCassidore et vit son frere Dorus qui se jouoit avec les enfans de laiens leenz. Or avint ensi que nului n’ot en l’ostel fors les enfans de leens B 💬Possible saut du même au même non erroné de V2GX2 sur laiens.. Dont recongnut cele son frereDorus et dist :
« Dorus ! »
Li enfesDorus l’entendi, si la regarda B et ne la congnut mie bien, mais il vint a li, et li sambla a son petit avis💬li sambla a son petit avis: L’adjectif petit attire l’attention sur la jeunesse de Dorus, ce qui explique qu’il ne reconnaisse pas tout de suite sa grande sœur. qu’il l’avoit autre foiz aussi comme dis me tu, il me samble que je vous ai B 💬comme dis me tu : Cette rupture énonciative se retrouve ailleurs, par ex. aux §616 et 771. veue. Et quant il vint prez aprocha B de lui, dont vint a li B la pucelete baisselete B Cassidore et l’embraça de tel sens et de tel force💬l’embraça de tel sens et de tel force: L’association entre le sens (de l’ordre de l’intellect) et la force dans une embrassade a de quoi surprendre. Elle insiste probablement sur l’affection profonde de Cassidoire pour son frère, corps et âme. comme elle B ot et dist :
«  Mon Biaux B douz frere Dorus B , ne me connoissiez vous mie ? Je sui Cassidoire vostre suer B . »
Lors la reconnut Dorus Quant Dorus l’oÿ B et sot que ce estoit fu B sa suer Cassidore. Lors s’entrebaisierent moult doucement B et commencierent [b]andui moult fort B a plourer.

§15 Quant la preudefemme povre femme B Pauvre vieille vit ce, si ot moult grant merveille et cuida maintenant que le seigneur de laiensPêcheur fust leur pere, si dist :
« Belle fille, maint vostre pere çaienz ?
– Par Dieu, dist elle, non mere non B .
– Et dont vient ci cist B vostre frere ?
– Certes, dist elle, je mere B X2 ne sai, mais il couvient que il o nous s’en viengne ou je eie (sic) ci B demourai avec lui. »
Dont ot la bonne femmePauvre vieille paour que aucuns homs ne se plainsist plaisist B de li pour les enfanz qu’ ele ele ne les B enmenast, si a laissié et B l’un et l’autre et s’en est alee sa voie💬La réaction de cette pauvre femme témoigne en peu de mots de la profonde précarité associée au veuvage. Mais les enfants n’ont que faire de ces conventions et suivent la pauvre femme. Sur la figure de la veuve dans d’autres romans du Cycle, voir Yasmina Foehr-Janssens, La Veuve en majesté, Genève, Droz, 2000.. Quant la puceleteCassidore vit ce, dont prist Doruz par la main et dist :
« Frere, venez o moi! »
Et il si fist B . Dont commencierent la femmePauvre vieille a suir de rue en rue, et tant qu’il furent eslongié de B la maison au du B pescheeurPêcheur grant piece. Quant la bonne femmePauvre vieille vit En ce B qu’il le la B X2 suioient, si les contratendi et puis prist la puceleteCassidore par la main et mena les enfanz ne fina si vint B en la sa B maison ou elle demouroit. Lors a mis la puceleteCassidore a raison de ce qu’ele pot et li enquist de son estre. Elle dist :
« Mere💬Cassidore appelle cette femme mere, alors même qu’elle ne reconnaît pas le nom de mère à Fastige, cf. ci-dessus n. ***. S’opère ici une forme de reconnaissance de cœur, signe de la charité innée de Cassidore., ne sai quiex homs nous amena en cest paÿs et nous prist chiez nostre pere, et se vous nous y voliez mener remener B X2 , bien seriez en s. B G louee et paiee lievee B paiee G . »

§16 💬Pas de nouveau § B Quant la bonne femmePauvre femme entendi la puceleteCassidore, si li demanda B :
«  Fille Fille, dist ele B , quele part est ce ?
– Certes, ma dame B , dist elle, je ne sai, mais moult est y a B loing de ci. »
Lors s’apenssa celle que fiere chose avoit emprise moult avoit empris B , et li dist li cuers que Diex l’avoit fait aussi que [c]par miracle. Lors pria Nostre Seigneur par moult grant devotion de cuer que par sa pitié et par sa misericorde Il li meist en cuer et en volenté ce que Il vouloit qu’ele feist d’euls. Dont li vint ainssi comme en vision par avision B que elle la vile wideroit, pour ce que li enfant il B ne fussent couvoitié d’aucuns qui li meissent hors de la voie, quar bien sot a lor langue que il n’estoient mie du paÿs ne de la terre. Adont a sa voie atiree, comme celle X2 qui n’avoit mie moult a porter, et ne demoura que .iii. jours quant ele de Romme se mist hors a guise de povre femme qui de lieu en lieu aloit querant ce dont elle vivoit. Ainssi cercha grant partie pan B de Lombardie, et tant qu’ il avint qu’a B .i. jour, ainssi comme Diex le voult, que uns princes qui marchissoit a Alemaigne aussi comme devers le Hauban s’en repairoit de Romme, ou il avoit eu a besoingnier. Sa maisnie ont esgardé el chemin, si comme G il venoient, si virent vit B la povre femmePauvre vieille qui portoit Dorus sus ses espaules, et la petite damoiseleCassidore la suioit derriere toute lassee. Dont s’arresta uns chevaliers et l’esgarda et vit e. B les enfanz, si li samblerent trop bel a merveilles. Dont s’es💬Chute de la consonne finale -t (ici devant un terme commençant par la même consonne), cf. Note linguistique. tournez vers son seigneur et li dist :
« Sire, pour Dieu, venez veoir fines merveilles!
– Quelles ? »
dist il. Dont l’en a amené a la femmePauvre vieille qui les enfanz menoit. Dont les a li sires et li chevaliers et lez a G esgardez. Dorus li enfes vit qu’il les esgardoient tout a estal, si ne fu point esbahiz💬si ne fu point esbahis : L’audace de celui qui sera le plus vigoureux chevalier se fait sentir dès le plus jeune âge., ainz leur dist :
« Seignor, [d]bon jour aiez vous.
Biaus B sire, dist li princes, et vous aiez bonne aventure. Dont estes vous ? »
Quant il oÿ ce, si se tut, quar la li avoit failli son maistre, ainsi com com on G aprent les enfans aus gentilz hommes - cil qui les gardent💬ainsi com aprent... gardent: Comprendre "ainsi que les enfants l’apprennent grâce aux gentilhommmes (c’est-à-dire ceux qui sont en charge de leur éducation)". La préposition a marque ici l’agent, cf. Ménard, §316 3 rem. 2. Sur l’accord avec le sujet postverbal, cf. Note linguistique.. 💬Nouveau § BDont mist li princes la femmePauvre vieille a raison a raison araisi V2 et li demanda dont elle estoit. Celle dist :
«  Sire, je sui de Romme, povre femme qui vois querant mes aumosnes que de Romme estoit et ses aumosnes aloit que B .
– Tu n’es mie povre, dist il, se cist ses G doi dieu V2 enfant sont tien.
– Sire, dist elle, cui que il soient, si les me le mes B couvient il nourrir des aumosnes que les bonnes genz me donnent, vous et li autre.
– Or me di dont, se Diex te puist aidier : les portastes vous portas tu B X2 en vos tes B X2 flans ?
– Sire, dist elle, vous me conjurez! Sachiez que, se je cuidoie que B je ne li enfant n’i deussienz deussiez V2 devions B deusse G 💬Il est difficile de comprendre où s’arrêtent les tours de paroles entre les personnages en raison du manque d’incises du type dist il/elle. Nous corrigeons selon X2, qui permet de comprendre l’erreur de personne dans V2. perdre, je que je B vous en diroie toute la verité.
Or G sachiez saches de voir B saches X2 que tu ne il ne poez n’y pués G perdre a ce G , ainz y poez pués G 💬tu ne il ... poez: Sur la confusion entre les personnes, tu-vous, voir n. ***. gaaignier. »
Dont li dist la dame femme B Pauvre vieille :
« Sire, sachiez que li enfant ne sont pas mien, ainz les nourriz por Dieu, si comme cil qui n’ont pere ne pere B X2 ne mere en cest paÿs que je connoisse. »
Quant li siresBorleuz entendi ce, si fu moult engranz de savoir qui il estoient et mena la povre femmePauvre vieille tant que qu’ele B , vousist ou non, li couvint dire B comment il li B ert avenu des .ii. enfanz B . Dont entendi ce qu’ele li compta et quant il entendi ce, si B mist a mis B pié a terre et prist il meismes l’enfantDorus sus l’espaulle a de B cele acolé G et l’a mis entre ses braz moult doucement [e]et li dist :
« Biax filz, comment avez vous non ?
– Sire, dist li enfes, ai j’ai a B X2 j’ai G non Dorus.
Dorus Doyus B ?
– Voire, sire, dist il li enfes B .
– Et vostre seur, comment a elle non B ?
– Sire, elle a ja B a non Cassidore. »

§17 Quant li siresBorleuz oÿ ce, qui li donnast Romme, il si G ne fust mie si liez, quar il sot maintenant qui il qu’ilz G estoient. Dont a fait apeler sa maisniee, et il y sont venu moult tost.
« Amie, dist li siresBorleuz a la povre femmePauvre vieille, vous n’avez mie vostre paine mal emploie💬Lire emploiee; réduction -iee > -ie, comme ailleurs, cf. Note linguistique., quar o nous vous couvient en couvient B venir se vous voulez, quar les enfanz je enmenrai enmenrai je B 💬les enfanz je enmenrai: Sur le type complément direct-sujet-verbe, cf. Ménard, §37, rem., qui note la rareté du tour. La variante de B donne l’ordre qui représente le type habituel. avecques moi, comme ceuz de ceulx G de qui je ne voudroie tenir nul avoir.
– Ha ! sire, dist elle, pour Dieu merci, avec euls yroie je par tout le monde, mais que je seusse que vous ne leur vousissiés se bien non.
– De ce, dist il, n’aiez doute. »
Adont De ce B fu elle lie X2 . Lors prist on les enfans andeulz .ii. enfans G enfans ans .ii. X2 . Et quant Cassydoire vit ce, si ot tele paour que elle geta .i. cri grant et merveilleuz a merveilles B , comme celle qui bien cuida que on les la B vousist tuer. Mais la bonne femmePauvre vieille la prist entre ses braz jusques a une bonne ville ou li princesBorleuz fist faire une moult riche somme, et furent ens li dui enfant mis mis. Et de la femme leur couvint il tout ainsi comme il vaulrent B . Dont ne fina li sires de chevauchier, qui Bourleuz avoit a non, tant que il vint par ses journees en son paÿs, ou il avoit chastiaus et villes, comme cilz qui estoit ducs et quens de granz terres tenanz. Adont fist a fait B les enfanz richement moult richement B garder, comme cilz qui moult les amoit, et fist puis si comme il y parut aparut G 💬si comme... parut: Dans cette adéquation entre amour et semblant d’amour, Bourleus s’oppose à Dyalogus. Cette dichotomie, qui exprime le combat des bons contre les méchants, prendra plus d’ampleur encore dans la suite des épisodes., [f]ainssi que je le le vous B savrai bien dire aprez ci aprez et B en temps et en lieu conter en lieu et en tans B . Mais pource que je veul la matere mener a son droit💬mener a son droit: L’expression, qui s’applique à l’écriture, joue peut-être d’une rectitude à la fois "physique" (finir le récit, dans la droite lignée du cycle), mais aussi morale (précisément au moment où l’on en revient à Pelyarmenus, l’immoral par excellence, que l’auteur-narrateur ne cautionne pas)., si me tairai tant comme a ore de Bourleuz Borleus le prince B et des enfans et de la femmePauvre vieille qui les amena, et veul revenir a Pelyarmenuz leur son V2 G X2 💬Le pronom singulier est privé de référent et introduit un contresens évident s’il se réfère à un des deux derniers sujets singuliers. frere, comment il se parti fu partis B du roy d’EspaigneTheodore pour querre l’empereour de ConstentinobleCassidorus son pere et ala en ala B en Bretaigne Bretaigne la grant G , si comme vous avez devant ci d. B oÿ el compte G 💬C’est sur cet épisode, relaté au §331, que se termine le Roman d’Helcanus. Josias veut accompagner Pelyarmenus dans cette quête en Bretagne la Menour, ce que ce dernier refuse sans que le récit n’en précise la raison..

[2] Comment Ci vient li contes a B X2 Pelyarmenuz Pelyarmenuz qui X2 se fu partis partis G d’Espaigne et puis G ala en Bretaigne la Menour Grant G querre pour querre X2 l’empereourCassidorus son pere B , et comment ensi comme B il revint a Romme a l’empereriz sa mereFastige dire nouvelles quant il se fu partis du roy d’Espagne de faire la queste B de de qui V2 ce qu’il ot trouvé de B l’empereour l’empereur de Constantinoble B Cassidorus.

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Enluminure de 14 UR, sur une colonne. Pelyarmenus est accueilli par sa mère à la porte du palais.

§18 Aprés ce que Pelyarmenus se fu partis d’Espaigne, il ne ne il se B volt mie laissier souffrir B que il devers Bretaigne la Bretaigne B ne se meist, comme cilz qui vouloit aprendre les terres et connoistre cognoistres G les granz seigneurs, si comme cilz qui bien fu venuz en pluiseurs liex por sa chevalerie, dont il estoit moult [134]plains💬sa chevalerie, dont il estoit moult plains: Sur la valeur chevaleresque de Pelyarmenus et des anti-héros en général, cf. Introduction.. Il enqueroit et demandoit de l’empereourCassidorus et de son filzHelcanus, mais nuls n’estoit il n’estoit nus B qui nulles nouveles nouvelles G nulle nouvelle X2 en seust dire a dire G . Et ce faisoit il ainsi comme par bouche mescongneue mesicongneue V2 💬L’adjectif mescongnue qualifie la bouche, marquant le déguisement du langage caractéristique de Pelyarmenus. On pense notamment à son usage d’un mauvais example, dans le même esprit, cf. §456. Dans la phrase suivante, l’auteur souligne combien ces mots, trompeurs, seront finalement démentis par les actes (si comme il le moustra bien a ses oeuvres)., quar bien savoit ou il estoient en partie, mais il vouloit avoir tesmoigné tesmoingnage B X2 💬il vouloit avoir tesmoigné : Comprendre "il voulait avoir apporté des preuves". en pluiseurs lieus de la queste por quoi il estoit partis de Romme. Mais, si comme l’estoire raconte, plus estoit meuz pour leur grevance que que il n’estoit B por leur avantage avancement B , si comme il le moustra puis bien a ses oeuvres. Tant ala ça et ça G et la que Quant il ot tant alé comme lui plot B il se mist revint G arriere pour repairier G a Romme. Dont ne fina par ses journees, l’un jour aprés l’autre plus, l’autre mains B X2 G , si vint en la cité de Romme B , dont il estoit avoit esté B nez et norriz. Il descendi au Palais Majour, et sachiez que que|que V2 tost moult tost B fu conneuz et conjoïs de pluiseurs. La nouvele en vint a l’empereriz sa mereFastige, qui moult joianz lee G en fu. Dont en vint a lui, et se conjoïrent moult. Lors demanda la dameFastige a son filzPelyarmenus comment il li estoit et s’il avoit oÿ nulles nouvelles nouvelles G nulle nouvelle X2 de ce que il avoit quis.
– Mere, dist il, bien vous en savrai dire dires G nouveles aucunes nouveles B en lieu et en temps, mais je veul avant veoir mon petit chier B frere Dorus et ma suer petite suer B Cassidore💬je veul... suer: Cette demande de nouvelles participe de la mise en scène de Pelyarmenus, que les descriptions du narrateur révèlent aussi. Les variantes de B (chier frere, petite suer) insistent sur cette manipulation., quar je sai bien que Fastydorus n’est mie en cest paÿs, quar ce fust fusse G celui que j’eusse demandé premierement. »

§19 Quant l’empererizFastige l’entendi, si li sont les lermes venues aus yex, et dist :
« Bien sai que mauvaises males B nouveles vous B nous aportez m’aportez B , et je mauvaises vous les vous B puis dire de ce que vous demandez. »
Quant Pelyarmenus oÿ la dameFastige, si [b]fist moult le destravé et dist :
« Queles nouveles vous doi ai B X2 je dont aporter aportees B X2 qui mauvaises soient ?
– Filz, dist ele, bien sai que B , se tu nouveles seusses de mon seigneur l’empereour de CoustentinnobleCassidorus, que tu ja terme n’i eusses mis, et pour ce di je qu’eles sont trop mauvaises a mon oeuls. Aprés, je te di que nulle bonne nouvelle ne savons des .ii. enfanz, et cuidons entre moi et Fastydorus ton frere que par ton conseil Dyaloguz ne les ait malmis, par quoi il soient destruit par couvoitise que tu eusses eussiés G et tu convoites a avoir B la terre de Coustentinoble. »

§20 💬Pas de nouveau § BQuant Pelyarmenus oÿ ceste nouvele, si fist chiere trop couroucie.
« Voire, mere, dist il, ne me pouez vous pis dire V2 G ne faire entre vous et mon frereFastidorus que de cest domage vous B me faites .ii.💬de cest domage vous me faites .ii.: Le double dommage est celui de la mauvaise nouvelle concernant d’abord Cassidorus, puis Dorus et Cassidoire. ! Par foy, or n’en porroie je mais neent B se je hors du de mon B sens issoie en issoie B . Or ai je bien ma voie emploie, quar onques ainz B puis que je departi de vous ne fu jour que je ne fusse aie esté B en grant mainte grant B aventure de vie perdre. Maint dur coup et pesant ai puis receu et donné pour la vostre volenté acomplir. Or en ai je tel loier que vous me metez sus que ceulz el monde que je miex aime doi doie B avoir fait fait occire et B metre a mort ! Et ja Diex ne me laisse de mort morir, si vous en puissiez repentir a ma devise, et tout aussi Fastydorus, qui avant l’aroit pourchacie💬Lire pourchaciee, cf. Note linguistique: le participe passé renvoie à la mort. que je n’avroie. Comment Comment dont B ! dist il. Or B avenist il a. B a. il G que li empereres li empereres de Costentinnoble B Cassidorus fust [c]mors et li enfant de sa premiere femmeHelcanaHelcanus ceuls de la premiere dame B , ja ne vendroit avendroit B pas la terre a moi💬Or avenist... moi: Comprendre "Quant bien même il arriverait que l’empereur fût mort, tout comme les enfants de sa première femme, la terre ne me reviendrait pas"., ainz vendroit au traïteur qui tel vilonnie me met sus entre mains B . »
💬Nouveau § BQuant l’empererizFastige oÿ que Pelyarmenuz se demenoit en tel maniere si B , adont se repenti de ce que elle avoit dit et li Lors B dist :
« Biax filz, ne soiez si courouciez de ce que je vous B ai dit, ainz vous maintenez sagement selonc le meschief qui avenuz en est, quar aujourd’ui vous n’avez si bon ami ou monde comme est Fastygorus Fastydorus B G X2 💬La forme rencontre une deuxième occurrence ci-dessous. Nous la conservons, bien qu’elle soit minoritaire dans le roman. Pour d’autres oscillations dans les formes des noms propres, cf. Table des personnages (ex. Edyplus (1 occ.)/Edypus, Clyodorus (1 occ.)/Clyodorus). vostre frere B . Et s’il avient que vous soiez ensamble mal l’un de l’autre B , vez ci une chose chose qui est avenue B des enfanz .ii. enfanz B dont trop grant mal puet venir avenir B pour l’aventure qui en est avenue B : se il est ainsi que li peresCassidorus et leur le B frereHelcanus reviengnent, quar vous savez bien💬Les cas de parataxe sont fréquents dans le texte, en particulier après les verbes savoir et sembler, cf. Note linguistique. par raison la raison B , des ce que vous les en amenastes de Grece aussi comme par force de celui a cui il estoient chargié💬Fastige fait référence à l’épisode pendant lequel Pelyarmenus a enlevé les enfants gardés par Melsius pour les amener à Rome, cf. le Roman d’Helcanus, §248-251., si les vous demandera on, si comme drois et raison l’enseigne. Et pour ce nous vous V2 si nous B en maintenons maintenez V2 G sagement sanz descorder li uns vers de B l’autre, si ferons que sage. »

§21 💬Pas de nouveau § BQuant Pelyarmenus oÿ ce, si sot bien que il avoit raison en ce qu’ele disoit💬il avoit raison en ce qu’ele disoit: La sagesse, pragmatique, est en effet une des caractéristiques de Fastige, cf. n. ***., et d’autre de l’autre B part il couvenoit couvendroit B que il tenist tenir B son frereFastidorus a amor se il vouloit faire ce que il avoit en pourpos. Lors parla et dist par grant signe de pitié, en lermes et en gemissemenz💬Pelyarmenus est présenté comme un acteur, une fois de plus, non sans l’ironie que transmet notamment l’emploi du terme signe. :
« Dites moi au mainz qu’il est avenu des .ii. enfanz dont j’a moult mon cuer couroucié. »
Lors li conta l’empererizFastige comment Cassidoire avoit recordé de premier que Dyalogus [d]avoit pris Dorus entre ses bras et l’avoit porté de la ou dont B G il ne fu onques B puis veus. Il avint aprés .viii. jourz que on n’en pot G oïr nules nouvelles nouvele de lui B qu’en autel point fu Cassydore perdue.
– Voire💬Il est possible que le discours direct, que nous faisons débuter avec Voire, commence plus tôt (Il avint) sans marqueurs énonciatifs, cf. aussi Note linguistique. ? dist Pelyarmenuz. En est il dont ainssi avenu ? Ja par Dieu Dieu, dist il B ne croirai que il soient ainssi B mort, ainz vous sont emblez et les vous ont fourtraiz cil de Grece.
– Biax filz, ce dist fait G la mere, de ce seroie je moult lie, mais que il ne fussent peri.
– Ne vous en doutez, dit il.
– Cuidiez vous que Dyalogus en eust ainssi esploitié?
– Par Dieu, dist il, non, quar plus les amoit et tenoit chiers que tuit li autre. »
Dont demanda ou il estoit. L’empererisFastige dist li dist B que Fastygorus Fastydorus B G X2 l’avoit fait metre en prison pour ceste chose.
– Par Dieu, dit il, mal a fait, quar ne B je ne cuit mie que courpes il corpes B y ait, et sanz faille je bien B le savrai, mais que je a lui parole aie parlé B . »
Dont est en est B alez a lui a la chartre ou il estoit est G jusques au çaint; dont l’a fait Pelyarmenus metre hors et dist que mal dehaiz eust il B qui la l’avoit mis.
– Sire, dist li chartriers, sachiez que mon seigneur vostre frere Fastydorus B le nous fist faire sus nos testes testes perdre G .
– Par Dieu, dist il, mal a avez B fait. »
Dont vint amont Dyalogus ; et quant il vit Pelyarmenus, si li est cheuz aus piez et li B dist :
« Ha ! sire, pour Dieu merci, je B sui mors ! »
Dont ot Pelyarmenuz pitié de lui et l’a pris par la main et l’a mené hors de laiens en .i. lieu secré et l’a fait aaisier de [e]ce que il pot. Adont le mist a raison comment il avoit esploitié des enfanz, et cil Lors B li dist dist il B ainssi B comme il avoit ouvré de Dorus, et savoit ce savoit il B bien que il estoit mors et noiez en l’yaue, mais de Cassydore ne savoit il noient qu’elle estoit pooit estre B devenue.
– Ne me chaut, dist il, de li, mais que Dorus soit mors.
– Sire, dist il, de ce ne doutez doutez riens B , quar je sai bien que B vous de lui n’orrez jamais parler jamais de lui nule nouvelle n’orrez B .
– Bien as dist fait B G dit X2 💬Forme du participe passé dit, et ailleurs, cf. Note linguistique., dist il. Or gardons esgardon B que la chose soit sagement faite et B menee d’ore en avant.
– Sire, dist il Dyalogus B , j’ai moult eu a souffrir pour vous. Il couvient que vous B de ceste chose soiez mes escuz envers vostre frereFastidorus, qui moult prez m’en a alé.
– Tu n’as garde, dist il, tant comme je vive, ainz yrons prochainnement en Grece, et vendras en venras B avecques moi, quar je bee bien a saisir l’empire et toutes les apartenances.
– Sire, dist il, avez vous oÿ nouveles de l’empereourCassidorus ?
Nenil Je non B , dist il, qui grever me puissent.
– Ce veul je, sire, dist il Dyalogus B , et je pooie bien desirrer vostre venue venus B . »
Dont parlerent il de moult de doleurs et de traïsons que il beoient a faire. Et quant il orent assez devisé, si sont venu devant l’empererizFastige, et parla Pelyarmenus a li en tele maniere :

§22
«  Ma dame Mere B , 'qui son nez cope, il deshouneure vergonde B son vis'💬qui son nez cope, il deshouneure son vis: Le proverbe dérive de Qui son nés cope sa face enledist (Morawski, 2148). En reprochant à sa mère d’avoir déshonoré la famille en ayant condamné Dyalogus, Pelyarmenus met en évidence une faute familiale ou sociale qu’il désigne comme telle. Par cet emploi proverbial, Pelyarmenus tente d’ériger une vision personnelle du monde en vérité générale et ainsi imposer sa propre position. Ce proverbe fonctionne probablement comme une réminiscence des aventures d’Helcana, qui, déguisée en ermite, reçoit une vision diabolique l’intimant de couper son nez. Voir le Roman de Cassidorus, §263-269..
– Filz, dist elle, c’est voirs. Pourquoi l’avez vous dit ?
– Par foy, dist il, ce vous dirai je volentiers. Comment qu’il soit avenu, Dyalogus que Dyalogus B est nostre votre filz et nostre B 💬La variante de B, plus précise, rappelle que Dyalogus fait bien partie de la famille, soulignant implicitement sa bâtardise. frere, dont par ceste raison, nous, qui sommes issu [f]de vostre char chl’r char V2 , la ou vous avriez nous avrions B honte nous vous B n’ i B avrions avriez V2 G ariez B point d’ouneur💬la ou vous avriez honte nous n’i avrions point d’ouneur: Pelyarmenus affirme son propos de manière sentencieuse au moyen de la litote, en jouant sur le couple honte / absence d’honneur. Il fait comprendre que la honte de Dyalogus s’étendrait aux membres de sa famille. , et por ce vous di je que B 'qui son nez cope tout que tout B son cors en aville avillissoit B '💬cil qui son nez coup pour son cors avillier: Cf. n. ***.. Quant vous souffristes que Dyalogus fu mis em prison par le commandement de Fastydorus Fastidorus fist metre Dyalogus B , mon frere et le sien, et B X2 en tele prison que tout fust il prouvé prouvé le crime B sus lui, si di je que vous fustes cil qui son nez coupe pour son cors avillier💬Ce processus d’identification d’une personne avec une situation est symptomatique du fonctionnement des séries d’exemples du Roman des Sept Sages et de ses suites, où un personnage tente d’en convaincre un autre en suggérant qu’il agit comme le ou la protagoniste d’une histoire qu’il va raconter à l’appui de sa démonstration., et par Dieu ne fust ore que pour l’amour de moy, qui son frere sui, si se deust il estre pris moult pres avant que, pour l’achoison de moi, qui n’estoie pas ou paÿs, le fist metre en tele prison. Et sanz faille vous et lui en avez tant fait que je ne sai hom tant si G hardi ne puissant puissant que B , se il le vouloit aprochier de ce tel B crieme, que je je ne preisse B mon cors n’en et B ne X2 meisse pour le sien💬je ne sai hom tant hardi ... sien: L’insertion de la proposition subordonnée si... crieme crée une rupture de construction. .
– Filz, ce dist la mere, sachiez que je ne li n’avons pas ceste chose faite pour vous avillier, quar bien savons que la ou vous avriez blasme nous n’arions point d’ounour, mais vous savez bien que 'chascuns doit amer sa personne plus miex B que l’autrui'💬chascuns doit amer sa personne plus que l’autrui: L’aphorisme se retrouve, mais sous une forme plus imagée, dans le proverbe Qui mius aimme autrui que soi au molin du morz de suef (Morawski, 1992). On relève également une locution similaire Cil est fous, suluns la lei, ki nul autre aime plus de sei (Di Stefano, 743b, Ipomedon 9431). Le ton sentencieux de Fastige tient surtout à la réponse qu’elle veut donner à Pelyarmenus, à la hauteur de sa propre propension à l’aphorisme. La question de s’aimer plus qu’autrui parcourt également le cycle : Marques exprime sa loyauté en aimant mieux autrui que lui (Roman de Laurin, p. 93) ; on le retrouve dans le Roman de Laurin (« N’aiez ja plus grant pitié d’autrui que de toi meismes », p. 200); Helcanus reproche également à son père d’aimer autrui plus que lui-même (Roman de Cassidorus, Chapitre LVII), etc.. Quant la meschineteCassidore dit que Dyalogus en avoit en tele maniere emporté emporé V2 enporté X2 porté B G Dorus comme je vous ai dit G , il sambla semble B bien que vostre frere il B Dyalogus en fust courpables corpables vostre frere B , si en fumes courouciez. Aprés, quant l’autreCassidore fu perdue, nous fusmes aussi comme hors du sens et pensames que cil qui l’un avoit malmis avoit ausi fait B l’autre malmis B . La nouvele en fu grande par çaienz et jetoit on toute la chose sus [135]Dyalogus, dont j’ai esté courouciee et serai toute ma vie, et, pource que vous les aviés amenez en la maniere que j’ai dit en cest paÿs B , ot Fastydorus doutance que Dyalogus ne les eust mis meist B a mort. Et pource que il aime miex sa personne que l’autrui en a il fait ce que fait en est, et pour lui excuser. Et quant vous voudrez a certes estre pour Dyalogus, nous ne serons mie contre vous.
– Granz mercis, mere, dist il, quar il vaut assez miex que nous descoupons Dyalogus de ceste chose que que ce que B il en fust encourpez, et si avrons plus grant houneur. Et je sai certainement vraiment B que vous n’i avez il n’i a B coupes, ainz vous ont esté mauvaisement emblez, quar je bien le sai, et sanz faille je bee prochainement a aler ou paÿs, et en savrai la verité.
– Par Dieu, dist l’empereriz, je l’otroi, et quant il vous plaira vous me dirés nouveles ce que vous avez trouvé B de l’empereour B vostre pereCassidorus. »

§23 Dont s’apensa Pelyarmenus que il la reconforteroit .i. poi.
– Par foy, mere, dist il B , de moult de choses vous avroie a dire, se je tout vous vouloie compter de ce qu’il m’est avenu depuis que je de vous departi, et une partie vous en dirai ore💬On relève une similarité entre le style du conteur-narrateur et la propension de Pelyarmenus à la création de fictions.. »
Dont li dist que il bien savoit que il avoit l’empereourCassidorus trouvé a .i. chastel ou il estoit ainsi comme en soudees, et la avoit .i. trop bon chevalierDaphus avec lui lui en sa compaignie B .
– Mais onques il onques B , por chose que je seusse il seust B faire, a moi lui B ne se voult faire connoistre💬a moi ne se voult faire connoistre: Le refus de Cassidorus de dévoiler son identité servira à Pelyarmenus dans sa quête de pouvoir, cf. Roman d’Helcanus, §289-291. La focalisation est autre dans B.. Et si li moustrai la loiere l’aumoniere B , et jugierent tuit li autre et B [b]cil qui estoient de B laienz que l’ymage li sambloit, et il dit que 'maint l’avoient congneu pour l’empereor de CoustentinobleCassidorus, mais ce n’estoit il mie.' »
Quant l’empererizFastige entendi son filzPelyarmenus, si fu plaine de joie, quar elle sot bien que ce fu il et non autres, et elle ne doutoit fors que il ne fust mors. Dont dist :
« Par foy, merveilles oy quant il ne se fist congnoistre a vous. Or me dites : estoit Helcanus avec lui ?
– Mere, dist il, Helcanus est cil dont je vous avoie pieça B parlé, qui est a la court le roy d’Espaigne mon seigneurTheodore, et de lui vous sai je dire les plus putes nouveles💬putes nouveles: L’association des deux termes surprend. Le DMF, svv. nouvelle et put, n’enregistre pas la locution putes nouvelles. Des nouvelles peuvent être dures, froides, laides, pauvres, petites, grandes, bonnes (DMF, sv. nouvelle). Pelyarmenus crée donc une rupture presque idéologique, dans un puissant effet dramatique, selon se propension diabolique à inverser les normes et le réel en faisant passer Helcanus de courtois à recreant. que onques feist chevaliers recreant.
– Sainte Marie, dist l’empererizFastige, quiex nouveles sont ce dont G ? Ja est il tenuz pour si bons chevaliers et si courtois B .
Par foy G , fait dit B il, je je les B je le X2 vous dirai. »

§24
« Veritez est qu’il fist moult d’armes a l’autre voie encontre avec B mon nostre B X2 oncle le roy d’ Arragon Espaigne V2 G Dyomarques💬La correction s’impose pour la cohérence lignagère. Aragon et Espagne ne sont pas interchangeables ; ces deux contrées ont un roi respectif.. Il avint que vous bien savez comment la chose va. Li fu ordenee que li B roys d’Arragon B Dyomarques si ot fait pais au roy d’Espaigne B Theodore, si avint que il prist a femme une de ses filles ot la fille au roi d’Espagne B , et moi et mon frereFastidorus avons Il avint que entre moi et mon frere preismes B les .ii. autres. Une en y remest qui amoit Helcanus, si comme il appert y pert. De cele a il tant fait comme il pert B , quar elle est de lui ençainte. Li peresTheodore le sot et li son B freresJosyas et le frere le sorent G , si la il li B voudrent donner a Helcanus B a femme et grant terre💬si la voudrent ... terre: Le verbe donner est impliqué dans deux constructions: "Ils voulurent la donner pour épouse à Helcanus et (lui offrir) un grand territoire". Sur ce zeugme, cf. Note linguistique.. Et si ne sevent qui il est, ne a nului ne se veult faire congnoistre, et il a refusé la damoiseleNera, et ainz B dist que 'il ameroit voudroit B [c]miex a morir que il la preist que l’en l’occeist que ja l’eust B a femme'. Et si est tant belle que je de premier l’eusse prise volentiers a femme se elle eust volu vousist B , mais elle me refusa pour tres dont amoit ele B celui celui et me refusa por lui B . Or esgardez se il n’a bien honte deservie, et si eust il eu B se je ne fusse, mais je le respitai. Or croi je que il soit destruit destruiz, car tres dont l’eust il esté, se je ne fusse B .
– Ha ! filz, dist elle, et B porcoi ne l’avez vous geté de cest peril ? Certes, or ne li avez vous mie moustré fait B X2 comme bons freres, quar vous savoir pouez s’il a eu sa volenté de la pucelleNera. Pour tant que ç’ait esté ce fust B la volenté de lui, pour que pour B ce n’a il mie mort deservie s’il ne la veult prendre ou point ou elle il B est.
– Comment, mere, dist il Peliarmenus B , dites vous dont ? Se j’ai çaiens ma fille ou ma sereur et j’ai .i. chevalier qui a moi soit et il li va entour tant qu’il la met mete B en tel point comme je di que cilz a celle mise, et puis si ne la veille prendre a femme se je li veul donner, dites vous que il n’a pas donner et il mie ne le veille que il n’ait B mort deservie ?
– Par mon chief, biax filz, voirement le di je, mais que on droit li face, et vous B dirai comment. Se il est ainsi que je soie fille a l’empereour de de Constantinoble et de G RommeFiseus, ce que je fui jadiz, et tout soiez vous mon filz B , ne lairai je ja B que je ne vous die ce que je veul dire car vous estes mes filz B , quar je si B vous puis miex dire une chose secree que a .i. autre. Il avient que il a .i. povre chevalier en l’ostel mon pere, et celui est biaus et preus et a la grace de touz. Je, qui sui plaine de mes volentez, le couvoiterai por la grant B biauté et pour la noblesce de lui. Il avendra que que|que V2 [d] jamais il jamais B ne m’oseroit parler d’amours ne de moi requerre. Je, qui B bien le savrai, vendrai je vendrai B a lui et si li dirai : 'Par Dieu, sire, moult m’est bel que je ai B tant oÿ de B bien dire de vous. Et pource sachiez que pource B que chevalerie est en vous parfaite, quele que je soie je vous doins m’amour, et ne soiez mie couars que, se biens vous vient plus plu›z‹[s] V2 grant que vous ne le savriez voudriez B demander ou voudriez B , que vous ne le refusez mie.' Se cilz est tel que il refuse ce le refuse B , je di que il n’est mie chevaliers a droit. Aviengne que aviengne : Amours, qui a grant pouoir, fait sa volenté de nous .ii.. Aprés, aviengne que je poursuie l’amour et a B la volenté de mon amant : il n’est mie tenus que il moi ait a femme se il ne veult, quar 'en amour ne doit avoir ne val ne tertre terre V2 💬en amour ne doit avoir ne val ne tertre: Le proverbe n’est pas répertorié ; il traduit l’idée suivante : "en amour, il ne doit pas y avoir d’obstacle". Il semble même aller à l’encontre des proverbes sur l’amour, qui constatent l’absence de limites de l’amour plutôt qu’ils n’invitent à cet excès. On retrouve une valorisation du sentiment qui reprend la forme du proverbe, pour contrer Pelyarmenus, en apportant une touche d’humanité, qui manquerait, selon Fastige, à son fils. En outre, Fastige inverse la position de la marâtre du roman souche. Cette dernière avait voulu condamner le fils de l’empereur pour l’avoir refusée. Elle illustre ainsi les nouvelles caractéristiques féminines que développe le Cycle, loin d’une misogynie sapientiale., ainz doit estre aussi ounie unis G 💬Le copiste de G banalise ounie en unis ; la suppression de la comparaison comme mers va dans le sens de ce changement, elle assure la cohérence du propos. Le verbe honnier (FEW XIV 47a sv. unire ; Gdf V 605b sv. ; Mts 2402b sv.), dans G sous sa forme de mfr. ounier, s’emploie depuis ca 1190 pour évoquer l’action précise d’aplatir une ville, de la raser. Le verbe reste cependant mal attesté, ce qui explique peut-être la banalisation de G en unir, dont le sémantisme correspond au sens du texte. Voir au sujet du verbe Zeitschrift für romanische Philologie 44, 1924, p. 217-221. Gunnar Tilander décline la thèse de Förster d’un traitement dialectal d’uni. Selon lui, l’étymologie de l’adjectif onni provient de *omnitus (omni + suffixe -tus) qui aurait subi dans son développement de sens l’influence de uni. Cette hypothèse est réfutée par Wartburg. comme mers G sanz onde'. Et par cui amours defaut deffet B , si doit estre pugnis de la mort d’amours, non mie de la mort des hommes.
– Mere, dist Pelyarmenus, de ceste chose ne sai je mie tant comme vous, si vous loeroie que vous celle part alissiez et fussiez son advocat tant que vous l’en eussiez jeté, quar je fis mon pouoir de lui delivrer, et si n’en oy pooir.
– Par Dieu, dist elle, je avant y voudroie aler que il mort reçoive. »
Quant il oÿ ce, si ot doute que elle n’alast celle part, si dist :
« Mere, or n’aiez doute de lui, quar celleNera ne le soufferroit pour cui il est ainsi menez si menés G pour tout le monde que il mort receust y receust B , mais ele le fait tenir pource que elle [e]le veult avoir, ne je ne cuit mie que pour vous ne pour autre qui vive il en eschape se il ne l’a a femme.
– Certes, dist elle, bien me plaist qu’ele l’ait, mais moult seroie couroucie se pour ceste chose ce B recevoit mort. »

§25 Moult longuement ont parlé de lui et d’ autres choses autrui B , mais de ce me veul taire et venir a ce que Fastydorus sot les nouveles de son frerePelyarmenus, si en fu moult joianz, et tout aussi furent les .ii. jones dames. Il ont fait leur voie aprester, et n’on finé si vindrent a Romme. Dont n’i ot ot il B parlé de nule cuisençon a euls conjoïr, mais meismes B Ysidore conjoÿ son seigneurPelyarmenus comme celle qui bien le sot faire. Il aussi l’amoit tant comme merveilles, et furent ensamble par grant amour. L’empererizFastige fist venir Fastydorus par B devant lui et dist :
« Biax filz, d’une chose vous veul je faire sage sage, je ne sai se vous l’estes B . Pelyarmenus vostre frere est revenuz, si vous en dirai une aucune B chose. Veritez est que je li ai dit des .ii. enfanz l’aventure, et li diz tout apertement que que nous cuidions que B 'Dyalogus les avoit eust B malmis par l’achoison de lui', si comme vous et moi le cuidions, si B ne fu onques la male vie que il en a menee mené B , et moult s’en est escondiz et Dyalogus aussi, et l’a mis hors de prison, et dist qu’'il ne trouvera homme si hardi nul B qui mal li veille faire B qu’il ne mete son cors pour le sien', por quoi je vous pri pour Dieu que vous ne vous en prenez mie a lui, quar, se vous ne vous acordez vous descordez B , j’ai paour que [f] pis puis (sic) B ne vous B en venist. Et sanz faille il dist assez de bones raisons dont vous porriés encore avoir a souffrir de ceste chose plus que vous n’ avez avez ore B X2 .
– Mere, dist Fastydorus, voirs est que encore ne sui je pas sires du tout de la terre, mais, se ainssi estoit que j’en je le B fusse seigneur B et il fust chose prouvee que Pelyarmenus mes freres eust ceste chose pourchaciee, je le feroie punir aussi comme on deveroit, et sanz faille pource que Dyalogus en estoit retez le fis je metre la ou il fust encore B , jusques atant que autre verité en fust seue. Et puisque il hors l’en a mis par sa force et vous le voulez, et je aussi le veul.
– Par foy, dist ele, je l’ai consentu le veil consentir B 💬Sur la réfection du participe passé de consentir en consentu, voir Fouché, §190; cf. aussi Note linguistique. pour avoir la pais. Et vous savez bien que vous .ii. fustes engendrez d’un pere et d’une mere, et fustes nez en .i. jour, et de tant doit il avoir mainz de discorde en vous.
– Mere, dist il, voirs est, et ja par moi discorde n’i avra, mais vous savez que pour droit ordener nous a Diex establiz en ce el B en cest X2 monde, quar 'li peres ne doit espargnier le filz ne li filz le pere'💬li peres ne doit espargnier le filz ne li filz le pere: La locution rappelle le Livre des Proverbes, 23,13, qui invite à ne pas épargner la correction à son fils. On pense aussi au jugement de Dieu qui n’a pas épargné son fils Jésus, qu’il a laissé souffrir la Passion (cf. Romains, 8,32)., et qui ce fait, il ne doit estre repris en ses oeuvres.
– Par Dieu, dist elle, voir avez dit. »

§26 Ainsi parlerent de moult de choses avant et arriere G , et tant que li temps passa que de V2 X2 ces toutes ces G choses choses que il V2 X2 furent mises en nonchaloir. Un jour s’en vint Pelyarmenus a l’empererizFastige et li dist que grant volenté avoit d’aler en Grece pour savoir se nule nouvelle porroit oïr des .ii. B enfanz.
– Certes, biaus filz, dist elle la mere B , je l’otroi le lo B .
– Par dieu, dist il, j’ai [136]merveilles de Fastydorus mon frere, qui ja ne se voudroit mouvoir d’entour sa femmeAphode, et bien deust aler et venir tiex hom comme il est et faire soi connoistre tant comme il est jones. Ne vausist il ore pas miex que il alast en Grece et seust comment la terre est maintenue de ceulz du paÿs tandiz que mon seigneur de pere B Cassidorus est hors n’i est B ? Quar plus en feroit on pour lui que pour ame qui y peust aler.
– Sanz faille, dist elle, veritez est, mais vostre freresFastidorus est uns simples homs, si n’a pas moult a faire d’aler en estrange paÿs, ainz li plaist trop miex a estre entre les barons de sa terre que il ne fait a aler hors du paÿs et li metre en aventure de mort💬Le texte semble jouer ici de l’intertexte avec le motif de la recreantise, tel qu’elle est surtout prêtée au personnage d’Érec chez Chrétien de Troyes, qui préfère lui aussi la compagnie de sa femme aux aventures chevaleresques.. Mes vous, qui plus en avez a faire que il n’ait, alez en la terre et gardez qu’il n’i ait deffaut deffaute B 💬La variante deffaute de B revient dans la réponse immédiate de l’autre personnage (se je y veoie aucune deffaute), mais la leçon deffaut fonctionne aussi; le passage se comprend ainsi : "faites attention à ce qu’il n’y ait pas de manquement par faute de souverain". par deffaute disete B 💬L’emploi de disete, qu’on lit dans B, n’est pas courant. Il désigne le plus souvent un manque de vivres, de choses (FEW III69b sv. dicere ; TL II 1946 sv. ; Gdc IX 389b sv. ; Mts 1041a ; DEAFpré). Son association à des personnes semble plutôt récente : les exemples qui l’attestent se retrouvent en tout cas dans le DMF. Le premier exemple remonte à ca 1350-1370. Le TL enregistre une expression similaire “tu seus bien que il aroient disete de toi” qui remonte au début du XIVe siècle. de seigneur, et sachiez se vous nulles nouveles orriez en orriez B orrés G des de ces B enfans, dont j’ai mon cuer si couroucié.
– Par foy, dist il, volentiers, mais que vous faciez feissiez B la besoingne a mon frere lui B Fastidorus que, se je y veoie aucune deffaute, que on y feist💬 mais que vous faciez ... feist: Comprendre "à condition que vous imposiez à mon frère que, si j’y percevais quelque manquement, qu’on fît...". autant pour moi comme pour lui meismes se il y estoit present.
– Par foy, dist elle, volentiers. »
Dont manda elle Fastydorus devant li et li dist ceste chose comme celle qui nul mal n’i chaçoit, et aussi ne faisoit Fastydorus. Dont fist faire Fastydorus Peliarmenus B une letre tele comme il voult la volt faire B , et fu seellee du seel l’empererizFastige et du seel Fastydorus que aussi avant receussent Pelyarmenuz le receussent B en toutes choses comme il feroient B Fastydorus💬que aussi... Fastydorus: Comprendre "pour qu’ils admissent aussi devant eux Pelyarmenus, dans toutes les affaires, comme ils le feraient avec Fastidorus". . Lors a grant chevalerie cueillie cueilli B , telle comme il cuida que mestiers [b]li fust eust B . Dyalogus ne fu mie oubliez. En tele maniere se sont mis a la voie, a tot grant avoir que Pelyarmenus avoit cueilli, si n’ont finé d’esrer par leur jornees l’un jour aprés l’autre B si sont venu en en la cité de B Constentinoble.

§27 💬Pas de nouveau § BQuant li baron de la cité vile B et cil du paÿs lo💬Forme de le, cf. Note linguistique. sorent, sachiez que tuit vindrent a lui pour faire feste. Moult les V2 G sot Pelyarmenus bien tenir et moult donna de riches dons a ceuz de cui dont B il cuidoit cuida B avoir mestier. Gasus, qui sires et garde estoit du paÿs, si comme nous avons dit oÿ B devant, vint a lui et l’a trop conjoÿ, et li enquist de l’empereriz sa mereFastige et de Fastydorus son frere.
« Par Dieu, dist il, il ne font se bien non, mais Dorus li petiz est mors.
– Sire, pour Dieu, je vous vouloie demander de lui. Et que a il eu coment ne quoi il ot B a morir ?💬Et que a il eu a morir: Comprendre "Et pourquoi dut-il mourir?"
– Par foy, dist il, ainssi le voult Diex. Moi meismes ai puis esté en grant peril de mort B en estrange maint divers B paÿs, et ay trouvé que mes sires li empereresCassidorus est mors et aussi est Helcanuz son filz. »

§28 Quant Gasus ot entendu entendi B Pelyarmenus ce B , si ne fu fust G nuls qui le peust resleescier, ainz a fait .i. duel merveilleus.
« Gasus, dist Pelyarmenuz, souffrez vous de duel faire et esgardez comment je porrai esploitier de ce que je vous dirai.
– Sire, dist il, de quel chose sera ce ? »
Dont li dist que Fastydorus li avoit donné tout l’empire et toute la terre aussi si B avant que com B li empereresCassidorus l’avoit tenue, et estoit venuz pour recevoir les homages et entrer em possession de l’empire. Dont [c]dist Gasus :
«  Sachiez V2 G que moult fort chose seroit c’est moult fort chose B a faire que vous fussiez receuz de touz les barons de l’empire, quar il en ont autrefoiz esté batu, si voudront, je croi, savoir moult certainement que li empereres il B Cassidorus et si doi fil soient mort trespassé B . Si couvendroit ceste chose mener par sens qui maintenant en voudroit esploitier et qui voudroit atendre tant que tuit en fussent sage, dont n’i avroit que esploitier.
Gassus, dist d. il B G X2 , j’ai bonnes lettres de ceuz qui furent a la bataille ou mesires li empereresCassidorus et son filz Helcanus B Helcanus morurent furent mort B . Aprés, j’ai bonnes lettres letres et bones chartres B de Dorus , que il morut es entre les B mains de .iiii. fuisiciens. Aprés, j’ai bonnes lettres de G Fastydorus mon frere, a qui li paÿs et la terre est escheuz, que il m’a tout donné et quitié quité bien et B loiaument, si or B verrai ceuz qui contre moi voudront estre et ceuz qui de ma partie ne le B seront💬Le passage concernant les lettres n’est pas clair. Il faut comprendre que Pelyarmenus possède des lettres à propos de Dorus et d’autres de la part de Fastidorus.. Je les recevrai, et avront m’amour a tous les jourz du monde. Et sachiez que ceuz qui contre moi encontre B contraire me X2 seront ne seront pas mi ami, et tous ceuz metrai je a merci, veullent ou non, mais je ne croi mie qu’il en y ait nul qui me doient doie B 💬qu’il en y ait nul qui me doient: Remarquer l’accord au pluriel avec le sujet nul. estre rebelles.
– Sire, dist Gasus, je B sai bien qu’il en y a moult qui volentiers le feront.
– Et ceuz de ceuls B qui le feront feront tout a envis B verrai je verrai ce B  », dist Pelyarmenus il B .

§29 Dont furent li prince de Coustentinoble tous mandez et leur fu la chose moustree. Quant il on oÿ entendu B ceste nouvelle, si en ont eu moult grant duel, quar trop amoient l’empereourCassidorus et son filz Helcanuz B et les atendoient l’atendoient B de jor en jour, si en firent moult grant duel B 💬Le segment caractéristique du groupe V2GX2 si en firent moult grant duel est répétitif par rapport à si en ont eu moult grant duel, mais il ne peut s’expliquer par un saut.. Adont y ot .i. des ba[d]rons B qui dist :
« Par foy, ce n’est mie de merveille se ce l’en est avenu. Que aloit il querant hors de sa terre B ? Tout ainsi fist son pereLaurin, et en la fin, quant il ot tant alé et venu, morut mourit G il en son meilleur point hors de son paÿs B 💬en la fin ... paÿs: La mort de Laurin n’est relatée nulle part dans le Cycle. La référence à un pays lointain découle certainement du voyage de Laurin en terres arthuriennes.. »

§30 💬Pas de nouveau § BMoult longuement ont se sont B ainsi parlé demené B de cele mort qui tant si leur B ert aspre et dure. Aprés, il se sont a conseil trait de la requeste que Pelyarmenuz leur faisoit, dont dit li uns d’eulz B :
« Biaus seigneurs, aujourd’ui avons avons nous B receues receu B pesmes nouveles, et moult avons eu a souffrir par maintes foiz. Vous savez bien que cil de Romme par pluiseurs fois ont fais moult de maus trains. Aprés, nous savons bien que cist n’est pas drois hoirs de la terre, ja soit ce que chose avenue que B li empereresCassidorus soit trespassez, dont nous ne sommes mie bien sage, ainz puet bien avenir que si dui fil sont soient B encore en vie, tout die Pelyarmenuz que il soit soient B G X2 💬Effacement de la marque du pluriel, cf. Note linguistique. mort. Et par Dieu, la doutance est si est B moult grant quant il enmena par a B force Dorus le petit et sa sereurCassidore, et se il avenoit que li uns ou li autres revenist revenoit or B arriere G et cist cestui cy G 💬Le copiste de G s’évertue de désambiguiser la référence de cist, qui pourrait référer à Dorus comme Pelyarmenus, qui est désigné par la situation d’énonciation. eust la terre saisie et eust esté asseurez, sachiez que jamais il jamais B a la terre ne revendroient que touz li paÿs n’en fust avant destruiz. Et poi de granz genz apartiennent a Helcanuz ne a son pere frere B Cassidorus qui ne soient ami a ceuz ci. Aprés, il ont si grant force, mais que Rommain leur veueillent aidier, que jamais cil n’en avront leur droit que nous n’en soions trop blecié.
– Biax sire, dist uns autres, [e]vous parlez de noient. Vous avez oÿ qu’il a grant tesmoignage de ducs, de et de B contes et de roys que li empereresCassidorus et si fil sont mort mort et tout aussi est Dorus B . Aviengne que ce soit mençonge et aions a cestui fait sa requeste: gardons les chartres que, se li empereresCassidorus ou ne B et G si fil enfans G revenoient demain, que par tant nous nous puissons excuser, et il arriere revenissent a leur terre. Ja tel ne seroient li hoir de Romme que il la tenissent contre euls ne contre nostre volenté.
– Par Dieu, dist cil, vous dites voir. Contre la volenté de ceuz de cest paÿs ne seroit ce B mie, mais, s’il y entrent, il feront tant dedenz brief terme que vous verrez bien que ce sera. »
Ne valut chose que cil peust dire, ainz crurent le conseil de l’autre, quar il ne voudrent mie avoir son maltalent, comme cil qui trop bien les sot atraire et les avoit ja sousmis par de B granz dons que il avoient receuz de lui. Dont les ot mis en sa nasse et en fist tout ce que il voult, et tout aussi fist il de ceuz des pluseurs B de la terre, si comme de ducs, de contes et de de moult de B gentilz homes qui bien avoient pooir. Et de tiex y ot qui furent li furent B rebelles, et ceuz mena il en tele maniere tex B qu’il leur abati tous leur chastiaus, et en alerent en estrange paÿs ou il miex G porent.

§31 💬Pas de nouveau § BSachiez que la renommee de ceste chose en B ala trop loing, quar et il B par son malice il B demoura el paÿs aussi comme sires et se fist amer si comme cil qui atendoit nouvelles de jour en jour que par quoi B [f]il mestier eust en eust B du pueple et des barons B . Si me veul de lui taire, quar bien y savrai repairier en lieu et en temps G , si revendrai a Bourleuz, qui les enfanz faisoit garder, si comme devant est dit.

[3] Comment Ci devise li histoire comment X2 li enfant a l’empereourCassidorus furent congneu reconnut V2 G par .i. chevalierClyodorus qui les vit chiez le duc Bourleuz ou aventure le mena Ci endroit vient li contes a Borleus et as enfans l’empereor de Constantinoble B .

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Enluminure de 14 UR, sur une colonne. Bourleus, à gauche, gardant les deux enfants, accueille Clyodorus chez lui.

§32 Or dist li comptes que Borleuz cil Borleus B estoit ducs et quens d’un paÿs qui gastés estoit a celui temps, et appelle on le paÿs Andasula Andalsula (sic) B . Li ducs si avoit esté des G escilliez de Troye aussi comme estrais💬La référence à Troie pourrait intégrer implicitement notre chronique fictive dans l’ordre des grands récits historiques, comme ceux portant sur la guerre de Troie (Le Roman de Troie, L’Histoire ancienne jusque Cesar).. Il avoit femme dame B belle et de grant lignage, quar li roys de FriseRoi de Frise avoit esté son oncle. De celle avoit li ducs une moult belle filleLuce, qui jone estoit, et si avoit .iiii. petiz damoisiaus a filz, mais encore estoient il plus jone de la fille. Avec ceulz ce B fist li siresBorleuz les .ii. enfanz garder moult soingneusement, et cuidoient bien li dui enfant qu’il fussent enfant au seigneur chiez comme cil qui bien cuidoit que il fussent enfant de celui B qui il estoient, [137] mais li ducsBorleuz esperoit bien et cuidoit estre certains qu’il estoient enfant a l’empereour de ConstentinobleCassidorus B , et pour ce veul je dire la raison pour quoi il en cuidoit estre certains. 💬Nouveau § G💬Il est très rare que la structuration du texte diffère dans G, qui donne un nouveau paragraphe. Ce changement met en valeur la parole rapportée. Veritez est que, quant li enfant furent perdu B , il estoit estoit a celui jour B en la cité de Romme pour aucunes besoingnes que il avoit a faire et quant il furent perdu et B nouveles avoit ouies en avoit il eues B comment l’empererisFastige et Fastydorus en estoient a grant B meschief, comme devant est dit💬comme devant est dit: Le chagrin est relaté au §8.. Aprés, la pucelete Cassydore savoit bien dire tout en tele maniere que ele avoit veu Dyalogus a Dyalogus B son frereDorus prendre comme se ele eust .xx. anz, et comment ele s’en estoit fouie de paour. Et quant li ducsBorleuz li oÿ ce dire, si en ot pitié grant, et pour ce les vouloit il tenir chiers et si ne voult que nuls seust qui il fussent pour les aventures qui avenir en peussent y estoient G .

§33 Un jour avint aussi comme par aventure que .i. gentil homme qui estoit de ceuz que Pelyarmenuz avoit dechaciez et escilliez de Grece si s’en vint entre lui et son .i. B escuier assez povrement chiez Borleuz. Quant il vint la, si li demanda qui il estoit. Il li dist que il ainsi B estoit de Grece et li compta l’achoison pour quoi il en estoit partis partiz par tel chose B . Lors li demanda li ducs aprés B Borleuz comment il avoit non. Il dist qu’il avoit non Clyodorus Oliodorus (sic) B .
– Ha ! biau sire, dist li ducs il B Borleuz, j’ai aucune foys esté ou paÿs, et y connois aucun gentil homme B . Dites moi Car me dites B qui💬Le pronom qui signifie ici "de qui": "Dites-moi de qui vous fûtes le fils". filz vous fustes.
– Certes, sire, dist il, mon moult V2 pereMelsius ne fu mie moult gentilz homme. Il servi [b]lonc temps l’empereour Cassydorus, si li plot💬li plot: Le sujet a changé, il s’agit de Cassidorus. moult son service et qu’il B li donna grant terre, et meismes tout la terre et B le paÿs li laissa avoit il mis B li empereres B Cassidorus en sa main quant il s’en parti, et .ii. siens enfans li avoit il G bailliez a garder que quant B Peliarmenuz li toli toli et les en fist porter a Romme maugré lui B , dont il fu si courouciez que avec la maladie que il avoit il que il B en morut de duel. Or vous di que cilz Pelyarmenuz dit que 'li dui enfant sont mort et meismes li empereresCassidorus et Helcanuz son filz', mais li cuers me dist qu’il a fait destruire les enfanz, et mais B ai j’ai B X2 esperance que li empereresCassidorus et ou B son filzHelcanus vit💬li empereres et son filz vit: Sur l’accord, qu’on attendrait au pluriel, cf. Note linguistique. Par l’emploi de la conjonction ou, la variante de B justifie l’accord au singulier. encore. Si ne finerai jamais d’aler ne de venir tant que plus je plus B certains en soie, quar toute ma terre ai perdue et mes hommes, et aime miex a estre povres et mendis G tous les jourz de ma vie que je obeïsse a feisse B la requeste de celui qui mon pere m’a mis me mist B a mort et les enfanz emportaPelyarmenus, si comme je vous a dit dit ne que je face feelté a homme devant que je certains en soie de mon seigneur et des enfanz B . »

§34 Quant li duxBorleuz l’ot entendu, si le tint a moult loyal, et a ce li sont les larmes venues aus yex de pitié de ce qu’il li avoit dit, dont li dist :
«  Clyodorus Olydorus (sic) B , moult connuy conu bien B cogneux (sic) G vostre pere Melsyus, et sai que sa loiauté volenté B li parut jusques en la fin, quar il vesqui toudiz en loiauté et y morut selonc ce que je entenz de vous. Et vous meismes Vous B ne chaciez se loyauté non, et je B sai que vous la trouverez. Et une chose vous veul veil je B dire que je croi et sai. N’a pas plus d’un an, se tant y B a, que [c]je estoie a Romme et oÿ nouveles des .ii. enfanz dont vous parlez, que Dorus li petiz fu destournez et perduz fu perduz B , dont l’empererizFastige et Fastidorus son filz G furent a grant meschief, et bien le pot on veoir sanz faille; si B ne demoura gaires aprés que la suerCassidore fu perdue aussi, et n’en sot on nulles nouveles ne de l’un ne de l’autre. Quant Fastydorus et l’empererizFastige sorent ce, si furent si hors du sens que bien y parut le moustrerent B , quar il y ot tel qui encusez en fu avant que la pucelete baisselete B Cassidore fust perdue, par quoi il fu mescreuz et mis en prison fort prison B . Pelyarmenus n’estoit mie adont ou paÿs, mais or ne sai je mie tres bien qu’il en est avenu puis, quar assez tost aprés je m’en parti. »

§35 💬Pas de nouveau § BQuant Clyodorus entendi le ducBorleuz, si ot si grant duel que il n’ot jambes qui soustenir le peussent, si chaÿ aussi comme touz pasmez et dist :
« Hé ! laz, bien pensoie la cruel traïson💬bien pensoie la cruel traïson: Comprendre "je me doutais bien de cette cruelle trahison".. Ha ! lierres, dit il, vous disiez qu’'il estoient avoient esté B mort en la main de .iiii. fuisiciens.' Voirement sera encore bien seue la mortel traïson. Ha ! Dorus, biau dous sire, quelles courpes aviés vous a recevoir si cruele tel B mort ? Et vous, damoiselle Cassydoire, qui perie en estes, et si ne pooient avoir de vous nulle doute ? »
💬Et vous... doute: La question est elliptique et reprend celle qui précède, au sujet de Dorus. Comprendre "Et vous, demoiselle Cassidoire, qui en êtes périe, [...] alors qu’on ne pouvait douter de vous ?". Dont se commença commence B X2 a debatre et esgratiner sa face et disoit que il n’avoit cure de plus vivre quant cil duy estoient mort, quar ce estoient cil ou il avoit plus grant greignour B fiance, pour la raison de ce que il avoient esté norri chiez son pereMelsius. Qui li oÿst [d] regreter regreter les B , il ne fust nulz cuers qui n’en eust trop grant pitié ; meismes li dusBorleuz l’ot si grant que il ne le pot souffrir, ainz l’a pris et dist li dist B :
« Sire chevaliers, il me V2 X2 samble que vous soiez femme a vostre duel faire faire et li dist G 💬il me samble ... faire: Sur ce type de commentaires misogynes, voir la n. au §6.. Maintenant dist, contenez Maintenez B Contenez G 💬Maintenant dist : Comprendre "Maintenant que cela est dit, ...". vous sagement. Ce Or B X2 💬Que nous supposions que Ce soit ici employé pour Se, selon un usage du texte (cf. Note linguistique), ou non (Ce étant alors sujet de aviengne), la concession, rendue par le subjonctif, reste claire. aviengne qu’il soient mort, n’i pouez vous recouvrer pour duel que vous faciez, quar il me samble m’est aviz B , se recouvrer y peussiez pour faire duel cruel et pesme, appareilliez seriez du faire. »

§36 Dont s’est Clyodorus refrainz et dist :
« Ha ! sire, se vous eussiez aussi bien veuz les enfanz comme j’ai je meismes fis B et la biauté d’eulz et comment il s’entramoient, vous en feriez .c. temps plus cruel duel que je ne faiz. »
Adont sousrist li duxBorleuz de ce qu’il li ot dit dire V2 , et si avoit il grant pitié de ce qu’il avoit ot B oÿ et dist li dist B :
« Par foy, je ne sai que onques mais jour de ma vie veisse si grant duel faire de nule chose comme je vous ai veu ci veu B mener, ne je ne sai comment je ne autres le porriens porriez V2 G plus .c. tanz plus B grant mener.
– Sire, dist il, pour Dieu merci, se je le fais, bien le doi faire, quar li empereresCassidorus nous a avoit B touz eslevez alevez B . Or sui je du touz B chaciez de mon paÿs, dont ou B je fusse sires et amez de tous se il me fust demourez, et nonpourquant je voudroie estre touz les jourz de ma vie en chartre perpetuel et li empereresCassidorus et tuit si enfant fussent fust B en vie et deussent vivre tant que mort naturele soufferroit leur soufferroit B .
– Par Dieu, dist li ducsBorleuz, c’est bien amé, et encore, se Dieu plaist, vit [e]li uns d’eulz, par quoi ceste amour porroit bien estre merie meue G .
– Sire, dist il, c’est en la volenté Nostre B Seigneur Dieu B . »

§37 Lors Qors (sic) G fu li duxBorleuz moult temptez de moustrer li les enfanz, savoir se se il B X2 par aucune B G aventure les conneust connistroit B . Et quant il ot le tout visé, si n’i vit fist V2 G nule il nule B raison par quoi il en peussent peust V2 G 💬Le pluriel est plus plausible: Bourleus a son esprit entièrement tourné vers les enfants et s’inquiète de leur sécurité. Le fait que la leçon peust ne soit pas entièrement dépourvue de sens, bien que difficile à défendre, a sans doute contribué à l’erreur de V2G. pis avoir, dont li dist Bourleuz :
« Quel aage eussent bien li dui enfant se il fussent en vie ?
– Sire, dit il, Cassidoire eust ore .x. anz et Dorus .viii..
– Par foy, dist il, bien estoient jone quant il se partirent de vous.
– Sire, voire, mais il fussent ore grant de leur aage, quar il estoient moult bienvenant.
– Et les connoistriez vous, dist il, se vous vous ore V2 G les veiez et il fussent ore B G en vie ?
– Ha ! sire, pour Dieu merci, porcoi ne G feroie feroie je donques B G ? Je les deveroie bien connoistre quant si les ai en ramembrance et jour et nuit. »

§38 Dont se leva li duxBorleuz et prist Clydorus par la main et le mena en une chambre ou li enfant se jouoient avec les enfanz le ducBorleuz. Adont li dist :
« Or esgardez se vous nul en veez qui les B resamblent resamblassent ceuls que vous tant amez B ressamble G . »
Lors a cilz passé avant et vit les .ii. enfanz. Et Mais onques B sitost comme B Cassydore le ne le B vit, elle comme ele B cria :
« Clyodorus ! »
et vint a lui les braz tenduz, et aussi toust aussi B fist Dorus son frere, quar moult bien le raviserent B . Et quant il les V2 vit, si est cheuz pasmez entr’euz et n’ot pooir de mot dire de tres grant joie, et li dui enfant commencierent moult fort a plourer, quar Clyodorus estoit en transes, si cui[f]derent cuidoient B G X2 que il fust mors. Et quant li duxBorleuz vit ce, si ot moult grant joie, quar or fu sa doutance outree, si passa et dont en vint B avant. Et cil G Clyodorus fu revenus a lui et jeta .i. grant souspir, et dont commença les enfanz a baisier moult piteusement, et aussi faisoient il lui. Et quant il ot grant piece atendu, si dist en lermes oyant le duc :
« Sire, seur m’ame, je ne sai ou je sui : ou en ciel ou en terre. Aprés ce je X2 ne sai se c’est fantosme, quar il me samble que je tiengne tieng ci B X2 les .ii. enfanz mon seigneur l’empereour B G de Constentinoble B Cassidorus. »
De ceste chose ot li dus cuens V2 G X2 B 💬Sur ce lieu, cf. Note au texte. grant pitié et li dist :
«  Voirement Dous amis, v. B sont il si enfant enfant l’empereur de Costentinnoble B selonc ce que je voi a vous meismes et a euls aussi G et, sanz faille, avant que je les eusse vous e. B a vouz B moustrez en estoie je en doute, mais or en sui touz sages. »

§39 💬Pas de nouveau § BQuant Clyodorus fu bien a lui revenuz, si dist au ducBorleuz :
« Sire, pour Dieu D. merci B , faites moi sage dont ces .ii. enfanz vous viennent. »
Tantost Errant B fist li ducsBorleuz venir apeler B la femmePauvre vieille qui les .ii. enfanz B nourrissoit tandiz qu’il furent perduz a Romme, et li fist li ducsBorleuz compter tout ainssi comme devant est dit et en tele maniere comme il les encontra et comme il les fist aporter💬comme devant est dit: L’épisode est relaté aux §16-17.. Quant Clyodorus oÿ ce, si dist :
« Par foy, or puis je bien dire que mon duel est venuz a grant joie. Or n’ai je riens perdu, quar B ma perte ai recouvree a .c. mille doubles💬ma perte ... doubles: Comprendre "j’ai compensé cent mille fois ma perte"..
– Et pour ce, dist li ducsBorleuz, 'ne doit nuls trop grant duel faire ne trop grant joie demener mener B '💬ne doit nuls trop grant duel faire ne trop grant joie demener: Ce tour proverbial n’apparaît pas comme tel dans les recueils, mais il fait appel à une juste mesure souvent à l’œuvre dans les locutions, comme par exemple Nus ne doit feis emprendre qu’il ne puisse porter (Morawski, 1447)., quar aussi tost a Dieus l’omme conforté comme li mau[138]vais le courouce l’a couroucié B X2 . »
Lors ont leur joie menee grant, et tant que li dusBorleuz dist :
« Sire Clyodorus, sachiez que que je B aprés ma femme et mes enfanz vous ai moustrez les plus chiers joiaus que j’aie, et sachiez que mes que B X2 temps et liex soit que mon cors et les le X2 mes💬les mes enfanz: C’est la forme tonique plutôt qu’atone du possessif qui est généralement précédée par l’article, sauf exception (Buridant, §137). La leçon les mes enfanz remonte à l’archétype. enfanz, mes et mes B villes et mes chastiaus et le mien tout et mes hommes, je metrai a ce que li enfant viengnent a leur droit heritage, vive li empereresCassidorus ou soit mors💬je metrai... heritage: Dans son emploi de l’expression droit heritage, Bourleus marque son souci de la perpétuation du lignage, ce qui va de pair avec la continuité qu’il représente au sein du Cycle, cf. Introduction.. »

§40 Quant Clyodorus oÿ le ducBorleuz, si s’est sez (sic) G laissiez cheoir a sez piez et l’en voult baisier a baisié B le souler et dist :
« Sire, cilz Diex qui est vrais justicierres le vous veille puist B rendre en ame et en cors, quar onques mais si gente aventure n’avint a homme comme il vous est avenu avenue X2 de ceste chose.
– Par Dieu foy B , dist li ducsBorleuz, vous dites voir. »
Dont esgarderent cil de laienz B comment li enfant connoissoient Clyodoruz Cliodorum G , quar trop belle chose estoit d’eulz veoir a veoir B . Dont ont parlé entr’eus comment il porroient en porroient B esploitier, quar li ducsBorleuz li B dist que B nullement il que il B ne voudroit que nuls seust ces nouveles jusques a tant que on seust la verité du pereCassidorus et de l’autre frereFastidorus. Clyodorus dist que ce estoit bien et bien s’i acordoit, et dist que il en yroit par mainte terre et par maint paÿs avant que il la verité n’en seust ne seut B . Adont dist li duxBorleuz que li empereresCassidorus avoit esté en Alemaigne a celui temps qu’il se parti de Constentinoble, mais il ne savoit quel part il estoit vertiz.
– Sire, dist Clyodorus💬Les noms de personnages sont une source fréquente de corrections. Le copiste de B commence à écrire Cassidor, qu’il surligne pour le rectifier par Clyodorus., quel part fu ce ?
– Par foy, dist il, ce fu [b]a .i. chastel qui siet sur mer la mer de Frise B 💬La précision de B sur le lieu plus exact où se situe cette mer (la mer de Frise) semble plausible, puisque la région se situe en Allemagne. et est appellez Clotaires, et la avoit il .xxxvi. chevaliers qui tuit estoient frere et avoient guerre au duc de MaienceDuc de Mayence, qui leur vouloit le chastel tolir, mais ainssi comme je l’oÿ oÿ B recorder il occistrent le ducDuc de Mayence par l’aide de B l’empereourCassidorus et puis aprés en B orent il X2 tele pays💬La graphie pays pour pais (pacem) (pais BX2; paix G) n’est pas commune. On relève des formes avec y en lorrain mais non dans l’ancienne langue (FEW VIII 91a). Le DEAFpré présente deux formes provenant de l’Est (Lorraine et Flandres, XIIIe siècle), cf. Note linguistique et §139 et 151. comme il voudrent.
– Foy que doy je doi B X2 Dieu, dist Clyodorus, la yrai je je je X2 tout avant, savoir s’il m’en savroient dire quel part il tourna.
– Je le vous lo, dist li duxBorleuz, mais avant que vous departez de moi, sejournez o moi une piece jusques adont que vous serez bien reposez.
– Sire, dist il, granz merciz. Et ce ferai je volentiers Ce ne ferai je mie a envis B . »

§41 Dont demoura Clyodorus .viii. jourz avec le ducBorleuz, qui li fist grant joie et grant houneur. Au chief de des B .viii. jourz se parti de lui, et avant qu’il meust li donna li ducsBorleuz cheval moult bon et armeures fors et tenanz, et son escuier mist il bien a cheval et a harnois, et ainssi se sont de lui parti. Et li ducsBorleuz demoura et fist son atrait, quar qui B bien beoit a venir a la guerre, si comme il fist puis en tele maniere que je vous le vous B dirai, se vous me voulez escouter escoutez V2 G , avant que je G mon compte fine, quar, si comme je le B truis en la matire, il le fist en tele entencion qu’il cuidoit avoir le hutin a Pelyarmenuz, qui saisiz estoit de l’empire de Coustentinoble. Il fist .i. chastel fremer ou miex de sa terre💬Il fist... terre: Le passage peut se comprendre ainsi, selon le sens de l’expression ou miex de qch. : "Il fit fortifier un château au meilleur endroit de son territoire"., qui a merveilles estoit [c]granz et fors. Celui fist il appeler appellé (sic) G Lembourc, et cilz car cis dus B , qui avoit non a non B Borleus, si B mua son non ou chastel et le fist en en la B representacion represencion V2 G de lui Lambourc appeler. Aprés il en refist .i. autre ailleurs que il fist appeler Lucenbourc Luceborc B 💬La leçon de B "Luceborg" s’éloigne fortuitement du nom de la fameuse contrée du Luxembourg, mais elle a le mérite de soutenir le rapprochement entre le nom "Luce" et celui du pays appelé selon ce même nom. pource qu’il avoit une fille, qu’il donna puis a Dorus le petit. Celle avoit ot B non a non B Luce et de la damoisele le se G voult il baptisier, si ot non de lui meismes Lucenbourc Luceborc B , et pour l’amour por la raison B de la damoisele en fist il puis une contee, si comme vous porrez oïr orrez G ça avant💬Il y a une étrange association entre futur (porrez oïr) et passé (avant). Sur les terres dont Luce est dotée lors de son mariage avec Dorus, voir §502.. Mais cil, qui plainz estoit de sens naturel, voult mener sa chose si X2 par point apoint G et par mesure comme cilz qui grant fais vouloit emprendre. Dont s’apensa que il meismes yroit en Grece et voudroit savoir comment les choses V2 G X2 se prendroient et pour savoir, se li empereresCassidorus et si enfant y revenoient, comment il il y B X2 seroient receu.

§42 Lors a fait sa voie aprester et mena poi de gent avec lui, comme cilz qui mie ne vouloit que tuit seussent la verité ne B la raison de sa voie, si ne fina par ses journees tant que il si B vint en la cité de Coustentinoble. Il fist sa maisnie metre a ostel chiez .i. bourgoizHôte de Constantinople qui a cel temps estoit moult preudons. Quant li ducsBorleuz fu descenduz et il fu hostelez, il si G fist apeler l’osteHôte de Constantinople, et il est venuz a lui. Dont le mist li duxBorleuz a raison de pluiseurs choses, et tant qu’il li enquist se li empereresCassidorus estoit en la ville. Lors li dist li hostesHôte de Constantinople :
« Sire, de quel empereour demandez vous ?
– Biax ostes, dist il li dus B , ja n’a il en cest paÿs [d]que .i. seul empereour.
– Sire, dist il, non maintenant, et si dient aucun, mais m. que B X2 ce soit conseuls conseil soit ce que je vous dirai B , que li empereres Cassydoruz est si est B encore en vie. Je ne sai se vous de celui la lui B demandez.
– Par foy, dist il li dus B , de celui ne demandoie demande B je pas, ainz cuidoie que que il B pieça fust mors il et si enfant💬pieça fust mors il et si enfant: Sur ce type d’accord de proximité, cf. Note liguistique., mais puisque vous en voie m’en avez mis, je vous pri que vous aucune chose m’en dites dont je soie sage. »

§43 💬Pas de nouveau § BQuant li hostesHôte de Constantinople entendi l’entendi B le duc B Borleuz, si ot paour que il ne fust de la partie Pelyarmenuz, si se repenti de ce qu’il ot dit. Dont li il B dist :
« Sire, cilz empereres qui Pelyarmenuz a non a non B n’est pas en ceste ville et B n’a pas .x. jourz qu’il s’en parti, et ne B ne sai en quel lieu il est alez ala B .
– Biax ostes, fait dist B li duxBorleuz, foy que vous me devez, dites moi que on dit de l’autre empereour qui devant cestui cestui ci B fuCassidorus.
– Certes, sire, dist il, je ne vous en savroie dire verité.
– Et ce que vous en avez oÿ, dites le moi, se il vous plaist.
– Sire, dist dites V2 li hostesHôte de Constantinople, foy que vous me devez ne devez G a Dieu, dites moi dont me dites B qui vous estes ne et B de laquele partie vous estes plus. »

§44 💬Pas de nouveau § BQuant li ducsBorleuz l’oÿ, si sot bien qu’il ot doute de lui, si li dist :
« Amis, foy que doi je doi B vous a Dieu B a vous G , je sui nez de la grant Alemaingne et vous di que de la partie Cassidorus seroie je se je cuidoie que il fust encore en vie vis B . »
Dont fu li preudonsHôte de Constantinople asseurez, si s’est vers lui trais aclinez B et dist :
« Sire, j’avoie doute que vous ne fussiez de la partie Pelyarmenuz celui qui ore y est B , mais pour ce que je vous oÿ dire, si [e]vous en dirai ce que entre nous povre gent en disons, quar nous autre fois avons esté ars de ceste estancele, quar au temps que li empereres Othes morut sanz hoir de sa char fu mors B , si eschaÿ la terre a .i. jone damoisel qui estoit filz d’une soie sereur. Ycilz ot a non Laurinz Laurin, car li empereres Othes si morut sanz hoir de sa char B . Cilz Laurinz avoit .ii. B cousins germainz qui estoient filz le roy de Grece. Dont cil firent tant, si com je croi que vous bien en avez oÿ parler, que ycelui Laurin💬Sur l’histoire de Laurin, voir la deuxième continuation, le Roman de Laurin et les liens que nous pouvons tisser avec ce roman dans l’Introduction littéraire. cuiderent faire murtrir en ceste ville, mais B li enfes en fu garniz, si fuy a Romme a son pereMarques, qui puis li fist ravoir sa terre, que cil de cui je parole li avoient tolue. Et tout ce couvint comparer la povre gent de ceste terre, et tout ainssi alons nous maintenant, se ne s’en X2 chaut que cil qui ore sont qui leur frere Dorus le petit et sa suer Cassidore enmenerent hors de cest du B paÿs, malgré le bon Melsius a qui li peresCassidorus les avoit chargiez. Et pource que ainssi en ouvrerent avons nous doute qu’il ne les aient fais ocirre, tout dient il que il soient mort de leur belle bonne B mort. Aprés, nous avons esperance que li empereresCassidorus soit en aucun lieu ou il ne veult mie que il il ne G soit conneuz o son filz Helcanuz, qui tant est estoit B sages que, avant avant que B qu’il s’en alast, par que par B le sens de lui mist il a mort les traïteurs qui lui et sa mereHelcana cuidoient metre a mort et firent a son pereCassidorus prendre l’empereriz de RommeFastige, dont cist enfant sont issu qui ja nul bien ne feront, et, se il [f]le faisoient, ce seroit contre raison, quar il sont bastart. »

§45 Quant li duxBorleuz oÿ son hosteHôte de Constantinople, si ot grant joie joie de ce que il ot dit B , dont li demanda se il savoit cuidoit B noient que B , se li empereresCassidorus ou nuls de ses .ii. enfanz filz B revenissent revenoient B , que il i li V2 eust nul debat d’eulz recevoir💬il i eust ... recevoir: Comprendre "les recevoir serait contesté"..
– Sire, dist il, je ne cuit mie que, se li empereresCassidorus revenoit, que cil fust tel que nul debat y osast metre, mais nous cuidons que, se Helcanuz revenoit ou son frereFastidorus, que il ne les vousist voudroit B connoistre pource que il dit que 'il sont mort.'
– Voire, ce dist li duxBorleuz, mais li enfant sont bien conneu en cest paÿs, si les receveroient li baron de la terre et la B gent menue.
– Ha ! sire, dist li preudonsHôte de Constantinople, cist les a si mis a lui lui, ce sachiez vous B par ses dons et par ses promesses qu’il feroient aussi comme la sourde oreille, si que jamais n’i revenroient avendroient B se il B d’ailleurs n’amenoient ne menoient B force par cui il les feist feissent B 💬Pelyarmenus est le sujet de feist. Le pluriel dans B semble se justifier par attraction avec les autres verbes au pluriel. supploier. Et il ont poi de force de par leur pereCassidorus que cil ne l’aient aussi bien, et avec tot B ce cist ont tout le pouoir de Romme, si sont trop fort.
Voire, dist li duxBorleuz, et ne sont Helcanus et son frereFastidorus fort de par leur mere G ?
Certes De par leur mere est fort Helcanus et son frere autressi G , dist li preudonsHôte de Constantinople, ainz entent qu’il y sont assez foible G , quar li empereresCassidorus amena leur mereHelcana de Galylee, fille a .i. vaillant prince du paÿsEdypus le premier. Or est cilz mors et est la terre B demouree demouré B a .i. jone damoisel, le G X2 filz d’ycelui prince qui fu filz celui B , et est oncles a ceulz, se il en y a nul vif. Et ce n’est est B nule chose quant B a ce💬Et ce n’est nule chose quant a ce: Comprendre "Ce n’est rien en comparaison de ceci".. Sanz faille, se li roys d’ArragonDyomarques estoit voloit estre B preudons, il leur deveroit aidier. Et savez vous aussi de qui il deveroient avoir aide grant aide B ? Du roy [139]de FriseRoi de Frise, qui est bien pres leur cousin, mais c’est de par leur pere. »

§46 💬Pas de nouveau § B
– Sire, verité dites, et si aroient il se s’il B ainsi avenoit que il revenissent, mais nous n’en savons el que je vous ai dit.
– Or me dites, biaus hostes, dit li duxBorleuz : cuidiez vous qu’il y ait nul de ces princes qui eust grant pooir que, se il revenoit nul des enfans d’euls B , que il laissassent cestui pour eulz aidier qu’i se deussent retorner arriere et cestui laissier B ?
– Sire, dit il, je croi qu’il en y a ore de tiex qui sont devers cestui pource qu’il veulent vivre a pais, que, se Helcanus venoit el paÿs V2 G et il peust ou il peussent B venir a euls lui B , qu’i tost avroient cestui laissié.
– Et quans combien G en y a il, dist li duxBorleuz, de tiex G ?
Par foy Biau B , sire, ce G dist li hostesHôte de Constantinople, ce ne sai je mie bien. Au mainz en nommeroie je .iii. ou .iiii. qui sont escilliez du paÿs.
– Et qui sont il li troi B ? dist li dusBorleuz.
– Par foy, sire, dist li preudonsHôte de Constantinople, paour ai que vous ne me veilliez decevoir.
– Par Dieu, biaus hostes, non fais, je le B vous asseur, seur l’ordre de chevalerie, que je sui li B chevaliers qui voudroit voudroie B X2 tenir Pelyarmenus P›l‹[e]lyarmenus V2 en enmi B ceste cité en champ de bataille par maniere la m. B que le champ fust gardez ; et se je ne le rendoie recreant et mauvais traitre B , que on feist de moi justice com de tel homme justice B , si que tout le monde le veist ou je li couperoie la teste voiant touz les barons de cest ceste V2 empire! »

§47 Quant li preudonsHôte de Constantinople oÿ ce, si li vindrent les lermes aus yex de pitié, et dont se laissa il cheoir aus piez du ducBorleuz et l’en a baisié li baisa G le souler et dist :
« Ha ! sire, cil Diex qui est consentierres de toutes rienz et [b]puissanz de l’amender le vous puist merir ! Or vous dirai je hardiement qui cil sont et vous feroie bien parler a euls, se vous mestier en aviez.
– Par Dieu, dist il, je voudroie voudroie ore B , qu’il m’eust cousté grant chose💬qu’il m’eust... grant chose: L’incise peut s’analyser comme une concessive au sens de "même si cela m’avait beaucoup coûté". On pourrait aussi, sans virgules, comprendre "je voudrais que..."., que il fussent ore ci.
– Sire, dist il, moult est loins de ci la ou li uns demeure, mais li autre dui sont assez pres de ci G .
– Qui sont il ? dist li dusBorleuz.
– Sire, dist li ostes il B Hôte de Constantinople, li uns est B li cuens d’Ytalie MajourComte d’Italie, et B li autres est Clyodorus d’Aquilee, et B Marsuphiens d’Athaines est B li tiers. »
Quant li dusBorleuz les a oÿ oÿs X2 nommer, si G fu moult liez et B joianz, quar bien avoit congneu recogneu G le pere au duc d’AthainesMarsuphien. Il s’apensa que il meismes yroit parler a lui eulx G , quar ce estoit son en son B chemin, comme cilz qui vouloit aler aloit B en Galilee puisqu’il estoit jusques iluec venuz. Dont parlerent de moult de choses, et il et son oste, et B X2 li dist li preudonsHôte de Constantinople :
« Par foy, sire, Dieu vous a ci amené por moi B , et aussi, si B X2 fist il .i. jour qui passez est, a vivant de B mon perePère de l’hôte de Constantinople, quar qui B çaiens vint fu B a hostel li damoisiaus de Puille, qui avoit non Synador. Et l’ envoioit envoia B li empereres de RommeCassidorus a Syrus, qui en celui temps estoit sires de l’empire de Coustentinoble, tout aussi comme cist est ore. Et si B X2 vous di que cil cist est ore et vous di que cil B Synador se conseilla aussi a mon perePère de l’hôte de Constantinople comment il porroit porroit miex B parler a lui. Il vouloit savoir comment cil de ceste ville se maintenoient maintendroient B X2 se Laurinz cil Laurin B revenoit💬se Laurinz revenoit: Ménard, §267b relève de nombreux phénomènes d’asymétrie dans le système hypothétique. L’asymétrie est peut-être ici encore augmentée par la subordination dans laquelle s’insère le système hypothétique avec une principale au passé., et mon pere l’en dist tout ce qui puis en avint. Et aussi me samble il que vous par autele maniere y soiez venuz, dont je sui joianz.
– Par Dieu, ce dist li duxBorleuz, pour el n’i ne B sui je mie venuz venuz en cest pays B que ›v‹[q]ue V2 pour savoir et en[c]querre de ces choses comment elles aloient. Or en sai je tant que il me plaist et B que je avant yrai.
– Sire, dist li preudonsHôte de Constantinople, Nostre Sires vous conduie en quel lieu que vous aliez. Et sachiez que B , se je osoie, que B volentiers vous B demanderoie se vous savez nules nouveles de ceuz de qui nous B avons si longuement parlé.
– Certes, biaus hostes, mie je mie B X2 nules nouveles n’en sai que meilleurs n’en vausisse💬Sur vausisse comme forme du verbe vouloir (ce que confirment les variantes vousisse B; voulsisse G; vousisse X2), cf. Note linguistique. savoir, mais je croi vraiement que B , se vous vivez longuement, que vous teles nouveles en les B orrez dont vous serez esbahiz esjoïs B , selonc ce que j’ ai entendu entent de vous. – Sire, dist il, Dieus vous en oie B . »

§48 Atant Adont B ont de G cele chose ce B G laissié a parler la parole G , si fu heure que li dusBorleuz s’asseist et sont assis G au mengier, et il si fist et sejourna et puis sejourna li dus G avec son hoste .iiii. jourz et aprist en la cité aucunes choses que il vouloit savoir. Aprés a sa voie atiree et a pris congié a son hoste et s’est mis en son chemin, et ne fina fist tant B par ses journees si qu’il B vint ou li dus d’AthainesMarsuphien estoit a .i. sien chastel qui estoit apelez Thabor. Quant il fu la venuz, si il B descendi en la ville et s’apareilla de parler a lui. Il s’en vint la ou il estoit et se fist connoistre a lui, si B ne fu onques la joie que on li fist💬ne fu... fist: Comprendre "Il n’y eut jamais un si bon accueil", "Jamais si bon accueil ne fut fait".. Dont li enquist l’achoison pour quoi il estoit venus V2 G a et aloit a B si poi de gent gent et de maisnie B . Il Il li X2 dist :
« Sire, sachiez que 'besoing fait maint homme preudomme B restraindre'💬besoing fait maint homme restraindre: Le tour proverbial n’est pas connu. Il énonce comme une vérité générale un aspect très pragmatique, signe de l’importance de cette dimension dans notre roman.. »
Dont l’esgarda li dusMarsuphien et li B dist :
« Sire, quel besoing besoigne B X2 💬La leçon besoing de V2G reprend le terme besoing du tour proverbial cité, alors que la variante de BX2 s’en éloigne. vous amaine en cest paÿs ?
– Sire, dist il, je croi que B , se vous le saviez, que je mie pis n’en voudroie voudrai B vaudroie X2 .
– Certes, sire, dist il, je le croi ainsi. »

§49 [d]Dont s’apensa Bourleuz que il avant l’essaieroit que il du tout se descouvrist a lui, dont li dist :
« Sire, veritez est que j’avoie entendu, avant que je meusse de mon paÿs, que vous aviez .i. jone nouvel B X2 empereour, et B comme il fust ainssi que li empereres Cassydorus, qui devant cestui fu, se il se B parti de cest empire et s’en vint par Alemaigne l’A. B , et tant que il s’embati en ma terre et li je li B fis toute l’ouneur que je li B poi faire B , et tant qu’il me requist que je denjers li feisse avoir, et je si fis, et il me donna son seel et atant se departi de moi. Or ai je depuis entendu que il est trespassez, si voudroie volentiers le mien ravoir et vous voudroie prier, se il vous plaisoit, que vous conseil y meissiez.
– Sire, dist li duxMarsuphien, ja pour ceste tel B chose en cest paÿs ne vous couvenist y covenist B estre venuz, quar je en eusse bien fait la besoingne, tout n’i fussiez vous traveilliez ja venus B ja travailliez X2 .
– Sire, dist il, granz merciz. Sachiez que Mais B je n’i ving mie du tout pour ce, ainçois avoie a faire autre besoingne en la cité de Coustentinoble que nuls ne peust avoir faites fait B se je meismes n’i fusse venus.
– Sire, dist il, moult fust la besoingne granz, mais que je seusse💬seusse : En corrélation étroite avec n’eusse, le subjonctif seusse marque un savoir hypothétique et non réalisé du fait de savoir et d’agir différemment dans le passé. Cf. Note linguistique. quele fust vostre que je n’eusse fait besoingnié B .
– Sire, dist il, je ne cuidoie mie que vous si bien fussiez de cest empereourPelyarmenus.
– Par mon chief, dist li dusMarsuphien, je sui miex de lui en partie qu’il ne soit de moi.
– Comment, sire ? dist il. Par amours? Quar me faites entendre ce.
– Sire, dist li duxBorleuz, legierement le pouez entendre : c’est a dire qu’il est plus en [e]mon dangier que je ne soie el sien.
– Par Dieu, sire, dist il, ce ne cuidoie je mie.
– Ainsi est il, dist li duxMarsuphien, comme je B vous ai dit di B . Mais ce veul je que vous me dites, mais qu’il ne vous anuit : quiex denjers furent ce que li empereres Cassydorus ot de vous ?
– Sire, dit il, ce vous dirai je bien ainçois que je de vous departe, mais ainçois B je B vous prie par courtoisie coutoisie V2 que vous me dites dites, mais que il ne vous anuit B X2 comment vous savez que li empereres Cassydorus B soit mors.
– Certes, sire, dist il, je ne voudroie pour grant chose que je B certains en fusse.
– Et comment dont avez vous cestui receu ?
– Le voulez vous savoir ? dist il.
– Par foi, sire B , ce dist Bourleuz, volentiers le savroie, mais qu’il ne vous anuiast.
– Par Dieu, dist il, il ne m’en anuiroit mie non fera il G , mais que vous en couvent m’eussiez me vousissiez avoir B que je pis n’en seroie de vous.
– Sire, dist il, non seriez serez B vous tant que valoir je valoir B vous porroie. »
Dont li dist :
«  Sire Sire dus B , veritez voirs B est que moult a eu G en cest paÿs de granz seigneurs plus que je ne soie. Cil si ont receu Pelyarmenuz de Romme par .i. tesmoingnage que il de l’empereourCassidorus et de ses enfanz dist que il sont mort. Je si ne veul ne ne puis estre contre lui par moi, quar il a pris les granz seigneurs de ceste terre l’un aprés l’autre, quar avant que B l’un seust de l’autre riens de son compaignon B il ly B orent tuit fait hommage. Et sachiez que B , quant je soi ce, li cors s’i obliga, mais ainz G li cuers volenté n’en ot. »

§50 Quant Borleuz oÿ ce, si fu liez et vit bien que temps teps V2 poins B estoit de parler de la besoing[f]ne, si dist :
« Sire, que ferez vous dont quant li empereres Cassidorus ou si enfant Helcanus ou Dorus vendront en cest paÿs et il trouveront que vous avrez avez B fait .i. nouvel empereour sanz ce que faire vous faire B le ne le B deussiez ?
– Certes, sire, dist il, je voudroie que il m’eust cousté le meilleur de mes chastiaus en tel par B maniere qu’il fust ainsi B que je seusse vraiement que li uns des d’euls X2 .iii. fust vivant en vie et venist en cest paÿs en mon vivant B .
– Foy que je vous doi, dist dist dont B X2 Bourleuz, or soiez soianz V2 soions G 💬Les témoins V2G présentent d’autres confusions entre P4 et P5. L’attraction de la forme joianz, pour la variante de V2, a peut-être joué un rôle. joianz, quar je sai bien que li uns des .iii. est en vie, se il n’est mors puis que je de lui departi. »
Quant li dusBorleuz l’oÿ, si a mué une tres grant couleur et dist :
« Ha ! sire, pour Dieu, puet ce voirs estre que vous dites ?
Ha B ! sire, dist il, je pour Dieu je X2 ne sui mie ça ci B X2 venuz de si loing pour dire mençonge, et si croi miex que tuit troi soient en vie que mort encore B . »

§51 💬Pas de nouveau § BQuant li duxMarsuphien oÿ ce, si a Dieu loé de tout son cuer et puis dist :
« Par Dieu, bien en sera encore toute B G ma volenté acomplie. Ha ! sire, pour Dieu B , dites moi duquel des .iii. vous dites parlez B dont de B que G vous estes li plus certains certain B .
– Sire, dist il, ce vous savrai je bien a dire. Clyodorus, qui a💬La préposition marque ici l’accompagnement "avec". moi fu n’a mie lonc temps, en a l’un veu B . Ha ! dist dist il X2 B , Clyodorus💬L’apostrophe à Clyodorus, absent, a peut-être causé la chute de il dans l’incise de dialogue dans V2 G (dist Clyodorus est privé de sens), mais les cas de dist pour dist il sont nombreux, cf. Note linguistique. , chevaliers a droit, voirement pensiez pensez B vous bien ce que vous avez trouvé! Ha ! lierres moi meismes, que as tu tu as B fait ? Je amasse miex que toute B ma terre fust destruite et je meismes feruz furuz (sic) B d’un espiel espie B parmi le cors, mais que l’ame n’en perdisse, que je fait eusse ce qui est m’est B avenu. »
Dont s’est dementez moult fort, mais Borleuz le prist a conforter l’a reconforté B et dist : [140]
« Sire, de ce vous pouez vous curer taire G 💬La substitution de curer par taire dans G est surprenante, tant le sémantisme des deux verbes diffère (curer ’prendre soin de’, TL II 1158 46 ; GD II 404 ; FEW II-2 1558b ; Mts 824b ; DMF / taire) ’passer sous silence’ TL X 51 3 ; GD X 740b ; Mts 3235a ; DMF). Le scribe a probablement cherché à simplifier une leçon dont le sens est métaphorique. Bourleus demande en effet à Clyodorus de se "soigner", c’est-à-dire d’amoindrir, de faire taire son chagrin. Notons un rapprochement possible, du point de vue émotionnel, avec §51., se il vous plaist, quant car quant B il vendront en cest paÿs, si vous tournez devers celui qui droiz sires en doit estre.
– Par Dieu, dist il, je tant mie n’atendrai, mais que je sache ou en quel lieu B il soient. »
Dont ne li sot tant enquerre ne demander que il dire onques dire B li vousist liquiex c’estoit des .iii. enfanz qui estoit en vie adont vivoit B , ainçoiz li dist que que il B tout a tanz le savroit, mais de quele heure B que Clyodoruz fust seroit B repairiez des autres .ii..
– Sire, dist il, bien me doi tenir a ce que vous en dites, quar je ai des compaignons qui ceste chose savront dedenz brief temps. »

§52
– Par Dieu, sire, dist il, je n’oÿ onques ainz B mais parler de si couvenables denjers, mais sachiez que je me B merveil moult que il avant ne vient et que il demeure tant.
– Foy que je vous doi, sire, il en est orendroit mal pourveuz, quar il veult ne veult G savoir liquel seront pour lui et liquel non.
– Par Dieu, dist li duxMarsuphien, se ce n’est mesmes li empereres, il avra des contraires.
– Et pour ce, dist Bourleuz, le fait il. Mais je de par lui vous fais asavoir que tuit cil qui contre lui seront en porront bien avoir .i. mauvais loier: tot le vousissent tuit B il tuit G cil de cest empire grever, si avra il tant de force d’ailleurs que il a tart vendront au repentir.
– Par Dieu, ce dist li duxMarsuphien, je n’oÿ onques mais nouveles qui si belles ne me B X2 fussent, et je de quele heure que il vendra en cest païs, tant par le pourchas de moi que d’autres, li avrai quis .xm.[b] hommes d’armes haubers B qui tuit voudront pour lui B vivre et morir pour l’amour de lui.
– En non Dieu, dist Borleuz, ci a gente promesse. »
Dont ont moult longuement parlé ensamble, et dist Borleuz que il yroit en Galylee et voudroit savoir quel secours il y porroit avoir de quel heure qu’il en fussent semons.
– Ha ! Edypus, dist li dusBorleuz, se vous fussiez en vie vesquissiez ore B vesquissiez encore X2 et vous seussiez ceste chose, que com B X2 vous eussiez en eussiez B le cuer dolent ! »
Dont dist dist il B aprez que il avoit .i. filz qui demourez estoit, et cilz n’estoit encore pas chevaliers, quar trop estoit jones.
– Sire, dist il, quel aage puet il avoir ?
– Je croi, dist il, qu’il a pres de .xii. anz.
– Et comment, dist Borleuz, a il a non ?
Sire Par foi B , dist dist il G X2 dist li dus, son pere ot a non Hedipus et B , je croi qu’il ait a G X2 a non Edypuz aussi comme ot son pereEdypus le premier B .
– Je le demant, dist il, pour ce que je ne soie mie deceuz de son non quant je le voudrai demander. Mais ce me dites comment la souverainne ville qui est en sa terre est apelee.
– Elle a non, dist il, Bethsaÿda Bethaïda B , et la prist li empereresCassidorus sa sereurHelcana, dont maint orent puis B G a souffrir. »

§53 Lors demoura demoura li dus B .viii. jorz avec lui Borleuz li dus B , et puis quant il s’en volt partir il le fist et B a sa voie atournee vers droit vers B la mer de Grece tout droit dont se mist enz B et ot bon vent, si entra en mer B et arriva droit au port devers Antyoche d’A. G . Quant il fu a terre, dont ne voult faire sejour, ainz s’est acheminez touz les le G plainz de Galylee, et ne fina l’un jour plus et l’autre mainz tant que il vint en Bethsaÿda. Dont se traist en la ville en .i. a B X2 hostel et a fait enquerre [c]se Edypus estoit en la ville, dont B li fu dit que non, mais il devoit repairier dedens .iii. jourz. Dont se fist li dusBorleuz moult richement aaisier et fist son hoste mengier delez lui a sa table. Quant il orent mengié, si mist l’a mis B li duxBorleuz son hoste B a raison de moult de pluseurs B choses et tant qu’entre les autres li enquist de la valour Edyplus. Cilz li en l’en B dist moult de biens et dist que moult estoit sages de son aage temps B , et cuidoit on que de prouesce passeroit le pereEdypus le premier, tout eust il le non del meilleur chevalier de Galylee a son temps B .

§54 Quant li duxBorleuz oÿ ce, si en fu moult joianz et dist li dist B :
« Biau sire, que puet on encore savoir de lui ? Ja n’a il pas plus de .xii. anz.
– Certes, sire, non, dist il, mais poi s’en faut que il ne soit est B X2 aussi granz que son li B pere pere fu B X2 Edypus le premier, et dist on qu’il ert jaianz yaianz X2 💬dist on qu’il ert jaianz: L’association au géant est peut-être dans la continuité de la littérature arthurienne. On pense par exemple à Galehaut présenté comme un géant "positif" à l’image d’Edipus ici..
– Jaianz ? dist li duxBorleuz. Comment puet puet puet B ce estre ?
– Sire, dist dist cil G X2 💬Ici et ailleurs le pronom personnel manque dans les incises marquant le changement de locuteur. Sur cette structure insolite, cf. ZinkMorphPron, p. 89 et Note linguistique., je B ne sai, mais ainssi l’ai oÿ dire.
– Or me dites, dist li duxBorleuz, a quoi on set B que il doie estre si bons chevaliers a quoi le savez B .
– Sire, dist il, il aime a chieres B les armes et si tient avec lui trestouz aqueust entour lui touz B les meilleurs chevaliers du de cest B paÿs, et avec ce il n’a nul chevalier en cest paÿs qui puist faire nule aperte chose que il ne le B veille faire. »

§55 💬Pas de nouveau § B Dont Moult B X2 fu li duxBorleuz liez quant il oÿ si bonnes nouveles de lui. Lors s’est reposez et a regardé a ses trais tant que il fu venuz au chief de .iii. .viii. V2 G X2 jourz💬Le délai est erroné dans V2GX2. Il est bien de trois jours précédemment (§53)., dont et quant il fu venuz en la ville, dont X2 s’est li duxBorleuz B aprestez d’aler a lui parler. Il s’en vint en la sale ou il juoit a .i. chevalier aus eschez, dont fu moult esgardez des chevaliers et des serjanz. Dont l’esgarda [d]Edypus et li sambla que il fust estoit B de grant afaire et qu’il n’estoit pas du paÿs. Il est moult tost sailliz suz et vint a lui et li a fait moult grant joie.
« Sire, dist li duxBorleuz, seez vous a vostre jeu. Bien parlerai a vous par loisir loisir.» Dont li dist Hedipus B .
– Sire, dist Edypus B , or B esgardez le jeu, quar je sui se il doit estre B touz liez de vostre venue venue et que je laisse le gieu B . »
Dont esgarda le geu et vit que cil a cui il jouoit estoit mat a .ii. trais cops B , si commença a sousrire et dist dist et dist (sic) B :
« Il me samble que cist chevaliers B me doit bien amer quant pour de pour G moi est deportez d’estre de cest B mat.
– Sire, dient li autre B , verité dites. »
Lors se sont assis li ducsBorleuz et li damoisiausEdypus le second li uns moult pres de l’autre. Dont mist li duxBorleuz premiers le damoiselEdypus le second a raison et li a enquis dont il ert.
« Par foy, sire, dist il, de moult lointain paÿs sui ci G venuz, mais bien je B croi que mauvaisement savez que j’ai quis se je nel vous disoie. »
Dont li dist que il estoit dux de LembourcBorleuz et venoit a lui en tel point pour la besoingne de ses neveus qui estoient filz de sa sereur l’empereriz de CoustentinobleHelcana.

§56 💬Pas de nouveau § BQuant li damoisiausEdypus le second l’entendi, si fu moult joianz de ceste chose et dist :
« Sire, vous soiez li bienvenuz. Dites moi que li empereresCassidorus fait et si enfant filz B , quar je sai bien que ma sereurHelcana est morte morte pieça B .
Sire Si V2 , dist li ducsBorleuz, ne savez vous mie que li empereresCassidorus se parti de l’empire despuis que ma dame vostre sereurHelcana morut ?
– Si sai ai B , dist fait B il, mais je cuidoie qu’il fust arriere repairiez.
– Par Dieu, sire, non est, dist li ducsBorleuz, se il n’est reve[e]nuz puis que je parti du paÿs, ainçoiz vous dirai qu’il en est avenu et pourquoi je sui ci venuz. »
Dont li a li ducsBorleuz tout compté mot a mot de chief en chief B comment il li ert avenu et B comment li affaires avoit alé. 💬Nouveau § BQuant li damoisiausEdypus le second oÿ ce, dont ne se pot tenir de courouz que il ne se soit .iii. foiz pasmez, et quant li baron l’ont ont G veu, si sont venu a lui et en ont eu grant merveille que il avoit et furent Dont furent li baron B moult couroucié, quant li dux il B Borleuz dist :
« Biax seigneurs, n’aiez doute, quar je li ai dit une chose qu’il ne deveroit vouloir pour grant avoir chose B que il ne la seust. »

§57 💬Pas de nouveau § BEn ces paroles est li damoisiausEdypus le second a lui revenuz et dist :
« Sire empereresCassidorus, la vostre chevalerie vous a mort et les enfanz confonduz. Par Dieu, Pelyarmenuz, moult acheterez l’achaterez B chiere chier X2 la terre ainz que vous en pais la teigniez tant com je soie vis et ne s’en mellast autres que moi B , mais que Diex me laist vivre tant que je B de mes armes soie garniz. »
Quant li dusBorleuz l’oÿ ainssi parler, si li plut sist B moult, et dist :
« Par foy, sire, de ceste chose devez vous estre touz priez, quar vous leur estes plus prez que homme que je sache, se ce n’est cil qui cest destourbier fait.
– Par Dieu, dist li enfesEdypus le second, et je veul bien b. y B metre mes devises, et B , quant vous voudrez que je mete mes hommes ensamble, et💬Sur l’emploi de et en tête de proposition après une temporelle, cf. Note linguistique. je le ferai par maniere que, quant je l’irai veoir, m’enseigne que m’enseigne B ne sera desploie desploie V2 desci adont que moi je B et mes hommes vendrons devant la cité [f]de Constentinoble.
– Par foy, sire, c’est bien dit B , dist il, et sachiez que onques sanz faille ainz B mais d’omme de vostre eage n’oÿ parler de B si bonne parole.
– Sire, dist il, je n’en di n’entendi G chose que je ne veille n’en voudroie B faire se je le pooir en ay avoie B mieulx me pleust grant temps a G .
– Sire, dist li dusBorleuz, encore n’est n’iert B X2 ce mie, ainçois arai aurai je B esté au roy de FriseRoi de Frise, qui leur oncle est et aussi est il a mes enfanz, dont j’ai .iiii. .iii. V2 G damoisiaus a filz, mais il sont encore moult jone. Et li dirai la besoingne, et je croi qu’il s’en tendra prendra B moult pres💬il s’en prendra moult pres: Le sens de l’expression de B semble obscur. On peut néanmoins rapprocher cette structure d’une autre locution, se faire prest "se préparer" (DMF, sv. prest , dont la ressemblance donnerait du sens à l’expression de B. quant il savra l’achoison la traïson B la raison X2 . »

§58 Quant Edypus vit que li duxBorleuz s’en melloit en tele si bonne B maniere et que il ne leur estoit noient et aprés il en avoit tel travail et metoit son cors et son avoir le sien B en aventure et sa vie aussi, si en ot moult grant merveille et dist :
« Sire, se vous ceste chose ne pourchaciez nommement que B pour vostre seigneur, mauvaisement vous en porroit nuls le guerredon rendre.
– Par foy, dist il, j’ai moult de raisons par quoi je tiens et tendrai ma paine a bien emploie, quar pour el ne fusmes nous esleu esleu au siecle B que pour droit faire et le felon mater a ce que il ne feist tort au juste. Et ceste chose si n’est mie a souffrir a nul homme preudomme B qui conseil y puist metre metre et je paine et conseil y metrai, mais que le tout y deusse metre B X2 💬Possible saut du même au même non erroné de V2GX2 sur metre..
– Sire, dist li damoisiausEdypus le second, Nostre Sires vous en doinst vostre volenté acomplir. »
Dont parlerent de moult de choses, et ainsi sejourna li dusBorleuz avec Edypus .viii. jourz. Aprés ce B a pris congié a lui et li dist que il li feroit savoir que💬Comprendre que = ce que. il trouveroit en Frise, et selonc [141]ce il li remanderoit sa volenté. Et de Clyodorus aussi li avoit il compté comment il estoit en la queste de l’empereourCassidorus, et se il nouvelles en ooit avant que lui il li feroit savoir, et que il pour Dieu fust aprestez et se pourveist ci deci B G dedenz G par quoi il fust prest aprestez B au jour que il li manderoit a estre en l’empire de Coustentinoble, si que li se li B uns y entrast entroit B d’une part et li autres d’autre.
« Sire, dist li damoisiausEdypus le second, ce ferai je sans doute. »

§59 Dont se parti li duxBorleuz de Edypus, mais il le convoia une B grant piece, et au departir a moult prié li uns l’autre de la besoingne. Adont Atant B s’est li duxBorleuz departiz de lui et ne fina si vint arriere G a la mer de Grece, et li avint bien que il ot bon vent, tant que il G en poi de terme heure G arriva en l’empire de Constentinoble. Dont a li duxBorleuz traversé le paÿs et la contree et ne fina si vint a la mer de Frise. Dont Dont/Dont X2 se mist ens et ot bon vent et ne fina si furent arrivé vint G 💬On passe du singulier au collectif (probablement le duc et son équipage) sans autres marqueurs syntaxiques, ce que remarque le copiste de G, qui maintient l’accord au singulier. en Frise. Dont enquist tant et demanda que dit li fu que li roysRoi de Frise estoit fu X2 a .i. sien chastel aussi comme touz deshaitiez. Il ne fina si vint au chastel la ou il estoit, et la dont B fu li duxBorleuz bienvenuz, quar il estoit conneuz des barons du paÿs, et li roysRoi de Frise meismes li fist feste de ce que il pot G , comme cilz qui malades estoit. Il li enquist de sa cousine et de ses cousins.
« Sire, dist il, mauvaisement sai orendroit que il font, quar puis que je ne les vi ai je esté en la cité de Constentinoble, et de la alai je en [b]Galylee et sui de la ci venus a vous. »
Quant li roysRoi de Frise l’ entendi entent B X2 , si ot moult grant merveille et li dist :
« Biaus cousins, qu’avez vous la fait ? Je ne cuidoie mie que vous riens tenissiez de l’ empereorCassidorus empereur, car moult merveillaisse que vous la fussiez alez querre B .
– Sire, dist il li dus B X2 , de l’empereourCassidorus tieng je que je ne voudroie mie pour grant chose que il fust malmis.
– Dont me dites, dist li roysRoi de Frise, que ce est, quar je le veul savoir.
– Sire, dist il li dus B , ce n’est ne bourc ne ville ne chastel ne maison.
– Et quelle chose est ce dont ? Ne le puis je savoir Ne le je savoir V2 G ?💬Ne le puis je savoir: L’omission de G découle probablement de la conscience que le copiste a eue de la nature asyntaxique de la leçon qu’il avait sous les yeux, proche de celle que conserve V2.
– Sire, dist li dusBorleuz, pource sui je ci venuz que💬pource ... que: Sur la tmèse, cf. Note linguistique. je veul que vous le sachiez.
– Par foy, dist li roysRoi de Frise, bien le m’arez fait desirrer ainz que je le sache. »
Dont sousrist li duxBorleuz et li dist :
« Sire, or ne vous hastez si, quar avant veul je savoir quele G vostre volenté est G de Pelyarmenuz, qui ce que Peliarmenus B est empereres de Constentinnoble.
– Quele voulez vous vous dont B X2 , dist li roysRoi de Frise, qu’elle soit en soit B ? Et ne li est la terre escheue escheuee (le dernier -e est partiel) V2 de par son pereCassidorus et de par B son frere Fastidorus, qui donnee donne›r‹[e] V2 li a ?
– Par foy, dist li duxBorleuz, moult mal cuidasse ore que vous ce me deussiez respondre.
Par foy Pourquoi B , sire, dist li roysRoi de Frise, je ne sai B que vous voulez que j’en die.
– Sire, dist li dux il B Borleuz, je ne veul que vous en diez fors ce qu’il vous plaira plaist B , mais ce vous B veul je bien faire asavoir que, tout fust Cassydorus mors, vostre neveu et ses son G filz .ii. filz B X2 Helcanus et Dorus li mainsnez, si estes vous plus prochains de l’empire que li uns et ne B X2 li autres des .ii. ne sont soit B G .
– Par foy, sire ducBorleuz, ce ne cuidoie je mie, dist li roysRoi de Frise.
– Comment! dist li duxBorleuz. Ne fu[c]rent pas Fastidorus et son frerePelyarmenus gaaignié de vostre neveuCassidorus tandiz que sa premiere femmeHelcana fu en vie ?
– Par foy, dist li roysRoi de Frise, ouil.
– Et comment dont ? dist li duxBorleuz. Ne fu ce mie dont B X2 G bastardie ?
– Sire, dist li roysRoi de Frise, sauve soit vostre grace, nenil, en une maniere que je vous dirai. Vous savez et l’avez oÿ dire que, quant li empereres de ConstentinobleCassidorus prist et espousa l’empereriz de RommeFastige, qu’il ne cuidoit avoir point de femme par quoi il ne peust avoir li ou autre et tout ausi estoit il de li B , et la en droit furent cist engendré, par quoi il ne veulent mie dire que il soient bastart, ne je mie ne le di veil faire B , quar trop seroit grant chose a mon oeulz quant plus prochain de moi s’en taist.
– Qui est dont cil, sire B ? dist li duxBorleuz.
Ce Sire, dist li rois, ce B ne vous dirai je mie encore, dist li roysRoi de Frise B , ainçoiz m’arez dit que vous de lui tenez selonc ce que j’ai entendu de vous G .
– Sire, dist li duxBorleuz, bien le savrez en lieu et en temps, mais que je autre chose sache de vous que encore je encore B X2 ne sai fais B .
– Par foy, dit li roysRoi de Frise, vous voudriez par aventure B tel chose savoir de moi que je moult a enviz vous diroie ore G .
– Sire, dist li ducsBorleuz, sachiez que je ne veul de vous savoir chose ou vostre volenté ne soit.
Ore dont G ! »
dist il G .

§60 Lors li demanda li duxBorleuz, s’il estoit ainsi que li empereresCassidorus fust ne fust B mors ou ne il B le fust et si enfant de sa la B premiere femmeHelcana fussent en vie ne le fussent mie B et Pelyarmenuz vousist tenir l’empire contre eulz, se💬Lors li demanda... se: La conjonction se introduit une interrogation indirecte après le verbe demanda en début de phrase; dans l’incise se succèdent trois conditions marquées par les verbes fust, fust et fussent au subjonctif. il noient metroit de paine a leur requeste que il y B revenissent.
– Biax sire sire dus B X2 , dist dont G li roysRoi de Frise, quant Cassidorus ou si en[d]fant me proieront de chose ou je soie tenuz, sachiez que je si conseilliez serai que vous ne lui ne me porront porriez G 💬porront: Même si la leçon majoritaire reste compréhensible, celle de G est plus juste du point de vue de la référence des pronoms (vous + lui équivaut plus à vous qu’à ils). blasmer, mais vous me faites une demande aussi comme se vous me vousissiez tempter, et si ne sai que d’eulz ne des enfanz de Romme monte a vous se petit non. »

§61 💬Pas de nouveau § BQuant li dusBorleuz entendi ce, si pensa maintenant que Pelyarmenus y avoit bouté et promis, dont fu iriez et ne se pot tenir qu’il n’ait dit :
« Par foy, sire, je ne me B merveil mie se Pelyarmenuz a a orendroit G aucuns trais a sa cordele quant il vous y G a trait💬Perlyamenuz a aucuns trais a sa cordele ... trait: Comprendre "Pelyarmenus en a attiré certains dans ses filets"., tout li deussiez vous estre li plus contraires.
– Biau sire sire dus B X2 , dist li roysRoi de Frise, mal cuidasse cuidoie B que vous de si cy G loins fussiez ci G venuz pour moi ramposner, et bien croy que aucune raison y cuidiez avoir qui n’est pas bonne.
– Sire, dist il, vous dites verité, mais je ne sui mie ci venuz pour vous faire ne dire nule descouvenue, et puisqu’il est ainsi que je de vous ne puis traire chose dont je soie liez, tant vous vous vous V2 di je, et si vous di tout voir.
– De quoi, dist li roysRoi de Frise, me B dites vous tout voir ?
– De ce, dist li duxBorleuz, que on ne se doit mie esmerveillier se li pluiseur ont Pelyarmenus receu en l’empire quant vous li estes si privez.
– Par Dieu, sire duxBorleuz, vous dites direz B X2 vostre volenté, mais vous savez malement combien privez je li sui, et si ne faites mie que sages qui vous ou en tel B point ou je sui me dites choses qui ne me sont mie bonnes. »

§62 [e]Quant li duxBorleuz l’entendi, si vit qu’en lui ot moult de refuiz et que il li couvendroit tout dire a sa volenté de B ce dont il il li B vouloit parler G , quar il veoit bien que Pelyarmenus l’avoit ja bouté donté B . Lors li dit :
« Sire, ce poise moi que quant B je vous ai tempté. Veritez est que je B sai de voir que li empereresCassidorus fu filz de vostre sereurCassidore de Frise. Il B a .i. filz qui a non Doruz. Celui cuida Pelyarmenuz metre a mort par .i. sien frere bastartDyalogus, et cil est en ma garde et sera tant que je savrai qui nuire grever B ou aidier li voudra. Et de l’autre frere, qui Helcanus a a non non et du pere meismes B , vous orrez nouveles prochainement telles, si com je croi, que qui B gaires ne vous porront plaire ne a Pelyarmenuz ne a ceulz qui aidier li voudront. »
Quant li roysRoi de Frise oÿ ce, si mua tres une tres B moult tres X2 grant couleur et dist :
« Comment puet ce estre voirs que vous dites que vous Dorus avez en vostre garde ?
– Voire, par Dieu, dist il B , et sa sereurCassidore avec. Et si veul bien que Pelyarmenus sache que le sache B sache X2 , par maniere que de V2 G tel plaist li si G ai basti et ferai ainçois que li gieus departe plais demeure B , que il moult chier chiere B achetera l’empire de Constentinoble avant que il l’ait paisiblement.
– Par foy foi, dist li rois B X2 , se c’est voirs que vous dites, trop longuement le m’avez celé, et a paines le puis je croire, quar des enfanz cuidoie je estre estoie je B seur de leur mort, mais de l’empereourCassidorus et ne B de Helcanuz ne savoie savoie je B G que dire fors tant que, quant il venissent, que bien fussent il venu de moi et de leur amis.
– Par foy, dist li duxBorleuz, 'li ami se mous[f]trent bien ou il sont'💬li ami... sont: Sans être connu des répertoires , le tour proverbial reprend une image bien ancrée, celle de la fidélité de l’amitié comme dans Au besoing voit qui ami est (Morawski, 171).. »
Dont a li a B li roysRoi de Frise demandé par celle foy que il li devoit que il ne laissast pas que il ne li contast de ceste chose tout ce qu’il en savoit. Li duxBorleuz ne voust lessier G que il ne li contast tot premierement l’aventure des .ii. enfanz, aprés comment Clyodorus s’en vint chiez lui par aventure et comment il s’em parti por aler en la queste de l’empereourCassidorus, aprés comment il il meismes B avoit esté en Constentinoble et comment il avoit parlé au duc d’AthainesMarsuphien, et comment il avoit a Edypus esté esté en Galilee et parlé a Hedipus B a Edypus X2 et le samblant que il li fist.

§63 Quant li roysRoi de Frise oÿ ce, si dist :
« Biax sire sire dus B X2 , je croi que Diex vous a ceste besoingne envoie por l’omme qui soit ou monde qui miex sache de tel besoingne X2 besoingnier, et je vous di de ma partie que, s’il est ainsi comme vous dites, que il n’avint onques a prince si noble aventure comme il est avenu a vous vous ceste B , sauf ce B qu’il vous couvendra moult pener avant que vous aiés achevé ce que vous alez chaçant.
– Sire, dist li dusBorleuz, il ne m’en chaut, mais que Il G je B X2 💬Il est question de Dieu et de la mission qu’il a envoyée dans la parole précédente. ma volenté puisse acomplir l’aie B .
– Par Dieu, dist li roysRoi de Frise, je croy que vous y doiez venir.
– Sire, dist li duxBorleuz, dont vous y couvendra il metre paine.
Sire Sire dus B , dist il, je ai .iii. filz qui moult seront lié se il oient aucune ont nule B bonne nouvele qui leur siee ou il se puissent esprouver d’armes esprouver B , et je ne me puis maintenant aidier, ce poez auques veoir savoir B . Si parlez a euls, quar il sont si de leur volenté plain plainte V2 que, se je vouloie que il fussent de vostre partie, si n’en feroient il riens noient B se bien ne lor [142]plaisoit. Et se je leur vouloie deffendre a pour B estre contre vous et il leur sambloit que raison n’i eust, si n’en feroient il noient, et pource que je ne sui mie a ma volenté, je💬Il ne peut s’agir du pronom sujet je : l’emploi serait redondant avec mes cors. Lire je = ja, cf. Note linguistique. mes cors ne m’en mouverai devant que je en savrai el. »

§64 Quant li duxBorleuz oÿ ce, si vit que moult courtoisement il💬Sur la présence du pronom il, cf. Note linguistique. s’en escondissoit s’escusoit B X2 . Aprés Dont B enquist et demanda quant si fil devoient estre ou paÿs, comme cil qui pas n’i estoient. Dit li fu que dedenz .viii. jourz devoient repairier d’une chevauchie ou il estoient alé contre les B Frisons. Quant li duxBorleuz oÿ ce qu’il repaireroient si prochainement, dont si B fu liez, si dont B sejourna sejorna li dus B avec le royRoi de Frise et fu moult hounourez, quar li roysRoi de Frise l’ot commandé G , comme celui cui il doutoit et cremoit cremoit, car sanz faille ja avoit songié Peliarmenus le roi si que bien avoit volenté que ja ne se mouveroit contre lui por chose que il encore seust B 💬Remarquer la variante de B, plus étendue que celle de V2GX2 (qui ne pourrait pas dériver d’une leçon similaire à celle de B par saut du même au même).. Ne demoura que les .viii. jourz que G li damoisel revindrent passerent et vindrent li damoisel B , qui tuit .iii. estoient chevalier. Quant il virent oïrent dire et virent B le ducBorleuz, si furent moult meu de joie faire et li il li B firent si grant que bien s’en tint a paiez. Aprés il B li enquistrent demanderent G la raison pour quoi il estoit si seuls venuz. Dont fu apensez de du B respondre et leur conta tout B ce que il voult dire de si bonne escole que trop bien furent meu a sa requeste G et distrent tuit troi que, vousist leur pereRoi de Frise ou non, si aideroient il a ceulz celui B que il ne devoient faillir ne por a B mort ne por a B vie.

§65 Quant li duxBorleuz ot oÿ les .iii. freres les ot oïz si a sa volenté B , si fu moult liez, si que nuls plus de lui G , si leur dist que il fussent fussent appareillié B a tout tant de gent comme il porroient avoir de quel heure que il les semondroit. Il distrent que plus liez en seroient anuit la nuit que de[b]main l’endemain B G . Aprés ce Avint aprés demain que G , li duxBorleuz se parti d’eus et prist congié au royRoi de Frise et se mist en sa voie B au chemin G pour venir en son paÿs G , si ne fina par ses journees G tant qu’il y est venuz ou il avoit moult de ceuls qui paine metoient que il fust parfaiz B si vint en son païs G . La duchesseépouse de Bourleus G , quant elle la duchesse G le vit venir B , si sachiez que B en ot ot ot (sic) G moult grant joie, comme celle qui le cuidoit avoir perdu. Dont ne voult laissier que, sitost comme il ot conjoÿ la duchesseépouse de Bourleus, qu’il n’ait les .ii. enfanz fait et se firent moult grant feste, puis a fait les .ii. enfans G venir devant lui, si les a conjoÿs comme cilz qui em partie les amoit plus qu’il ne faisoit que G les siens meismes G . Dont a dit dist B si a dit X2 oiant la duchesseépouse de Bourleus :
« Mes biaus enfanz, mal savez ore le mal que j’ai eu pour vous vostre besoigne B . »
Dont dit li dist B la G dameépouse de Bourleus :
« Sire, pour Dieu, qu’avez vous trouvé? Porrez vous besoingnier de chose que vous veulliez ?
– Par Dieu, dame, ouil, de quele heure que je voudrai, a certes je metrai ensamble .xlm. haubers quant je voudrai mouvoir avecques B ceuz de ma terre qui tuit sont apresté d’aler ou je les voudrai mener pour le droit des enfanz sostenir.
– Sire, dist elle, il vous deveront moult amer quant il se congnoistront.
– Dame, dist il B , sachiez que je y ai fiance. »
Dont demoura li duxBorleuz ainssi et s’est pourveuz au miex que si comme B il pot. Il fist ses chastiaus renforcier et celui de Lembourc haster. Si me veul ore une piece de lui taire et revenir a Helcanus Helcanus, qui fu remis en prison par le commandement Josias G .

[4] Comment Ci endroit revient li contes a B Ci dist comment X2 Helcanus fu remis en la prison par le commandement Josias B .

[c]

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Enluminure de 14 UR, sur une colonne. Helcanus remis en prison par Josias.

§66 Ci endroit dist li comptes Dont il fu ainsi B que la prison fu G renforciee a Helcanus, si comme devant vous ai dit💬Ci endroit... ai dit: Référence au Roman d’Helcanus, §241.. Nera, qui en tel point estoit comme celle qui languissoit du mal duel G qu’elle souffroit si grief qu’elle plus a meschief estoit, si comme li contes le B dit G , que n’estoit ne fust B Helcanuz de la prison que il souffroit, tout le li B X2 💬Le pronom régime le reprend l’idée précédente à propos du séjour d’Helcanus en prison. couvenist il faire comme cilz qui coupes coupe›z‹[s] V2 n’i avoit💬Il manque dans tous les témoins un verbe dans la proposition principale ; la structure remonte à l’archétype. Il s’agit probablement d’une relative superflue (cf. Ménard, §84).. Ainz truis en B escript que pis fist a Helcanuz ce que Pelyarmenuz li avoit compté de Nera B que la prison ou il estoit, quar aucune foiz il il le B recordoit en soy lui B meismes qu’il ne B ne sambloit pas a la douce chiere de Nera que onques homme eust a li touchié a homme eust pensé B 💬homme eust a li touchié: La leçon de B va tout à fait dans le sens de la pureté de Nera.. Quant tu de ta bouche meismes le deiz, disoit il, trop grant merveille en ai deis que pour s’amour avoies en la quintainne si a droit feru, et sanz faille ne fu mie merveille se meuz en fui a ce que les paroles coururent de toi et de li B . Et quant je tu B pris l’anel dont elle me te B revesti de s’amour, dont ne savoit elle que je estoie tu estoies B uns fors que uns B povres chevaliers chevalier mendis B , dont on ne savoit nule certainneté? Moult me samble que elle por moi toi B fist en ne fist dont ne fu ce dont tu puis as esté sages B 💬Moult me samble... fist dont : Omission de que complétif après semble (cf. Note linguistique); comprendre alors que = ce que. La place de dont dans la phrase reste rare. Comprendre "Il me semble bien que ce qu’elle fit pour moi, on ne le fit jamais". La leçon de B se comprend quant à elle "Il me semble bien que ce qu’elle fit pour toi ne fut pas ce dont tu as été assuré depuis". .
Certes ouil Et quoi? De ce que tu noient ne savoies a cel temps B 💬Certes ouil: L’expression ne répond pas vraiment pas une question explicite mais vient confirmer l’émerveillement d’Helcanus. Le passage est difficile (cf. la variante très différente de B).. Dont n’est ce pas il n’est B merveille, selonc ce que [d]tu li faisoies entendre que tu t’amour li avoies donnee, se B tu en as a souffrir?
Certes ouil Par Dieu, c’est voirs B , mais trop cruelment le m’a t’a B m’as G vendu quant elle fist, entendant quant elle fist ce entendant V2 G son frereJosyas, la mesfaiture ou je courpes n’avoie. Et por ce aprés B en ai je B X2 esté pres repris B de la mort. Et liquiex eust eu plus courpes a celle mort : ou je ou elle ?
– Par Dieu, je, quar, se je ne li eusse jehi mon corage de B la mençonge que je li dis, ja envers moi n’eust eu cuer ne aucune G pensee. Et il y a plus, ouil G , quar bien puis savoir que onques par li ne fu traïson pensee par quoi elle vousist que je fusse mis a mort, ne par venin ne par autre manerie dont je ne cuit avoir la mort B , quar elle savoit bien et set encore que tu l’anel avoies dont tu t’en pooies bien garder se tu trop nices n’estoies ne fusses B . Et qui dont te ce X2 peust avoir ce fait ?
– Par foy Dieu B , je ne sai se li roysTheodore ou Josias ne l’eussent fait pource que il te vousissent metre a mort aussi comme on se on X2 ne seust qui ce eust riens que il l’eussent B fait et que on ne seust la verité de ta mort, se il ce faire ne le B te X2 💬La variante de B est privée de sens. Elle s’explique probablement à partir d’une leçon te comme dans X2. vousisent, et por ce que la verité ne B fust seue de la damoiseleNera.
– Par Dieu, bien croi que pour par G ce fu la traïson pourparlee pourpensee G , dont ne doi doi je B la courpe metre se seur euls moy G non.
– Et pourquoi seur euls mais💬Comprendre "et non". seur toi ? Porce que ce n’est pas grant merveille se il veulent voloient B X2 ta mort porce que il cuident que tu aies fait ta volenté de leur fille fille et de leur sereur B Nera, quar par toi pués tu savoir, quar qui cil qui B avroit ta sereur Cassidore a ce menee que il cuident que tu aies la leur, que tu bien voudroies que tu a celui eusses celui avoir B [e]la teste coupee.
– Par Dieu, c’est voir, quar et B aussi eussent il fait, ne si ne G fust cele qui te sauva la vie. Dont par ces raisons as tu mort deservie en partie.
– Par Dieu, c’est veritez. Dont ne t’en doit nuls plaindre se cele ne le fait velt faire B par sa pitié et B par pitié et G par sa grace, qui de ceste mort t’a respitié.
– Qui est elle ?
– Par Dieu foi B , c’est Nera. Et pourquoi te plaindroit elle quant tu l’as refusee, et si est fille de roy et B la plus bele du monde ?
– C’est par sa courtoisie et si est pour l’amour qu’ele a a toi toi a ele amour a toi (sic) B , si comme il appert B , quar oïl, voir, quant B elle refusa meilleur de toi.
– Qui fu ce ?
Pelyarmenus ton frere.
– Par Dieu, c’est verité. Et porquoi porquoi dont B es tu si vilains que tu t’amour li escondiz porce que tu en as je n’ai B 💬tu en as: La confusion de B s’explique par le dialogue intérieur du personnage et l’alternance entre les pronoms tu et je qui réfèrent à lui seul. oÿ dire ?
– Oÿ dire ce B n’est mie juste mesure. Espoir le dit cil pour toi decevoir. Et je le croy ainssi. Et tout fust ele telle, si est elle assez souffisant a ton eulz. Et comment porra elle savoir ta volenté ?
– Si m’aïst Diex, je B ne sai.
– Si li lairas tu savoir ?
– Par Dieu, tu non, quar elle mie ne cuideroit, selonc ce que tu as ouvré de li, que ce fust por amour que tu a B li eusses, ainz cuideroit que ce fust por la prison dont tu vousisses issir hors Par Dieu, c’est voirs. Et qu’en porras tu faire quant si te destraint li maus d’amors que tu ne porras durer se ele ne te guerist? Et pourquoi t’en guerroit elle, quant si longues l’en as fait languir? Par foi, ne sai se cele dont il maus te vient ne te vouloit metre a ce que par sa courtoisie te feist savoir que du tout es d’ore en avant a son commandement cil qui l’en proie de toute sa pensee B 💬Remarquer la longue variante de B ; l’absence de pivot ne permet pas de supposer un saut du même au même dans V2GX2.. »

§67 Ainsi demoura se demena B X2 moult lonc temps que il n’atendoit fors que la pucelleNera li demandast mandast B chose par quoi il li peust faire savoir sa volenté. Tot aussi ausi de l’autre part la damoiseleNera languissoit en tele maniere comme je vous ai dit et vous dirai encore. Quant ele sot la mençonge que Amour li ot fait controuver por le chevalierHelcanus avoir, elle n’en fu mie bien a sa pais. [f]Aprés, quant Pelyarmenus li ot fait dire qu’elle de lui estoit ençainte - et mençonge estoit -, ce B ne fu mie de merveille se ele fu toute couroucie quant elle sot que por ce ne l’airoit💬Sur la forme, cf. Note linguistique. ele mie. Et avec ce elle l’en avoit mis em peril de mort il en doit avoir le chief coupé B elle l’avoit mis en peril d’avoir le chief coupé X2 , ainsi comme devant est dit dit. Quant ele ot tout ce penssé, elle se pensa bien que li chevaliers pot bien savoir que je n’avoie cure de sa vie, quant por tel chose dit estre mis a mort B 💬elle l’avoit... dit: L’épisode où Helcanus manque de se faire couper la tête par le roi d’Espagne est narré dans le Roman d’Helcanus, §328.. Adont se commença a dementer a par B li meismes et dist : Ha B ! lasse chaitive, tes sereurs sont empereriz et B roynes et contesses, et tu la fusses aussi le fusse B tu, las, fussez aussi G 💬L’emploi du pronom le dans B semble reprendre l’expression empereriz et roynes et contesses, alors que la renvoie au genre féminin des qualités d’impératrice, de reine ou de comtesse que regrette de ne pas avoir Nera. Le copiste de G a réagi dans ce qui apparaît comme une correction, dans la mesure où l’accord de las n’est pas féminin., mais tu que B aimes ci .i. povre chevalier que💬Sur la valeur polyvalente de que (comprendre ici "dont"), cf. Note linguistique. tu ne sés qui il estHelcanus, et avec ce il te het de mort, et ce B n’est mie merveille de merveille B quant sanz desserte l’az tant fait tenir tenu B en prison que il mors est orendroit, ce croi. Aprés ce B , tu as ton pereTheodore et ton frereJosyas deceu, quar il cuident que tu ençainte soies de celui a qui tu onques ne touchas n’atouchas B en tel maniere B , ne il a toi, ne onques jour de ta vie n’eus pensee a nul homme B se a lui non, et il qui B voudroit que tu fusses morte. Et avec ce, il B te couvient faire contenance que tu soies ençainte. Mais au mains ai je avantage que encore le samble je a mon vis ›...‹vis V2 avis G qui car G tant est si est B j’ai le vis G pales et tainz de la dolour que mes chaitiz cors sueffre nuit et jour que li y appert bien B . Certes, il B ne m’en chaut, quar bien l’ai deservi et encore G pis puis V2 G , ne ja Diex ne m’en laist eschaper que je n’en aie la mort avant que mes cuers se retourne retraie B de la volenté ou je sui. Et autant puisse je avoir de doleur comme on porroit dire ainçois B que je retraie mon cuer ja mon cuer se retraie B de lui amer a nul jour car se il reperoit a lui, avroie failli si que l’en porroit dire de moi que je seroie sanz cuer et l’en de lui cuer sanz cors B .

§68 Ainsi se dementoit la pucelleNera a li meismes qu’il ne fust nuls homs qui de [143]li ne deust avoir grant pitié. Si l’avoient Amours esragiement si esragiement G prise que nuls ne le porroit compter penser B ne dire. En ce qu’elle estoit en tel point comme vous poez oïr est venuz Josias ses freres a lui Josias a lui, li siens freres V2 X2 son frere Josias a lui G , et la trouva l’a trouvee B ainssi comme comme avec o surmonté d’un tilde V2 elle se dementoit. Dont l’a saluee assez simplement souplement B 💬Bien qu’il soit moins courant que l’adverbe simplement, souplement ’humblement’ (DMF sv. souplement, GD VII, 515c, FEW XII 447a) reste approprié à la situation. Sa précision, qui manque à l’adverbe simplement, dont le sens varie, est bienvenue et laisse penser que simplement est une banalisation à partir de souplement. Le sens de simplement ’humblement’ est toutefois satisfaisant. ; et quant elle l’oÿ la pucele l’ot oÿ B , si li rendi son salu et dist puis commença moult fort a souspirer et dist B :
« Biau frere, bien soiez vous venus.
– Suer, dist il, je ne puis estre bien venuz devant vous vous ne devant moi B , quar la chose va trop malement a vostre eulz.
– Comment, frere! dist elle. Qu’avez vous ?
– Par foy, dist il, je le vous dirai quant savoir le voulez G . Pelyarmenus de Romme est si est B maintenant empereres de Constentinoble, liquiex nous a fait asavoir par ses letres, comment que il soit avenu de vous, que nous vous envoions a lui, quar il vous a donnee au filz le roy de GrecePrinceGrec, et ne laissons mie que de celui qui en tel point vous a mise que nou B n’en façons autant comme de nostre vostre B mortel anemi, quar il et son pere furent chacié de Grece por la traïson que li peres avoit pourtraite de l’empereriz qui avoit esté. Et se ce ne faisons que je ci ai dit, il nous voz G fait bien asavoir que tout autant nous sera il anemis comme il seroit B a ceus qui son mortel anemi li soustrairoient soustenroient B . Or esgardez de ces choses comment il pueent je puis B ne B venir ne aler. »

§69 💬Pas de nouveau § BQuant la pucelleNera oÿ ce, si fu toute esmarie esmaiee B 💬La leçon esmaiee de B semble une banalisation qui fait perdre de vue le chagrin qui s’ajoute à la surprise de Nera. et dist :
« Frere, comment dites vous ce que vous dites, que Pelyarmenus soit empereres de Constentinoble ? Ja n’est mie li empereresCassidorus mors, qui tant estoit renommez.
– Si est, dist Josias, et si dui fil et [b]une damoiseleCassidore que il avoit eue de Helcana, celle de qui vous avez tant tantes fois B oÿ parler. »
Quant la damoiseleNera oÿ ce, si ne sot que dire, fors tant que elle dist :
« Biau frere, selonc mon meschief, aiez merci de moi.
– Quele merci, dist d. il B G X2 , voulez vous avoir ? Il me samble que moult vous vient vostre chose bien selonc vostre meffaiture de Pelyarmenus, qui ainssi vous fait mander pour avoir le filz au le B roy de GrecePrinceGrec.
– Ha ! biau frere, dist elle, est ce a certes que vous dites que cilz me demande por tel chose ?
– Voirement, dist il, est ce toute verité, que je en ai la letre eue.
– Et que m’en loez vous ? dist ele.
– Je veul, dist il, que, de quelle heure qu’il sera poins G 💬de quelle heure qu’il sera poins: Comprendre "dès le moment où cela paraîtra". La leçon de G marque une simplification du texte en supprimant un segment dans lequel apparaît une expression peu commune., que vous B vous aprestez de l’aler, quar en tel maniere faire le couvient convient. - Convient? dist ele. - Ouïl, dist il B .
Par foy, dist elle, non couvient G se vostre hounour amez et la moie, quar il n’ affiert aferroit B mie que je, qui en tel point sui, me meisse en l’aventure, ne ja ne m’avendra.
– Non ? dist il. Par mon chief, mar le pensastes onques vous avint onques que nous le pensastes B ! Et sachiez que B faire le vous couvendra, vueilliez ou non. »

§70 Quant la pucelleNera oÿ ce, si douta son frereJosyas et pensa bien qu’il li couvenoit parler par humilité, si li B G dist :
«  Chier Chiere V2 G frere V2 G X2 💬Nous intervenons sur la finale -re de chiere, qui provient probablement de la proximité avec frere juste après., quant a certes voudrez que je face la chose, sachiez que je adont le ferai comment que j’en soie empirie.
– Ainz en serez hounouree, dist il, et nous tuit aussi, quar je ne puis veoir que, tout ne fussiez vous empiriee d’omme nul, si ne vous porrions nous miex emploier que ou filz le roy de Grece Frise V2 G X2 PrinceGrec💬La correction d’après B est nécessaire. La confusion entre la Grèce et la Frise provient du fait qu’il s’agit de deux contrées d’un même territoire, la Méditerranée.. Et parmi ce, se que se B nous a Pelyarmenuz vous B refusions de B sa requeste, avec ce que vous [c]aussi le refusastes .i. jour qui passez est💬avec ce que... passez est: Ce refus de Pelyarmenus par Nera est relaté dans le Roman d’Helcanus, §228., nous jamais ne serions serons B bien de li, ainçois seroit nostre anemi mortel. »
Quant la pucele pucele pucelle V2Nera oÿ ce, si fu a trop grant meschief, quar elle vit bien que nule excusation escusance B n’i pooit riens valoir, quar otroier li couvenoit la volenté de son frereJosyas. Mais avant s’ocirroit elle d’un coutel et s’en ferroit au cuer que ja fust amie, se a celui non qui💬Comprendre qui = cui. elle avoit s’amour donnee. Dont s’apenssa que souffrir li couvenoit la volenté de son sa V2 frereJosyas tant qu’ele aroit lieu de faire ce qu’elle avoit enpenssé en pensee G .
– Biau frere, dist elle, tant vous ai je B X2 couroucié courouciee B que trespasser ne veul vostre commandement. Puisqu’il est ainsi que vous voirs G me dites, je sai bien que vous a mort metrez celui a cui j’avoie m’amour donnee, et puisqu’il est ainsi je vous demande .i. don, et aprés ce B jamais autre ne vous demanderai. »

§71 💬Pas de nouveau § BQuant Josias li oÿ ce dire, si la regarda et vit qu’en petit d’eure mua .iii. foiz couleur, premierement vermeille et puis verde et aprés puis G pale💬vermeille... verde: Il est rare d’avoir des mentions de couleur aussi précises dans l’expression de changements du teint du visage lié à une vive émotion. Cela souligne la sincérité du désarroi de Nera.. Et quant elle ot ce fait, si G commença forment moult fort B a souspirer. Quant Josias il B a ot B ce veu, si en ot l’en prist B moult grant pitié et li dist :
«  Suer Sire V2 💬L’erreur Sire remonte au modèle de V2 et G: le copiste de G écrit en effet sire, qu’il corrige en suer., dites vostre volenté et je le ferai, mais que et G a touz jourz en deusse estre desheritez et mon cors houni.
– Frere, dist elle, avant puisse je morir a tourment que vostre cors soit ja par moi desheritez, quar je ne vous demant el fors que que vous le congié me donnez que je B de bouche puisse je puisse G parler a Helcanuz avant que vous le faciez destruire.
– Par foy, dist il, ce [d]ferai je moult a envis, mais puisque vous le voulez il sera fait. »
Dont l’a fait demander moult priveement que nulz ne s’en donna garde fors que B 💬Devant la proposition relative substantive cil qui du conseil estoient, la construction fors que est juste (Ménard, §274, rem.; DMF sv. fors). cil qui du conseil estoient. Adont en sont venu li message a lui B ou il estoit G en la prison et distrent li distrent B :
« Sire, venir vous convient en convient B a Josias Josias, qui veult a vous parler B . »
Lors respondi Helcanuz :
« Biaus seigneurs, bien est raisons que je voise y voise G partout la ou il me mandera, mais que je le pooir en aie. »
Dont l’ont fait aprester priveement, si l’ont fait monter .i. soir seur .i. palefroy, et n’ont finé si sont venuz vindrent B a la fueilliee ou Josias et sa suerNera estoient estoient. La vindrent il a l’ainz jornee, et fu Josias levez et sa suer B ; et fu Helcanus amenez devant eulz. Il les a saluez moult humblement, mais Josias ne respondi li respondi B point a son salu, ainçoiz li X2 dist :
« Helcanuz, se vous envers moi eussiez desservi response couvenable, je la le B vous feisse volentiers.
– Sire, dist il G , se je ne l’ai fait, deceus sui. »
Dont l’esgarda la puceleNera, si le vit taint et pale et muer moult diversement couleur💬si le vit taint et pale et muer moult diversement couleur: Les changements similaires du teint chez l’un et l’autre mettent en parallèle l’amour qui unit Nera et Helcanus.. Dont parla Nera B a son frereJosyas et li dist :
« Frere, je veul a lui vous G parler de conseil. »
Et il dist :
«  Dont ne puis je mie savoir ce que vous voulez li volez B dire Or dites ce que voz voudrez G .
Frere, dist elle Sire G , sachiez que vous savrez le savrez B tantost tout B aprés ce que je li avrai dit. »
Lors s’est Josias de lui partiz et leur fait a fait B lieu. La pucelleNera l’a apelé delez lui, et il s’i est assiz par grant humilité et en B signe d’amour.

§72 Quant elle le vit encoste coste G li seoir, si ot moult grant joie et dist :
« Sire, or couvient voz convient G que je vous G die l’uevre et congnoisse vous connoisse B l’amour que j’ai pour vous [e]eue. Et B se vous l’avez comparee, si ne le demandez a autrui que a nului fors B moi.
– Damoisele, dist il, ainçois la doi a B autrui demander qu’a vous.
– A cui, sire ? dist elle.
Damoisele Damoisele, dist il B , a celui qui souffert l’a.
– Par foy, dist elle, bien m’i acort et dont y avons nous coupes andeulz.
– Damoisele, voire, li uns plus que li autres.
– Ce sai je bien, dist elle, et puisqu’il est ainssi que je G de pieça ai cueilli la verge la verge cueillie B cueillie la verge X2 dont nous sommes ambedeuz andui avons esté B batuz, je sui a ce venue qu’il me que moi B convient venir a merci par ma volenté volenté et contre ma volenté B 💬Possible saut du même au même non erroné de V2GX2 sur volenté., si vous dirai en quele maniere et qui a ce m’amaine que faire le me couvient. Voirz est que, .i. a .i. B jour qui passez est, que por l’amour que je avoie a vous - et cuidoie cuidai B que l’eussiez vous l’eussiez B a moi -, je refusai Pelyarmenuz de Romme, qui liquiex B orendroit est empereres de Constentinnoble, pource que je B m’amour vous avoie donnee en tele maniere que je n’eusse mie pris le souverain de tout le monde, se vous meismes non. Et pour l’amour souverainne que je avoie a vous, dont par quoi B je ne pooie avoie pooir de B soustenir le X2 fais fai[s ?] V2 , vous avoie je dit que vous me demandissiez a mon seigneur mon pere B Theodore et a mon frere Josias B . Et quant je oy entendu vous oi entendu B entendis G vostre response B , si ne fui sui V2 pas liee. Et pource que je cuida en cuidai je miex B joïr de vous B , si controuvai ce que je vous mis sus sus vous B pour ce que mon frereJosyas me donnast a vous. Et sachiez que force d’amour le me fist faire B . Et quant je vi que vous en tele maniere ne me vouliez, ainz me refusiez du tout, si diz dis je B aprés [f]par le conseil de B Pelyarmenuz que je de vous estoie ençainte, et cuidai bien que parmi ce ne peussiez aler B a l’encontre, ainz eustes plus chier que on vous destruisist que vous m’eussiez a femme. Et quant je vis ce, si G ne voulz voil B mie que vous destruis en fussiez, ainçois alai devant, si comme vous veistes. Or est la chose a ce venue que Pelyarmenuz a mandé a mon seigneurTheodore et a mon frereJosyas que il me veult donner au filz le roy de GrecePrinceGrec et et amande B que vous soiez destruiz, quar il dist que vous et vostre pereCassidorus estes chaciez de Grece pour la traïson que vous deustes avoir avez B pourchaciee de l’empereriz de Grece B Helcana faire destruire. Et pource que vous et moi sommes a ce venus, je me ferrai encore anuit d’un coutel parmi le cuer et m’ocirrai avant que ja B en tele maniere autre que ja autre B de vous m’ait. Et pource que je ne vous veul mie descouper de ceste chose, pource que vous n’ avrez avriez B jamais de moi merci et je languiroie lauroie languiroie V2 touz les jourz de ma vie - si aime trop miex mort a recevoir en la tele B maniere que je vous di que faire la requeste de Pelyarmenuz et vouz fussiez destruiz -, si vous ai ci mandé mandé, sire B pour vous faire asavoir ma mort de bouche et la vostre aussi B autressi G . Et vous di qu’il n’i a nul recouvrier, ainçois pren congié a vous jusques atant que li granz jourz espoentables vendra sera G ; et la sera departie l’amour que j’ai a vous, quar vous yrez en repos et je yrai B en tourment, si doi haïr l’eur que je onques premiers vous vi se je pooie, mais je non, si pert [144]bien a mon vis le mal que je sent. Et ce n’est mie sanz raison, quar bien l’ai deservi et pourchacié. Si vous en requier requeisse B merci, se je avoir la le G peusse, mais je non, quar de noient ne me repent de chose que j’aie fait faicte G pour mort que j’en atende. »

§73 Quant Dont quant B la puceleNera ot ce dit, si se tut taist B , si esgarda Helcanuz et le vit moult de foiz muer en de B tres estrange enragiee B X2 couleur, et ne parla mot de grant piece, et tant qu’ele dit li dit B :
« Sire, que dites vous de ce que je vous ai dit ? »
Dont li respondi G :
«  Damoisele Damoiselle, dist il G , pour Dieu, dites moi qui cilz de B Pelyarmenuz est qui est empereres de Coustentinoble.
– Sire, dist elle, c’est cilz qui que vous savez qui B a la mainsnee de mes sereurs sereurs, frere Fastidorus, le demoisel de Romme qui a ausi une de mes sereurs B seurs a femme G Ysodore💬Possible saut du même au même non erroné sur sereur dans V2G. Le texte de B explicite la question identitaire, mais une correction ne s’impose pas..
– Comment ! dit il. Est li empereresCassidorus mors ?
– Par Dieu foi B , dist elle, ainsi l’ai je oÿ dire a de B mon frereJosyas.
– Et .ii. filz que il ot ont B de sa la B premiere femmeHelcana, que sont il devenu ? Et une damoiseleCassidore que il ot a fille ? Sont il tuit mort Il sont tuit mort, neis une damoisele a fille que il avoit B ?
Ainsi le li G dist il, dist elle B .
– Par foy, dist il, merveilles oy de ce B que vous dites. Mais Et B or me dites dites, damoisele B : est ce celui Pelyarmenuz qui vous conseilla que vous deussiez dire deissiez B que vous de moi foi B fussiez sussiez V2 ençainte ?
– Sire, dist elle, ouil oy B .
– Et comment ! dist il. Ne l’estes vous dont G mie ?
– Sire, dist elle, ce savez vous.
– Par foy, dist il, de moi sai je bien que vous ne l’estes mie💬de moi... estes mie: Écho à la demoiselle qui fait croire qu’Helcanor (c’est-à-dire Helcana déguisé en ermite) l’a mise enceinte dans le Roman de Cassidorus. Helcanus se trouve dans une situation similaire à celle de sa mère, dans une lignée de malheurs..
– Sire, dit elle, dont ne le sui je mie d’autrui, quar onques le cuer ne le cors de moi ne toucha atoucha B a homme homme nul B , ne le cuer ne le ne B pensa en tele maniere B se a vous meismes non, et pour ce pouez vous bien savoir l’amour a l’amour B que j’ai a vous.
– Et qui fu dont cil qui le paÿs wida et la contree [b]pour le fait que il avoit a vous fait ?
– Sire, dist elle, je ne sa mie que, pour l’achoison de moi achoison nule B , homme ne femme widast onques le cest B paÿs ne la contree ceste contree pour moi B . Mais Mais V2 dites moi qui ce vous a dit.
– Par foy, dist il, selonc ce que vous me dites de vous, je me tendroie moult a envis porroie mauvaisement tenir B que je ne le vous deisse, tout eusse je en couvent a B celui qui le me dit que je ja n’en parleroie. »
Dont Lors B li a conté en tele maniere comme Pelyarmenus li avoit dit dit, qu’il n’i failli de mot ne de sillebe B . Et quant la pucelleNera oÿ ce, si s’est escriee et a son frereJosyas apelé que il venist avant pour la traïson oïr B que Pelyarmenuz avoit pensé pensee B por Helcanus faire recevoir mort destruire B morir G .

§74 Quant Josias oÿ sa suerNera, si est moult tost venuz a lui et li demanda que elle avoit.
– Sire, dist elle, escoutez or escoutés G de Pelyarmenuz que il seur moi contrueve a controuvé B contorne (sic) G por faire destruire l’omme du monde que vous deussiez le B miex amer, quoi que j’aie dit ne fait. »
Dont a fait derechief conter raconter G a Helcanus la traïson en tele maniere comme Pelyarmenuz li avoit dit dite B . Quant Josias l’oÿ, si dit que ce ne croiroit il ja que que onques B Pelyarmenuz eust ce dit ne pensé l’eust dire ne pensee B .
– Sire, dist Helcanuz, de ce ne me merveil je mie se vous croire ne le voulez quant ce qui a croire ne fait voulez faire estable. Mais Et B s’il estoit tiex ainsi B qu’il s’en vousist escondire, je seroie cil qui le feroie feroit X2 estable vers touz hommes.
– Par Dieu, dist Josias, ce voudroie je bien croire que vous maint homme voudriez metre a mort avant [c]que vous demourissiez encourpez du blasme dont de quoi B vous estez courpables.
– De quoy est ce, sire, dist Nera B , qu’il est encourpez ? »
Dont fu Yosias Josias B G X2 tres yriés et li dist :
« Voirement estes vous fole, et je encore plus quant je vous croi de chose que vous diez.
– Par foy, frere, dist elle, onques mais ne deistes chose parole B dont vous feissiez mieus a croire. »
Et encore enqucore V2 quant Josias oÿ ce, si fu plus courouciez yriez B que devant et ne pot mot dire d’une piece de courous B , si dist :
« Damoisele, lonc temps m’avez de par B vostre parole mené. Dites moi a quoi vous beez. Avez vous B dit ce qu’il vous plaist ? Est il temps que je m’en voise en mon paÿs afaire B ?
– Frere, dit elle, avant vous dirai je l’achoison que por quoi je dis ore que B on mie croire ne me doit devoit B X2 de chose que je deisse.
– Pourquoi ? dist il.
– Frere, voirs est que pour la bonté et la biauté de cest chevalier B ai je B X2 mis mon cuer en lui cest chevalier B , et pour la prouesce qui est en lui prouvee ›pour‹[pro]uvee V2. Et pource que je a ce ai esté menee que li cors ne le pooit soustenir li fiz le fis je B premierement une requeste que il a vous me demandast a femme, et B il dist que ce ne feroit il mie. Dont parlai je a vous en tele maniere comme vous savez bien, et B vous en feistes ma requeste et oïstes sa ma B responsse. Et adont me deistes vous ce que vous en li trouvastes ; et quant je l’oÿ, sachiez que je B encore pour lui fui B plus curieuse et cuvrier, je B vous diz que de moi avoit faite fait B sa toute sa B volenté. Et endroit de ce que de moi devoit avoir fait B vous fustes courouciez yriés B et mes peresTheodore aussi, et le feistes metre em prison ou il a esté depuis, que et B X2 [d]sanz nule raison autre que je vous ai fait entendant entendant chose B , ou il onques nules B courpes n’ot, quar, si m’aïst Diex B , nient plus que vostre cors a touchié au mien: il qui la prison a tenue B et en a le chief offert le meschief en a souffert B n’atoucha il B onques a mon cors cors meismes B en nule vilainne maniere villanie G ne onques ne me requist B , ainçois sachiez que je B sui aussi pucelle comme comme je fui B le premier jour que je sui fui B X2 nee💬sui nee: Même si le temps auquel est conjugué le verbe naistre est plus souvent le parfait dans le texte (par ex. §87, §89), le sens n’en est pas perturbé. On trouve au §129 une erreur de V2, notant sui au lieu de fui, mais ici l’emploi du présent ne pose pas de problème logique. Son emploi dans un contexte passé figure dans d’autres œuvres (Machaut, Voir, 694, DMF, sv. naître.. »

§75 Quant Josias oÿ sa sereurNera ce B , si dist :
« Par Dieu, voirement dites vous verité ou et B mençonge ? Et 'fols est li homs qui femme croist se elle n’est moult bien esprouvee'💬fols... esprouvee: Le proverbe est plus précis que Fol est qui a feme se prent (Di Stefano, 743a, COLIN MUSET XX, 17). Josias ne condamne pas toutes les femmes.. Mais Et B or me dites, damoisele damoisele, dist il B , lequel le B croirai je : ou il soit encourpez de ce que vous premierement li meistes sus ou de ce que vous maintenant avez dit ?
– Frere, dit elle, de ce vous ferai je bien sage, mais vous ne me devez mie croire de selonc ce B ce que je devant ai dit, ainçois en soie mise a l’espreuve.
– Voire, dist il. Dont est il ainssi que vous li avez mis sus ceste traïson sanz ce qu’il ne l’a mie deservi ?
– Par Dieu, dist elle, voirement ai ouil G .
– En non Dieu, dist il, se ce pooit puet B estre verité, moult en seroie liez et joianz et iriez : joianz par por B X2 moult de raisons et G yriez par por B moult d’autres. Mais se vous avez ce fait, digne seriez serez B pour de B mort recevoir a recevoir B , tout aussi comme vous l’en avez mis en aventure. Mais une chose doute je: que vous ne le veilliez descouper pour ce que je vous en ai dit de ce que Pelyarmenuz m’a mandé. Mais Et G [e]bien en voudroie estre sages d’ore en avant, quar, se je refusoie le mandement Pelyarmenus sanz raison, moult mesprendroie envers lui.
– Sire, dist Helcanuz, il me samble, a selonc B ce que je entenz de a B vous et a celui Pelyarmenus, vous vous prendriez moult pres ainçois B que je fusse destruiz sanz raison. Et Cil qui le sens m’a donné et la force de garder moi garder B de mesprendre envers vous et envers ame de vostre partie vous en face de ce vous fais je V2 G X2 sage, par quoi pis je pis B n’en aie que j’ai encore desservi, et a ceuz en doinst Diex leur deserte ceuls doinst de certe B qui en ceste paine m’ont mis sanz amour qu’il aient a moi.
– Par Dieu, Helcanus, dist Josias, sachiez, se je aussi pres me fusse mis pris B de vous faire destruire que j’ai esté de vous je sui fait du B respiter, pieça fussiez alez a fin B , mais mie je mie B n’en vueil excuser celui que vous en avez excusé encorpé B .
– Sire, dist il, por la raison de ce que vous mie ne la le B voulez descouper du tout, si vous pri en guerredon, si comme je vous rendi le roy d’ArragonDyomarques a faire vostre plaine volenté, que vous ne vueilliez mie souffrir en lieu ou vous soiez que on me face tort tort ou vous B pour la volenté Pelyarmenus acomplir, si vraiement que je mençongnable et traïtour le rendrai, se Diex me veult consentir que je delivres soie, en quel lieu que il soit trouvez, ne ja ne sera tiex que il tels soit B que il s’en ose ost B deffendre ne B en (sic) X2 dire que autrement en soit B . »

§76 Quant Josias l’entendi, si l’esgarda et le li X2 vit en moult de manieres muer couleur, si li dist :
« Biau sire Hel[f]canuz, ne cuidiez vous mie que je aussi liez en n’en B fusse a .i. endroit comme vous meismes se vous vous poiez descourper de ce que on vous met sus ? Mais ainsi ainz V2 G est avenu que vous n’en estes encore mie sages que vous en soiez B quites, ainz estes soupeçonnez soupeçonneus B et vostre pereCassidorus, qui en tel point vous a laissié de la traïson l’empereriz de CoustentinobleHelcana,💬traïson... Coustentinoble: La trahison dont il est question est peut-être une allusion à celle des barons de Constantinople qui ont tenu Helcana pour morte dans le Roman de Cassidorus. pour laquele raison vous et vostre pereCassidorus avez laissié vostre terre et vostre paÿs.
– Sire, la raison pour quoi nous laissames nostre terre ne monte noient a Pelyarmenus ne a vous, sauve soit vostre grace.
Pourquoi Porquoi, dist il B ? N’est dont B Pelyarmenuz empereres de Coustentinoble ?
– Sire, dist Helcanuz, ce ne sai je mie. Et s’il estoit ainsi que il en la terre fust entrez, comment que ce fust, si si sai je bien que B n’a il droit en l’empire, quar je le sai bien B .
– Comment, dist Josias, pouez vous X2 ce dire ? Ne fu il mie filz X2 Cassydorus l’empereour B , qui mors est et l’engendra en l’empereriz de RommeFastige ?
– Que de ce💬Que de ce: Comprendre "Qu’en est-il?/Que dire de cela?". L’interrogation porte sur la pertinence réelle dans le débat relatif à l’information donnée auparavant., sire ? dist il. Qui set que Cassidorus soit mors ?
– Ce ne sai je mie, dist Josias, mais je cuideroie croi B bien que il ne fust mie entrez en l’empire si comme il est se il n’i eust droit💬il ne fust mie... eust droit: Cette référence à la logique de la prétention de Pelyarmenus au trône révèle en réalité le caractère retors de son comportement..
– Sire, dist Helcanuz, de ce soiez vous tous B certains que, tout soit Cassidorus mors, n’a il droit en l’empire ne que vous meismes, et vous dirai raison por quoi B , mais que vous y veulliez entendre.
– Par Dieu, dist il, de verité la verité B savoir ne sui je mie dolanz et je l’entendrai volentiers G .
– Et je le vous dirai », dist il.

§77
« Vous savez bien que li empereres Cassydorus ot une dameHelcana qui de Galylee fu. De celle ot il .i. filz. Et avint que [145]par traïson cele dameHelcana fu du paÿs getee, li et son filz, et en ce fu li mariages fais par desloiauté de l’empereriz l’empereur et de l’empereris B de RommeFastige. En celui mariage, Fastidorus et Pelyarmenuz cil Peliarmenus B , que vous dites qui maintenant est empereres de Coustentinoble, sire, dist fist G Helcanuz, furent nez B 💬En celui mariage... nez: La syntaxe de ce passage est tortueuse. Comprendre "Sire, dit Helcanus, Fastidorus et Peliarmenus, dont vous dites qu’il est désormais empereur de Constentinoble, furent nés de ce mariage".. Avint que, quant la traïson fu seue de ceuz qui la dameHelcana devantdite cuidierent avoir mise a mort, que li mariages fu desfais de l’empereriz de RommeFastige, et revint a la premiere femmeHelcana dont il ot puis .i. filzDorus et une filleCassidore : c’est ces V2 G X2 ce sont B 💬Il est possible que la leçon fautive que partagent V2GX2 provienne d’une confusion en amont entre le présentatif c’est et le démonstratif cest, qui aurait interprété comme erroné vu le pluriel qui suit. Dans la mesure où la leçon n’est pas propre à V2, et qu’il est donc peu probable qu’il s’agisse d’une chute de la consonne finale comme ailleurs ( cf. Note linguistique), nous intervenons en proposant une conjecture. .iii. enfanz que l’empereourCassidorus ot B de la dame l’empereris B de GalyleeHelcana. Il B avint que que, quant B celle dameHelcana fu morte. Une piece aprés G , li empereresCassidorus et son filz l’ainsnéHelcanus se departirent du paÿs, et laissa li empereres B Cassidorus son filz le G mainsné puisnez B Dorus et sa filleCassidore a .i. sien amiMelsius, dont que B je croi bien que bone garde en ait faite fait B . Ore esgardez dont, dit Helcanuz, comment Pelyarmenuz ne son frereFastidorus, qui bastart sont au mains quant a que endroit de B quant de X2 la terre de Coustentinoble, comment💬comment Pelyarmenuz... comment: Répétition de l’adverbe interrogatif après une incidente. il y pueent venir avenir B X2 tant comme l’un des .ii. freresDorus ou leur sereurCassidore nul des .iii. enfans B soient en vie vive de la dame de Galilee B .
– Biau sire, dit Josias, gardez que vous direz dites B . Fastidorus ne Pelyarmenus ne sont mie bastart. C’est folie du dire. Et encore li enfant que vous dites sont tuit mort, et il B y est entrez par le gré de B son frere Fastidorus B et des barons du paÿs.
– Sire, dist Helcanus, de ce que il dist que li empereresCassidorus et si enfant sont mort ment il. Et encore plus : tout fussent il mort, si n’ a i a B il en la terre nul B droit, quar il est bastars, et avant le deveroit avoir li roys d’ArragonDyomarques ou cil de FriseRoi de Frise, qui en sont plus B li plus X2 prochainz que il n’est B . »

§78 [b]
« Par mon chief, dist Josias, ce B n’est mie merveille se vous hayne avez a lui, quar tout aussi l’a a B il a vous, que bien le sai, mais de ce que vous B bastart l’apelez le tenez B devant moi me poise il, quar il a ma suerYsodore espousee B et que vous B bien le savez. Et si sai bien que B , se il fust ainssi comme vous dites B , que li roys d’ArragonDyomarques ne s’en tenist pas en pays, ne celui de FriseRoi de Frise aussi.
– Je vous ai dit tout voir, dist Helcanuz. Or Ou G querez qui vous mente💬Or querez qui vous mente: Comprendre: "Cherchez donc qui pourrait bien vous mentir". Le subjonctif mente renforce la valeur directive de l’impératif querez., et ce si B porra on bien miex B savoir avant que il gaires tiengne la terre. »
Quant Josias entendi ce, si ot grant merveille comment il avoit le hardement que il tel chose disoit el point ou il estoit, si a maintenant pensé que sanz aucune raison il n’avoit mie dit tiex paroles il ne disoit miex ce que il avoit dit B , si li dit B :
« Biau sire Helcanuz, il vous couvendra arriere tenir prison jusques atant que je soie serai B sages de toutes ces choses.
– Sire, dist il, faites de moi tout B ce que bon vous samblera vous savrez B et la B ou il ait avra B raison.
– Par Dieu, dist il, volentiers. »
Dont commanda Josias que il fust arriere G remis mis B en la prison. Lors parla Helcanuz a prist Helcanus B la pucelleNera et li dist :
«  Damoisele Ma demoisele B , comme il soit se il est B ainsi que vous m’avez fait entendant, gardez que par vous ne soit soit ja B bonne amour faussee, quar par moi ne le sera elle B ja.
– Sire, dist elle, puisque je B jusques ci l’ai menee, sachiez que je ne recevrai recroirai B mie autre B , quoi qu’il m’en doie avenir, et vous ne soiez mie cil qui pour paour s’effroie, nient plus que il a fait jusques yci, quar quant vous morrés je ne vivrai mie longuement aprés B . »
Atant se sont parti li uns de l’autre et fu Helcanuz menez ramenés B [c] arriere B en la prison. Aprés se parti Josias de sa sereurNera, quant il ot a li longuement longues B parlé, et ne fina si vint a son pere le royTheodore et li dist :
« Par foy, sire, selonc ce que je ai entendu de Helcanuz, nous en avons esté deceu.
– Comment ? dist li roysTheodore. Savoir le veul.
– Sire, dist Josias, tantost je B le vous dirai. »

§79 💬Pas de nouveau § B
« Veritez est que ma suerNera m’a congneu que onques Helcanuz jour de sa vie n’ot mesfaiture vers lui💬Pronom lui pour la forme féminine li, renvoyant à Nera., et tout de tot B ce que elle en a fait dit B elle B ne l’a fait pour el que pour G nous mener a ce qu’ elle G a seigneur le peust avoir. Et je sai certainement vraiment B que il est de tel lieu venuz que il est du tout contraires a Pelyarmenuz. »
💬Nouveau § BQuant li roysTheodore entendi son filzJosyas, si fu moult liez et dist :
« Porroit ce estre voirs que ma filleNera ne fust corrompue de Helcanuz ?
– Sire, dist Josias, je sai le sai B vraiement que non B , selonc ce que j’ai entendu de l’un et de l’autre.
– Par mon chief, dist li roysTheodore, dont sui je dolanz et liez, et bien poez savoir comment.
– Sire, dist Josias, tout autel vous puis je dire. Or esgardez que nous ferons.
– Biaus filz, dist li peresTheodore, je sui viex et frailes, si vous enchage encharge B G X2 💬Chute de r devant g, cf. Note linguistique. le faissel fardel B 💬si vous enchage le faissel: Comprendre "je vous en confie la responsabilité"., et en faites ce qu’il vous en serra💬Redoublement de la consonne en position intervocalique, cf. Note linguistique..
– Sire, dist il, dont n’i a il fors el f. B que nous vous B ma suerNera envoierons a au mandement B Pelyarmenus et li manderons que nous B sa requeste avons faite fait B de celui que il bien scet, ja soit ce que il ne l’ait mie deservi, et que B pour acomplir la volenté de lui en avons avont B nous B tant fait que jamais cuivre n’en avra, il ne si homme.
– Comment, Josias! dist li roysTheodore. Estes vous tiex que pour la requeste de le mandement B Pelyarmenuz et pour son com[d]mandement B voudriez metre a mort le chevalierHelcanus ?
– Sire, dist il, je non, ainz tendroie tant celui que ma suerNera seroit mariee au filz le roy de GrecePrinceGrec, et quant li mariages seroit fais, si metroie le chevalier hors et demourroit avec moi, et ainssi seroit ma suerNera mariee et la pais gardee a nostre bon ami.
– Par mon chief, dist li roysTheodore, fausseté aroit ci, et selonc ce que j’ai entendu de vous meismes Helcanus n’a mie deservi envers moi, qui sui vostre souverain, que il sueffre ce que vous m’alez yci m’alez B disant, ainçois, quoi qu’il m’en doie avenir, ouvrer ouverer V2 voudrai par conseil se il est ainsi que il n’ait courpes a ce que je li ai fait tenir prison.
– Sire, dist Josias, seur m’ame, il me plaist moult, mais que ce soit vostre volenté. Et sanz faille ceste chose ne disoie je pour el que pource que je a gré vouloie servir Pelyarmenuz et Helcanuz aussi💬L’échange entre Josias et son père semble laisser penser qu’en matière de politique il n’est pas bon de chercher à servir l’un et son contraire quand l’un n’est pas dans son bon droit. Le juste milieu ne prévaut pas en toutes circonstances..
– Ne vaut noient riens B , dist li roysTheodore. Je sui mis en lieu de celui qui droiture doit faire. Je ne doi mie flechir pour le fort plus que ne B pour le foible. Et se il est ainssi que Helcanus n’ait coupes a ce que ma filleNera li met a mis B sus, je il V2 G meismes le li B metrai metra V2 G a sa volenté de mort a recevoir et le deliverrai de toutes paines, soit bel a B Pelyarmenuz ou lait soit let B .
– Certes, sire, dist G dist Josias B X2 , il me plaist moult bien. »
Et dont orent conseil que il manderoient la puceleNera et qu’il B la metroient a escole, et selonc ce que il trouveroient en li il avroient conseil de faire a Helcanus toute B droiture. 💬Nouveau § BDont fu la pu[e]celeNera mandee. Et quant elle le sot, si fu joianz lee G et s’est tost s’est B X2 appareilliee et ne fina si vint a son pereTheodore et dist :
« Sire, je vieng a vostre mant et si ne sai la raison pour quoi.
– Fille, dist li roysTheodore, moult ai a G eu a soufrir pour vous, et se ainssi estoit que je peusse ravoir joie, si yroit li afaires bien. Dites moi verité de ce chevalierHelcanus, selonc ce que vous en avez esploitié.
– Pere, dist la pucelleNera, pour Dieu merci, sachiez que de chose que de chose que|de chose (sic) X2 que je li aie sus mise mis B endroit que de vilain blasme il n’ i B a coupes, que il onques envers moi V2 ne mesprist de rienz, ainçoiz sui aussi pucelle comme le premier je fui le B jour que je onques B fui sui V2 nee nasqui B . Et sanz faille il n’est n’a B mie demouré en moi que je bien ne B vousisse que il eust fait sa volenté de moi et B tout son desirrier, mais que il a femme m’eust prise je a seigneur le peusse avoir B . »
Quant li roysTheodore oÿ ce, si fu moult joianz et dist :
« Fille, mar avez esploitié du chevalier tempter, quar sachiez que B il n’a pas demouré en vous que il ne soit destruiz. Et sachiez que B , puisque il est ainsi, je vous metrai en sa merci de vie perdre perdre, que, s’il n’est seu et prouvé que cil qui ce fait soit en autel point com il voudroit metre celui B 💬Nous attirons l’attention sur la leçon de B, qui pourrait à première vue expliquer la leçon de V2GX2 comme dérivant d’un saut du même au même perdre-Pere. Si le passage omis remonte à l’archétype, il est également possible qu’il ait été volontairement supprimé en raison d’un problème de syntaxe ou d’une lacune..
– Pere, dist ele, ce me plaist bien c’est toute verité B , ne je n’en voudroie mie estre deportee.
– Par foy, dist li roysTheodore, merveilles puis oïr je oi B que vous estes a ce menee menee que je puis oïr B .
Sire Pere B , dist elle, sachiez c’est tele merveille com vous poez oïr. Sachiez B que je veul que vous le delivrez et me faites metre en la prison pour faire sa plaine volenté de moi et la vostre B .
– En non Dieu, dist li roys il B Theodore, volentiers. »
Maintenant a fait mander Helcanus, et il li est venuz en assez poi de temps G . Quant il fu venus vint B devant le royTheodore, si li dist li roysTheodore :
« Helcanuz, je vous salu. »

§80 [c]💬Pas de nouveau § BQuant Helcanuz il B entendi le salut le royTheodore l’entendi B , si li chaÿ est alez B est cheuz X2 aus piez, et li roysTheodore l’en leva leva sus B et dist :
«  Ma Amis, ma B filleNera m’a deceu de ce que je vous ai tant fait tenir prison en prison B G et si ne l’aviez mie deservi, selonc ce que de lui💬Comprendre lui = elle. l’ai j’ai B entendu, et sanz raison l’avez tenue eu B .
– Sire, dist il, de ce que je en la prison ai esté sanz raison m’est il bel, ce sachiez de voir G , mais de la decevance sui je dolenz se il autrement peust estre.
– Par mon chief, dist li roysTheodore, s’elle l’a fait, je la metrai en vostre merci et vous asseur de moi et des miens de tous B que vous hardiement en prenez l’amende tele comme il vous plaira et je ferai estable, que que il m’en doie peser ne anuier B , quar sachiés vraiement, ne se ne G fust la prouesce de vostre chevalerie, je vous eusse fait destruire, et si eust fust B sanz raison esté B , si comme a moi moi B est avis. Mais elle a mort deservie sanz autre prueve, si en ferai a vostre talent comme de celle qui en est coupable. »

§81 Quant Helcanuz entendi le royTheodore, si l’a moult prisié en son cuer et ot pitié en lui meismes, si B li vindrent les lermes aus yex, et dist :
« Sire, je sai vraiement que la pucelleNera n’en a fait chose qui plus n’ait esté pour l’amour de moi que pour la hayne, et je ceste chose li pardonne ausi bonnement comme elle feroit a B moi, mais que je en son point fusse et elle ou mien.
– Par Dieu, dist elle💬dist elle: Subite intervention de Néra dans le dialogue, qui souligne son amour., sire chevaliers, dont est ceste guerre affinee, quar bien sachiez que, se je fusse en vostre point et vous fussiez ou mien, moult a envis eusse souffert ainssi comme ce que B vous avez fait tant comme je m’en peusse deporter, si comme [146]vous meismes avez estes B fait.
– Par Dieu, damoisele ma damoisele B , or sachiez que la raison por quoi je l’ai fait si B n’a mie esté vilainne a moi ne a vous, et vous en ai dite B la raison pour quoi je l’ai fait B , et encore le la B X2 dirai je a B mon seigneur. »

§82 💬Pas de nouveau § B
« Veritez est que mon pereTheodore me laissa en tel point comme vous savez. Moult eussiez fait pour moi et vouliez faire se vous, en tel point comme je estoie, vous fussiez donnee a moi. Et je, sachiez, ai juré que ja femme n’avrai se autant ne fais pour lui comme ele feroit B pour moi, quar adont seroit la chose mieus partie et plus couvenable.
– Par Dieu, dist il B , sire chevaliers, bien croi que pou eussiez fet pour li ne pour moi, et elle mains en mains B pour vous, se vous B en tel point l’eussiez eue a femme, quar je bien B croi que de haut grant B afaire estes vous soiez B venus. Et se vous ne le fussiez, ja ne l’eussiez refusee.
– Sire, dist il, bien pert aus paroles de a B Pelyarmenus que je ne mon pereCassidorus soions de bon lignage lieu B venu, qui par sa letre vous a tesmoingnié que nous sommes nous a B traïtours et dist que pour el ne sommes nous departiz de Grece.
– Sire, dist li roysTheodore, je ne cuit mie que Pelyarmenus sache qui vous soiez, quar ja a mon sceu ne l’eust penssé.
– Sire, dist il, quant il penssa la traïson de vostre filleNera et de moi, on pooit pot B bien savoir que il ne m’amoit mie par amours.
Comment Comment, dist li rois B ! Penssa il traïson envers vous ne envers li ?
Sire, [b]je le vous dirai, dist il B  ». Dont li compta en tel maniere que Pelyarmenus il B li avoit dit esté dit B 'de la pucelleNera que il avoit eu comment Peliarmenus meismes en devoit avoit (sic) fait B que il amoit et avoit eu G de li toute B sa volenté par pluiseurs foiz B , et que pour la raison de ce il en avoit esté est (sic) X2 grant piece hors de cest s’en estoit partis du B paÿs', si comme devant est dit a esté conté B 💬tel maniere... est dit: Allusion au Roman d’Helcanus, §319..

§83 Quant li roysTheodore oÿ ce, si se merveilla s’est esmerveilliez B tant que il ne pot parler de grant piece et puis appela Josias son filz et li dist :
« Avez vous oÿ que cist chevaliers a dit ?
– Sire, dist il, autre foiz le m’a il dit conté B , et je meismes le sai par une chose que je vous dirai. »
Dont li dist en l’oreille comment il le voult faire morir par entouschement, mais et B il en fu delivrés aussi comme par miracle.
– Voire, dist li roysTheodore, et pourquoi le m’avez vous tant celé?
– Sire, dist il, je ne le vous osoie dire, quar il a ce me mena que je m’i otroiai acordai G aussi comme par force et B outre ma volenté.
– Ha ! Josias, biaus filz, mar avez fet de lui vostre frere B , et bien pert que fols seroit li chevaliers qui se metroit en aventure pour vous de vie perdre comme cilz a est B fait quant il par lui seul vous rendi celui qui destruire B vous vouloit et B desheriter ! Si sachiez de voir que, se en vous eust bonté et je meismes le ne le X2 vousisse, si le deussiez vous avoir tensé quoi que il eust mesfait de tel chose.
– Sire, dit il, voirs est que mal je mal B en ai esploitié, si en ferai l’amende a sa volenté💬Les conseils et remontrances du père au fils dans ces paragraphes jouent une véritable scène d’éducation..
– Je le veul, dist il, quar je croi bien que il soit hoirs li il B G meismes de l’empire de Coustentinoble, quar ja Pely[c]armenus n’eust ce fait se il ne le congneust d’aucune chose.
– Par Dieu, dist il, je le croi. »
Lors s’en vint Josias a Helcanus et li B est cheus a ses piez et li B dist :
« Sire, je vous requier merci la merci B de ce que vous tant B avez eu a souffrir pour l’achoison de moi. »
Dont s’est Helcanus moult tost mis a genous devant lui et li dist G :
« Sire, mais je vous merci de ma vie qui par vous a esté respitee. »
Dont se sont moult fort entracolé et ont geté andui granz souspirs ; meismes li roysTheodore estoit touz moulliez en lermes. Et quant la pucelleNera vit ce, si ot moult grant joie, et lors dist li roysTheodore :
« Biaus sire Helcanus, demandez et commandez seur nous, quar touz sommes a vostre volenté.
– Sire, dist il, granz merciz. Et je vous demant le congié d’aler aprés mon pereCassidorus, quar nouvelles me sont venues que il est nagueres B trespassez. »

§84 💬Pas de nouveau § BQuant il ont ce oÿ, si furent furent si furent V2 moult de ceste requeste B de ceste chose X2 esbahy. Dont dist li roysTheodore a Helcanus :
« Dites vous verité que nouvelles vous sont venues venues teles B de vostre pereCassidorus ?
– Sire, dist il, voirement le di je.
– Et qui lé vous a aportees aporté G ?
– Certes, sire, dist il, ne vous anuit, quar ja ja a ceste fois B X2 par moi ne ›l‹[n]e V2 le sarez.
– Par Dieu fois (sic) B , dist li roysTheodore, et je mie ne le veul puisque il il ne B G 💬il ne: La tradition donne deux leçons adiaphores, qui illustrent deux options contraires. La négation est plus juste, dans la mesure où le personnage vient d’opposer son refus. Cependant, la leçon de V2X2 reste sémantiquement cohérente, puisque ce refus correspond bien au "plaisir" du roi, et la présence de ne dans B et G n’indique pas nécessairement un accord stemmatique. vous plaist, mais bien sachiez que B moult sui dolanz des nouveles et encore plus de ce que vous de moi vous B G voulez partir. »
Quant la puceleNera entendi ce, adont mua tres grant couleur et dist a soi li B meismes : Lasse, chaitive! [d]Ore as tu trouvé ce que tu as chacié ! Dont le li B X2 💬le = li, cf. Note linguistique. On retrouve au §66 un emploi du pronom régime direct. prist une doleur au cuer tele que elle est cheue cheust G pasmee. Quant il ont ce l’ont B veu, si furent tout esbahy et penserent bien la raison G pour quoi ce estoit.

§85 Dont fu li roysTheodore moult courouciez courouciez a merveilles B , si la prist l’a prise B entre ses braz, et ele revint a li et jeta granz souspirs. Dont li dist li roysTheodore G :
«  Fille Fille, dist le roy G , pour Dieu, que avez vous ? Dites le moi. »
Et elle mot ne respondi, ainz se feri de son poing en sa poitrine et puis commença G sa face, qui moult estoit bele, a G esgratiner esgratiner et a depecier B . Et dont geta li roys B Theodore ses mains aus sieues et dist a Helcanuz B :
« Ha ! sire chevaliers, par courtoisie, reconfortez car reconfortez B ceste chetive qui si est menee pour vous. Sachiez B que j’en ai le cuer a tel meschief que je n’en savroie mie dire mon pensé penser B . »
Dont fu esbahiz Helcanuz et dist :
« Sire, que voulez vous que je face ? Pres sui de faire V2 G X2 vostre volenté et la seue selonc ce que j’ai dit. »
Dont l’entendi la pucelleNera et dit :
« Par Dieu, Helcanuz, ne vous vaut, ou autrement m’aseurrez vous que vous ne m’avez avez B fait G ou je ferai de moi ce ce V2 que je vous ai dit. »

§86 Quant Helcanuz oÿ ce, si dit :
«  Ha ! pour Dieu B , ma damoiseleNera, je vous affi que que je B , de quelle heure que je serai descourpez de la traïson que Pelyarmenuz m’a sus mise, je revendrai a vous et ferai vostre plainne G volenté, quele que elle soit soit, car je mie nel leroie por riens qui soit B 💬Possible saut du même au même non erroné de V2GX2 sur soit.. Et sachiez que je ja B autre foiz le vous ai dit que car G plus vous cuide amer que vous ne faite moi.
– Par foy, dist li roysTheodore, fille, a ceste parole parole vous poez V2 [e]vous pouez vous bien tenir.
– L’em plegerez plegeriez B vous, pere ? »
dist elle. Dont sousrist li roysTheodore en lermes et dist :
«  Par foy, fille G , ouil, mais qu’Il m’i veulle metre.
– Sire, dist Helcanus, et je vous em pri. »
Dont firent joie de ce que il porent G , et lors fu la pucelleNera asseuree de l’amour Helcanuz. Mais il ne demoura gaires que quant B il prist congié, et ce fu quant B il fu a lui touz revenuz et aaisiez des doleurs qu’il avoit eues en la prison G . Meismes et G la pucelleNera ot de lui moult de ses desiriers, et tout ausi ot il de li sanz nul rain de vilonnie v›...‹[i]lonnie V2 . Mais cil, qui autre chose el B avoit a faire Et Helcanus G , a sa voie aprestee avec son escuier et son maistre, et prist ses armes, si demanda G congié, et il G li fu donné moult a envis. Meismes la puceleNera fist moult grant duel a la departie et li pria qu’il ne le la B X2 💬le = la, cf. Note linguistique. Le contexte reste ambigu, mais Néra ne renvoie pas aux paroles précédentes, que pourrait anaphoriser le, mais bien à elle-même, qu’elle demande à Helcanus de garder dans son coeur. meist pas en oubli, quar elle jamais bien n’avroit tant que revenuz seroit si le revenroit B , et il dist qu’ ele B fust toute seure qu’il repaireroit au plus tost que il porroit. Atant s’est de lui departiz et du royTheodore et de Josias, qui moult volentiers li eust fait compaignie se il vousist. Si me veul ore taire de lui, quar bien y savrai repairier retorner G quant temps en point B sera, et revendrai a la matere dont de qui B je me sui grant piece teuz.

[5] Ci vient endroit revient B li comptes a Clyodorus, comment il se fu partis du duc Bourleuz, si comme devant est dit, pour aler au chastel, la ou il trova Fremor Fremor, le chevalier G ainsi comme il aloit en la queste de Helcanus B .

[f]

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Enluminure de 14 UR sur une colonne. Helcanus sort de chez Josias

§87 Ci endroit dist li comptes que, quant Clyodorus se fu partiz de Borleuz, il ne fina par ses journees tant que il vint au chastelKarias dont li empereresCassidorus s’estoit partis, ainssi comme devant avez oÿ parler. Quant il y B fu venuz, si enquist se Fremor estoit en la villeKarias. Dit li fu que voirement y estoit il, mais moult estoit deshaitiez. Meesmes de ses freres y avoit il je B ne sai quans💬Meesmes... quans: Comprendre "Il y avait également plusieurs de ses frères dont je ne sais le nombre".. Dont s’en vint Clyodorus Thyodorus (sic) B a lui et l’a mis a raison et li dist :
« Biaus sire, se il vous plaisoit, moult vous demanderoie volentiers se vous nules nouveles oÿstes de l’empereour de ConstentinobleCassidorus puis que il se departi de vous. »
Quant li chevaliers oÿ parler de de vous V2 l’empereor de ConstentinobleCassidorus, si li vindrent les larmes aus yex et dist :
« Sire, pour Dieu, dont estes vous qui de celui demandez ?
– Par foy, sire, dist il, je fui nez en Grece et sui son homme en quel quelque G lieu que je soie, et il aussi est que il soit aussi B il est G mon chier seigneur B .
– Sire, dist il, quant et quant B vous partistes vous de Grece ?
– Sire, dist il, il bien B [147]a passé .x. mois que je ne finai d’errer de la jusques ci pour oïr ent aucunes nouveles autres nouveles que je n’en oie B qui bonnes me fussent B .
Par foy, dist li chevaliersDeuxièmeFrère Dont li dist li chevaliers : "Par foi B , je croi que de Grece soient venues les nouveles que je vous dirai. »

§88 💬Pas de nouveau § B
« Veritez est que n’a mie .i. mois que nouveles nous vindrent de l’empereourCassidorus que il est mors et les enfanz que il avoit de l’empereriz la bonne empereris B X2 de GalileeHelcana, et est Pelyarmenuz son filz empereres de Constentinnoble, si en est mon frereFremor tel mené de courouz que je croi qu’il ne s’en porra partir de grant piece B sanz grant maladie, quar .i. nostre mien B frereDaphus se parti de ci avec lui, dont nous puis n’oïsmes nouveles, si en sommes trop courouciez.
– Dites vous, sire, que vostre .i. vostre B frereDaphus s’en ala avec lui lui, dist Clyodorus B ?
– Voirement y ala il le di je B ouil G , dist il.
– Et or me dites, sire, dist Clyodorus, quel part s’en alerent il il dist il V2 ?
– Par Dieu Dieu, dist li chevaliers B X2 , nous ne savons savons quel part il alerent B X2 💬Même si la structure nous nel savons serait plus attendue, la construction nous ne savons n’est pas incorrecte. La construction absolue est attestée, avec la négation mais plutôt avec la P5 (DMF, sv. savoir. Voir aussi l’emploi de ne pour nel, cf. Note linguistique., mais fors que B nous cuidons bien que vers Bretaigne la Bretaigne B se mistrent. »
Quant Clyodorus entendi ce, si dist :
« Sire, sanz faille, voirement dist on en Gresce que li empereresCassidorus et si enfant de sa la B premiere femmeHelcana sont mort, mais c’est toute G mençonge, quar encore sai je bien que si li B doi enfant mainsné vivent, et tout aussi croi je que aussi fait font B li empereresCassidorus et Helcanus B son filz filz li ainznez B . »

§89 Quant li chevaliersDeuxièmeFrère l’entendi, si a grant joie menee et li dist :
« Ha ! sire, por Dieu, venez a mon seigneur mon frereFremor et li dites ces nouveles, si en sera plus aaisé le rehetiez B , si ferez grant courtoisie. »
Dont [b]en sont venu devant Fremor, et s’est Clyodorus a lui acointiez et li dist qui il estoit et que il aloit querant. Quant Fremor l’ot entendu, si li est son mal alegié, et li a fait grant joie. Ainssi avint que il demoura avec lui euls B X2 .ii. jourz, et quant ce vint au tiers, si a pris congié et se parti d’eulz et ne fina par ses journees tant que il est venus en Bretaigne la Bretaigne B 💬Cette recherche que Clydorus va mener en Bretagne sur les recommandations de Fremor qui lui faisait part, au paragraphe précédent, de l’intuition qu’il a que Cassidorus et Helcanus sont partis vers la Bretagne, fait allusion aux terres d’aventures que constitue par excellence la Bretagne, également dans ce Cycle. On peut en ceci trouver aussi une référence aux incursions bretonnes de Laurin dans le roman éponyme, p. 161-315.. Dont a le paÿs cerchié en pluiseurs lieus et a trouvé moult de diverses aventures qui feissent bien a raconter, se temps et lieux en fust, mais pour faire le compte plus brief je m’en passerai ce que je craindroie a nuire, si m’en souferrai B atant, quar j’ai assez a dire de B ce dont je me sui entremis; et nonpourquant n’en veul je mie trespasser une laisse💬Le terme laisse donne à l’intervention du narrateur un ton alerte, dans une veine épique presque surannée (le terme ne s’emploie pas au-delà du XIVe siècle, cf. FEW V 222a, sv. laxare. sanz laquelle li temps contes B X2 💬La leçon de V2G s’entend au sens de "succession des parties de la durée" (GDC 10,753 ; FEW I, 185a), ici de la durée spécifique de l’histoire, dans une acception littéraire inédite, dont la formulation li contes est plus habituelle dans BX2 La référence à la brièveté du récit par le narrateur au début de la phrase accorde du poids à la leçon li tens, la maîtrise du temps semblant être un enjeu. ne seroit mie bien parfais. Ainssi avint que Clyodorus chevauchoit .i. jour entre nonne et midi touz garnis de ses armes. Il choisy devant lui a l’entree d’une forest une et vit une B 💬L’emploi intransitif du verbe choisir (B) est rare dans la littérature (DMF, sv. choisir. Il peut découler d’un oubli de la copie de ce même verbe, dû à la présence d’un long complément circonstanciel avant le complément d’objet direct. pucelleFille de Mirador qui chevauchoit grant aleure, et sambloit bien que grant besoing le menast la menast B X2 💬le = la. Le besoin menace la jeune fille plus que le chevalier. Sur ces interversions entre les pronoms régimes masculins et féminins, cf. Note linguistique. Notons aussi le caractère topique de la rencontre avec la jeune fille dans une lande en Bretagne à l’amorce d’une aventure essentielle.. Clyodorus la vit, qui tout le jour avoit alé et n’avoit veu ne encontré homme ne homme B ne femme. Dont s’est grant aleure mis aprés lui et la suivi tant qu’il l’ataint en une lande moult belle lande B . Lors li vint devant et l’a saluee. Celle le regarda et dist li dist B :
« Sire, bien soiez vous venuz! Comment est vostre li vostres B non ?
– Damoisele, dist il, j’ai non Clyodorus et sui nez de Grece.
– De Grece ? dist elle la damoisele B .
– Voire.
– Et quele aventure vous amaine [c]en cest paÿs ?
– Par foy, dist il, il me m›i‹[e] V2 plaist moult que vous le sachiez. »
Dont li dist que il queroit. Et quant ele l’ot entendu, si dist que de ceuz ne savoit elle nulles nouveles, mais d’un empereour avoit elle oÿ parler qui Laurin avoit a ot B non, et celui avoit esté plus proisiez d’armes ou paÿs que nuls qui pou que il en B y eust esté a son temps.
– Damoisele, dist il, veritez est: celui Laurin fu peres a celui que je vois querantCassidorus.
– Par Dieu, dist elle, bien vous en croi. »
Dont li enquist Clyodorus qui elle estoit.
– Par foy foi, sire B X2 , dist elle, je fui nee ci pres, fille a .i. vavassour qui n’est mie de grant richesceMirador.
– Damoisele, dist il, ce soit a bien💬ce soit a bien: Comprendre "que ce soit pour le bien".. »
💬Nouveau § BDont chevauchierent ensamble jusques au vespre, que la puceleFille de Mirador tourna une sente estroite, si dist a Clyodorus :
« Se il vous plaisoit a venir avecques moi, sachiez V2 G que moult me plaist plairoit B plai X2 , quar je ne cuit mie que vous doiez anuit venir a hostel se trop tart non.
– Damoisele, dist il, de ceste requeste sui je touz liez, et sachiez que je ne refuserai mie la vostre compaignie. »
Dont sont assez tost venu seur .i. estanc bel et bien seant. La ot une maison de fust qui avoit moult avoit B esté de grant afaire. Iluec sont andoi venu, si ont huchié a la porte, et B on leur ouvri, puis sont il sont B enz entré et sont andui G descendu. Bien fu qui leur chevaus establa mist en estable B . Dont prist la pucelleFille de Mirador Clyodorus par la main B et l’a mené a[d]mont en une grant gente B X2 sale, et la estoient li peresMirador et la mereCelidoinedEsquarre a la pucelleFille de Mirador, qui moult estoient de grant aage. Maintenant que il ont veu le chevalierClyodorus et leur filleFille de Mirador, si se sont levez de leur sieges et leur les G ont fait bienveignant💬La construction directe les ont fait bienvaignant, à l’œuvre dans G, laisse penser que le copiste a cru qu’il y avait une erreur, qui aurait pu être due à l’attraction de l’article leur; le verbe bienvenir rencontre plutôt un emploi transitif direct d’après les attestations. Pourtant, la tournure faire bienvenant a qn. est bien attestée jusqu’au XVIe siècle (FEW XIV 243b).. Clyodorus leur a rendu leur salu, et puis le mena la damoiseleFille de Mirador en une chambre et le desarma et puis li bailla robe a sa mesure. Aprés en sont venu en la sale et sont se sont B assiz delez le vavassourMirador et sa femmeCelidoinedEsquarre. Dont enquist enquist li vavassours B a Clyodorus qui il estoit, et B Clyodorus li a tout compté de chief en chief qui dont B il estoit et que il aloit querant.

§90 Quant li vavassours cil B Mirador entendi Clyodorus l’entendi B , si ot moult grant merveille de ce qu’il ot dit li ot conté B . Dont dist :
« Par foy, sire chevaliers, trop ay oÿ parler de celui que vous alez querantCassidorus, et sachiez que je fui jadiz compaignon d’armes a son pereLaurin en cest paÿs. Et celui qui ore est, que vous dites qui est esvanouizCassidorus, vi je tres dont qu’il n’avoit que pas B .ii. anz. Et adont estoie je en Grece avec Laurin son pere le pere de celui B et avec .i. autre chevalierEuriet qui orendroit est trespassez de cest siecle💬Tout ce passage sur Detriet le Fier et Mirador se lit dans le Roman de Laurin, p. 182-206.. »
Et quant Clyodorus l’entendi, si ot moult grant talent que il seust son non et de celui💬son non et de celui: Rupture de construction: son non se rapporte à cet autre chevalier et de celui à ce même chevalier. qui mors estoit, et dist B :
« Certes, sire, moult volentiers savroie savroie vostre nom G , mais qu’il ne vous anuiast, comment vostre non est G et de celui qui est mors o vous fu en nostre terre et comment vous eustes premiers compaignie B .
– Sire chevaliers, dist il, puisque vous le voulés il vous plaist a B savoir, ja paine ne me sera que je ne le vous die je vous le dirai G , mais [e]avant veul je savoir vostre le vostre B non, si ne serai mie empeeschiez si empeeschiez B de parler a vous.
– Sire, dist il, on m’apele Clyodorus.
Clyodorus, dist il le vavassor B , on m’apele Mirador Minador V2 d’Esquarre, et cil qui avec moi fu en Grece avec l’empereour Laurin ot non Euriet le Paoureus. Il avint .i. jour qui passez est que uns chevaliersDetriet de ceste terre si amoit avoit V2 G une puceleJagonce qui assez pres estoit sa cousine. Li chevaliers ot avoit B non Deriet Deniet V2 G Deniet li fiers X2 💬La graphie du nom de ce personnage est sujette à caution. En effet, il n’intervient pas dans le Roman de Pelyarmenus et rencontre sa première occurrence dans le même texte., et la pucelle apeloit on Jagonce, et estoit dame du Chastel Radoul. Celle ne daignoit adeignoit B nului chierir, ainçois vous di que cilz Detriet Deriet li fiers B l’avoit a ce menee que, vousist ou non, ele avoit reclaim de lui que en tele maniere que B il B la devoit avoir a femme femme qu’ele l’eust B . .i. jour fu pris entre li le chevalier B Detriet et la pucelleJagonce que il la devoit avoir a femme B G se elle ne trouvoit qui la deffendit contre li. Celle ne pooit trouver chevalier qui contre lui por li B vousist la bataille faire se il B ainssi n’estoit que elle avant vousist affier celui qui la bataille feroit contre Detriet le Fier Deriet B que elle le prendroit a seigneur se il pouoit le champ fornir. Elle n’en trouvoit nul qui li pleust a qui elle vousist faire ceste couvenance, ainz atendoit de jour en jour que aucuns par aventure venist qui li pleust et vousist faire la bataille. Il avint .i. jour par aventure que elle en sa forest estoit alee, aussi comme pour lui B deduire, o lui grant plenté de dames et de pu c V2 el[f]les. Li empereres de Constentinoble, qui Laurin avoit a B non, si estoit en ceste terre, et avint aussi comme par aventure que il s’embati a la Fontainne du Dormant. Il descendi de son cheval cheval, car veue avoit la fontaine ou la pucele et sa compaignie estoit B et s’en il B vint a la fontainne, qui plus estoit clere que nule riens, et il B em but, et quant il ot ce fait, il ot li prist B grant B volenté de dormir, quar si comme B la fontainne avoit tele vertu que nuls n’en avalast en son cors que dormir ne ›li‹[n]e V2 li le B couvenist .iii. jourz et .iii. nuis ainsi comme il estoit en tel point. Le premier jour vint une des pucelles, qui bien vit qu’il estoit deceuz de la fontainne. Dont prist elle son cheval et l’enmena B et le laissa la dormant en tel point, et s’en vint la ou les damoiselles autres damoiseles B X2 estoient et compta 'comment ele avoit trouvé le chevalier.' Dont avint au chief de .iii. jourz, a l’eure qu’il s’estoit la endormis, que ›...‹[q]ue V2 il sailli sus et ne cuida ou pou ou nient avoir dormi demouré ne dormi X2 , et lors cuida trouver son cheval, si fu trop esbahis de ce que quant B il ne le vit. Dont commença a aler sus et jus et tant qu’il s’embati en une lande ou ces damoiselles celes B estoient, et la avoit .i. tref tendu. Dont vint la Laurin et esgarda a l’uis du tref, si vit vint V2 la dedenz B une compaignie de dames et de damoiseles belles et gentes. Quant elles le virent, si vindrent a lui et li firent grant joie. Jagonce, qui estoit dame d’elles toutes B , vit le chevalierLaurin, si li plut et le prist l’a pris B par la main et le mena d’une part et li enquist qui 'il estoit et son non et [148]l’aventure dont il venoit et ou il aloit.' Il li dist assez tost ce qu’'ele demandoit.' Or vous avoie avoie je B oublié a dire B du lieu comment il s’ert acompaigniez a .i. chevalierBaudemagu dont il ne savoit nule nouvelle, ainz a enquis a la pucelleJagonce s’'elle l’avoit veu ou non.' 'Par foy, dist elle, si fiz. Le jour meismes que vous a la fontainne venistes vint il yci a nous, mais si je B X2 sai G vraiement qu’il est ore en tel lieu ou vous mauvaisement porriez a lui parler.' Quant Laurins entendi la pucelleJagonce, si fu tous esbahiz de ce que elle ot dit li dist B que 'ses compainsBaudemagu estoit la venuz le jour que il y B X2 estoit venuz a la fontaine', si dist : 'Sachiez, damoisele, que je hui a tierce n’i avoie avoie je B onques esté mais a la fontaine esté B . Je ne sai pourquoi vous dites le premier jour que nous y venismes vint ci mes compainsBaudemagu.' »

§91 💬Pas de nouveau § B
« Quant la pucelle ele B Jagonce l’entendi, si commença a sousrire et dist : 'Laurin, savez vous quant vous venistes a la fontainne ?' 'Damoisele, dist il, ore a nonne.'— Damoisele, dist il, ore a nonne.'Par foy Dieu B , dist elle, ainçois a .iii. jorz passez.'— Par foy Dieu B , dist elle, ainçois a .iii. jorz passez. » Dont fu esbahiz de ceste chose jusques atant que elle l’en ot la verité dite dit la verité B et puis puis li conta B X2 💬La leçon de V2G ne cause pas de rupture syntaxique: la verité et la proposition introduite par comment sont les deux compléments de dire. L’intervention d’après BX2 (puis li conta) n’est donc pas nécessaire. comment ses compainsBaudemagu estoit la venus et l’avoit com il l’ot B laissié dormant. Quant il oÿ ce, si ot moult grant merveille de ceste chose. Adont requist enquist B a la puceleJagonce que 'elle li deist ou ses compainsBaudemagu estoit.' 'Sire, dist elle, je cuit que il soit en la prison Detriet Deriet B Desier G le Fier.' 'Et qui est cil Detriet Deriet B Desier G ? dist il.'— Et qui est cil Detriet Deriet B Desier G ? dist il.'Sire, dist elle, [b]ce est uns chevaliers qui mau gré mien me veult avoir a femme, et est ainsi que, se je ne truis chevalier qui me deffende contre lui, il me couvendra convient B faire sa volenté.'— Sire, dist elle, [b]ce est uns chevaliers qui mau gré mien me veult avoir a femme, et est ainsi que, se je ne truis chevalier qui me deffende contre lui, il me couvendra convient B faire sa volenté.'Et comment ? dist Laurin. A A dont B cilz mon compaignon compaignon d’armes B Baudemagu outré ?'— Et comment ? dist Laurin. A A dont B cilz mon compaignon compaignon d’armes B Baudemagu outré ?'Ainssi, dist elle, le croi je.'— Ainssi, dist elle, le croi je.'Comment ! dist il. N’en savez vous pas la verité ?'— Comment ! dist il. N’en savez vous pas la verité ?'Sire, dist elle, nenil je non B , autrement que je vous dirai. 💬Nouveau § B Il LL (sic) B avint, le jour que que que V2 vous andui venistes a la fontainne, que il s’en vint ci aussi com vous estes avés G fait, si nous trouva mengant et bien fu venus conneus B X2 d’aucunes de nous, quar il com cil qui B est de ceste terre. Il s’assist et menja avec nous ; et quant nous eusmes mengié, cil Detriet Deriet B Desier G Deuvriet X2 le Fier, dont je vous ai compté parlé B , vint ci et trouva vostre compaignonBaudemagu seant delez moi tout ainssi comme vous estes maintenant. Il vint a moi avant B et me feri voiant lui. Il anuia a vostre compaignonBaudemagu et li il B dist, 'se il plus me feroit, que il le comperroit.' Quant cil Deurriet Deriet B Desier G oÿ ce, il si B me laissa et se prist a vostre compaignonBaudemagu et li fist tele vilonnie que je B n’oseroie mie dire, mais sanz nulle B X2 faille il bien B s’en fust bien vengiez ens en le pas l’espas B 💬La forme espas de B est uniquement attestée par le TL III 1160-1 comme variante de espace, à moins qu’il ne s’agisse d’une erreur. s’il le vousist avoir pris desarmé. Et donques s’en repaira vostre compaignonBaudemagu a vous et trouva que vous dormiez si fort B que que il B onques ne vous pot esveillier, si prist son cheval et s’en vint ci aprés Deurriet Deriet B Desier G , mais il estoit ja departis de nouz. Dont ne voult lais[c]sier pour chose que je peusse li peusse B dire que il ne s’en alast aprés Deurriet pour sa honte vengier. Or vous di je que je croi que miex l’ait enforcié, et ce est la verité que j’en sai dire.'— Sire, dist elle, nenil je non B , autrement que je vous dirai. 💬Nouveau § B Il LL (sic) B avint, le jour que que que V2 vous andui venistes a la fontainne, que il s’en vint ci aussi com vous estes avés G fait, si nous trouva mengant et bien fu venus conneus B X2 d’aucunes de nous, quar il com cil qui B est de ceste terre. Il s’assist et menja avec nous ; et quant nous eusmes mengié, cil Detriet Deriet B Desier G Deuvriet X2 le Fier, dont je vous ai compté parlé B , vint ci et trouva vostre compaignonBaudemagu seant delez moi tout ainssi comme vous estes maintenant. Il vint a moi avant B et me feri voiant lui. Il anuia a vostre compaignonBaudemagu et li il B dist, 'se il plus me feroit, que il le comperroit.' Quant cil Deurriet Deriet B Desier G oÿ ce, il si B me laissa et se prist a vostre compaignonBaudemagu et li fist tele vilonnie que je B n’oseroie mie dire, mais sanz nulle B X2 faille il bien B s’en fust bien vengiez ens en le pas l’espas B 💬La forme espas de B est uniquement attestée par le TL III 1160-1 comme variante de espace, à moins qu’il ne s’agisse d’une erreur. s’il le vousist avoir pris desarmé. Et donques s’en repaira vostre compaignonBaudemagu a vous et trouva que vous dormiez si fort B que que il B onques ne vous pot esveillier, si prist son cheval et s’en vint ci aprés Deurriet Deriet B Desier G , mais il estoit ja departis de nouz. Dont ne voult lais[c]sier pour chose que je peusse li peusse B dire que il ne s’en alast aprés Deurriet pour sa honte vengier. Or vous di je que je croi que miex l’ait enforcié, et ce est la verité que j’en sai dire.'Par Dieu, dist Laurin, ci a estrange aventure. Mais ce me dites se cil Deurriet Derier B vint puis ci endroit.'— Par Dieu, dist Laurin, ci a estrange aventure. Mais ce me dites se cil Deurriet Derier B vint puis ci endroit.'Par Dieu, dist elle, ouil, hui matin, mais je de lui ne ting conte, quar assez ai orendroit ailleurs ou a B entendre.'— Par Dieu, dist elle, ouil, hui matin, mais je de lui ne ting conte, quar assez ai orendroit ailleurs ou a B entendre.'Et comment, damoiselle ! Dites vous que cilz damoisiaus Deriet B Detriet vous veult avoir a femme mau gré vostre voz G ?'— Et comment, damoiselle ! Dites vous que cilz damoisiaus Deriet B Detriet vous veult avoir a femme mau gré vostre voz G ?'Sire, dist ele, voirement veult ouil G , se je ne truis chevalier qui contre lui me deffende.'— Sire, dist ele, voirement veult ouil G , se je ne truis chevalier qui contre lui me deffende.'Par mon chief, dist Laurin, moult seroie volentiers cil qui contre lui vous contrediroie contreditoiré G , mais que ce fust vostre gré.'— Par mon chief, dist Laurin, moult seroie volentiers cil qui contre lui vous contrediroie contreditoiré G , mais que ce fust vostre gré.'Ha ! sire, dist ele, seroie dont seroie B je si bonne euree beneuree B que se B vous la besoingne vousissiez voliez B entreprendre emprendre B ?'— Ha ! sire, dist ele, seroie dont seroie B je si bonne euree beneuree B que se B vous la besoingne vousissiez voliez B entreprendre emprendre B ? » Dont ala ainssi la chose que Laurin entreprist la bataille contre celui Deurriet Deriet B X2 , et ala ainsi la chose qu’il ocist le chevalierDetriet et delivra la pucelleJagonce que il vouloit avoir contre oultre G son gré, et le chevalier aussi B son compaignonBaudemagu, qui en sa prison estoit il tenoit B . Et puis aprés se departirent de la pucelleJagonce et pristrent congié congié a li B en tele maniere par si B que il durent a li revenir, et si firent il si com il firent B , mais je je meismes V2 X2 💬La présence du premier meismes dans V2+X2 crée une répétition gênante (par anticipation du second meismes), dans laquelle l’adjectif ne se justifie pas du point de vue du sens. Nous intervenons d’après BG. vous ai laissié acompter comment je meismes m’acointai de lui. Ainssi comme Deurriet Deriet B Deuvriet X2 dut faire la bataille a Laurin, si se pensa Laurin qu’il voloit soi B confesser de B ses [d]pechiez a .i. saint G hermiteconfesseur de Laurin qui ou bois avoit son recept. Il se mist, le jour meismes que il dut faire la bataille, celle part touz G armez V2 G et trouva s’en vint B le au B preudommeconfesseur de Laurin, et quant il li ot dit ce que il voult, si se mist au repairier repaire B . Je meismes amoie une des pucellesCelidoinedEsquarre a celle pour qui Laurin devoit la bataille faireJagonce. Celle n’adeignoit ne m’adaingnoit B ne daignoit G ne moi ne mon afaire B , ainz m’avoit aussi com en despit. Je avoie .ii. chevaliers a compaignons qui moult estoient prisié d’armes, et preismes celle ou char ou elle s’en aloit au jour de la bataille, et l’en cuidai mener porter B a force quant Laurins nous encontra, qui se mist contre nous pour la pucelleCelidoinedEsquarre rescourre, qui com cele qui B trop grant duel faisoit. Il avint ainssi que de ce que B il ocist .i. de mes compaignons au jouster, et moi meismes conquist il aprés aprés d’armes B X2 et m’eust occis se je ne me fusse a lui renduz et mes autres compainsEuriet. Quant il vit ce, si se feri ou bois a toute la pucelleCelidoinedEsquarre et s’en ala grant aleure aleure a tout B aleure a tout li X2 . Quant Laurins vit ce, si fu touz esbahiz, quar il li le B couvenoit estre venir B au jour de la B bataille a heure et a l’eure B , si ne sot que faire et ne voult il ne voloit B mie laissier atant la pucelleCelidoinedEsquarre. Dont me requist que je alaisse venisse B au lieu ou la bataille devoist estre et l’excusasse de tant que il ne lairoit mie que il ne venist a la bataille B a tans heure B se il pooit. Et je le message fiz si bien que onques il onques B n’en ot V2 blasme ne je aussi, quar [e]si bien l’aventura li aventura B Dieus que il rescoust la pucelleCelidoinedEsquarre de mon compaignonEuriet et vint a au B point et a heure a l’heure de B la bataille que il avoit emprise emprise pour la pucele B . Et li avint si bien aida si Diex B que il occist Deurriet le Fier, qui estoit estoit adont B uns des chevaliers de ceste terre plus doutez et cremuz. Quant la bataille fu finee, Laurins fist la pais de moi et de m’amieCelidoinedEsquarre en tele maniere que puis celle heure nous amames li uns l’autre de bonne amour, et preismes compaignie je et mes compainsEuriet a Laurin et a son compaignonBaudemagu, et nous partismes des pucelles et puis adont si B et G nous en alasmes par le paÿs meismes par la terre B querant aventures. Et vous di que moult nous B en vint avint a nous B de belles et d’estranges. Quant nous eusmes demouré tant qu’il nous plot, si retournames repairames B tornasmes G arrieres aus pucelles, et plot a Laurin et a la pucelleJagonce pour qui il avoit faite B la bataille bataille contre Deriet et B que il orrent B li uns l’autre par mariage ot l’autre a seigneur et a dame B . Et je meismes oi m’amieCelidoinedEsquarre et elle moi G et encore sui je ses sires et elle ma dame, et veez la le B nous G ci delez moi tous .ii. G . »

§92 Quant Clyodorus oÿ le chevalierMirador, si ot moult grant merveille et li G dist :
« Sire, pour Dieu, que devint lors li empereresLaurin ?
– Certes, dist il, il s’en repaira adont en Constentinoble, et li plut que il me mena avecques lui et me fist si grant houneur que il me fist aussi comme compaignon de tout son empire. Et sachiez que je fui tant avecques lui que il morut, et dont m’en [f] repairai repairai je B en cest paÿs, dont je estoie partis, si y ai vescu jusques ci et ferai tant comme il plaira a Nostre Seigneur.
– Ha ! sire, dist Clyodorus Clydorus V2, bonne vie vous doinst Dieus ! Mais Et B or me dites se ceste damoiseleFille de Mirador est vostre fille.
– Sire, dist il, ouil, et encore .i. filzMirrus que je ai a chevalier, que je croi que plus proisié d’armes n’ait mie nul B en ceste terre marche B de son temps.
– Sire, dist il, ou est il orendroit G ? »
Dont esgarda li siresMirador sa filleFille de Mirador et li dist :
« Fille, quelles nouveles nous dirés vous de vostre frereMirrus ?
– Sire, dist elle, ce savrai vous savrai B je bien dire selonc ce que j’ai entendu entendu de Mautin, qui nouveles en oï jehui avant que je venisse la B 💬Nous ne saurions identifier le personnage de Mautin, ni même assurer qu’il s’agit bien d’un personnage. Il pourrait également s’agir d’une erreur à partir du substantif matin.. Il est ainssi que la damoisele du Viez CharDemoiselle du Vieux Char a pris bataille contre le seigneur de Mal PasSeigneur du Mal Pas. Or est ainssi que B li sires de Mal PasSeigneur du Mal Pas est B viex viex hons B X2 et frailes, si a respondu a la puceleDemoiselle du Vieux Char par avoué, et sai de voir que mon non (sic) B frereMirrus fera la bataille pour la puceleDemoiselle du Vieux Char comme pour celle que il aimme tant et elle lui que bien le porra on savoir en brief temps.
– Ha ! dist dont li peresMirador a la pucelleFille de Mirador, sire Clyodorus, je croi bien que ma fille V2 Fille de Mirador die voir. Et savez vous qui cilz sires de Mal PasSeigneur du Mal Pas est ?
Certes Par foi B G , sire, dist Clyodorus, nenil je non B .
– En non Dieu, dist il, et G je le vous dirai a briez paroles, quar trop longuement vous ai tenu, et il est passé temps que nous deussons avoir soupé. »

§93
« La premiere aventure que Laurins achevast en cest paÿs, ce fu que robeours avoient pris .i. chevalier et li avoient orent B son cheval occis et ses armes tolues et lui tout nu despoullié, et li [149]orrent les yex bendez, et li uns d’eulz li ot mis son chevestre ou col, et le menoient ainssi batant de verges quant quant par aventure B Laurins le rescoust d’ euls euls qui ainsi le menoient B et les occist et delivra le chevalier celui B . Et quant il fu delivrés, si s’arma des armes a l’un d’eulz que Laurin y iluec B X2 avoit mort. Et avint aprés qu’i encontrerent .vi. autres robeours B qui une dame un chevalier et s’amie B enmenoient. Il le rescoustrent Celui delivrerent il B encore. Si Il B avint par aventure que il vindrent au recet ou li robeour il B manoient, et ce B X2 fu a Mal Pas ; et pristrent le chastel, et le donna Laurin au chevalier et a la pucelle que il avoit derrainement rescousse. Or vous di di ge B que le chastel avoit esté fu B anciennement aus hoirs et aus parens de la damoisele du Viez CharDemoiselle du Vieux Char. Or le veult ainssi la damoisele recouvrer sus le chevalier a qui Laurin le donna. Or est Si est mais B li chevaliersSeigneur du Mal Pas viex et n’a pooir pooir li chevaliers B de faire bataille, si croy que aucuns chevaliers fera la bataille pour lui, mais sachiez que de G ce me poise poise il B que mon filzMirrus doit faire la bataille contre li pour l’achoison la raison B X2 de ce B que li bons empereresLaurin que je moult amai li donna.
Par Dieu, biau ostes, dist Clyodorus, tout aussi me m’en X2 fait il moult mal, et sachiez vraiement certainement X2 que, se ce fust .i. autre que vostre filzMirrus, que je avant feisse la bataille contre lui que la pucele du Viez Char Chastel B Demoiselle du Vieux Char l’eust ja en tele maniere V2 G 💬Le saut s’explique par la reprise du même début de phrase Par Dieu, biau(s) (h)ostes..
– Par Dieu, biaus hostes, dist il, et pour l’amour de vous ce B yrons nous le matin, se vous voulez, et parlerai a mon filzMirrus et ferai metre respit en ceste chose jusques adont que autre acort chose B porra estre fais faite B par pour G quoi li siresSeigneur du Mal Pas le tiengne paisiblement.
– Certes, dist Clyodorus, et je m’i acort. »
💬Nouveau § BDont fu temps de souper, et aprés alerent dormir. Au matin sont levé et sont appareillié et monterent [b] sus en B leur chevaus, et ne finerent ambe .ii. G si vindrent au Viez Char - c’est .i. chastel moult bien seant et estoit pres de Mal Pas. Quant il sont la venu, si ont trouvé le chevalierMirrus qui filz estoit a B Mirador, et avoit non Mirus. Et quant il vit son pereMirador et Clyodorus, si leur fist moult grant feste.

§94 💬Pas de nouveau § BLors mist Mirador son filzMirrus a raison et li demanda se ce estoit voirs que il eust avoit B pris la B bataille contre le seigneur de Mal PasSeigneur du Mal Pas.
– Sire, dist il, veritez est que j’ai pris bataille ouil G contre .i. chevalier qui se doit combatre pour lui.
– Et qui est li chevaliers ?
– Par Dieu, dist il, ce ne vous sai je mie a B dire, mais moult a grant fiance li sires de Mal PasSeigneur du Mal Pas en lui.
– Biaus filz, ce dist li peresMirador, moult sui dolanz de ceste chose chose de ceste chose V2 . Sachiez Sachiés que G je veul que vous vous sachiés V2 la metez en respit par car par B mon los, quar B ja contre le seigneur de Mal PasSeigneur du Mal Pas bataille ne ferez par mon gré B .
– Pourquoy ? dist Mirus.
– Pource, dist Mirador il B , que li empereresLaurin li empereres que li empereres V2 , que je tant amai, li donna le chastel B , comme cil qui bien le pot faire, quar il le gaaigna contre les traïteurs robeours qui tout cest paÿs destruisoient. Et pour ce n’en ferrez vous ja coup se vous pour moi le voulez laissier.
– Ha ! pere, dist li chevaliersMirrus, trop est la chose avant alee. Sachiez que, se je arriere en aloie, que jamais n’ avrai aroie B X2 houneur en lieu ou je venisse fusse venuz B .
– Certes, dist Clyodorus, verité dites. Trop est a B la chose a[c]lee alé, sachiez B avant pour laissier en tel point, mais qui la pais couvenable porroit faire pour le seigneur de Mal PasSeigneur du Mal Pas, bien feroit V2 G X2 .
Par Dieu, dist Myrus G , ce me seroit sembleroit G bel. »
Dont vint Mirador a la pucelleDemoiselle du Vieux Char, qui moult grant joie feste B li fist, et li dist :
« Damoisele, moult seroie liez se que B X2 vous vous acordissiez a monseigneur de Mal PasSeigneur du Mal Pas par quoi la bataille ne fust de mon filzMirrus et de lui, quar je doi reverence au seigneur de Mal PasSeigneur du Mal Pas.
– Voire, dist la damoiseleDemoiselle du Vieux Char. Avez vous paour de vostre filzMirrus ? Ja par l’ame de mon pere pais ne acorde n’i avra se le seigneur de Mal PasSeigneur du Mal Pas ne me rent mon chastel ou vostre filzMirrus ne se rent rende B matez sanz coup ferir.
– Damoisele, dist il, ce n’avendra ja, se Dieu plaist, ainçois en ait l’ouneur cis B cliz (sic) X2 qui avoir la devra le doit B . »

§95 Lors avint ainssi que Myrus fu aprestez de la bataille faire et fu venus el lieu, il et li sien, ou elle devoit estre. Li sires de Mal PasSeigneur du Mal Pas ravoit son le sien B chevalier prest et sa gent et s’en vint vindrent B X2 d’autre de l’autre B part moult noblement. Que vous diroie je ? On n’i pot point de pais trouver. Lors couvint les chevaliers .ii. chevaliers B combatre en tele maniere que, se je eusse espasce de raconter la grant prouesce de l’un et de l’autre, plus en porroie dire que de nul dont je eusse onques oÿ onques oïsse B G parler en compte. Mais pource que trop en y a ai B en ai X2 a compter d’autre chose el B , si m’en soufferrai a ce que je vous dirai.

§96 💬Pas de nouveau § BQuant il orent tant esté es chevaus que, [d]par la force d’euls et par leur escremie, leur li B cheval leur faillirent et chairent mort par dessouz euls, il meismes se mistrent remirent B X2 en la presence de la bataille, et ferirent tant li uns seur l’autre que le li B fer ne pot porent B contrester contre l’acier, ainz chaioient tumboient G des haubers les mailles, et B des escuz n’avoient il nuls as cols, ainçois les avoient en menues pieces mis mises G , si que en nul lieu il ne s’assenoient que li sanz n’en sausist saillist B G a granz rus. Cest💬Chute du -e dans V2, cf. Note linguistique. bataille virent et G X2 li un et li autre, et sachiez que moult peust on avoir grant pitié d’eulz .ii. quant pour autrui il B estoient desirrant si desirant B de leur mort. Mais Diex Dieus, qui B ne voult mie la destruiction d’euls du tout, ainz B les a departiz par une vapeur💬Brodtkorb (p. 206) signale une référence au Roman de Laurin, au moment où un nuage similaire, une "poudriere", interrompt le combat entre Myrador et le roi d’Écosse, cf. Roman de Laurin, p. 255, l. 10550. qu’Il X2 entre euls mist euls .ii. se mist B euls mise X2 . Quant il virent le vaspeur, si ne virent de grant piece li uns l’autre, et dont se sont assis andoi, et une vois vint a Myrus et qui B li dist :
« Va, si rent t’espee au souverain de tous chevaliers ou autrement il te couvient mort recevoir. »
Et quant Myrus oÿ ce, si ot paour en li meismes. Dont esgarda et vit le chevalier a qui il s’estoit combatuz, si s’est levez pour venir a lui et G s’espee rendre.

§97 💬Pas de nouveau § BQuant cil le vit venir, si est sailliz em piez et se mist a deffense, quant cil se mist a genoulz et li rendi s’espee. Quant il vit ce, si ot grant merveille por quoi il faisoit ce, si li dist maintenant vit ce, si ot moult grant merveille pour quoi il faisoit ce, si sailli em piez et se mist a deffense, et cil se mist a genoulz et rendi s’espee. Quant il vit ce, si dit maintenant V2 G X2 :
« Ja de toi ne recevrai espee devant ce desi adont B que tu [e]m’avras dit qui tu es et pourquoi tu le fais.
– Ha ! sire, dist il, je sui filz Mirador d’Esquarre et ai non Mirus, et avec tout ce je sui outrez d’armez et si en ai eu commandement de mon souverain.
– Comment ! dist il. Es tu filz Mirador d’Esquarre, qui touz tans B jourz ot compaignie a mon seigneur mon bon B ayeulLaurin ?
– Sire, dist il, qui fu vostre ayeul ?
– Amis, dist il, Laurin, qui fu jadis fu B empereres de Constentinoble.
– Ha! sire, dist il, voirement sui je son filz, et encore est il, je croi, en ceste place. Mais, pour Dieu, dites moi qui vous estes, quar bien sai que vous estes li mieudres de touz autres chevaliers B .
– Amis, dist il, on m’apelle la ou je sui conneuz G Helcanuz, filz Cassydorus, l’empereour de Coustentinoble. »

§98 Quant Myrus oÿ ce, si fu si esbahiz que il comme cil qui B ne sot se il fu ou B en ciel ou et B en terre la terre B .
«  Sire, dist il si dist : «Sire B , pour el n’ai je esté est (sic) B dolanz de ceste bataille que pour vostre bon ayeulLaurin, qui avoit donné cest chastel au chevalier seigneur B Seigneur du Mal pas pour qui vous avez faite fait B ceste bataille. »
Dont fu Helcanus esbahiz encore plus quant il oÿ ceste aventure, si dist :
« Amis, je croi que Diex nous a fait ci assambler par miracle. La pais soit faite de nous .ii., puis aprés sachons la verité de ceste chose. Mais a ja a B moi ne vous rendrez vous ja B vaincu, ainçois me rent rent re V2 a vous, quar je sui cil qui plus sui au dessouz de ma force.
– Sire, dit Mirus, sauve soit vostre [f]grace, ce B n’avendra ja, quar dit me fu est B , se je a vous ne me rendoie, que vous m’ocirriez. »
Ainssi estoient engrant chascuns que li uns preist il receust B l’espee de l’autre. Dont sont venu cil qui le champ gardoient et demanderent leur ont demandé B comment commt V2 il leur estoit. Il ont compté toute la verité ; et quant ce fu seu, sachiez que moult orent grant joie. Meismes Mirador et Clyodorus vindrent vindre B la et sorent ceste chose. Quant Clyodorus oÿ ce, que ce estoit cil que il aloit querantHelcanus, si cuida que ce ne peust estre voirs, si se mist en lieu ou il le pot peut G veoir apertement. Adont fu refu B Helcanus touz esbahiz, quar il le connut maintenant et dist :
« Clyodorus, souffrez vous tant que je a B vous parlerai apelerai B . »
Adont ont l’une partie et l’autre chascun atendu entendu a B son chevalier, qui moult estoient forment durement G navrez des coups qu’il avoient receuz, et nonpourquant dist li uns et li autres qu’il vouloient parler ensamble et metre la discorde a amour. Dont furent li mire appareillié qui leur plaies ont cerchies et les ont affaitiez appareilliez B bien et bel, si que chascuns dist qu’il rendra renderoit B X2 le sien sain dedens .xv. jourz. Dont s’en vint Myrus a Helcanus et li dist :
« Sire, ceste guerre est finee de nous .ii., comment que il aviengne viegne X2 de nous et B de la damoisele du Viez CharDemoiselle du Vieux Char et du seigneur de Mal PasSeigneur du Mal Pas.
– Amis, dist Helcanus, vous dites verité, mais il couvient que nous les apai[150]sons, se il nous veulent croire, puisque tant en avons fait.
– Sire, dient cil qui l’ont oÿ, bien verité B X2 dites. »
Dont fu l’une partie et l’autre en present, et fu seu de touz que li chastiaus avoit esté anciennement aus ancesseurs a la damoisele du Viez Char B Demoiselle du Vieux Char, et celui qui derrenierement le tint de son lignage avoit esté mauvais traitres et roberres, et ainssi de main en main estoit alé et avoit grant temps esté es mains de robeours jusques atant que li bons empereres Laurins le gaaigna, qui au chevalierSeigneur du Mal Pas le donna ainssi comme devant vous a esté est B X2 dit.

§99 💬Pas de nouveau § B Quant Lors quant B la verité fu seue, la confusion tourna sus la damoisele du Viez CharDemoiselle du Vieux Char💬la confusion... demoisele: Comprendre "la situation se retourna contre la demoiselle"., et fu ainssi ordené que le chastel demourra au chevalierSeigneur du Mal Pas paisiblement pesibles B sanz nul service que il en rendist. Ainsi fu faite Ainz si demora B la pais et se sont departis li uns des autres, fors que B Myrador et Myrus, qui sont demourez avec Helcanus et Clyodorus, avec et avec B le seignour de Mal PasSeigneur du Mal Pas, et furent .viii. jourz avec lui ou il menerent moult de leur deduiz, mais Myrus fist tant qu’il mena Helcanus et Clyodorus hors de cel lieu et les mena chiés son pereMirador B , et furent la tant que li dui chevalier furent gary de leur plaies. Clyodorus avoit a Helcanus tout acointié acompter (sic) G ce que il savoit d’endroit endroit B de G Pelyarmenus💬tout acointié... Pelyarmenus: Comprendre "avait fait connaître ce qu’il savait à propos de Pelyarmenus". et des enfanz que il avoit trouvez chiez Bourleuz. Quant Helcanus le [b]sot, si fu moult meuz en yre et ot en ot B grant joie de l’aventure de son frere Dorus et de sa suerCassidore qui ainssi estoient eschapez par tele aventure estoit eschapee B , si que la sa V2 X2 G 💬Le segment qu’il en ot rend préférable la leçon de B. Il est possible que sa dérive d’une confusion l/s. leesce qu’il en ot sormontoit le duel que il avoit de Pelyarmenuz. Mais trop estoit courouciez du bon Melsius, qui peres avoit esté a Clyodorus, quant il sot l’aventure de sa mort.

§100 Ne veul ore plus targier que je ne voise avant en la matere Que vous diroie je G 💬La leçon de G Que vous diroie je? aplatit considérablement les jeux de modification dans les références à la construction de la narration.. Tant demoura Helcanuz avec Myrus et son pereMirador que il fu sainz et haitiez. Lors s’est aprestez d’aler en Gresce, mais ce ne fu pas sanz la compaignie de Myrus, qui li dist que sanz compaignie lui B n’iroit il B en nul lieu que que il B avec lui n’alast.
– Sire, dist il, bien ai a faire de vostre compaignie, mais que vous me vousissiez aidier. »
Dont respondi Myrus que voirement li aideroit il contre touz hommes hommes qui riens ne li fussent B , mes que il li deist son couvenant et il li seroit bons amis et vrais de lui aidier a son pouoir. Quant Helcanus oÿ ce, si li respondi :
« Certes, sire, je B voudroie moult volentiers que vous en fussiez sages B . »
Dont li a tout compté en tele maniere comme li et son pereCassidorus partirent s’estoient parti B de Grece et tout ce qui li estoit avenu puis et les nouveles que Clyodorus li avoit comptees de Pelyarmenuz son frere, qui en tele maniere estoit entrez en Grece si comme devant est dit. Quant Myrus l’entendi, si dist :
« Certes, [c]sire, bien avez d’aide dit d’aide V2 mestier et de conseil qui bon soit, et sachiez que je vous en aiderai de tout mon pooir, et encore en prierai je autres que moi qui tuit seront lié de ma requeste. »
Dont l’en a Helcanus moult mercié et li dist que Diex l’avoit amené a lui. Que vous diroie je ? Tant a fait Myrus et son bon pere Myrador que il ont mis ensamble .c. chevaliers moult prisiez, et dist chascuns que il estoient seroit B moult desirrans d’aler en Grece, ou il onques ne furent, por faire aide a Helcanus Helcanus que il seront bon et loial chevalier B . Meismes Myrador y fust alez, mais viellesce le detint, dont il fist maint grant souspir quant il vit que il n’i pot aler. Si Il B X2 s’atirerent moult affaitiement et pristrent avoir pour eulz et chevaus et armeures et se mistrent a la voie et n’ont finé par leur journees tant que il sont venuz ont aprochié la terre B au duc Bourleuz, duquel Clyodorus se fu partiz, si comme devant est dit.

§101 Clyodorus pensa que il celle venue feroit savoir a Borleuz. Il s’est departiz de ses compaignons par leur congié et en vint a Lembourc et trouva Borleus. Quant il le vit, si est sailliz contre lui de grant joie B et li dist :
« Amis, vous soiez li bienvenuz B ! Me direz vous nules B X2 nouveles qui bonnes soient ?
– Sire, dist il B , ouil si ferai je B , teles qui moult vous deveront plaire. Vous avrez demain le filz a B l’empereour de CoustentinobleCassidorusHelcanus, avec lui .c. chevaliers qui moult font a prisier. »
[d] Quant Borleuz Et dist Helcanus que il est moult desirrans d’aler en Grece ou il onques ne furent pour faire aide a Helcanus. Meismes Mirador y fust alez, mais viellesce le detint, dont il fist maint grant souspir. Quant il vit que il n’i pot aler, il s’atirerent moult affaitiement et pristrent avoir pour euls et chevaus et armeures et se mistrent a la voie et n’ont finé par leur journees tant que il sont venu au duc Bourleuz G . Quant Borleuz V2 G X2 💬La correction d’après B s’impose du fait que le passage de V2X2 est la reprise d’une portion du paragraphe précédent, peut-être liée au changement de colonne. Il s’agit ainsi probablement d’un saut régressif sur prisiez/prisier. Le copiste de G s’en est aperçu dans la mesure où il supprime la fin de cette redite erronée. oÿ ces nouveles ce B , si fu moult liez et qu’il B ne pot mot dire d’une grant piece B , ainçois et G commença a souspirer, et aprés dist :
« Bien soit venuz l’omme du celui el B monde que je plus desir a veoir ! Et pour Dieu, de l’empereorCassidorus queles nouveles me direz vous ?
– Certes, sire, dist il, je n’en sai el fors ce que mon seigneur son filzHelcanus m’en a compté. »

§102 💬Pas de nouveau § BLors li dist en tel maniere comme Helcanus li avoit compté qu’'il s’estoit partis du roy d’EspaigneTheodore entre lui et Daphus le bon chevalier.' Quant il oÿ ce, si a Dieu moult loé de ces nouveles. Dont fu Clyodorus conjoïz de Bourleuz, et fu fait grant appareil por Helcanuz recevoir. A l’endemain fist Borleuz crier feste et par la ville B que tuit alaissent a l’encontre de Helcanuz et li feissent grant fussent apresté pour faire feste et B honneur a leur pooir, et il si firent. Quant Helcanus vit l’ouneur et la grant G feste que il li faisoient, si dist son pooir a son bon ami le filz l’empereur de Costentinnoble. Quant cil de la vile ont oÿ le ban, si furent tuit esbahi qui cil estoit, mais il ne voudrent laissier que il ne soient moult pené de feste faire. Quant ce vint a l’endemain, dont s’est Clyodorus mis au devant des compaignons assez pres du chastel. Il leur conta la feste que Borleus faisoit contre euls. Lors parla Helcanus B 💬La longue variante de B met encore davantage en évidence le retour d’Helcanus, dont la fête prend plus d’ampleur. a ses compaignons si haut que [e]pluisour le porrent bien oïr :
« Par foy, biaus seigneurs, moult me m’a B fait cilz homsBorleuz grant hounour quant il ne m’est riens ne il onques mais B ne me vit, et si ne fis onques riens pour lui ne autres pour moi, et si me fait si grant honneur comme vous pouez veoir. »

§103 💬Pas de nouveau § BDe ceste chose se sont moult esmerveillié, et virent ceus de la ville issir, qui bien estoient dont cil y ot bien B .x. mille ou plus, qui tuit estoient tuit G a cheval et venoient feste faisant et menant grant moult grant B G joie. Borleuz venoit premiers ou chief devant. Dont vint Clyodorus a Helcanus et li dist :
« Sire, vez ci Borleuz qui vous vient a l’encontre. Faites vous connoistre a lui. »
Dont vint Helcanus a Borleuz et li dist :
« Sire, vous soiez li bienvenus!
– Ha ! sire, dit Borleuz, estes vous filz l’empereour de ConstentinobleCassidorus ?
– Sire, dist il, ouil, ce cuit je. »
Adont ont conjoÿ l’un l’autre en tel maniere qu’il ne fu fust B nuls nuls qui ne fust nuls V2 qui moult grant B joie n’en deust peust B avoir de leur contenances et de ce qu’il disoient G . En tele maniere se sont retrait ou chastel et y G ont ot B fait la le G greigneur feste qui onques mais y G fust eust esté B fu G faite de leur cels B temps. Du mengier ne du boire ne veul je pas faire mention, quar il en orrent sanz nombre G , mais des parlerai des G .ii. enfanz dont j’ai devant parlé veul je dire G comment il se contindrent tindrent B quant quar V2 X2 💬Nous corrigeons ici, car la valeur attendue est plus temporelle que causale, le texte faisant référence à l’attitude des enfants au moment de retrouver leur frère. Remarquons en outre les effets de continuité ménagés par la narration, qui passe des contenances, exprimant ce que font Helcanus et sa compagnie, au verbe contindrent s’appliquant aux actions des autres personnages dont il sera question dans la suite du récit. il furent amené devant leur frereHelcanus.

[6] Comment Pelyarmenus voult estre [f]empereour de Constentinoble X2 et metre Helcanus son frere a mort B .

🖼️

Enluminure de 15 UR sur une colonne: Deux (voire trois) personnages masculins (probablement Borleus, Mirus et Clyodorus) sont accueillis par Pelyarmenus, situé à l’entrée d’une ville suggérée par un premier grand bâtiment et tenant une couronne en main. Le premier des arrivants le salue en levant la main droite.

💬Pas d’enluminure BX2

§104 Ci endroit dist li comptes B de Bourleuz Lorleus (sic) B 💬La forme Lorleus au lieu de Borleus s’explique par une erreur dans la lettrine. Même erreur, dans une même configuration, dans B au §112. que il qui moult B avoit eu grant cure des .ii. enfanz, dont il estoit moult liez. Vint💬Sur la position du verbe en tête de proposition, cf. Note linguistique et Buridant, §694. a la puceleteCassidore et au petit Dorus et leur dist :
« Mes biaus enfans, connoistriez vous vous neent B vostre frere pere ne vostre frere B Helcanus se vous le les B veiez ? »
Il se turent tout mu, comme cil qui ne sorent respondre, fors que tant que B Cassydore dit que trop estoient estoit B 💬Dans la leçon de B trop estoit jone quant ele derrainnement les vit, l’emploi du pronom pluriel les s’explique par le fait que Borleus demande aux enfants s’ils pourraient reconnaître leur père et leur frère et pas seulement leur frère. jone quant derrainnement le virent ele les vit B . Dont les prist Borleuz andeuz et les mena en la sale devant voiant B tous, et vint a Helcanus et li dist :
« Sire, vez ci ma joie et vostre hounour. »
Quant Helcanus vit les .ii. enfanz, si ot moult grant pitié en lui, et li sont les lermes venues aus yex. Dont s’est d’eulz aprochiez et prist la puceleteCassidore entre ses braz et li demanda se elle le connoissoit.
– Sire, dist elle, nenil je non B . »
Dont en y ot maint moult B qui pitié en orent. Elle se regarda esgarda B 💬Sur le sens, plutôt rare, de se regarder ’regarder derrière soi ou autour de soi’, cf. TL VII, 600 ; 603 et DEAF, 218. La leçon de B esgarda et vit Clyodorus semble moins logique. et vit Clyodorus, si li tendi les braz et dist :
« Je vous con[151]nois, sire, mais je B connois pois💬La restitution incohérente de la consonne finale dans V2 (cf. Note linguistique) est peut-être due ici à la proximité de connois. des les G autres qui çaiens sont avec vous soient B venu. »
Dont ont touz eu grant pitié, et dont reprist prist G Helcanus Dorus le petit et li dist B :
« Et vous, biau frere, ne me connoissiez vous mie ?
– Sire, ce dist li enfesDorus, on me dist m’a dit B que vous estes mon frere. »
Quant il entendi ce l’entendi B , si ot le cuer moult serré, et n’i ot nul qui la verité en seust qui n’ait gemi de pitié. Lors furent li enfant conjoÿ des uns et des autres, et meismes Helcanus ne s’en pot rasazier. Borleuz, qui tant liez estoit que nuls plus de lui, prist Helcanus par la main main, si l’a mené a une part B et li dist :
« Sire, pour Dieu, j’ai moult a vous a parler de pluiseurs choses.
– Par foy, dist il sire B , voirement avez, et aussi ai je a vous. »
Lors ont moult longuement tenu l’un l’autre a conseil, tant que li un et li autre sorent la volenté de chascun et tout aussi comme il avoient avoit B esploitié de ceste matiere💬La matiere renvoie habituellement au contenu narratif du texte tel qu’on peut le trouver dans les interventions narratoriales plutôt qu’à la trame même du récit dans ce type de discours narrativisés. On note une sorte de superposition entre les niveaux diégétique et extradiégétique, dans une portée métalittéraire sur l’importance desdites aventures..

§105 Ne demoura gaires que Helcanuz, Borleuz, Myrus et Clyodorus orent conseil d’aler en Frise parler au roy et a ses filz, dont devant je d. B ai fait mention. Il se mistrent au chemin, o euls .x. chevaliers moult proisiez, et il B n’ont finé l’un jour plus, l’autre mains, tant que il G sont entré en venus a G mer et sont arrivé ou paÿs. Puis ont enquis et demandé ou li roysRoi de Frise estoit. Il et B G leur fu dist que li roys il G Roi de Frise estoit a .i. sien chastel assez prez d’euls. Il n’ont arresté si y sont venu. Dont sont en[b]tré en la ville et se sont trait a hostel. Dont ont enquis li auquant qui il estoient. Dit leur fu que ce estoit le duc de LembourcBorleuz. Les nouveles en vindrent ou chastel amont a. devant le roi B , et y estoient li ses B .iii. doi V2 G X2 💬Comme le souligne Brodtkorb, p. 207, n. au §105, 7, l’erreur sur le nombre est commune à X, V et G. Le roi a en effet trois fils, comme cela est confirmé aux §64 et 106, qui accueillent Helcanus. L’erreur est sans doute due au fait que ces personnages ne pas les plus représentés du roman; les chiffres sont également un lieu privilégié d’erreurs de lecture ou de variation. fil du royRoi de Frise B le roy X2 qui en menerent grant joie quant il le sorent. Il estoit tart, si commanderent li bacheler G que les G torces tortiz B X2 fussent alumees alumez B X2 , et il si firent G . Dont se sont mis a la voie o grant plenté de G compaignie et sont venuz a l’ostel le ducBorleuz. Quant li dusBorleuz le sot, si est venuz a Helcanus et li dist :
« Sire, ci viennent vos cousins, mais je croi qu’il ne sachent riens de vous. »
En ces paroles se sont embatu entre eulz et ont le ducBorleuz embacié💬Lire embracié. La même forme embacié, propre à V2, se rencontre au paragraphe suivant. Sur l’effacement du -r- après une occlusive dans cette forme, cf. Note linguistique. et li ont B fait grant feste. Quant li duxBorleuz vit qu’ il B ne conjoïrent conjoioient G Helcanus nient plus que .i. autre, si a sousris en gemissant. Adont les a pris par les mains touz .iii. et leur dist :
« Biaus seigneurs, faites vous liez et joianz, quar çaiens est Helcanus vostre cousin, filz au boin empereour de Constentinoble Cassydorus. »

§106 💬Pas de nouveau § BQuant il ont ce l’ont B entendu, si ont l’un l’autre regardé et furent moult esbahy de ceste chose nouvele B . Dont parla li ainsnez des damoisiaus, qui icil B ot non Japhus :
«  Biaus Ha! biaus B oncles, dites nous nous, por Dieu B vous (corrigé en nous?) nous (sic) G liquiex ce est. Moult sommes deceuz quant il est entre nous et nous si B G ne le connoissons.
– Sire, dist Borleuz, bien le vous ferai connoistre, mais je ne veul aussi ne il ausi B qu’il soit congneuz ore conneuz B d’omme qui [c]ne soit son bienvueillant. »
Dont ont respondu respondi V2 li damoisel .iii. chevaliers B :
« Ha ! sire, nous ne sommes mie cil qui soions si malvueillant, quar plus couvoitons a lui veoir et amer B amer G et servir lui servir B que nul homme de qui nous aions oÿ parler. »
Dont leur dist dist li dist (sic) B :
« Bien est raison que vous le connoissiez et parlez a lui, que pour el n’est il ça venuz, ne je aussi. »
💬Nouveau § B Dont se sont trait d’une part en une chambre ceuz qui estoient de leur conseil. Borleuz prist Helcanus par la main et dist as .iii. freres Japhus l’ainzné et as autres B :
« Biaus seigneurs, vez ci celui dont je vous ai fait mention. Cist Et si G a non Helcanus et est ainsnez filz li ainznez des filz B a l’empereour de ConstentinobleCassidorus. »
Quant li troy bacheler l’ont conneu, si l’ont embacié et moustré le greignour samblant d’amour qui onques mais B fust mostré a homme, et dist Japhus :
« Ha ! sire, ja cuidions nous que vous fussiez mors. Por Dieu, dites nous de se B X2 vostre pereCassidorus : est il B X2 encore en vie ?
– Biaus seigneurs, dist il, tant vous en yce B di je que je croi bien que il vit encore B , mais je ne sai mie bien orendroit en quel lieu il est. »
Lors ont parlé yluec de pluiseurs choses, et tant qu’il se sont apresté d’aler a court. Lors Il B se mistrent a la voie et vindrent au chastel ou li roysRoi de Frise estoit. Et quant il les vit venir, si s’est dreciez contre eulz et fist a Bourleuz moult grant feste. Japhus vint a son pereRoi de Frise et li dist :
«  Perez ›v‹[P]erez V2 G , vés ci Helcanus de Constentino[d]ble, filz a l’empereour Cassydorus, filz de vostre frereHeleynon. »

§107 💬Pas de nouveau § BQuant li roysRoi de Frise entendi ceste parole, si fu touz esbahiz et dist :
« Puet ce estre verité voir B ?
– Sire, dit Helcanus, bien est raisons, se je le veul metre avant, que je le face estable, se il est ainssi que je creuz n’en soie.
– Par foy, dist li roysRoi de Frise, biaus niez, se ce estes vous, vous B soiez li bienvenuz! Et tout ne le fussié vous, si le soiez vous pour l’amour de lui. »
Dont li mist les braz au col et le l’a B conjoÿ de ce qu’il pot, et aprés li dist :
« Sire niez, ne vous poist de ce que je vous B ai dit, quar je ne vous vi onques mais, et d’autre part nouvelles m’estoient venues me sont venues B X2 que vous et vostre pereCassidorus et vostre frereDorus et une sereurCassidore que vous aviez estiez tous mort estiés mors et vostre frere et vostre seur autressi G .
– Sire, dist Helcanus, je croi que nuls de ceuz que vous avez ci B X2 nommez n’en sont mort, ainz en seront mençongable menjable (sic) B ceuz qui ce vous ont fait entendant.
– Par foy, dist li royRoi de Frise, bien est. »

§108 💬Pas de nouveau § BLors firent grant joie et ont li baron parlé ensamble tant que les tables furent mises. Dont sont assis au souper souper, et quant il orent soupé X2 . Si Aprés ce B furent les tables ostees et furent moult longuement a parlement endroit que de Pelyarmenuz💬 et furent longuement a parlement endroit que de Pelyarmenuz: Comprendre "et ils parlèrent longtemps uniquement de Pelyarmenus"., qui en tele maniere avoit esploitié vers son pereCassidorus et ses freres. 💬Nouveau § BDont parla li roys de FriseRoi de Frise et dist :
« Biaus seigneurs, voirement a esploitié Pelyarmenus autrement qu’il ne de[e]ust, mais qui les choses porroit metre a point il feroit bien, quar il sont frere, si ne doivent mesprendre li uns vers l’autre. »
Chascuns dist qu’il disoit bien. Dont fu ont B X2 a ce regardé et fu li consaus que teuls que B li roysRoi de Frise son cors meismes et Borleuz durent aler en Grece parler a Pelyarmenus selonc la verité. Dont ont leur voie aprestee, et demoura Helcanus avec ses cousins. Il n’ont finé par leur journees l’un jour plus, l’autre mains G tant que il vindrent en Grece, et la ont ont il B enquis ou Pelyarmenuz estoit. Dit leur fu que il estoit en la cité de Coustentinoble. Dont n’ont se poi non sejourné tant que il vindrent Si sont venus G en la cité devantdite. Il et G se sont mis sont tret B a hostel en la ville, et fist demander savoir B li roysRoi de Frise se li empereresPelyarmenus y en la vile B estoit. Dit leur li G fu que voirement y estoit il, dont li a fait asavoir sa venue. Et quant Pelyarmenuz le sot, si s’est moult esmerveilliez que il queroit. Dont ne voult laissier que il meismes son cors ne soit venuz a lui et le conjoÿ moult merveilleusement, et aussi fist il le duc Borleuz et les autres chevaliers. Il fu heure de disner ; il en a amené avec lui touz ceuz que il pot avoir des leur. Quant il vindrent au palais, si fu temps de disner et fu l’yaue aprestee, si fist le royRoi de Frise laver et le ducBorleuz avec lui. Il s’assistrent au disner. Et quant il orent digné fait B , Pelyarmenus les a mis a raison et dist :
« Bien soiez vous soient B venu, mi bon ami! Or croi je que l’amour [f]de moi vous ou V2 les B a ci amenez ou aucune grant besoingne dont vous avez il ont de moi B afaire. »
Dont parla li roysRoi de Frise et dist dist et dist (sic) X2 :
« Sire, sachiez que sanz grant amour que nous avons a vous ne sommes nous pas ci venus.
– Certes, dist il, ce veul je bien croire. »
Dont l’a pris li roysRoi de Frise par la main et l’en a mené d’une part a conseil. Dont li dist :
« Sire, verité est que je veul moult estre vostre ami et moult dolans seroie se nuls y metot discorde, quar sanz faille je vous ai juré feauté et amour, mais il est ainsi que j’ay je B oÿ nouveles que vostre frere Helcanus et li autre dui enfant meismes et li peresCassidorus qui vous engendra sont en vie et voudroient volentiers savoir se vous la terre voudriez tenir contre euls. »

§109 Quant Pelyarmenus oÿ ceste nouvelle, si li mua moult le sanc et dist :
«  Se Sire, se X2 ce pooist estre voir, moult seroie seroit B de tout mon son B cuer joianz, mais je ne cuit mie que ce soit verité voirs B .
– Par foy, dist li royRoi de Frise, je ne sai mie se ce est verité que ce soit voirs B autrement que j’ai veu .i. chevalier qui Helcanus a a non et est filz a l’empereour Cassidorus, si comme il ce B dit.
– Et ou est il ? dist Pelyarmenus.
– Sire, dist li roysRoi de Frise, je le laissai en Frise avec Japhus mon filz.
– Par Dieu, dist Pelyarmenus, ce poise moi qu’il ne vint avec vous; et sachiez que, de quele heure que je le voie et que je sache que ce soit il, que moult volentiers le recevrai a seigneur, mais que il avant viengne. »
Dont [152]fu liez li roysRoi de Frise et cuida que verité li deist, mais autre a autre B chose pensoit, comme B cil qui moult avoit le B courage mauvais et felon. Lors li B dist💬Dont fu liez... dist: Les deux changements de sujet ne sont pas identifiables, sinon par le sens: c’est bien Peliarmenus qui est sujet des verbes deist, pensoit et avoit. :
« Sire, en non Dieu, et nous avant le ferons venir.
– Or li dites dont que, comment que je soie se je sui B entrez en sa terre, pour ce ne veul je mie que il soit arriere mis, mais je B li metrai en sa la B main, de quele heure que il en cest paÿs veingne.
– Sire, dist li roysRoi de Frise, moult sui liez de ceste aventure B et si est li duc de LembourcBorleuz, qui moult est ses amis; si li faites aussi feste, que je entens qu’il a les .ii. enfanz.
– Par foy, dist Pelyarmenus, des .ii. enfans ne puis porroie B je croire que ce soit fust B voirs, tout le soit ce de l’empereour Cassydorus mon vostre B pere et de Helcanuz mon vostre B frere l’ainsné.
– Si est, dist li roysRoi de Frise. C’est toute verité, si comme on me fait entendant.
– Et de par Dieu, dist Pelyarmenus, viengnent avant a. hardiement B X2 ! Je leur deliverrai la terre, ja si tost ne les verrai💬Je leur... verrai : Comprendre "Je leur rendrai la terre dès que je les verrai. La valeur de ne semble marquer la prévalence du moins sur le plus, cf. Buridant, §669.. »

§110 Dont fu apelez Borleuz, et il y est venuz. Qui dont eust veu comment Pelyarmenus le conjoÿ et pour savoir puis seust B X2 le courage de lui, bien peust dire :
« Ci a homme faus et traitre »
, quar il ne beoit a el fors que il les peust tenir en lieu ou il eust pooir et dont les feist prendre et de pute mort morir. Lors dist a Borleuz :
« Ha ! sire, dites moi verité la verité B de ces choses, quar j’entens que vous en savez plus que touz les hommes du monde. »
Quant Borleuz l’oÿ, si le regarda enmi le vis et connut a son samblant que [b]plains estoit de fausseté. Et nonpourquant il se pensa que lui ne deceveroit il pas que ou B il peust, si dist li dist B :
« Sire, veritez est que je aucune chose sai d’endroit de ce que mesires li roysRoi de Frise a parlé a vous, si m’en demandez vostre volenté et je vous en dirai ce que je en savrai savrai volentiers B .
– Par foy, dist Pelyarmenus, je me B merveil moult se ce est voirs que li roys de FriseRoi de Frise me m’a B fait entendant que mon seigneur mon de B pereCassidorus est en vie et Helcanus mon frere aussi et est est en Frise B avec Japhus son filz💬Il n’est pas clair à quoi réfère l’article son. Japhus est le fils du roi de Frise. mon cousin et le sien. »
Aprés il dist :
« Dont plus je encore plus B me merveil que vous avez chiez vous Dorus et Cassidoire ma suer. »

§111
– Et dont vous viennent il ? dist Pelyarmenuz.
– Sire, dist Borleuz, et B je le vous dirai. »
Dont li a compté tout conté ainsi B comment la povre femmePauvre vieille les menoit quant il les trouva. Quant Pelyarmenuz oÿ ce, si le tourna tout a truffle💬si le tourna tout a truffle: Comprendre "il le fit passer pour un mensonge". et dist que ce ne pooit estre voirs, et, tout fust il ainssi comme il le B contoit, si ne pooit puet B il estre que mauvaisement n’eussent esté li enfant traÿ ravi B et emblé pour faire a autrui honte et a lui meismes ausi. Quant Borleuz l’entendi, si respondi assez sagement et dist :
« Sire, ce de ce B ne sai je mie de voir comment il avint de ce que il furent perdu, mais je estoie a Romme quant je oÿ crier par la ville que, se il estoit nuls qui nouveles en seust, que [c]il venist avant et il en avroit grant preu. Et en ce je me departi de Romme et les trouvai en la maniere que je vous ai compté conté devant G . »
Quant il a ce oÿ, si fu moult esmeuz meuz B en yre et, se il ne l’eust laissié par grant malice, il l’eust aprochié de vilain cas, mais il se pourpensa pensa B qu’il se soufferroit tant que poins seroit, dont dist :
« Et comment savé vous que Helcanus mon frere soit en vie ?
– Par foy, dist il, je le sai par .i. chevalier chevalier de cest pays B qui Clyodorus a a non. »
Dont li conta comment il estoit venuz chiez lui aussi comme d’aventure par aventure B , et comment B li enfant le congurent et le nommerent par son non, et il les congnut aussi, et la grant joie qu’i leur fist B 💬Il est inhabituel que B omette de si longues portions de texte. Sa leçon pourrait dériver d’un saut du même au même non erroné sur et. et aprés comment il se departi s’estoit partiz B de lui et comment B il avoit l’avoit B trouvé Helcanus B si comme devant vous est dit el compte G .

§112 💬Pas de nouveau § B Quant Lors quant B Pelyarmenus oÿ ce, si sot certainnement vraiement B que en tel maniere pooit pot B il bien estre. Dont V2 et G penssa que il li le B y G couvenoit ouvrer par malice se il vouloit avoir ce que il avoit a B commencié. Lors dist :
« Sire dux, moult vous sai en sai B bon gré de ce que vous fait en avez, quar je croi bien que vous estes preudom. Et sachiez que je ne sui entrez en l’empire que pource que je ne vouloie mie que nuls autres y entrast qui pis y feist que je ne voudroie faire. Et sachiés viengne Helcanus mon frere quant il voudra et je li deliverrai la terre tot [d]aussi avant comme je la tieng.
– Sire, dist li roysRoi de Frise, vous dites bien. »
Moult ont longuement parlé entre eulz ; et quant leur parlement fu finé, dont se pena pensa V2 Pelyarmenus d’eulz faire feste et leur a fait moult si B grant, que li auquant en sont trop merveillié. 💬Nouveau § B Borleuz Lorleus (sic) B , qui moult estoit sages et plains de grant enging, vit et esgarda que Pelyarmenus avoit ouvré faussement, et encore feroit il pis s’il osoit. Il en vint au roy de FriseRoi de Frise et li dist :
« Sire, sachiez qu’il me samble que Pelyarmenus est die qu’il est B 💬La variante de B souligne encore plus la prudence de Bourleus et sa lucidité vis-à-vis du comportement fallacieux de Pelyarmenus. moult dolanz des nouvelles nouvelles ques nouvelles V2 que nous li avons aportees aporté B .
– Par foy, ce dist li roysRoi de Frise, de ce ne sui je mie sages combien liez ne combien B dolanz il en est, mais au mainz fait il bonne chiere de recevoir ceulz pour quoi qui B X2 💬Sur l’emploi du pronom quoi avec pour antécédent un nom de personne, cf. Ménard, §72 et Buridant, §521. nous sommes ci venus.
– Voire, dist Borleuz, mais 'de celui qui fausseté fait, de celui se doit on touz jours garder.'💬Bourleus érige en vérité générale un propos qui n’est pas connu des proverbes. Il use du proverbe, comme Pelyarmenus, mais pour mieux contrer ce dernier et rétablir une morale honnête. S’il estoit ore ainsi que Helcanus venist en cest paÿs ou Pelyarmenus a force de lui faire prendre prendre et le feist metre en prison B , sachiez que moult y avroit grant debat avant que il fust hors.
– Ha ! taisiez vous, dist li roysRoi de Frise, de ce dire, quar ce ne feroit il pour riens.
– Par mon chief, dist Borleuz, je m’en douteroie, ne ja il n’y enterra par mon conseil se il n’est n’en est B bien asseurez.
– Onques de ceste chose, ce dist li roysRoi de Frise, ne faites ja B mention yci, quar je me douteroie que vous n’en eussiez a souffrir au mainz pour les enfanz que [e]vous enmenastes ainssi.
– Par foy Dieu B , dist li duxBorleuz, ce seroit la chose que je plus douteroie, si m’en soufferrai ore au plus briefment que je porrai G . »

§113 Dont ont ce laissié ester et G ont fait feste avec les autres. Que vous iroie je atargant diroie je G ? Bien demourerent li roysRoi de Frise et li duxBorleuz avec Pelyarmenus .iiii. jours. Et quant ce vint au congié prendre, dont leur donna Pelyarmenus de ses joiaus tant que li roysRoi de Frise en fu trop deceuz💬Comprendre "Pelyarmenus leur donna tellement de ses joyaux que le roi en fut très trompé"., mais onques Borleus n’ot en lui fiance. Il ont pris congié, et leur dist Pelyarmenus que venist son frereHelcanus toutes les foiz que il voudroit et il le receveroit comme celui qui sanz s’amour ne vouloit vivre ne morir.
« C’est moult bien dit donc B  »
, dist li roysRoi de Frise.

§114 💬Pas de nouveau § BAtant se sont de lui partiz, mais il les convoia grant piece. Il n’ont finé par leur journees tant que il vindrent en Frise. Il sont venu a .i. chastel. La et B ont fait venir Helcanus devant a B par devant X2 eus. Moult tost y vint Quant il le sot ne demora gaires que il ne venist B et G , o lui Japhus et ses .ii. freres, qui moult li moustroient faisoient B grant samblant signe B d’amour. Il en sont venu devant par devant X2 le royRoi de Frise et par B devant le ducBorleuz et les ont saluez, et il distrent B :
« Biaus seigneurs seigneurs, distrent il B , Dieus vous beneye. »
Dont se sont trait d’une part et ont conté la response que il ce qu’il B avoient trouvee trouvé B en Pelyarmenuz son frere. Quant Helcanuz ot entendu les paroles, si commença a sousrire et esgarda Borleuz et puis dist au royRoi de Frise :
« Sire, dont n’y a [f]autre chose que je m’en voise en ceste maniere que je m’en ving ci en Constentinoble et que B et X2 je ne trouverai qui contre moi soit.
– Biaus niés, dist li roysRoi de Frise, vous dites verité.
– En non Dieu, sire, ce ne seroit pas senz, selonc ce que Pelyarmenuz a esploitié envers mon pereCassidorus pere et moi B , que seur lui m’enbatisse tant qu’il eust pooir de moi pis faire que il n’ait encore fait.
– Par foy, dist li roysRoi de Frise, biaus niez, je croi que vous soiez estes B plus sages de ceste tel B chose que je ne soie, mais B je m’i embatroie bien selonc ce que je li ai l’ai B oÿ dire parler B , quar il dist bien qu’'il n’est mie entrez en la terre en la t. en la terre V2 pour chose qu’il y vueille demourer tant comme il vous sache en vie ne vostre pere et le sienCassidorus.'
– Ce savrez vous prochainement, dist Helcanus. Ainssi le vueil je faire que vous avez dit B 💬Ainssi... dit : Comprendre "Je veux agir comme vous l’avez dit", avec que qui se substitue à comme dans l’expression de la comparaison, cf. Ménard, §255.. »
Dont a pris Japhus son cousin et a B apelé Borleuz, Myrus et Clyodorus a une part et leur dist B :
«  Seigneurs Biax seigneurs, dist il B , avez vous oÿ mon seigneurRoi de Frise que il a dit du mant que Pelyarmenuz m’a fait ?
– Par foy, sire, dient distrent B il, nous ne savons mie bien a quoi Pelyarmenus bee, si n’en savons que dire G .
– En non Dieu, dist Helcanus, contre malicieus requit, quar B si m’a point mon frere que G je me garderai garderai d’ore en avant B de lui, se sens ou enging ne m’endort. Cuidiez vous ore, a ce que Pelyarmenus a esploitié, que il l’ait a B fait pour moi recevoir paisiblement ? Par Dieu, je m’en douteroie et, tout vousist il il il V2 venir a raison, n’affiert il mie que je le mete au desseure de [153]moi, quar au mains je sui son ainsné frere, si doit avant venir a moi que je a lui, ou que il me sache, pource pour la raison B ou que je soie puis G que j’ai esté aussi comme perduz, et me doit B conjoïr tout en tel maniere comme raison l’aporte.
– Par Dieu, sire, dient il, vous dites verité.
– Voire, dit Borleuz, en tel maniere l’ ai avoie B je dit a mon seigneur le royRoi de Frise. Car Ore V2 G X2 💬L’accord de BGV2 sur la seconde occurrence de ore indique qu’elle remonte à l’archétype. Soit l’archétype donnait un texte redondant, sur lequel intervient B en substituant le premier Ore par Car, soit la faute remonte à l’ancêtre de V2G. Nous intervenons d’après B, qui propose, au moins, une conjecture satisfaisante permettant d’éviter la répétition. avenist a. ore V2 B G que vous venissiez seur lui en la terre et il vousist poursuivre ce que il a encommencié, sachiez que il vous feroit prendre et metre em prison ou mort recevoir a recevoir. Et adont ne sai ge maintenant qui a merci l’en deust faire venir B .
– Par mon chief, dist Helcanus, verité dites. Ce est toute la doutance que je avroie. »

§115 Dont Moult G parla Myrus et dist :
« Sire, qu’alez vous targant, que💬Valeur causale de que. vous n’estes en lieu ou vous fussiez soiez B seurement? Et puis mandez les princes du paÿs, et meismes Pelyarmenus, qu’il viengne a vous pour rendre raison de toutes ces choses qui puis sont avenues en la terre des que vous em partistes.
– Par mon chief, Myrus, dist Helcanus, ainsi le veul je faire faire ne plus ne mains que vous avez dit B . »
Dont n’i ot nul qui ne deist que li consaus estoit bons. Il sont en sont B repairié au royRoi de Frise et li ont compté dit B ceste chose. Il respondi et dist B X2 :
« Biaus seigneurs, je voi bien que desoremais li conseuls des jones jouvenciaus B vaudra mieus que des anciens💬La réflexion du roi rejoint la construction du Cycle, dans lequel une nouvelle génération remplace la précédente, dans une recherche toujours accrue de sagesse politique. Helcanus souligne dans sa réponse que les nouvelles générations apprennent cependant des précédentes.. Faites ent ce que il vous plaist, et je de ma partie m’i acorde, car bien sachiez que je mais B sui viex et anciens, si avrez poi d’aide de moi d’endroit orendroit que B d’ostoier💬si avrez... d’ostoier: Comprendre "vous aurez peu d’aide de ma part au moment de faire la guerre"., [b]et, se ne fust pour la pais, moult a envis me fusse mis en Grece, quar trop ai esté traveilliez et si cuidai trop bien ma paine avoir emploie. Et puisqu’il est ainssi, faites ent le mieus que vous porrez meilleur B , quar je l’otroi.
– Ha ! sire, dist Helcanus, pour Dieu merci G , vous n’estes mie travailliez en vain, quar au mainz nous avez vous fait sage de ce dont nous estions a aprendre. Or savrez vous et G verrez la volenté de mon frerePelyarmenus.
– Ce vueil je bien », dist li roysRoi de Frise. Dont furent faites letres firent faire chartres B et briés pour envoier aus princes de Grece que il venissent au mant Helcanus. Meismes en fu faite fait B une qui ala a Pelyarmenus, et dist Helcanus que qu’il couvenoit que B X2 elle fust portee d’omme souffisant. Lors s’en sont offert pluiseurs, mais par dessus sus B touz s’en est presentez Myrus, et dist que autres n’iroit, mais que on se vousist de tant fier en lui G .
– Par foy Dieu B , dist Helcanus, ainz n’en y sai nul en qui je plus de ne de X2 ce ne tel chose ne de moult B d’autre chose me fiaisse comme je fais en vous je le vueil G 💬Sur la finale de la P1 du subjonctif en -aisse, cf. Note linguistique..
– Sire, dist il, granz mercis de Dieu G . »
Dont s’est Myrus aprestez esraument errant B G et prist .iiii. de ses meilleurs compaignons, si se mist au chemin devers Constentinoble, et tout aussi firent li autre messagier cil B qui aus princes vont et sont envoiez furent envoiez B vont G . Si me vueil ore .i. petit d’euls taire et m’en revendrai vendrai B revendrai G a Pelyarmenus, qui grant traïson pourchaçoit chaçoit B , ainssi com vous porrez oïr B , pour demourer [c]en la terre G et estre et estre V2 B X2 estre G sires et souverains sires souverains de la terre G , et en vouloit du tout desheriter Helcanus son frere B .

[7] Comment Pelyarmenus se voult faire empereour de Coustentinoble et que li baron le receussent et li aidassent Ci endroit revient li contes a Peliarmenus B .

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Enluminure de 14 UR, sur une colonne. Un baron offre la couronne à Pelyarmenus

§116 Or dist li comptes que, quant li roys rois de Frise B Roi de Frise se fu partis de Pelyarmenus, il a tout B maintenant mandé touz les barons de Constentinoble et les princes du paÿs, et mist ensamble ceuls ou en qui B il se fioit le B miex et leur dist moult humblement :
« Biaus seigneurs, veritez est que seur vostre la vostre B fiance je me sui embatuz seur ce que je ai fait endroit comme B de saisir l’empire de Coustentinoble. Si me met du tout en vostre manaie et sui mis💬et sui mis: Comprendre "et j’y suis (déjà) engagé"., quar sans faille je n’avroie ja seignourie seur vous que je ne vueille que vous soiez mi bon compaignon ; et de tant comme je l’ai esté, je croi que je n’ai encore gueres moustré de maistrise seur vous. Et des ore en [d]avant a|vavant V2 mainz en veul je faire que je n’ai i aie B desci a ore G fait. »

§117 Quant li baron ont ce l’ont B entendu, si en ont eu orent B moult grant merveille qui a ce le menoit💬si en... menoit : Comprendre "ils ont été très étonnés de ce qui le motivait [le menait à cela]". Notre traduction souligne la valeur plurifonctionnelle de qui, cf. Note linguistique. On ne peut pas exclure l’interprétation qu’i a ce le menoit "qu’il [scil. Pelyarmenus] le [scil. son discours] menât à ceci": les barons s’étonneraient alors du ton conciliant qu’emploie Pelyarmenus dans son discours. , si distrent tuit ensamble que encore ne s’en le G plaignoient il mie.
«  Et pourquoi dites vous ce, biaus sire Porquoi disoit il ce B ?
Seigneurs, dist il Par foi, biaus seigneurs B , je le vous dirai. Veritez est que j’ai entendu que de B mon oncle le roy de FriseRoi de Frise m’a lequel m’a B asseuré que uns chevaliers qui Helcanus se fait appeler est venus chiez lui et dist que 'il est filz a l’empereour Cassydorus.' Voirs est que j’ai esté en pluiseurs paÿs por oÿr nouveles de mon pereCassidorus et de son filzHelcanus, et je teles en oÿ et ai fait puis que je ving en cest paÿs G 💬Un saut du même au même sur paÿs explique la leçon de G. que je sai de voir que li uns ne li autres n’est ne sont B en vie mon pere et son filz sont mors G . Et pource que je me doute de traïson traïson V2 , que ce ne soit aucuns qui me vueille tolir la terre et le paÿs, je voudroie volentiers savoir comment vostre volenté comment B X2 vous me voudriez aidier, quar sanz l’aide de vous porroie je petit faire, quar je ne sui ci que uns seuls hom, si sui loins de mon paÿs. Et avant que je eusse secours de ceuz de ma contree euls B porroie je estre malbailliz se vous ne m’aidiez de cuer, quar j’entens d’aucuns que trop seroient liez s’il venoit qui la terre chalengast chalenjoit B de par Cassydorus, tout n’eussent il onques pais a son vivant. Et c’est la B maniere d’aucunes de B genz que, quant plus ont a souffrir souffrir d’aucuns B , et💬 quant plus... et plus le couvoitent: Emploi de et pour marquer la corrélation. plus le couvoitent.
– Par Dieu, dient li baron, c’est tout voirs. »
[e]Dont esgarderent li uns l’autre et distrent qu’il avroient conseil de ce que il requeroit queroit B .

§118 Lors se sont mis li baron B d’une part et distrent :
« Liquiex parlera premiers ? »
Cilz qui plus plus sage G estoit de grant affaire dist :
« Nous avons maleoite terre. Nous ne poons onques estre en pais, ne nostre terre ne le li G fu pieça, fors que ausi con ele a esté B depuis que nous avons eu eusmes asseuré B Pelyarmenus.
– Par Dieu, dient li aucun, vous dites verité, ne ne serons💬ne serons: Haplographie; comprendre le serons, cf. Note linguistique. jamais de quelle heure que nous le perdons perdrons G , quar cist ert touz jourz dessouz nous, mais de quelle heure que li autre repairent, s’il en y a nul vif, il nous donront a souffrir de ce que nous avons fait tout car tout B aussi comme il ont fait a ceus qui devant nous ont esté💬ceus qui devant nous ont esté: Le sort de ceus qui devant nous ont esté renvoie à la condamnation des mauvais princes dans le Roman de Cassidorus..
– Ha ! biaus seigneurs, dist li uns d’eulz, voire, mais vous savez que cilz n’a droit en la terre se ainssi est que nuls soit en vie des enfans a l’empereour Cassydorus.
– Certes, dient distrent B il, c’est tout ce est B verité, mais nous avons alé si avant d’aucunes choses que nous ne poons reculer se nous ne voulons estre trop empeeschiez, et cestui aiderons nous tant que plus fort l’en getera. »
Dont orent entre euls G tel conseil que il distrent que il feroient la volenté Pelyarmenus tant comme il les voudroit tenir a amour.

§119 💬Pas de nouveau § BEn tele maniere s’en sont venu a lui et li ont dit distrent B de commun assens que il devisat💬Effacement de -s- devant la dentale -t, cf. Note linguistique. ce que il voudroit, quar B il estoient touz a son commandement c. tant com il les tendroit a amor B X2 . [f]Quant il oÿ ce, si fu moult liez et dist :
« Biaus seigneurs, dont dont V2 grant merciz B vous vueil je tenir a amour tant comme je porrai, mais, quant plus ne le porrai faire, au mainz me gardez ma vie.
– Par Dieu foi B , distrent il, il n’i a nul de nous qui n’en face tout B son son V2 pooir.
– Dont vous dirai je, dist il, que vous ferez: li auquant de vous nous (sic) G si demouront es voies et es trespas par ou cil doivent venir en cest paÿs qui droit y claiment claime en ceste terre B . Si voudroie que cil fust pris et B saisiz qui s’en fait hoir B ausi com s’il ne venist pas de moi par moi B , pource pour B que volentiers savroie s’il a nul nient avroit B droit en ce que il veult demander.
– Bien dites, distrent li B aucun. Il ne vous en couvient plus parler. »
Dont ont ceste chose laissiee ester et se sont aati li pluisour que il feroient leur pooir de lui aidier envers touz hommes, quar moult leur plaisoit pour la raison de ce B que tout leur donnoit ce que quanque B il tenoit aus mains. Ainssi besoingna Pelyarmenuz envers ceuz a qui il avoit a faire, et tant que ce vint au prendre congié que il dont B que leur G s’est moult esforciez d’eus donner donna G riches dons, et tant fist fist il B , avant G que il se partissent de lui, que cil qui plus estoient loing de lui aidier avant ceste nouvelle, ce furent fu B cil qui plus s’aatirent s’aati B s’atirerent G 💬Le verbe employé dans G ne marque pas autant l’empressement de l’aide. Celui présent dans les autres témoins est pourtant bien attesté jusqu’en mfr. de lui aidier quant ce verroit aus cops donner. Il se sont de lui parti et ont pris pristrent B congié, si n’ont finé chascun si sont venu en leur paÿs et en leur terre.

§120 Myrus, qui partis s’estoit de Helcanus et si compaig[154]non B en tele maniere comme devant est dist, et💬Myrus... et : et est ici employé comme si ouvrant la principale après une subordonnée, en continuité thématique. Cf. Note linguistique. ne fina par ses journees tant que il vint est entrez B en Grece. Et chevauchoit .i. jour entre lui et ses compaignons, et ne mie💬On attendrait la négation prédicative non. si seul que il ne fust lui dizieme, armez de toutes armes si comme pour leur cors desfendre. Il s’embatirent a .i. chastel dont je n’ai mie bien retenu le non, mais il estoit a .i. prince qui Ascanus estoit apelez, et ycil estoit filz Polus, dont la grant traÿson vint mut B X2 de l’empereriz de ConstentinobleHelcana, qui de Galylee avoit esté nee💬Cette trahison est relatée dans le Roman de Cassidorus, p. 291-310, avant que leurs machinations soient percées à jour et jugées en fin de roman, p. 508-674. Polus s’est cependant repenti d’avoir participé à la cabale contre Helcana, il est d’ailleurs le seul grâcié (voir p. 661-674). Mais la précision du narrateur pointe sans doute vers la possible fourberie du fils, dans la lignée du père.. Cilz Ascanus estoit en la ville et sot que tele gent teuls genz B y estoient hostelé la ostelé B . Dont envoia envoia il B a euls por savoir qui il estoient; il ne le voudrent celer que il n’en deissent la verité, si ainçois B distrent que il estoient a Helcanus, filz l’ empereour emperereur Cassidorus B de CoustentinobleCassidorus. Et quant il entendi ce ce par sa gent V2 X2 , si cuida bien que Helcanus y fust lui ce fust B meismes, si ne volt laissier que il meismes son cors n’i alast ne venist B tout a pié a son pié a leur ostel B . Et quant Myrus le vit, si ne volt laissier que il ne G soit levez se soit dreciez B se leva G contre lui et le salua et li B fist joie de ce qu’il pot. Quant Ascanus les vit, si sot bien maintenant que Helcanus n’estoit pas avec euls n’y estoit mie G . Dont les a moult bel B saluez et leur B dist :
« Biaus seigneurs, vous me nous B faites moult petit d’ouneur quant vous saviez que j’estoie en la ville et si n’estes pas venus ne venistes pas B en mon hostel, quar quanque j’ai si est a celui a qui vous estes.
– Sire, dist Myrus, les vos G granz mercis. Sachiez que moult granz bon B grez vous en savons de [b]vostre courtoisie grant courtoisie B et moult nous en loerons a nostre seigneur💬nostre seigneur : On peut hésiter sur la référence, soit à Helcanus, soit à Dieu.. »
Dont enquist Ascanus comment Helcanus le faisoit et pourquoi il n’estoit venuz el paÿs; il respondirent ce que bon leur sambla a dire B .

§121 💬Pas de nouveau § BQue vous diroie je ? Moult furent conjoÿ de trop grant signe d’amour, mais autre chose el B y ot, quar, quant Ascanus se fu partis d’euls, il a fait metre ensamble .xx. chevaliers moult bien montez a cheval et leur dist qu’il se meissent au passage trespas B de Vulgue, et la les meissent en tel point comme ceuz qui a son anemi mortel estoient, ne il ne vouloit que ja pié en eschapast. Cil, qui leur seigneur vouloient servir a gré B et qui n’estoient mie de tres grant bien faire apris, distrent que moult tres bien feroient la besoingne. Il se sont mis au trespas et se sont avancié comme cil qui le paÿs savoient, si n’ont finé jusques la ou il cuidoient qu’il deussent passer. Myrus et si compaignon, qui de tout ce ne se donnoient garde, se mistrent en leur chemin et ne finerent n’ont finé B si vindrent en la Forest de Vulgue. Diex, qui ne vouloit mie qu’il fussent souspris, leur a .i. homme envoié qui avoit ceuz veu embuschiez au G Mal Vil B Pas.

§122 Quant Myrus le vit venir, si il en B vint tout B droit a lui et li dist :
« Amis, cuidiez vous point que li paÿs soit de rienz B empeeschiez de male gent par quoi il ne face seur aler par la cele B forest ?
– Sire, dist il, sachiez que bien ai veu tele heure que bien y peust on aler seurement, [c]mais ce n’est mie yci mais si B X2 💬L’adverbe icy semble avoir un sens temporel, dans la mesure où le paysan envoyé de Dieu dit avoir veu tele heure que., quar de voir je sai, ou que B pour vous ou que B por autrui, sont gent enbuschié au Vil Mal G Pas. Je ne sai se vous riens en savez. »
Et quant Myrus oÿ ce, si s’arresta et demanda dist B a celui se il savoit savoit neent B qui il estoient ne que il vouloient. Il dist que B non B , mais il savoit bien qu’il estoient de tele cele B part dont il venoient, et estoient bien .xx. a cheval, armez de toutes armes et bien armez B .

§123 💬Pas de nouveau § BQuant Myrus entent entendi B celui, dont sot de voir verité B X2 qu’il estoient espié et que parmi eulz les couvenoit passer s’il ne vouloient retorner. Dont parla a et V2 ses compaignons et leur G 💬Le copiste de G a pu raccourcir le texte selon son fréquent souci de concision, mais son intervention provient peut-être aussi de l’erreur syntaxique qu’on lit aussi dans V2. dist :
« Biax seigneur, or poez vous oïr comment nous sommes agaitié.
– Sire, dient distrent B il, au mainz nous va bien de tant comme nous en sommes sages, et qui cest agait porroit eschiver sanz trop fourvoier ce ne seroit se bon non seroit bien G . »
Donques enquistrent au paÿsant se il porroient ce pasMal Pas eschiver.
– Par foy, biaus seigneurs, pource qu’il sevent bien que par ailleurs ne poez passer se sont il mis au pas que je vous ai dit. »
Et quant il oÿrent ce, si n’i ot nul qui n’eust moult n’ait eu B n’ot G le cuer yrié, et distrent que pour ja pour B autant de gent gent encore B comme il estoient ne lairoient il qu’il ne seussent que il vouloient dire.

§124 Maintenant sont descendu et se sont arreé conreé B de leur armes et estrainstrent leur chevaus, puis et sont puis remonté, si B se mistrent en leur chemin par la forest, et il B ne finerent si G vindrent sont venu B au Vil Mal G Pas. C’estoit .i. pont pont de fust B , et couroit dessouz une yaue qui B a merveilles estoit B roide et [d] courant parfonde G . Si comme il furent contre outre B X2 , cil qui en l’agait estoient leur sont sailli derriere et devant. Myrus et si compaignon, qui de ce estoient garni, les ont requis si asprement apenseement B que que il B de rienz ne s’ i B esfraerent, mais car B , si comme li comptes le dit, si aigrement asprement X2 se deffendirent V2 G que avant que nuls d’eulz fust bleciez ne navrez y ot .v. des traïtors occis. Myrus, de qui j’ai autre fois fait mention G , n’en consivoit nul qu’il ne meist a mort ou que il du cheval ne l’abatist le meist B a terre en tele maniere que il aprés ses compaignons s’i aidoit raidoient B si bien que, vousissent cil ou non, les ont mis a la voie, ne mais B onques si bien li traïtour B ne s’ i B sorrent garder qu’il n’i aient laissié .xii. des leurs, et la forest, qui granz estoit, gari les autres, quar je ne cuit mie que tout n’eussent esté mort mis a mort B X2 s’il vousissent la avoir atendu la fin de la B bataille.

§125 💬Pas de nouveau § BQuant Myrus et si compaignon virent ce, si B se sont retrait et mistrent les mors ensamble et les pendirent aus arbres de la forest. Et avint que .i. en y ot qui gehy que Ascanus, qui ceste feste leur avoit faite fait B , les y avoit envoiez. Quant Myrus oÿ ce, si s’est moult esmerveilliez et dist que voirement 'n’estoit mie seuls en une terre .i. traïtour que il n’eust des compaignons'💬La tournure presque proverbiale s’applique à une situation particulière, qui tend vers la généralité. Ce début de roman donne l’impression que tous les personnages apprennent par l’expérience qu’il faut toujours être sur ses gardes et ne pas se fier aux apparences. Telle est sans doute la grande leçon du Roman de Pelyarmenus.. 💬Nouveau § BQuant il furent en tele maniere delivré de celle maisnie, si y ot de tiex ceuls B qui furent se trouverent B navré. Meismes Myrus le fu, mais il n’ot pas plaie dont par quoi B il laissast le chevauchier. Dont se mistrent en leur chemin et errerent tant qu’il fu tart. [e]Dont ont esgardé en leur chemin et ont veu .i. chastel trop bien seantGonfort. Dont mist Myrus ses compaignons a raison et leur dist qu’ il B ne deissent point mais B a qui il fussent estoient B fors que au roy de FriseRoi de Frise, quar il n’estoit mie haÿs ou paÿs. Il distrent que G ce ne seroit se bon non a faire A bien soit ce, ce dient il G . Il ont tant chevauchié alé B que il ont le chastelGonfort aprochié. Il sont venu Dont vindrent B a la porte porte et ont huchié B 💬Contrairement à Brodtkorb (p. 209), nous ne jugeons pas nécessaire d’intervenir d’après B et ont huchié, dans la mesure où que se suffit à lui-même, avec sa valeur de but. On retrouve d’ailleurs cette construction au §132., que on les laissast ens entrer. Li portiersPortier de Gonfort les vit garnis de leur armes, si leur demanda enquist B qui il estoient. Il distrent que il estoient au roy de FriseRoi de Frise et aloient en la cité de Coustentinoble.
« Biaus seigneurs, dist il, vous ne poez çaiens entrer si avrai parlé a mon seigneurSeigneur de Gonfort ; et ne vous anuit, quar tantost vous a vous B G revenrai. »
Lors s’en vint cilz amont ou chastelGonfort ou li siresSeigneur de Gonfort estoit au seigneur G , qui estoit moult viex hons G d’aage et de grant aage B X2 G , et delez lui seoit une pucelleMelode qui moult avoit grant biauté. Cilz dist G :
«  Sire Sire, dist le portier G , la hors a .v. chevaliers et leurs maisnies qui dient qu’'il sont au roy de FriseRoi de Frise et veulent çaienz anuit mais çaiens B herbergier, se il vous plaist.'
– Biaus amis, dist li chevaliers sires G Seigneur de Gonfort, garde que il dient verité, quar trop est li paÿs maintenant esmeuz, si crieng qu’il ne vueillent vousissent B el que bien.
– Sire, dist il, foy que vous doi, je ne sai qu’il veullent certainement de fi B , mais bien vous di que il sont armé tuit armé B et fervestu G . »
Dont dist li chevaliers le seigneur G Seigneur de Gonfort qu’il ne ne voloit mie que laienz B les laissast ens B entrer. Quant la pucelleMelode oÿ ce, si dist :
« Ha ! sire, qu’est ce que vous dites ? Espoir pource que le paÿs [f]est esmeu se gardent il. Sire, vous ja B ne ferez mie tel vilonnie envers le roy de FriseRoi de Frise que vous a ses chevaliers veez l’ostel tant comme vous sachiez que il soient a lui.
– Par Dieu, fille, dist li chevaliers le seigneur G Seigneur de Gonfort, se se V2 B G ne non B X2 feroie je tant que je seusse qu’il fussent a lui le seusse B .
– Je le vous ferai bien asavoir », dist elle. Lors s’est levee de G delez lui son pere B et avec prist avec B li une pucelle damoisele B qu’ele mena avec li B G 💬qu’ele mena avec li: L’accord entre B et G sur l’absence de qu’ele mena avec li doit être relativisé en fonction de la variante précédente de B (prist). On ne peut savoir dans quel sens va l’innovation. Cependant, il n’est pas exclu que B et G tentent indépendamment de corriger une erreur d’archétype (B en ajoutant prist, G en supprimant la portion redondante). et .ii. serjanz. Et ne li fu mie paine que elle ne venist a la porte. Dont monta en une tournelle et mist son chief hors B par a B une fenestrele fenestre B G et vit ceuz qui a la porte estoient, tout a cheval, armez et armé B comme pour leur cors deffendre. Dont les a saluez moult gentement et leur demanda a qui il estoient et qu’il vouloient. Quant Mirus vit la pucelleMelode, si se traist celle part et li a respondu respondi G moult affaitiement :
« Ma damoisele, sachiez que nous ne sommes mie de cest paÿs, ainz sommes au roy de FriseRoi de Frise et alons en son message en la cité de Coustentinoble parler a Pelyarmenus de Romme. »

§126 Quant la pucelleMelode entendi ce l’entendi B , si sot bien a la langue sa langue maintenant B qu’il n’ estoient estoit B mie du paÿs, si dist :
« Biaus seigneurs, ne vous anuit se on a mis vous a fait B debat a vous laissier ens çaiens B entrer, quar li paÿs est maintenant esmeuz moult esmeu B , si ont li mauvais achoison de leur malice faire. Et sachiez que G vous soiez li bienvenuz pour l’amour au roy de FriseRoi de Frise et non pas por l’amour de Pelyarmenus, quar je ne l’aime ne par amours ne autrement.
[155]Damoisele, dist Myrus, moult granz merciz. »
Dont fu leur fu B la porte ouverte o. ouverte V2 et sont il sont B ens entré. Aprés il B sont descendu de leur chevax descenduz B , et garçon et serjant vaslés G se sont entremis des de leurs G chevaus establer de traire les a estable B . La pucelleMelode descendi de la tournelle et prist les chevaliers par pars V2 les mains la main B X2 et les mena amont ou chastelGonfort en une chambre et les a fait desarmer, et furent G leur robes aprestees prestes B aprestez G , et il B se sont vestu et appareillié. Dont les en a la damoiseleMelode menez et sont venu G en la sale ou son pere le seigneur de leans G Seigneur de Gonfort estoit. Lors li dist dist la pucelle G :
«  Sire G , vez ci les chevaliers qui sont au roy de FriseRoi de Frise. Je croi que B par euls ne devez vous avoir nule grevance.
– Bien soient il venu! »
dist li chevaliers il G Seigneur de Gonfort, qui a moult grant paine se leva encontre euls entr’euls B . Il li ont rendu son salut et se sont assis s’asistrent B tout communement. La pucelleMelode aperçut moult bien que Myrus estoit fu B leur souverainz, si fu assise delez lui et l’a tenu de paroles grant piece, et tant qu’elle li enquist quelle besoingne les le B menoit en Constentinoble.
– Par foy, damoisele, bien moult volentiers B voudroie que vous le seussiez, mais que pis ne nous en fust n’en eussons B .
– Ja par Dieu, dist ele, riens n’i perdrez ou je aidier vous puisse. »
Adont li dist Myrus :
« Et je le vous dirai hardiement. »

§127
« Veritez est que nous sommes a Helcanus, filz a B l’ empereour de CoustentinobleCassidorus Coustentinoble et nous envoie a Peliarmenus son frere en C. B . »
Quant la puceleMelode entendi que il estoient a celui dont il parloient, si ne se pot tenir que elle ne tressausist trasaillist euls el B traisist G de joie B devant My[b]rus. Et quant il vit ce ce et cil qui joste li seoient B , si en a eu ont B moult grant merveille, mais elle revint tost a li et a geté .i. moult grant souspir et dist :
« Ha ! sire, puet ce estre voirs que vous a celui soiez que je entens a qui vous estes ?
– Damoisele, pour Dieu merci, dist Myrus, gardez que nous ne soions deceuz de vous, quar nous ne sommes mie sage se celui de qui nous parlons je parle B est de vous amez ou haÿs.
– Par Dieu, dist elle, ainz m’est prise pris B si grant joie au cuer que je ne sai se ou B je sui ou a ciel ou a terre, quar il me samble que vous estes, si comme vous m’avez dist dit avez que vous estes B , a Helcanus, filz a l’empereour Cassidorus G de Constentinoble.
– Par foy, damoiselle, dist Myrus, voirement sommes nous a lui B .
– Et est il en vie ? dist la pucelleMelode.
– Damoiselle, dist il, il n’a pas .i. mois que nous le laissames en Frise tout sain et tout haitié. »
Lors joint la damoiseleMelode ses mains par devers le ciel en gemissant en B larmes et en plours et dist :
« Biaus dous Dieus, Filz Dieu, nez de la Vierge Marie, graciez et loez soiez Vous de ceste nouvelle. Et pour Dieu, dist elle, li empereresCassidorus est il en vie ou il est mors G 💬L’asymétrie entre les deux termes de l’alternative marque que la première alternative, sous forme interrogative (que Cassidorus soit encore en vie), est moins sûre que l’autre (cf. Ménard, §102, p. 107). ?
Damoisele Ma damoisele B , dist il, en vie est il li emperere est en vie B il est en vie G X2 , si comme nous creons cuidons B , et si sont aussi si doi enfant mainsné en vie B , dont on cuidoit que l’en cuide B en cest paÿs qu’il fussent soient B mort. »

§128 💬Pas de nouveau § BQuant la pucelle ele B Melode oÿ ce, si dist :
« Ha ! biaus seigneurs, pour Dieu merci, or me samble que ce soit [c]tout truffle que vous m’avez ci B dit jusques a ore G , quar je sai vraiement que li enfant sont mort pieça, quar je en sai la verité. Ce poise moi, quar onques femme ne fu plus si B X2 courouciee de mort mort d’omme ne de femme B comme je fui d’euls et sui encore. »
Et quant elle ot ce dit, si commença a faire duel le plus grant greigneur B que nule femme peust faire, si que li peresSeigneur de Gonfort s’en aperçut et dist :
« Comment, damoisele ! Quiex nouveles avez vous oïes ? Recommenciez vous le duel que vous avez mené faites B chascun jour ?
– Ha ! pere, dist ele, je ne le porroie laissier tant comme il m’en souvient souvenist B . »

§129 Quant Myrus et si compaignon ont ce entendu, si furent touz esbahiz de ceste chose. Dont dist il a la puceleMelode :
« Il me samble vous faites duel et joie sanz raison. »
Lors reprist la pucelleMelode son corage et dist a son pere B :
« Ha ! pere sire, por Dieu merci B , ne vous anuit, quar bien vous ferai sage par quoi il y a raison, a ce que je vous dirai de ce que j’ai fait de premiers joie, et puis ceste joie je ai menee en dolour et en tristece. Veritez est, dist ele a Myrus B , que .i. mien oncle, qui Melsius ot non, servi si bien b. jadiz B Cassydorus qu’il li donna grant terre, et furent si ami moult avancié et B touz ceulz de son lignage pour l’amour de lui. Il avint que, quant li empereresCassidorus se parti et son filz se partirent B de cest paÿs et son filzHelcanus B , qu’il ne sot a nul plus fiablement laissier les .ii. enfanz, Dorus et Cassidore, [d]en garde que a mon oncleMelsius. Je fui sui V2 laiens mandee pour euls garder, et je B les oy bien en garde .iiii. ans et demi. Et vous fais entendant que li enfant m’avoient tant chiere et je meismes y avoie tant d’amour et mon cuer y avoie si mis que je ne l’en pooie oster tout mon cuer mis B . Lors Quant B vint Pelyarmenus Peliarmenus li lerres B en cest paÿs, qui mauvais traitres est B , et et il B les toli a mon oncle bon oncle B Melsius, si que je en issy qui issi B du sens, et mon oncleMelsius, qui n’estoit mie bien haitiez, en fu si courouciez que il en morut fu mort B dedenz .viii. les .viii. B jourz aprés. Et encore ne fumes nous pas quite pour tant, quar, quant la nouvele vint en cest paÿs de l’empereourCassidorus et de Helcanus son filz qu’il estoient mort et les .ii. jones enfanz B aussi, Pelyarmenus voult avoir les homages de touz les tous les homages des B gentilz hommes de ceste la B terre. Si en y ot aucuns qui volentiers le firent firent sans debat B et de tiex qui moult volentiers en feussent alé au devant se il peussent; et de tiex y ot qui miex amerent tout perdre a perdre B qu’il li feissent de riens homage. Et de ceus en y ot .i. qui fu filz Melsius mon oncle, chiez qui je demouroie, et si vous di, biau sire, que B celui couvint il B le paÿs widier, si que puis onques puis B nouveles n’en oïsmes. Et quant j’entendi ce que vous estiés a Helcanus Helcaus V2 et qu’il estoit en vie et son pereCassidorus aussi, si oy tele joie joie a mon cuer B que je tressailli toute B devant vous. Aprés, quant vous me parlastes des enfans qu’il sont encore en vie, [e]si me fu avis et est encore que ce soit fu B tout truffle et de ce que vous aviez dit de l’empereourCassidorus et de son filzHelcanus, quar nous savons bien que Pelyarmenus et son frereDyalogus en firent porter les enfans a Romme et que la furent il murdri, quar il B m’a bien esté dit de celui qui en l’ostel estoit et que on ne sot que il devindrent. Et la raison du duel que je ai fait desrainement G , c’est pource que ja ne me souvendra des enfans qu’il ne me couviengne duel faire, vueille ou non. »

§130
– Par foy, sire, il n’est nuls qui le feist peust faire B se ce n’est n’estoit B fors G Diex, qui bien y a pooir.
– Par foy, dist il, Diex et veritez et raisons y avront avroient B bien pouoir, et se vous me volés croire par bonnes enseignes que je vous dirai, je vous ferai muer vostre duel en joie se ainsi est que vous soiez courouciee de ce que vous me faites entendant.
– Ainssi est il, dit elle.
– Et je vous di que cil que vous dites qui fu filz filz V2 G Melsius et G X2 💬Brodtkorb commente le passage après avoir corrigé l’omission de "fu" (qu’elle dit être spécifique à V mais se retrouve en réalité dans G qui simplifie largement ce passage problématique), qui entraîne selon elle deux autres changements : l’ajout et puis l’omission de "et". Elle émet l’hypothèse que "et" (V2) soit une erreur pour "est", venue corriger l’omission de "fu", mais l’ordre des mots de V2 étonne alors (on attendrait "cil que vous dites qui est filz Melsius a a non..."). La diffaction indique en effet que le passage a posé problème dans toute la tradition, pour des raisons difficiles à déterminer. Parce qu’il manque en effet un verbe, nous ajoutons alors "fu" selon BX2 ou plus exactement selon B, dans la mesure où dans la suite X2 n’a pas le coordonnant "et". Notons enfin la répétition du sujet après une incidente: "cil que vous dites, qui a non..., celui". a a B non nom a .i. filz qui se fait appeller G Clyodorus, certes, celui avons nous avecques Helcanus laissié chiez le roy de FriseRoi de Frise. Et cilz Clyodorus a veus les enfanz n’a pas .iiii. mois, touz sainz et touz haitiés, et je meismes les ai veus B , se ce sont ceuz que Clyodorus meismes et Helcanus il et B leur frere tesmoingnent comme [f]cil qui bien les connoissent tesmoingne que vous m’avez conté ci ce que vous en savez B . »
Quant la pucelleMelode oÿ ce, si sot et crut que ce estoit veritez, meesmement par Cleodorus, que il avoit nommé nommerent B . Lors commença a plourer de pitié et de joie et si que trop B fu grant la leesce pitié de la joie B que elle ot en li. Dont en vint a son pereSeigneur de Gonfort et mena avec lui Myrus par la main.
« Voirement, dist ele B , est Diex droituriers et ramaine les choses a leur droit. Faites joie, esbaudissiez vous en autele maniere comme fist Zachariés de la nativité de son filz💬Référence à Zacharie, le père de Jean le Baptiste (Luc 1, 13-64).. Bien nous seront rendues toutes nos pertes ; et touz nos domages et nos anuis nous seront nous sera B G restorez par les bonnes nouvelles que cist nous ont aportees. Et ne devons pas estre mescreant de ce B que Diex a pooir de faire, et je croi qu’il soit ainssi comme j’ai entendu. »

§131 💬Pas de nouveau § BQuant li preudomsSeigneur de Gonfort oÿ sa filleMelode, si ot moult grant merveille qu’elle li vouloit dire, si dist :
« Fille, de Dieu te souviengne. Di moi que💬Comprendre que = ce que. tu as oÿ oÿ V2. »
Dont a fait compter a Myrus qui il estoit et qu’il queroit et l’aventure des .ii. enfanz et de Clyodorus qui trouvez les avoit, si comme devant est dit ou compte G . 💬Nouveau § BLi preudomsSeigneur de Gonfort, quant il ot entendu Myrus, si s’est moult esleesciez et a moult Dieu loé en son cuer, et dist :
« Or commence paine a ceuz de Grece. »
Et aprés dist :
« O tu, terre nient paisible, quantes paines as tu souffertes et encore soufferras ! »
Quant il ot ce dit, si ont parlé de moult de choses, et tant que il fu [156]temps de souper, si furent les tables commandees a metre, puis aprés mises et G se sont assis et orent moult a souper G . Quant il orent soupé, les tables furent traites arrieres G . Dont s’est la puceleMelode traite pres de Myrus et li dist :
« Ha ! sire, pour Dieu, gardez vous de Pelyarmenus et ne li dites chose qui li anuit, quar je vous di seur m’ame il est tant orgueilleus que nuls ne puet durer a lui.
– Par foi, dist Myrus, je me merveille comment il vous laisse durer pour le lignage dont vous estes, quar il set bien et puet savoir que vous ne l’amez point.
– Sire, dist elle, sachiez qu’il nous eust pieça touz G destruis se ne fust .i. sien baillifGasus, qui ot moult chier mon oncleMelsius. Et meismes l’empereourCassidorus amoit il moult B , qui touz jorz nous a tensez contre lui.
– Et qui est celui ?
– Par foy, dit elle foi, sire, fet ele B foi, sire, dist elle X2 , c’est uns chevaliers de Romme, et vint en cest paÿs avecques l’empereour Cassydorus l’empereriz Fastige B de Romme et puis s’en ala il avec la dame et puis fu dont fu cil B renvoiez pour la terre garder de par ceuz qui ore en sont saisi. Et celui nous a fait tous les biens. Et sachiez certainnement que je sai vraiement B je sai certainnement X2 , se vous parlez parliez B X2 💬Par indifférence à la symétrie, la subordonnée peut être au présent et apparaître ainsi comme indubitable (Ménard, §267b). a lui, que il en seroit tous liez et si vous feroit sage comment vous porriés miex besoingnier, quar j’ai trop grant doute que Pelyarmenuz ne vous doint a souffrir avant que vous soiez arriere G repairiez.
– Par foy, ce dist Myrus, tout est en Dieu, mais et B sanz faille je voudroie bien que trouver [b]le peussons. »

§132 Ainssi parlerent moult longuement ensamble entr’euls B de moult de pluseurs B choses, et tant que il fu heure d’aler couchier couchier. Dont a pris la puceleMelode les chevaliers et ont pris congié au seigneurSeigneur de Gonfort qui moult les avoit conjoïz B 💬Possible saut du même au même non erroné de V2GX2 sur cou-/con- (couchier/conjoïz).. Dont lé mena la damoiseleMelode a menez B en une chambre trop riche ou il ot pluiseurs liz. Dont leur B dist :
« Biaus seigneurs, .i. don vous veul V2 veil B G X2 demander rouver B , si vous pri B que vous le m’otroiez💬 .i. don... m’otroiez: Il s’agit du motif du don contraignant. Cf. aussi §202..
– Damoisele, dist Myrus, demandez vostre volenté et, se c’est chose que B nous puissons le poons B faire, sachiez que moult en seronz liez.
– Par foy, dist elle, granz mercis. Et je vous demant que vous ne laissiez mie que vous ne revenez retornés G par ci.
– Damoisele, dist il, et je le G vous otroi.
– Certes, sire G , dist elle, et vous m’avrez bien a gré servie. »
Dont a pris congié a euls et s’en est atant partie. Dont ont chascun entendu a leur plaies pource qu’il ne ne le B X2 💬Réduction haplologique ne le > ne dans V2G. vodrent mie faire devant la puceleMelode pour toutes aventures. Il orent bons oingnemens, si s’en est chascuns oins et se sont bendé bendé, comme cil qui touz jorz en estoient porveu B . Dont aprés se sont couchié et furent tost endormi, quar il estoient forment lassé. En cele heure a mienuit de la nuit B vint uns escuiers a la porte, et cil estoit armez et fervestuz. Il hucha que on le laissast laiens entrer. Li portiers li demanda enquist B qui il estoit; il respondi dist B que il estoit a Ascanus le duc de Nise Frise V2 G X2 .

§133 💬Pas de nouveau § BQuant cil oÿ ce, si li a la porte moult tost ouverte. Il li demanda :
« Amis, queles nouveles ? »
Il li B dist [c]que il aportoit mauvaises nouveles, quar Cerchus Kercus B est estoit B X2 💬L’emploi du présent est dramatise l’annonce de la mort de Cerchus (voir Ménard, §158) à moins qu’il s’agisse d’un passage du discours indirect au discours direct sans marqueurs énonciatifs. La parole rapportée serait alors Cerchus est occis. occis.
– Ocis ? dist il. Diex aide, qui l’a occis ?
– Par foy, dist il B , cil chevalier qui de B G çaiens se B sont anuit parti par ci passé B .
En non Dieu Par la foi que je vous doi B , dist li portiersPortier de Gonfort, ainçois croi croi je G qu’il soient sont G encore B çaiens. »
Dont li compta comment il estoient laiens herbergiez.
– Tais toi, dist cil, n’en or n’en B fai nulle mention, mais fai moi car je vois B parler a ma damoiseleMelode et je B les ferai tant demourer çaiens qu’il seront tuit pris au mains. »
Dont est cilz descendus en la court et en vint en la chambre a la damoiseleMelode. Et quant elle le vit, si le nomma et dist :
« Quelles nouveles ? Que fait mes freresCerchus ?
– En non Dieu Dieu, dist cil B , damoisele, vous avez çaiens chevaliers B qui trestout l’ont hui l’ont tout B detrenchié. »
Quant la pucelleMelode oÿ ce, si est cheue pasmee, et au revenir repairier B dist :
« Ha ! lasse, chetive, comme est ore tost ma joie muee tornee B en tristresce ! »
Yluec mena la puceleMelode .i. merveilleus duel, quant cil la prist a reconforter et dist :
« Damoisele, reconfortez vous, quar ci n’a autre conseil recouvrier B fors que vous ceuz qui çaiens sont retenez detenez B tant que il soient atrapé💬 Damoisele ... atrapé: Comprendre "Damoiselle, rassérénez-vous, car il n’y a pas d’autre décision : retenez ceux qui sont ici jusqu’à ce qu’ils soient attrapés"..
– Ha ! pour Dieu Dieu, dist cil G , di moi, dist elle B , comment ceste chose est avenue.
– Par Dieu, dist cil, par la desloiauté de mon seigneurAscanus, qui les cuida faire prendre, quar il fist envoier .xx. armeures de fer au Vil PasMal Pas, et cil n’estoient pas plus de .x., mais il nous ont tiex si B menez que il nous ont occis [d]vostre frereCerchus et bien .x. .xi. G des nostres, les plus souffissanz, et sont li autre si navré que ce est merveille.
– Ha ! lasse, dolente B , dist elle G , comme ci a male dure B nouvele a leur oeuls G ! Et encore fust ce greigneur plus grant B domage s’il fussent mort mis a mort B , quar il ne demandoient se bien non, et cil les vouloient mauvaisement murtrir.
Damoisele, en tele maniere Ainsi, damoisele, en B est il avenu comme je vous ai dit.
– Ore, dist elle, puisqu’il est ainssi, or t’en reva va B arriere et m’amaine amaine B force par quoi je les les V2 puisse retenir il soient detenu B , quar de çaiens n’istront il B si en avra avrai B X2 💬Réduction de la diphtongue ai > a, cf. Note linguistique. mon sez assez B G 💬La diffraction indique peut-être un lieu qui a posé problème aux copistes: tandis que B donne assez, la leçon de G si en avra mon se comprend si mon a une valeur adverbiale. La difficulté tient certainement à la rareté de l’emploi du substantif sez ’satisfaction’ (DMF, sv. satisfaction ; TL IX 611 35 ; GD VII 403b ; FEW XI 244b ; Mts 3122b)..
– Damoisele, dist il, bien dites avez dit B , et je ainssi le ferai bien en ferai la besoingne B G . »
Dont s’en est est cil B alez et partis de laiens G a celle heure, et ne fina toute nuit la nuit B de chevauchier tant que il vint l’endemain a heure de vespres a Nise. Ascanus, qui ja avoit oÿ nouveles que sa gent estoient toute desconfite, vit celui venir, si li dit :
« Comment es tu eschapez ?
– Ha ! sire, dist cil, en avez vous oÿ nouveles ?
– Par foy, dist cil, ouil, qui ne me sont ne bonnes ne moult B belles.
– Sire, dist cil, comment qu’il soit avenu de nous, je vous sai bien a dire ou cil sont qui ce ont fait B , et ne vous pueent eschaper se vous avez force.
– Ou sont il ? dist Ascanus.
Par foy, sire, il sont a Gonfort Confort (idem pour les occurrences suivantes) G Par foy, sire, il sont a Gonfort V2 .
Dis tu voir Dis tu voir V2 ? dist Ascanus dist Ascanus V2 G .
Par foy, sire Sire, dist il B G , ouil ouil, dist il G . »
Dont a Ascanus lui B meismes pris .xl. haubers et jura Dieu que, s’il lé pooit prendre, il les penderoit touz. Il se mist a la voie a cele heure et ne fina G si vint a Gonfort. La [e]pucelleMelode, qui bien savoit qu’il n’avoit nule bone raison a euls faire morir mort recevoir B X2 , s’estoit levee moult la matinee bien B matin et vint en vint B a Myrus et li dist :
« Biaus dous sire, levez vous tost, que vous ne soiez souspris, quar vous avez occis des plus gentilz hommes de cest paÿs, si ne voudroie mie pour l’amour de ceuz a qui vous estes que vous eussiez a souffrir pour tant que je vous puisse la ou je vous en peusse B garder ceens, et je ne vous y porroie mie garantir pour tant que et çaiens ne porriez vous estre tensez tant comme B l’en vous y seust G . »
Dont se sont li compaignon G moult tost apresté et sont de leur armes garnis. Leur cheval furent trait pres B G , si se sont mis a la voie sans plus faire ne G dire.

§134 Ascanus, qui bien cuida ceuz trouver dedenz Gonfort, s’en est venuz au droit au B chastelGonfort et dist que on le laissast enz laienz B entrer, et on si fist. Et quant il y fu entrez ens B G , si demanda que G cil qui laiens avoient geu estoient devenu G . Li portiersPortier de Gonfort dist qu’il s’en estoient partis des tres B la journee. Quant il oÿ ce, si fu moult iriez.
« Et ou est est il V2 , dist il, la damoisele ?
– Sire, dist il G , elle est ou chastel amont G . »
Dont commanda que on la feist venir devant lui, et on si fist G . Quant la damoiseleMelode sot que Ascanus Helcanus V2 estoit laienz venuz, elle en vint a lui moult iriee, et de si loing qu’elle le vit elle si B commença a crier :
« Ha ! mauvais lierres lerres, traitres B , estes vous venus pour ceuz traïr traïr et prendre B çaiens traïr G qui vont [f]en la besoingne no💬Sur l’adjectif possessif no pour nostre, cf. Note linguistique. seigneur droiturier ? Cuidiez vous que je les vousisse deusse B traïr en la maniere que vous cuidiez avoir fait cuidastes faire B ? Certes, mauvaises soudees soudés G en avrez, se ce n’estoit se de moi non G , qui mon frereCrachus avés m’avez B fait occirre par mauvaise cause sanz raison B ! »
Quand Ascanus oÿ ce, si fu iriez, si commanda maintenant que elle fust prise et saisie G . Lors sont sailli avant G aucun qui G distrent :
« Ha ! sire, ce ne ferez vous mie, quar la pucelleMelode a esté autre foiz hors de son memoire li meesmes B , et sachiez que aussi tout aussi B est elle encore maintenant pour les du B le X2 courous💬L’emploi de courous, comme toute notion abstraite, au pluriel n’est pas courant. Cela pourrait provenir de la finale étymologique du mot en -s. de son frereCrachus. Alons nous ent, quar sachiez que B G il ne nous pueent eschaper de quele heure que il revendront que de heure que il reperent B . »
Dont s’est Ascanus souffert a celle fois G pour celle raison et s’en est atant partis G et s’en revint en sa terre. Si me vueil ore atant B G souffrir taire G de lui et repairerai aus messages.

[8] Coment Ci endroit revient li contes a B Mirus se parti du chastel par le conseil a la damoisele Melodeet ala en son message, lui G B et ses compaignons se compagnie B ses gens G .

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Enluminure de 14 UR sur une colonne. Mirus et ses hommes quittent le château aprés le conseil de la demoiselle qui se tient devant son château

§135 [157]Or dist li comptes que moult ouvra la pucelleMelode courtoisement envers Myrus et ses compaignons. Il ne finerent puis que despuis que B puis G il se furent partis de lui de chevauchier G tant qu’il oïrent nouveles de Pelyarmenuz. Dit leur fu que il estoit a .i. sien manoirBiau Manoir qui estoit en assez pres estoit de B Constentinoble. Il n’ont finé, l’un jour plus, l’autre mainz, si sont venu en ont aprochié B la citéCostentinnoble. Il ont B eu conseil d’eulz meismes que il yroient en Constentinoble pour euls B reposer et la avroient avroient il B conseil comment il porroient mieus besoingnier. Lors vont en la villeCostentinnoble et ont leur ont G ostel pris ou maint autre l’avoient pris qui avoient a voloient B besoingnier aussi comme eus meismes avoient il meismes faisoient B G . Il fu tart, si fu et B temps de souper. Myrus a fait venir son hosteGeffroy devant lui et li enquist ou li empereresCassidorus estoit.
« Sire, dist il, lequel empereour demandez vous ?
– Amis, dist Myrus, ja n’a il en ceste villeCostentinnoble que .i. empereour.
– Sire, dist il, non que je sache sa›a‹[c]he V2 . Celui est a Bel Manoir, a une lieue pres de ci.
– Et quant vendra il, biaus hostes biaus ostes, en ceste vile B G ?
Par foy G , sire sire, dist cil B X2 , ce ne vous sai je mie a dire, quar il vient quant il veult, et quant il veult il s’en va.
– Or me dites, biaus hostes, foy que vous me devez : savez vous savez B nulles nouvelles de Gasus, le baillif Pelyarmenus ?
– Sire, dist il, hui le vi ci devant passer et bien croi que il soit en la villeCostentinnoble.
– Et ou demeure il ? dist Myrus.
[b]Sire, il B X2 demeure ou chastel chastel lassus B X2 . »
Quant il oÿ ce, si mist son hosteGeffroy a conseil et dist :
« Amis, se vous nous vouliez aidier que nous parlissons a lui a lui eussons parlé B de conseil, moult y avriez grant preu.💬Nouveau § B
– Sire, dist il, dont me dites qui vous estes et se vous de riens le counoissiez.
– Amis, dist Myrus, nous sommes au roy de FriseOdonie, mais nous fumes nés en Bretaigne.
– Ha ! sire, dist li hostesGeffroy, n’a pas lonctemps que li roys de FriseOdonie fu ci devant a hostel, et le duc de LembourcBorleuz fu çaiens.
– Par foi, sire, dit Myrus, bien puet estre. Et je trop mieus vous en aime, et aussi fais je l’ostel.
– Sire, dist il, granz mercis. Et sachiez que je pensoie moult bien que vous estiés de leur gent. Et sachiez que en moi vous poez bien fier et commander sor moi, et sachiez que car G je en ferai tout mon mon bon B pooir.
– Biaus hostes, dist il B , granz mercis mercis, dist Myrus B . Je vueil que vous faciez tant qu’il sache qu’il a chaiens .i. chevalier qui est au roy de FriseOdonie, qui moult volentiers parleroit a lui anuit ou anuit B ou demain, de quele heure qu’il en seroit aisiez.
– Sire, dist il, je n’arresterai si avrai en avrai B fait je ferai G la besoingne a mon pooir. Dont fist mestre li hostesGeffroy la selle seur son palefroy, si monta, et ne demoura gaires que Il monta et ne fist demeure, si B a son cheval et G vint au chastelBiau Manoir, puis hucha. Li portiers, qui bien le connoissoit, li dist :
« Sire, vous soiez li bienvenuz »
G
!
– Amis, dist il, Diex vous beneye. Est li baillisGasus [c]çaiens ?
– Ouil », dist il. Dont descendi li bourgoisGeffroy et vint la ou il estoit. Et quant li baillisGasus li le B G X2 💬Lire li = le. BGX2 donnent le, pronom clitique de P3, objet direct. Ménard, §39 souligne que lor et les peuvent se substituer l’un à l’autre, selon lui par analogie avec nos et vos, qui fonctionnent à la fois comme régimes directs et indirects, et en raison de l’emploi tonique de lor équivalant à eus, eles. Cf. Note linguistique. vit, si est venus a lui et li dist :
« Geffroy, que vous plaist ?
– Sire, dist cil, je sui ci venus pour parler a vous a vous parler B pour .i. chevalier qui ci m’envoieMirrus, qui si B est au roy de FriseOdonie, si voudroit a vous parler moult volentiers, mais que vous en fussiés aaisiez. »
Quant il l’entendi, dont li mist la main seur l’espaule et l’a trait d’une part et li dist en bas :
« Quele gent a il avec lui ?
– Par foy, dist il, .v. chevalier et leur maisnies a leur mesniees y sont B .
– Alez vous ent B , dist il, tost tost chiez vous B et li dites G que je yrai maintenant, mais ne faites ja mention mencion a nului B qui il sont ne que y je la B doie aler se a euls non.
– Sire, dist il, n’aiés garde. »
Il s’en est moult tost repairiez et compta a Myrus comment il avoit esploitié besoignié B X2 .
« Biaus hostes, dist il, granz mercis. »
Lors B ne demoura gaires que li baillisGasus vint, o et o X2 lui .i. escuier li vallés vint et le baillif G sanz plus. Il monta amont et demanda l’osteGeffroy, et B il vint, et l’amene en une chambre ou li chevalier estoient.
« Sire, dist il a Myrus, vez ci le baillifGasus que vous demandiez demandez B . »
Quant il le virent, dont sont B sailli en piez et l’ont salué, et il leur rendi leur salu et puis regarda Dont a esgardé B l’un et puis l’autre, savoir se nul il nul B en connoistroit, mais il n’en y ot vit B nul que il eust onques mais onques mais ot B veu. Si dist ore :
« Biaus seigneurs, vous soiez les le B bienvenus. Je sui venus a vostre mandement.
– Sire, dist Myrus, la vostre grant merciz. »
[d]Dont l’a pris par la main Myrus et l’a trait le tret B a une part et d’une part. Dont B li dist :
« Sire, vostre bonne renommee me fait en vous fier.
– Sire, dist il, se je estoie pires que je ne soie, si vueil je estre tenus de vous aidier pour la raison de ce que vous avez dit.
– Sire, dist il, granz merciz. »
Dont li dist G :
« Sire, veritez est que nous sommes ci envoiez pour une grant besoingne. Si avriens💬Sur l’emploi de finales en -ens pour la P5, cf. Note linguistique. bien mestier grant m. B de vostre aide et de vostre conseil. »

§136
«  Sire G , veritez est que nous sommes a Helcanus, qui est filz a l’empereour Cassidorus de Coustentinoble, et cil est en Frise avec o lui B le duc de LembourcBorleuz. Si savez bien que li roysOdonie et li dusBorleuz furent l’autre jour en ceste villeCostentinnoble pour moustrer a Pelyarmenus, vostre seigneur, que cilz Helcanus estoit repairiez de la ou il avoit conversé, quar les nouveles estoient hors getees partout que il et son pereCassidorus et avec encore B .ii. petiz B enfans estoient mort. Ore, sus ce, Pelyarmenus est entrez en la terre et se fait apeler seigneur du paÿs, ce que il ne doit faire tant que il sache que cilz soit en vie vivent B que je vous ai compté nommez B . Ces nouveles aporta li roys de FriseOdonie et li dus de LembourcBorleuz a Pelyarmenus, et il li V2 G Peliarmenus B 💬Le sujet du verbe change : il s’agit maintenant de Pelyarmenus. La forme li résultant probablement d’une confusion il/li, nous accueillons dans le texte critique la leçon de X2. respondi assez sagement, quar il dist venist Helcanus ou autres qui droit eust en la terre, et B il le recevroit, si que ja n’en seroit repris ne blasmez. Li conseuls Helcanus si et💬Lire et = est, comme dans BGX2. Sur cet emploi (et d’autres cas d’effacement de -s- devant la dentale -t), cf. Note linguistique. tiex que il dist que il n’enterra💬Métathèse; lire entrera, cf. Note linguistique. jamais jamais jamais V2 ja B en cest paÿs B devant ce qu’il [e]sera asseurez des barons meismes de son frerePelyarmenus qui les homages en a receuz autrement qu’il ne deust, ce dist G . Et de ceuz qui l’ont receu en cest paÿs cil meismes du paÿs qui l’ont leceu (sic) B autrement qu’il ne deussent si en veult veuil G l’amende avoir, se ainsi est que il soient trouvé en leur tort, et est c’est B la raison pour quoi il nous a ci envoiez. Si voudrions en v. B volentiers avoir conseil comment nous porrions le B miex parler a Pelyarmenus par quoi il ne pechast en nous que la besoingne ne fust bien faite et reportons arriere la vraie responsse de son conseil que nous avons avrions B a›r‹[u]rons X2 trouvé. »

§137 Quant Gasus entendi Gasus, quant il ot entendu B Myrus, si ot grant joie a son cuer et dist :
« Puet ce B G estre verité, ce que vous m’avez ci compté ?
– Sire, dist Myrus, aussi tout a. B X2 voir comme Diex est, quar Clyodorus, que vous bien counoissiez, est avec Helcanus chiés le roy de FriseOdonie.
Clyodorus ? dist il.
– Voire, sire.
– Ha ! Clyodorus, sergant adroit, tant avez alé que vous avez trouvé ce que vous voliez ! Par foy, biaus seigneurs, dist Gasus💬La présence de l’incise dist ... se trouve habituellement au début de la première prise de parole d’un personnage, pour souligner les échanges dans le dialogue. Le passsage en devient iciplus difficile à suivre., maint hustin et mainte grevance ay eu pour verité dire et faire le droit dire et por faire le B . Or n’est il mie poins de plus parler, et vous estes lassez de chevauchier : le matin revendrai a vous priveement et penserai a vostre besoingne tout aussi soingneusement comme se mon cors meismes estoit y estoit B a vostre point.
– Sire, ce dist Myrus, la vostre grant [f]merciz. »
Lors ont pris prist B congié a lui et li baillisGasus B a euls, quar plus n’osa demourer que il ne fust aperceuz.

§138 💬Pas de nouveau § B Li compaignon souperent et puis alerent dormir. Gasus, qui ne dormi pas toute la nuit, commença a penser a la besoigne de ceuz qui prié l’en avoient. Il sot bien que Pelyarmenus ne renderoit point la terre tant comme il la peust porroit B X2 tenir, et bien sot sot il B que moult longuement y porroit estre la porroit il tenir B ainz que autres y peust metre meist B le pié tant comme cil qui l’avoient asseuré li vousissent aidier. Et il savoit bien que voirement li aideroient il, quar il se sentoient mesfait envers leur seigneur droiturierCassidorus, et pour ce aideroient il cestuiCassidorus au miex que il porroient. Aucuns en y avoit qui volentiers revendroient a voie de B X2 verité, mais leur force n’est mie grant, se ce n’estoit du li B duc d’AthainesDuc d’Athaines, mais cil estoit trop hors voie de voie X2 por lui aidier.

§139 En tele maniere se dementoit Gasus tout par lui. Lors et tant que il B commença a penser comment il porroient partir de leur son B seigneurPelyarmenus sanz destourbier💬D’après le contexte, le pronom il référerait aux barons ralliés à Pelyarmenus, susceptibles de rejoindre Helcanus. La leçon de B son indique que il renvoie à Gasus et aux hommes d’Helcanus qui sont venus à sa rencontre.. Il sot bien qu’il estoit si plains de mal que a paines s’en porroient partir sanz destourbier que ce ne fust trop grant merveille. Dont s’apenssa qu’il les feroit aler au Biau Manoir, et la porroient il parler de la chose et faire et estre B aussi comme se ce fust noient. Et se aucuns y metoit mal, il les deffenderoit en destorneroit B , se il pooit ; et se il [158]ne le pooit faire, si n’aroient il ja mal sanz lui. A l’endemain assez matin se leva s’est levez B . Dont s’en vint par devers B les messagiers, avec lui .i. escuier, moult priveement, sanz plus de compaignons compaignie G , et leur a dit dist B qu’il s’apareillassent s’aprestassent B et fussent fust chascuns B garniz priveement dessous leur chapes sa chape B pour par G toutes aventures et venissent au Biau Manoir et que la porroit on la porroient il B miex parler et plus a pays de leur besoingne, et il yroit devant aussi, comme se il ne seust riens de leur venue, et si y B seroit presens quant il parleroient de la besoingne que il avoient a faire B a son seigneurPelyarmenus. En tele maniere comme il l’a dit leur dist B a dit X2 l’ont fait. Il se sont de leur armes garniz et appareilliez et puis pristrent les bons branz d’achier dessouz leur chapes et sont montez sus leur les B leurs G chevaus. Gasus pria a l’osteGeffroy par amours que il les feist mener au Biau Manoir ou il meismes les y menast. Il dist que ja autres G de G que X2 lui meismes ne les y menroit nes y menroit que il meismes B . Dont ne finerent se sont mis a la voie et n’ont finé B si vindrent a la porte a heure de tierce. Pelyarmenus estoit repairiez de son oratoire, et estoit Gasus o lui Gasus B enmi la court. Myrus et si compaignon vindrent a la porte et distrent que on les laissast ens laienz les lessast B entrer. Dont leur demanda li portiers qui il estoient; il distrent que il estoient B a Helcanus, filz a l’empereour Cassydorus de Coustentinoble.

§140 💬Pas de nouveau § BQuant cil entendi ce, si fu touz esbahiz et dist :
« Biaus seigneurs, or vous souffrez tant que j’aie parlé a je sache la volenté de B [b]mon seigneurPelyarmenus. »
Cil en vint a .i. chevalier et li dist que tel gent estoient la et que il le deist a son seigneurPelyarmenus, se il vouloit qu’il que B les laissast ens B entrer. Encore fu plus esbahiz li chevaliers. Il en vint a Pelyarmenus et li dist que tel gent estoient venu a la porte, se il vouloit qu’il y G entrassent B .
« Mal dehais ait, dist il, qui qui onques B la porte leur vea ! Ja Ici V2 est Helcanus mes freres et sires et souverains de moi.
– Certes, distrent cil qui l’oïrent, c’est moult bien dist. »
💬Nouveau § BDont fu la porte ouverte aus messagesMessager d’Helcanus, et descendirent maintenant. Quant Pelyarmenus les vit, si ne se pot tenir qu’il n’alast Peliarmenus, qui les vit, ne volt laissier que il ne soit venus B encontre euls et les a saluez. Cil, qui furent esbahi tuit esbahi B de la belle chiere de lui, li ont rendu son salu moult affaitiement humblement G 💬La forte impression que fait Pelyarmenus révèle sa maîtrise des émotions. Le narrateur le traduit avec ironie lorsqu’il évoque les nouvelles de son chier frere que demande Pelyarmenus.. Maintenant a demandé Pelyarmenus a ceuz G que💬Comprendre que = ce que. son chier frereHelcanus faisoit faisoit et ou il ert B .
« Sire, dist Myrus, messires vostre freresHelcanus le l’a G fait bien se bien non B , la merci Dieu Dieu merci G . Si nous envoie a vous et vous fait sa volenté savoir.
– Et ou est il ? dist Pelyarmenus.
Avec Sire, distrent il, a. B son oncle le roy de FriseOdonie, dist Myrus B .
– Voire ? dist Pelyarmenus. Je cuidoie qu’il fust en cest paÿs.
– Sire, dist Myrus, non est, ainçois vous fait asavoir sa volenté par letres sa lettre et par nous la raison por quoi B .
– Par foi, dist il, et je moult volentiers savrai sa volenté le savroie B . »
Dont a Myrus sachiee une lettre lettee V2 qui estoit seellee du seel au el au (sic) X2 roy de FriseOdonie et tesmoingnoit que ce estoit la volenté de B Helcanus tot ce qui dedenz la letre estoit contenu B . Dont l’a Pelyar[c]menus prise et a rompu la cyre et puis si a leu trouva ainsi G Lors a pris Peliarmenus la letre et a froissiee la cire et leu B l’escript, qui dist :

§141 💬Pas de nouveau § B" Helcanus E (sic) Helcanus B , premiers engendrez des filz Cassydorus, empereour de Coustentinoble et de Romme des filz a l’empereur Cassidorus de Romme et de Constentinnoble B , damoisiaus des .ii. citez, fais savoir a Pelyarmenus de Romme, qui mon frere deust estre💬qui mon frere deust estre: L’emploi du verbe devoir et du subjonctif imparfait marque la distance qu’Helcanus prend par rapport à son demi-frère trompeur., qu’il viengne a moi en quelque lieu que il me sache pour lui lui lui G escondire ou amender des vilonnies ou B entraites💬Le nom entraite provient du vocabulaire médical (FEW IV 772a) ici pris dans le sens second de ’mauvaise farce malveillante’ (TL III 620) ou plutôt de ’promesse trompeuse’, attestés jusqu’au XIIIe siècle. Il semble que le copiste de B n’ait pas reconnu le mot comme un substantif mais comme le participe passé du verbe entraire dont le sens ’entraîner’ (FEW IV 772a) n’est pas très satisfaisant ici. que il a faites fet B envers moi et les miens. Et bien sache que je le deffi en quelque lieu ou, se ce non, je le deffi de moi et des miens ou B que je le truisse, mais que pooir y puisse avoir, et bien sache que je en ferai autant de lui comme je deveroie faire Je autant en ferai com je feroie B de celui qui moi avroit airoit (sic) G mis a son pooir em peril de mort par pluiseurs foiz. Et ainsi en a il fait, si comme il le set bien, et a donné conseil et mis grant paine de mon petit frereDorus B et ma sereurCassidore faire fet B destruire sans nule bonne raison qui y peust estre fors que de traïteur et de homme mauvais et B desnaturé💬Sur ce rapport dévoyé à la nature, voir C. Carnaille et P. Deleville, "Pelyarmenus, un héros à contre-courant", à paraître.."

§142 Quant Pelyarmenus a ot B ce leu, si commença a sousrire et dist :
« Biaus seigneurs, mes freresHelcanus ait bonne aventure et ceuz aient honte par cui il m’a fait tel mandement, quar je sai bien que onques de son cuer premierement n’issi.
– Sire, dist Myrus, ne cuidiez mie mie que B Helcanus soit tiex que pour homme homme nul B qui vive il vous eust mandé envoié B chose qui devers le cuer ne li venist. Et d’autre part sachiez qu’il [d]n’a conseil de nul traïteur ne d’omme d’ome nul B qui ne soit couvenables couve|bles V2 et preudom en touz droiz endroiz B et des meilleurs chevaliers du monde. »

§143 💬Pas de nouveau § BPelyarmenus esgarda lors Myrus et dist :
« Biaus sire, je bien B croi que de bons chevaliers ait il en sa compaignie. Mais ce vous veul je bien dire que, de quiconques quiconques conseil B ceste letre viengne a moi, que je di que B 💬Dans B, la reprise du verbe dire après incidente est répétitive et souligne la détermination farouche de Pelyarmenus. elle vient de traïtour et de mauvais felon mauvais B .
– Sire, dist Myrus, pource sui je ci venuz que💬pource... que: Tmèse, cf. Note linguistique., s’il estoit nus qui vousist dire que mes siresHelcanus n’eust droit ou mandement que mandé vous a il fait vous a, que B , je le feroie estable mon cors contre le sien💬La même expression faire estable qch. (ici un mandement)" se retrouve quelques lignes plus loin. Nous la comprenons ainsi : "je ferais respecter ce message dans un corps à corps".. »
De ceste parole fu Pelyarmenus iriez et regarda environ soi et vit .i. chevalierMalquidant .i. sagent (sic) chevalier G qui sailli avant et dist :
« Et je sui cil qui le mandement ferai descouvenable et de mauvais frere contre frere, ne que mes siresPelyarmenus, qui ci est, ne fist onques envers lui ne envers les siens chose onques B par quoi Helcanus li deust avoir mandé tel de tel G mant ne onques ne li fist chose que il ne deust avoir faite faire tel mandement que il ne deust faire B a son bon ami et frere. »
Dont se mist avant Gasus ou Pelyarmenus recevoit les gages et dist B :
« Ha ! sire sire, dist il B , ne faites pas tel vilonie ! Laissiez moi parler a vous.
– Que voulez vous dire G ? dist Pelyarmenus.
– Je vueil dire, dist il, que messages qui est envoiez d’omme qui vaille doit dire son message en la maniere qu’il li est enchargiez sanz lui empeeschier de nul homme vivant estre empeeschiez d’omme soufisant B .
Gasus, Gasus,💬Nous maintenons la répétition du prénom Gasus, commune à toute la tradition et ne posant pas de problème syntaxique. Elle peut résulter d’une erreur de l’archétype mais également participer de la rhétorique de Pelyarmenus qui feint l’indignation. dist Pelyar[e]menus il B , dont B n’affiert il mie a lui ne a autre de B dire vilonnie ne outrage. Foy que je doy a Fastidorus mon frere, ou il fera couvenable le mandement ce que il a dit B , ou il pendera en p. B par la gorge !
– Et s’il estoit, dist Gasus, qu’il le feist estable B contre celui qui le desdiroit l’en desdit B , que en voudriez vous dire B ?
En non Dieu, dist Pelyarmenus, que que il en aviengne B , l’aventure si en soit seue sienne G , quar je vueil que il soit tout ainssi sans faille dist Peliarmenus B . »

§144 💬Pas de nouveau § BQuant Gasus entendi oÿ B ce, si esgarda Myrus et li fist signe semblant B qu’il parlast, et si fist il moult efforcieement appareilliement B et li B G dist :
« Sire Pelyarmenuz, vez ci cest chevalier#?Malcuidant qui mon gage a receu. Je vous demant, la se la B X2 deffense que il veult faire, se vous la tenez a vostre💬 Je vous demant... vostre: Comprendre "Je vous demande si vous considérez comme la vôtre cette défense qu’il veut faire". Sur ce type de dislocations, cf. Note linguistique..
– Biaus sire, dist Pelyarmenus, quant je vous respons, je vous fais ne faiz je B respondre. Si soiez sages de vostre besoingne💬quant... besoingne : Comprendre "quand je vous réponds, je vous somme de répondre. Avisez-vous de ce que vous faites.".
– Et je vous fais, dist Myrus ausi, dist Peliarmenus, fais B 💬Le copiste de B ne confond pas forcément les personnages et les tours de parole dans cette leçon. Au contraire, le fait que Pelyarmenus maintienne la parole, même si la présence de l’adverbe ausi dans l’incidente est rare et signale peut-être une perturbation, témoigne de la fermeté de la position du anti-héros., une demande : se il est ainsi que vous soiez convaincus, le seront aussi cil pour qui vous le faites? Quar sachiez que je voudroie bien que ceste chose fiablement fust mise en respit Sire, dist il, de ce vous respondrai je foiablement. - Veilliez ceste chose metre en respit B 💬Dans B, Mirus prend la parole, s’accordant à la demande de Pelyarmenus, puis Pelyarmenus lui répond. Le passage est aussi difficile dans V2GX2, notamment par la présence de la proposition introduite par quar. Il est possible que le rapport causal ainsi introduit se rattache à la demande: "Et je vous fais, dit Myrus, une demande : car sachez que je voudrais bien que cette affaire fût loyalement retardée; ainsi, si vous êtes déclarés coupables, ceux pour qui vous agissez le seront aussi". tant qu’il fussent soient B en lieu, et vous d’autre de l’autre B part, pour quoi l’une partie et l’autre soit seure de celui qui sera quiconques soit B vaincus de ceste emprise faire face B faite X2 , et en B l’amende a la volenté de celui qui au desseure en sera💬Mirrus cherche à s’assurer que l’accord de Pelyarmenus soit également valable pour ses alliés..
– Ce ne ferai je mie orendroit, dist Pelyarmenus B , quar mes conseuls ne le m’a[f]porte me porte G mie mie, dist Pelyarmenus B . 💬Nouveau § B
– Dont vueil je savoir, dist Mirus, de combien je serai avanciez se je fais estable de ma partie ceste chose.
– Par foy, dist Pelyarmenus, de ma part ne serez vous avanciez fors de tant que vous desmentistes .i. de mes chevaliersMalquidant, qui dist que vous conseil de fol felon B et de losengier aviez creuz quant vous vous onques B tel letre m’aportastes, et puis si la voulez faire couvenable sanz raison et estable B X2 . »
Quant Myrus entent oÿ B que il n’en avroit autre chose el B , si dist li dist B G :
«  Sire, puisque vous si couvenables estes G que on l’en B .i. B tel mant on ne vous osast ne vous deust l’en B envoier💬La répétition du pronom on, commune à toute la tradition (bien qu’à des endroits différents) se produit dans le cadre d’une structure marquée où l’objet direct (.i. tel mensonge) est déplacé en tête de phrase pour des raisons d’emphase. La répétition du sujet on est probablement liée à un souci de clarté syntaxique, afin de prévenir toute ambiguïté liée à la complexité de la structure – un souci qui se justifie également par le fait qu’il s’agit d’une situation d’oral représenté (où la répétition est plus naturelle dans la parole). Par ailleurs, cette répétition peut aussi être interprétée comme une stratégie visant à maintenir l’ordre syntaxique de base tout en assurant la cohérence dans une structure complexe. Pour plus de détails, cf. Note linguistique., ne souffrez mie que on me face tort ne vilonnie, que, se ainssi est que je puisse ceste chose aventurer comme dit est, que je et mes compaignons en puissons partir sans domage. »

§145 Quant Pelyarmenus s’oÿ ainsi aprochier reprochier G 💬La variante de G reprochier explicite l’emploi spécifique de aprochier au sens d’’accuser’., si respondi dist B :
« Par Dieu, si ferez serez (sic) G vous ! Et je commant au le B ballifGasus, qui ci est, et il qui B volentiers le fera, que il ne sueffre que on vous face nul B tort.
– Sire, dist il, grant merciz. »
Dont fu il B ordené que la bataille devoit estre a l’endemain. Gasus, qui moult liés estoit selonc l’aventure l’aventu|ture V2 toutes aventures B du commandement son seigneurPelyarmenus qu’il avoit eu de lui, vint aus messages et leur dist :
« Biaus seigneurs, vous repairerez repairez V2 💬Nous corrigeons ce qui résulte d’une haplographie. arrieres en Constentinoble, et je meismes vous convoierai, car je me doute de vous. Et nonpourquant, n’avez [159]vous garde se bonne non ne n’i avrez n’avrez B ja mal B sanz moi, de ce vous fai je seurs tout ce soiez asseur B . »
Il ont respondu respondu tuit ensamble que B :
« Sire, granz merciz. Et sachiez que moult en faites a amer »
de ce faisoit il moult a mercier B
! Dont Adont X2 vindrent a leur as B chevaus et monterent et se mistrent en leur chemin et n’ont finé si B vindrent a leur hostiex vers Costentinnoble. Il n’ont atargié si sont venus a leur ostel B . Il fu temps de disner et les tables furent mises.
« Biaux sire, dist Mirus, il vous couvient digner avecques nous demorer avec nous au mengier B 💬Sur la forme digner avec n mouillé, cf. Note linguistique..
– Certes, sire G , dist il, je en seroie blasmez d’aucuns. Et bien sachiez certainnement Car sachiez B que, se ne fust ce n’estoit B pour ceste bataille, aussi volentiers com vous le voudriez en seroie je que vous meismes en seriez B liez. Et encore vous di je que pour l’amour de vous ferai je pour vous ce tele chose B que je je porrai V2 ne feroie pour homme qui soit en y soit de B cest cest mon V2 empire, quar je vous lairai çaiens avec vos compaignons en la garde de vostre hosteGeffroy que je ne feroie pas .i. autre, ainçois seroie saisiz de lui et le menroie au chastelBiau Manoir amont tant que il avroit achevé ce qu’il aroit que vous avez B empris. »
Quant Myrus oÿ ce, si dist :
« Ha ! sire, ja de ceste chose blasmez ne serez, foy que je doi touz a touz B gentis hommes, ains m’en yrai avecques vous, quar assez plus m’i plaist que ci a demourer.
– Et je l’otroy », dist Gasus. Atant Dont B se sont mis a la voie parmi la citéCostentinnoble, qui ja estoit toute esmeue des messagiers de quoi li uns avoit pris bataille, si comme devant de|devant V2 est dit. Moult furent esgardez de dames et [b]de bourgois, et tant qu’il sont venu au chastelBiau Manoir. Dont demoura avec Myrus .i. de ses compaignons, et li autre autre .iiii. B X2 sont repairié repairié a l’ostel B avec leur hosteGeffroy.

§146 Gasus Casus B , qui moult engranz estoit durement B X2 de faire courtoisie aus compaignons, prist Myrus et son compaignonElygius et les mena m. maintenant V2 au chastelBiau Manoir amont. Li mengiers fu touz pres et les tables t. furent V2 X2 mises. Il ont l’ont B 💬Il n’est pas clair à quoi réfère le pronom régime dans B, dans la mesure où on attendrait un pronom pluriel renvoyant à Mirus et son compagnon. Il est probable que B fasse une erreur due à une hésitation entre l’emploi du verbe laver, qui est soit transitif (laver qn.) ou absolu (au sens de ’se laver les mains’, cf. DMF). lavé, puis sont assis au mengier, et sachiez que moult orent et assez V2 G 💬Il est très probable que la leçon de V2G dérive d’un saut du même au même sur assis/assez, qui rend la phrase très elliptique sans être proprement agrammaticale; nous intervenons.. Quant il orent digné, dont furent les tables ostees G . Myrus se traist pres de Gasus et li G dist :
« Que vous samble, sire B , de nostre afaire ? Comment avons nous esploitié besoignié B jusques a ore ?
– Sire, dist Gasus, encore ne voi je point que vous n’aiés bien se bien non B besoingnié selonc ce que les paroles sont courues. Mais de tant vous fai je sage que vous avez a faire a .i. des plus redoutez chevaliers qui soit ne qui onques pieça B onques X2 issist de Romme.
– Et comment, dist Myrus, a il non ?
– Par foy, sire B X2 , dist Gasus, son non moustre bien que il soit autres que bons, quar il est est est V2 apelez Malquidant.
– Par Dieu, dist Myrus, je ne me doute de riens que, se je en champ le tieng, mais que autres de lui B ne s’en melle, que je B avec le droit que je y B ai ne doie faire en partie ma volenté de lui.
– Sire, dist Gasus, dites moi vostre non💬L’explication de la signification du nom de Malquidant, un personnage secondaire et malveillant, contraste avec l’ignorance du nom de celui à qui Gasus a pourtant promis loyauté et aide, comme une opposition entre une sphère non courtoise, celle des méchants qu’on reconnaît à leur nom, et une sphère courtoise, celle des bons qui cachent leur nom., quar nices sui ai esté B que je ne le vous B ai demandé et vous savez bien le mien.
– Sire, [c]dist il, on m’apele Myrus, et fui nez je et mi compaignon en la terre de B Bretaigne.
Voire ? dist Gasus En Bretaigne? dist Gasus. - Sire, voire B . Et comment a non vostre compaignon ?
– Sire, dist cil, on m’apele Elygious Eligius B Eligions G X2 💬Il ne nous paraît pas nécessaire de corriger ce nom propre. La difficulté de sa graphie s’explique facilement : il s’agit de la première occurrence du nom dans le roman..
– Par foy, dist Gasus, merveilles oy que vous en Bretaigne fustes nez. Et vos autres B compaignons, dont sont il ?
– Sire, nous sommes touz d’un paÿs et d’une terre. »
Quant il oÿ ce, si leur demanda en quele maniere il estoient venus a Helcanus. Lors li conta Myrus l’aventure comment il avoient fait la bataille entre lui et Helcanus, li uns pour le seigneur de Mal PasSeigneur du Mal Pas et li autres pour la pucelle du Viez CharDemoiselle du Vieux Char, et tout aussi comme il est dit devant ou compte, et comment Clyodorus le trouva et lui avec euls, qui B estoient venu pour lui faire aide.
« Par foy, dist Gasus, ci a gente aventure, et moult faites a prisier, et aussi fait celui a qui vous estes. »

§147 Ainsi ont parlé ensamble tout le jour de ces choses. Pelyarmenus, qui au Biau Manoir estoit, o lui grant plenté de ses barons, appella Malquidant, son le B chevalier qui Myrus avoit apelé de la bataille. Lors li dist :
« Amis, venez avant et me dites que il vous est aviz siet B de cest chevalier qui ainsi s’est pouroffers devant moiMirrus.
– Sire, dist il, sachiez que je sui moult liez de ce que il a empris, quar bien sachiez que moult ert ainz demain heure de tierce vespres B em[d]piriez de ses plaies.
– Ore y parra, dist Pelyarmenuz, que vous ferez. Par Dieu, je vous ai en couvent que, se vous au B desseure de lui pouez venir, je vous acroistrai vostre terre touz les jourz de .x. besanz rente de .x. b. chascun jor B 💬On reconnaît là la logique de Pelyarmenus, qui est aussi celle de Dyalogus qui soudoie le pêcheur au début du roman. Pelyarmenus ralliera de la même façon de nombreux barons à sa cause, cf. §746..
– Sire, dit il, granz mercis. »
Lors ont aucuns dit :
« Sire, ou volez vous que ceste bataille soit ?
– Je veul, dist il, elle elle ele V2 qu’elle B G X2 soit en celle praeriePrarie des Biaux ci dehors. Et mandez a Gasus que il face si G bien ordener B ordenne si bien X2 la chose B et si a point G aparaut si bien la chose et si ordeneement B que je n’en soie repris d’omme qui vaille, quar je sai bien que li messagesMirrus ne s’en puet partir torner B sanz domage. Et se ainssi estoit qu’il en venist au desseure, tout cil soient honni qui mon pain menjuent menguent G se il l’en laissent aler a coroies ointes desointes B !💬Le passage n’est pas évident, comme l’atteste la varia lectio ( variantes m’envient/menguent et les antonymes ointes et desointes). La variante de G semble la meilleure à en croire la leçon conservée au §149 et la congruence entre un verbe culinaire et la référence au pain, même si le sens culinaire est ici métaphorique. Manger du pain de qn. signifie ’être en bon rapport avec qn.’ (DMF, où la formule est attestée dans un contexte assez proche du nôtre: un frère demande aux siens de le venger). L’expression s’en aler coroies ointes est quant à elle attestée au sens de ’s’en aller sain et sauf’ (TL II, 883, 26). Dans ce cas, la variante de B est un contre-sens, car Pelyarmenus maudit tous ceux qui laisseraient aller le messager du camp adverse sain et sauf.  »

§148 💬Pas de nouveau § BQuant li ancien l’ont entendu oÿ B , si se sont arriere trait et distrent que non feroient feroit B il. Dont monta .i. chevalierMalquidant et ne fina si vint en Constentinoble la cité de C. B . Cil estoit amis a Gasus. Il vint a lui et li dist que Pelyarmenus vouloit que la bataille si B G X2 fust en la Prarie des Biaux Abiax B et que il pourveist tel le B lieu qui par quoi il B quil G fust convenable, si que il n’en fust repris de nului qui vausist. 💬Nouveau § BGasus, qui doutoit ce qui avenir pooit, vint au chevalierMalquidant et li dist :
« Sire, je me doi moult en vous fier, et si fais je. Foy que vous devez a Dieu, savés vous nient de mon seigneurPelyarmenus, se li messagesMirrus s’en porroit aler neent partir B sanz domage, se ainssi estoit que li chevaliers qui doit faire la bataille venist [e]au dessus il venist au deseure B de sa besoingne ?
– Foy que je vous doi, dist il, j’ai entendu de mon seigneurPelyarmenus, mais que ce soit conseil, que, se li messagesMirrus avoit victoire, que B il savroit bon gré qui vilonnie li feroit.
– Ha ! dist Gasus, que l’en se puet en lui ci B petit fier ! Et je vous ai en couvent, dist il Gasus B , que, s’il en y a nul qui vilonnie li face ne chose descouvenable est nus qui y face chose qui ne soit couvenable B , que il n’i avra nul B pire anemi de moi, quiconques ce soit soit cil B qui li le B face.
– Par Dieu, dist cil, et je l’otroi. »
Dont s’en vint Gasus au lieu et l’a fait aprester moult gentement. Dont s’en vint au Biau Manoir et s’est aparuz se apparus G a devant B Pelyarmenus. Et tantost que Quant B il le vit, il est venus a lui et li dist :
« Sire, je moult B vous loeroie que vous ceste bataille feissiez faire si souffisaument que vous n’en fussiez repris d’omme qui vausist ne pres ne loing.
Gasus, dist il il V2 , doutez vous dont que ainssi ne vueille je que il G soit fait ?
– Sire, dist il, je non, mais je doute d’aucuns, se il cuidoient ou B veoient que Malcuidant en eust le pieur, qu’il ne se metent avant, par quoi vous en soiez blasmez et que B vous en fussiez trouvez en vostre tort.
– Par Dieu, dist Pelyarmenus, je ne le voudroie mie. Et je vous commant et ai fait autre foiz B que vous si bien soiez pourveuz par quoi nuls tors n’i puisse estre X2 fais.
– Sire, dist il, volentier le ferai. »
Atant s’est de lui departiz et a cueilli a acueilli G chevaliers et serganz tiex [f]que il cuidoit cuida B que bien que V2 bien il miex B se peust deust G en euls fier. Dont leur commanda que il fussent a l’endemain tout prest pour fournir ceste besoingne dont il les requeroit avoit requis B . Il respondirent li r. X2 touz que ja de ce ne se doutast. Il en vint arriere a son hostel et dist a Myrus ce que il cuidoit cuida B que bon fust.

§149 Pelyarmenus, qui .i. frere avoit, tel comme devant est dit, lequel estoit apelez Dyalogus, cil B 💬Reprise du sujet (cil) après de nombreuses incidentes, cf. Note linguistique. oÿ la parole en tele maniere comme dit est il l’ot parlé B que tous ceuz fussent honni qui son pain menjoient s’il en laissoient aler le messageMirrus a coroies desointes. Cil a dit a lui meismes que il fera une partie de la volenté son frere, se il onques puet. Et cil estoit Cil avoit non Dyalogus et estoit B 💬Cil désigne Dyalogus, comme le précise la variante de B. tiex que par raison, se il estoit traitres et mauvais, il ne fourlignoit mie💬L’emploi du verbe fourligner rappelle la parenté entre Pelyarmenus et Dyalogus, son frère bâtards, tous deux représentants du dévoiement de la lignée du Cycle.. Cil a fait une cueillete de traitres et de mavais ribaus💬Faire une cueillette de personnes, c’est-à-dire une levée d’hommes, est une construction premièrement attestée dans le Roman des Sept Sages et le cycle qui en est issu (Gdf II, 391c). Dans les exemples tirés de cette tradition, on cueille plutôt des gens de bien que des traîtres. Cet emploi est probablement caractéristique de la manière dont le Roman de Pelyarmenus renverse le Cycle, et plus particulièrement de l’opposition entre la levée d’hommes par Gasus, d’un côté, et Dyalogus, de l’autre. et leur dist que, se il vouloient servir Pelyarmenus a gré, que il fussent a l’endemain appareillié pour le chevalierMirrus metre a mort qui ainsi s’estoit pouroffers contre lui et qui la bataille devoit faire pour faire la bataille G contre Malcuidant. Cil ont respondu que il ne s’en porroit mie legierement G partir sanz perte, ja si bien Gasuz ne l’en s’en B savroit porroit G garder. Et celle manie furent bien .iic., que gentil homme G que vilain. Ycelui jour passa, et l’endemain vint que Gasus fist aprester Myrus. Et sachiez que il fu moult [160]a sa volenté, et B d’armeures et de cheval, et tout aussi furent si compaignon et furent il furent B tout apresté G . Gasus le fist au mieus que fu si com B il le pot pot miex B faire. Et encore avec tout ce fist aprester tout aussi furent B cent serganz hardiz et preuz. Et sachiez que la citez fu moult estourmie d’uns et d’autres, meismes de bourgois, de dames et de damoiseles qui vodrent voudroient V2 G veoir le champ de la bataille. Pelyarmenus, de l’autre part, avoit fait faire G bon grant B hourdeiz et fort, quar il vouloit que il y eust dames et pucelles de la cité et de hors meismes, et y fu sa femme a tout grant plenté de compaignie.

§150 Gasus se mut s’en vint G de son hostel chastel B , a tout Myrus, et estoient moult gentement qui moult g. estoit B atourné. Il furent grant plenté de plen|de X2 chevaucheurs qui devoient le champ parc B garder. Lors s’en vindrent S’en vint B tout contreval la ville. Qui dont veist uns et uns X2 et autres des aus B fenestres et B des soliers G pour B Myrus esgarder, bien peust dire qu’il metoient grant paine a lui veoir. Li uns vins (sic) V2 disoit :
« C’est li plus biaus chavaliers B du monde ! »
; li secons redisoit l’autre disoit G :
« Bien resamble samble B G chevalier adroit ! »
; li tiers l’autre G disoit que moult faisoit .i. tel homme G a douter doutel (sic) V2 ; et li quars redisoit prioit B disoit G 💬Dans redisoit, le préfixe re- signifie ’pour sa part’. que Dieus li donnast l’ouneur de la bataille, quar trop estoit Malquidant felon et outrageus tenuz de touz B X2 . En tele maniere comme je vous ai dit B X2 avoit grace grarce V2 de chascun G . Tant ont chevauchié ch. en tele maniere V2 💬Nous intervenons en vertu de la lourdeur de l’expression Tant on chevauchié en tele maniere, associée à la présence du segment en tele maniere juste avant (qui a donc pu être répété par mégarde) et au fait que la leçon de V2 est ici isolée. [b]que il sont venu ou champ, et fu mis B Myrus en son lieu, mais moult pria avant aus dames et aus damoiseles, dont il fu moult esgardez et moult conjoïs covoitiez B des plus souffisans G , que il priassent a B Dieu que Il li aidast selonc droiture et donnast victoire donnast victore s. d. B . Sachiez que dont G y ot moult poy de ceuz qui ne priassent aient prié B pour lui. Meismes la femme Pelyarmenus, qui Ysidoire avoit non, dit en son cuer : Ja Dieus ne vueille souffrir que tu y soies ne B mors ne vaincus par homme nul B X2 , quar moult iés biaus de cors a veoir B , et li cuers me dist que moult iés preudoms et de moult haut bon B afaire.

§151 A ceste parole vint Pelyarmenus a tout Malquidant, et avec lui B grant plenté de barons; et moult se contint Malquidant gentement a l’entrer ou champ, et bien sambloit homme de grant hardement et de grant prouesce. Dont chevacha💬Réduction de la diphtongue -au- > -a-, cf. Note linguistique. tout entour et [c]pria aus dames et aus damoiseles pucellez G que il priassent que G B 💬La leçon de V2X2 est répétitive par l’emploi redondant du verbe prier, mais elle est plus correcte: Pelyarmenus demande aux dames et demoiselles de prier pour lui. Dans ce cas, la forme du pronom personnel sujet il vaut pour eles (Ménard, §54). Dieus li l’en B que li G donnast l’ouneur. Li G auquant l’ont fait et li autre ont prié G a Dieu que Il y a Dieu que Il y V2 que Dieu y B G 💬 La force stemmatique n’est pas suffisante pour justifier une intervention d’après BG. Il est possible que G ait modifié la syntaxe de son modèle, partageant fortuitement la leçon de B. meist pays. Dont s’en vint Gasus a Peliarmenus V2 G 💬L’absence du complément du verbe s’en vint "il vint vers qn." et la probabilité d’un saut du même au même sur -us nous incitent à intervenir. et li dist :
« Sire, je veul que li bans soit orendroit B X2 criez de par vous et de par moi que il n’i ait nul si hardi en toute l’ assamble assemblee G B X2 💬Les dictionnaires enregistrent des exemples d’assamble sans -e final (DMF; DEAFpré VoeuxPaonR). seur la vie perdre qui ci soit en armes s’il n’en est requis de par moi.
– Je l’otroi », dist Pelyarmenus. Dont fu crié esraument B X2 seur la vie perdre a p. B que il n’i eust nul nul n’i eust B qui armez fust se ce n’estoit le par le B X2 💬Nous ne corrigeons pas le congié en par le congié. Dans notre texte, se ce n’estoit est sémantiquement proche de "sans" et l’existence d’une construction sans congé de qn. est attestée (DMF). congié ›t‹[c]ongié V2 du baillifGasus. Quant Dyalogus sot ce, si ne volt mie trespasser le ban, mais il ne se moustra en nule maniere mie B X2 , ainz fu furent B embuchiés en un lieu moult privé X2 , la ou Myrus ne peust se peust G , en nule maniere qui fust B X2 , repairier en la cité de Coustentinoble B X2 se par euls non.

[9] Comment Myrus se combati encontre Malquidant por Helcanus son seigneur deffendre B .

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Enluminure de 16 UR sur deux colonnes. Mirus se bat contre Malcuidant pour défendre Helcanus.

§152 [d]💬Pas de nouveau § B Ci endroit dit li comptes que B , quant li dui chevalier champion B Myrus et Malquidant B furent ou champ en la maniere comme dist est devant, Myrus s’en vint a Pelyarmenus moult affaitieement a. sus son cheval B et li dist :
– Sire, veez me ci l’escu au col, le glaive el poing, l’elme lacié, armé de toutes armes comme chevalier le puet mieus faire, si comme pour moustrer demonstrer G la besoingne b. et le mesage B de mon son B G de son X2 seigneur G . Et s’il estoit nuls qui vousist dire que bien ne l’eust fait et que je bien ne l’aie fait et B le mandement que je vous ai aporté porté G de par lui B X2 ne soit estoit G couvenables et sousfisans B X2 et que onques ne vint de traïtour ne d’omme nul B X2 qui ne soit loiaus et B souffisanz, je sui cilz qui le ferai de mon cors contre le sien estable. »
Dont s’en vint Malquidant a lui et li dit :
« Sire, vez me ci moi B tout prest, qui di et ferai estable que celui qui cest tel B mandement vous a envoié a creu conseil de felon traïtour et de t. B et que vous ne feistes onques a nul jour B X2 envers lui ne envers les siens chose nule dont il vous deust en nule maniere X2 tel mandement envoier par quoi il vous deust avoir envoié tel mant B . Et si di que cilz qui le vuelt faire couvenable est traitres et B mauvais, et l’en rendrai en hui en B cest jour recreant corpable B devant vous B X2 , ou [e]je meismes demourrai y d. B pour tel comme je di. »

§153 💬Pas de nouveau § BQuant il orent ce dit, si fist on le ban crier B qu’il n’i eust nul si hardi qui n’isist du champ fors que ceulz qui combatre se devoient B . Il firent moult bien cestui commandement, quar nuls n’i demoura fors les .ii. champions qui combatre se devoient X2 se li dui champion non B et .iiii. autres : l’uns ce B X2 fu Pelyarmenus, et le baillifGasus, et .ii. haus autre dui grant B hommes qui estoient des plus gentilz seigneurs de toute la cité de Constentinnoble B , qui aussi bien estoient de l’une partie comme de l’autre. Et si sachiez tout certainnement que, quant la bataille dut estre commenciee, que li dui chevalier furent mis d’une part et Pelyarmenus et le baillifGasus de l’autre part B 💬La rupture entre Pelyarmenus et Gasus, entre le mal et le bien, est plus qu’officielle.💬Il est inhabituel que B omette des portions de texte aussi étendues. On ne peut pas exclure la possibilité de deux sauts non erronés: le premier sur qui, le second sur de l’autre..

💬Rubrique + enluminure + initiale ornée B : "Ensi comme Mirus fist la bataille en Constantinoble contre Malcuidant."

§154 Dont Mont G furent maintenant B X2 d’euls quatre mis li doi chevalier en leur lieu. Dont se sont moult noblement merveilleusement n. V2 B X2 💬Nous corrigeons V2 car la présence de deux adverbes successifs en -ment nous semble erronée (soit la faute remonte à l’ancêtre de V2G, et G la corrige, soit il s’agit d’une faute propre de V2. poli en leur armes. Et sachiez que d’eulz .ii. ne peust on onques ainç mais B nul B X2 jour de cest monde atendre nule B X2 plus cruel bataille ne nule X2 plus fiere, quar car li contes dit que B , quant ce vint aus chevaus poindre des esperons et B X2 , il orent les escus embraciez et les glaives empoingniés. Il s’entrevindrent s’en vindrent B X2 tant aigrement li uns contre vers B X2 l’autre que merveilles fu que B X2 on ne sot l’eure. Si se sont furent B entrencontré si cruelment que li escu fendirent et volerent em [f]pieces, et s’entrencontrerent de si grant vertu que li cheval s’entreoccistrent, et euls meismes de corps et de pis s’entrehurterent s’e. si et V2 en tele maniere que les hiaumes leur volerent des chiés, et furent adont tel si B tel X2 mené que il ne sorent en nule guise B X2 qu’il leur fu avenu ; mais gaires ne furent en tele maniere, et a chascuns esraument B X2 son hyaume remis mis G en son chief moult apenseement, et puis mistrent les mains aus espees et ont B maintenant B X2 les escus embraciez, puis B s’en vindrent li uns vers l’autre en telle maniere comme se il ne s’entreredoutassent de nule riens du monde X2 riens ne s’entredoutassent (sic) B .

§155 💬Pas de nouveau § BLors peust on veoir dure escremie et pesme, quar tout aussi feroient li uns seur l’autre et de tel force comme se maintenant vousissent morir chascuns par samblant. 💬Nouveau § BMalquidant, qui plains estoit de tres grant chevalerie, hasta Myrus a ce qu’il le meist du tout esraument a comme du t. au B souffrir mort. Ce virent li auquant et qui B X2 bien cuidoient cuidierent B X2 certainnement B X2 qu’il ne deust plus mettre deffendement deffense B en lui, mais en assez petit d’eure aprés pot on bien veoir la chalenge que il y mist, quar, si comme je truis lisant le sang G , Myrus, qui avoit resorti contre Malquidant en tele maniere, li vint seur le pis tout a .i. fais et le hurta de si grant force que il l’abati tout envers en tele maniere l’abati envers de si grant force B que on cuida bien que il fust crevez. Myrus, qui de pres le hasta son cop sui (sic) B , li [161]sailli sus la poitrine en tele maniere qu’il n’ot pooir de lui desfendre. La li dona il tant de cops que il li embati embarra B le hyaume en la teste; et quant il l’ot en tele maniere si B maistroié, si li deslacha le hyaume et puis li dist que il se rendist recreant ou il li couperoit le chief. Et cil li B X2 dist que de lui pooit il fere son commandement, car il n’avoit pooir de lui desfendre.
« Dont veul je, dist Mirus, que tu te desdies de d. B ceulz que tu as apelez traitres et mauvés et de B moi aussi, qui ai fait le message.
– Ja par Dieu, dist il, ne m’avendra que pour paour de mort recevoir a r. B en soie ja desdiz. »
Dont n’entendi n’atendi B Myrus a el fors que tant que il en eust ot B le chief pris et le demoustrast moustra B moustrast X2 au pueple.

§156 Quant cil qui el parc quel part (sic) G estoient ont ce veu, si sont sailli avant, et meismes ne fust B Peliarmenus, qui de ceste chose s’est moult esmerveilliez esbahiz B . Gasus et li autre dui sont venuz a Mirrus et li distrent que assez en avoit fait. Lors sont si compaignon venuz a lui et l’ont moult conjoï, comme celui qu’il ne cuidassent cuiderent B cuidoient X2 jamais ravoir en vie. Dont commanda Peliarmenus que Malquidans fust pris et portez en une abbaÿe qui pres d’ilec estoit la pres B . Quant li baillizGasus oÿ ce, si il B ne pot aler a l’encontre encontre B , car autrement en eust il fait autre chose. Et dont vint a lui uns messages, qui li dist :
« Sire, sachiez qu’il a grant gent embuschiez au Més Guichart.
– Qui sont il ? dist Gasus.
– Sire, ce X2 dist il G , je croi que ce soit Dyalogus de Romme. »
Lors fu Myrus remontez sus .i. che[b]val, comme celui qui n’avoit plaie ne bleceure dont il se dolust. Dont a fait Gasus sa gent metre d’une part et leur dist qu’il se souffrissent tant que il eust parlé a Peliarmenus. Il s’en vint a lui et li dist :
« Sire, on me donne fet B a entendre que Dyalogus a gens cuilliz pour faire vilanie a ces chevaliers gens G de Frise.
– Biau sire, dist il, et qu’en tient il a moi ? Lessiez m’en em pés, bien vous en couviengne ! »

§157 Quant il entendi ceste sa B response, il si B X2 s’en vint a sa gent sanz plus dire et leur dist :
« Biaus seigneurs, ou preudomme ou traïteur, je vous ai touz pris pour droit conduire si avant que chascuns le sache. Il est ainssi que nous sommes ci assemblez pour garder le droit de chascun. Si le faisons comme preudomme, car encore nous porroit il avoir grant bon B mestier. Vez ci ces chevaliers qui sont a Helcanus, qui est filz Cassidorus l’empereeur de Costentinnoble l’empereur Cassydorus B , qui encore est en vie, si comme je l’entens selonc ce que j’entent B . Et il se sont bien escondit de ce que on leur a mis metoit B sus, si comme de cel champ qui est outrez. Si sont aucun au Més Guichart, qui en sus B nostre conduit les cuide cuident B 💬Sur l’effacement de la marque -nt dans V2GX2, cf. Note linguistique. metre a mort. Si vous pri a touz ensemble que vous soiez preudomme en tele maniere que je les puisse mener a ssauveté. »
Cil ont respondu que de ce ne se doutast il mie et que tout aussi avant com cil yroient yroient il il yroit il yroient B , que ja n’en seroit espargniez ne bas ne frans. Et [c]dont se sont mis [...] V2 a la voie [...] V2 au retour X2 moult ordeneement ordeneem[...] V2 . Et quant il vindrent endroit le au G Més Guichart Gasus el premier chiés. Quant il vindrent endroit le Més B , dont sont cil sailli hors, les glaives empoigniez et les targes a leur colz cops B pendues G . Et quant Gasus les a veuz, si leur a dit dist B :
« Comment ! Biaus seigneurs, voulez vous faire tel outrage en mon conduit ?
– Par Dieu, dist li uns, se vous le traïteur ne nous rendez, mal l’enmenrez sanz nostre volenté ! »
Onques si tost cil n’ot la parole dite que Mirrus hurta le cheval des esperons espourons X2 et vint a lui, le glaive baissié abaissié B , en tele maniere que onques cil il onques B ne se sot si bien garder que parmi le cors ne li ait mis et fer fer B le fer G et fust. Dont n’i ot plus resne tenue tenu B G ne d’une part ne de autre, ainz si B se sont entremeslé contre eulz si sont entremellé tant B aigrement que il n’i ot nul d’eulz entr’euls B qui n’eust moult a faire. Qui dont veist Gasus cerchier les traïteurs l’un aprés l’autre l’a.chastier B les rens et les traïteurs G , bien peust dire qu’il ne les amast mie de tout son cuer, car, si comme il apparut li parut B , il en mist V2 💬La construction de V2 il en a mort ("il en a tué") est un peu raccourcie par rapport à celle des trois autres manuscrits. a mort de tiex ceuls B le jour qui moult cuidoient estre si ami, mais riens ne leur B X2 valut, car il amoit miex la mort de ceulz d’euls B que la destruction des Bretons. Tout aussi fesoient li autre qui le champ orent gardé, car il n’en y ot nul qui grant paine ne meist a metre les traïteurs aus traïteurs metre B au dessouz. Et sanz faille bien y parut, car eulz meismes se fesoient occirre et detrenchier, et trop estoient li felon fort, car touz jours cuidoient avoir secours et aide comme cil qui cuidoient avoir secours B de Peliarmenus.

§158 💬Pas de nouveau § B[d]Mirrus et si compaignon virent que li preudomme se fesoient occirre pour eulz e eulz V2 , si s’esvertuerent chascuns endroit soi. Dont n’en y ot nul qui leur ses B cops G osast atendre. Myrrus vit Dyalogus, qui des siens li fesoit grant damage. Il s’est tournez vers lui et fiert le cheval chevaus X2 des esperons, l’espee ou poing, l’escu embracié. Quant Dyalogus le vit venir, sachiez qu’il ne l’a pas refusé, ainçois se sont si grans cops donnez que les escuz depecierent et les hiaumes froissierent fauserent B ; les espees, qui furent dures et pesanz, les ont aussi comme estounez. A cel cop vint .i. breton qui Elygius avoit non. Cil prist en tele maniere Dyalogus que, vousist ou non, li couvint les estriers guerpir. La eust esté sa besoigne faite B et sa fin venue, mais trop aigrement tost G fu rescouz secourus B des siens de ses gens G .

§159 💬Pas de nouveau § B Que vous yroie diroie V2 G je la besoingne atargant G ? Tant ferirent les uns l’un B sus les ›s‹[l]es V2 autres l’autre B que moult fu li plus fors afebloiez foible G . Mes en la fin, par la prouesce de Gasus et des Bretons, mistrent il ceulz a la voie et n’i ot nulz d’eulz qui touz liez ne fust qui quant il B em peust pot B X2 la vie emporter porter B . Gasus et li sien se sont retrait vers la citéCostentinnoble et n’ont finé si sont venu au chastelBiau Manoir parmi la ville. La a fait Gasus sa gent descendre. Et sachiez que moult en y ot de bleciez et de navrez, et meismes des leur en y ot occis .vi., dont il ot moult grant douleur en la cité, car leur li[e]gnage le sot. Dont s’en sont bien armé .ccc. qui la verité sorent de la traïson que Dyalogus avoit faite fait B . Dont sont a cele heure issus aus champs pour ceulz atraper, mais il leur fu dit que il s’estoient destourné si se destornerent B 💬Cette référence au changement de direction de Dyalogus et de ses hommes est symptomatique de leur déloyauté.. Quant il sorent ce, dont orent conseil que il se prendroient au cors Peliarmenus meismes. Il vindrent au Biau Manoir et li firent asavoir que, se il ne leur rendoit ceulz qui cele traïson avoient faite fait B par quoi leur amis estoient occis B , que il se prendroient a son cors lui G meismes.

§160 Quant Pelyarmenus oÿ ce, sachiez que moult fu esbahiz💬L’étonnement de Pelyarmenus souligne le renversement de situation, qui lui est défavorable. C’est en effet la première fois qu’il est menacé directement, dans son intégrité physique. Mais face aux menaces, il s’en sort toujours, en adoptant un discours qu’il ne voulait pourtant pas entendre de la bouche de Gasus, celui de la prudence, selon sa grande habileté tactique.. Dont s’apensa que il B li couvenoit humilier. Il en vint a eulz et Si G leur dist :
« Biaus seigneurs, gardez vous de faire folie !
– Par mon chief, sire, dist li uns, nous vous faisons bien asavoir que, se vous soustenez les traïteurs qui nos cousins ont occis, nous en prendrons prendront G vengement en tele maniere que ja ne demorrons vostre ami.
– Par Dieu, dist il, et je l’otroi, car par mon los et par ma volenté n’en ont il fait ce que il en ont fait il n’ont fait ce que fait en est B ne l’ont il pas fait G 💬Le copiste de G opte pour une formule plus courte, plus simple et surtout moins redondante. La répétition du verbe faire permet cependant à Pelyarmenus de s’innocenter avec plus d’insistance, et au narrateur de laisser poindre une forme d’ironie vis-à-vis de la mauvaise foi de Pelyarmenus qui dit l’exact contraire de ce qu’il a justement fait.. Et se il est ainssi que vous puissiez tenir prendre ne t. B nulz de ceulz qui au fait fussent, je les vous habandonne.
Bien dites, distrent firent B il G  ». Atant sont repairié r.arriere B et G ont mis ceste chose en respit. Gasus, qui moult yriez estoit de ceste chose que on avoit faite fait B aus messages, si leur dist :
« Biaus seigneurs, or ne vous esmaiez, car sanz moi n’i avrez vous garde g garde V2 .
– Sire, distrent il, bien [f]y a paru ! »
Dont furent ses plaies cerchiees de desarmé et firent leur plaies cerchier a B bons mires m.de la cité B , qui moult mistrent y ont mis B grant cure a lui et a ses compaignons B , et distrent qu’il les rendroient touz sainz dedenz .viii. jours, que ja le chevauchier n’en lairoient. Gasus en cel jor meismes s’en vint mesmez s’en vint ce jour G au Bel Manoir. Et quant Pelyarmenus le vit, si l’apela et li B dist :
«  Amis A., por Dieu B , comment avez vous esploitié ?
– Ha ! sire, dist il, pour Dieu, mauvesement malement B est la chose alee a vostre oés.
– Comment ! dist il B .
– Et ne savez vous que comment B Dyalogus a fait son pooir de metre a mort ces chevaliers qui ci G sont envoiez ?
– Biau sire, dist il, de chose que Dyalogus ait faite ne li autre aient fait B , je n’en tiens de riens a moi je neent en trai a moi B il n’en tiens (sic) de moi rien G 💬L’erreur d’accord de G sur tiens provient probablement d’un changement de personne vers un passage de l’expression peu commune je n’en tiens ("je n’en possède rien en propre") à la locution plus courante tenir qch. de qn. dont le sens est très proche de la leçon de B..
– Par foi, dist Gasus, toutevoies est ce grant honte a vostre oés, car ce ne cuident cuiderent G il mie.
– Ne m’en chaut, dist il, pour eulz m’en est petit, mais pour ceulz de Costentinnoble qui mort y sont, dont leur ami m’ont moult V2 aprouchié, dont j’ai grant de quoi je suis en B doute. Et gardez que vous m’en descorpez ! Et Car je B vous commant que que|que V2 B , se vous en pouez nul prendre, que vous leur delivrez.
– Par Dieu, dist il, bien dites. Et je le ferai volentiers. Et Mais B que voulez vous que je face de ces messages ? Car il sont moult navré et blecié. Si n’en faites chose dont vous soiez n’en s. G blasmez, je car je B le vous lo.
Gasus, dist Peliarmenus, vous savez bien quel mandement cilz m’a fait. Et sachiez que je moult folz seroie se je hors de ma force aloie la a. B pour moi metre en abandon de ma vie perdre. [162]Sachiez que, pour chose que je encore en ne B X2 sache, je ne lairai l’empire devant que plus fort m’en getera.
– Dont n’i a a el B , dist il, autre chose fors B que vous ceste chose remandez mandez B arriere par vostre lectre, sanz plus pis B faire leur que fet en avez que l’en fait leur a B que//avez X2 .
– Je le veul », dist Peliarmenus. Atant se parti Gasus de lui et revint arriere G en Costentinnoble aus messages et leur conta ce qu’il avoit trouvé em Peliarmenus.
« Par foy, dist Mirrus, poi nous poons loer d’aucuns de cest païs, car et B moult de tiex en y a. »
Dont ne se pot tenir que Myrus que B il n’ait contee conté B l’aventure de Ascanus comment ele leur estoit avenue qui leur estoit avenue d’Ascanus B .

§161 💬Pas de nouveau § BQuant Gasus l’entendi, si dist :
« Ha ! du traïteur, pourquoi le m’avez vous celé si longuement ?💬 Ha! du traïteur... longuement?: "Ah! ce qui concerne ce traître, pourquoi le m’avez-vous caché si longtemps ?"
Par foi, ce B dist Mirrus, porce que pource, dist Mirus, que G nous ne savons envers qui nous faisons ne B mal i mal V2 ne bien, car nous doutons doutions B qu’i ne fust si vostre nostre B ami qu’il ne vous en anuiast.
– Or sachiez, dist il, que il est si mes amis que de chose dont je n’i aie a meller il il n’est tex que il B ne s’en ose entremetre.
– Par Dieu, ce dist Mirrus, de ce sui je moult liez, et bien vous sera guerredonné B . Et sachiez qu’il nous fera encore a souffrir, se il en a le pooir.
– Je vous ferai avoir bon conduit, dist Gasus, que ja tel ne sera que que il B mal vous face ne ne ne B face faire.
– Sire, dient distrent B il, granz merciz. »

§162 Ainssi avint que li més furent avec Gasus tant que il furent bien gueri. Et quant ce vint [b]au congié prendre, Gasus leur fist si toutes leur besoignes que bien cuidierent avoir a. savoir V2 sauf conduit par la lectre terre B X2 💬La leçon de V2G correspond plus exactement au contexte de droite qui évoque l’existence d’un message envoyé à Ascanus. Cependant, l’expression de BX2 avoir sauf conduit de la terre est plausible; elle désigne que le chemin est libre et assure une voie saine et sauve., car Peliarmenus avoit envoié et mandé B a Ascanus qu’il n’eussent garde de lui. Mais Dyalogus, qui n’estoit mie recreanz de son malice, s’estoit embuschiez en la Forest de Vulgue a tout .c. traïteurs, qui touz avoient esté en l’autre aguet en tel maniere comme vous avez oÿ. Gasus, qui les messages avoit asseurez et qui de ce garde ne se donnoit mie ne s’en doutoit, a les messages asseurez B , si leur dist que hardiement s’en pooieent repairier repairierier V2 , car il n’avoient garde de nului. Dont se sont asseuré apresté B et G ont pris congié de la a euls B G d’els X2 💬On prend plus couramment congé de quelqu’un que d’un lieu. On note toutefois une attestation de prendre congé de qq. part, à la fin du XVe siècle (DMF). Le caractère inhabituel de la formule explique peut-être l’omission de G. et se sont mis en leur chemin, si n’ont finé par leur jornees tant que il se sont approchié de la forestForestVulgue, qui moult grant estoit, si comme devant est dit. Par aventure por toutes aventures B qu’ilz sont venus en la Forêt de Vulgue G il furent de leur armes garni, si sont entré en la forestForestVulgue par ou que B il estoient venu G . Dont n’ont n’orent B mie granment g granment V2 chevauchié quant i quant V2 il ont encontré .i. escuier qui leur dist :
« Ha ! seigneur, tout estes mort se vous plus avant alez.
– Comment ! dist Mirrus. Amis, et que as tu veu ?
– Par foi, ce dist cil, ci devant sont embuschié .l. armeures de fer qui n’atendent se vous non. »
Quant Mirrus oÿ ce, si fu touz esbahiz et dist :
« Amis, porrions nous par ailleurs aler passer B ?
– Par Dieu, dist cil, oïl. Je vous menroie bien par ailleurs, mais que ma poine y fust sauve.
– Par [c]Dieu, ce dist Mirrus, amis, bien te sera guerredonné. »
Dont s’est cil mis au chemin au travers de la forestForestVulgue B X2 et leur il B dist que il le suivent suivissent B , et il si firent. Et tant chevauchierent que chevauchie|que V2 ont chevauchié que B X2 💬D’après le passage à la ligne après chevauchie, il est très probable que la bonne leçon sur laquelle V 2 commet une erreur était chevauchierent. Il pourrait aussi s’agir d’une faute commune (omission de ont) à laquelle G a réagi en changeant le temps. Quoi qu’il en soit, le passage est fautif; c’est pourquoi nous adoptons la leçon de G. il furent moult esloignié moult sont loing issi B de leur chemin. Dont les a cil menez en .i. parfont val ou Dyalogus estoit a tout ceulz dont je vous ai devant dit. Quant il y furent, si sont sailli et devant et derriere et ont les messages assailliz.

§163 💬Pas de nouveau § BQuant Mirrus et si compaignon ont ce veu, si ont reclamé reclaiment B Dieu, car il virent bien que cil les avoit traÿs et que leur vie estoit alee. Adont se sont touz mis ensemble, et cil les ont assaillis assailliez V2 devant et derriere de toutes pars G , mais bien sachiez que G il ne se lessoient laissierent B approchier, ainz se sont tant deffendu que il leur ont occis .x. des leur avant que nulz des lor d’eulz leur V2 y fust bleciez ne navrez G . Et quant Dyalogus vit qu’il se desfendoient si aigrement, si a ses traïteurs escriez et dist :
« Seigneurs, vous lairez vous en tel maniere occirre a💬Comprendre "par". Ménard, §316, 3, rem. note que l’emploi de a pour introduire l’agent du verbe passif est rare. ces ribaus ? »
💬Dyalogus, comme Perlyarmenus, inverse toujours la réalité, en désignant par ribaus ceux qui devraient le désigner ainsi. Dont se sont esvertué et ont feru seur eulz en tele maniere que seur chascun en feroient ferirent B feroit G bien .x., et qui n’i pooit avenir, il y ruoit.

§164 💬Pas de nouveau § BEn tele maniere feroient cil seur les Bretons. Et quant Mirrus vit que morir le couvenoit, si s’est esvertuez et feri cheval des esperons. Il estoit richement montez au miex de touz. Il se feri parmi eulz et commence a cerchier les rens feri B a destre et a senestre, [d]en tele maniere que il n’i ot nul si hardi mal fust de celui B qui voie ne li feist, et en tele autele X2 guise tout aussi B ont fait si compaignon. Mirrus vit Dyalogus, qui .i. des siens avoit mis a jus du cheval a B mort. Dont vint a vers B lui en tele maniere ravine B qu’il l’a si B feru de l’espee qu’il l’abati jus du destrier, vousist ou non. Et bien cuidierent li sien que il fust fust que il fust V2 mors, mais m|mais V2 non estoit et sachiez de voir que si eust il esté se il eust esté preudons B . Mais il estoit tel atorné que il non, ainçois fu tel mené que B 💬La construction tel... que est plus courante avec un subtantif qu’avec un adjectif. Comprendre ici "tellement... que". la destre espaule avoit ot B toute rompue au cheoir que il fist. Dont l’ont li sien trait hors d’une part h. B du chapleis. Que vous diroie je ? Il ne porent au lonc durer - c’est a ssavoir li message Ne porent au lonc durer li message B Lez messages ne porent au lonc durer G 💬La leçon de V2X2, qui précise par une incise peu élégante l’identité des attaqués, fait place à une expression plus simple et claire dans B et G. -, quar il si B furent si B afebloié des cops qu’il donnoient et de ceulz que il avoient receuz recevoient B que recroire les couvint tuit recreuz G 💬Sur l’emploi de les au lieu de leur dans la construction de convenir, cf. Note linguistique.. Li felon traïteur Cil B , qui nule pitié n’avoient d’eulz, les ont tiex menez G que des .x. ont les .viii. de .x. lez .viii. en ont G occis, et les cil B .ii. qui demorerent furent Mirrus G et Elygius. Et quant il virent que leur compaignons estoient furent B mort, si leur ont les dos livrez💬L’emploi du verbe livrer et non tourner, qui semble mieux attesté en cooccurrence avec dos, traduit une certaine agentivité, tout en humilité, de Mirus et Eligius, ici pourtant défait., mes il ne fuioient mie, que au retourner que il faisoient aucune foiz contre ceulz qui les chasçoient G les chastierent retour ne les chastiassent B , si si bien G que il tuit B ont lessiee leur chace. Et quant il ont ce veu virent ce B , si se sont mis en la grant forestForestVulgue espesse, comme cil qui n’avoient cure d’eulz moustrer, car il ne savoient qui amis leur estoit ne qui anemis. Dont chevauchierent moult longuement et ne sorent quel part il furent, et Il fu tart et B il B n’orent en tout le jour ne B G beu ne mengié. Et Car G de leur vie estoit il petit, car si blecié estoient se sentoient B et si navré que de nule riens d’autre chose B ne leur [e]souvenoit.
« Ha ! Myrrus, dist Elygius, je me muir ! »
Dont s’est pasmez sus son cheval quant Mirrus l’a secoru, et le tint entre ses braz tant qu’il fu revenu de pasmoison B .

§165 Moult leur avint Dont leur vint B bien, car illeuc avoit une gente fontaine dessouz .i. arbre. Il sont descendu de leur chevaus chevaus i V2 , car qui B moult estoient blecié et navré. Il leur ont l’ont G les frains ostez B o. es chevaux G et les ont B G lessié G aler aleur V2 G , et il se sont pris sont alés G a paistre au p. de l’erbe B p. G . Li dui compaignon sont venu a la fontaine et ont leur hyaumes ostez, qui n’estoient mie entiers, puis ont de leur cotes a armer leur plaies estoupees, dont moult de sanc estoit issu G 💬cotes a armer : Comprendre "leurs cottes faites pour s’armer".. Que vous conteroie celeroie B diroie G je d’eulz ? Tel B G 💬Une confusion graphique deulz-tel pourrait être à l’origine de la leçon erronée sur laquelle s’accordent B et G. Si la faute remonte à l’archétype, V2(+X2) y aura réagi par conjecture. estoient mené que trop grant pitié estoit d’eulz veoir. Dont commencierent leur compaignons a regreter et eulz meismes a dementer et B grans souspirs et granz lamentacions a faire. Ainssi comme il estoient en tel point, estes és B vous que .i. joenes hom en habit de relegionValetVulgue a tout B .i. baril en sa main est ve n ›u‹[n] V2 uz a la fontaine. Quant Lors q. B il vit Mirrus et V2 son compaignon, si ot aussi comme paour et s’est se G trait .i. poi arriere a. B . Quant Mirrus le vit l’a veu B , si s’est levez a moult grant poine et est venuz vint B a lui. Et quant cil le vit venir, si s’est a la voie mis. Et Mirrus commença a crier huchier B aprés lui qu’il n’eust doute. Et quant plus li disoit, et mains s’asseuroit s’a. de lui B cil. Et dont se mist mist grant aleure B X2 [f]a la voie vers .i. hermitage qui pres d’ileuc estoitErmitageVulgue; et quant il y vint, si est enz entrez et a son huis fermé devant Mirrus. Et quant Mirrus vit ce, si ne voult lessier qu’il ne soit par la venuz.

§166 Dont commença a huchier et dist :
« Frere, pour Dieu, lessiez moi enz entrer, car grant mestier ai d’aide ! »
Quant cil entendi ce l’entendi B , si dont en B vint en une chambre ou il avoit .i. viel hommeYdoine d’aage de tres grant aage B , et estoit si viex qu’il ne veoit goute que la veue il avoit perdue B et ooit dort V2 ou poi ou nient G . Dont cria li jouvenciaus :
« Sire, pour Dieu, ne sai quiex gens ai trouvez a la fontaine, et sont touz couvers de fer, et je m’en sui ci afoui foui G 💬La leçon de G apparaît comme une banalisation du verbe afuir dont les attestations sont pourtant nombreuses dans les dictionnaires., et li uns si m’a suivi jusques ci icy G B et veult ceenz entrer.
– Amis, dist il, laisse le enz entrer et le fai parler a moi. »
Cilz ne voult mie trespasser son commandement, ainz vint a l’uis tout tremblant t. de paor B et l’a ouvert et dist :
« Sire, bien soiez vous venuz.
– Amis, dist il, Diex vous beneyee ! N’aiez ja paour de moi.
– Sire, dist il, si ai eu. Mais venez ça parler a mon mestreYdoine. »
Dont enmena Mirrus en une chambre ou li preudons vieux hons B Ydoine se gisoit. Quant il le vit, si s’assist d’encoste s’est assis dejouste B li et l’a salué, mais ce ne fu pas si haut que cilz l’ait entendu. Quant li jouvenciausValetVulgue li dist 'Sire, parlez haut h., car il n’ot mie bien B ', adont parla si si l V2 haut B que bien l’entendi. Et quant li preudomsYdoine l’oÿ, si demanda li d. B qui il estoit et dont il venoit et comment il li estoit avenu. Et cil li conta tout en la [163]maniere que avenu li estoit.

§167 Quant li preudomYdoine l’ a ot B entendu, si s’est est G tournez vers lui, ce que il n’avoit pieça moult grant piece B fait se on ne li avoit aidié. Dont dist :
« Sire chevaliers, sachiez que moult ai par Dieu, bien ai mainte foi B oÿ parler de celui a qui vous dites que vous estes. Et sachiez que sa mereHelcana demoura ceenz avec moi pres de .v. anz et demi. »
💬L’ermite, connu sous le nom d’Idoine dans le Roman de Cassidorus, fait référence au temps passé avec Helcana, alors en fuite après avoir fait croire à sa mort, à partir du chapitre XLIII de ce Roman de Cassidorus. Ce lieu est une fois de plus un refuge pour fuir les traîtres. Quant Mirrus oÿ ce, si ot grant si g. B merveille si que il oublia entroublia B toute sa la B douleur que il sentoit. Dont dist :
« Ha ! sire, pour Dieu, souffrez vous que je voise querre mon compaignonElygius qui moult est au dessouz de sa force ? Car je ai B grant paour paor ai B de lui se je tant demouroie que vous m’eussiez dit aucunes nouveles je seusse de vous aucunes nouveles et aucunes choses B que je vous veul demander.
– Alez, dist il, car vous mais hui ne demain ne departirez partirez vous B de ci, se vous m’en creez.
– Sire, dist il, grans merciz. »
Dont est venus s’en vint B Mirus a son compaignonElygius et le trouva a grant meschief et li dist :
« Amis, nous yrons ci pres pres a V2 a .i. hermitageErmitageVulgue, et la a .i. saint homme qui nous aidera et conseillera mais huiYdoine. »
Quant il oÿ ce, si fu moult liez et s’est levez dreciez B a moult grant paine, et Mirrus a pris les leur B chevaus, et s’en sont s. tot B en tele maniere alez a pié, tant que il furent desi B G a l’ermitageErmitageVulgue.

§168 Quant il furent la venu, li jones hom hermites B ValetVulgue a a presentement V2 pris leur les les G chevaus et les a mis en une açainte et leur donna orge, dont il mengierent moult ont mengié B volentiers G . Dont Lors B Aprés G est repairiez retornez G arriere B G 💬repairiez arriere: Le stemma ne permet pas de déterminer dans quel sens va l’innovation. Dans le doute, nous maintenons la leçon de V2 (cf. DMF, sv. repairer). a eulz et leur dist :
« Biaus seigneurs, vous aide[b]rai je aiderai vous B plus de riens ?
– Amis, distrent il, bien avrions mestier d’aide, mais mauvaisement en estes aaisiez. »
Dont ne sorent que faire de eulz desarmer pour leur plaies, et d’autre part il n’avoient nules robes dont il se peussent vestir, et tant qu’il se sont moult complaint. Et quant li jouvenciausValetVulgue oÿ ce, si le dist l’a dit B au viel hommeYdoine. Et dont apela il les apela B Mirrus B et et li dist et V2 💬 V2 a sans doute opéré un saut en avant sur et, puis s’est aperçu de son erreur et a copié le segment omis (et il vint a lui), sans pour autant exponctuer le passage redondant. il Mirus B G vint y est venus B a lui B 💬Et dont apela il... lui: L’accord entre B et G n’est qu’apparent : V2 et G partagent la variante caractéristique apela il Mirrus... a lui tandis que B donne les apela...Ø. Le stemma ne permet pas de déteminer si le modèle de V2G donnait Mirus, qui aura alors été perçu par V2 comme redondant, ou le pronom il. L’on pourrait aussi supposer que la variante de V2G (apela il Mirrus) dérive d’une leçon de type B, ce qui a dans un premier temps entraîné une répétition de Mirus, maintenue dans G et que V2 supprime en pronominalisant le sujet. et dist :
« Sire, que vous plaist ? Je sai, dist il, que vous estes trop fort navré. Desvestez Desgarnissiez B vous de vos armes et vous vestez de tiex vesteures dras B armes vesteures X2 que je vous porrai donner dusques a tant que je vous ensaignerai qui de vos plaies vous porra guerir alegier B .
– Sire, dist il, grans mercis. »
Dont a commencié a desarmer Eligius. Et li jouvenciausValetVulgue li a aporté une cote chaude, et .i. gris mantel li a fait afubler vestir B . Et quant il se vit ainssi appareilliez le fu B , dont ne se pot tenir que il ne sourrisist n’ait souzriz B 💬La variante de B, qui ne correspond pas à la concordance habituelle du texte, s’explique peut-être par la rareté de la forme sourrisist. Sur les jeux de déguisement dans le roman, cf. Introduction littéraire., et tout aussi fist Mirrus. Aprés s’est fait si s’est B se fist G desarmer et se vesti vestir G tout en autretel maniere comme son compaignonElygius avoit cil estoit B fait. Quant il furent ainssi atourné, sachiez que moult bien semblerent hermite💬Le déguisement de Myrus en ermite fait écho à celui d’Helcana.. Dont s’en vindrent devant le preudommeYdoine et li prierent pour Dieu que il les conseillast de leur plaies se il savoit.
« Par Dieu, dist il, bien oïl, b. B vous en est avenu cheu B , car en nul mois de l’an on ne porroit recouvrer de l’erbe l’e. fors en cestui B dont je vous garirai fors en cestui porpris G tous si com de plaie d’armeure trenchant B . »
Dont apela le jone hermiteValetVulgue et li dist :
«  Amis G , alez en cele court, la derriere, et prenez enula emyla (sic) V2 G X2 💬L’erreur commune à V2GX2 s’explique certainement par le caractère spécifique et savant du nom botanique enula du latin inula "aunée" (DEAFplus). Le terme est en effet plus attesté en afr. et mfr. sous sa forme héréditaire eaune (FEW IV, 784b-785a). et autres herbes que vous [c]y trouverez delez, qui lesqueles B sont trop bonnes. Aprés si Et G les me lavez moult bien et les triblez entre vos mains, si espandez le jus sus leur espandez en B leur plaies partout la ou il les vous mousterront. »
Cilz l’a a B fait tout en tele maniere comme li preudomYdoine li enseigna il l’a dit G . Et quant cil sentirent la medecine, si leur commença plus et de plus en B plus la douleur de leur plaies B a assouagier assouagier G . Dont loerent Dieu de ceste chose. Lors leur demanda li hermitesYdoine comment il leur estoit il se sentoient B X2 , et il distrent :
« Sire, il nous semble que nous soions em paradis !
– Or vous souffrez, dist il, car dedenz .iii. jours vous n’en lairez ja ne vous couvendra la por ce laissier B a chevauchier. Mais or ce B me dites puis B X2 quant vous ne B X2 mengastes.
– Par foi, sire, distrent il B , nous ne beumes hui ne ne menjames.
– Si fis, dist Elygius. Je bui orains ore B hui G de cele fontaine en cele forest. »
Dont leur a fait aporter li hermitesYdoine blanc pain d’orge et de segle et yaue clere, ytele viande comme il menjoit💬Le pain d’orge et de seigle, de mauvaise qualité, constituent la nourriture des ermites et des moines. Voir à ce sujet l’exemplum 568 du Ci nous dit. Le terme viande désigne de manière plus extensive leur nourriture, très frugale., et dist :
« Biaus seigneurs, mengiez de cel pain tel comme nous l’avons tel pain com nous avons B , car sachiez, se je B miex eusse, plus volentiers le vous donnasse G .
– Ha ! sire, distrent il, grans mercis. »
Dont ont mengié et beu a par B talent. Et quant il ont ce l’ont B fait, si ont mis le preudommeYdoine a raison et li ont demandé B X2 comment ce avoit esté que la mere HelcanusHelcana avoit demouré avec lui tant comme il disoit. Dont leur a compté en quele maniere tout ainsi comment B eleHelcana estoit la venue et comment ele avoit demoré en l’ermitageErmitageVulgue, et tout en autele maniere comme li traïteur du paÿs l’avoient traÿe et com[d]ment ele fu arriere en la sa B X2 seignorie. Tout leur co c›...‹[o] V2 mpta, que que il B de riens n’i failli, en tele maniere comme devant est dit G . Et quant il ont ce oÿ, sachiez que moult s’en merveillierent s’esmerveillierent B , car onques mais n’en avoient oÿ parler. En tele maniere demorerent la nuit o l’ermiteYdoine, qui les aaisa de ce que il pot.

§169 Quant ce vint a l’endemain et il fu grant heure, dont firent leur plaies remuer, et leur sembla qu’il guerissoient tout G . Dont dist li uns a l’autre :
« Comment porrons nous partir de cest paÿs ? Nous savons bien que, se nous sommes aperceuz perceu B X2 , que nous sommes sommes t V2 mort. »
Dont souvint a Mirrus de la puceleMelode qui si grant bien leur avoit fait et puis que ele B leur pria que il par eulz li B repairassent retornassent G , mais puis penserent a ce qu’il avoient son frereCerchus mort, si ne sorent que faire : ou d’envoier arriere pour secours a Gasus, ou a la puceleMelode pour savoir qu’ele voudroit dire de ce qu’il devoient durent B par la retorner li revenir B .
« Par foi, ce dist Mirrus, nous nous en conseillerons a nostre osteYdoine. »
Et il si firent Dont s’en vindrent au preudommeYdoine B et li leur X2 distrent ceste chose. Quant il l’entendi, si leur B dist :
« Je vous dirai que vous ferez. Bien a passé .xxx. anz que le pere a la pucelleMelodeSeigneur de Gonfort et la mere le pere a la pucele et a la mere V2 G li peres et la mere a la pucele B m’ont moult V2 G soustenu ausi comme s. B en cestui paÿs. Et sachiez qu’ele est de si d’ausi B bonne vie et si sage que ele ne feroit chose ou il n’eust sanz B bonne raison. Je li manderai par mon descipleValetVulgue que vous estes ci e. B en tel point ci et que ele mete conseil [e]en vous par quoi vous soiez arriere en Frise sanz le seu de celui et B de ceulz qui vous ont mis en tel point, et je sai bien que ele en fera son pooir. Et puisque ele s’en meslera le fera B , dont sai je bien que la besoigne sera bien faite.
– Sire, dient distrent B G il, pour Dieu, pensez ent y G ! »

§170 Dont a maintenant li preudonsYdoine apelé son descipleValetVulgue et li dist qu’il alast a Gonfort Confort G et parlast a la pucele, qui avoit non Melode, et li deist de par lui que .ii. chevaliers si grant ami B li estoient venu aussi comme d’aventure par grant aventure, et chevalier estoient B , liquel estoient a si grant meschief que plus ne pooient estre B , si qu’ele B meist conseil qu’il peussent sauvement aler en Frise, dont il estoient.
« Ha ! sire, pour Dieu, dist Mirrus, merci. Je vous ai dit que .i. sien frereCerchus fu a la bataille occis de l’agait qui nous fu fait au Vil Pas. Ja si tost n’orra parler de Frise qu’ele savra bien que maintenant savra B que nous soumes cil qui son frereCerchus avons ont B occis.
– Ne vous chaut ! dist li preudomYdoine. S’il est ainssi qu’ele ne vous veulle aidier, ele ne vous grevera mie, car encore vaudroit ce pis se elle savoit que vous fussiez autres. Et puis quant vous venriez et ele vous recongneust, si en fust esbahie. Et puis se ele vous vouloit mal, si en seriez plus entrepris.
– Sire, distrent cil, bien dites. »
Dont fu cil bien escolez et se mist a la voie et ne fina si vint a Gonfort Confort G , car il n’i ot pas plus de .v. lieues petites B .

§171 💬Pas de nouveau § BQuant il fu la venus, [f] si B fu bien congneus de chascun, comme cil qui souvent chascun jour B y venoit. Dont fist il tant que il parla a la puceleMelode et la salua de par son maistreYdoine.
« Bien ait il ! dist ele. Et comment le fait Ydoinies💬Pour les variantes graphiques de ce nom, cf. Table des personnages., mes bons amis ?
– Par foi, damoisele d., dist il B , il est si si est mais B viex que de riens ne se puet mes aidier, si m’envoie a ci a B vous pour une besoigne dont il a en vous moult grant fiance, car .ii. de ses bons amis si grant ami B de ses granz amis X2 le vindrent ceste semaine veoir a dont a B moult grant doutance et tout ausi sont il en grant doute ont il B G d’aucuns maufeteurs dont il sont aguetiez, si n’osent mie apertement aler que il ne soient cougneus.
– Et dont sont il ? dist la damoiseleMelode.
– Il sont, dist il, de Frise.
– Et quel gent sont il ce B ? dist ele.
Damoisele, dist il X2 , il sont chevalier V2 G .
Et quans sont il ? dist ele G 💬Et quel gent... dist ele.: Le passage pose problème, notamment dans G, au niveau de la reprise de Damoiselle, où on remarque un saut..
– Damoisele, il sont B .ii. », dist il B .

§172 Quant la damoisele pucele B Melode oÿ celui en tele maniere si faitement B parler, si pensa aus messages qui par lui vindrent vind|drent V2 , qui bien estoient .x. ou plus G la estoient, mais plus de .x. estoient B . Si fu aussi comme toute seure que ce n’estoient nulz de ceulz nul de ceuls n’estoient B . Et nonpourquant nonpourq›u‹[uan]t V2 les atendoit ele de jour en jour et les fesoit espier par les chemins le chemin B ou il devoient passer, que pour ce ne lessassent mie a venir par ileuc pour cause de son frereCerchus se il avoit esté occis li que ses freres avoit esté mors B en l’aguet, car il l’avoient fet sus leur droit.
«  Amis Si dist la pucele B , dist la puceleMelode a celi G , dites a B mon bon ami Ydoine qu’il m’envoit ce qu’il voudra, et je ferai pour eulz d’euls B bonnement leur requeste. »
Dont dist cilz :
« Dont les atendez a demain demain au soir que il mouveront de nous B bien tart et [164]aiez le portierPortier de Gonfort tel atourné B X2 que il puissent ceenz entrer sanz destourbier debat B , et nulz fors que vous ne soit sages d’eulz.
– Bien en ferai la besoingne », dist ele. Dont li a chargié chargiés G .ii. barilz de vin et pain blanc de fourment et .iiii. pastez de chapons et autres viandes assez et leur manda li dist B que, se il avoient mestier de chose que ele eust tant qu’il fussent en cest paÿs chiez lui B , qu’il renvoiassent en venist B 💬Le verbe renvoier est employé au sens figuré de ’recourir à qn.’. B donne peut-être une lectio facilior. a li.
« Damoisele, dist cil, volentiers. »
Adont se mist s’est cis (sic) mis B au retour et ne fina si vint a son hermitageErmitageVulgue. Il fu tart ainçois que il y venist quant il y fu venuz B . Et quant li dui compaignon le virent revenir l’ont veu B , si en furent moult lié et moult joiant. 💬Nouveau § B Il li Lors B enquistrent comment il avoit besoignié, et cil leur a compté tout en autel maniere comme la damoiseleMelode leur avoit mandé m.par lui B . Dont furent joiant et si en ont Dieu loé. Ceste nouvele ont contee conté G au viel hermiteYdoine, qui moult en fu joianz et moult B en fist grant joie. Dont s’apresterent se sont apresté B de souper, car il B en avoient grant bien B mestier. Mais onques li dui hermite viex preudons ne li jones B ne voudrent boivre ne mengier de viande qu’il eust aportee, car onques il o. B en nul temps ne menjoient que une foiz le jour, et ce estoit pain et yaue tant seulement B s. X2 .

§173 💬Pas de nouveau § BQuant li dui compaignon se furent bien aaisié, il si B alerent dormir. Et quant ce vint au matin, il se leverent et firent prendre garde a leur plaies, qui moult bien guerissoient, ce leur sembloit. Et furent [b]toute jour ileuc le jour B jusques a heure de vespres, que il ont escouté moult grant frainte friente B X2 💬Les synonymes frainte et friente dérivent de deux étymons différents (respectivement frangere FEW III, 753a et fremitus FEW III, 774a). Pour un commentaire sur fremitus, qui explique un rapide changement de genre en afr. > fremita et le lien possible vers crainte/fremour, voir FEW III, 774a. de chevaus. Adont ont eu en doute qu’il ne fussent espié, si n’ont eu plus de secours qu’il fors que il B sont venuz devant seoir d. B Ydonie. Lors B ne demoura gueres que li hermitagesErmitageVulgue fu touz pourpris de maufeteurs qui par le bois avoient quis et queroient les .ii. compaignons qui eschapez leur estoient. Dyalogus, aussi comme par V2 G affit, quant il vit l’ermitageErmitageVulgue, si dist que il se vouloit confesser a l’ermiteYdoine et mist pié a terre et est venuz en l’ermitageErmitageVulgue et trouva le jone hermiteValetVulgue seant enmi la maison, si dont li B demanda :
« Quel gent a il ceenz ?
– Sire, dist cil, nous y sommes.💬La réponse de l’ermite ne semble pas tout à fait convenir à la question posée. Peut-être est-ce une façon de traduire la terreur du jeune homme.
– Et ou en a plus ? dist il B .
– Sire, dist cil qui ot paour, en cele chambre est mon mestreYdoine et .ii. autres preudommes. »
Dont vint Dyalogus en la chambre et trouva le viel hermiteYdoine et les .ii. chevaliers en l’abit l’a. dez autres hermitez G les .ii. preudommes qui ainsi estoient en abit B , comme devant est dit G . Dont cuida qu’il fussent hermite et les salua et dist :
« Liquiex est li maistres de touz vous B X2 ? »
Et quant Mirrus l’a veu Myrus, quant il le vit B , si l’a cougneu a par B ses armes. Dont ne il ne B li voult respondre de courrouz, ainz li fist signe que ce estoit cilz qui estoit el lit cil du lit estoit li mestres B ce estoit cil du lit X2 💬Cette simple phrase traduit toute l’intelligence et la prudence de Mirus, qui ressent d’abord de la colère, comme le suggère la référence au courroux, qu’il cache tout comme une voix qui pourrait trahir son identité.. Dont sont andui issu issi B de la chambre chamble (sic) B , et Dyalogus s’est assis delez lui et li dist :
« Sire, tornez dormez B vous! »
Dont ne li a mie cil B respondu, qu’il ne l’ a avoit B pas oÿ. A l’autre foiz l’a si haut escrié que cil qui dehors l’atendoient s’en sont gabé.

§174 [c]💬Pas de nouveau § BQuant Ydoine oÿ Dyalogus, si li a demandé demanda B G qui il estoit.
« Je sui, dist il, .i. chevalier malfaiteur. »
💬Si les bons n’osent pas se définir comme tels, par humilité, les méchants comme Dyalogus ne rechignent pas à le faire, en revendiquant leurs mauvaises qualités. Dyalogus détourne la nature du chevalier, habituellement voué au bien. On rencontre d’autres chevaliers malfaiteurs dans le Perceforest. Et dont li a commencié a compter moult de douleurs que il avoit faites fait B et de teles qui onques de lui n’avoient esté assouvies, mais ce disoit il pour lui tempter, meesmement comment li commença il a conter c. B il avoit fait les messages traïr et occirre. Et quant Ydonies Ydoine B l’ot escouté, si li dist :
« Amis, en est n’est B ce mal fait?
– Par foi, dist Dyalogus, je sai bien que ce n’est mie si bien fait comme une fine merveille G 💬 ce n’est... merveille: Comprendre "ce n’est pas aussi fait qu’une chose vraiment admirable". L’expression fine merveille est pleine d’ironie., mes ainssi me plaist. »
Dont li dist Ydonies :
« Dont n’en estes vous mie repentanz ?
– Oïl, dist il, en tele maniere que je voudroie ja la G tenir les autres .ii. qui hier nous eschaperent en tele que je peusse tenir les autres .ii. qui hier nous eschaperent par B maniere que jamais jour de ma vie ne deusse bien faire. »

§175 Quant Ydonie l’a entendu, si a fait le signe de la vraie crois seur lui et li B dist :
« Va de ci, anemi avenu V2 anenus B ! Je te conjur de par Celui que qui B j’ai servi grant temps que tu n’aies nul G pooir de ceenz plus arrester, se ainssi n’est que tu aies volenté volenté més B de toi amender! »
Dont sembla a Dyalogus que .x. deables B le pristrent par les costez et preissent li un par les costez, li autre B par les espaules et l’ont porté hors de leenz B par tel vertu que il cuida bien estre mors. Et quant il vint hors, si l’ont mis jus en tel maniere si mis jus B qu’il n’ot pooir de lui aidier. Et quant il vit ce, si sot maintenant B que ce estoit aussi comme venjance de Dieu, et pour ce ne se repenti il mie, ainz jura que, s’il eust illecques feu, que B il arsist ardroit B l’ermitageErmitageVulgue et ceulz [d]qui dedenz estoient qui laiens e. B . Dont dist li uns :
«  Ce Ha! sire, ce B ne ferez vous mie : 'on ne doit mie faire touz les maus que on porroit'💬on ne doit mie... porroit: La tournure proverbiale ne se retrouve pas dans les répertoires mais établit une logique propre au roman, qui ne cesse de réfléchir au mal, qu’incarne notamment Pelyarmenus., car B sachiez que X2 il sont bonne gent.
– Pource, dist li desloiausDyalogus, que je sai que il sont bonne gent le voudroie je faire ! »
Atant ont remonté Dyalogus et se sont d’ilec partiz par tele aventure s’en sont ainsi alés G com que X2 vous avez oÿ B G 💬se sont d’ilec... oÿ : L’accord de V2 (+X2)+B indique que le segment par tele aventure remonte à l’archétype. V2 et G ont ressenti l’un et l’autre le besoin d’intervenir sur un problème remontant à l’archétype : V2 en ajoutant le second terme du système comparatif, G en supprimant par tele aventure. .

§176 Quant li dui compaignon ont ce veu oÿ B , si ont dit distrent B que Diex les avoit visitez par biau miracle et si B distrent qu’il ne se devoient mie desesperer pour chose nule chose B qui avenue leur fust quant Diex ainsi B les avoit delivrez de ceulz qui pour occirre les queroient et si les [les] V2 avoient veuz veoient B a leur iex. Dont sont venu a Ydonie et li ont dit :
« Sire, ceulz de ci s’en vont cil qui deci en vont B G : ce sont celz qui nous ont mis en tel point comme nous vous avons compté.
– Mi bel enfant, dist il dist|dist il V2 B , j’a ce feu par ce deable qui de ci s’en va, car il venoit a moi a confession et si n’estoit de riens repentanz. Et Dieu, qui maint bien m’a fait, m’en a delivré. »
Dont parlerent de mout de choses et meesmement a la requeste de l’ermiteYdoine se sont li dui compaignon les a an .ii. B 💬Nous transcrivons habituellement andeu en un mot. confessé moult curieusement, et les a li sains homYdoine B endoctrinez doctrinez B et mis en bonne voie de bien faire. Et quant il orent ce fait, si fu nuit, et se sont apresté d’aler ent B pource que il savoient sorent B bien que la puceleMelode les atendoit. Il La nuit B se sont garni de leur armes et ont pris congié a l’ermiteYdoine au preudomme B moult doucement bonement B et l’ont moult me r ›c‹[r] V2 cié de ce que fait leur avoit. Atant sont monté seur leur es G seur les X2 [e]chevaus, et li joenes hermitesValetVulgue les a mis a la voie, qui ne leur pooit pot B faillir jusques a Gonfort Confort G . Quant il furent la venu, si fu moult grant partie piece B de la nuit alee. Il sont venu vindrent B a la porte et ont huchié que on les lessast enz entrer ouvrist G . Li portiersPortier de Gonfort, qui sages en estoit, au plus tost que il pot leur a ouverte ouvert la porte B leur ouvri G et leur dist :
« Biaus seigneurs, vous soiez les bienvenuz bien soiez vous venus B .
– Amis, distrent il, Diex te beneye ! »
Dont les a cilz fait descendre et leur dist que il l’atendissent illeuc tant qu’il eust mis leur chevaus en l’estable a estable B , et il si firent G . Dont n’est mie cilz trop demorez que il G revint a eulz G et leur dist :
« Biaus seigneurs, venez aprés moi. »
Dont les a cil Et il lez a G menez m. amont B amenés G en une moult riche chambre, et de cele en une autre, et dont G ont trouvé troverent B la puceleMelode, qui les atendoit, o lui une damoisele pucelle G . Et quant ele a veu les chevaliers, si est venue vint B contre eulz et les a moult tres bel bien B saluez, et ceulz li ont leur salus rendus son salu rendu B son salu rendus G , et puis li dist Mirrus :
«  Damoisele Damoisele, pour Dieu B , comment vous est ?
– Sire, dist ele, ainssi comme a B X2 Dieu plest. Et qui estes vous ? Me connoissiez vous de noient G ?
Par foi, dist il, si fais, mais Ha! damoiselle G il me semble que vous m’avez ja B X2 mescongneu, si n’est mie grant merveille.
– Sire, dist ele, se je vous veoie desarmé, espoir que je B vous congnoistroie miex. »
Dont leur a dit qu’i se desarmassent, car il estoient hebergié.
« Voire, damoisele, se vous nous voulez voliez V asseurer. »
Et quant ele l’a Maintenant que ele l’ot B entendu, si l’a congneu a la parole et li dist :
« Ha ! Mirrus, estes vous ce ? [f]
– Damoisele, dist il, voirement sui je ce.
Et ou sont vostre compaignon V2 G ?
– Par foi, damoisele, dist il, la verité voirement B vous en le vous B dirai assez a temps, mais que, pour Dieu, que nous soions sions (sic) G asseuré de vous.
– Certes, sire, dist elle, soiez certains sachiez B que je ne vous veul mie traïr. Ne fust ore que pour si por B le preudommeYdoine qui non qui B ci vous a envoiez et m’eussiez mon frereCerchus occis a tort, si n’avriez vous garde de moi pour l’amour de lui B , si ainz B X2 vous metrai metroie B m. je G a sauveté et nient ne fust d’autre part ne fust riens B de lui. Si vous ai je fait atendre a touz les trespas de vostre chemin et vous fesoie asavoir que pour mon frereCerchus ne lessissiez mie que vous par moi ne revenissiez venissiez B , car j’avoie grant desir de parler a vous.
– Damoisele, distrent dient B il, bien va la besoigne selonc toutes aventures. »
💬bien... aventures: Comprendre "tout va bien, malgré tous les événements". Le terme selonc semble avoir un sens concessif, qu’on retrouve dans certains emplois au sens de ’proportionnellement à’ (TL IX 380 21). Dont se sont fait desarmer a .ii. damoiseles, qui que il B trouverent leur haubers rous et despanez et eulz meismes trop durement navrez moult navrez et distrent B moult navrez X2 .
«  Certes, dist la damoiseleMelode, bien Ha! biax seigneurs B avez vous a. B eu mauvés encontre puis que vous de ci partistes ! Dites moi comment ce a esté B .
– Ce vous dirons nous bien », dist Myrrus. Quant il furent desarmez, si leur furent aportees robes que il vestirent aporterent robes a leur mesure G .
« Sire, ce dist la pucele, je croi que vous ne menjastes hui anuit B : avant que je plus vous enquiere voil je que vous soupez »
. Dont a fait metre .i. petit banc devant G .i. lit et la a l’a G fait estendre une nape et les a fait souper tant que il furent bien servi a leur volenté et de bonnes viandes. [165]Quant il orent soupé, si leur a enquis tout e. B la puceleMelode comment il avoient esploitié depuis que il se partirent furent parti B de leens.
« Par foi, damoisele, dist Mirrus, volentiers le vous dirai. »

§177 Dont ne volt lessier que, tout en cele maniere comme avenu li leur B estoit depuis que d’ilec s’estoit departiz desi la ou il estoit B desi la X2 , que tout ne li leur B ait compté de chief en chief qu’il ne li ait tout compté tout en autele maniere comme il li estoit avenu G . Quant la puceleMelode l’entendi, si a geté moult granz souspirs et loa moult Nostre Seigneur de touz ses consentemenz et dist :
« Biaus sire Diex, voirement consentez Vous les malices ! Mais au derrenier paiez Vous a chascun sa desserte. »
Lors dist :
« Biaus seigneurs, loez toutes voies l. B Dieu de ce que Il vous a jusques B ci amenez a sauveté, car bien sachiez que, se vous fussiez alez vostre chemin, que B vous fussiez eussiez esté B destruit. Et sachiez bien sai B que il ne sera jamais mais B heure deci a devant B .i. mois que li chemin ne soient aguetié, soit de Dyalogus ou B soit de Ascanus. Mais il vous pueent bien aguetier pour noient, car vous de ceenz n’istrez devant desi adont B que vous soiez serez B bien asseurez d’eulz, se engins et sens ne me faut.
– Damoisele, distrent il, grans mercis, car poi vaudroit valoit B la force de .ii. chevaliers contre .xx. ou .xxx.. Et Car B sachiez de voir que, se nous de nos plaies estions gueriz, ja pour .v. chevaliers ou ne B pour .vi. ne nous ne B lairions nostre chemin a aler ne ne sejornerions en cest paÿs si vendrions en Frise.
– Par Dieu, ce dist la puceleMelode, de ce vous veul je bien croire. Mais G vous soufferrez tant que vous serez touz B X2 [b]gueriz, et je vous aiderai de ce que dont B vous avrez mestier, et ceenz n’avez vous garde se bonne non G . »
En tele maniere demorerent li dui compaignon G avec la pucelleMelode. Si me veul ore de eulz taire, car bien y savrai repairier quant il en sera temps poins B et lieus, et veul venir et repairerai a G a .i. de leur garçonsCompagnonMirrus qui eschapa des traïteurs quant li .viii. furent occis de leur compaignie sanz leur garçons G , et cilz s’en vint par fiere aventure par divers paÿs en Frise.

[10] Comment le garçonCompagnonMirrus eschapa des traïteurs et s’en ala en Frise a Japhus, le filz au roy de FriseRoi de Frise X2 Ensi comme li més conta a Helcanus que Myrus et ses compaignons furent occis el message B .

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Enluminure de 11 UR sur une colonne. L’enfant s’échappe des traitres pour rejoindre Japhus en Frise

§178 Ci endroit dit li comptes que, quant li garçonsCompagnonMirrus fu se fu B eschapez des traïteurs, il a tant alé que d’une part que d’autre que il est venus vint B en Frise. Adont a enquis ou il trouveroit porroit trouver B Japhus, le filz au roy de FriseOdonie. Il li fu enseignié dit G en .i. chastel, et cilz ne fina tant que il G y est venus, et la trouva touz yceulz que il demandoit. Et quant li auquant aucun B G l’ont veu, si li ont enquis nouveles. Il dist que il n’en savoit B nulles qui bonnes fussent. Dont s’en [c]vint a Helcanus et s’est lessiez cheoir a ses piez et dist :
« Ha ! sire, tout sont mort et occis vostre bon ami qui el message alerent. »
Quant Helcanus l’entendi, dont n’eust .i. G mot dit pour tout le monde, et n’en failli gueres qu’il ne tresala. Mais cilHelcanus, qui ot cuer suer V2 G 💬Il manque le premier adjectif du doublet dans V2 G, ce qui peut s’expliquer par une haplographie, que nous corrigeons. et couvenable, a geté .i. moult grant souspir et dist au garçonCompagnonMirrus :
« Lieve sus et ne di mot deci adont que je te semondrai. »
Lors a apelé le duc de LembourtBorleuz et son cousinJaphus, le filz au roy de FriseOdonie. Meismes Clyodorus Elyodorus V2 💬Contrairement aux cas d’oscillations de graphies des noms propres signalés supra (n. au §20), l’erreur paléographique E/C semble ici plus certaine. ne volt il mie oublier. Et dont G sont entré en une chambre et sont assis li uns delez l’autre. Et dont fu li garçonsCompagnonMirrus apelez, et li distrent que il leur contast comment il leur estoit avenu. Dont dist cilz :
« Biaus seigneurs, que voulez vous que je vous die ?
– Amis, dist Helcanus, conte nous comment il est avenu de tes mestres. »
Dont leur a cil conté comment Ascanus les avoit fait gaitier en la Forest de Vulgue et comment il en estoient partiz par bataille, aprés comment il estoient venu au chastel de Gonfort Confort G , ou la puceleMelode leur avoit fait tele feste. Aprés leur compta comment Gasus avoit esté en Costentinnoble conseillier en Costentinnoble conseillié B les messages et comment Mirrus prist bataille contre a B Malquidant et l’occist comment il l’o. B et comment il fu guetiez de Dyalogus et comment B Gasus l’en delivra, et puis aprés comment il se partirent de Costentinnoble et s’en vindrent en desi a B la Forest de Vulgue, et la furent mort traÿ et m. B et occis de celui Ascanus Escanus B , [d] qui G a l’aler les avoit fait fais X2 gaitier, si comme il cuidoit.

§179 Quant li baron ont orent B celui entendu oÿ B , si ont fait entr’euls f. B moult grant duel et moult piteus. Qui dont oïst Helcanus comment il qui G les regretoit, il ne fust nus qui grant pitié n’en deust avoir. Meismes Mirrus regretoit il tant piteusement que ce estoit merveilles. Et quant il orent cessé leur duel B , si demanderent demanda B au garçonCompagnonMirrus se cil estoient tant de gent qui les siens avoient assailliz que par nule aventure peust estre eschapez nulz de nul B d’eulz. Et cil dist que touz il B furent sorpris, et devant et desriere, et que bien furent en y ot plus de B .c. seur eulz .x.. Et quant il oÿrent ce, si sorent bien que il s’estoient mis a desfense et que B avant se feissent occirre qu’il se fussent rendu.
« Par Dieu, dist Helcanus chascun B , ce est tout voir. »

§180 💬Pas de nouveau § B
«  Sire Ore B , dist li dus de LemborcBorleuz, bien est drois que on ait conseil de ceste chose. »
Dont parla Clyodorus Elyodorus V2 :
« Merveilles ai, dist il, que nous n’avons n’a. eu B encore nul de ceulz qui alerent furent envoié B aus princes. Il ne puet estre, dist il, que nous n’en aions oïons B nouveles temprement.
– Par foi, dist Helcanus, mar en quier mais n’en puis B oïr nouveles puisque quant B j’ai perduz mes bons amis !
– Sire, dist li dusBorleuz, souffrez vous : espoir que vous bonnes nouveles en orrez encore dont vous touz liez serez. Mes or ce B me dites : qui est cil Gasus Gasus est (sic) B qui si bien se prouva envers vos nos B vous G messages ?
– Par Dieu foi B , ce dist Clyodorus, c’est .i. des plus B 💬L’absence du superlatif dans B n’est pas commune. souffisanz chevaliers du monde. Et vous di que il est preudom de son cors et est souve[e]rain baillif de toute la terre de Costentinnoble, et me dist .i. jour qui passez est que sus s’ame il n’estoit mie pour el G el paÿs fors pource que B qu’il ne vouloit mie que autres y fust qui le paÿs destruisist. Et bien me dist m’a dit B que, de quele heure qu’il puisse savoir puist B qu’il y ait nul homicide ne que l’en veulle faire nul tort aus hoirs que nul y ait des hoirs B de Galilee, que ja puis confort ne aide n’en avra doie avoir B de lui Peliarmenus .
– Par Dieu, dist Helcanus, ce veul je bien croire. Et bien m’a moustré moustre G semblant d’amour, a ce que je en ai oÿ et cil a dit B qu’il a fait de mes messages. Et sanz faille je ai moult souvent mon seigneur de pereCassidorus oÿ loer de lui. »
Dont ont entr’eulz moult de paroles dites et moult de conseulz eus dit moult de paroles et eu moult de conseuls B . Au chief de du B tout, Helcanus dist Et puis dist Helcanus G a Japhus son neveu cousin B :
« Quele aide avrai je de vous ?
– Cousin, dist il, toute l’aide que je vous porrai faire, et de moi et des miens, je la vous ferai volentiers et le confort de moi et des miens que nous porrons faire, cousin, sachiés que nous le vous ferons B , et vous parlerez a mon seigneur de pereOdonie et vous humelierez humiliez B contre lui, et li dites que il ne vous doit faillir au besoing et que il mete conseil en ceste chose, et je sai vraiement que il le fera. Et se ainssi estoit que il ne le feist, je et mes freres en ferions nostre pooir.
– Biaus cousins, ce dist Helcanus, grans mercis . »

§181 Dont orent conseil que il yroient au royOdonie et et que X2 parleroient a lui. Il s’apresterent l’endemain et n’ont finé si G vindrent la ou li roysOdonie estoit. Et quant il furent la venu, si li ont acointié li ont compté G [f]ceste chose, comment Pelyarmenus avoit ot B esploitié dé messages et comment ainsi comme B il cuidoit qu’il les eust fais fait B G occirre. Quant il oÿ ce, sachiez que moult en il en B fu yriez, et dist :
« Biaus niez, sachiez que trop sui mais sui trop B viex por aler si loing. Mais vez ci Japhus mon filz, que je pri de tot mon cuer que il face tant de ceste chose que il n’en soit repris de nulz vous B , car de ma personne n’en puis je autre chose el B faire. »
Quant Japhus oÿ ce, si dist :
« Et je el ne demant. »
Dont fist signe a Helcanus qu’il en merciast son pereOdonie, et il si fist de ce que il pot. Adont se mistrent trestrent B d’une part et orent conseil que il envoieroient par tout le roiaume la ou il porroient gent avoir, et il si firent, et que le tresor le roi estoit habandonnez a touz ceulz qui avoir en vouloient vodroient B .

§182 💬Pas de nouveau § BDont furent moult esmeuz par toute la terre et en mistrent en poi de tens a leur volenté pour de B mouvoir du jour a l’endemain .xxxvi. bien .xxxvi. G mille. Quant li dus de LembourcBorleuz vit ce, si en fu moult joians et dist que de la seue part en avroit bien .xm., que chevaliers que sergens, dont li moins vaillanz puissanz B cuideroit cuidoit G bien valoir .i. conte endroit de que de B X2 sa personne💬li moins vaillanz... personne: La construction vise à souligner la grande vaillance des combattants, dont le moins valeureux aurait la prouesse d’un comte..
« Biau sire, dist Helcanus, grans mercis.
– Voire, dist il, et si vous en ai bien autant porchacié qui vendront vendront q V2 de Galylee, de quele heure qu’il en soient semons.
– Par mon chief, dist Helcanus, encore nous vendront genz g|genz V2 gens G X2 gent B d’ailleurs, car j’envoierai a mon oncle le roy d’ArragonDyomarques et li ferai [166]savoir comment il m’est.
– Sire, dist li dusBorleuz, vous ferez bien. Mais qui y porrons nous envoier ?
– Par foy, dist il, je ne sai.
– Sire, dist Clyodorus, je yrai el message se il vous plest.
– Par Dieu, dist il, amis, et je l’otroi. »
Dont li fu li messages enchargiez, et il B s’est aprestez, o lui .i. escuier et .i. garçon sanz plus, mais sanz armes n’i ne B G volt il mie aler, car et B Helcanus li conseilla.

§183 En tele maniere se mist Clyodorus en son chemin, et li autre demorerent, qui de jour en jour atendoient response des princes de Costentinnoble. Ne demoura que, .viii. jours aprés, que quant B .iii. messages vindrent, qui Grece avoient cerchiee et aportoient la response de de c V2 chascun. Mais tout en tele maniere comme li uns mandoit ne mandoit faisoit B mie li autres. Quant Car B li uns disoit :
«  Quant que G li emperieres Cassidorus vendra en sa terre, si comme il devra, nous ferons de lui comme de nostre no B seigneur »
, li secons mandoit remandoit B que, quant Helcanus, li ainsnez filz Cassidorus de l’empereur C. B , vendroit en la terre quant il le voudroit faire, il en feroient tant que ja ja b V2 blasme n’en feroient blasmez V2 blasmer G d’omme sage a son esgart e. n’en seroit G ; li tiers mandoit que Helcanus Helsanus (sic) B venist en traist B hardiement en la terre par lequel auquel B chief que il voudroit, et X2 il yroit a l’encontre de lui a tout B .vi. mille hommes, qui touz li seroient contraires de jusques💬La structure de jusques est répétitive. Elle provient peut-être de dusques. a la mort. De ceulz y ot le plus qui ce li ont mandé, et si en y ot d’autres qui le contraire remanderent reremanderent B , mais il ne voudrent mie que [b]touz le seussent que hardiement venist contre Pelyarmenus a mis a X2 bataille, et il li aideroient a. a destruire B , de ce fust il B touz fiz.

§184 💬Pas de nouveau § BQuant Helcanus oÿ ce, si dist que il n’i avoit el que cil qui aidier eudier (sic) B li voudroient s’appareillassent s’apareillenssent (sic) B 💬 si dist que... s’appareillassent: Comprendre "il dit qu’il fallait seulement que ceux qui voudraient l’aider se préparassent"., car plus ne vouloient il plus ne voloit B atendre de aler sus Peliarmenus, et premierement sus Ascanus, car la estoit li passages💬La détermination d’Helcanus donne un nouveau souffle à l’histoire, ce dernier ayant vraiment repris le pouvoir.. Dont se mist li dus au chemin et dist qu’il apresteroit sa gent si hastivement que bien cuideroit tost com il bien cuidoit B entrer en la terre, mais que que il B trop ne se hastassent.
« Sire, dist Japhus, alez et si hastez vostre besoingne, car de ma partie n’atendrai G je ne vous ne autre vous ne autrui B , car bien ai gent pour entrer en la terre. »
Dont se mist li dusBorleuz au chemin, et Japhus et sa gent se mistrent mis B ensemble. Et bien en y ot dedenz .xv. jours .xl. mille. Ce fu .iiii. mille plus que il n’en cuidoit avoir du mandement premier, mais💬La conjonction mais introduit une nuance en apportant une explication complémentaire. En effet, il ne s’agit pas seulement d’une variation imprévue dans le nombre d’hommes, mais bien d’une conséquence du fait qu’Helcanus avait la réputation d’être généreux. La tournure explicite donc pourquoi il y avait plus d’hommes que prévu, en ajoutant un facteur supplémentaire. aussi comme tout le paÿs le suivoit pource qu’il avoit le non d’estre larges. Il en vindrent a la mer et trouverent furent B les nés prestes. Dont entrerent enz et orent bon B vent a leur volenté, et n’ont finé si sont arrivé et venu a terre bien et bel B venus a terre seche G .

§185 Dont sont les B nouveles courues couruees (sic) B parmi Alemaingne l’Alemaigne B X2 et par les terres que Frison estoient hors issu pour aler en Grece. Et les Ces B Les X2 nouveles vindrent v. jusques X2 alerent desi B la et estoient aussi comme tout ja aussi com B pourveu, comme cil qui de jour en jour n’atendoient autre chose. Ascanus, qui bien savoit que il aroit a faire [c]au le B premier assaut, a fait sa gent entrer en ses chastiaus et a bien et et/et G richement garni sa cité de Nise bien garnir. Sa cité de Nise avoit il fait moult richement aprester B , comme cele qui si fort estoit, comme il que bien B sera dit ci aprés. Frison, qui ne targoient se poi non, n’ont finé ont tant alé et chevauchié B par leur jornees tant B qu’il sont entré en Ytalie Majour – ce estoit la terre ou Ascanus demouroit. Lors sont Frison enz entré et ont couru par le paÿsItalie Majour et fait moult grans domages a ceulz de la terre. Dont envaïrent villes et chastiaus et B n’en trouvoient nulz qui longuement se peust tenir contre eulz, si que nul n’en pristrent prenoient B a force qu’il ne meissent a l’espee ceulz qui dedenz estoient que touz ne meissent a l’espee B . Que vous feroie je mention de touz les assaus diroie je dez grans assauz G que il firent en la terre ? Sachiez que trop aroie a faire, car avant que je me taise cuit je bien anuier avant que j’aie raconté les grans assaus et les grans paines G que Helcanus et li sien souffrirent, avant que .vii. anz fussent passé que il furent en Grece, avant que il eussent gueres de repos ne de sejour pou eussent de repos B .

§186 Helcanus et son cousinJaphus ne finerent n’ont finé B , ainz vindrent la terre destruisant destruissant V2 et si vindrent par la terre destruisant B le paÿs et touz ceulz qui contre eulz lui G estoient, et il X2 oïrent parler Il oïrent nouveles B que Ascanus avoit o lui sa baronnie en la cité de Nise. Dont ne voudrent lessier que il ne se meissent cele part. Il ont tant alé qu’il ont la citéNise aprouchiee. Ascanus, qui bien savoit sot B leur venu venue B G X2 💬La premi station de venu comme mot masculin sans -e final est plutôt tardive (1440) d’après le DMF. Cependant, la chute de la voyelle finale -e se retrouve dans d’autres passages, comme au §151, cf. Note linguistique. On peut ici hésiter sur le genre du nom venu., pensa qu’il ne se lairoit mie assegier sanz trop cop B X2 💬La leçon de BX2 paraît supérieure à celle de V2G dans la mesure où elle reprend une formule sanz cop ferir bien connue encore aujourd’hui. Cependant, étant donné que l’emploi absolu du verbe ferir ’donner des coups’ est bien attesté (DMF, s.v. ***), la leçon de V2G reste sensée. ferir. Il ot sa gent aprestee, et furent bien .xxxm., [d]car Pelyarmenus li avoit envoié grant gent. Meismes Mes B Dyalogus y B estoit, avec lui G ses traïteurs, si comme Pelyarmenus les avoit banis avoit fait banir B de sa terre par la volenté Gasus, si comme devant est dist. Lors Dont B sont cil de la citéNise issu issi B hors et se mistrent contre eulz. Li dui frere f. Japhus B , qui toute jor avoient chevauchié par le paÿs, si comme dessus est dit B , dont li ainsnez avoit non a nom G Heleus et li autres Nazareus, distrent qu’il vouloient estre les premiers a la cité asseoir. Dont leur fu otroié, et avoient avoit B chascun .xm. homes en leur son B conduit. Japhus en avoit .xvm., et Helcanus en avoit bien .xxm. ravoit .vm. B qui assez adés B li estoient pres. Dont chevaucha premiers Nazareus et vit virent sa gent B que cil de la citéNise estoient issu dehors X2 . Lors fist Il l’ont fait B assavoir a leur gent qu’il aroient estour. Dont chevauchieret chevauchierent B G X2 💬Sur l’effacement dans V2 de la marque du pluriel, trait linguistique attesté dans l’Est, cf. Note linguistique. serré, et tant que entre en B la gent Nazareus avoit .i. chevalier qui moult estoit prisiez d’armesMelior. Cil s’apensa que il ferroit avant, et cilz chevaliers estoit apelez Cil ot non B Melior. Si feri a l’aprochier cheval des esperons tant aigrement que trop fu bel a veoir. Et quant li autre l’ont veu, Dyalogus, qui el premier chief estoit, ne se fist pas prier, ainz G 💬Dyalogus est certes un traître, capable de fuir quand il sent la partie perdue, mais il ne rechigne pas au combat qu’il aime et dans lequel il excelle, selon une force d’action patente chez les anti-héros, cf. Introduction littéraire. a fait le cheval sien ch. B sentir les esperons et vint contre Melior si adroit qu’il s’entrencontrerent de si grant force que il ont mis les escuz en pieces et les lances glaives B en asteles et les hiaumes hors des chiez, mes onques il o. B pis ne se firent, ainz passerent chascuns ch. o V2 outre, joinz en leur ses B armes. A ce cop sont feruz ensemble. La Si y B ot .i. estour tres [e]dur. Nazareus Nazarus B , qui moult estoit fort et plains de grant chevalerie, s’est feruz en l’estour l’e. moult aigrement B , et aussi firent cilz qui avec lui estoient. Et Dyalogus et li sien si aidierent moult esforciement; meismes uns princes d’Ytalie, qui Argus avoit ot B non, qui la premiere bataille avoit, si esforcieement s’i aida lui il B li X2 et li sien que qui B moult donnerent a souffrir a Nazareuz et aus siens. Que vous diroie je ? Tant ont li .i. et li autre chaplé que moult sont las et travaillié.

§187 Adont s’est Heleus feru en la bataille, lui il B li X2 et les siens. Et d’autre part y est venuz Carus - cil estoit freres Ascanus -; cil avoit o lui .v. chevaucheures chevaucheurs B . Quant cil se furent mis feru B el tas, dont y sachiez que moult B peust on veoir des de B mors a grant foison B en la plaine. Melior, qui les rens aloit assez cerchant, n’estoit pas oiseus, ainçois, si comme li comptes raconte le r. X2 dit li contes B , encontrerent li uns l’autre entre lui et de lui et de B Dyalogus. A celui estour eust esté pais de Dyalogus le traitre se n’eussent esté du traïteur, ne fussent B li sien, qui le secorurent. Moult Ainsi B se maintenoient l’une partie et l’autre bien B , et tant que ce vint B a la parfin que B la gent Ascanus furent au dessouz, si comme l’en le B pot bien veoir G .

§188 💬Pas de nouveau § BQuant li auquant virent ce, si se sont mis avant. Meismes Helcanus et li il et li (sic) B sien ne voudrent plus souffrir que il ne soient desrengié et feru en la bataille. Qui dont veist Helcanus sa terre chalengier, bien peust dire :
« Cilz n’a cure soing B que [f]nul tort l’en li B X2 face ! »
, car il aloit par la bataille ferant a destre et a senestre Que mal de celui qui voie ne li feist ! Et d’autre part aloit De l’autre part se desrenga B Ascanus; et cilz n’estoit pas hom comme autres, car si esragiement se penoit d’eulz confondre que bien cuidoit que nulz ne se peust prendre deust tenir B a lui. Dont feroit d’une part et d’autre et feroit G en tel maniere que moult estoient si cop redouté. Il avint par aventure que lui et Helcanus s’entrecontrerent s’entrenconrent V2 il avinrent l’un contre l’autre Helcanus et celui Ascanus B . Adont ne s’entrecongnurent et ne se cognurent G mie, comme cil qui n’estoient mie bon ami ensemble, ainz avoient moult grant desir de faire d’armes, et le jour en firent tant que bien fait a recorder Dont ne s’entreconnurent mie comme ceuls qui n’estoient pas garni de leur connoissances, ainz se doutoient que il ne fussent conneus par quoi l’en meist plus grant force a euls occire ou prendre et il voloient faire d’armes, et il le jour en firent tant que bien fist a recorder, porce que il avoient veu comment il uns faisoit damage a l’autre B 💬La longue variante de B met l’accent sur l’incertitude.. Il s’entrevindrent de si grant force et de si grant tel B aïr G , les espees es mains et les escuz mis avant, et leur les B G chevaus estoient fors et roides rades (sic) X2 roides et courans B , et eulz meismes de grant force ire B esmeu. Dont ont ferus si adroit sus leur armes que moult s’en tint a chargié tous li plus preus. Mais Ascanus fu si durement ferus d’un cop merveilleus que Helcanus li douna en tel maniere et de si grant force que il ne pot le cop endurer, ainz trebuscha a terre bien le pot l’en veoir entour euls. Et cil qui miex fu ferus et de braz plus couvenable, ce fu Ascanus, qui le cop ne pot endurer, ainz couvint B 💬Comprendre "le plus vaillant se sentit tout à fait attaqué"., lui et le cheval ch. cheoir B tout en .i. mont. Lors La B s’arresta Helcanus seur lui et le cuida qui le cuida du tout B metre a mort, mais tant y ot des siens que bien y parut, car, se li comptes ne ment, la eust Helcanus esté mort ou pris se il ne s’i fust fu G si bien maintenu, et meesmement li sien, qui partout le suioient, si comme faon leur mere. Que vous diroie je lonc prologue prolongue B G 💬D’après les dictionnaires, l’expression habituelle est plutôt "Que vous feroie long prologue?", selon une colocation de prologue avec faire plutôt qu’avec dire (GD X, 430a; TL VII, 1965, 38; DMF). L’association avec dire se retrouve néanmoins hors de questions rhétoriques stéréotypées. La leçon de B se rattache au même mot prologue dont elle est une variante (TL VII, 1965, 48). La construction, mieux connue, de G est plus simple. ? Tant y B [167]feri Helcanus et lui et B X2 li sien que par droite force Ytalien se sont retrait vers la citéNise avant que mestier besoing B fust que Japhus et li sien s’en fussent meslé s’en fust ja meslez ne li sien B . Dont virent il que noient porroient ne p. B p. il G faire fors que de eulz faire occirre. Lors Si B sont entré en la villeNise enz entré B ceulz qui entrer y faire le B porent pouoient G . Et sachiez que moult en y ot de mors et de pris et moult plus perilleus crueus B chaple y ot que on n’avoit pieça veu que l’en eust veu pieça B G . Dont pristrent terre, et d’une part et d’autre, et ne demoura gueres que tot furent devant la citéNise. Et ont tendu tentes et paveillons paveillons et trés B X2 partout la ou il porent et furent assez tost logiez. En tele maniere fu la citéNise assise de ceulz de Frise. Il fu tart, car la bataille avoit grant piece duré. Li pluseur qui navré se sentirent se firent desarmer et ont fait prendre garde a leur plaies. Il orent bons mires et furent bien gardé. Cil qui du souper s’entremistrent se durent entremetre B le firent. Et quant il fu temps de souper, si s’assistrent et mengierent cil qui mestier en avoient, puis si l’ont moult tost fait comme cil qui el ne queroient, ainz B fu commandé le gait l’agait B a .xm. Frisons, et en fu souverains .i. duc de Lande la terre B X2 , qui moult estoit bons chevaliersDuc de Lande. La nuit passa et l’endemain vint. Dont que B si X2 sont li auquant alé veoir la citéNise. Dont l’ont veue trouvee B si fort que bien leur semble sambla B X2 pour que, pour B assaut que l’en y feist que B jamais ne deust estre prise. Dont dist Japhus a Helcanus fu ce dit a Japhus et a Helcanus B :
« Or ne vous esmaiez, car encore n’i avrons nous em piece esté .ix. anz ne .x.. Et sachiez certainement que je ne m’en quier jamais partir si avrai [b]mis Ascanus au dessouz ou il moi »
qui distrent :
« Encor n’i avons nous pas esté .ix. ans ne .x. »
.
« Par Dieu, dist Japhus, je ne m’en cuit partir, si avrai Helcanus mis a merci ou il moi »
B
. Et quant si homme l’ont oÿ, si ont s’est B chascuns pensé d’enforcier sa loge💬D’un point de vue syntaxique, la version de B si s’est chascuns... sa loge est plus attendue, alors que l’accord du verbe au pluriel dans V2 GX2 entre en dissonance avec celui du déterminant sa ("sa loge"). Sur ce phénomène d’accord, où l’article possessif singulier est l’équivalent d’un singulier collectif, cf. Buridant, §144.. Si me veul ore G .i. poi d’eulz taire et veul repairier venir G a Myrrus, qui de tout ce ne savoit encore riens.

[11] Comment Mirrus est demouré demoura G avec la puceleMelode et y demoura par .ii. mois entre X2 lui et son compaignon c., Eligius G Elygius Ensi comme Myrus et son compagnon estoient en Gonfort avuec la pucele B .

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Enluminure sur 1 colonne et 12 UR. Mirus et Melode discutent sous un pavillon devant un château; à l’arrière-plan, Eligius et la demoiselle de Melode.

§189 Ci endroit dit li comptes que bien .ii. mois fu furent G Myrrus et son compaignonElygius [...]pain[...] V2 son c. Eligius G avec la puceleMelode avant que il eust pooir de de lui (sic) B partir s’ent. Et si comme je truis lisant, la puceleMelode avoit mis son cuer en plus fort prison p. que de prison V2 que de prison de G pierre ne d’autre chose, car en Myrrus l’avoit mis si soutivement soutilment B que il n’i avoit ot B nul des .ii. chevaliers qui garde s’en donnast, car elle ne vouloit souffrir pour riens que il de leenz se departissent, et leur fesoit entendre que Ascanus les savoit bien leenz et qui B les fesoit guetier si soigneusement que de leenz ne se pooient partir pour riens que mort ne leur couvenist recevo[c]ir ou en G prison, tant que nouveles li B vindrent .i. jour, et li fu dit que li filz au roy de FriseOdonieJaphus et le filz l’empereeur CassidorusHelcanus avoient assise assis B Nise la cité de N. G Nive X2 a tout .xl. mille hommes. Et quant ele entendi ce, si fu moult liee en partie et dolente de l’autre, car ele le cuida tant tenir de sa parole cuida t. t. Myrus B que que/que X2 il la requeist de s’amour, quar a son esgart ele ne la se B pooit miex emploier. Dont pensa que ele porroit faire, car ele savoit bien bien savoit B que, se il savoient que leur seigneurs seigneur B X2 fussent fust B el paÿs, ele ne les porroit plus tenir. Dont ne sot que faire, si tant que ele B se complainst complaint B G a une seue damoisele, qui li dist que B bien feroit ce que elle elle que ele V2 queroit. Dont en sont venues aus .ii. chevaliers X2 andeus B la ou il jooient aus eschés; et il dont B se sont s’estoit V2 levez drecié B encontre eles et distrent que bien fussent eles venues.
« Par Dieu, distrent eles, bien le devez dire, car nous vous aportons bonnes nouveles.
– Queles ? distrent il. Bien avrions mestier de nouveles qui nous resjoïsissent esjoïssent B X2 !
– Ha ! biaus seigneurs, dist celle, comme vous estes ore or estes B a grant meschief ! I Et G pert bien Bien pert B X2 a vous .ii.💬I pert bien a vous .ii.: L’attaque de début de phrase dans V2 étonne, à moins qu’il faille lire ici i = il, comme ailleurs, cf. Note linguistique. La lecture du ms. est certaine, dans la mesure où un trait signale qu’il s’agit bien d’un i. que, se vous ceenz amissiez par amours, il que il B X2 ne vous anuiast mie, si comme vous dites que il fait. »

§190 Quant Mirrus et son compaignonElygius ont entendu oÿ B ceste parole la pucelle G , si furent aussi comme touz G esbahis. Lors respondi Myrrus et dist :
« Par foi, damoisele ma d. B , poi ferions ore pour vous aucune de v. B se nous avions mis nos cuers a ce que tout fussons [d]en vostre manaie, ce que vous moult poi priseriez. »
Quant eles ont ce oÿ, si distrent :
« Or nous seons et si G nous dites pourquoi vous avez ore ce dit.
– Par foi, dist dit X2 Myrrus, et je l’otroi. »
Atant Dont B sont assis s’asistrent B touz .iiii. l’un devant l’autre touz ensemble. Lors dist Myrrus :
« Laquele de vous est seroit B ce qui ja se feist liee de l’un nul B de nous, se el point ou nous sommes fussiez requises de nous et B de nos amours ? Certes, je ne sai sai que non vous B , car tout fussons nous n. du tout B a vostre volenté, si comme d’aler et de venir, si ne serions nous mie tant prisié que vous nous retenissiez pour toute la paine que nous pour vous porrions voudrions B X2 souffrir faire B ne avoir. Or esgardez dont quant il est ainssi que nous n’avons pooir d’aler ne de venir ne de vivre de vivre ne de morir, d’aler ne de venir B se par vous non. Comment serions nous si fol ne Quant nous si fol serions et B si outrageus que nous vous seurquerrions s. mes B , tant de t. V2 que, avec la courtoisie que nous vous avons faite, non pas nous a vous mes vous a nous vous avriez fait B vous nous avéz faite X2 , vous requerrions si grant chose ? Car que B tout eussiens nous B fait pour vous toute B la paine de la (sic) B chevalerie que nous onques jour de nos vies avons faite fait B jusques aujourd’ui, si B ne porroit estre merie a nule de vous la courtoisie ne l’onneur ne X2 B l’amour que vous nous otroiez, tout n’en feissiez vous riens el B se l’otroi non. »

§191 Quant eles ont oÿ ce, si n’i ot nule n. d’eles B a qui grant couleur ne soit venue, et esgarda li une l’autre, et tant que elles ont respondu :
« Sire Myrrus, ce or B sachiez que bien nous b. B savions que, de quelque quele B heure que vous nous voudri[e]ez prier paier B , que nous le serions, si que que nous B a touzjors nous em porrions loer. Et sachiez que que vous B trop vous estes hastez de ce dire! »
Quant il s’oÿ ainssi ramporner, si pensa que il n’avoit mie parlé a sa leur B volenté, si dist :
«  Damoisele Par Dieu, d. B , povre paiement pouez avoir de moi. Ce poise moi, mais je vous ai voir dit.
– Par foy, dist ele, sauve soit vostre grace, vous ainçois B et v. G avez failli a voir dire. Et pourquoi avez vous ce fait ?
– Damoisele, dist il, en quele maniere ? Or m’en faites sage, par courtoisie G .
– Par foi, dist ele, volentiers. Mais je B veul que autres que vous et moi ne le sache. »
Dont se sont mis tret B d’une part els entre euls B .ii., et dont parla la damoiseleDemoiselle de Melode a Myrrus de par sa dameMelode cele B et li B dist :
« Moult avez ore ma dame damoisele B Melode gabee gabé B ! Que mal dehez dez G ait ait il G ore B qui gré vous en set set fors vous B !
– Avoi ! damoisele. Comment ?
– Je le vous dirai, dist ele. Nous savons bien que vous estes assez souffisanz en sens s. et B , en biauté et em prouesce pour avoir la fille a .i. conte, et bien puet on savoir que a grant gentillesce n’avez vous pas failli B . Et pour ce vous B X2 di je, se ainssi fust que ma damoiseleMelode vous pleust a ce que vous amer la le B X2 vousissiez par amours, que vous nule raison n’i regardissiez fors autre B X2 que de li prier, car amors ne demande autre chose. »
Et quant Myrrus oÿ ce, si dist :
« Ha ! damoisele, pour Dieu merci, n’est pas touzjours mestiers que on face ne B X2 💬À moins qu’il ne s’agisse d’une faute dans B et X2 corrigée par V2G, réduction haplologique de la séquence ne ne > ne, cf. par ex. PercefR4, t. I, p. CXXXII, n. 46; PercefR3, t. II, p. LIV, n. 40. ne die ce que li cuers aporte💬Soulignons cette justification apportée par Mirrus au silence qu’il a laissé sur son amour pour Melode, en regard de sa loyauté pour Helcanus et la mission qu’il mène pour lui. La dissimulation des émotions amoureuses s’intégrerait donc dans une réflexion portée sur une forme de conflit entre les enjeux chevaleresques et amoureux, selon un topos exemplifié notamment dans Érec et Énide de Chrétien de Troyes.. Et vous dirai pourquoi je l’ai l’ai V2 dit. Sachiez que moult [f]se fia en moi cil qui en cest paÿs m’envoiaHelcanus💬Il s’agit d’Helcanus, pour qui Myrus était venu en messager auprès de Pelyarmenus. Voir §139-164. S’i m’est mescheu de mes compaignons et de moi, la merci Dieu, il m’est auques bien cheu de moi G a. b. B , et ma damoiseleMelode y a mis poine qui paine y a mis B , si ne set on nouveles de vous💬À part dans X2, qui donne vous, il est difficile de distinguer clairement n et v. Nous nous laissons guider par le sens. qui gueres facent f. mie moult B a prisier. Et pour ce, je si B doi avoir le cuer tristre et pesant a ce que je ne die ne X2 ne face chose dont je se B soie pour fol tenus, tout aie je B le cuer autre que je ne die, car je veul bien que vous le sachiez, mais que plus loing ne voist que parmi ce qui m’est avenu ai je le cuer tel qui moult est loing B de sa volenté, tout n’en aie je fait semblant ne ne face. Mais .ii. choses si me font souffrir : l’une est paour et li autre la seconde B blasme, et ces .ii. choses si font a douter.
– Par Dieu, sire chevaliers, dist ele, moult vous ai ore bien escouté. Et sachiez que en vous a trop de refui. Moult fussiez bons chastiaus💬Moult fussiez bons chastiaus: L’expression file la métaphore du refuge (en vous a trop de refui).. Car me dites ore quiex vos cuers est V2 G – il est autres que vous n’avez moustré - et queles sont ces .ii. choses que vous avez tant douté tant doutez B .
– Par foy Dieu B , dist il, je le vous dirai, mais que vous m’aiez en couvent que de vostre partie ne m’en sera soit B de B X2 pis.
– Par foi, dist ele, et je vous otroi l’o. B le vous o. X2 💬Ellipse du pronom régime le. Cf. leçon de BX2. volentiers B X2 . »

§192 Dont dist Mirrus :
« Damoisele, je et je B le vous dirai. Sachiez que je croi que depuis que je ving ceenz ai puis moustré moult poi de semblant de vous ne de autre amer par amours.
– Certes, dist ele, vous dites voir.
– Et nonpourquant l’ai je fait f. fait V2 , dist il B , aussi comme [168]chevalier le puet faire a son pooir. Et B au mien espoir, je di verité B .
– Je ne vous croi pas, dist ele.
– Je sai bien, dist il, qui le vous toult tost B .
– Et qui ? dist ele.
– Je le vous dirai, dist il: paour et blasme.
– Comment ? Dites le moi.
– Volentiers. Paour que je ne fusse refusez, car bien sachiez que B , se je l’eusse esté, je eusse eu si grant douleur duel B au cuer que il me fust partiz avec l’annui que je ai avoie B , car merveilles a merveille B X2 remir comment nulz a cuer d’oïr que sa dame l’escondie. Aprés blasme si m’a mis a ce que vous mie bien ne me m’en B creez. Se ainssi en B X2 fust que paour n’i fust pour quoi je fusse venus a ma requeste, blasmes m’en rosteroit rostoit B que je ne fusse ne B de li ne d’autre d’autrui B blasmez que je la besoigne de mon souverainCassidorus laissasse pour l’autre a. B enchargier dont je ne sui mie souffisanz de l’asouvir. Et c’est la raison pour quoi j’ai dit ce que vous avez oÿ.
– Par Dieu, dist ele, bien m’avez paiee. Et Or B sachiez que je voudroie que ma damoiseleMelode en fust aussi bien asseuree seure B comme je sui, mais ele ne puet se vous jus ne metez paour et G blasme.
– Le me loeriez vous ? dist dit X2 il.
– Certes, dist ele, oïl.
– Et se je y B pert ?
Se Diex m’aït Certes B , dist ele, je le vous rendrai r. desoremais B . »
Atant se sont mis en leur ens es B paroles Melode et Elygius. Dont se reprist cele a parler a Elygius lui B pour faire sa damoiseleDemoiselle de Melode parler a Mirrus. Et quant il vit ce, si ne fu n’est B mie esbahis, ainz l’a mis mise B en voie de ce que il vouloit dire. Dont dist :
« Ma damoisele, or B ne soiez pas courouciee V2 B G X2 💬L’adjectif, que nous réintroduisons par conjecture, manque dans toute la tradition., car je n’ai chose dite dit B X2 que je ne l’aie fait pour vous metre en voie [b]de ce que je vous veul ai dit v. X2 dire.
– Sire, dist ele, je ne sai mie bien quel chose vous voulez dire ne pourquoi vous avez ce dit que je ai oÿ G .
– En non Dieu D., dist il B , ma damoisele, et je si B tantost B G le vous dirai. »

§193
« Veritez est que vous avez tant fait pour moi que a poine porroit il estre meri de ma partie, tot soie je en volenté du deservir servir B . Et puisque il est ainssi, ma douce damoisele, plus chier gage ne n’i B puis je metre m. ne ne veil B que mon cuer et mon cors entierement. Si le vous doing, et sui donnez a vous des ce que je vous vi premierement des lors que primes vous vi B .
Mirrus, dist dont la damoiseleMelode, foi que vous devez Dieu, qui vous amaine a ce dire B que vous dites ?
– Damoisele, dist il, hardement de bonne amour.
– Par foi, dist ele, dont le savrai je ce s. je donc B . »
Dont li dist :
«  Je B vous retieng entierement, car aussi ai je pieça couvoitié tel cest B jouel, si n’ai talent que je le refuse.
– Et je d’autre part, dist ele, me met remet B du tout en la vostre manaie.
– Damoisele, dist il, ci a gent guerredon g. t V2 don B . »
En tele maniere fu la damoiseleMelode requise de Mirrus par la volenté de l’un et de l’autre. Quant B il orent longuement esté en ces paroles, si Seigneurs V2 G X2 dist Melode aus .ii. compaignons💬Il est possible que les leçons de B et de V2GX2 témoignent l’une et l’autre d’une tentative de pallier un texte problématique. La présence de la conjonction temporelle quant dans V2GX2 est plus attendue, mais le discours direct est introduit de manière abrupte, sans marqueurs énonciatifs; la leçon de B, qui introduit le discours direct, n’est pas pleinement satisfaisante en raison de l’absence de la conjonction. La rareté du complément indirect dans l’incise dist il/elle nous encourage à proposer une correction d’après B (si), tout en conservant la conjonction temporelle Quant commune à V2GX2.:
« Encore ne vous avons nous pas dite dit B la raison pour quoi nous venismes ci.
– Damoisele, distrent il, si le nous dites, se il vous plaist.
– Par foi, dist elle, a enviz le vous di, et plus a enviz le lais. »
Dont leur dist que le filz le roi de FriseOdonieJaphus estoit venus et B G entrez en Ytalie [c]et avoit ja tant chevauchié, lui il B et les siens, qu’il estoit estoient B devant la cité de B Nise. Quant il ont ce oÿ, si ont l’un l’autre resgardé, et puis si B ont de joie geté grans souspirs.
« Ha ! damoisele, distrent il, nous resemblons B ceulz qui cil que B le don envoierent envoia B em Bretaigne💬nous resemblons... Bretaigne: L’analogie sera expliquée juste après; le texte a peut-être semblé obscur à B, qui omet distrent il, nous resemblons, ce qui rend la phrase averbale..
– Et qui furent il ? dist ele B . Dites le moi.
– Damoisele, distrent il dist B , le don fu jadiz le roy d’Irlande. Cil oÿ parler de Bretaigne la Menour Grant G , qui estoit paÿs moult que moult estoit li paÿs B delictable. Il prist .ii. chevaliers et et si B leur dist : 'Alez moi savoir la verité de cele terre. Et quant vous l’averez veue, si le me contremandez renonciez B .' Cil se mistrent a la voie et vindrent en cele terreBretaigne et trouverent le paÿs si delictable que que il B onques puis ne s’en porent partir. Tout aussi autel vous B poons nous dire. Nous sommes fumes B envoiez en Costentinnoble, si vous avons trouvee de si tres grant bonté bien B plaine et de si grant courtoisie que nous jamais ne querrions partir de vous. Et sachiez que moult avons mespris envers mon seigneurHelcanus et poi envers vous.
– Comment ? dist ele. Faites le moi entendant entendre B , car vous parlez trop ataignaument.
– Damoisele, dist il, je di que 'trop avons mespris de ce que nous ne deussiens mie tant avoir demouré ne B X2 doutee douté B la mort que nous eussiens tant atargié comme nous avons'. Aprés je si vous B di que 'nous avons poi mespris envers vous, que car B par l’atendue que nous avons faite fait B ceenz avons nous nos nous B noz G vies sauvees et esté en grant joie et en grant G deduit V2 G 💬L’omission plus étendue de G pourrait indiquer que l’erreur de V2 (omission de deduit) remonte à son ancêtre commun avec G.'. Et pour ce di je que 'poi avons [d]mespris a nous meismes'. »

§194 Quant la puceleMelode l’ot entendu, si dist B :
«  Mirrus M., Myrus, dist la pucele B , il n’est mie du tout ainssi aussi G comme vous avez dit, car toute la paine que vous pouez vous G avez mise mis B a ce que vous fussiez partiz de ceenz bien a .i. mois. Mais bien sachiez que, se vous en ens V2 fussiez partiz, que B riens eust esté de vous, pour tant que vous eussiez esté congneus. Mais d’ore en avant pouez vous B faire vostre volenté de ceste chose.
– Par foi, damoisele, dist il, j’ai bien entendu que j’ai bien B mestier de vostre conseil, car que B nous serions serons B blasmez de aucuns quant il nous verroient verront B sainz et haitiez et si avons tant demouré, car je sai de voir que nouveles ont oÿes de nous par quoi il cuident que nous soions mort.
– Par Dieu, dist elle, veritez est. Et par ceste raison ne na B valez vous B noient plus que comme X2 font .ii. mors hommes tant comme a eulz.
– Par foi, distrent il, veritez est. »
Dont dist ele :
« Je veul que vous me creez de ceste chose, et je bien vous en B conseillerai.
– Damoisele, distrent il, faites vostre volenté de nous, car raison l’aporte, si comme de ceulz qui tout sommes vostre.
– Par mon chief, dist ele, bien avez dit. Et je meismes m. mes cors B reporterai le message a Helcanus et parlerai a lui et li rendrai mon chastelGonfort et me metrai en sa merci. »
Quant il ont ce oÿ, si distrent :
« Damoisele, dont faites tant que nous blasmez n’en soions!
– Par foy, dist elle, je en ferai mon pooir. Et ne vous acorderez vous bien a ce que je voudrai vous di G faire et dire ?
– Certes, distrent [e]il, oïl du tout G . »

§195 Dont s’apresta la damoise pucele B damoiselle G X2 Melode💬Sur ce "faux radical", cf. L. Barbieri, "La solitude d’un manuscrit et l’histoire d’un texte: la deuxième rédaction de l’Histoire ancienne jusqu’à César, Romania, cxxxviii (2020), pp. 39-96. et prist .ii. armeures de fer moult beles et vint aus .ii. compaignons et si B leur dist X2 :
« Aprestez vous de ces ces .ii. B armeures a. de fer B , si que nulz ne vous voie qui vous puist reconnoistre ne ne vous connoisse ne ne puist encerchier B ne raviser, car je vous veul mener en la presence de ceulz qui el message vous envoierent. »
Dont distrent il que ce feroient il volentiers. Maintenant sont sailli em piez et se garnirent des armeures, qui moult estoient gentes. Quant il furent apresté en tele maniere G ainsi se furent apresté B , la puceleMelode le fu a sa volenté moult autressi G noblement. Lors Dont B Et G fu montee en seur B G .i. palefroi tel comme il afiert a damoisele pucele B la d. G de noble tres grant B afaire, et li dui compaignon furent moult refurent monté B a leur volenté. Adont pendirent les escuz aus coulz cops B et pristrent fors glaives o g. V2 et trenchanz pesanz B et ont les leurs G hyaumes laciez, et tot en tele maniere G sont issu du chastelGonfort, la puceleMelode avant et li chevalier aprés. Et lors ont chevauchié parmi la forest, qui grant estoit, et n’ont finé tant qu’il si B G vindrent au Vil Pas – ce fu la X2 ou il avoient esté aguetié. Lors Il B s’en passerent outre et si B vindrent a la plaine. Et quant il orent ont B chevauchié jusques a la nuit, il sont entré en .i. trop riche chastel qui estoit a .i. chevalier du paÿs qui jadiz avoit esté compaignon eu compaignie a Helcanus B en s’enfance au pere a la damoiseleMelodeSeigneur de Gonfort. Cil Cil avoit non Licorus et le B congnoissoit Melode comme son grant ami que il estoit B . Si a enquis se il estoit en la ville, et l’en li dist dit li fu B que le jour meismes il le j. B y estoit venus. Dont ne fi[f]nerent si vindrent au chastel ch. amont B . Licorus💬Il est étrange que le nom de Licorus apparaisse subitement dans V2GX2 sans que le narrateur mentionne précédemment le nom de ce personnage (mais remarquer la variante de B plus haut au §195, qui donne le nom de l’ami de Melode); à l’échelle du Cycle, le personnage est cependant connu depuis le Roman de Cassidorus. vit la puceleMelode, si la congnut maintenant et est sailliz contre li et li a fait fait li a B la greigneur feste joie B du monde. Dont l’a descendue, avec fu d. de B lui pluseurs et d’autres B chevaliers. Mirrus et si compaignonElygius sont descendus ont mis pié B a terre a t. et sont descendu B G , 💬Nouveau § B et tost Lors B et X2 furent appareillié qui leur chevaus mistrent fu qui leurs chevaux mist G en l’estable a e. B . Meismes leur escuz et leur glaives furent receuz moult appareilliement. Aprés sont montez en la sale et furent desarmez et vestirent robes a leur point.

§196 💬Pas de nouveau § BDont a enquis Licorus qui a la pucele qui B a qui G 💬Lire qui = cui, cf. la leçon de G et la réponse de Melode ci-après: il sont a moi. cil chevalier estoient, et ele dist :
« Sire, il sont a moi. Ja savez vous que il a guerre en cest paÿs, par quoi il n’est mie chose couvenable que je voise seule.
– Par Dieu, dist il, verité dites.
– Et comment c., sire B ! Que dites vous du filz a l’empereurCassidorusHelcanus ? Estes vous liez que il est revenus ?
– Par Dieu, ce dist il, il n’est riens dont je me doie deusse B tant plus B esjoïr !
– Par Dieu, dist ele, tout en autel maniere vous puis je dire. Et moult doivent cil Dieu loer qui ont droiture en eulz quant il metront paine a ce qu’il reviengnent reviengne B a moustrer qui il sont X2 et a metre a point ce B que li desloiaus traitresPelyarmenus a pourchacié.
– Verité avez dit dite X2 , damoisele G , dist il. Et sachiez que je y G aiderai je le ferai B de tout mon pouoir, car que B ja n’avrai cuer c. ne volenté B que je B contre lui soie d’omme ne de ville que je tiengne.
– Par foi, sire, dist elle, nient plus n’en vouloie je ne v. B faire, car tot en autele maniere comme vous m’avez veue vois je a lui et me metrai du tout en sa manaie merci B main X2 de tant t. pou B de terre comme que B je tieng de l’empire.
Certes B X2 , [169]bien ferez, dist il. Et sachiez que je en ferai autant avant G dedenz .xv. jours et je d. .xv. j. B l’irai veoir, o moi mil hommes qui touz seront en son commandement de cors et de vie perdre. »

§197 En tele maniere ont moult parlé entr’eulz .ii. de ceste chose, et tant que B li soupers fu appareilliez aprestez B , et le firent l’ont fet B moult couvenablement. Aprés sont alez couchier. Et quant ce vint au matin, il ont pris congié et puis se sont mis en leur chemin, si n’ont finé par leur journees si ont veu la cité de Nise. Quant il vindrent pres de Nise B G , si ont choisi le siege, qui devant estoit fier et orgueilleus. Il ont tant esploitié que il aprochierent ont aprochié B l’ost et y sont venuz s. v. a euls B . Dont enquist la puceleMelode le tref Helcanus. Dont sailli .i. sergent, qui dist :
« Damoisele, bien vous y savrai mener. »
Qui dont veist comment il estoient esgardé des uns et des autres d’uns et d’a. B , bien peust dire qu’il cist B ne virent onques mais si gente damoisele ne plus si B noblement chevauchier a .ii. chevaliers💬qu’il ne virent... chevaliers: Comprendre "qu’ils ne virent jamais ... deux chevaliers chevauchier plus majestueusement". Proposition infinitive où l’agent est mis au cas régime indirect, cf. Ménard, §165, rem. 1.. En tele maniere furent esgardé jusques vindrent G au tref Helcanus, qui a l’uis de son tref estoit, o lui Japhus le Frison. Et quant il virent venir la puceleMelode et les .ii. chevaliers, si ne les n’en B congnurent mie. Adont est la puceleMelode descendue d. jus B de son palefroi et s’en vint devant les damoisiaus, qui moult gentement l’ont saluee salué G . Elle ne fu mie espoentee espoerie B , ainz leur a leur salu rendu et leur B dist :
« Biaus seigneurs, je sui a vous envoiee tramise B de par ceulz que vous [b]envoiastes ou messageMirrus pour parler B a Peliarmenus. »

§198 Quant li damoisel damoisele B ont ce entendu, si ont eu trop grant merveille et li B G distrent :
« Ha ! damoisele, nous savriez savrez V2 X2 vous a B dire chose qui nous puist reconforter en touz biens conforter? «Biaus seigneur, dist ele, bien vous conforterai en touz bons endroiz B ? »
Adont leur a requis que on li feist venir Clyodorus, se il estoit en l’ost. Dont dist Helcanus :
« Damoisele, faites vos chevaliers descendre, et puis si G parlerons a vous a loisir.
– Biaus seigneurs, dist ele, il ne descendront mie devant desi a l’eure B que j’en je B avrai besoing besoignie B de ce que j’en ai ci j’ai B je ai ci X2 quis, mais celui que je demant me faites venir, mais que ce soit vostre volenté. »
Dont la pristrent Helcanus et Japhus et li distrent :
« Venez seoir delez nous, si parlerons a vous et parlerez a nous B et savrons qui vous estes ›v‹[e]stes V2 ne que vous querez. »
Atant sont entré es tentes et puis G li B distrent :
«  Damoisele Ma d. B G , sachiez que Clyodorus n’est mie en cest paÿs, ainz est en une grant besoigne ou nous l’avons envoié que nous li avons encarchie B .
– Par foi, dist ele, je voudroie que il fust ci, car bien me cougnoistroit se il me veoit.
– Damoisele, dist Helcanus, dites nous a briez paroles qui vous estes et que vous nos direz des messages, car Clyodorus n’est pas ci. »
Dont a cele sachiee sachié (ou sachie) B une lectre de dessouz sa chape G et la mist en la main Helcanus. Dont l’a prise et esgardee et si B vit que ele fu close et seelee d’une cire vermeille, et avoit en l’emprainte le seel Pelyarmenus, empereeur de Co[c]stentinnoble, et en la queue avoit escript :
« A mon chier oncle le roy de FriseOdonie. »
Quant il ot ce veu, si la mist en la main Japhus et dist :
« Ceste lectre ne vient a nul de nous .ii.. »
Quant Japhus la le B vit, si rompi depeça B la cire et ouvri la lectre et trouva dedenz escript :

§199 "A son tres chier oncle Odonie Leodoine B Odoine G , le B roy de Frise, Pelyarmenus, empereour de Costentinnoble, 💬La structure averbale en début de lettre se rencontre également aux §399, 404 et 544.salut et bonne amour. Chier oncle, comme il soit ainssi que je aie receue receu B vostre lectre par vos messages, liquel m’ont moult V2 appelé aprochié B de traÿson en ma presence, je vous fais assavoir que du mandement mant B X2 que vous m’avez fait je n’ai mie conseil que B , pour chose que j’ai j’aie B X2 mespris envers nullui ne envers B homme nul, que je doie ma terre ne et B mon empire vuidier pour tel meschief faire a f. B deci adont que plus fort f. de moi B m’en getera que je ne sui B . Et sachiez que mal cuidasse que de vous deusse avoir tel mandement mant B X2 mainz que d’omme a qui il apartiengne de riens."

§200 Quant Japhus ot ce leu, si commença le chief a croller et dist a Helcanus :
« Sachiez que ci a escript. »
Dont a pris prist B Helcanus B la lectre et la le B lut l’a leue G de chief en chief, et dont demanda dist B a la puceleMelode qui cele tele V2 lectre li avoit bailliee B .
« Sire, dist ele, ce vous savrai je bien a dire avant que je de vous departe G . Mais dites moi avant queles nouveles vous avez oÿ oÿes X2 de ceulz que vous envoiastes el messages.
Damoisele D., dist il B , nous avons oÿ dire B que Ascanus les a fait occirre.
– Par Dieu, sire, dist ele, ce n’a pas [d]fait n’est pas B Ascanus, ainz a ce fait fu B Dyalogus de Romme. Et sachiez que, se il ne l’eust fait, si croy je bien que Ascanus en eust fait son pooir tout en autel maniere aussi B comme il avoit fait devant au passer.
– Or nous dites, damoisele, par courtoisie G qui vous estes, car moult volentiers le savrions, et puis aprés si vous saverons mielz metre a m. V2 💬Bien que la construction savoir a + inf. soit attestée (DMF, sv. savoir, qui l’indique comme rare), il est plus probable que V2 anticipe a juste après, comme l’indique l’accord de BGX2. a raison d’aucunes choses que nous voulons de vous savoir.
– Sire, dist ele, et je le vous dirai, car bien est droiz que vous le sachiez. Mes peresSeigneur de Gonfort, qui encore vit, fu freres Melsius, selui qui tant jours tousjours G servi mon seigneur l’empereour de CostentinnobleCassidorus vostre pere et vous vous et vostre bon pere B , et fui mandee chiez ledit Melsius lui B pour garder vostre sereur Cassidoire et Dorus vostre petit frere B . Quant li traïteur, li desloial les en firent fist G ravir a Romme, si m’en repairai chiez mon pereSeigneur de Gonfort, toute B courouciee, ou j’ai puis eu mains courrouz, et tout pour la terre qui a ainssi esté estre V2 e. puis B menee. Mais, se Diex plest, or revendront vendront B X2 revaudront G les choses a point et ou chascun avra en a. ch. B son loier selonc ce que il avra ont B desservi. »

§201 Quant Helcanus l’a entendue l’ot entendu B , si a souspiré pour l’amour de lui et de son bon oncleMelsius, si li mist les braz au col et li dist dit X2 :
«  Ma B douce amie, vous soiés la bienvenue ! Or sachiez que je vous en B ai moult plus chiere. Mais or me dites vostre non.
Sires B , j’ai non a non B Melode.
Or me dites, ma douce amie Melode, dist Helcanus, or me d. B , queles nouveles vous me direz de ceulz qui [e]alerent ou message.
– Sire, dist ele, au passer que li message il B firent, Ascanus les fist guetier et bien les cuida faire prendre ou et G metre a mort, mais B il s’en partirent reperierent B en tele maniere qu’il n’i ne X2 perdirent se poi non, si Il B avint par aventure que il s’embatirent seur nous. Et quant je soi que il estoient furent B a vous, sachiez que je leur fis toute la courtoisie que je onques leur poi fere faire poi B o. poi G . Je leur priai que il repairassent par devers B moi, et il le m’orent en couvent. Mais puis ala la chose en tele maniere que li uns, qui sires estoit d’eulz, fist une bataille en Costentinnoble, que il outra, et la durent il estre mort, car cil uns V2 G X2 Dyalogus les gaita a tout grant gent, mais il furent secorus de Gasus, qui souverainz bailliz est du paÿs. Quant Dyalogus cil D. B vit que la ne porroit il riens faire, si il G s’en vint avec o lui B a. lui X2 ceulz qui la furent et les prist au repairier en tel maniere a si grant foison de gent B que il n’orent pooir d’eulz desfendre en maniere que il em peussent eschaper B , ainz furent touz occis et detrenchié fors .ii. qui eschaperent s’en e. V2 X2 , si navrez et si decoupez tel mené B que il n’en pooient plus sanz mort bien le pot l’en veoir B . Cil Car il B s’embatirent par aventure chiez Ydoine vostre bon ami, et la soi je que il estoient furent B , si les envoiai querre et les gardai tant garda itant V2 que Diex en a fait Sa volenté. »

§202 Quant Helcanus et son cousinJaphus ont orent B entendu la damoisele pucele B X2 Melode, si ont leur duel renouvelé. Et quant la [f]puceleMelode vit ce, si li em l’en X2 prist en ot B moult grant pitié et vit bien que il estoient ambedeus merveilleusement couroucié et B troublé. Si leur dist :
« Biaus seigneurs, ne faites ore duel. Ja saviez savez B saviéz X2 vous bien qu’il estoient sont B mort.
– Par Dieu foi B , distrent il, onques mais n’en fumes si certain. Mais, pour Dieu, ce nous dites d. n. G liquel l. dui B ce furent qui eschaperent et qui morurent chiez devers B vous.
– Sire, dist elle, cil qui eschaperent partirent B de la bataille, ce fu Mirrus et Elygius.
– Ha ! las las, chetiz B , dist Helcanus, ce sont furent B li dui dont j’ai j’ai V2 le mon B cuer plus couroucié et tant B dolent que jamais j. jour de ma vie B ne sera oublié! »
Lors commence commença X2 trop piteusement a regreter Mirrus et les autres B .
« Sire, dist lors la puceleMelode ele B , se vous me vouliez voulés G donner .i. don tel que je demanderoie le vous d. B , je vous mousterroie ja B tel chose qui cest duel vous feroit alegier moult a. B tost a. X2 .
– Certes, damoisele, et je tantost moult volentiers B G le G vous otroi.
– Sire, dist ele, moult grans merciz. »
Dont prist les .ii. cousins par les mains et les a amenez amener V2 a menéz G X2 au desi au B paveillon ou li dui chevalier atendoient les a. G la puceleMelode, touz armez seur leur chevaus.
«  Biaus seigneurs, dist ele, et X2 dont Dont dist ele : «Biaus seigneurs, esgardez B ne sont cist aussi bel par semblant comme Myrrus et Eligius estoient?
– Certes, distrent dient B il, nous creons que oïl, mais nous espoir G amissons miex ceulz G qui mors sont se il fussent en vie. »
Adont Par Dieu, dist ele, ce ne cuit je mie.» Dont B dist la puceleMelode si haut que bien l’entendirent que il descendissent de leur chevaus et venissent a li. Maintenant ont mis mistrent B pié a terre et baillierent leur chevaus [170]a tenir et leur glaives et leur escuz. Et sachiez qui💬Lire qui = que, comme dans BGX2. moult dont B furent esgardé de ceulz qui avenir y porent de l’ost G . Dont sont entrez la puceleMelode et les .ii. cousins et li dui chevalier aprés les .ii. puceles et les .ii. cousins B ou paveillon main a main et vindrent v. el paveillon B devant eulz. Dont les prist la puceleMelode par les mains et dist a Helcanus :
« Tenez, sire, ces .ii. chevaliers : je les vous livre pour aussi souffisanz comme estoient li dui cil B dont vous estiés estes B a si grant tel B annui. »

§203 💬Pas de nouveau § BQuant Helcanus vit ce, si fu touz esbahiz et dist :
« Damoisele, grans mercis. »
Dont les a commandez a desarmer, puis dont B saillirent chevaliers qui s’en entremistrent s’en sont entremis B s’e. G et leur ont les hiaumes deslaciez et ostez des chiez du chief B . Dont les congnut Helcanus et fu aussi comme touz pris et ne sot qu’il li fu avenu que avenu li fu B .
« Ha ! Diex, dist il, que voi je voi G je ci ? »
Dont sailli sus B et les a conjoïs embraciez et c. B en tele maniere que trop estoit grant pitié du veoir d’euls a v. B . Japhus, de l’autre part, les reconjoïssoit recognoissoit et conjoioit G tant merveilleusement que moult peust on aler loing ainçois qu’il s’en se B peussent saouler.

§204 Maintenant en est la nouvele partout courue alee B . Qui dont veist comment chascuns se fesoit liez d’els veoir, moult s’en peust esmerveillier bien peust dire que chascuns eust sa volenté B .
« Biaus seigneurs, dist Helcanus aus a B .ii. compaignons, je puis bien dire, que pour vous que et B pour vos compaignons ii c. X2 , ai esté💬La parataxe (non-expression de que après le verbe dire) est sans doute favorisée par les ligaments que... que... marquant l’idée distributive (pour ce tour, cf. Ménard, §77). le plus courouciez que je onques encore ausi courouciez comme je onques B fusse, que je sache sache. Mais bien veil que vous sachiez que je onques si dolens ne fui comme je sui ore liez por l’amour de vous B .
– Sire, distrent distre X2 il, ce poons nous bien veoir savoir B , vostre la v. B X2 merci. »
Dont furent moult [b]conjoï des uns et des autres, et moult leur ont fu B enquis comment il leur a avoit B puis esté, et il ont l’ont X2 dit💬 il ont dit : Il faut soit comprendre "ils ont parlé", soit lire i (=il) l’ont dit (telle est en tout cas la lecture de X2). oiant touz maint baron B apertement. Quant il sorent la verité, si sont ont esté B moult meus en yre envers ceulz G qui ainssi les avoient l’a. G dont il avoient esté B grevez. Et quant la puceleMelode a ainssi tant oÿ et B veuz les uns et les autres comment il se sont esjoïs des uns et des autres et la grant joie que l’en fesoit B 💬Il est inhabituel que B omette des portions de texte si étendues. Sa leçon pourrait dériver d’un saut du même au même non erroné sur des. des .ii. chevaliers, si lors en B vint a Helcanus et li dist :
« Sire, doi je avoir ma requeste ? Vous plaist il G ?
– Ha! damoisele sire V2 X2 G 💬L’omission de G pourrait indiquer que le copiste tente d’éviter une leçon erronée., dist il V2 X2 , tant avez fait fet|fait G pour moi que vous a vostre gré n’en porriez estre paiee paiei V2 paie X2 de moi n’en serez ja a vostre gré paiee B se ainssi n’est est B que vous a vers B moi trop ne perdez G , car je n’ai maintenant pouoir que je vous puisse rendre la cortoisie que vous m’avez faite fait avez B .
– Certes, sire, dist ele, bien en avrai le guerredon en lieu et en temps, et V2 ai eu G 💬et ai eu: Comprendre "et je l’ai déjà". La demoiselle explique en effet juste après le service qu’elle demandera en retour. L’omission de la conjonction et remonte sans doute au modèle de V2G, ce dernier omettant le passage problématique.. »
Dont li dist G :
«  Sire S Sire V2 S., dist elle G , encore m’a ci amené autre besoing que je compté ne vous ai mie aie B X2 , car Dont li dist : «Sire B je sui venue a vous pour metre moi et ma terre moi et por ma terre metre B en vostre merci du tout comme a mon seigneur souverain: si me retenez r. de nouvel B a fame, et aussi m’est m m’est V2 ma terre nouvelement car assez de nouvel m’est ma terre B escheue. »
Dont la reçut Helcanus B de moult bon cuer et dist :
« Ma douce amie, se tout li autre fesoient aussi ainsi B X2 💬Sur l’usage de aussi pour ainsi, cf. Note linguistique., bien iroit la chose pour eulz a leur euls B , et aussi tout a. B feroit ele pour a B X2 moi. »

§205 Ainssi demora besoingna B la puceleMelode tout G a sa volenté et demoura tout le jor G jusques a l’endemain. Et dont la fist l’a fait B convoier a as B .ii. chevaliers, dont li uns fu [c]Mirrus et son compaignonElygius B et G a .vc. armeures de fer, et pria la puceleMelode que ele fust toute seure asseure B dedenz son chastelGonfort, car il ne cuidoit mie qu’ele eust garde legierement l. que garde eust B d’omme qui fust en la terre.
« Sire, dist elle, grans mercis. Et je vous ferai aide de cent hommes qui tout seront puissant et de grant pooir.
Bien dites, dist il. Moult grans mercis G . »
En tele maniere se departirent, et ne finerent si G vindrent par leur journees s’en part et n’ont finé par leur journees si vindrent B a Gonfort Confort G . Et quant il furent la venu, si dont B fist la damoiseleMelode la d. f. G sa cueilloite et a mis en assez petit d’eure .c. armeures de fer B qui moult lié furent de faire chose dont l’onneur d’eulz et de leur seigneur fust du faire, dont l’ouneur d’euls et leur preu que il fussent prest du faire le preu de leur souverain seigneur B . Et meesmement G elle les a ›ele‹[les] a ele B les a G mis en la main Myrrus et commanda B que que il B tozjours se raliassent reliassent G a lui, et il distrent que ce feroient il volentiers. Dont ont ont|ont V2 ont tuit B pris congié a leur dameMelode la pucele B , et meismes Myrrus li leur V2 X2 G dist :
« Damoisele, je m’en vois en la vostre besoingne et en la mon seigneurHelcanus celle de s. G 💬la mon seigneur: Comprendre "celle de mon seigneur", l’article défini jouant le rôle de pronom démonstratif, cf. Ménard, §7, 3.. Pour Dieu vous pri que il vous souviengne de moi, a ce que vous priez a Dieu Dieu priez B pour moi G .
– Ha ! Mirrus, voirement en alez vous, ce me semble. Or porra on veoir de moi et de vous le plus veritable. Gardez que vous soiez aussi vrais a moi comme je serai sui B a vous.
– Par Dieu, dist il, tout en autele maniere comme vous voudriez que je fusse envers vous je voudroie que vous le me fussiez B le veul je touzjors B estre a mon pooir p. a vous B . »
Atant sont departiz li uns des au[d]tres de l’autre B , et s’en vint Mirrus a ceulz qui l’atendoient. Lors se sont mis a la voie et n’ont finé de chevauchier Et dont s’est mis au chevauchier et n’ont finé B tant que par aventure il B ont veu veu venir B .i. chevalier a l’issir de la forest, trop gentement a cheval, et estoit armez comme pour son cors desfendre. Quant il vit ceulz, dont ne se voult destorner ne esfraer de riens, ainz vint encontre eulz moult habandonneement. Il les salua moult afaitiement, et cil leur Dont li B ont rendu son leur V2 X2 salut et li demanderent qui il estoit, et il leur dist Par foi, biax seigneurs, dist il B :
«  Biaus seigneurs B , avant ainz B me dites, se il vous plest, a qui vous estes, car de moi le savrez vous G , veulle vueillés G ou non. »

§206 💬Pas de nouveau § BQuant Mirrus l[...]us B l’entendi, si dist :
«  Amis a moi B , nous sommes au filz l’empereourCassidorus l’e. de Costentinnoble B X2 Helcanus.
– Par foi, dist il, tout aussi sui je !
– Voire ? distrent il dist cil B . Et en quel lieu alez vous si seul ?
– Biaus seigneurs, dist il, je ai assez assez ai B de compaignie pour choses ce G que je en aie ore a faire. »
Dont s’en se G voult outre passer, quant cilz li enquistrent cil li enquist B :
« Quiex nouveles nous B direz vous de l’ost et de Helcanus en quel lieu il vous envoie ? »
Quant il entendi ce, si dist :
« Biaus seigneurs, Helcanus se siet devant Nise, o lui grant plenté de gent. Mais il ne m’envoie en nul lieu, car je sui a Peliarmenus, filz le f. B a l’empereour de Romme B Cassidorus, qui peres est fu B a celui que vous dites m’avez dit B a cui vous estes. »
Et quant il ont ce entendu, si l’ont saisi le saisirent B de toutes pars et distrent que a celui n’estoient il pas, ainz retorneroit avec eulz et le ren[e]droient au filz l’empereourCassidorus a l’e. X2 Pelyarmenus, leur le X2 souverain souverain des filz a l’empereur B . Quant li chevaliersKarus oÿ ce, si dist :
« Moult avez ore fait entre vous grant prouesce quant vous touz m’avez pris par decevance!
– Comment ! »
distrent il.
« Par Dieu foi B , dist il, se je eusse n’e. B cuidié que vous tous ne fussiez a mon seigneurPelyarmenus, bien me fusse partiz de vous sanz damage recevoir a r. B . »
Quant il ont oï ce oÿrent ce B ce oÿ (sic) G , si li ont enquis comment.
« Par foi, dist il, em pluseurs manieres, et tout aussi ferai je ore, mes que vous me faciez faites B parler au souverainMirrus. »
Dont l’amenerent a Mirrus et li distrent ceste chose.

§207 Quant Mirrus oÿ ce, si fu trop joians et si B G X2 dist :
« Biaus douz sire, ore esgardez la B X2 maniere comment par quoi B vous vous puissiez estordre de nous vous de nous puissiez estordre B sanz ce que nous n’en soions je n’en soie B blasmez. Et sachiez que assez ja a. B legierement le soufferrons.
– Par foi, dist il, volentiers. Vous savriez savez B bien que vous n’avriez pas fait trop grant chevalerie moult grant chevalerie n’avriez pas fait B se vous en tel maniere m’aviez m’enmeniez B m’ameniéz X2 pris. Si le faites ainssi comme je vous dirai, se il y a nul de vous tant soit hardiz ne preus que il envers moi osast entreprendre emprendre B une jouste tele que, se il me pooit jus metre de mon cheval a terre, que par tant fusse pris et retenuz, et se je le lui le B pooie faire, que par ytant m’en passasse passa B outre et m’en alasse sanz encombrier de vous touz en mon afaire. »
Quant Mirrus oÿ ce, si encommença a souzrire et dist :
« Sire chevalier ch., par Dieu B , bien croi que vous preus et har[f]diz soiez. Et bien sachiez que que ja B de ma partie vous B n’en serez ja B desdiz. »
Dont sailli uns chevaliers avant - et et cil B estoit cousins c. a G Melode -, et dist a Mirrus li dist B :
« Sire, je vous demant requier B ceste premiere aventure.
– Par Dieu, dist il, je je mie B ne le vous escondirai mie, se ainssi est que vous l’amez miex por vous que pour moi.
– Par Dieu, sire, dist il, oïl. »
Dont se sont tuit moult tost G arriere trait, et furent li chevalier apresté, car chascuns d’eulz estoit aprestez B a el B X2 cheval sanz nule defaute que il qui (qu’i ?) B leur couvenist. Il se furent esloingnié eslongié B li uns des autres de l’autre B . Il embracierent les escuz et empoingnierent estendirent B les glaives et vindrent au poindre des les X2 chevaus as chevaus p. B au p. G des esperons. Si l’ont fait si adroit que bien y B parut aus chevaus, car il B s’entrencontrerent en tel maniere que il percierent leur les B escuz et mistrent en asteles et froissierent leur lances les fresnes froissierent B en tel maniere que bien le pot on veoir, car Cil B G a l’aprochier des chevaus se sont si G entracosté que les ais B en B X2 chaïrent des escuz, n’onques Il B pis ne s’entrefirent se firent B G , ainz s’en sont outre passé atant sanz plus B eulz delaissier G . Li chevalier PeliarmenusKarus, qui volt son cours cop B faire valoir B , ne volt mie le destrier desstrier V2 sus sachier, ainz se prist a poindre et et ne demoura gaires quant il B se mist en la forest💬La fuite du chevalier de Pelyarmenus dans la forêt préfigure la déroute finale de ce dernier, lui aussi contraint de s’enfuir. et eschapa leur e. B en tel maniere. Quant li auquant aucun B G l’ont veu, si sont tuit G esbahi, et y ot de tiex qui voudrent poindre aprés lui, quant Mirrus leur B jura que, se [171]il en y avoit nul qui le suivist, que il perdroit s’amour, car il dist que il avoit esploitié comme soutilz et plains de tres grant enging sages G et qu’il savoit chevaliers s. il B bien que il estoit chevalier B estoit chevalier G sousfisanz s.. En tele manie (sic) V2 asséz souffisant G .

§208 En tele maniere eschapa cil par son sens. Et Mirrus se mist en son chemin, tout G parlant de lui, et dist oiant maint chevalier toz G que il avoit fait plus grant greigneur B chevalerie que se il eust atendu l’aventure du chevalierKarus metre a terre, car il n’estoit mie seurs que il li meist, ainz le trouva fort et seur et et il miex selonc toutes aventures B ne s’en pot miex B partir selonc toutes aventures B que il fist G , car honte n’est mie il n’est mie honte G a .i. chevalier qui pour .c. chevaliers fuit se il fuit por .c. ch. B pour metre son cors lui m. B a sauveté. Dont dist chascuns que il disoit tout ce estoit B voir. Dont n’ont finé par leur journees G si Ainsi G sont venuz au siege devant Nise. Sachiez que Et G moult furent dont G conjoï des barons et meismes de Helcanus de Helcanus et dez barons G et du filz au le B roy de FriseOdonieJaphus de Japhus G . Si m’en veul ore atant .i. poi B taire t. de la B , car nule chevalerie on ne faisoit devant la citéNise, car tant estoit erent B fort que nul assaut ne doutoit que cels dehors li peussent faire G , et ceulz dedenz ne vouloient hors issir, car bien leur sembloit qu’il il B n’avoient mie gent g., ce leur sambloit B a pour B issir hors, car trop estoient poi dedenz la villeNise et il ne se vouloient mie combatre et il mie faire ne le voloient B a meschief G , car il atendoient le B G secours de Pelyarmenus, a qui cilz chevaliersKarus s’en aloit qui en tele maniere s’en estoit departiz se parti de Mirus et des siens B , comme vous avez oÿ je ci vous ai aconté B de [b]Mirrus et des siens B . Si veul revenir venir B a lui lui et conter V2 X2 , comment💬Si veul revenir a lui, comment: Dans BG, la formule de fin de paragraphe prend la forme d’une rubrique (Si veul revenir a lui, comment il...). V2 a ressenti le besoin d’ajouter et conter pour introduire l’interrogation indirecte, ce que le stemma permet d’identifier comme une innovation face au texte de l’archétype que transmettent B et G. Nous intervenons donc sur V2. Pour d’autres exemples de tournures similaires, cf. par ex. Le Roman d’Helcanus, § 44 : et retorne a Fremor et a ses freres comme il esploitierent de l’amende faire envers l’empereur... ; § 241 Si veul parler des damoisiaus de Romme comment il esploitierent ... ; § 332 Si parlerons aprés de Pelyarmenus de Romme. Comment il avoit pourchacié vers Dyalogus, son frere le bastart, de metre a mort les .ij. enfanz petiz a l’empererour (à notre sens, et au vu des exemples précédents, il aurait été préférable que l’éditeur n’introduise pas de ponctuation forte après Romme dans ce dernier exemple ; l’introduction d’une virgule avant comme(nt) aurait également été souhaitable). il aloit querre le G secours pour ceulz dedenz, qui n’estoient mie asseuré du tout du tout asseuré de ceuls dehors B , ainz estoient en grant paour et en grant doute, car il estoient si pres tenu et de si pres gaitié G que riens ne leur pooit venir de nule part, si que il doutoient moult G que il ne fussent afamez si comme cil qui moult estoient court tenu et prés guetié B .

[12] Comment Myrrus M.Karuus (sic) B se parti pour porter le message a Pelyarmenus de par Helcanus H. Ascanus G son frere Ensi comme Karus ala en Constantinoble a Peliarmenus B 💬Dans G, une main a noté dans l’interligne au-dessus de Mirus et Helcanus (sans les biffer) respectivement Karuus (sic) et Ascanus à l’encre brune (la rubrique étant en rouge). Karus et Ascanus sont frères, mais c’est bien Mirrus qui est le messager en question, au nom d’Helcanus..

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Enluminure sur 1 colonne et 12 UR. Un personnage tend à Mirus le message d’Helcanus que Mirus devra délivrer à Pelyarmenus.

§209 Ci endroit dit li contes que, quant B Karus, li freres Ascanus, se fu partiz parti B de la cité de Nise Nise la cité B , il ne fina de chevauchier le chemin de Costentinnoble puis que il ot encontré Mirrus M Mirrus V2 Myrus B , si comme devant est dit, et il vit que il en fu eschapez B . Dont enforça efforça B X2 son erre chemin B et Il G ne fina par ses jornees tant que il oÿ nouveles que Pelyarmenus estoit a .i. sien chastel ch. qui estoit V2 X2 assez pres de Costentinnoble la cité de C. B . Dont s’apparut en vint B a lui. Et quant il Peliarmenus B le vit, si li G dist :
«  Askarus, li miens amis, vous soiez li bienvenus Bien soit venuz mon bon ami Karus B 💬V2GX2 donnent ici conjointement Askarus/Ascanus: il s’agit bien de Karus. Cf. aussi une autre occurrence dans le même paragraphe et ensuite au §232; cf. aussi Table des personnages. ! Comment [c]le faites vous fait il B ne quiex nouveles ?
Par foi B , sire, dist il, je par foi ne (sic, répété) B ne vous B sai a dire B nouveles qui bonnes soient, car si B mon frereAscanus est assis dedenz Nise du💬 La préposition articulée introduit l’agent du verbe passif (cf. Ménard, §320): comprendre "par". filz le roy de FriseOdonieJaphus vostre cousin et de Helcanus vostre frere, si n’a pooir de issir ent.
– D’Elcanus mon frere et du filz au roy de FriseOdonieJaphus ? dist il B .
– Voire, sire. »
Dont s’est Pelyarmenus moult esmerveilliez et dist :
« Par mon chief, mar est li filz au le B roy de FriseOdonieJaphus entrez en ma terre! Car de Helcanus mon frere sui je asseurez m’aseure je B , car je sai bien qu’il n’est mie en vie. Me ainz me B cuide Japhus tolir la terre par sa guille et faire hoir d’un autre, qui onques ne fu veuz de mon pereCassidorus ne de fame fa›i‹[m]e V2 a qui il eust onques a faire ? »
Dont a fait maintenant ses clers devant lui venir et fist escrire lectres et briez et si B a partout mandé et envoié moult esforcieement B au plus p. efforcieement B p. tost G que il onques B pot, si que dedenz .viii. jours en ot ont B X2 mis ensemble .xxxm., qui B qu (sic) X2 touz haoient Helcanus de la teste a B couper💬touz haoient Helcanus de la teste a couper: Le syntagme de la teste a couper renforce la valeur affective de l’énoncé, cf. DEAF, H, 51, 11-15, sv. haïr et RLiR, 62, 267.. Dont Lors en B vint Pelyarmenus a Karus et li dist :
« Amis, veez ci biau secours que je veul faire a vostre frereAscanus. Cist vous serviront a faire partout a B G vostre volenté commant B , et je demorrai ci et porverrai ma terre, car je croi bien, se que, se G X2 je aloie avecques vous, qu’il enterroient enz par devers la mer de Grece.
– Sire, dist Akarus Karus B X2 , ainz croi que vous feriez trop miex se vous leur veniez a l’encontre de vostre terre, car sachiez que il ont amené et fait venir sont venu a tot B tant de gent comme il ont peu porrent B avoir. Et je vous creant que nous les prendrons p p. V2 touz aus mains. »
[d]Dont a Pelyarmenus eu en B G son conseil qu’il alast a l’encontre de ceuls qui devant Nise estoient assegié, car, se il pooit pooient B ceulz metre au dessouz, il avroit le tout gaaignié. Adont n’arresta se poi non que il se mist, lui et sa gent G , au le B chemin de Nise.

§210 Quant Karus vit que il avoit ot B si bien besoignié, dont s’en vint a Pelyarmenus et li dist G :
«  Sire S., dist il G , tout le chemin que je B ving a vous, je m’en yrai et conterai a mon frereAscanus le du B gent secours que vous li faites.
– Bien me plest », dist il. Lors s’es mis au en B repaire retour G et ne fina par ses journees G tant que il si G vint assez pres de l’ost de B Nise Nise. Il estoit cler et seri B . Lors mist a mis B .i. cor moiennel B a sa bouche; celui sonna s. il B moult haut a fort longue B alaine, si que bien fu entenduz en la cité; et tout en autel maniere aussi B fu il il dehors B de Myrrus meesmement, qui estoit dehors l’ost et B chascun jour avoit a. puis B esté en aguet de celui B , car il pensoit et comme cil qui B savoit bien que il estoit alez aloit B querre secours et que pour ce les avoit ainssi qui ainsi l’ot B baretez quant il se parti d’elz de lui B . Dont vint a son cheval et est tost G montez en la sele G et a pris prist B son escu et son glaive et s’est de l’ost departiz sanz point de compaignie et vint a l’encontre de Karus Karus a l’encontre B ou il chevauchoit seurement, comme cilz qui bien savoit B le paÿs chemin savoit B trop estrange par B ou il aloit en la citéNise. Dont l’escria Myrrus, car bien le recongnut B , et dist li d. B :
« Sire chevalier, a l’aler vous partistes vous de moi si comme vous savez, mais or veul je que vous apaiez paiez B X2 le passage message G , quar en cest paÿs n’a riens Pely[e]armeneus vostre ›...‹[v]ostre V2 seigneur, ainz le chalenge tel qui greigneur meilleur B droit y a ! »

§211 💬Pas de nouveau § BQuant Karus a veu Mirrus, si l’a petit prisié et dist :
« Moult sui ore liez liez V2 quant vous le passage me chalengiez chalengés G si cortoisement. Et pour ce vous lairai je mon cheval et m’en yrai a pié en tele par B maniere que ja la G en lieu ou vous veingniez ne vous vanterez que je par couardise le face. »
Quant Myrrus oÿ celui, lors si B sot moult bien que il se moquoit les charvissoit B et dist :
« Par Dieu, sire vassal, moult a enviz feriez ce. Et sachiez que moult a X2 enviz vostre cheval enmenroie, se se je B de mon bon G droit ne l’avoie conquis B . Gardez vous de moi, qu’il car bien B vous en est mestiers ! »
Quant Karus l’oÿ, si pensa qu’il estoit est B chevaliers adroit et dist :
« Bien est iert B grant meschief de toi, car quant B je sai bien que ta vie est V2 outree, mes que je a toi me soie pris.
– Ne t’en chaut ! ce dist Myrrus. Onques plus ne te soit de moi que il est a moi je B de toi, car autrement seroies tu folz. »

§212 Dont Lors B ont G 💬La lettrine n’a pas été exécutée dans G, mais la lettre d’attente figure encore en marge de la dernière ligne de la colonne.se sont andui esloingnié eslongié B li .i. de de|de G l’autre des autres X2 et sont venu as chevaus poindre. Si les ont poins si adroit que bien s’en peust on merveillier qui les veist💬bien s’en peust on merveillier qui les veist: Comprendre "on pourrait s’en émerveiller si on les voyait". Sur les propositions hypothétiques introduites par qui, cf. Buridant, §580., car tant aigrement vindrent ensemble que eulz il B meismes ne sorent quant leur glaives vindrent furent B en asteles, et eulz meismes G s’entrencontrerent s’enrencontrerent G s’entre encontrerent X2 si fort que, vousissent ou non nont X2 , sont cheuz des chevaus a terre. Quant chascuns vit ce son peril B ceste chose X2 , sachiez que il ne tindrent mie mie ne tindrent B a mal emploiez emploiees B leur coups de B leur [f]lances💬leur coups de leur lances: La structure est répétitive dans V2GX2, sans qu’une correction s’impose.. Dont mistrent mist B chascuns ch|chascuns V2 les mains aus espees la main a l’espee B et vindrent ensemble G , les escuz embraciez, plains de tres grant yre, esmeu, et ne sai mie liquiex feri avant, ainçois l’ont fait si egalment que chascuns trouva son compaignons plain felon et p. B de grant prouesce. Que vous diroie je ? Cilz feri adonc, l’autre feri aprés et cil puis B . Ne lairoie mie raconter raconté V2 X2 aconté B , si aroie annuié G ,💬Ne lairoie... annuié: La présence du participe passé raconté inviterait à interpréter la forme lairoie de V2 (B et X2 donnent la graphie laroie) comme l’article + auxiliaire l’airoie, mais la phrase ne tourne pas (cf. d’ailleurs l’omission de G, qui évite le problème). Nous préférons intervenir en rétablissant la forme de l’infinitif raconter dans la tournure laisser + inf. ’cesser de + inf.’, le narrateur indiquant qu’il passe sur les détails pour éviter l’ennui de son public/lecteur. Comprendre "Je ne cesserais pas de raconter, je (vous) ennuierais" ou, moins littéralement, "Si je continuais mon récit, je vous ennuyerais"; pour cette construction hypothétique, qui procède par agrégation, cf. Buridant, §569. mais ainz B je B vous di que si par igal a l’estour se trouverent jusques adonc que tel furent mené que petit valurent valoient B leur en l. B cops. Dont dist Karus :
« Chevaliers, quant tu m’avras conquis, de qui te porras tu vanter ?
– Par foi, dist Mirrus, je le sai bien, mais cais V2 tu de moi ne le B saroies.
– Je le saroie sai B bien, se il estoit ainssi s’ainsi estoit B que tu au dessous deseure B en venisses.
– Certes, dist il, moult miex le cuideroie savoir de toi que tu ne feroies B de moi. »

§213 Dont s’est .i. poi B arriere trais et dist :
« Souffrons nous .i. poi, tant que nous puissons miex emploier nos cops nos cops puissons miex emploier B .
– Je l’otroi », dist Myrrus, qui moult estoit au dessouz de sa force. Et tout en autele maniere ausi B estoit Karus, car tant avoit a. perdu (sic, répété) G l’un et l’autre perdu de sanc s. avec X2 que trop en avoient les cors affebloiez il n’avoit lieu seur nul d’euls que tout ne fust moilliez de sanc B , et B avec ce leur armeures estoient furent B routes et B despanees si d. et leur hauberc si derout B despecieez G , si B que il n’atendoient n’i ot B se la mort non. Quant Karus Karus, quant il B vit ce, si ot paour de sa vie et ne volt lessier que il ne conjurast Mirrus, que, par la foy que il devoit a B touz ses amis, que il li deist qui [172]il estoit.
« Je sui, dist il, .i. povre chevalier qui sui fui B X2 nez de en B Bretaigne et ai a G non Myrrus B et sui B compains a Helcanus, filz a B l’empereour de Costentinnoble B CassidorusHelcanus.
– Ha ! Myrrus, ce dist Karus dist Myrus, Karus a (deux traits dans l’interligne indiquent qu’il faut intervertir Myrus et Karus a) B , estes vous ce ? Bien savoie que vous estiez tiex comme que B je vous avoie dit, que, se ainssi estoit il fust ainsi B que je vous peusse outrer, que bien savroie seusse B qui que G vous seriez fussiez B et se B ne vous fussiez mie nommez a moi.
Par Dieu Comment B , ce dist Myrrus, aussi ainsi dist il que B seusse je bien qui que B X2 le souverain souverai B chevalier du monde B a qui je eusse onques eu a faire eusse outré.
– Par foi, dist il, autel pensee avoie je.
– Mais or me dites qui vous estes tout en autele maniere ausi B comme je vous ai dit de moi.
– Certes, dist il, on m’apele je suis apelez B Karus et sui freres Ascanus, a B qui ceste terre est et cest paÿs.
– Bien ai oÿ parler de vous! ce dist Mirrus. Or sui je liez quant je me porrai vengier de la traÿson que vostre frereAscanus me fist quant je alai ou message en Costentinnoble B ; et je croi bien bien croi B que vous meismes y fustes, si le comparrez chier!
– Par Dieu, dist il B , Myrrus, onques n’i fui, car je ne B n’i voil aler. Si aies merci de toi meismes et de moi, car je sai bien bien sai B , se nous plus alons as cops donner, que riens est de nos vies.
– Ce saverai je », dist dit B Myrrus. Dont le rapela a l’escremie.
« Myrrus, dist Karus, je te veul prier d’une de ceste B chose : je te depri pri X2 et le te virai### ci endroit B que nous metons ceste bataille chose B en respit jusques a tant que aucuns gentilz homs y soit par qui quoi B on sache il sachent B la victoire de [b]nous .ii., car moult ert est G estrange chose se nous ci nous occions que nulz ne ne le V2 ne le G sache nos prouesces G . Et je te di, se tu ailleurs me pués conquerre, que je a toi me rendrai pour faire ton plaisir plainement. Et s’il est en tel maniere s’ainsi est B que tu ci ci orendroit B me conquieres, je te di t’afi B que tu avant me couperoies copperiéz G le chief que je me rendisse vaincus. »

§214 Quant Myrrus oÿ ce, si ot doute que, se il ne se souffroit de B ceste chose, que il ne l’en meschaïst mesc›...‹[h]aist V2 , car tout aussi fort le trouvoit il de la bataille comme lui meismes. Et nonpourquant, il li sembloit que que a B X2 couardise coardie B li seroit atourné💬Emploi impersonnel du verbe atourner dans V2G: atourner qch. a qn. ’attribuer, imputer qch. à qn. (DMF, sv. atourner); dans BX2, la construction est qch. est atourné a + subst. a qn. se on le savoit. Si li dist :
« Karus, se il est ainssi que tu me veulles proier que je je par courtoisie te sueffre B de ceste bataille me suesfre B jusques a .i. jour que nous y metrons, mes que tu le me veulles creanter que tu a moi vendras en quelque quelconques B lieu que tu me savras pour faire de toi ### B ma volenté, se ainssi n’est est B X2 que tu te t’en B ne te X2 puisses desfendre, je m’en sousferrai quant a orendroit B .
– Par foi, dist il, je le vous creant. Et soiez certain que je y vendrai voirement ferai B , se je sui mes que je B en vie vie soie B . Et vous m’aseurerez m’asseurez B de touz que de vostre cors seulement fors de vous seul B .
– Par foi Dieu B , dist il, voirement ferai le f. je G . »
Dont ont mis juré B la journee le jour B a .xv. jors. Et adont devoit venir Karus a Myrrus, si comme devant est dit. Dont est chascuns revenus r. revenus V2 sont verti chascun B a son cheval et sont remontez monterent B a grant paine, comme [c]ceulz qui moult estoient au dessouz de leur forces.

§215 💬Pas de nouveau § B Dont Mont/Mout (mauvaise exécution de l’initiale) G demanda Mirrus a Karus que au mains il li deist en vint Myrus a Karus et li dist B comment il avoit Au mains me dites que vous avez B besoignié en Costentinnoble.
« Par Dieu, ce dist Karus, encor vous vaudra miex B ce que je vous dirai d. miex B que se vous m’eussiez outré a ne B mort. Je vous di pour voir par verité B que Pelyarmenus nous vient a secours a de B .xxxm. homes, qui touz vous heent de la teste a couper💬touz vous... couper: Voir n. au §209.. Si vous v. vu X2 poez pourveoir p. contre eulz B soit de fouir, soit de ou pour G bataille.
– Et dedenz quant combien B X2 💬dedenz quant: Comprendre "d’ici quand", "d’ici combien de temps". seront il il bien V2 ci ? ce dist Myrrus.
– Par foi, dist il B , dedenz .viii. jours ou .x. .x. jours G , si com je croi.
– Ja par Dieu, dist il, ne B pour vous ne pour eulz ne fuirons! »
Atant sont l’un de l’autre departi, et vint Mirrus en l’ost. Quant si homme l’ont veu, si ont eu moult grant merveille comment il estoit fu B en tel maniere atirez. Si Il B li demanderent, mais onques ne leur voult dire. Adont le desarmerent et ont mandé firent mander B manderent G les mires. Et quant il l’ont trouvé si blecié b. et navré B , si sorent bien que moult estoit de grant cuer. Dont li ont ses plaies bendees et l’ont moult reconforté conforté B , car il li G distrent que il le remetroient metroient B X2 en sa force dedenz .viii. jours.

§216 Ceste nuit passa, et l’endemain avint vint B que ceste chose ne pot estre celee que la nouvele n’en venist a Helcanus. Et quant il le sot, si vint a lui a son tref et li dist :
« Mirrus, qui vous a encontré ne [d]qui vous a ce fait ?
– Sire, dist il, cilz tex B qui bien ot pouoir de moi metre ou point ou je sui. Mais je vous pri par amors que vous vous en B X2 souffrez du savoir, car bien le savrez a tans temps G .
– Et je l’otroi, dist il, puisque vous le voulez. Mais bien sachiez que G moult a enviz le soufferrai.
– Sire, dist il, or ne vous ennuit, mais d’une chose vous veul je faire sage : que vostre frere Pelyarmenus vous vient a l’encontre a tout de B a X2 .xxx. mille hommes qui et seront B dedenz .viii. jours seront B s. ici G en l’aide a B ceulz dedenz. »
Quant Helcanus oÿ ce, si si|si G dist :
«  Or Dont B n’i a el que fors que B nous soions sus nostre garde nos gardes G .
– Sire, dist Mirrus, je le loeroie, et que on envoiast au devant dedevant G du duc de LembourcBorleuz et B que il se hastast de ce que il porroit G , quar vous avez poi de pou avez B gent se vous n’estes secorus de lui.
– Par Dieu, dist il, vous dites bien verité. »

§217 💬Pas de nouveau § BDont se sont mis ensemble tout li grant seigneur de l’ost. Lors orent divers conseulz, mais il envoierent des maintenant au ducBorleuz por lui haster aussi ainsi B comme G pour venir au secours. Aprés il se sont pourveu de leur gent metre a point et orent conseil que que il mie ne souferroient que B 💬Possible saut du même au même non erroné de V2GX2 sur que. Pelyarmenus n’aprocheroit mie aprochast B la citéNise sanz bataille. Dont partirent leur gens en .ii. et distrent que l’une partie yroit encontre au devant de B Pelyarmenus et l’autre partie B si G garderoit la citéNise. Dont envoierent leur espies pour B savoir leur venues, si il B trouverent que Pelyarmenus se ha[e]stoit et avoit oÿ nouveles que la pucele de GonfortMelode avoit rendu li et sa terre sa terre et son chastel rendu B a Helcanus et li avoit envoié envoie B grant gent en s’aide. Dont fu yriez et dist jura B que mar l’avoit fait et jura que B chier il B li feroit comperer. Dont fist sa gent chevauchier sus le chastelGonfort. Et vindrent les nouveles en l’ost a Helcanus que comment B Pelyarmenus estoit arestez a Gonfort. Dont fist venir devant lui Myrrus et li demanda se li chastiaus de Gonfort estoit auques G desfensables.
« Sire, dist il, oïl. Pourquoi le demandez vous ?
– Je le di pource que mon frerePelyarmenus a si a B assegié le chastelGonfort et dist dit B que ja n’en nen s’en (sic) B partira si l’aira pris.
– Ha ! sire, dist Mirrus, le chastelGonfort est moult fort, mais il ele B n’a pooir de lui desfendre, qu’il car il B n’i a mie gent qui le la B puissent contretenir.
– Par Dieu, dist il, ce poise moi ! »
Dont fu Mirrus trop yriez et dist :
« Ha ! sire, et soufferrez vous que la puceleMelode qu’ele B soit mise a destruction ?
– Amis, dist il, nenil je non B , que je puisse. »
Et dont parlerent ensemble comment il porroient esploitier, mais B il n’i ont ot B veu tour qui gueres leur peust valoir quant a ore ne que par quoi B il peussent si avant chevauchier a tout tant de gent et a si poi B comme il en avoient leur aroit mestier B , car trop demourroit li sieges petiz por la villeNise garder.

§218 Quant Mirrus vit que la damoiseleMelode ele B n’avroit point de secours, si fu trop yriez, et il meismes fu estoit B de ses plaies a trop grant meschief. Si ot grant courrous et en vint a Helcanus et li dist :
« Sire, se vous me voulez voliez B otroier .xm. chevaliers, je feroie secors [f]a la puceleMelode, et vous di por voir que je en leveroie Peliarmenus du tout ou je y demorroie.
– Biau sire, ce dist Helcanus, ce ne vous porroie je mie otroier, car trop y seroit li perilz grans di je mie B , mais je ainçois B vous asseur que, se li chastiausGonfort et la puceleMelode se pueent tenir n’est pris dedenz B .iiii. jours j. ne la pucele B , que bien garantir l’em porrai je moult dolenz en serai et se ele non bien l’en porrons garir B . »
En tele maniere demora la puceleMelode a secourre et fu li chastiausGonfort açains de toutes pars, et l’assaillirent Grieu G de l’une part et de l’autre. Quant B la puceleMelode, qui dedenz estoit, vit quant ele vit B ce, sachiez que ele fu moult bien fu B esbahie, comme cele qui n’avoit mie apris mie ne se doutoit de B tel assaut. Dont ne sot que faire, comme cele qui car B nul conseil n’avoit de nului qui aidier li peust, car ele n’avoit mie mie n’avoit B de B plus de G X2 .x. hommes .i. B G X2 💬de .x. hommes .i.: La varia lectio offre trois leçons adiaphores : moins de dix hommes d’après B, pas plus de dix hommes d’après G+X2, un homme sur dix d’après V2. Mis à part l’accord sur de, commune à V2G+X2, on ne peut savoir ce que contenait le modèle de V2G : soit la construction plus de comme dans G+X2, soit la construction de .x. hommes .i. comme dans V2, soit aucune des deux, et V2 et G témoignent de deux solutions différentes pour pallier le texte de leur modèle (ele n’avoit mie de .x. hommes qui armes peussent porter ne se construit pas). Dans le doute, nous maintenons donc la leçon de V2, dont la leçon est satisfaisante. Sur ce lieu, cf. aussi S. Lecomte, «La tradition manuscrite du Roman de Pelyarmenus», art. cit. qui armes peussent porter. Et ceulz metoient tele desfense au chastelGonfort ch. garder G comme il pooient. Ceulz dehors, qui grant paine metoient a entrer enz, disoient qu’il se rendissent a la volenté Pelyarmenus ou il seroient tuit mort se il a force estoient pris. Et dont leur fu respondu Dont respondirent B que il se souffrissent tant qu’il eussent parlé parler B a leur dameMelode. Dont et il si firent. D. B X2 se souffrirent, et cil B X2 vindrent a leur dameMelode et li B distrent que il ne pooient pourroient G mie tenir le chastelGonfort contre eulz et que ele le rendist r. le chastel B se r. G et mais que ele ne perdist B m. q. elle ne le perdist X2 que B il em peussent aler sauves leur porter les B vies ou autrement leur desfense ne porroit leur p. B riens valoir, car il avoient ja appareillié atorné B par pour G quoi il pooient monter as murs et qu’il seroient seroit B pris par force.

§219 💬Pas de nouveau § B[173]Quant la puceleMelode oÿ ce, si vint aus murs m. du chastel B et dist que on li feist venir Pelyarmenus, et on si fist. Quant ele le vit vit venir V2 , si dist :
« Ha ! sire, poi de franchise vous tient quant vous v. a moi seule ceenz B voulez abatre mon chastelGonfort seur moi, qui sui ceenz seule B ! Ne vous vaut !
Par Dieu G , dist il, mar l’avez levez (sic, ms. leuez) B rendu a autrui que a moi, car B vous et lui il B en avrez male joie de cest jour en avant!
Ha H X2 ! sire, dist ele, ainz avrez merci de moi et je vous rendrai le chastelGonfort a vostre volenté.
– Quele merci, dist il, voulez vous avoir ?
– Je veul, dist ele, que li chastiausGonfort vous remaingne, et je m’en yrai la ou je voudrai, avec moi ceulz qui ceens sont.
– Ja par Dieu, dist il, en tele maniere n’avendra, ainçois avrez tel avantage que le vostre cors me demorra a faire ent toute B ma plaine volenté et de B touz ceulz qui o vous sont. »

§220 Quant la puceleMelode entendi ce, si commença moult fort a souspirer et dist :
« Lasse ! Dont sui je perdue honnie et p. B sanz recouvrier et honnie B !
Dame D., distrent sa mesnie B , ainz avra merci de vous, car autrement serions nous tuit mort.
– Lasse, chetive ! dist ele. J’ai plus grant greigneur B duel de mon pereSeigneur de Gonfort, qui viex est et frailes G , que je n’ai de moi meismes, car, se j’ai a souffrir, je l’ai bien deservi ! Ha ! Mirrus, sire G , pourquoi vous vi je X2 com mal vous vi B onques ceenz entrer B quant pour vous reçoif aujourd’ui tel domage ? Et nonpourquant, je ne vous en saroie blasmer, car vous n’i avez courpes, et bien croi que, se vous saviez ceste chose et vous le poyez [b]amender, que volentiers le feriez. »
Dont escrierent s’e. B X2 cil dehors que on il B leur rendist li rendissent B le chastelGonfort ou il enterroient enz a force. Dont respondi s’escria B li uns d’eulz que on leur ouverroit💬Métathèse pour ouvreroit, cf. Note linguistique. le chastelGonfort en tele par B maniere que il eussent l’en eust B merci de leur damoiseleMelode et d’eulz meismes. Dont leur fu le chastelGonfort rendu, et Pelyarmenus entra enz a tout o lui B a G grant plenté de chevaliers gent G . Maintenant vint a lui B X2 la puceleMelode et li cria a mains jointes j. cheue a ses piez B merci pour que m. eust de B li et pour de B son pereSeigneur de Gonfort p. por Dieu B . Dont ne voult souffrir que pis eussent fors que maintenant. Pelyarmenus a les a B fait mener le pereSeigneur de Gonfort et li en en la cité de B Costentinnoble et ceulz que il trouva leenz fist il touz B metre en prison et et dont B y lessa il lessa il (sic) B sergenz pour le chastelGonfort garder V2 , puis et B ne volt faire lonc sejour, ainz se sont mis mist B a la B voie v., o lui sa gent B et n’ont finé si sont ont B G aprouchié a. Nise B a .ii. lieues de Nise B .

§221 💬Pas de nouveau § BQuant cil de l’ost l’ont seu, si sont se s. G aprestez, et meesmes Helcanus, qui voult avoir la bataille a son frerePelyarmenus. Et le premier encontre a fait ordener ses batailles. Mirrus, qui voult estre premier li premiers B G pour l’amour a de G la puceleMelode, dont il avoit oÿ nouveles la nouvele B que il l’avoit prise avoit prise la pucele B et G le chastelGonfort mis B en sa main et la la seue B gent enprisonnee mise en prison B , il💬Mirrus, qui... il: Répétition du sujet après une longue incidente. pria jura B Dieu que jamés mais B ne peust p. il B G de la B G bataille b. ne peust G retorner torner B jusques a tant que il eust feru en l’escu Pelyarmenus en tele maniere que il l’ eust avroit B mis jus du cheval ch. a terre G ou il lui. Japhus meismes de l’autre part B ne volt lessier que il a ceste bataille n’alast. Dont firent .iii. batailles de .xxm. chevaucheurs. La premiere fu Mirrus, a tout de B .iiii. mille haubers ; la secon[c]de fu B Helcanus d’Elcanus B a H. G , a tout de B .vim. ; la tierce Japhus a J. G , de .x. mile, et cil furent en l’arriere garde. Dont ont leur gent adreciee cele part la G ou il savoient Peliarmenus.

§222 Les espies, qui de ce tout ce B se prenoient garde, l’ont moult m|moult V2 tost noncié aus Griex. Quant il sorent ce, si en furent moult liez joianz B X2 , car bien leur fu dit que li avantages estoit leur de .xm. hommes. Dont ont leur gent ordenee batailles ordenees B et les B mistrent m. leur gent B en .iiii. .iii. G parties, et ot en B chascune chascane (sic) V2 seigneur qui moult fesoit a douter. La premiere bataille ot li cuens de JapheDubyus ; la seconde, li dus de LaomedonClerus ; la tierce, li dus d’Athaines d’A., et cil estoit quens et dus de Grece B Duc d’Athaines ; la quarte q. ot B , Pelyarmenus, qui moult fist a douter. Li cuens quant X2 de JapheDubyus, qui avoit non Dubyus, fist sa gent ordener et B chevauchier moult ordeneement au devant des autres. Dont n’orent mie granment t granment V2 loing B alé quant il virent Frisons d’autre part qui venoient moult esforcieement.

§223 Myrrus et li sien, qui leur le|eur V2 enseignes avoient orrent B faites fait B desploier au vent B , virent Dubyus qui leur G venoit moult hardiement a l’encontre B X2 . Dont s’entraprochierent et vindrent furent venus B aus chevaus poindre. Dubyus, qui bien sembloit sembla B sires d’eulz, si dont B G s’est avant trais et s’est mis s’est avant mis B se mist G au devant B de ceulz qui estoient de sa partie. Et dont point le cheval, si que bien le vit Mirrus. Il ne mist mie le sien en oubli, ainz le poinst corta/coita B point G si que, vousist vousissent X2 ou non, en trespassa .iiii. qui devant lui s’estoient mis l’avoient fait B . Adonc li vint Dubyus dudubius G en son devant, et il le feri l’encontra B de tel force que, vousissent les ar[d]meures a. de lui B X2 ou non, li a mis sa la B G lance parmi le cors. Et a l’aprochier couvint Dubyus verser par dessus dessouz G la croupe du de son B cheval. Ceste jouste premiere li couvint comparer, mais ainçois que Mirrus eust fait son poindre fu il entrepris de la gent au conte Dubyus. Mais cil, qui avoit cuer d’omme noient esperdu G , mist tantost tost B la main a l’espee et feri d’une partie part G et d’autre a l’une partie et a l’autre B , si que tout cil qui adont G le virent B en furent tout f. B esbahi e. cil qui adonc le virent B .

§224 💬Pas de nouveau § BQuant il se furent en tele maniere assemblé feru ensamble B , sachiez que moult y ot de ceus qui moult furent malbailli, car si qui B fierement les le B requeroient Myrrus et li sien B que ce trop B estoit grant merveille a d’eulz B veoir. Mais quant Grieu sorent la perte de leur seigneurDubyus, si furent moult afebloié, car si vistement les engressoient requeroient B Mirrus et sa gent que, vousissent ou non, les couvint resortir. Quant ce vint a au G chief de grant piece vit B , li dux de LaomedonClerus se si se B feri en la bataille, et aussi firent il et B et G li sien moult aigrement, si que Frison s’en porent bien apercevoir, car tout aussi se ferirent en eulz comme se ce fussent gent qui riens ne doutassent ceulz cus X2 qui grever les pooient G il ne doutassent riens qui grever les peust B . Dont fu Mirrus açains de toutes pars, et feroient seur lui qui miex miex. Mais Bretons, qui si B pres se tenoient les uns des autres de lui B , le secoururent de ce qu’il porent. Meismes Elygius ses compains se mist avant de quanque il pot G pour lui aidier, comme hom plains de tres grant o g. V2 prouesce, car, quant [e]il vit l’enchaus seur lui et seur ses compaignons, il se mist feri B en la greigneur presse et la fist il tant par son cors c. seul B que, vousissent ou non, couvint aus Griex place la p. G guerpir vuider G . Mais riens ne valut, quar trop y avoit des de X2 Grejois, si que la nouvele en vint a Helcanus, qui n’atendoit el B fors qu’il se peust en eulz ens se peust B ferir.

§225 Dont ne demoura gaires que il et sa gent g|gent V2 se ferirent sont feru B enz. Qui dont leur veist l’estour commencier et B X2 enforcier enfor›...‹[c]ier V2 , ces mors l’un sus l’autre trebuschier et verser B X2 , bien peust dire cuidier B que li mort en eussent le meilleur, car nient plus G l’une partie ne G l’autre ne doutoit doutoient B la mort que se pour ce l’eussent gaaignie. Et nonpourquant metoit chascun grant esfors a lui tenser. Et si esforcieement s’i aida Helcanus et li sien que assez tost que aprés ce que B aprés que X2 il vindrent G furent Griex resortiz des leurs desi as leur B G .

§226 💬Pas de nouveau § B Quant Q. ce vit B la tierce bataille G s’est si s’est B X2 enz ferue de si moult B grant force, si que d’une part et d’autre furent aussi comme tout onni, moult dura li estris avant que on seust liquiex qui G em porroit avoir avoit G le meilleur eussent le pieur B . Mes tant y ot de la gent de Grece que tout en furent li champ couvert. Et quant Helcanus vit ceulz qui li detrenchoient les siens devant ses iex et qui li deussent aidier deussent aider qui li detrenchoient ses hommes devant ses iex B , si fu aussi comme touz B G hors du sens et Dont a B estrainst les denz et feri a hurté B le B X2 cheval des esperons tant [f]aigrement que a cele envaÿe maint le comparerent, car, si comme li contes l’estoire B le tesmoigne tesmoi›s‹[g]ne V2 , a cel poindre en occist que uns que autres G .x. avant que il relaschast son cheval son cheval resachast sus B . Et sachiez que tout en autele maniere ainsi faisoient li autre B faisoient V2 B G X2 💬La correction s’appuie sur la leçon de B. Myrrus et Elygius, qui par la bataille faisoient leur cembiaus des Griex, qui la plus par B grant partie avoient. Et quant qui B li chevalier, qui B hardi estoient et de grant force, virent leur genz et leur amis et eulz meismes mener si B malement, dont se pristrent repristrent B a regarder B en eulz meismes que ce seroit a bon droit se il avoient le meschief devers eulz, comme ceulz qui le fesoient contre droit et contre raison B 💬La leçon de B dérive peut-être d’un saut du même au même non erroné sur et contre. et contre leur seigneurPelyarmenus. Si leur anuia et leur G esvanoÿ li cuers et B une partie de leur force, si reuserent une grant B piece. Et adont en y ot mains detrenchiez et occis.

§227 Pelyarmenus, qui leur estoit au dos, vit sa gent reculer, si en ot tel courrous que pour riens ne se B fust tenuz que maintenant ne leur G soit seure courus courus sur Helcanus G . Dont se sont mis es Frisons G et leur ont livré .i. dur estal, car car li contes dit que B , vousissent ou non les B G Frisons, li Grieu les ont les ont Griex B furent G menez jusques a Japhus d’autre a l’a. B part du champ. Quant Japhus vit ceste chose ce G , si dont B ne volt plus souffrir, ainz G a fait sa gent desrengier et se sont s’est X2 feruz en eulz enz B a une flote, si n’ont mie espargnié li uns l’autre, ainz y veist on peust l’en veoir B la plus [174]grant greigneur B occision qui onques mes B fust feust X2 dite en nule ystoire qui face a croire, car tant aigrement se penoit l’une partie et l’autre de leur anemis seurmonter que qu (sic) G ce ne seroit n’ert B se merveille non du dire. Pelyarmenus, qui la terre et le paÿs vouloit du tout metre a sa volenté, s’en B aloit par la bataille les renz cerchant ferant B en tele maniere que tout occioit trenchoit B , tout G detrenchoit occioit B et X2 tout G abatoit, si que nulz n’osoit ses cops atendre, ainz donnoit a sa gent si grant aide et B si grant cuer que mar fust soit B de celui qui le veist a cui sa force💬a cui sa force: La construction est pléonastique dans l’ensemble de la tradition. et son B hardement G ne soit doublez doublee G . Myrrus, qui qui le jour B plus avoit fait d’armes que nul chevalier qui en tout le jour devant lui B eust armes les eust B portees, estoit tiex menez G que si cop aloient ja B aussi tout a. B comme reusant. Dont s’est mis tret B a une part entre lui et o lui B X2 Elygius, et se sont mis mistrent X2 G hors au dehors X2 de l’estour et osterent .i. poi leur hyaumes pour eulz refroidier, puis restrainstrent leur chevaus et ont qui adez estoient a .i. estour. Dont se refroidierent et ont leur chevaus restrainz et B leur plaies bendees. Et adont leur sembla que moult bien leur estoit fust B .
« Compains, ce dist dit X2 Myrrus, or vaut miex a nous et pis a eulz. Or veul je que vous me suivez la ou je voudrai veul B aler.
– Amis, dist il, alez devant, et je vous suivrai. »
Adont se sunt mis es chevaus et G sont reverti verti B vers la bataille. Et quant il furent la venu, si dont B esgarda Mirrus le grant trayn que cil fesoient il faisoit B des leur, si B s’est adreciez celle part ou il les le (lé?) B vit chapler et vit Pelyarmenus qui [b]avoit occis a B .i. Frison. Dont D. il B en poi d’eure d’e. aprés B se part parti B X2 a grant si grant B domage perte B , car Mirrus le feri de si grant aïr ire, esmeu B que, vousist ou non Pelyarmenus, le G trebucha Myrrus G a terre de son cheval mist jus Myrus de la sele du destrier B en tele maniere que il ne sot se il fu ou B G nuit ou jour. Dont feri a pris B Elygius .i. autre en tel maniere que onques puis n’ot pooir de eulz nuire en rataint le secont de tele escremie que lui et le cheval couvint tout en .i. mont cheoir B . Emprés Et aprés B X2 ont recouvré retouvré (sic) X2 seur Pelyarmenus, qui redreciez estoit en tele guise maniere G que moult eust esté courte sa vie se il n’eust esté quant il fu B secourus des siens moult esforcieement. 💬Nouveau § BLa orent li dui compaignon moult a souffrir pour de B ceste envaÿe, car Pelyarmenus fu remontez mis B remis X2 a cheval et volt son annui vengier. Lors feri son destrier des esperons et se mist feri B en la plus grant greigneur B presse. Myrrus, qui estoit avironnez de toutes pars, feri .i. cop si desmesuré que qui G , se ne fussent ceulz qui entour Pelyarmenus lui B estoient, abatu l’eust l’e., ce cuit B du cheval. La furent li dui compaignon a meschief, car, se je n’en veul mentir mentir n’en veil B , la furent il touz .ii. des chevaus mis mis jus X2 des chevaus a terre. Et feroient seur eulz qui miex miex, si que leur mort estoit fu B moult prochaine. Quant il se mistrent em piez emprés V2 , leur escuz jus B mis X2 seur leur hyaumes et les espees empoigniees, et maintenant Mais ilz G 💬Quant... et maintenant: et en tête de principale après une proposition temporelle, cf. Note linguistique. se sont adossé et ont feru ferirent B devant et derriere encoste B en tele maniere que nus chevaus ne les pooit pooient X2 aprochier que maintenant ne fussent tuit B X2 pourfendu. Et nonpourquant reçurent il maint dur cop et ne peus[c]sent p. en la fin B avoir duré duree B en duree X2 se B ne fust Diex, Qui secourre les voult, car il fu dit a Helcanus que il estoient en tel point. On Il B n’ot mie dite bien dit B la parole quant lui il B et grant suite de gent B sont venu cele part a cel champ B . La fu Pelyarmenus encontrez ferus B de son frereHelcanus trop aigrement, comme cil qui ne le congnut mie, car, si comme veritez fu, il le prist en tel maniere en tele maniere le prist B que du cheval le mist fu mis B a terre, que il garde ne s’en donnoit douna B X2 , puis feri fiert B a destre et a senestre de si grant force que mal de celui qui arriere ne se soit trais qu’il ataintz G , se ne furent aucun qui entendirent a Pelyarmenus redrecier. Mais je croi que B il failli a son cheval, car livrez fu a Myrrus, qui moult tost li sailli fu B en sele la s. B X2 pour le sien, qui tolus li avoit esté estoit e. V2 li fu tolis B . Et Elygius refu mis fu remis G el sien, car il avoit esté rescous d’un Grieu a B cui il en B X2 cousta la vie. Quant cil dui furent mis a cheval, sachiez que adont y fu d’euls ne fu mie B le chaples maintenus remez B , et se sont ainz l’ont B esforcié de si grant yre esmeu que nul n’en veoient qu’il ne vousissent metre a mort B . Et quant Helcanus les vit si vertueusement fierement B chapler, dont s’est esvertuez de si grant force que il n’en veoit nul nul n’en veoit B que il maintenant B ne vousist metre a mort ou lui deschevauchier.

§228 Pelyarmenus, qui estoit si espris de courrous que il en issoit est issuz B du sens, vit Helcanus son frere, que il pas ne congnut, detrenchier et occirre sa gent, et si sot que il l’ot mis de ot mis B son cheval a terre. Dont pour lui vengier point feri B X2 le B X2 cheval [d] et feri B X2 des esperons G et vint vers lui touz enragiez et le feri Dont l’a feru B de toute sa force, si que, vousist ou non G , le du cop que il reçut le B couvint cheoir seur le col de son destrier. Dont cuida recouvrer l’autre cop, mais Quant B Helcanus s’est redreciez et a son cheval tiré, et le cop descendi a terre de tele vertu que l’espee li vola de la main. Et quant Helcanus vit ce, si dont B n’eust lessié pour tout le monde que il ne li fust seure couru. Lors vint avant a lui B si li corut sus G , l’espee ou poing et B G l’escu avant mis. Dont s’est Pelyarmenus couvers, mais si bien ne le sot faire que l’espee ne soit descendue parmi l’escu et parmi B le hyaume de si grant force que le cercle couvint couper et la coiffe et le bacin b. percier B et lui meismes tout B encliner acliner B . Et que B trop grant G merveille fu que il ne l’a tout G pourfendu a ce cop G a cel cop ne l’a pourfendu jusques el foie B , mes les bonnes B armeures dont il estoit armez qui a ce estoient forgiees B qu’il avoit G le tenserent garanti G et il fu chevalier de tres grant vertu, si soustint le coup cop par tant B G . Dont cuida Helcanus recouvrer, mais il guenchi et passa avant si failli a lui B G et s’espee li fu rendue, et dont s’entrepristrent li dui frere, car qui B mie ne s’entrecongnurent. Et se il se fussent congneu entrecongneu X2 , ja pire n’ en G eust esté l’escremie, mais encore meilleur Car je ne cuit mie que il le seussent que ja n’eust esté meudre leur escremie B . Dont chaplerent moult longuement B ensemble, comme cil qui moult avoient force et de f. et de B hardement, mais en la fin en eust Pelyarmenus eu le pieur pire G , quant le duc de LaomedonClerus le secourut. Cilz fu chevaliers de grant force, si comme il parut le jour G aus Frisons. En tele maniere tindrent l’estour d’une partie part B G et d’autre, si que que|que B trop estoit grant merveille [e]comment il pooient tant soffrir. Et nonpourquant, des mais (sic) G Griex y ot la plus grant partie force B , dont il devoient deussent B bien avoir victoire seur eulz B se il eussent s’en euls eust B raison ne et B droit droiture B , mais non avoient il non B , car il n’i avoit ot B nul d’eulz qui ne fussent tout renoié traïteur et mauvais et plain tous estoient traitres et mauvais et plains G de grant felonnie. Que vous iroie je contant ne delaiant G ? Tant ont feru et chaplé ensemble que bien y parut en la fin. Mais atant me veul ore .i. pou B souffrir a parler G d’eulz pour revenir et retornerai G a ceulz qui estoient demouré e. B dedenz la citéNise.

[13] Comment Karus se parti de Mirrus et s’en ala en la cité de Nise, si comme vous orrez X2 Ensi comme Karus revint en Constantinoble et il trouva Mirus et se combati a lui B .

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Enluminure sur 1 colonne et 12 UR. Karus quitte Mirus (non représenté) pour se rendre à cheval à Nise.

§229 Or dist li contes que, quant Karus se fu partiz de Mirrus, que B il vint en la cité de Nise et fu moult conjoïz de son frereAscanus et de touz; et li ont demandé enquis B a qui il avoit chaplé. Lors conta ses aventures en tele maniere que comme B ele li B estoient avenues. Et quant il l’ont ont B entendu, si l’ont moult prisié. Et dist Ascanus :
« Biaus freres, bien vous doi amer quant vous en tel peril vous estes mis [f]pour l’amour de moi. »
Dont li demanda de Pelyarmenus comment il avoit respondu du mandement que il li B avoit fait.
« Frere, dist il, dedenz .viii. jours ou .x. avrez vous Pelyarmenus dedenz ceste citéNise a tout .xxxm. Griex. »

§230 💬Pas de nouveau § BQuant Ascanus l’oÿ, si tressailli touz de joie. Dont ne douta d. nului B riens, ainz ont fait joie par toute la villeNise et ont le cel B secours attendu touz les .viii. jours. Et quant ce vint au nouviesme, si esgarderent et virent que cil dehors se desseurerent seurerent B X2 . Lors et B sorent bien que il aloient a l’encontre de Pelyarmenus a P. alerent a l’e. B . Et maintenant que il sorent que il furent a lui assemblé, si sont hors issu qui qu (sic) X2 miex miex et ont ceulz du siege acueilliz de toutes pars, si comme cil qui bien furent .xxxm. par nombre, touz aprestez de mort recevoir morir B quant quant il B plus ne se porroient desfendre. 💬Nouveau § BQuant Frison virent ce, si l’ont noncié partout et furent moult tost a l’encontre. Qui dont veist Karus comment il se feri es Frisons tout en autel maniere ensement B comme fait li leus entre les brebis oueilles B et il est fameilleus💬et il est fameilleus: La conjonction de coordination et relie deux segments qui ne sont pas strictement sur le même plan: et semble ici indiquer un lien de causalité (Ménard, §194, 1), mais la conjonction pourrait aussi marquer une addition insistante ’de surcroît’ (cf. Buridant, §493, 2; Ménard, §194, 2)., tout aussi fait faisoit B cil qui moult grant vertu avoit en soi. Ascanus et li autre ne se porent assazier rasazier B . Quant Frisons virent ce, si pristrent cuer en eulz et les ont recueilliz tant fierement que bien le lez G pot on veoir savoir B , car, si comme je le B G truiz lisant, en autele maniere les reçurent que qui G grans fu la destruction et B d’une part et d’autre. Heleus et son frereNazareus Nazarus Nazareus B , qui la [175]besoingne avoient a garder, s’i se G esforcierent moult, et si esforcieement que B bien le pot on veoir, car, si comme veritez fu, tant firent le jour de chevalerie que trop seroit grant anui a de B raconter leur prouesces G . Et tout en autele maniere aussi B firent li pluseur des leur, mais en la fin perdirent cil dehors B leur forces, car cil de la citéNise estoient encontre eulz hors B a cens et a milliers. Si Par foi B ne vous B raconter le grant meschief qui lors leur avint, car tous les aloient cil dedenz detrenchant detrenchans G . Et quant il virent ce, dont ne porent autre chose el B faire fors qu’il s’abandonnerent de eulz metre a desfense en tele maniere que bien avoit a faire li uns a .ii. ou a .iii.. Quant Heleus et son frere virent ce ce vit Heleus B , qui tant avoient souffert que plus ne pooient avoit receu il et ses freres de plaies que bien le pot l’en savoir B , si n’i voudrent plus demorer, ainz ont ›l‹[o]nt X2 le champ guerpi et leur ont livrez les dos.

§231 💬Pas de nouveau § BQuant cil dedenz virent ce, si leur ont plus et plus couru sus et et la B les menerent detrenchant grant piece. Mais celui dont de qui B j’ai devant parlé, qui sires et dus estoit de Lembourc, avoit chevauchié et B erré a grant esploit tant il et sa gent (sic) B qu’il leur sont apparu d’une montaingne. Et quant Frisons Frisois (sic) G les ont perceuz veuz B , si ne les congnurent pas, ainz ont cuidié que il deussent estre contre eulz. Si furent plus a meschief que devant, car il virent que ceulz leur venoient a l’encontre et que passer les couvenoit parmi eulz, si ne sorent que faire. Dont orent aussi comme une volenté, car que B [b]il miex se vouloient vodrent B faire occirre a ceulz a qui il se combatoient que il ne fesoient a ceulz qui devant au d. X2 leur venoient. 💬Nouveau § BDont retornerent a tout a B .i. .i. seul B fais contre eulz et se sont mis tant aigrement a desfense que ceulz dedenz s’en sont trop esmerveillié. En cele desfense vint li dusBorleuz et sa gent, qui bien orent entendu l’asfaire, si se ferirent seur ceulz dedenz de d. B en tele maniere qu’il les forclostrent de la citéNise, et furent aussi comme touz mis B au bersail.

§232 💬Pas de nouveau § BQuant Ascanus vit le grant meschief qui seure li estoit couru li estoit survenu G , dont se commença a esvertuer et fist d’armes ce que il pot. Mais celui de cui on doit bien tenir conte compte X2 , qui Bourleuz avoit a B X2 non, li vint devant en son d. B a ce en cel B point a son grant B maleur, car de de G l’espee, dont il avoit a. le jour B a. avoit il G maint chevalier mis a mort, le feri f. en trespassant B de tel vertu que la teste le chief B a tout le hyaume li fist voler el champ voiant sa gent meismes. Dont furent en f. B li autre pluseur B G tuit esfraé esbahi B , si Lors B en vindrent les nouveles a Karus💬Dans B, une lettre a été grattée entre a et quarus. Cf. n. au §209 concernant l’alternance Karus/Askarus. son frere, qui moult dolenz s’en fist. Et sanz faille bien y parut, car pour la nouvele en B mist m. il B maint m. Frison B a mort le jour, mais riens ne li valut, car si les ala li dusBorleuz destraingnant et sa gent meismes, Heleus et la seue chevalerie, que poi en y avoit nul qui paine meist a lui desfendre, si que a cele heure avint que tant en y ot de mors occis B et de navrez detrenchiez B de ceulz dedenz que poi valut puis leur force, car Karus fu tiex menez que, [c]se ne fust la seue prouesce, touz tost B eust y e. B esté mors et B retenus. Mais tant y B feri de l’espee que par droite force se feri remist B parmi euls dedenz la citéNise. Dont fist les portes clorre pour lui et sa vie la vile B tenser sauver G tant comme il porroit. A cele heure en ot y ot G hors de ceulz dedenz de d. B grant partie plenté B , mais du tout de touz B en B fist li dusBorleuz a sa volenté : ou B d’occirre ou de metre en B prison.

§233 Quant Heleus vit ceste aventure, si loa Dieu de tout son cuer et moult prisa le ducBorleuz de ce que si gentement l’avoit l’ot B secoru. Adont fina la bataille, qui moult avoit ot B esté pesme et dure. Cil dehors si B G ont entendu a els au B retraire vers les paveillons. Heleus et son frereNazareus vindrent au ducBorleuz et li ont fait joie de ce que il porent et li distrent :
« Sire, se se vous B secouruz ne nous eussiez, nous eussons esté tout mort.
– Biaus seigneurs, dist il, nulz ne puet estre honniz a B qui Diex veult aidier. »
Donc se sont conjoï et ont entendu a eulz meismes, si comme ceulz qui estoient navrez et bleciez et grant desirrier desir G avoient d’eulz reposer. Mais li dusBorleuz et sa gent, qui auques estoient fres et nouvel fors que B du de B chevauchier, enquistrent nouveles de Helcanus. Dite Dit B G leur li B G fu verité la v. B G , comment il qu’il G estoit alez a l’encontre de B son frerePelyarmenus, et bien savoient que grant bataille y avoit eu, mais il n’en savoient la verité. Quant li dusBorleuz oÿ ce, si prist une partie de sa gent et l’autre a laissiee pour le paÿs la cité B garder a|garder V2 et la citéNise B , et puis puist V2 G s’est a la voie mis aprés Helcanus. Mais il n’en estoit mestier, [d] si car si B avoient esploitié Breton et Frison que touz avoient mis les Griex G a la voie.

§234 Pelyarmenus, qui le passage ne pot gaaignier, vit bien que retraire le li B couvenoit. Si fist o lui aler tant moult G de gent comme il couvenoit ot B et G se mist dedenz en B Gonfort – ce fu li chastiaus que il avoit saisi seur la damoisele pucele B Melode, si comme de qui B je ai devant parlé devant est dit G . Et quant Helcanus et li sien orent le champ gaaignié, sachiez que moult y ot de mors et de navrez, meismes des gens Pelyarmenus, tant que je n’en sai le nombre nomble B , et des leur aussi, car mais cil qui B tout le jour avoient feru sus X2 leur anemis. Si couvoitoient convoitierent G X2 ont couvoitié B moult le reposer repos B et sont descendus de leur chevaus, et si que B en y ot aucuns qui sont pasmez de lasseté la lassesse B et X2 du sanc B que il avoient ont G perdu du sanc que il avoient p. B . Meismes li plus soffisant avoient grant bien B mestier mes|mestier X2 de repos.

§235 💬Pas de nouveau § BEn ceste guise chose B s’est li dusBorleuz et sa gent li sien B apparus a eulz. Et quant il les virent venir B verent v. (sic) X2 , si furent tout desconforté, car il cuidierent que ce fust .i. secours qui fust issus de B Nise pour aidier a Peliarmenus Peliarmenus faire aide B . Dont a chascuns vistement moult tost G rastraint son cheval s’est chascuns mis en son cheval et l’a vistement restraint B et et puis B sont montez monterent B sus B G qui miex miex. Aprés ont les leur B escuz embraciez cil qui les orent G et se sont mis en leur chemin et serrez B ensemble, touz prez de la besoigne bataille B recevoir. Quant li dusBorleuz et sa gent les virent, si les congnurent aus armes armeures B enseignes G . Et maintenant fist fait B sa gent tenir coie, et si est venus a euls et B tantost fu il fu tost B maintenant fu X2 congneuz des de G pluseurs. Dont vint a Helcanus. Et quant [e]li uns a congneus connut B l’autre, dont s’entrefirent moult grant joie et puis conterent compterens (sic) G les uns aus autres leur aventures comment il leur estoit avenu. Maintenant loerent Dieu et furent moult joiant de cest afaire ce qu’avenu leur estoit B . Japhus et li autre grant seigneur sont assemblé entour le ducBorleuz, et la fu moult grant joie demenee menee B X2 .

§236 💬Pas de nouveau § BQue vous diroie je ? Il fu tart, si se sont mis au retour et n’ont finé si sont venu vindrent B au siege devant vers G Nise. Quant cil de l’ost les virent le sorent B , si dont B furent moult joiant. Dont se firent sont B les gens g. le duc B logier logié B et tendre firent t. B trez et paveillons et entendirent G a eulz aaisier, mais moult en B y ot de navrez, si que moult furent li mire embesoignié. Meismes Helcanus avoit grant mestier d’aide, comme celui qui tant avoit fait d’armes d’armer (sic) B que nulz ne le porroit compter ne dire. Et en tele maniere avoient avoit B fait Japhus, Myrrus et M. G et Heleus et moult d’autres que je ne sai nommer, qui lesqueulx G demourez estoient devant la villeNise, si que tout estoient las de droite fine B lasseté lascesce B . Mais sanz faille la victoire qu’il avoient orent B eue les metoit en si grant joie que moult leur alegoit de B leur travail qu’il avoient B .

§237 Cele nuit passa, et l’endemain vint que il orent ont eu B conseil que il feroient porroient faire B de ceste chose qui avenue ce que avenu B leur estoit le jour devant, si comme de Pelyarmenus qui s’estoit retraiz pour l’encontre que il avoit eue eu B . Et il y ot de tiex tex y ot B qui disoient distrent B que bien savoient il savoient bien B que il [f]estoit encores a trez en B Gonfort a tout tant ce B de gent comme que B il avoit. Dont a demandé demanda B le ducBorleuz qui cel cil de B Gonfort estoit.
« Sire, dist uns chevaliers, c’est .i. chastiaus qui a merveilles est esforciez fors B puis que cist sieges commença fu faiz B . »
Dont li fu toute la verité l’aventure B contee de Myrrus, dont il ne savoit encore riens mot B . Dont s’en est moult esmerveilliez et vint maintenant a Mirrus, qui moult grant feste li fist de ce que il pot. Et quant il orent le tot visé, si distrent orent B qu’il ne se partiroient du siege si desi adont que B leur seroit la citéNise delivree rendue B , car il pensoient bien que gueres ne demorroit que il se rendroient, car il avoient perdue perdu B toute leur force💬Pour d’autres cas d’accord du participe passé en genre et en nombre avec le complément d’objet direct postposé, cf. Note linguistique..

§238 💬Pas de nouveau § BEn tele maniere ont demouré et reposé et entendu a au B garir jusques a .i. jour prochain que il ont veu que uns chevaliers issi issoit B de la citéNise touz seulz et touz B armez seur .i. moult bel destrier. Cilz estoit si richement appareilliez que moult estoit grant merveille de lui veoir B , et Cil B n’arresta si vint tout B droit a l’ost, son hyaume en sa main et .i. glaive le glaive el poing B , et distrent bien cil qui le regardoient que il demandoit jouste a aucun chevalier. Dont enquist et demanda le tref de Myrrus ; bien fu qui li enseigna. Dont vint cele part a lui B et trouva Mirrus le t. B dehors ou il parloit a ses chevaliers. Et cilz commença maintenant a huchier :
« Myrrus, Myrrus, vien a moi, car je sui ci venus pour moi aquitier du couvenant que j’oi a toi l’autre [176]jour B de la bataille perilleuse G ! »

§239 Quant Myrrus l’a oÿ l’entendi B , si est sailli vers luy / s. (sic) G vers lui et li B dist :
« Bien m’as tenu couvenant. »
Dont est entrez en son paveillon et a ses armes demandees. Quant cil qui illecques estoient ont oÿe oÿ B G ceste chose, si se sont moult esmerveilliez, et erraument tout esrant B Erraument X2 en est alee la nouvele droit a par toute la mesnie B La nouvelle en vint a G Helcanus et G au ducBorleuz et a Japhus, et cil se G sont apresté et en vienent vindrent B la ou li chevaliersKarus atendoit Myrrus. Dont li ont demandé ont enquis B demande G qui il estoit, et il leur a respondu respondi B l. dist G :
« Biaus seigneurs, vous le savrez bien de autre que de moi tout et bien le savrez B a tans G . »
Dont descendirent sont descenduz B de leur palefroiz et sont entrez entrerent B dedenz le paveillon tref B et trouverent Mirrus qui ja avoit la coiffe laciee et se faisoit armer moult diligaument. Dont li ont demandé demanderent B a quoi il beoit :
«  Biaus seigneurs, dist il Par foi, fet il, b. s. B , il me couvient tenir mon couvenant m’ouneur (sic) garder B envers .i. cest B chevalier qui est ci venuz, ainssi comme il me creanta m’ot en couvent et je lui B . »
Dont l’ont conjuré qu’il leur deist qui il estoit, et il Dont B leur conta l’aventure comment ele estoit alee il estoit alé B . Quant il l’orent ont B l’ont X2 entendu, si ont moult le chevalierKarus prisiés quant il B en tel point estoit venus pour aquitier lui a. de B son serement. Lors Si B dist li dusBorleuz :
« Par Dieu, moult seroit la chose couvenable que ce demourast atant et parlissons au chevalierKarus. Et car B c’est ceste (sic) B s’est G chose seue que que tel sont andui B , se il fierent ensemble, perilleuse chose sera est B , car que B on ne puet faire plus a point la pais mais plus couvenable pais ne porroit l’en faire d’els B que orendroit maintenant B . »
Et [b]chascuns dist dit B d. que G :
« Veritez est. »
Tantost sont venus a lui, et li dist li dusBorleuz :
« Sire Karus, nous vous savons hardi et de grant prouesce, et aussi savons faisons B nous celui pour qui vous estes ci venus. Faites le bien : metez et m. B ceste chose en respit tant desi adont B que vous avrez mains a faire, car nous savons bien bien savons B que vous .ii. estes tel que, se ainssi est que vous ailliez a la bataille, que li uns ne se partira de l’autre que liquiex que soit ne soit outrez ou mors desi adont de l’un de vous sera outrez B , et adont sera la pais descouvenable. Et pour le bien que je espoire en vous, je loeroie vous l. B que vous fussiez amis a celui a qui cui B vous le devez estre, se vous trop vilainement ne voulez mesprendre. »

§240 Quant Karus entendi le ducBorleuz, si fu moult joianz et dist :
« Sire, sachiez que moult vous sai bon gré selonc mon entendement, mais espoir que vous l’avez autre que je n’ai n’aie B . Si vous pri en guerredon que vous m’en faciez faites B sage.
– Amis, dist li dusBorleuz, bien pouez savoir pourquoi je le di vous di B . Vous savez bien quel avantage vous avez a Myrrus de bataille b. faire B la b. G . Et Et d’autre part B bien savez que vous avez la ville tenue la vile avez tenue B contre vostre seigneur droiturierHelcanus, de quoi vous avez moult mespris mesfait B . Et bien pouez savoir que vous a nul bon chief n’en pouez venir, nient plus que vostre frereAscanus, qui mors est en est B , si comme nous le B X2 savons bien et aussi faites vous. Et pour yceste raison vous [c]loeroie je bien que vous ceste la B bataille meissiez en respit et feissiez tant B X2 que vous fussiez amis a celui qui vostre sires est, ce est Helcanus, que vous savez bien, qui souverain est des filz a l’empereor Cassidorus de Costentinnoble, qui fu filz au bon chevalier Laurin, filz au bon seneschal Marques de Romme. »

§241 Quant li li bons B dusBorleuz ot la parole dite, Karus fu si si fu X2 pris et si B atains que a poi que il B ne se laissa cheoir jus B du cheval a terre, et geta .i. grant souspir, et li sont les lermes venues aus iex, si dist :
« Veritez est que mon frereAscanus est mors, ce poise moi. Et comment que la chose ait alé, moult volentiers m’acorderoie a Helcanus, mais que je vers lui bonne pais peusse faire qui couvenable fust a moi. »
Quant li dusBorleuz l’entendi, si dist li d. B :
« Sachiez que B , se vous me voulez croire, que je n’ai riens dit que je ne vous tiengne et B que je n’ai. Si vous pri en guerredon (sic) X2 💬Sur ce lieu, cf. Introduction. que X2 couvenable pais vous ferai avoir.
– Sire, dist il, m’en porrai porroie B je fier en vous ?
– Par Dieu, dist il, oïl. »
Dont descendi Karus et mist mis G jus son glaive et son escu. Bien fu qui son cheval tint. Dont dist au ducBorleuz :
« Sire, se il vous plaist, faites moi de mes armes desgarnir, car ce n’est pas chose couvenable que je voise en tel point v. B devant mon seigneurHelcanus en tel point B , pour droiture prendre ne faire.
– Certes, dist li dusBorleuz, amis, veritez dites. »
Dont l’a pris par la main et le mena l’enmena B en son paveillon et l’a fait desarmer, et puis li vesti une dont l’a desarmé et fait vestir de B [d]robe a sa mesure. Et quant il fu appareilliez, si fu moult biaus a grant merveilles. Dont le mena devant Helcanus et les barons qui la furent assemblez.

§242 💬Pas de nouveau § BQuant il virent le ducBorleuz qui amenoit amener B Karus en tel point, si orent moult grant B joie. Dont dist li dusBorleuz oiant touz :
« Sire Helcanus, vez ci le chevalier qui freres fu Ascanus, qui la cité de Nise a tenue contre vous tant comme il pot. Or est ainssi que il en a son guerredon. Et pour la raison de ce que il a tel meschief chief B en est venus, son frereKarus, qui ci est, est V2 G venus a vous et veult tenir la citéNise de vous aprés son frereAscanus, comme celui qui droiz hoirs en est et doit estre. Mais il se doute que vous ne leur la B le G veulliez tenir en cause pour la raison de son frereAscanus, qui ne fist mie envers vous raison ne ce que il dut, tout le veulle cilz faire couvenablement et appareillieement, et en est touz prez devant touz et appareilliez voiant touz B en vostre presence. »

§243 Quant Helcanus oÿ entendi B le ducBorleuz, si ot grant merveille comment il ot amené celui a ce que il disoit. Lors li B dist :
« Sire dus, savez vous se que V2 G ce est la parole au chevalierKarus que vous avez dite ?
– Sire, ce dist Karus, voirement est ce ma parole raison B et ma requeste. »
Dont se courouça li dusBorleuz en lui B meismes de ce que Helcanus ot dit, mais m. il B si sages et si atemprez fu que que il V2 onques ne s’en esmut s’e. V2 . Helcanus esgarda Japhus son cousin et moult d’autres d’a. barons B , si leur dist :
« Biaus seigneurs, avez vous oÿe oÿ B la parole au ducBorleuz et la requeste Karus ? »
Si distrent Sire, d. il B X2 :
« [e] Sire, oïl B X2 , voirement l’avons nous bien entendue. Que en ferez vous B ? »
Dont se sont il B X2 trait a conseil et ont esgardé que Karus n’estoit mie la venus pour pais, ainz estoit venus pour bataille faire avoir la b. B contre Myrrus. Si furent esbahi de la parole response B que li dusBorleuz avoit mise mis B avant. Dont fist Helcanus apeler le ducBorleuz, et il y B vint assez tost.
« Sire dux, dist il G , vous avez ceste besoingne enchargiee de vostre sens, et il couvient que elle soit par vous assouvie, et gardez vostre honneur et la le G nostre.
– Sire, dist li duxBorleuz, il n’afiert mie que je soie de ceste besoingne a vostre conseil, car je veul estre pour le chevalierKarus, tout demandissiez deissiez B vous ore se ce estoit pour lui que je parloie parole G sa parole que je disoie B . »
Dont entendi Helcanus qu’il que li dus B avoit esté esmeuz meuz B de la demande et bien sot qu’il y ot raison. Dont li G respondi contre ce et dist dit B :
« Sire dux, il me B semble que, se je la parole n’eusse dite dit B , que vous parlissiez pour nous et contre lui. Et sachiez a bien entendre que je contre vous ne mesdis pour moi avancier.
– Sire, ce dist li dusBorleuz, par ceste raison m’avez vous sorpris souz/soriz B . Et je me repreng de mon entendement. »
Dont esgarderent a la parole pais B Karus comment ele porroit estre fust B plus couvenable pour eulz et pour lui, car il ne la B vouloit chargier sus lui pour la raison de ce que il seur eulz s’en estoit aussi comme mis. Si establirent une pais moult couvenable a chascun, car, si comme je truis en escript, la ville fu rendue a Karus K. ausi B et tuit cil qui dedenz [f]estoient a la volenté du ducBorleuz. Et sa volenté fu tele que Karus reçut a seigneur Helcanus, et tout aussi firent si homme. Et de ceste pais Et de ceste pais Et de ceste pais X2 furent tantost B G hostage donné donnéz hostages G .

§244 Quant la pais fu en tele maniere ordenee, sachiez que moult fu l’une partie et l’autre joiant. Dont se mist trest B Helcanus et moult d’autres dedenz en G la citéNise et se sont aaisié et reposé, comme cil qui grant mestier en avoient. En ce que ceste chose G avint coururent nouveles a Pelyarmenus que ceulz de Nise estoient s’e. B rendus a Helcanus et Ascanus mort B a Ascanus X2 . Et quant il ot ce B entendu, si fu moult courouciez et pensa que bien b. que V2 poi li valoit la endroit sa force, selonc ce qu’il avoit ses hommes perduz. Adont demoura remest B en Grece et fist ses chastiaus renforcier et garnir de ce que il pot G . Ne demoura gueres que Helcanus et li sien sorent G comment il s’estoit e. G partiz de Gonfort. Dont ne voudrent laissier metre en respit B qu’il n’aient n’ait B envoié gent cele part pour savoir quele gent il y B avoit dedenz, et dont y fu envoiez Mirrus a tout .vc. chevaliers.

§245 💬Pas de nouveau § BQuant il furent la venus, si ne trouverent qui contre eulz fust fist riens G , ainz estoient estoit B aussi comme touz gastez, de quoi il orent grant merveille que Pelyarmenus s’en estoit en tele maniere partiz quant il vit que il ne le la B porroit tenir que il meismes mie B ne l’avoit mis B en flambe. Dont y ot aucuns qui de leur chevaus descendirent pour cerchier par leenz, savoir se nullui trouveroient, mais n’i ne B trouverent nul nului ne nul B homme rien G nul home (suivi d’un trait renvoyant à un signe dans l’entrecolonne) X2 💬La leçon redondante de B dans un contexte de diffraction indique peut-être un problème en amont. V2 transmet en tout cas la portion minimale contenue dans l’archétype, comme le prouve l’accord sur nul homme avec B., [177]fors tant que il oïrent entendirent B gemissemenz et granz criz de ceulz que Peliarmenus avoit fait metre en prison p. quant il prist le chastel B . Et quant il sorent ce, si Lors B furent delivre par ceste aventure. Et il B estoient ja si ataint que li auquant en aucuns B li aucuns en G estoient mort par de B povreté. Quant Myrrus les vit, dont en recongnut cognut G aucuns, et eulz lui. Si se conjoïrent de ce que il porent, et aprés leur enquist Myrrus de leur dameMelode. Il distrent que nule riens n’en savoient fors tant autrement B qu’il cuidoient que ele fust envoiee en Grece. Et Myrrus Myrris V2 Myrus B ot conseil que il demorroit el chastel et qu’il remanderoit feroit savoir B arriere ce qu’il avoit a. ainsi G trouvé, et il si fist.

§246 💬Pas de nouveau § BQuant il sorent entendirent B la verité, si ne le B voudrent metre en respit qu’il n’apareillassent leur erre afaire B por aler et B X2 pour suivre Pelyarmenus. Meismes Karus dist li d. X2 qu’il ne lairoit mie que il n’alast avec lui o euls B , car sa terre n’avoit garde d’omme qui aidier vousist a B Pelyarmenus. Dont prist tant de gent comme il pot avoir et se mist avec eulz, et ne finerent de chevauchier par leur journees G tant que il si B vindrent au chastel de Gonfort ch. B 💬Le début du §245 laisse entendre qu’ils arrivent déjà à Gonfort.. Quant il ont veue veu B la forteresce, si le la G prisierent moult et ne laissierent mie qu’il ne la le B feissent garnir, et mistrent sergenz dedenz pour garder le chastel B X2 . Aprés, il G ne targierent gaires que il se mistrent en leur chemin et errerent errent G tant que il trespasserent passerent G la Forest de Vulgue et se mistrent les os par la contree, qui moult es[b]toit estrange assez💬Nous suivons la ponctuation forte de V2, qui place un point après assez; B place assez après le point, le faisant ainsi appartenir à la phrase suivante.. Poi trouverent de villes ne de chastiaus qui contre eulz ne fussent, mais si fors n’estoient e. B que tous ne les G meissent les metoient B au dessouz, combien que il y meisent. Mais pource que trop avroie a faire ne veil je mie faire V2 G de toutes leur arresteures mencion faire m. V2 G 💬Nous accueillons la leçon de B et X2 ne veil je mie faire... mencion, qui pourrait expliquer la leçon de V2 et G comme dérivant d’un saut du même au même sur faire, auquel les témoins tentent de remédier en ajoutant faire (faire mencion), sans réussir à combler la lacune., ainz me veul entremetre des souveraines villes et des chastiaus qui quil X2 leur furent livrez encontre leur livrerent B , en tele maniere ce (sic) B comme je vous dirai.

§247 Helcanus et li sien errerent tant que il vindrent a .i. chastel que on apeloit au jour de lors dont B alors G Laomedon. Et celui tenoit .i. duc qui de son cors sa main B avoit passé de prouesce touz les chevaliers de Grece Gre›...‹[c]e V2 . Cilz avoit ot B non Clerus, et li avoit donné Pelyarmenus grant terre pour ce X2 que contre Helcanus tenist tenis›s‹[t] V2 son chastelLaomedon mais que il peust tenir son chastel contre Helcanus B . Et il s’en estoit moult si B asfichiez, comme cilz qui estoit le plus fort chevalier c ch. V2 B de de toute B Grece, car, si comme veritez fu, il n’estoit engins ne force de nule gent que li chastiausLaomedon doutast ne d. B . Et sanz faille ce B n’estoit pas merveille de m. X2 , car li chastiaus seoit d’une de l’une B part sus la mer, qui li feroit au pié dessouz, par quoi on ne li pooit tolir sa viande qui trametre li vousist. Celui assistrent Frisons par le conseil Borleuz. Quant Clerus C., q. il B se vit assis, si ne s’esmaia de riens, ainz s’estoit bien et bel porveus de viandes et de bonne gent, car il avoit o lui .x. mille sergens Griex B , qui touz estoient fors serjant fort B et seürs et fesoient a ceulz dehors souvent grant envaïe.

§248 Dyalogus, dont vous [c]avez oÿ devant, qui freres estoit Pelyarmenus, avoit si acointié le duc de NiseAscanus que qui B trop l’avoit chier. Et nonporquant savoit il bien comment il avoit esploitié des messages, ci 💬Lire ci = si, comme dans BGX2, et infra, cf. Note linguistique. comme devant est dist, mais de ce que si freres il freres (sic) B ›l‹[s]i freres X2 Karus a ceulz a cui il estoit fust B ne savoit il riens💬de ce que si freres... riens: Le sujet de fust est si freres, c’est-à-dire Karus, le frère d’Ascanus, ancien duc de Nise: Dyalogus ignore que Karus s’est rangé du côté d’Helcanus après la mort de son frère. Comprendre: "il (scil. Dyalogus) ne savait pas que son frère (scil. le frère d’Ascanus, Karus) était dans leur camp (scil. celui d’Helcanus)". La syntaxe a sans doute posé problème, cf. varia lectio.. Si avint de lui que moult estoit crueulz et doutez en l’ost le ducAscanus. Si se pensa, comme cilz qui ne vouloit beoit B se s’a B traïson non, que il se metroit en paine de faire a son frereKarus aide. .i. jour vint au ducKarus et li dist :
« Sire, je me peneroie volentiers que je peusse me p. X2 metre Pelyarmenus au repentir de ce qu’il m’a chacié ainsi ch. B et conjoié B de lui quant il me commanda a faire ce que je fis. Et B 💬quant il... Et: La syntaxe est différente dans B: Quant il me commanda a faire ce que je fis, pour lui escuser me mist... pour lui meismes B escuser le m’a fait metre me mist B sus a ensus de lui meismes touz B ceus qui touzjours l’ont servi.
– Amis, dist il li dus B , ce avient des mauvais, qui touzjors B consentent les malices, et quant il voient que il n’en pueent mie faire faire n’en pueent mie B du tout a B leur volenté, si font aussi comme s’il que il B n’i eussent mie aient B atouchié et se excusent d’autrui.
– Par Dieu, sire, tout aussi a il fait de moi nous/vous B . Et se vous me vouliez volez B G consentir une chose, je croi que moult seroit Helcanus au dessus de sa besoingne.
– Quelle seroit ele? dist li dusKarus.
– Sire, dist il G , je le la B vous dirai. Il n’est langage que je ne sache. Aprés vous me congnoissiez cognoisséz G bien, mes autrement, avant que vous fussiez alez aliés G l’en fust B le quart d’une liue l. alé B , je me metroie en tel point que vous ne ni B autre ne me congnoistriez tant m’eussiez onques veu qui onques m’eust veu ne me connoistroit B , ne B a la face ne au parler.
– Par ma foy mon chief B foi G , dist il B , ce verroie voudroie B je volentiers.
– Et je, dist il, le vous B mousterrai [d] en assez petit d’eure bien tost G . »
Dont s’est partiz du ducKarus et vint a son privé conseil et s’est despoilliez tous nus. Dont Puis B ot G une boiste appareilliee et s’est fait oindre en tele maniere que il il|il X2 ne fust f. jamais B hom qui peust ne p. B dire que en tele maniere ne l’eust sa mereFastige aporté de son ventre du ventre sa mere l’eust aporté B . Et quant il ot ce fait, il vesti a vestu X2 une si s’est vestuz d’une B robe et s’en B vint devant le ducKarus et le salua en son langage. Et quant li dusKarus le vit, si s’est moult esmerveilliez se ce estoit fust B cilz cil qui de lui s’estoit partiz B . Lors dont G li dist :
« Dyalogus, se vous estes ce, moult poez faire de vos vous G aviaus maus B ! »
Dont le prist l’a pris B Dyalogus par la main et l’a mené le mena G a une d’une B part et li dist une parole par quoi il sot bien que c’estoit il. Et quant il orent ainssi une B grant piece parlé, si li dist li duxKarus :
« Dyalogus, je vous croi tant que de ma partie je vous otroi otroi a B quanque vous voudrez dire ne et B faire.
– Sire, dist cilz, moult grans merciz. »
Et dont li dist :
« Moult volentiers feroie chose dont je peusse servir Helcanus a gré vous et H. B , car, comment que les choses voisent de Pelyarmenus et de Helcanus H. et de V2 G X2 son frere, je sai de voir que Pelyarmenus a tort. Et pour ce metroie je volentiers moult volentiers metroie B paine que Helcanus en B venist au dessus. Et sachiez que, se vous me vouliez volez B croire, que dedenz court prochain B terme vous rendroie tendroie V2 Pelyarmenus a faire toute vostre plaine v. B volenté.
– Par mon chief, ce dist li duxKarus, bien et je b. B m’i acort, et si veul v. je B que Helcanus ne le sache devant desi adont B que ce soit fait.
– Sire, dist il, et je l’otroi. »
Dont li demanda dist li dus B en quele maniere ce porroit estre et estre G fait il porroit ce faire B .
« Sire, dist il, or m’en me B lessiez covenir. Aler me couvient [e] moi meismes B a Peliarmenus P. meismes B parler et li dirai ce que je cuiderai cuit B que bon soit iert B .
– Ne me chaut, dist li dusKarus, que tu esploites, mais que tu te gardes de traÿson faire, quar je la hez seur toute riens ne je ne m’i voil onques onques ne m’i voil B acorder.
– Tout autel vous di je puis je dire B  », dist il. Dont se parti Dyalogus de l’ost a guise d’omme non poissant et ne fina l’un jor plus l’autre mains G tant que il si B G vint en la cité de Costentinnoble. La estoit Peliarmenus a tout o lui B a G grant plenté des de ›b‹[d]es B barons de la terre qui o lui estoient B G 💬qui o lui estoient: Il s’agit d’un cas limite d’application de la majorité stemmatique. L’accord entre B et G pourrait être une indice d’une leçon ancienne. Cependant, la proposition relative que transmet V2 +X2 fournit une information redondante: on ne peut donc pas exclure que V2 transmette la leçon de son modèle et que G évite la redondance, ou que B et G innovent indépendamment pour supprimer la répétition. Dans le doute, nous maintenons la leçon de V2., liquel avoient grant V2 pouoir et grant et B volenté de lui soustenir en la terre et ou païs. Cilz Dyalogus fist tant par son art que il vint en la presence de lui et li dist :
« Pelyarmenus, mal me congnoist qui onques ne me vit. »
Et quant Pelyarmenus le vit l’esgarda B , si vint a lui et li dist :
« Qui es tu, qui ceste parole m’as dite ?
– Je sui, dist il B , cilz que tu pués veoir. »
💬Notons la portée ironique de la réplique de Dyalogus qui vient jouer les oracles sous son déguisement effectivement efficace s’il parvient à abuser son demi-frère rusé, Pelyarmenus. Elle vient ainsi jouer de l’importance, si ce n’est de l’excès, de la question de l’identité et de la reconnaissance dans le roman. Et quant il li B G ot a B ce dit, si l’a Pelyarmenus, touz esbahis, pris par la main et l’a maintenant mené en dedenz X2 sa chambre.

§249 Quant il le tint la l’atint B le t. G , si li dist dit X2 :
« Di moi qui tu es ne que tu quiers.
– Ha ! dist il, voirement di je voir verité B que mal me congnoist qui onques ne me vit quant cilz qui torna es flans ou je tournai ne me veult congnoistre! Et nonpourquant, si B ai je aie G tant esté en sa presence que bien me deust congnoistre B . »
Et quant Pelyarmenus oÿ ces paroles, si fu touz pris et dist :
« Faites vous congnoistre a moi tost et isnelement, car onques mais ne vous V2 G X2 vi, pour tant que je seusse qui vous fussiez.
[f] Non, sire, dist il Sire, dist il, dites B Sire, dist il X2 , que vous sachiez ?
– Amis, dist il, ainssi le veul je dire. »
Dont li dist dit X2 :
« Sire, vous avez .i. frere qui bien me congnoist.
– Qui est il ? »
dist il.
« Sire, dist il, quans en avez vous?
– .i., dist il. Tu ne me fais que tenir de paroles. Di moi moi tost B qui tu es, et saches s. en verité B sachiés G que, se je ne V2 G X2 sui privez de toi, je te ferai ja tantost B la teste trenchier!
– Sire, dist il, ainz m’aseurerez m’asseurez B en tele par B maniere que je vous dirai tel B chose qui bien vous devra plaire.
– Et je l’otroi », dist dit X2 il. Dont li dist :
« Sire, je sui Dyalogus vostre frere, qui cil qui B tant a eu B de paine pour vous, et si m’en a esté pou de miex pou m’en est de miex desi aujourd’ui B . »

§250 💬Pas de nouveau § BQuant Pelyarmenus entendi son frereDyalogus l’entendi B , si fu touz esbahiz et dist li d. B :
« Celui Dyalogus congnois je bien, mais toi ne vi je X2 onques mais. »
Donc fist f. cil B aporter blanc aisil et se desnua despoilla B de sa robe, et puis se fist laver et se revesti revestir B et chanja sa langue et et puis B dist a son frerePelyarmenus :
« Or pouez veoir se vous onques vous (sic) B mais me veistes. »
Quant Pelyarmenus vit ce, si fu touz esbahiz et dist :
« Voirement puet on tout le monde decevoir par .iii. choses : par c’est par B herbes paroles B , par pierres et par paroles herbes. Sire, dist Dyalogus B . Et par les .ii. de ces .iii. sui fui B je deceuz : c’est par paroles et par herbes V2 G X2 💬Il n’est pas aisé de savoir si Pelyarmenus réfère aux deux modes de tromperie dont il vient d’être victime. La référence aux herbes, qui semble renvoyer à une forme de "potion magique", ne correspond pas à la tromperie dont Dyalogus vient d’user. Il s’agit peut-être, par cette formule, d’attester la ruse intrinsèque des paroles pour ces deux personnages, en association avec les potions évoquées par les herbes..
Sire, dist Dyalogus, sauve soit vostre grace, em partie ci n’estes vous mie deceuz V2 G X2 et en partie si avez vous B esté. Et pour ceste chose abregier, dist il B , je vous fais assavoir que je de pieça ai mis grant paine a ce B que vous fussiez au dessus de ce que vous chaciez, et mauvés B guerredon en ai eu de vous. Si sui ci G venus en tel point comme vous pouez veoir avez veu B pour vous valoir et pour vous faire aide aie (sic) B .
– Si[178]re, dist Pelyarmenus, moult estes de grant enging plains quant vous de tel chose vous savez entremetre. Dites moi dont vous venez ne comment il vous a G puis esté que je vous en B fis partir de cest paÿs.
– Sire, dist il, je vous puis bien dire que onques puis je je ainz puis B ne fui en autre servise que el vostre. Et sachiez que par moi furent mort et occis li message qui ci furent envoié a vous fors .ii. qui nous eschaperent, qui furent B tel mené que par raison ne deussent jamais estre veu en hostel de preudomme gentil homme B . Mais li B deables les a si gueriz aisiéz et g. G que en toute tout G l’ost Helcanus n’a mie maintenant .ii. chevaliers qui tant facent a douter. Mais se engins et aide ne me faut, ceulz et autres vous cuit je metre en vostre main dedenz court terme. »

§251 Quant Pelyarmenus ot oÿe entendue B la traïson, si li mist les braz au col et li dist :
« Voirement estes vous mes freres et mes amis ! Or veul je que vous me dites comment Ascanus Helcanus B fu occis et la citéNise saisie.
– Sire, dist il, ce vous sai saurai G je bien dire a d. G , car onques ainz B bataille ne ni B assaut il B n’i ot que je n’i aie esté present presenz n’aie esté B . »
Dont li conta en tel maniere comme li affaires avoit ot B alé, comme cilz qui moult bien l’avoit l’a. mis B X2 en retenance. Et quant Pelyarmenus l’a l’ot B entendu, si en B ot moult grant merveille et plus moult B en redouta douta B ses anemis, et vit bien que, se il n’avoit secours d’autres que de ceulz de Grece, il ne porroit avoir duree au loing aler.
« Sire, ce dist Dyalogus, j’ai pensé une chose que, se nous [b]la poons faire, que nous metrons touz ceulz de la je sai de voir que tuit seroient cil de la mis B au dessouz💬une chose que... dessouz: Rupture de construction, cf. Note linguistique..
– Quele seroit ele ? »
, dist Pelyarmenus. Dont li dist Dyalogus que il estoit moult privez de Karus, le duc de Nise, et que B par lui estoit il la venus pour savoir la couvenance contenance B de lui et comment il le porroit miex sorprendre, et dist d. en quele maniere B :
« Vous avrez appareillié mil armeures de fer des plus prisiez que vous avrez, et les faites enbuschier en .i. agait en .i. lieu que on apele la forest pres du Gaut, c’est a .ii. lieues pres de B Laomedon. Et la endroit B ferai je entendant que je vous avrai veu descongneu con des couneu (sic) B et avrai a vous V2 G X2 parlé, en tel maniere que je vous amenrai Helcanus si seul que il ne sera mie mie n’avra B plus de lui centiesme c. lui V2 G c. avec lui B X2 💬plus de lui centiesme: L’expression de l’ordinal est répétitive dans BX2, ce qui témoigne peut-être d’une tentative de pallier un problème que transmettent tel quel V2G: soit l’ordinal s’exprime pas un pronom personnel déterminé par un adjectif ordinal (ici lui centisme, c’est-à-dire 100 en le comptant), soit il s’exprime au moyen d’une préposition (cf. Buridant, §206). Nous ne trouvons pas mention d’une construction similaire utilisant conjointement les deux systèmes, et corrigeons donc en supprimant le pronom redondant dans V2G.. Et se je le puis la B amener mener G , si le porrez la le p. vous B prendre et faire ent B vostre volenté, comme de celui qui n’avra pooir poi G de lui soi B G desfendre. »

§252 💬Pas de nouveau § BQuant Pelyarmenus oÿ ce, si pensa que B , qui ainssi le X2 porroit faire, que il avroit moult m. a. B il a. G bien esploitié. Dont li dist :
«  Frere Fre (sic, fin de ligne) B , je ferai par ton conseil, car tu es de moult grant enging moult es plains d’engin B . »
Dont ont ceste chose en tele maniere porveue et ne s’atargent targierent B s’atargierent X2 mie qu’il ne s’appareillassent s’aprestassent B . Meismes Pelyarmenus y fu, qui con cil qui B avoit passé touz ceulz qui adont vivoient de fol hardement. Dont ne finerent par leur journees si vindrent el paÿs et se mistrent en .i. chastel qui estoit assez pres de l’ost.

§253 Dyalogus s’est partiz d’eulz tout en autel maniere ainsi appareilliez B comme il estoit partiz de Karus. Il ne fina si vint devant Laomedon [c]et trouva que Clerus s’estoit mis hors du chastel et y B avoit eu grant hustin a ceulz de l’ost. Li dusKarus meismes i fu avoit esté B navrez, et avoit li afaires en tele maniere alé que il avoit pris jour de jouste jouster B X2 a Clerus, qui recreant et traïteur l’avoit apellé. Dyalogus vint devant lui en tele maniere que l’en le remuoit de sa plaie et le salua moult devotement. Li duxKarus le congnut vit et le c. B ainssi comme il s’estoit de lui partiz de|departis G . Dont li le G fist bienveignant le b. B et signe li fist s. B que il s’alast metre en atre point et venist parler dont parleroit B a lui, et il si fist.

§254 💬Pas de nouveau § BAdont fu li dusKarus appareilliez. Si se sont mis d’une part, et li enquist li dusKarus de Pelyarmenus.
« Sire, dist il, j’ai moult bien cerchié en pluseurs liex. Et sachiez que Pelyarmenus ne doute homme qui le puisse vaincre fors Helcanus, et de lui se gaite il, car ja en bataille ou il soit ne se metra.
– Comment, dist li duxKarus, sez tu ce ?
– En non Dieu, dist il, je le vous dirai. J’ai .i. mien frere qui moult est privez de lui. Et tant ai fait que j’ai parlé a lui, et me dist qu’il a veu en ses sors, comme celui qui plus en set que tout le monde, que, tant comme que X2 il sera ne soit B en bataille ou Helcanus soit, que il ja ne perdra la terre, ainz en laisse let B couvenir ses hommes et ne s’en mesle, si comme que B j’ai veu. Et je sai bien B , dist Dyalogus, que Peliarmenus V2 G si B s’est descongneuz et n’est maintenant de nului congneus descogneux (sic) G que de ceulz qui o lui sont et ne fait fors aler en bois et en rivieres. »

§255 💬Pas de nouveau § BQuant li dusKarus l’entendi l’oÿ B , [d]si dist :
« Je ai grant merveille de ce que tu diz me dis B .
– Sire, dist il, c’est toute veritez, et bien le vous ferai savoir quant il vous plaira.
– Comment, dist li dusKarus, em porroie je estre sages ?
– Sire, dist cil, volentiers le vous dirai. Il n’a pas .xv. jours que je vi Pelyarmenus en la Forest du Gaut, et la avoit il lui B G 💬On ne peut déterminer dans quel sens va l’innovation, a fortiori dans un contexte où G donne un texte erroné (et la avoit il sa mesniee trouvé...). Nous maintenons la leçon de V2. et G sa mesniee trouvé .i. cerf a .xiiii. rains, et de celui s’estoit il aatiz que celui chaceroit il et verroit il le chaceroit voiant touz ceulz B qui aidier ou et B X2 nuire li voudroit voudroient B X2 .
– Et quant sera ce ? dist li duxKarus.
Ce sera B , dist Dyalogus il B , d’ui en .x. .xii. B jours. »

§256 Quant li dusKarus l’oÿ, si s’est trop esjoïz, car dont sot il bien qu’il avroit eu de Clarus Clerus X2 ce qu’il en e›...‹[n] V2 devroit avoir. Dont li dist li dusKarus :
« Amis, or te sueffre fueffre (sic) G et garde seur ta vie que nulz ne sache ceste chose devant desi adont B que je t’apelerai t’en parlerai B .
– Sire, dist il, non fera l’en ferai je B . »
Dont demora la chose en tele maniere. Li duxKarus, qui avoit pris l’aatine au duc de LaomedonClerus, ne la B mist pas en oubli, ainz s’en B vint a Helcanus et aus autres princes et leur dist :
« Biaus seigneurs, savez vous point neent B de l’atahyne qui est entre moi et le duc de LaomedonClerus de moi et du duc de L. B ?
– Certes, distrent il, nous sire, n. B n’en savons rien nenil G . Dites nous quele l’atayne est, si ferez courtoisie.
– En non Dieu, dist il, volentiers. »
Dont leur conta que, le quart jour que devant, ainsi com B en tele maniere que X2 le poigneis fu remez G de lui et de sa gent, que Clerus et il estoient estoit B X2 en tel point chascuns qu’il ne pooient venir au chaple des espees ensemble, ainz commença li uns l’autre a ramporner
« et m’ape[e]la li dux B X2 Clerus chevalier recreant et traïteur ; et je li respondi dis B que recreant et ne X2 traïteur n’avoie je onques esté et que B ce li feroie je savoir, se il venoit en point et je le pooie tenir B en lieu ou il n’eust que nous .ii.. Clerus dist que voirement le me proveroit rendroit B il, mes que nulz fors que X2 nous .ii. autres B ne s’en meslast. Dont preismes pristrent B .i. jour, et l’afiasmes l’afia B le creantasmes G li uns a l’autre. »

§257 Quant li baron ont ceste chose seue entendue B , moult s’en sont si sont moult B esmerveillié et demanderent a Karus le jour que il devoient aler estre B ensemble ensemb|ble V2 ensamble B ; il dist au .vii. septime B .vii.e X2 jour. Dont dist Helcanus :
« Dont doit ce estre sera ce G entre ci et desi a B .iii. jours.
– Sire, dist il, vous dites verité ouil G .
– Et comment, dist il, vous en siet li cuers ?
– Comment ? dist li dusKarus. Je que je B ne leroie pour l’empire de Romme que je n’i fusse, en quel quelque G lieu point B que je soie ne en quelque point B ! »
Quant il l’entendirent, si l’ont moult prisié. Dont li dist Helcanus :
« Sire, sachiez que moult ai oÿ Clerus prisier, et dit dist X2 chascuns qu’il est chevalier trop puissanz.
– Sire, ce dist Karus, je croi cuit B qu’en toute Grece, si grant comme ele est, n’a chevalier de sa force ne de son hardement h. Dont respon B . Mais en une chose me fie je : que je onques traitres ne fui ne B traïson ne pourchaçai ne ne fis ; et encore plus : m’espee que m’e. B ne fu onques rendue a homme par recreandise r. nule B qui en moi fust onques f. B . Et de ces .ii. choses me cuit je bien desfendre envers lui, et mais que il B fust encore B plus souffisanz que il ne soit. »
Adont n’i ot [f]nul qui l’entendist a qui les lermes ne soient venues as iex, car il savoient bien que il estoit souffisanz chevaliers. Si orent doute de lui et Dont B parlerent de moult de choses, et tant que li jours fu venus de l’atahyne. Karus se fist moult diligaument appareillier, et li fu amenez .i. cheval qui fu a estoit B Helcanus, que li rois de FriseOdonie li ot avoit B donné, et ne sot on meilleur en cel nul B paÿs. Karus vint a lui et volt sa force esprouver. Tout en tele maniere comme il fu armé B sailli en la sele, que onques a estrier ne se volt prendre. Quant li baron le virent, si distrent que grant legiereté avoit faite fet B . Il demanda sa targe; bien fu qui li donna. Aprés prist son glaive et prist congié aus barons, qui l’ont commandé le commanderent B a Dieu ; et moult y ot de tiex qui grans souspirs geterent, car moult s’en le B douterent pour le pris de celui Clerus Clarus X2 .

§258 Li dus de LembourcBorleuz, qui moult estoit sages et soutilz de sus sa B garde, doutoit ce que avenir pooit et B fist armer mil chevaliers de sa gent, pour ce que, se mestier estoit fust B , que il fussent appareillié. Et mais B nul mestier n’en estoit ert. Et nonporquant B X2 . Clerus doutoit de ceulz dehors, si fist comme com›p‹[m]e V2 aussi une B aussi comme X2 partie de sa gent aprester et il meismes, si comme pour s’onneur son honneur G garder. Dont s’en issi par une fausse posterne posterner V2 et s’en vint la ou Karus estoit et B X2 l’atendoit. Quant li uns vit l’autre, il n’i [179]ot celui a cui couleur ne soit muee et courages. Dont ne demora gueres que andui sont venu ensemble, aussi comme se B li uns n’eust point de hayne a l’autre. Cilz qui premiers parla, ce fu Clerus, qui dist :
« Karus, Karus💬Remarquer que le vocatif est répété, ce qui est habituellement le cas lorsque le locuteur appelle (de loin) un personnage, et non dans une discussion, comme ici. La répétition, commune à toute la tradition, indique peut-être que Clerus emploi un ton outré en posant sa question., est il dont ainssi que vous vo›...‹[u]s V2 me voulez tolir mon ma terre et mon B chastel pour autrui qui vous a mis a sa volenté ? »
Karus respondi li r. B :
« Clerus, biaus sire, pour ce ne sui je mie ci B venus, ainz vous sui venus chalengier la retraite que vous me feistes l’autre jour. Et pour moi aquitier de la couvenance que j’oi a vous vouss V2 sui je ci venus je vous oi B . »
Quant Clerus l’entendi, si li dist :
« Comment ! Ne voulez vous B mie congnoistre que pour paour de vostre vie perdre n’aiez vostre citéNise rendue a Helcanus ?
– Voirement, dist il, ne le di je mie, car je n’avoie garde de nul homme dedenz la villeNise. Mais je regardai je gardai X2 en moi meismes comment c. que B mes freresAscanus avoit eust B esploitié envers lui et que envers lui esploitié B il en avoit son guerredon receu B , et tout en autretel maniere avrez vous tout ainsi conme vous avrez B , se ainssi n’est est B que vous a merci ne veulliez venir re›v‹[t]enir G , car bien savez, et je aussi, que Pelyarmenus n’a riens en la terre tant comme Helcanus vive, qui en B est droiz hoirs h. de la terre B . Et se vous autre chose el B voulez dire, vez moi me X2 ci tout prest qui m’en excuserai je sui cil qui m’escuserai B de la traïson recreue B que vous m’avez mise mis B sus et de ce que vous m’avez apelé chevalier recreant la traïson B . Et vous ferai congnoistre que vous estes tiex comme [b]vous m’avez mis sus. »

§259 💬Pas de nouveau § BQuant Clerus l’entendi, si se repenti de l’athayne qu’il avoit faite ot fait B , quar il savoit bien qu’il avoit droit d d. V2 , et d’autre part congnoissoit il bien la prouesce de lui. Si l’en a plus douté, mais tant se fioit en sa chevalerie qu’il ne vouloit lessier qu’il ne se preist a lui. Dont li dist Karus :
« Garde toi moi toi X2 de moi, car trop avons longuement longues B sarmonné !
– Par mon chief, dist Clerus Karus B , verité avez dit. Or le faites bien !
– Se il est ainssi que vous me puissiez au dessouz metre, ce dist fait G Karus B , de ceste emprise, je ferai oster osterai B le siege de B devant Laomedon. Et se je au dessouz vous puis metre m. vous B , le chastel et vous meismes metrai vous metrez B en la main Helcanus.
– Quant je serai la venus, ce dist Clerus dist il B , volentiers je v. B en avrai conseil.
– Bien dites », ce dist il.

§260 Adont s’esloingna li uns de l’autre devant B et vindrent aus chevaus poindre. Dont ferirent le firent B si aigrement que bien y parut, car il vindrent si grant aleure comme il porent des chevaus d’euls B traire. A cele foiz s’entrencontrerent des glaives et des chevaus tant cruelment que cil de l’ost et cil B du chastel les ont oÿs veuz et oïz B . Et ce ne fu pas de B merveille se euls il B .iiii. furent en .i. mont, car par l’aide la grant ardeur B des chevaliers, qui tant estoient aspres B , et par B la force des chevaus couvint l’un des des .ii. X2 chevaus .ii. ch. B mourir, et ce fu le cheval Clerus, dont il fu trop yriez. Adont sot il bien que il le [c]couvenoit perdre. Dont li est grant G yre el cors meue. Il a traite trait B l’espee et en B vint vers Karus Clarus X2 , espris de grant chevalerie. Et quant cil le vit venir, dont li tressailli sailli G a son senestre costé B touz couvers en son escu B , l’espee el poing, et feri Clerus en ce li donna B .i. si grant cop que bien cuida c. Clerus B estre malmis, car il li fendi l’escu jusques el poing et le navra el braz. Onques l’armeure ne l’en sot si bien garder. Quant il ot le cop veu senti le cop B , si s’esmaia, car car il B onques mais a chevalier n’avoit veu ce faire. Il se hasta de lui ferir con cil qui bien le sot faire B . La Dont B couvint a Karus recevoir .i. cop si grant que, se ce B s’i G n’eust esté le cercle qui el hyaume fu assis, tout il G l’eust pourfendu jusques el piz. Mais cil, qui bien estoit hom lyon B pour son cors garder et pour tel cop recevoir .i. tel cop porter B , le fist au miex que il pot, et non ne B mie qu’il ne G s’en desvoiast, vousist ou non.

§261 💬Pas de nouveau § BEn tele maniere s’entracointierent li doi duc. Et tant dura li estriz d’euls .ii. B G que moult se douta li uns de B l’autre. Mais il n’en moustrerent moustrent G mie semblant, car, si comme l’estoire le dist, par semblant ne par fait nulz l’un B ne vouloit ressortir pour paour que li uns eust de B l’autre. Ainz A A. V2 metoient les leur B cors en present et se donnoient si grans cops les cops si granz B que la ou il s’ataignoient trenchoient il B des les B espees le fer et se rassenoient eulz B meismes es liex ou il s’estoient avoient B autrefoiz ferus. Et de B la couvenoit il B sanc issir saillir B , fust de bleceure trencheure B ou B fust G d’autre chose, si que avant que le chaples fust finez issi hors leur issi B sanc de touz leur membres. Li [d]estriz dura moult longuement, et petit pot pooit B conquester conquerre B li uns seur l’autre, si que moult s’esmerveillierent cil de l’ost comment il pooient porrent B tant durer. Et sachiez qu’il y ot de tiex qui se souhaidoient dessouz l’escu Karus et que B il fust arriere en l’ost. Mais bien croi que tiex s’i souhaida que, se il y B eust esté des le commencement aussi B comme il avoit esté, qui💬Lire qui = que, cf. Note linguistique. tant duré n’eust n’i e. B mie comme il avoit fait B . Car qui veist Clerus en quel point il se metoit pour de B lui metre au dessous desus B , bien peust dire que en tout toute B le monde n’eust son pareil. Et d’autre part, qui veist comment Karus Karus comment il G li rendoit estal, bien redeist :
« Cilz a sormonté touz ceulz qui qui qui B ore sont de prouesce. »
En tel maniere se maintenoient maintenent G li dui chevalier duc B X2 tant qu’en la fin couvint leur cops reuser, et ala si la bataille que Clerus vit bien que en la fin au loing aler B il n’avroit pooir de durer. Lors s’apensa que que il B atant s’en partiroit, se il vers lui le pooit esploitier. Dont se traist trait B G arriere et dist :
« Karus, poi poons conquerre l’un seur l’autre l l’a. V2 , car trop sont nos coups apeticiez. Repose toi et je aussi, tant que nous aions nos forces recouvrees ; et aprés sera tost li uns de nous outrez.
– Je l’otroi », dist Karus. Dont se sont trait li .i. ensus de l’autre et se sont mis s. tret B au a B repos. Quant il furent orent B une grant B piece reposé, Clerus vit le destrier Karus qui se tenoit touz quois. Dont fist .i. grant saut et vint vers lui, ne B onques Karus B ne le sot si tost suivre que il ne fust ja montez fu B en la sele, et puis a le frain sachié sus s. B et dist :
« Karus, [e]ore est vostre vie alee !
– Par mon chief, dist il, ainz y lairez la vostre! Vous m’avez reté e r. V2 de traïson, mais vous meismes m’avez traÿson faite je le doi faire B quant par vostre guile m’avez avez B ainssi mon cheval saisi. »
Clerus dist a Karus :
« Ralez vous ent dont vous V2 G estes ci venus ci venistes B , quar, par la foi que je vous doi, cilz chevaus B me demourra pour le mien que vous m’avez ci avez B m’avéz X2 occis. »

§262 Quant Karus l’entendi l’entent B , si fu trop yriez courouciez V2 X2 et dist :
« Par Dieu, Clerus, povre chevalerie feriez chevalerie›z‹[f]eriez V2 se vous en tele maniere mon cheval enmeniez. Mais metez pié a terre et desrainiez vostre honneur contre la le G moi moie B X2 ! Et se vous ce n’osez faire, tout ainssi si a cheval B comme vous estes vous metrai je en ma merci. »
Et quant Clerus oÿ ce l’oï B , si vit moult bien que a nule l’une B des .ii. batailles ne porroit pooit B il mie moult conquerre d’onneur grant houneur c. B , car a pié ne l’avoit il mie du tout t t. V2 G gaaignié et a cheval ne pooit il mie aquerre moult grant los se il l’occioit. Si a le cheval destrier B coitié couvoitié B et s’en est atant tornez vers le chastelLaomedon, et Karus aprés lui criant tout a pité c. B :
« Retorne toi, mauvés B chevalier recreant, car tu enmaines mon cheval mauvesement ! »

§263 💬Pas de nouveau § BOnques tant ne le B sot huchier que cil de riens se vousist retourner soit retornez B . Et nepourquant le suivi il jusques a la posterne dont il estoit issus. Dont voudroit vodrent B X2 vouloient G aucuns issir hors B X2 pour lui prendre, mais Clerus jura que G mar en G y avroit yroit B nulz qui meist main deust main metre B a lui. Et Adont B fu la posterne refermee et demou[f]ra Karus en tele maniere a pié pié sanz lance B . Quant li baron de l’ost virent ont veu B ceste aventure, si orent aussi comme grant joie que Karus s’estoit partiz si couvenablement de Clerus. Onques le cheval ne plainstrent, tout fust il tiex comme vous avez oÿ. Lors Si B sont G cil de l’agait sailli et l’ont ramené a l’ost a grant joie. Dont s’en vint v. devant B Helcanus et li autre a lui B . Et il leur si B dist d|dist V2 :
« Par foi, biaus seigneurs, petit ai ai je B conquesté puis que je me departi de vous de vous me parti B .
– Par Dieu, distrent li baron, ainz avez bien tenue tenu B vostre honneur, comment que li affaires ait alé. »
Dont dist chascuns que onques mais de .ii. chevaliers n’avoient il n’a. X2 veu si fort fiere B bataille. Quant il orent G Karus en tele maniere conjoÿ, si furent li mire apresté et ne trouverent plaie seur lui dont il deust ja d. B lessier le a B chevauchier dedenz .iii. jours. Et de ce sont moult esmerveilliez aucuns, quant il B de si pesme bataille s’estoit s’estoient G en tele maniere si B partiz. Et dont demora en tele maniere Karus et entendi a guerir.

§264 Dyalogus, dont vous avez oÿ, ne volt pas metre en oubli sa traÿson, ainz vint au ducKarus et li dist :
« Sire, que voulez vous faire de ce que je vous ai pourchacié ?
– Amis, dist li dusKarus, ce vous dirai je par tans. »
Adont vint li duxKarus a Helcanus tout priveement B et l’atrait d’une part et li dist :
«  Sire B X2, une chose vous dirai je, se il vous plest, mais que ce soit chose aussi commesi ch. G celee, jusques a tantdesi adont Bjusques a ce X2 que nous [180]en soionsserons B sagesplus s. B. J’ai .i. sergent en mon hostel, qui par B maintes fois m’a bien servi ; et or vous di je que il vint a moi l’autre jour j. une foiz B et me dist que 'il seust volentiers comment Pelyarmenus se contenoit ne quel gent il avoit o lui', et je li demandai : 'Comment le savroies tu ?' Il me dist que 'il meismes iroit y i. X2 , se je vouloie, et savroit tout son couvine, car autrefoiz l’avoit il seu'. Et je li dis dis que bien m’acordoie B qu’'il y alast, mais qu’il ne se feist congnoistre'. Et il me dist dit B qu’'il s’atourneroit en telle maniere tel guise B que je meismes ne le congnoistroie', et il si fist. Il se mist au chemin et demoura bien .i. mois, si me raporta m’a raporté B que 'il a G tant seu et enquis par .i. sien frere qui est a Pelyarmenus que il ne vous doute de riens, ançois a veu en ses sors que il ne puet perdre la terre pour tant que son cors ne viengne contre vous em bataille. Mais de ce est il seürs que, se il y venoit, que B il seroit vaincus v. en bataille B , il li G et li sien, si que il laisse doit lessier B couvenir sa gent et va maintenant en bois et en rivieres, et est aussi comme touz descongneus et ne chevauche mie comme sires parmi la terre, ainz se tient comme en guise de B vavasour.' Et ci pres B X2 aprés G a V2 G une forest a .iii. lieues pres B G ou il doit chacier a B .i. cerf demain en tele maniere comme cilz que je vous di B G le m’a compté dit G . »

§265 Quant Helcanus l’a entendu l’entendi B , si fu moult esmeuz meuz B de ce qu’il a ot X2 oÿ que cil li ot dit B et dist :
« Faites moi parler a celui qui ce vous a B fait entendre. »
[b]Dont l’a li dusKarus apelé et li dist :
« Sire, veez le ci. »
Dont l’appela l’esgarda B Helcanus et li demanda dist B :
« Ou fuz tu nez ?
– Sire, dist il, en cest paÿs.
– Comment sez tu, dist il B , que ce soit voirs ce B que li dusKarus m’a ci compté ?
– Ce vous dirai je bien », dist il. Lors li a commencié a dire tout en autele maniere comme il l’avoit a. B conté au le B ducKarus, et bien sembloit a sa contenance que ce fust toute verité tout fust voir B quanque il leur li lerres B disoit. Quant Helcanus oÿ ce, si bien B cuida que ce fust verité. Donc dist au ducKarus :
« Savoir nous couvient ceste chose.
– Par ma foy mon chief B , sire s., dist il B , nous en B yrons savoir la verité si bien porveu que nous n’avrons n’ourons (sic) B garde d’euls .c. G se il nous vouloient malfaire.
– Bien dites, dist Helcanus. Or veul je ne veil je, dist il B que nulz ne B G sache ceste chose que moi et vous, ainz dirons que nous voulons aler en riviere, mais nous B ne G le voulons si faire que au mains ne soions s. nous B .c. bien armez, comme B G pour nos cors garantir, car tiex gens comme nous sommes B ne doivent mie aler desgarniz. »

§266 En tele maniere comme il le distrent l’ont dit B , il B le firent le firent le distrent (trois courts traits avant le firent et au-dessus de distrent indiquent sans doute qu’il faut intervertir les termes) G . Et quant ce vint au soir Dont vint li soirs B , il fu commandé et conmanda chascun B que il fussent au matin .c. .c. fervesti (sic) B des plus souffisanz touz armez B , et il si furent. Et quant ce vint au matin, si fist moult quoi et seri. Il ont demandé leur armes et se sont armez s’armerent B moult richement, si comme il leur iert bien leur fu B mestier ; et plus encor l’eussent l’e. il G fait B s’il eussent [c]seu seussent B ce qui leur estoit a venir avenir X2 que a venir leur estoit B . Dyalogus ne se mist en oubli, ainz se fist armer fu armez B a sa guise, et tout aussi firent furent B li autre. Dont pristrent ostours et faucons et se mistrent au le B chemin devers le bois. Si et ne finerent si B X2 l’ont aprouchié et entendirent le les G glatissement hutin B des chiens et le grant corneis que li traïteur faisoient pour euls decevoir. Dont vint li dusKarus a Helcanus, si li dist :
« Sire, il nous couvient nostre affaire embuschier el bois; et nous .xx. yrons par le bois, tant que nous avrons trouvé ce que nous voulons trouver avoir B . »
Dont Bien dites», dist Helcanus. Dont B X2 en vindrent el ou G X2 bois et ont fait firent B leur gent embuschier, et li dusKarus et Helcanus se mistrent la ou il oÿrent la plus grant greigneur B noise des chiens.

§267 💬Pas de nouveau § BDyalogus, qui avoit la traÿson pourchaciee, leur dist qu’il leur metroit Pelyarmenus es mains. Dont les mena la ou cil estoient embuschié. Il n’orent mie moult alé quant que B il ont trouvé ceulz qui en l’agait estoient vindrent la ou li traïteur avoient fait leur aguet B . Il les ont aperceuz, comme ceulz qui s’estoient partiz em pluseurs liex. Dont sailli Pelyarmenus, lui trentiesme centisme B X2 moult richement armez. Et quant li dusKarus les a veuz, si sot maintenant qu’il estoient furent B traïz. Il mist .i. cor a sa bouche et le sonna en tele maniere que ceuls qu’il avoient fait embuschier orent lessié B sorent bien qu’il avoient mestier que mestier orent B d’aide. Adont se mistrent cele part.

§268 Pelyarmenus, qui vit ceulz qui courre contre G li [d] vouloient vodrent B seure, jeta l’ostoir et les giez legiez B , puis a pris saisi B .i. le B glaive et estrainst G sa targe pres de lui, et aussi fist li duxKarus et ceuls qui o lui furent. Et ceulz qui de l’autre part estoient les ont açainz de toutes pars G , et s’entremeslerent moult aigrement; et Helcanus vit son frerePelyarmenus qui vers lui s’atournoit a lui s’adreçoit B . Dont ne le volt refuser re|ser X2 , comme cil qui ne le que il ne X2 connoissoit de riens. Li uns feri si l’autre que, vousissent v. li cheval B ou non, les couvint cheoir a terre. Ne demorerent gueres que il revindrent quant il saillirent B en piez. Et vint chascuns a son cheval et monterent sont monté B es selles s. por plus longuement durer B . Dont ont chascuns moult tost B G les espees sachiees et puis G s’entrecommencierent merveilleus cops a paier s’entredonnerent a merveilles granz cops B se commencierent grans cops a donner G . Li chaples d’eulz .ii. dura tant que uns autres agais leur sailli. Et adont en celui B vindrent li leur, qui bien leur orent mestier.

§269 💬Pas de nouveau § BQuant li dusKarus vit tel ce B cel X2 meschief, dont s’abandonna mist B tout pour tout et s’est mis en aventure s’abandonna du tout B , car il vit sot B bien qu’il n’i avoit ot B point de relais. Qui dont veist comment il s’i aidoit, il peust bien b. p. B X2 dire :
« Cilz hom n’est pas terriens »
, car, si comme li comptes le B dit, de si grant force et de si grant vigueur s’i aidoit qu’il n’en consuivoit nul que nul ne consivoit B que il B a mort ne le meist ou que il B du cheval ne l’abatist. Et quant il virent ce, mal de celui qui le vousist atendre, ainz l’aloient fuiant tout en autele maniere comme l’aloe fait l’esprevier💬L’analogie avec la fuite de l’alouette face à l’épervier indique le peu de résistance des combattants (cf. DMF, sv. aloue). La construction se rencontre de nouveau au §366. Cf. aussi n. au §418.. Helcanus et li sien s’i aidoient si tant B esfor[e]cieement que bien cuidoient cuidierent B cil avoir le tout perdu.

§270 Quant Pelyarmenus vit ce qu’il se desfendoient si aigrement, si s’en est moult esmerveilliez. Dont mist .i. cor a sa bouche et l’a sonné le sonne G .iii. cops mos B , et en poi d’eure leur vint grant secours, et sembloit que il apleussent de touz sens G . Dyalogus vint a son frerePelyarmenus et si B li dist :
«  Pourquoi Frere, p. B faites vous occirre vostre gent ? Metez paine que vous aiez Helcanus sanz plus, car je ne veul mie que li dusKarus i soit mors ne pris tant que je l’en puisse garder.
– Dont me di, dist il dist il (sic) V2 di B dis G 💬Il est possible que la leçon de V2 dérive, par haplographie, d’une leçon similaire à celle de X2, qui donne à la fois l’impératif di et la mention du changement de locuteur dist il., liquiex est Helcanus, car encore ne l’ai je congneu.
– Sire, dist il, c’est cilz a cui vous joustastes ore au premier premier joustastes B .
– Par foi, ce dist il, bien t’en croi, car onques mais ainz mais (sic) B chevalier ne fist ce qu’il a fait, et li dusKarus n’en refait mie mains. »
Dont commanda a ceulz qui entour lui estoient ses hommes B que il meissent paine a celui prendre du tout meissent a celui paine B a cui il yroit chappler, mais bien leur desfendi que il ne l’occeissent, car il estoit son frere. Dont vint Pelyarmenus a tout grant plenté de gent chevaliers B a Helcanus, qui moult metoit grande grant B G X2 paine aus traïteurs metre au dessouz. Il les a veuz venir, si ne les voult mie refuser. Il a l’escu mis mist l’escu B em present et a l’espee moult durement tint l’espee moult fort B empoigniee, et tout aussi a fait B Pelyarmenus. Dont s’entreferirent de tel aïr si adroit B que, se ne fussent les armeures, touz se fussent pourfendus jusques es seles es|esseles V2 . Dont se mistrent aucuns avant pour Helca[f]nus saisir et metre du cheval a terre, mais il le trouverent moult dur fier B , car il veoit vit B bien que il ne G beoient fors fort G a lui saisir. Si s’est esvertuez comme hom de grant pooir. La se desfendi si aigrement que bien le pot on veoir, car, si comme je truiz lisant escript B , ainz qu’il retraisist restrainsist X2 son frain se refreinsist B en a a il G mis leur en mist B .v. a mort mort. Dont ne pot nature soufrir que il ne se refreinsist. Dont l’a choisi Peliarmenus, qui l’avoit fait lasser B 💬Il est possible que B donne ici la leçon héréditaire et que V2GX2 opèrent un saut du même au même non erroné sur Dont.. Dont vint a lui Pelyarmenus B et li dist :
« Helcanus, rendez vous !
A cui, dist Helcanus et dist Helcanus: «A qui B , me rendroie je ?
– Par mon chief, dist il, a Pelyarmenus Helcanus B de Costentinnoble vous couvient c. il B rendre ou mort a G recevoir. »

§271 💬Pas de nouveau § BQuant Helcanus oÿ ce, si se voult esvertuer, mais il si B fu saisiz de toutes pars qu’il ne se pot aidier, si dist :
« Ha ! Pelyarmenus, traÿ m’avez ! Gardez moi moi ma vie B , puisque quant vous B tel m’avez mené tel m. (sic, répété) G . »
Dont li dist Pelyarmenus que que de B sa vie li le B sauveroit il, quoi que B que il B fust avenist G des siens. Dont li ont, vousist ou non, l’espee ostee mise hors B des poins et l’escu osté B du col, qui mie n’estoit entiers ; aprés l’ont mené hors de la bataille ; et ne volt Pelyarmenus plus B atendre, ainz a la bataille guerpie, lui trentisme centisme B X2 , et se sont a tout Helcanus mis au le B chemin vers Costentinnoble.

§272 Li dus de NiseKarus, qui encore riens n’en savoit, se combatoit si fierement que moult estoit grant o g. V2 merveille du de lui B veoir, car si esforcieement aloit par la bataille que poi y avoit nulz d’eulz qui [181]ses cops osast atendre. Si B ne demoura gueres mie longues B que quant B la verité de Helcanus li fu comptee li fu dit la verité d’Elcanus B . Et quant il oÿ sot B ce, si dont B fu si X2 yriez que onques ainz B mais a jour de sa vie B ne fu si💬si yriez... si: Comparaison elliptique: onques mais a jour de sa vie ne fu si [yrié].. Si em perdi aussi comme tout son sens, si que bien le peust on avoir sourpris que ja qui B garde ne B s’en fust donnez pris B . Mais quant li traïteur virent que Pelyarmenus s’estoit mis a la voie, si se sont retrait poi et poi. Dont ne demoura gueres que li dusKarus et sa gent a tout tant de gent comme il li fu remez B gaaignierent gaaigna B la place. Dont les mena une grant piece batant, mais riens ne leur li B valut, car li dusKarus estoit si navrez et si si estoit li dus navrez et B malmenez de travail que a grant paine se pouoit il soustenir soustenoit il B seur son cheval. Et quant il vit que il ne pooit mais riens faire de Helcanus secourre, si ot tel si grant B duel que plus grant ne pooit avoir et il B se pasma desus sus G seur X2 le col de seur B son cheval, et fust cheuz se il n’eust esté soustenus secouruz B d’un chevalier qui tout le jour li avoit ot B esté moult pres. Quant il fu revenus a lui, si geta .i. moult m|moult V2 grant plaint et dist :
« Ha ! las, chaitiz, que nous est il B avenu aujourd’ui a la jornee d’ui B , quant par nous est cilz pris et saisiz ou tant avoit de chevalerie et de sens ? Ha ! Dyalogus, mauvais traitres ! Qui se donnast garde de la desloial mortel B traïson desloyauté G que tu as vous avez B pourchaciee ? »

§273 💬Pas de nouveau § BDont li ont dit distrent B ceulz qui entour lui furent :
« Sire, de Dyalogus vous pouez vous poi loer, car, puis que ce B vint aus cops ferir donner B , sachiez que B il n’i feri onques puis cop B , [b]ainçois lui il B et son compaignon en vont avec ceulz qui enmainent Helcanus.
– Par Dieu foi B , dist li dusKarus, bien le croi et mal sommes traÿ ! Ha ! las, chaitif, que dira ore Japhus et si ami quant il savront ceste pesme jornee ? Par foy, je B ne sai, fors que ce que B il meismes B porront cuidier que je l’aie tu meismes l’as B traÿ. »
Lors commence commença B G X2 li duxKarus a faire .i. duel si grant que nulz ne le veist il ne fust nus B qui grant pitié n’en deust avoir; et ses chevaliers, qui moult estoient au dessouz, le reconfortoient reconforterent B de ce que il pooient porent B , mais onques c’o. B si faire ne le porent que il ne se vousist occirre de courrous, si que li chevalier qui estoient a cil qui erent chevalier B Helcanus li distrent :
« Sire, souffrez vous de tel duel faire, car nous n’en poons autre chose avoir faire B , ne 'de traÿson ne se puet nulz l’en B garder'💬de traÿson... garder : Tour proverbial symptomatique de l’enjeu du Cycle..
– Par foi, biaus seigneurs, c’est voirs, mais trop est li domages grans: qui le porroit peust B amender? »

§274 Dont se mistrent au chemin retor B et virent que de .cc. deuls .c. B il n’en estoit demourez ne furent B que .xl. que tout ne fussent mis a mort. Il cerchierent les renz leurs B et mistrent les mors les mistrent B en terre. Et avant qu’il eussent fait leur vint Myrrus a tout .vc. hommes B couvers de fer, si comme celui qui nouveles en avoit oÿes oÿ B . Mais ce avoit esté trop a tart. Quant il ont le ducKarus tropvé en tel point, si furent tout esbahi. Mais riens ne valut G , car trop estoient furent B ceulz loing. Et nonpourquant tant les suivirent les suivirent il tant B qu’il s’en [c]durent que bien s’en porent B tenir pour folz, si comme veritez fu fu P V2 .

§275 💬Pas de nouveau § B Pelyarmenus avoit ja sa gent raliee, et furent bien .vii. cens des siens. Et li fu dit que l’ost estoit esmeue aprés lui et que Myrrus le suivoit de pres a tout o lui B grant plenté de gent. Tant esploitierent que il vindrent a une seue garnison qui estoit que il avoit B en son chemin. Et la dist il que il en B porroit bien atendre .xm. euls .Xm. B . Quant Myrrus M., q. il B ot grant piece chevauchié, si li fu dit :
« Sire, vous porriez bien faire le domage plus grant le damage a plus grant forner B qu’il ne soit.
– Par foi, dist il, ce ne porroie je croire. »
Et quant il vit qu’il ne porroit faire secours a Helcanus, si ot tel duel que nulz plus de lui, et le commença a regreter, tout aussi ainsi B comme dame fait son enfant seigneur B 💬La tristesse éprouvée par Mirrus de manière si intense atteste sa loyauté pour Helcanus. On peut la mettre en regard avec celle que Clyodorus ressent lorsque Borleus lui annonce la nouvelle propagée de la mort des enfants, Dorus et Cassidore (§35), et ainsi éclairer la bonté de ces deux adjuvants essentiels à la cause des héritiers du trône de Constantinople., et ne fu fust B G 💬Les leçons de V2+ X2 et BG sont adiaphores, V2+ X2 utilisant le passé simple (contexte réel) et BG le subjonctif passé (irréelle du passé). La force stemmatique est insuffisante pour déterminer ce que contenait l’archétype. nulz qui bien dire ne peust que de tres grant amour parfaite l’amast. Et dont le reconforterent si baron et B X2 si chevalier et li distrent :
« Sire, sachiez que cist damages sera encore recouvrez, car il ce B ne puet estre, qui que qui B fait traïson, que il n’en ne G viengne en la fin qu’en la fin n’en viengne B au dessouz.
– Par Dieu, dist chascuns qui l’oÿ B G , il dist c’est B G veritez💬Par Dieu... c’est: La cooccurrence de deux variantes opposant V2+X2 à BG (présence/absence de qui l’oÿ et alternance il dist / c’est) pourrait donner plus de poids stemmatique à l’accord de BG. Rien ne permet cependant de déterminer si les variantes sont liées : si l’on ne tient pas compte de l’alternance il distc’est, qui fait partie des cas exclus du raisonnement stemmatique car tendanciellement polygénétiques, G pourrait innover en omettant qui l’oÿ, remontant à son modèle, et s’accorder ainsi fortuitement avec B. Dans le doute, nous maintenons la leçon de V2.. »

§276 Dont se mistrent au chemin retor B et n’ont finé si sont venu vindrent B arriere retornerent G devant Laomedon. Quant il furent repairié, si sorent communalment communenement B communement G en l’ost B ceste descouvenue et comment il estoit avenu Quant li duz de Lemborc et Jasphus sorent ceste descouvenue B de Helcanus. Si orent si moult B grant duel que il et B ne se sorent savoient X2 conseillier. Lors en vindrent au duc de NiseKarus, qui moult estoit a grant merveille G navrez. Si Il B ne le voudrent mie [d]desconforter, car bien paroit y p. B que il estoit moult dolenz n’estoit mie joiant B du domage qui avenu estoit B . Si le reconforta conforta B li dux de Lemborc B Borleuz, ce qu’il ne pooit faire lui meismes il meismes faire B , et dist par la franchise de lui :
« Sire dus de Nise, bien pert que vous ne fustes pas oiseus la ou nous avons receu tel domage.
– Ha ! sire s. dus B , dist il, je amasse miex miex amasse B que je meismes y fusse demourez: si puisse je je jamais B avoir plus grant greigneur B joie j. ne bien B que je n’ai eue j’ai B aujourd’ui.
– Certes, sire s., dist il B , ce croi je assez. Mes ainssi fait Fortune son tour, une heure au desus et l’autre l’a. heure B au dessouz deseure B . Et sachiez de voir, tout y demourast ore Helcanus, si avons nous son frerePelyarmenus, qui de ceste emprise seroit est B souverains aprés lui💬Le moment est important : dans la logique lignagère du Cycle, convoquer le frère d’Helcanus présage la possible fin d’un règne qui se concrétiserait en effet avec la mort d’Helcanus..
– Ha ! sire, dist il, dites moi dont ou il est, et je vous asseur et met mon cors moi B et ma terre en ostage dedenz et met en B vostre main, oiant voiant B ceulz qui ci sont s. en present B , que, se je le puis avoir a ce qu’il soit en nostre vostre B compaignie, que je li rendrai l’empire de Costentinnoble avant que cilz paÿs soit em pais.
– Par mon chief, dist li dusBorleuz, et il sera ci presens avant que .iii. mois soient acompli.
– Sire, dist li dusKarus, et B X2 dont me dites se il est a lui germains.
– Voirement, dist il B , est il freres germains a B Helcanus et a non Dorus li petiz. Et sachiez que que je croi que B X2 💬Possible saut du même au même non erroné de V2GX2 sur que. il n’a en tout l’empire de Romme aussi bel enfant aujourd’ui il n’a si bel B de son aage ne B en tout l’empire de de Romme ne de B Costentinnoble. »

§277 Dont orent conseil c. entre euls B qu’il manderoient l’enfant, tout fust il si B joenes comme il estoit, car ceulz qui miex porent son aage savoir distrent qu’il n’avoit mie plus de pas B que G .x. anz, mais gueres ne [e]s’en n’en B failloit G . Lors Il B n’atendirent plus, ainz fors tant que B G fist li duxBorleuz monter et aprester au plus tost que il pot .c. chevaliers plus tost que il pot .c. chevaliers aprester B et manda li dusBorleuz B X2 💬li dus: La mention, sans changement de sujet, n’est pas proprement erronée, mais étonne; il pourrait s’agir d’une répétition fautive de V2G. par ses lettres letctres V2 que on li envoiast Dorus et son filz l’ainsnéLeus - et cilz qui B n’avoit pas pas n’avoit plus de B .xii. .xxii. V2 G anz et avoit a cil avoit B non Leus et estoit fu B grans moult gent B de son aage. Ceulz qui y G furent envoiez ne sejournerent pas, car en mains de .v. semaines vindrent a Lembourc. Et quant la duchesseDuchessedeLembourc ot oÿ veu B le mandement de son seigneurBorleuz, si dont B n’osa aler a l’encontre de son mandement mant X2 au devant B , ainz fist le mandement commant B du ducBorleuz et fist aprester apresta B les enfanz, et puis B se mistrent au chemin retour B , si que dedenz .ix. .xi. B semaines sont venus devant repairié a B Laomedon et trouverent l’ost qui la estoit.

§278 💬Pas de nouveau § BQuant li baron orent ont G l’enfantLeus, sachiez que moult furent lié et s’afichierent que que de leur cuers que B [f]ceulz du paÿs et de la terre n’avroient jamais pas B pais a els B ne acorde G devant desi adont B que le paÿs seroit delivrez a Dorus ou a autrui de sa partie. Ainssi demorererent devant Laomedon le chastel G et leur livrerent assaut souvent et menu, mais si fort estoit li chastiaus estoient B que poi les pooient grever. Si me veul or d’eulz taire atant X2 , car bien et B y repairerai repairai B quant temps et lieu en sera G , et veul compter de revendrai a G Pelyarmenus comment il esploita de son frereHelcanus quant en tele maniere l’ot qu’il avoit G saisi pris, comme je vous ai dit compte ci devant, quant il en fu saisi V2 sesiz B pris G pris et saisi X2 , comme vous avez oÿ devant el compte G 💬quant en tele maniere... compte: Sur ce lieu, cf. S. Lecomte, «La tradition manuscrite du Roman de Pelyarmenus», art. cit. Nous suivons le texte de B, puisque le participe passé saisi est partagé par B et V2+X2, ce qui indique qu’il remonte à l’archétype..

[14] Comment C’est c. X2 Pelyarmenus trahy ot traï X2 Helcanus son frere et l’enmena le mena X2 pris G en Costentinnoble, si comme il est contenu en l’ystoire X2 Ensi comme Peliarmenus ot pris Helcanus son frere par traïson et le fist devant li venir B .

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Enluminure sur 2 colonnes (e-f) et 16 UR. Pelyarmenus emmène Helcanus, captif, à Constantinople.

§279 [e] Ci endroit Or G dit li comptes que, quant Helcanus fu ainssi traÿz comme devant est dit, Pelyarmenus ne volt arrester, [f] se le B mains non que il pot G , tant que il si B vint en la cité de Costentinnoble. Dont fist Helcanus son frerePelyarmenus venir devant lui. Lors le mist a raison et li B dist :
« Qui es tu tu dont B , qui es embatus en mon empire et m’as Ascanus mon duc duc de Nise et son frere B oc[182]cis et B mis a ta volenté et la cité de Nise B saisie ?
– Je sui, dist dit X2 il, tel comme tu cil que bien B sez, mais tu n’ez mie mie n’ez B mez (sic) mie X2 tiex comme tu fais te f. B X2 .
– Comment ! dist Pelyarmenus. Fai moi entendre ce que tu m’as dit !
– Volentiers, dist il, le te dirai G , car il est tart a moi m’est tart B que dit le t’aie je dit l’aie B . Tu sez bien que mon pere est Cassidorus, li emperieres de Costentinnoble B , de qui tu diz que tu fus engendrez. Aprés tu te fais emperieres de CostentinnoblePelyarmenus sanz droit et raison que tu y aies, si comme tu le X2 sez bien B .
– Comment ! dist il. N’es tu N’estes vous B pas dont B cilz que li rois d’EspaigneTheodore a tenu en sa prison pour sa filleNera, que tu li corrompis vous li corrompistes B ?
– Se je sui cil, dist il, que il a tenu en sa prison, pour ce ne s’ensuit il mie que je sa filleNera li corrompisse, ainz m’en a mon droit jeté, et toi vous B et ele en estes demouré en vostre tort.
– Par mon chief, dist Pelyarmenus, bien as avez B dit. Ja ne te vous B enquis je se tu estoies vous estiez B filz a l’empereor de CostentinnobleCassidorus, et tu me respondis vous me deistes B que nenil vous non B .
– Par Dieu, dist il, onques ne m’avint que je mon pereCassidorus reniasse, car de nul homme dont de qui B je oïsse onques parler je B ne voudroie estre engendrez que de lui.
– Je ne sai, dist Pelyarmenus il B , qui t’engendra vous engendra B , mais tu me deis vous me voiastes B .i. jour qui passa, et devant voiant B le roy d’ArragonDyomarques, que tu ne li apartenoies de riens et que tu n’estoies mie mon frereHelcanus B . Mais tout aussi dirai je de toi ferai je vous B aujourd’ui, ne ja seignorie n’avras n’avrez B seur moi en l’empire de Costentinnoble devant desi adont B que je autre chose el B savrai sache B X2 de toi B 💬Cet échange entre Helcanus et Pelyarmenus éclaire leurs précédentes rencontres et confrontations interposées, fondées sur une lecture complexe et conflictuelle de l’identité et de la lignée. La première accusation de Pelyarmenus sur la prise de Nise (Qui es tu... Nise saisie?) reprend le fil des informations dont il dispose sur son adversaire, à savoir son rôle dans ces premiers temps de guerre, indépendamment de sa position de défenseur de son propre trône. La réponse d’Helcanus (Je sui... tu fais) est évidemment symptomatique de cette forme de déni d’une connaissance dont Pelyarmenus doit bien sûr disposer, à savoir qu’Helcanus n’est pas mort. Helcanus finit ensuite par lever le voile sur son identité, l’occasion pour Pelyarmenus – qui avoue ainsi l’avoir bien reconnu – de revenir sur leur précédente rencontre lors de laquelle Helcanus avait dénié tout lien entre eux (cf. le Roman d’Helcanus, en particulier §220). C’est exactement l’objet de l’accusation de Pelyarmenus, qui grossit le trait en prétendant qu’Helcanus a aussi affirmé ne pas être le fils de Cassidorus. Pour Pelyarmenus, l’enjeu est d’éclairer la lignée dans son ensemble, celle qui les lie.. »

§280 Dont le commanda a metre en une fort prison [b]et dist que on ne li donnast que pain et yaue a mengier. Gasus, de qui j’ai devant parlé, sot et oÿ la verité de Helcanus. Si s’en B vint a Pelyarmenus et li dist :
« Sire, lonctemps ai servi vostre pereCassidorus et vous autressi, tant que volenté si B X2 m’est prise pris B que je m’en veul repairier arriere r. B en ma terre.
– Comment ! dist il. Gasus, qu’avez vous trouvé qui en tel point me voulez laissier ?
– Par foi, sire dist il, s. B , ce que je ne cuidai faire en toute jour de B ma vie. »
Dont dist Pelyarmenus :
« Quel chose est ce qui vous fait departir de moi B ?
– Sire, dist il, c’est pour ce que autre chose que ce n’est fors B desloiauté et traïson ne qui B regne en Grece. »
Quant il entendi ce l’entendi B , si fu a merveilles yriez et le regarda par molt grant aïr et Quant il entendi ce, et G dist :
«  Gasus G., Gasus B , dites moi la raison pour quoi vous avez ce l’avez B dit, car je le la B veul savoir.
– Par foi, dist il, bien pouez savoir pourquoi je l’ai dit, et si ne lairai ja B que je ne le vous die. On m’a dit que vostre ainsné frereHelcanus est ceainz et que vous l’avez fait traïr et prendre et fait metre en prison B , dont vous faites moult a reprendre. Et pour ceste raison ne vous doit nulz hom qui vaille servise faire autres que cil qui de tel mestier sevent servir. Et je onques ne m’en soi entremetre. Si vous commant a celui en qui servise vous estes. »

§281 💬Pas de nouveau § BQuant Gasus ot ce dit, si fu Pelyarmenus si courreciez qu’a por B poi que il ne commanda qu’il fust saisiz et mis en autel point comme Helcanus meismes estoit. Mais cilz, qui estoit trop plains d’enging, refrainst son [c]maltalent et dist :
« Gasus, poi me prisiez et doutez quant vous tel chose avez dite dit B en ma presence ! Mais par la B foi que doi je doi B Fastidorus Cassidorus V2 G , mon frere, que se ne fust pour l’amour de pour B l’empereriz de RommeFastige, qui💬Lire qui = cui, cf. Note linguistique. filz je sui, et pource que vous l’avez servie lonctemps ne le lessoie B , mar vous eschapa vola B onques la parole de la bouche des denz B ! Et sachiez que je veul que vous si hardiz ne soiez que puis le jour de hui vous arrestez soiez arrestanz B en ma terre. Car, se vous y estiez estes B trouvez depuis ceste semaine, je feroie de vous comme de mon anemi mortel, car que B je sai vraiement que vous estes traitres envers moi B .
– Encore ne le sui je mie, dist Gasus, ne ne veul cuit B estre, se vous autrement ne le faites que vous n’avez a. B m’a. G encore fait.
– Alez vous ent B ! dist il. Car sachiez que B je vous haz tant que je mais B ne vous puis quier a B veoir ! »
A cest mot s’en parti Gasus s’est Gasus partis de l’ostel B c’est parti Gasus G sanz nul mot dire plus d. B et s’en B vint a son hostel et apresta son affaire et ne fina par ses journees tant que il vint a Romme, o lui grant compaignie. Il trouva l’empererizFastige, o lui et B Fastidorus son filz, et si B leur conta en la maniere que Pelyarmenus avoit esploitié puis que il s’estoit embatuz en Grece. Quant il oÿrent ce l’entendirent B , si furent moult esbahiz et distrent entr’eulz que moult pooit avenir granz maus de ceste chose.
« Ha ! dame, dist Gasus, sachiez que, se se vous B vostre conseil n’i metez, que voz filz occirront leur frereHelcanus ou il meismes les occirra. »

§282 Quant l’empererizFastige entendi Gasus, si li respondi l’a mis a conseil et dist B :
« Amis, biau B frere, autre[d]foiz m’avez vous conseilliee. Je veul que vous me donnez conseil qui bons soit, par quoi je puisse mes enfanz amesurer a leur frere afaire G Helcanus, car je sai bien qu’il ont tort envers contre B lui.
– Dame, dist il, bien vous savroie conseillier, mais que Fastidorus s’i vousist acorder que vous mandissiez a vostre filz Pelyarmenus, si chier comme il atent ne conseil confort B c. G ne aide de vous ne de vos vostre B filz Fastidorus, que il vous envoit Helcanus en tele maniere par si B que il ne sera n’espachera ne n’iert B delivrez devant desi adont B que vostre conseil et le sien ses conseuls B y sera. Et quant vous tendrez celui en vostre prison presence B , dont porrez vous miex metre les choses a point que nulz.
– Par mon chief, dist ele, Gasus, verité dites bien avez dit B , et je m’i acort, et aussi croi sai B je bien que Fastidorus mon filz s’i acordera le fera B . »
Adont li fu dit en tele maniere que l’en Gasus B li le B pot miex G dire. Et il dist dit X2 que moult li plaisoit. Si manderent ceste chose a Pelyarmenus li manderent B au plus expressement que il porent. Et quant li messages fu venus en Costentinnoble et Pelyarmenus oÿ entendi B le mandement de sa mereFastige, si fu touz yriez et courouciez, mais il si B n’osa mie aler encontre le mandement de B sa mereFastige ne de contre B son frereFastidorus. Si Dont B fist aprester .cc. chevaliers et leur charja Helcanus por a B mener a Romme. Si me veul atant ore B G taire souffrir B de ceste chose jusques a tant que temps et lieu poinz B en sera G , et veul repairier venir B G a Clyodorus, dont je me sui teuz grant piece G .

[15] Comment Clyodorus se parti de Helcanus et s’en ala en Espaigne et G au roy d’ArragonDyomarques pour querre secours X2 Ensi comme Clyodorus ala en la queste de l’empereour Cassidorus de Constantinoble B .

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Enluminure sur 1 colonne et 12 UR. Clyodorus quitte Helcanus pour chercher secours en Espagne et chez le roi d’Aragon.

§283 [e] Or Ci endroit B dit li comptes que, quant Clyodorus se fu partiz de Helcanus h H. V2 et des autres, que il erra tant par ses journees, l’un jour plus et B X2 , l’autre mains G , que tant que V2 X2 💬L’accord de BG nous invite dans ce cas à intervenir: la répétition de l’élément corrélatif tant pour exprimer le lien de conséquence, sans doute favorisée par la présence du complément circonstanciel l’un jour... mains, n’est pas renseignée par Ménard, §248 ou Buridant, §562. Cf. aussi n. au §434. il vint s’embati B el royaume d’Espaigne. Si Il B ne volt mie laissier que il n’enquerist n’enqueist B X2 ou li roisTheodore estoit fust B . Li auquant li enseignierent; et quant il sot la ou il fu et dit li fu ou il estoit G , si se traist mist a la voie B trait G cele part et se mist Quant il fu la venus, si se traist B a hostel en la ville et puis s’apresta d’aler ou li roisTheodore estoit. Et quant il vint la, si regarda partout, comme cil qui avoit en ymaginacion l’empereurCassidorus, que il queroit, mais il onques tant en nule maniere B ne s’en pot prendre garde donner regart B que il onques en nul lieu B le peust veoir veist B , et tant que aucuns vindrent a lui pour l’estrange guise maniere B dont il estoit. Si virent bien que il n’estoit mie de leur terre que il veoient en lui B . Si Lors B li demanda enquist B uns chevaliers dont qui B il estoit; et il dist qu’il estoit de Grece et que il B queroit .i. chevalier qui a la court le roy d’EspaigneTheodore B avoit repairié ainçois que la pais se feist eust esté B de lui et du roy d’ArragonDyomarques du roi d’Espaigne et de celui d’Arragon B . [f]
«  Biau sire, dist cilz, comment avoit il a B non ?
– Sire, dist fait B Clyodorus, Cassus Gasus V2 G X2 se faisoit apeler 💬B hérite probablement de la bonne leçon: c’est bien sous le nom de Cassus que se présentait alors Cassidorus, cf. le Roman d’Helcanus, §126. et avoit a. o lui B .i. .i. sien B filz qui puis ot mestier a vostre seigneurTheodore. »
Quant il ot ce oÿ, si sot bien maintenant que💬 Comprendre que = qui, cf. Note linguistique. il demandoit. Lors li fist une joie feste B merveilleuse et puis aprés le mena si que en ceste feste fu menez B devant le royTheodore, si et B li dist :
« Sire, veez ci .i. chevalier de Grece, et est en la queste du pere au bon chevalier de GreceHelcanusCassidorus, liquel se parti de nous de tele a cele B heure que que nous B onques puis ne le veismes. »

§284 Quant li roysTheodore l’entendi et il B X2 vit Clyodorus, si fu moult esbahis. Il l’apela et li dist :
« Amis, vous soiez li bienvenus. Dites moi qui vous estes et que vous alez querant.
– Sire, dist il, volentiers le vous dirai, car bien soiez certain qu’il sachiez il B m’est tart que vous le sachiez. Je sui .i. chevalier de Grece et sui chaciez de mon paÿs, et est ma terre destruite pour la raison de ce que li emperieres Cassidorus se parti de son empire l’e. B bien a passé .x. anz, et ne n’en B pot on onques B puis p. el paÿs B oïr vraies nouveles n n. V2 de lui ou paÿs B . Ore est avenu en tele maniere que .i. sien filz, qui liquex B a non a non B Pelyarmenus de Ronme, a saisi le paÿs autrement qu’il ne deust, par quoi aucuns ont esté encontré et sont destruit et mis a mort de B tiex y a, et li autre ont le paÿs vuidié. Et je sui sui, dist il, sui (sic) B .i. de ceulz qui l’a l’ai B vuidié. Or Et B sui en la queste du pereCassidorus💬 du pere : Comprendre "de son père", c’est-à-dire du père de Peliarmenus, Cassidorus., car de son filz l’ainsnéHelcanus, qui de ceenz parti, sui je bien sages. »

§285 💬Pas de nouveau § BQuant li roisTheodore l’a l’ot B entendu, si ot moult grant [183]merveille de ce qu’il ot dit et B qu’il ot oÿ💬Le premier il renvoie à Clyodorus et le second au roi. L’expression est plus simple dans B., si li B dist G :
« Amis, dites vous que li chevaliers que vous querez, qui de ceenz se parti B , est estoit B emperieres de Costentinnoble ?
– Sire, dist il, voirement di je le di ge et veritez est B que il le fu et l’est est B encore, se il vit. Et celui que il vous laissa l. ceens B quant il se parti de vous est son ainzné filzHelcanus et doit tenir l’empire aprés le pereCassidorus. Mais celui Pelyarmenus B , de cui💬Lire cui = qui, cf. Note linguistique. vous m’avez oÿ parler, li a son empire tolu et B saisi. Et Et|Et X2 en sont maintenant .xl. mille hommes ensemble, qui tuit sont en l’aide de a. a B celui qui droiz hoirs en est.
– Par mon chief, ce dist li roisTheodore, j’oï la greigneur merveille dont que B je oïsse onques mais parler! »
Maintenant a pris prist B Clyodorus par la main et l’a trait d’une a une B part et li demanda se il congnoissoit ceulz savoit qui cil estoient B qui estoient en l’aide de Helcanus.
« Sire, dist il, ce que je B en sai vous en B dirai je B volentiers G . Li rois de FriseOdonie, qui est son oncle, li fait a f. B aide de et B ses .iii. filz, qui sont fort fier B et puissant, et ceus ont bien .xxxm. hommes avec eulz Aprés a. (le ms. insère un point avant aprés) B . Li dus de LembourcBorleuz y rest est B avec eulz lui B G , et celui en a largement .xm.. Helcanus, quant il se parti de vous, s’en ala em Bretaingne, et la acointa il .i. chevalier qui li fait a f. B aideMirrus de bien .c. chevaliers souffisanz. Et je meismes vois au roy d’ArragonDyomarques, qui son oncle est. Et celui croi je qu’il B ne li faudra pas. Et li dux de BethsaÿdaEdypus le second, qui fu freres sa mereHelcana, li a en couvent a aidier, si avant comme s’ayde li porra avoir mestier.
– Amis, dist li roisTheodore, touz ceulz que tu m’as ci nommez conté B ont grant o grant V2 force et grant pooir B . Et [b]se il est ainssi com tu me dis que tu verité dies B , je meismes y metrai conseil pour l’amour de au bon B Helcanus, qui ja me fist grant aide. Et nonpourquant a Pelyarmenus une de mes fillesYsodore que je moult aimme. Et tout soit ce verité, ne voudroie je mie que il tenist la terre se il B droit n’i avoit. Mais ce veul je savoir se on porroit oïr nules nouveles de l’empereourCassidorus avant que je mueve m’en m. B me m. X2 , car je cuit que G , se il y estoit fust B presenz, que ja Pelyarmenus ne seroit fust B tiex comme il est ert B .
– Sire, dist Clyodorus, tout autel cuide je. Mais sachiez que je l’empereourCassidorus ai quis et demandé en maint lieu, mais je si B n’en puis oïr autres nouveles fors qu’il ne fu onques puis que puis il ne fu B veuz qu’il se departi de ceenz.
– Par foy, dist li roisTheodore, se il se fust partiz de moi sanz compaignon, je deisse que il fust mors, mais il avoit avecques lui .i. compaignon chevalierDaphus .i. ch. B qui gueres n’estoit mains preus de lui, par quoi je veul croire croi (sic) B que, se nul d’eulz .ii. B fust mis a mort, que je puis en eusse eu oÿ B nouveles. Mais il de moi se departirent et m’orent en couvent que que il B dedenz le mois seroient repairié, et me lessierent celui en garde que vous dites qui est son filzHelcanus. Et sanz faille de lui m’avint il puis mainte joie et maint destourbier. Mais cilz qui est droituriers m’en a fait grant grace, et a B lui encore plus. Si en loe Dieu et touz ceulz qu’il veult qui loez en soient. »
Dont dist Clyodorus :
« Sire, bien croi que vous verité dites. Et pour Dieu, se il vous plesoit, feissiez si f. B savo[c]ir aus barons de vostre royaume court B , se se il B nouveles nules en sevent, que il vous en facent feissent B sage.
– Par Dieu, dist il, je en ferai mon loial pouoir en tele maniere comme je ai fait autrefoiz. »
Lors a fait crier et dire savoir B par touz ceulz de son hostel laiens B que, se il estoit fust B nulz qui seust a dire nouveles nule nouvele B de l’empereourCassidorus, il li donroit .c. mars de sa rente bien assise B .

§286 💬Pas de nouveau § BDont ala la nouvele partout, et se mistrent aucun li a. B en la queste, meismes li roisTheodore dist dit X2 que, se il fust aussi joenes comme il avoit jadis ja B X2 esté, que il meismes se metroit en la queste. Ces nouveles vindrent a Josyas, qui la estoit assez pres. Et quant il sot la verité, si fu moult esbahiz esmaris B et dist :
« Ha ! chiers compains et bons amis, voirement n’en pot mais Neira ma suer chiere s. B se ele mist son cuer en vous quant vous estiez estes B tiex. Ja par Dieu n’arai repos si vous avrai ces nouveles contees. »
Lors Et B se mist a la voie et ne fina par ses jornees B tant que il si B vint a Phebor le chastel. La estoit la puceleNera, qui gueres ne pensoit a el que a celui a cui ele estoit du tout donneeHelcanus.

§287 Quant la puceleNera ele B vit son frereJosyas, si fu moult joiant liee G , comme si comme B X2 cele qui moult parfaitement l’amoit de grant amour, si li B X2 dist :
« Frere, vous soiez li bienvenus.
– En non Dieu, suer s., dist il B , ce devez vous bien dire, car je vous aporte nouveles qui bien vous devront doivent B plaire. »
Quant ele oÿ ot oÿ B ce, si ot grant desir de savoir que ce estoit du savoir B . Lors li mist le ses B bras au col et li B dist :
« Frere douz, confortez moi, car grant B piece a que je B n’oÿ nouveles chose B dont je le fusse ! »
A cel mot sont [d] assis a. andui B li uns delez l’autre. Adont dist Josyas :
« Suer, nouveles sont venues venues écrit sur nouvell G a nostre vostre B seigneur de pereTheodore que le chevalier de Grece qui fu envoiez au roy d’ArragonDyomarquesCassidorus est emperieres de Costentinnoble. Ore est ainssi avenu que, puis que il se departi de nous, nouveles n’en furent oÿes. Helcanus, qui maintenant B est son ainznez filz li ainznez de ses filz B , est orendroit maintenant B en Grece, et B avec lui Japhus, le filz au roy de FriseOdonie, a et autres barons qui bien ont B .xlm. haubers qui touz li sont en en leur B aide, et ont estrif l’e. B a Pelyarmenus, qui a la terre saisie sesi la t. B , si comme vous avez pieça seu. »

§288 💬Pas de nouveau § BQuant la damoiseleNera ot entendu son frereJosyas, si mua une tres grant couleur et puis geta uns B grans souspirs; et en ces grans B souspirs G se fust pasmee de tres grant joie, quant Josyas B la prist entre ses bras et li B a dit dist B X2 :
« Suer, comment vous est il de ce que je vous ai dit ?
– Par foi, dist ele, frere, je que B n’en sai que dire autre chose fors que je bien sai que celui dont de qui B vous parlez est de tres grant valeur et de haute💬de tres grant valeur et de haute: Coordination discontinue des syntagmes coordonnés, avec le premier adjectif en position prénominale, et le second en position postnominale, précédé de la conjonction et.. Mais pas ne sai se G ce que j’ai oÿ que vous dites a moi me dites G X2 est s’il est G verité vous me dites verité de ce que j’ai oÿ B .
– Par mon chief, dist il, je vous ferai parler au chevalier qui est en la queste du pereCassidorusClyodorus.
– En non Dieu, frere, dist elle, dont seroie je bonne euree beneuree B G se je ytant en savoie avoie B . »
Dont fist Josyas apeler .i. chevalier et li dist :
« Alez et dites B a mon seigneurTheodore que il il de lui B ne laist partir le chevalier de GreceClyodorus jusques a tant que je moi G et ma suerNera aions parlé a lui. »
Et cilz n’arresta si vint la ou li roisTheodore estoit fu B , si et B li compta dist B ceste chose. Quant il l’en[e]tendi, si fist apeler le chevalierClyodorus et li dist :
« Sire, je cuit que moult vous avanceriez, mais que vous vousissiez aler par Phebor, .i. mien chastel, car la est .i. mien filzJosyas, qui moult est amis a vostre seigneurHelcanus, et li conterez vostre besoingne, et je cuit que de la voie ne vous devrez doiez B mie plaindre. »
Et quant Clyodorus l’oÿ oÿ ce B , si en fu moult joianz et dist :
« Ha ! sire, pourquoi pour›haste descendante‹[q]uoi V2 n’iroie je donques, quant je de por el de B ma terre ne me sui partiz pour autre chose que pour prier et requerre les amis de mon seigneurHelcanus B ? »
Adont Et puis B s’est aprestez et G mis a la voie et ne fina par ses journees tant que il si B vint a Febor; et la trouva il Josyas et la puceleNera, qui qui a certes B moult grant B joie li firent. Aprés ne demora gueres que il fu a escole mis du frereJosyas et de la suerNera. Cil, qui bien fu endoctrinez, leur conta tout l’affaire ainsi comme li emperieresCassidorus avoit ouvré des le commencement jusques en la fin fin, meismes des .v. enfanz, comment il avoient esploitié jusques en la fin B .

§289 💬Pas de nouveau § BQuant il ot tout t. ce B dit, si s’esmerveillierent moult et dist la puceleNera a son son chier B frereJosyas :
« Or pouez vous savoir auquel vous estes miex tenuz : ou a Helcanus son droit a maintenir💬 ou a Helcanus son droit a maintenir: Comprendre "ou à [aider] Helcanus à faire valoir ses droits", par ellipse du verbe. Sur l’emploi de l’infinitif prépositionnel, cf. Ménard, §167. , ou a Pelyarmenus son tort, tout ait il vostre sereurYsodore.
– Ja, par Dieu, dist Josyas, a B Pelyarmenus ne ferai n’avra de moi B confort ne aide, ainz aiderai aideroie B a B mon bon ami Helcanus, se je de lui en sui estoie B requis.
– Ha ! frere, dist ele, il ne se fist pas prier de vous aidier envers le roy d’ArragonDyomarques quant il vous fist tele aide que vous B bien pouez le p. B savoir.
– Par Dieu, dist dit X2 il, je le sai bien bien le sai B X2 et ne B aussi ne ferai je, car j’en gaires ne le B ferai tout [f]mon pouoir de tout ce que je porrai B , que quoy X2 que il m’en doie avenir ce sachéz vous G . »

§290 💬Pas de nouveau § BQuant Clyodorus oÿ ce, si fu moult liez. Dont atirerent atira B Josyas et sa suerNera leur son B chemin et vindrent en v. B a leur pereTheodore au p. B . Quant li roys peres B Theodore les vit venir, si fu liez et les mist a raison de ceste chose. La puceleNera, qui moult fu plaine de joie ses volentez B , respondi premierement et dist :
« Pere, ' bouche ce cuer dit b. B ne parole que du cuer n’isse B '💬bouche ne parole que du cuer n’isse: L’expression sentencieuse n’est pas recensée par Morawski et Le Roux, mais d’autres proverbes associent la bouche et la parole (voir "De l’abondance du cuer la bouche parole", Voir Dit). Comprendre "la bouche ne parle pas sans que cela ne vienne du cœur". Sur que... ne consécutif au sens de ’sans que’, cf. Ménard, §250.
– Comment ! ce dist li peresTheodore ce fist li rois B G . Fille, que est ce a dire ?
– Pere, dist ele G , ce vous dirai je bien a briez paroles. Vous pouez bien savoir que mon cuer me disoit bien que le bon chevalier Helcanus estoit de haut grant B affaire a. escrez B , ce que bouche ne faisoit.
– Par Dieu D., fille B , dist dit|dist X2 il, verité dites. »
💬Nouveau § B Dont se merveillierent s’esjoïrent B moult des nouveles qu’il ont oÿes orent oÿ B ; et tant leur embeli que Josyas demanda quist B a son pereTheodore congié de faire a son compaignonHelcanus aide son compaignon aide B . Il li otroia en tele par B maniere que il traitast avant de la pais, se il pooit. Et il dist que ce porroit il bien faire et que il son pooir en feroit feroit il B volentiers. Dont fist aprester son affaire et mist .xm. haubers chevaliers B ensemble, qui moult furent lié de ceste emprise. Neira, qui cuer avoit tel que qui B bien fait a ramentevoir metre B en compte, en B s’en G vint a son frereJosyas et li dist :
« Frere, douz amis, vous en yrez en Grece, si comme il m’est moi est B aviz. Bien veul que vous sachiez que sanz moi n’irez n’en yrez B vous mie.
– Suer, ce dist li freresJosyas il G , comment porroit ce estre avenir que tu diz B ? »
Ele le traist a une En non Dieu, dist ele, si fait.» Dont le mist d’une B part et li B dist :
« Frere, nient plus ne serez vous encombrez de moi que vous seriez se [184]je estoie vostre frere. »
Dont entendi bien Josyas a quoi ele tendoit beoit B , si li dist :
« Ha ! suer, pour Dieu merci, comment voulez vous avillier moi et vous ? Vous n’avez pas tel chose aprise apris tel chose a faire B .
– Par Dieu, dist elle, en tele maniere sera il ne ja ne sera autrement. Et sachiez que G ja en la fin ne vous en repentirez. »

§291 Ainssi couvint la puceleNera vestir robe de chevalier et le fist si couvertement qu’il ne fu fust B nulz qui qui de riens B la congneust, se B se ce G ne fu fust B Josyas. Et quant il la vit, si en ot grant pitié, car il sot bien que amours l’ot l’avoit B a ce menee amenee B , comme que B vous pouez oïr. Si la mist a raison et li dist dit X2 :
« Frere, comment vous apelerai appareillerai V2 G je tant com que B vous serez soiez B en cest tel B X2 point ?
– En non Dieu D., frere B , dist ele, mon non ne sera ja autrement muez que la robe le fait.
– Comment, dist il, le mue la robe il B ?
– On m’apeloit, dist ele, devant Neira, et ore on m’apelera m’apelerez, dist ele B Nerus.
– Bien m’i acort », dist cil, qui amender ne le pooit Josias G . Ainssi apresterent leur atirerent leur B se mistrent a la G voie et se mistrent en pristrent B leur chemin G vers droit a aler en B Grece. Clyodorus c C. V2 , qui vit et sot le confort et l’aide B et a. G du royTheodore et de Josias, fu liez et joianz et prist congié au royTheodore et a son filzJosyas et dist que en Arragon le couvenoit il aler et que car B la l’enveoit ses siresHelcanus pour avoir secours de s. faire B lui. Et quant il avroit a. et quant il aroit s V2 fait son pooir, il passeroit avant savoir se il porroit oïr nouveles nule nouvele porroit oïr B il porroit oÿr nulle novelle X2 de l’empereorCassidorus. Sitost comme il ot dite la dit ceste B parole, si vint au royTheodore une pensee au cuer ›...‹[c]uer V2 et si li B dist que cels [b]d’Ypode l’avoient occis et gaitié pour la bataille que il ot faite fait B contre les traitres traïteurs B X2 que il ot l’ont B occis. Lors li vindrent les lermes aus iex et regarda Clyodorus, et Clyodorus lui. En cel regart dist li roisTheodore :
« Amis, il or B m’est venu une pensee tele que je bien com je B croi c. que X2 qui enquerroit la verité de vostre seigneurCassidorus il en orroit nouveles tot ainssi comme vous yrez en Arragon; et je meismes mon cors yrai en .i. lieu ou je tant t|tant V2 ferai que je en ferai maint dolent avant que je ne sache autre chose el B que je encore ore B G ne sai faiz B . Mais alez vous ent vostre en v. B chemin, et je meismes aussi B mouvrai dedenz .iii. jours tierc jour B . »
Atant s’est Clyodorus cil B de leenz lui B partiz et s’est mis a la X2 voie en tele maniere comme Fortune le set bien faire. Si ne fina l’un jour aprés l’autre d’errer G , en G querant partout de ce qui pres du cuer li estoit. Si B X2 avint en tele maniere ensement B comme Fortune l’avoit atiré que il par aventure G s’embati en la forest ou il avoit le porc occisForestMignot💬la forest ou... occis: C’est la première fois qu’est mentionnée cette forêt dans le roman, ainsi que la chasse au porc. Il s’agit sans doute d’un écho à la forêt de la chasse au sanglier que réussit Cassidorus avant sa rencontre avec Celidoine, présentée d’abord dans le Roman d’Helcanus comme la jeune fille au sanglier.. Il ala tant d’une part et d’autre qu’il que il par aventure B s’embati chiez .i. hermiteErmiteMignot qui moult estoit de grant aage. Et quant il fu la venus, si il G fu moult tart, et avoit .ii. jours chevauchié par la forestForestMignot et n’avoit trouvé nule ame a qui il peust demander son chemin, car que B il cuidoit en l’ermitage assez tost venir. Dont vint uns varlezValetMignot au postiz, qui li et B dist :
« Qui estes vous qui a tele ceste B X2 heure estes ci venus ?
– Amis, dist il, je sui .i. chevalier errant; si me [c]veil huimés X2 yci B yci .i. moi X2 reposer, se il plaist vous p. G a ceulz qui pooir en B ont ceenz. »
Cilz li ouvri tantost le postiz, et il y est est enz B entrez, puis mist pié a terre, et cil a pris prist B le cheval et le mena en l’estable a e. B . Et puis en vint revint B a Clyodorus et le mena en une chambre assez couvenable. 💬Nouveau § B Cilz, qui apris fu et bien apensez, li dist :
« Sire, bien soiez vous venus.
– Amis, dist il, granz merciz. Or me dites se il vous plaist que je demeure ceenz avecques vous.
– Sire, dist il, ce savrez vous par tans, mais ostez vos armes a. huimais B , car ceenz n’avez n’avrez B vous garde se bonne non.
– Amis, dist il, ce veul je bien croire, car je ne cuit mie que mauvese male B gent se meissent en tel lieu pour malfaire. »

§292 💬Pas de nouveau § BDont a ot B veu Clyodorus la chapele a l’ermiteErmiteMignot. Mais le sens qui en lui lui meismes B estoit le fist aussi comme .i. poi douter bouter B , et pensa que la chappele ne fu fust B faite que B pour les genz decevoir. Et pour la raison de ce B que cilz ne li volt respondre quant il li enquist qui ceenz laienz B X2 demouroit manoit B avecques lui, si dist moult tost t. aprés B ces paroles :
« Amis, j’ai fait .i. veu que ja je B autrement que vous me B veez ne me puis mais desarmer de mes armes desgarnir B devant desi adont B que j’aie je avrai B fait une chose que j’ai emprise.
– Sire, dist cil, a bien ce soit. »
Dont li demanda enquist B se il vouloit huimés riens mengier.
« Certes, amis a., dist il B , si feroie moult volentiers, car il a plus pres a B de .ii. jours que je ne menjai le fis B , et plus m’est de mon cheval que de moi.
– Sire, dist il, ne vous ne vostre cheval ne pouez puet B avoir ceenz se assez non. »
Dont s’est cilz aprestez et alume a alumé B .i. feu moult grant, [d]car pres estoit de la chandelier chandeleur B . Quant li varlezValetMignot ot ce fait, si mist une table moult preste de pain p. et de vin X2 et de poisson. Quant Clyodorus c C. V2 vit ce, si ne B voult lessier que il ne s’asseist a e (sic) G la table, et fu moult esbahiz et se fust car B moult volentiers desarmez se fust d. B se il ne se doutast, mais il s’apensa que miex valoit mesaise seüre que ne faisoit aise et avoir doutance a doubte G .

§293 En tele maniere se sist Clyodorus a la table, et cilz li ot aporté vin qui bons li B fu a son goust. Si en prist a sa volenté et en cel mengier ne volt il mie lessier qu’il ne demandast puis demanda G a B celui qui sires estoit de leenz. Dont li en l’en B conta cilz toute la verité. Et quant Clyodorus oÿ ce, si se douta mains, mais onques pour ce ne se voult de ses armes desgarnir desarmer G . Quant il ot mengié et beu, si dist a celui que il ostast la table de devant lui B , et il si fist. Et puis aprés|et aprés B li enquist se il porroit la nuit parler a son seigneurErmiteMignot; et cilz dist li d. B que nenil non B jusques a l’endemain. Donques se jut Clyodorus Dorus clio G touz armez B , toute la nuit G jusques a l’endemain ainsi con vous avez oÿ, tant que ce vint au matin B que il s’esveilla et vit bien que le bon vin que il avoit beu la nuit beu B li aida ot aidié B a passer la nuit. Si issi de la chambre et trouva le varletValetMignot, qui li dist :
« Sire, or porrez po›e‹[o]z B vous parler a mon seigneurErmiteMignot quant il vous plaira.
– Amis, dist il, grans mercis. Dites moi ou il est.
– Sire, dist il, en la chappele pouez vous a lui parler. »
Dont se mist Clyodorus Cleodorus X2 cele part et trouva l’ermiteErmiteMignot, qui viex estoit a merveilles. Quant il le vit, si se volt contre lui drecier, mais a grant tel B paine le pot faire li couvint faire, que il est contre lui mis ainz que il le fust B . Adont saluerent li uns li [e]autres; et li hermitesErmiteMignot li enquist dont qui B il estoit. Il ne li fu paine que tout en tele maniere comme il li estoit B ne li contast Et cil li conta la verité G . Quant li hermitesErmiteMignot l’ot bien entendu, si li vint en ymaginacion que celui que il queroit fu fust B X2 l’un de ceulz que Calcas avoit occis. Dont li dist li hermitesErmiteMignot parla li hermites et dist B :
«  Ceenz Sire, c. B gist .i. chevalier qu’il qui (qu’i?) B G 💬Sur la valeur polyvalente de que, cf. Note linguistique. a grant piece que il fu occis d’un chevalier, et ne sot sot l’en B onques qui il fu ne dont il estoit. Et je bien B croi que je vous envoierai en .i. lieu ou vous porrez bien savoir nouveles de ce que vous querez alez chaçant B , mais je me doute trop que vous n’i sachiez sachéz G assener, car grant voie a jusques la. Et quant vous l’avrez trouvé, si vous couvendra maintenant contenir maintenir B X2 moult sagement et faindre de ceste chose, jusques a tant que vous verrez chose qui vous plaise.
– Ha ! sire s., dist il B , pour Dieu D. merci B , dites moi qui m’i porroit mener me porroit mener au lieu que vous dites B et ne B qui est li chevaliers fu cil B qui ceenz gist mors. »
Dont li conta l’ermiteErmiteMignot en tele maniere comme vous avez il avoit B oÿ. Et sachiez qu’il ne s’en failli gaires que de gueres il ne failli B que il ne li ait la verité retraite en tele maniere comme la chose estoit alee avoit alé B 💬Allusion aux événements relatés dans le Roman d’Helcanus, §132-137..

§294 Quant Clyodorus l’entendi, si sot et B s’apensa que Diex l’avoit leenz amené et que B , se il pooit trouver le lieu que il disoit li d. B , que bien avroit esploitié. Si dist :
« Sire, pour Dieu, comment apele l’en le lieu ou ce avint que vous m’avez avez ci B conté ? »
Il li dist que ce estoit au Chastel Mignot, et avoit a non la dame du chastel Celidoine. Et quant il oÿ ce, si mist moult bien les nons le non B en remembrance. Lors prist congié a l’ermiteErmiteMignot lui B X2 [f]et le mercia moult des biens de ce B que il li avoit fais fait B . Li hermitesErmiteMignot le commanda au Saint Esperit et li dist dit X2 que de leenz ne se partist devant qu’il si B fust seroit B desgeunez, car moult avoit grant voie grant voie il avoit B a ffaire. Il dist dit X2 que ce feroit il volentiers. Quant il l’ot fait, si se mist a la voie ou cele part ou B il li avoit enseignié. Si Il B chevaucha tant parmi la forestForestMignot, une heure arriere et autre l’a. B avant, que le jour li failli, et li avint que de tout le jour il ne pot trouver homme ne fame ne B borde ne maison; et tant s’esforça que il par aventure oÿ oÿ d’aventure G une yaue qui moult grant bruit fesoit rendoit B , autressi ainsi B comme se B si G ele descendist descendoit B de une montaigne. Il ala tant qu’il vint a la riviere rive B et congnut que ce estoit cele que il avoit oÿe ele B . Et lors fu il B esbahiz, car il comme cil qui B ne sot quel part aller, ou contremont ou contreval. Lors s’arresta touz quois et commença a penser. Et en ce que il estoit fu B en ce tel B point, il escouta et B oÿ .i. moennel soner assez pres de lui, ce li sembla, mais la voiz venoit aussi comme com se ce fust B de l’autre part de l’yaue. Dont ne sot que faire, fors qu’il se mist a au X2 chevauchier contremont et ala tant qu’il vint au pié d’un du B mont qui moult estoit lais l lais V2 et horribles et roistes G roides et orribles B . Et quant il le vit, si esgarda de l’autre part de la riviere et si B vit que ce estoit une autele montaigne comme de l’autre part. Lors si B sot bien que nulz ne porroit avant passer pour la roche et pour la montaigne. Lors Il B fu si esbahiz que il esbahiz, si B ne sot que faire. Lors s’apensa s’a. il G que il laisseroit son cheval paistre [185]et que il B descendroit et que B il meismes dormiroit jusques au jour. Ainssi mist pié a terre et osta a son cheval le frain. Si se prist au a B paistre, et il il meismes B se coucha seur son escu et commença a penser mout fort. Et en ce penser oÿ aussi comme .i. huis clorre moult pres de lui, ce li sembla, et rendi .i. si grant son que la montaigne en retenti. De ceste chose ot il moult grant merveille. Lors se dreça en son seant estant B G 💬se dreça en son seant: L’accord de B et G n’indique pas nécessairement une leçon d’archétype. Il est en effet possible que G, au moins, soit intervenu sur un texte similaire à celui de V2+X2, qui est tout à fait plausible et ne nécessite pas de correction : le chevalier est couché sur son bouclier et effectue un mouvement pour se mettre en position assise et observer ce qui l’entoure. et vit que on li ot son cheval destorné. Lors prist son escu et son glaive et commença a querre q. d’une part et d’autre B moult longuement, et com B plus aloit et plus se tenoit pour fol mains se tenoit a sage B , tant qu’il revint au lieu ou il avoit geu. Lors fist une priere a Dieu que il le reconfortast confortast B par sa pitié.

§295 Dont se mist a costoier la montaigne d’une part. Il n’ot mie longues alé quant il vit issir dejouste lui aussi comme .i. rai de lumiere, et esgarda que il issoit de la montaigne V2 G X2 , si vint au lieu ou que B la clarté li demoustra moustra B X2 . Adont fu esbahiz et cuida que on eust leenz son cheval trait par aucun malfaiteur qui leens se fust mis, si ne sot que faire. Volenté et hardement li distrent que pour paour de d’omme ne de B mort ne devoit, ou on G point ou il estoit, refuser ceste aventure. Dont mist la main ma|in a la main V2 main a la main G a la clarté et trouva que ce estoit .i. huis aussi comme touz couvers de chamox au dessus des ais qui dessouz estoient, et est estoit B X2 aussi comme se il fust clos et que ce B fussent pierres qui dessus de B la montaigne fussent. Il le sacha a lui et vit une longue alee qui dedenz en B la montaigne estoit. Si s’en B est avant alez, l’espee en une la B main et l’escu en l’au[b]tre, tant qu’il vint a une moult grant clarté qui issoit d’une lanterne aussi comme G d’yvoire. Il passa avant et vit une trop bele gente B sale et vit aussi apertement par leenz G comme se il fust a plain midi, et ne sot dont cele grant g partiel g. V2 clarté venoit, se ce n’estoit ne fust B du soleil. Dont fu esbahiz, car il ne vit nului par leenz l. autre chose (sic) B , fors que il vit a une cheminee .i. B grant feu, et par devant avoit apresté .i. siege et .i. tapis t. geté B par desus, comme se uns rois y deust estre seoir B .

§296 💬Pas de nouveau § BQuant Clyodorus vit que nulz ne se moustroit de nul sens, si s’est aprouchiez de la cheminee et vint cele part. Et quant il fu la venuz, si s’apuia par B dessus l’arrestal le restuel B de son glaive et fu en tele maniere grant piece, en esgardant le feu, et vit que de riens il n’amenuisoit. Et ce pot il en lui meismes prouver trouver B , car tant fu s’estut B devant la cheminee que les jambes li doloient commencierent a doloir B . Et quant il vit ce, si se tint a fol, quant il veoit son repos devant lui, que il et si B ne s’aseoit s’aeisoit (sic) B . Dont mist jus son escu et son glaive et s’asist el siege qui estoit devant lui.

§297 Quant il fu en tele maniere assis, il si B regarda en la cheminee et vit que cilz hostiex estoit fais aussi comme par part G art d’anemi, quar il vit que li feus qui en la cheminee estoit ardoit B estoit tiex que il G de riens n’amenuisoit. Dont li prist talent de dormir. Si ne demoura gueires que il fu endormiz. Et ainssi comme il dormoit la isoit B , atant B [c] estes es G vous une damoisele moult gente, qui estoit est B issue d’une chambre et trouva Clyodorus gisant, ainssi comme vous avez oÿ. Quant ele le vit, si retorna dont ele estoit issue. Et ne demora gaires pas longues B que .i. chevalierChevalierMignot, aussi comme d’aage, vint la ou Clyodorus gisoit et le trouva dormant. Il s’assist sist B delez lui, comme par grant signe d’amour. Il vit que Clyodorus dormoit moult esforcieement fort G , si pensa que moult malferoit se il l’esveilloit, car bien pensa que il estoit fu B travailliez et penez. Si se jut ainssi aussi B delez lui et commença a penser comment ne par quele aventure il pooit cil pot B la estre venuz.

§298 💬Pas de nouveau § BAinssi comme il pensoit a ceste chose, estes vous que uns varlez vint a cel point cop B leenz, aussi comme Clyodorus avoit estoit B fait. Quant li chevaliersChevalierMignot le vit, si s’esmerveilla moult et dist :
« Comment puet ce estre que tu soies ja repairiez ?
– Sire, dist il, ainssi est, quar que B j’ai faite fait B la besoigne que vous me charjastes. »
En ces paroles s’esveilla Clyodorus et vit le chevalierChevalierMignot delez lui. Si fu moult esbahiz et le salua moult hautement humblement B , et celui li rendi son salu s. aussi B et et aprés B li enquist de son estre :
« Ha ! sire, pour Dieu merci, dist il B , dites moi ou je sui, car car bien sachiez que B je me doi moult esmerveillier ou je sui et B de ce que j’ai trouvé.
– Amis, dist il, tout aussi me puis je esmerveillier qui ceenz vous amena.
– Sire, dist il, ce vous dirai je a briez paroles, mais, pour Dieu, dites moi qui vous estes et ne B ou je [d]sui.
– Amis, dist li chevaliersChevalierMignot, n’aiez pas paour, car vous estes assenez en assez souffisant lieu.
Sui G , sire ? dist il.
– Certes, oÿl, mais que vous preudons soiez.
– Sire, dist il, Diex y parface les desfautes ce que y faut, Dieus le parface B ! »
Adont li conta tout son estre et que il queroit.

§299 Quant li chevaliersChevalierMignot l’entendi, si se mervella moult de ceste aventure et ne pot en nule maniere B croire c. en lui meismes B que aucuns homs ne l’eust la assené pour enquerre ce que il demandoit. Si dist :
« Comment porroit avenir ce que vous me dites, quant il y B G a ja .x. anz ou et B plus que l’en n’oÿ derrainement oÿ B parler de celui que vous me dites B Cassidorus, dont vous m’avez ci compté?
– Sire, pour Dieu, dist il B , dites moi se vous me savez savriez B dire chose qui me puisse peust B resleeschier esjoïr G de ce que je demande B .
– Amis, dist il, je cuit que si feroie. Mais ostez vos armeures, car ainssi comme vous estes ne vous diroie je B chose dont vous fussiez avanciez qu’en autre point ne vous couviengne estre.
– Sire, dist il, je puisque ainsi est, je B X2 ferai vostre volenté. »
Adont sailli em piez et pria que on li aidast a desarmer B X2 . Li chevaliersChevalierMignot li dist dit X2 :
« Sire, sachiez que moult volentiers volen|lentiers X2 le ferai. »
Dont s’apresta de lui aidier. Quant il fu desarmés, si dist commanda B a .i. au B varlet que il li aportast une de ses robes, et il si fist. Et quant il l’ot vestue, si si li B sembla bien que pour lui eust esté tailliee. Dont le prist par la main et si B le fist l’a fait B rasseoir et li dist :
« Sire, je moult B croi bien que Diex vous a ci amené, et vous dirai comment. »

§300 💬Pas de nouveau § B
« [e]Veritez est que celui que vous alez querantCassidorus est en cest hostel. Si vous dirai que comment et que B vous ferez. Je vous metrai menrai B X2 la ou il est, mais ce que il B sera en tel maniere que vous ne parlerez a lui devant desi adont B que je le vous dirai, et il en sera poins et quant il ert ainsi que poins en sera B G je vous en ferai sage.
– Ha ! sire, dist il, pour Dieu merci, faites et commandez vostre volenté, et je le ferai du tout a vostre commant. »
Dont l’a l’a cil B pris par la main et li dist :
« Alons la B ou je vous veul mener. »
Lors sont levé se leverent B et G sont entrez en une moult bele riche B chambre et puis en la tierce💬Le passage à cette tierce chambre est logique : la première est celle de la rencontre, la deuxième celle où ils entrent avant la dernière, la troisième.. Et lors vint li chevaliers a une fenestre et l’ouvri et puis apela Clyodorus et li dist :
« Venez avant et regardez leenz se vous de riens neent B recongnoissiez connoistriez B celui que vous querez que|rez q. V2 alés querant G . »

§301 Maintenant esgarda Clyodorus et vit en une chambre .ii. chevaliers seoir, qui moult estoient de grant gent B atour. Enmi eulz B se seoit .i. naim💬Notons l’influence de l’univers arthurien que convoque ce passage, depuis l’entrée dans ce lieu mystérieux jusqu’à la présence du nain. qui tenoit et avoit B .i. livre devant lui et le B lisoit si haut que bien le pooient pooit on X2 entendre, et entendi bien Clyodorus pooit Clyodorus entendre ce B que il disoit. Et en celui escout choisi que li .i. des .ii. chevaliers ch. que il veoit B estoit li emperieres de CostentinnobleCassidorus. Quant il vit ce, si ot si grant joie a son cuer que par .i. a B poi que il ne sailli maintenant B par la fenestre en la chambre. Il se torna retorna B par devers le chevaliersChevalierMignot et li mist les ses .ii. B braz au col et li G dist :
« Ha ! tres gentilz homs, ja ai je veu celui qui tant est desirrez ! »
Adont li dist d|dist V2 li chevaliersChevalierMignot :
« Souffrez vous ! Alons nous B ent dont nous venismes. »

§302 💬Pas de nouveau § BLors en vindrent a la cheminee arriere et se sont [f]assis derechief. Clyodorus ne volt pas sa besoigne metre en respit oubli B , car il pria moult devotement le chevalierChevalierMignot et li dist B G que pour Dieu il le conseillast. Et cil li dist que si ce B feroit il volentiers et estoit moult liez quant il li avoit tel mestier. Dont li enquist son non, et il dist qu’il avoit non Clyodorus que Clyodorus avoit non B et que B pour Dieu il li redeist le sien, mais que il ne li anuiast.
« Sire, dist il, bien le sarez a tans. Mais Et B je vous dirai que vous ferez. Ja vendra ci ma damoiseleCelidoine, qui vostre seigneurCassidorus a tenu G grant ceenz g. B piece em prison B . Et sitost comme vous savrez que ele ceenz enterra e. en cest hostel B 💬Métathèse ; lire entrera, cf. Note linguistique., vostre fin est venue se vous ne faites ce que je vous dirai.
– Quel chose est ce ? dist il. »

« Par foi, ce dist li chevaliersChevalierMignot, il couvient que je vous mete ci desouz B en .i. crués qui y ci desouz B est, et la serez vous tant desi adont B que ma damoiseleCelidoine sera repairiee, car tout le monde ne vous garantiroit garroit B , s’ele savoit que vous ceenz eussiez tant comme ele seust que vous ne autres eust ceenz B esté.
– Sire, pour Dieu D. merci B , dist il, faites de moi vostre volenté, car en la besoigne mon seigneurCassidorus veul je mourir quant je plus vivre ne porrai.
– Ja, par Dieu certes B , dist li chevaliersChevalierMignot, garde n’i avrez sanz moi.
– Sire, granz merciz, dist il X2 , mais, pour Dieu, dites moi quiex hostiex ce est ceenz ne pourquoi mes siresCassidorus y est.
Amis, dist il, ce vous dirai je a briez paroles Volentiers le vous dirai», dist il G . »

§303
«  Grant Jadis, g. B Qrant (mauvaise exécution de l’initiale) G temps a passé que en ceste forestForestMignot pres de ci avoit .i. hermiteErmite du soudant demorant. Si B X2 avint que .i. soudantSoudant, qui au jour de lors estoit en cest paÿs demourant, ne voult pas sa besoingne metre en respit. Si ceste terre B en oÿ parler, et li fu dit [186]que en tout le monde n’avoit son pareil, tant estoit si e. il B preudons. Il vint a lui et le trouva tel comme dit li estoit. Dont le fist prendre et li dist que il le feroit destruire se il n’estoit tel comme l’en disoit et qu’il se fesoit se il n’estoit tel comme il se faisoit, que il le feroit destruire B . Cil se tut et il B avint que cil fist prendre .vi. damoiseles, qui toutes estoient de grant B biauté plaines, et avec ce eles estoient estoient toutes G puceles. Il leur dist a toutes ensemble, se il pooit savoir qu’eles feissent tant qu’eles peussent cel preudommeErmite du soudant metre meissent cel preudonme B a pechié de luxure, il leur donroit tant du sien que jamais povres ne n’en B seroient. Et eles distrent que leur pooir en feroient. Lors les fist metre en une chambre toutes .vi. et le preudommeErmite du soudant avecques eles. Lors Eles pristrent le preudonme et B le commencierent a atraire de ce que eles porent, et de parole de paroles B et de fait. Cilz apela son Sauveour et Li pria depria B moult doucement et B devotement qu’Il le tenist en ferme courage d’eschiver le pechié, non ne B mie pource que il eust paour por paour que il eust B de la mort corporel temporel B corporele G , ançois cremoit cele celui B qui touzjors puet durer sanz fin. Diex Cil B , Qui ne volt pas perdre son bon ami, li donna force B , pooir et vertu de contrester a la temptacion que celes ceuls B li vouloient faire et G faisoient. Et nonporquant l’en firent eles de teles que par nature n’eust il eu B pouoir de l’eschiver d’e. B se si (ou s’i ?) G n’eust esté le Saint Esperit. Et quant eles virent que a pechié eles B G ne le porroient metre, si orent entre eles moult grant despit et distrent : 'Comme nous sommes chetives quant q. nous B por .i. herite nous sommes mises en tel point !''Par Dieu, dist [b]l’une, veritez est. Or soit ainssi que nous li aions amené a ce faire B , de quoi nous serions sommes B nous avanciees nient plus que du laissier?'— Par Dieu, dist [b]l’une, veritez est. Or soit ainssi que nous li aions amené a ce faire B , de quoi nous serions sommes B nous avanciees nient plus que du laissier?'Certes, dist l’autre, je ne sai. Il ne nous couvient c. el B que dire que nous en avons fait nostre volenté.'— Certes, dist l’autre, je ne sai. Il ne nous couvient c. el B que dire que nous en avons fait nostre volenté.'Par foi, ce dist l’autre, c’est tout B G toute X2 verité.'— Par foi, ce dist l’autre, c’est tout B G toute X2 verité. »  »

§304
« Ainssi s’acorderent ensemble et huchierent ceulz qui ceste chose atendoient atendoient. Il vindrent (sic) B . Et quant il furent venu, eles distrent toutes ensemble que 'cilz qui se fesoit justesErmite du soudant avoit pechié en eles'. Dont fu cilz amenez devant le soudantSoudant l’amiral B et si G fu accusez, si comme vous avez oÿ. Cil qui estoit preudonsErmite du soudant ne se voult, ou poi ou nient, excuser. Ainz dist, quant on li demanda 'se ce estoit voirs' que que, se B ce li fust estoit B avenu, que B il avoit pechié en s’ame. Quant li soudansSoudant oÿ ce, si commence commença X2 a faire duel et B commanda a faire .i. feu, et on si fist assez tost fu fais B . Et quant li preudomErmite du soudant vit son jugement joise B , si ot paour, selonc la char💬selonc la char: Comprendre "de manière épidermique", la formule laisse entendre le caractère tout à fait impossible à maîtriser de la peur éprouvée par l’ermite., et douta la mort. Adont fu li anemis aprestez, qui li dist, aussi comme en B voiz d’angle : 'Moult es folz quant je t’avoie tenu en vertu por moi mon non B essaucier et tu ne t’escondiz pas si comme tu deusses deulz B . Je te commant que tu t’escondisses t’escondies B a ce que eles soient mises a l’esprueve e. B du fait.' »

§305 💬Pas de nouveau § B
« Quant li hermitesErmite du soudant oÿ ceste voiz, si cuida que ele venist de Dieu. Si dist oiant le soudantSoudant : 'Sire, pourquoi me voulez vous destruire sanz rayson ra›nd‹[ys]on V2 ? Ja ne pueent ces damoiseles porter tesmoing contre moi, fors seulement et pour eles B X2 [c]de bouche.' Dont entendi li soudansSoudant que cilz se vouloit desfendre escondire B si avant comme il porroit et lui escondire B . Et il si fist en tele maniere que celes furent trouvees en leur tort. Et avint que, en cel fu💬Lire feu, mais la présence de fu juste après est peut-être en cause. qui fu fais pour celui lui G jeter B , que celes y furent furent celes B jetees et en orent orent celes B leur soudees loier B . Il avint de ce que li soudanzSoudant tint celui en grant chierté, et le couvint demourer avec lui, vousist ou non. Sy y demoura grant temps Grant temps fu avec lui B , et tant y fu que li deables ot part en ses oevres, si comme je vous conterai. »

§306
«  Li soudansSoudant avoit une fille damoisele a f. B Fille du soudant si bele que en tout le paÿs n’avoit sa ppareille de biauté. Ele sot comment celes ne porent metre trere B le preudommeErmite du soudant a pechié de luxure. Et avint de ce que la puceleFille du soudant volt a lui parler p. de ce B et voult B savoir se il estoit tiex comme il se faisoit. Un jour le fist venir a lui et li dist : 'Comment, biau sire, pouez vous estre tiex comme je entens ?''Damoisele, dist il, quiex entendez vous que je sui ?'— Damoisele, dist il, quiex entendez vous que je sui ?'Je entens, dist ele, que vous tenez trop en despit dames et damoiseles.'— Je entens, dist ele, que vous tenez trop en despit dames et damoiseles. » Et cilz respondi r. et dist B : 'Damoisele, sauve soit vostre grace, non fais, ainz sui d’omme et de famme issus, et tant les aimme comme je doi, sauf le droit de mon Createur.' »

§307 💬Pas de nouveau §
«  Quant la damoiseleFille du soudant oÿ ce, si ne li souffist mie, ainz li dist, ainssi comme en grant conseil : 'Sachiez que, se je cuidoie ne c. B que vous me💬Datif éthique marquant l’intérêt, cf. Ménard, §126b, rem. ; Moignet, p. 130, 2A, rem. 2. fussiez f. autres que B de bonne nature, que je metroie mon cuer en vous, et seriez sires de moi, si ce B que vous porriez bien faire autant de vostre B preu comme vous faites ou point ou vous estes.' Et [d]quant cilz entendi la damoiseleFille du soudant, bien cuida que ele le li B G X2 deist a certes, et mua une tres grant coleur et fu touz esbahiz et ne soit💬Lire sot, cf. la leçon de BGX2. que respondre et fu aussi comme ainz se tut B touz mus. Quant cele Cele, quant ele B vit ce, si se hasta et dist : 'Comment, lerres desloiaus ! Serez vous Si seriez B tiex que vous me refuserez refuseriez B tant comme je vous veulle vosisse B ?''Damoisele, dist il, pour Dieu merci, bien avriez pouoir de moi detenir se vous vouliez, car je sui tous seulz, et vous avez autre autrui B en vostre aide.'— Damoisele, dist il, pour Dieu merci, bien avriez pouoir de moi detenir se vous vouliez, car je sui tous seulz, et vous avez autre autrui B en vostre aide. »  »

§308 💬Pas de nouveau § B
« Quant la damoiseleFille du soudant vit oÿ B ce, si fu moult devint B courouciee iree G et mua tres grant couleur, dont ele ne fu pas mains bele, et li Lors B et X2 dist : 'Ha ! desloiaus sodomites, moult m’avez ore bien paiee ! Je aie mal B dehez se je ne le vous rens !' Quant cil oÿ ce, si respondi selonc sa volenté : 'Damoisele, se vous eussiez entendue entendu B ma parole, ja ainssi ne m’eussiez n’eussiez B respondu.''Dont m’en me B dites, dist ele, la senefiance combien ele porte B .'— Dont m’en me B dites, dist ele, la senefiance combien ele porte B .'Damoisele, dist il, volentiers. 💬Nouveau § B Quant E Q. V2 je diz que j’estoie .i. G seulz hom, je diz verité. Et vous dirai comment : li hom qui seulz est, c’est a dire qui n’a aide ne confort d’autrui d’autre B que de lui meismes, sachiez que c’est💬 li hom qui... c’est: Rupture de construction, cf. Note linguistique. moult poi a une tele damoisele comme vous estes, qui seule n’estes mie si comme j’ai devant dit, car vous avez en vous pluseurs graces qui moult porroient contrester a .i. tel homme comme je sui, a ce que du tout en porriez faire vostre volenté, se ainssi estoit que il vous pleust. Et bien le vous diroie diroie raison B , se vous le B X2 vouliez et il vous plesoit que je le vous deisse.'— Damoisele, dist il, volentiers. 💬Nouveau § B Quant E Q. V2 je diz que j’estoie .i. G seulz hom, je diz verité. Et vous dirai comment : li hom qui seulz est, c’est a dire qui n’a aide ne confort d’autrui d’autre B que de lui meismes, sachiez que c’est💬 li hom qui... c’est: Rupture de construction, cf. Note linguistique. moult poi a une tele damoisele comme vous estes, qui seule n’estes mie si comme j’ai devant dit, car vous avez en vous pluseurs graces qui moult porroient contrester a .i. tel homme comme je sui, a ce que du tout en porriez faire vostre volenté, se ainssi estoit que il vous pleust. Et bien le vous diroie diroie raison B , se vous le B X2 vouliez et il vous plesoit que je le vous deisse. » Quant ele entendi ce celui B , si commença a souzrire et dist : 'Or m’avez vous paiee a ma volenté et bien sai que💬Comprendre que = ce que. vous vou[e]lez dire.' Dont dist li d. B ele qu’il se partist de la et, quant il a G li plairoit, ele li G manderoit sa volenté. »

§309 💬Pas de nouveau § B
« Quant li hermitesErmite du soudant s’en fu partiz, li deables, qui ot grant pooir et en l’un et en a l’un et a B en l’un et en G l’autre et qui moult grant paine y en grant paine se B mist, si comme cilz qui bien y B moustra sa force, mist la puceleFille du soudant a ce qu’ele couvoita le laz d’ermite et li chaitiz li G en autele maniere que l’un et l’autre se rendi s’en rendirent B a lui ›i‹[l]ui V2 du tout, en tele par B maniere qu’il leur establi establisist B .i. lieu tel par quoi il ne peussent estre aperceuz de nului et il peussent tant vivre souffisaument en autel aage comme il estoient a cel temps d’adonc B , deci a tant adont B X2 que uns hom B vendroit qui toutes fantosmes destruiroit et metroit a fin, et seroit li droiz mis avant par celui et metroit B felonnie entre piez. Dont fist li deables ceste cisterneCiterne💬Cette cisterne trouvera une réalisation plus positive, en contraste, dans la caverne dans laquelle vivra Cassidorus lors de sa retraite choisie, et non subie comme ici. ainssi comme vous la veez v., dist li chevaliers B , et est faite en par B tele maniere que tout autel y fait il B , de nuiz comme de par nuit comme par B jours, et ne puet estre apeticiee de B X2 chose qui y soit deci au jour que je vous ai dit. Et quant cil l’ot appareilliee aprestee B , ainssi comme vous oiez je vous ai dit B , si assembla ces .ii. .ii. ainsi B , en tele maniere que onques puis ne fu il ne fu puis B nulz qui seust riens s. B que il devindrent devind|drent V2 , autrement que bien sot li soudansSoudant que cil li ot sa filleFille du soudant emblee et B X2 ravie. Dont la fist partout cerchier et querre, sanz ce que nule nouvele en peust on savoir nule nouvele que il en peust avoir B , dont il est ainssi avenu que la fille fil|e V2 au soudantSoudantFille du soudant et celui sont encore ceenz ne ja il B ne faudront deci adont que je vous ai dit. Et ma damoiseleCelidoine a si a B tant fait par art, dont ele set plus [f]que fame qui vive v. aujourd’ui B , que ele a ceenz fait venir l’empereourCassidorus et son compaingnon l’empereour V2 l’e. B et son compaignon l’e. G et son compaignonDaphus G , pource que elle set bien qu’il sont quis par toutes terres. Et quant il seront touvez seroit trouvés B 💬Lire trouvez, dissimilation du -r- derrière la dentale, cf. Note linguistique. d’aucuns, ele set bien qu’ele ne les le B porroit tenser. Si l’a ceenz fet venir, si n’en istra jamais ne il jamais n’en istra B se n’est par homme souffisant et juste. Et je croi que vous itiex estes. Si ferez ce que je vous ensaignerai, mais que ma damoiseleCelidoine en soit partie. »

§310 Quant Clyodorus Clyodor›...‹[u]s V2 oÿ ce, si loa son Sauveour et dist :
« Diex, qui sus touz malignes esperiz avez pouoir puissance B et commandement, gardez moi B , m’ame et mon cors, par vostre pitié, et veulliez faire et veilliez, sire, par vostre pitié B que je pouoir et hardement aie a ce que je puisse mon seigneurCassidorus, que je tant desirre, geter hors de du B peril d’ame et d’ame G et de cors ! »
Quant il ot ce dit, si entendi le chevalierChevalierMignot que sa damoiseleCelidoine estoit a l’entree de la cisterneCiterne et Lors B si X2 dist a Clyodorus sa da|m C. X2 :
« Se vous voulez ceenz B riens faire, il vous couvient de ci partir.
– Sire, dist il, faites de moi vostre volenté ! »
Li chevaliersChevalierMignot le prist et le mist en une cage ou il ne vit goute. La damoiseleCelidoine vint si v. B a grant joie a la cisterneCiterne, a tout o li B grant plenté de puceles, et .ii. chevaliers la tenoient, li uns d’une part et li autres d’autre d d’a. V2 . Et ainssi s’en vint en la chambre ou li emperieresCassidorus et Daphus estoient, tout ainssi comme je vous ai compté. Quant il virent la damoiseleCelidoine, si sont sailliz en piez et commencierent a joie faire. Li emperie[187]resCassidorus, qui a ce estoit menez amenez B qui que B de riens qui onques li fust avenu ne li sovenoit fors que de s’amieCelidoine, qui en tele maniere l’avoit pris, et dist li comptes qu’il avoit de li que ja avoit de li B que de li avoit G .i. grant gent B damoisel a filz, qui avoit et cil ot B non Celidus aprés la mereCelidoine et avoit a. ja B .x. anz, si estoit fu B moult sages de son temps, si que li peresCassidorus l’amoit l’amoit si li peres B a merveilles et si que B bien cuidoit qu’il n’eust plus d’enfanz que de que G lui onques n’en eust eu plus B 💬 Li emperieres... lui: La phrase est averbale dans toute la tradition. Pour des cas similaires, cf. Note linguistique. . Daphus, de l’autre part, qui tout qui de l’autre part G en autele maniere aussi B estoit menez et atournez B de Dyane, ravoit .i. filz d’icele en avoit aussi .i. B , qui n’estoit mie mains souffisanz de biauté, et cilz si B G n’avoit n’ot B que .viii. anz et avoit si ot B non Dyanor. Li dui compaignon avoient tant de leur aniaus qu’il leur sembloit que tout fust leur. Et li deables, qui grant pooir a, si les tenoit en tele maniere que bien en cuidoit avoir les ames et les cors. Diex, qui grant pooir a d’autre part, ot pitié des .ii. preudeshommes, volt et v. B que il en tele maniere B fussent delivrez et B que li bons sergens et loiaus li l. B les peust delivrer du lien a l’anemi. Et il si si comme il B fist, si comme vous orrez conterai B avant que je plus gueres B atende.

§311 Celydoine Quant Clyodorus oÿ ce, si fu moult esbaïz. C. G et sa cousine c. Dyane B Dyane, qui estoient a leur volenté, furent tant comme eles voudrent avec les .ii. compaignons. Et quant il leur plut, si eles B pristrent congié autressi comme eles souloient faisoient souvent B . Et quant elles fesoient ce, li dui compaignon demenoient en menoient B trop grant duel et en estoient aussi dolenz comme se eles ne deussent jamais re[b]venir il jamais ne les deussent veoir B , et ce faisoient eles pour eulz engignier. Et quant eles venoient ainssi a eulz, eles y estoient Avint a cele fois que eles furent o euls B l’espasce d’un jour et d’une nuit, et a tele cele B heure qu’eles qu’ilz G vindrent la, a tele heure B a telle (sic) G s’en voudrent partir. Et quant eles s’en furent parties partir (sic)-Et quant elles s’en furent parties G , dont s’en B vint li chevaliersChevalierMignot a Clyodorus et le traist hors de la cage et li dist B :
«  Sire S., dist il B , or est il B temps et heure que je B vous die dirai B que vous ferez. Je vous menrai jusques au lieu ou li emperieresCassidorus est. Et il est la G verité que il Il est ainsi que li empererour B a .i. anel en ou G doit son d. B X2 , qui et cil B est de tele vertu que il li tolt son droit B sens naturel et l’a mené amené B a ce que ma damoiseleCelidoine en face a fait B fait[...] (la lettre finale semble être un -e qui n’a pas été exécuté entièrement) X2 toute sa volenté💬Notons le très probable intertexte arthurien à cet épisode d’enchantement par un anneau magique. L’anneau fonctionne souvent comme gage d’amour (c’est le cas de Lancelot et Guenièvre par exemple), ce qui peut être la première lecture de celui-ci, celle que peut en faire Cassidorus en en ignorant le pouvoir caché. Sa fonction magique qui semble ici rendre Cassidorus amnnésique de son existence en-dehors de la citerne dans laquelle le retient Celidoine peut faire écho à un autre anneau ensorcelant utilisé dans le Lancelot Graal. C’est celui que la fée Morgain passe à Lancelot pour l’endormir et l’emmener en une "charte" profonde. Comme pour Cassidorus, le sort est levé aussitôt que l’anneau est ôté du doigt de Lancelot qui sort ainsi de son sommeil magique ("Galehaut" dans Le Livre du Graal, t. 2, éd. Daniel Poirion et Philippe Walter, Paris, Gallimard, 2003, §310-312 puis encore §344-345).. Veritez est que, tout n’eust il l’anel de quoi dont B je vous compte, si l’a ele mené amené B a ce que il ne li souvient de autre que de li. Si vous dirai que vous ferez : je vous menrai au desi au B lieu ou il est, et irez vous yrez B a lui et li direz que ma damoiseleCelidoine vous envoie a lui pour B parler d’une besoigne; et il se levera maintenant et vous menra de autre d’une B part, comme cil qui jamais B ne voudroit d’autre chose d’el B oïr parler💬On retrouve ici, sous une forme très affaiblie, le ressort du Roman des Sept Sages qui repose sur le désir de l’empereur d’entendre à chaque fois une nouvelle histoire.. Et quant vous le tendrez en tel point, si savrez se je di vous di B verité. Et lors si le metrez le metez B a raison de ce que vous cuiderez que dont B miex li doie souvenir. »

§312 Quant Clyodorus oÿ ce, si dist B :
«  Certes, sire S., dist Clyodorus B , gent conseil a ci. »
Donc le mena l’enmena B jusques a l’uis de la chambre et li dist qu’il alast avant, et il si fist et salua l’empereourCassidorus et sa compaignie. Il li respondirent as[c]sez quassement, comme ceulz qui touz estoient furent aussi comme tous B estoient assés G esbahis. Dont s’agenoilla Clyodorus devant l’empereourCassidorus et li dist :
« Sire, ma damoiseleCelidoine m’envoie a vous pour une besoigne que je vous veul dire a conseil. »
Il fu moult liez, si et B est sus sailliz et le mena si l’enmena B a une d’une B part et dist :
« Que me mande m. moi B ma chiere amieCelidoine ?
– Ha ! sire, dist cilz, que estes vous devenuz ? Ne me congnoissiez vous mie ?
– Amis, dist il, je non. »
Dont se nomma Clyodorus, mais il fist tout en autele maniere comme que X2 se onques mais ne l’eust veu ne parlé a lui fu ainsi se il onques ne l’eust veu ne oÿ parler B .
« Amis, dist il amis (sic) B , que me veult ore B X2 ma damoiseleCelidoine ? »
Et dont li retraist remist B avant Melsius B son pere, et commença a parler de B Helcanus son filz. 💬L’utilisation des pronoms son (son pere et son filz) pourrait prêter à confusion: Melsius est bien le père de Clyodorus, tandis qu’Helcanus est le fils de Cassidorus. Mais il n’en faisoit nul autre B semblant, fors tant B que il dist :
« Veritez est, biaus amis, que il m’est aussi comme en vision avision B que d’aucuns que tu me diz que je en ai oÿ parler, mais je ne t’en sai a dire autre chose nule X2 autre chose n’en sai B . »

§313 💬Pas de nouveau § BQuant Clyodorus vit que autre chose il ne trairoit de l’empereourCassidorus n’en treroit B , si regarda et B vit .ii. aniaus en en l’une de B ses mains, en l’une .i. V2 X2 et en l’autre .i. autre et .i. autre en l’autre main B . Dont fu il fu G moult esbahiz, car il ne sot auquel metre sa la B main. Dont li aida si Diex qu’il s’aerst a celi qui estoit e. par lui B en la main senestre. Lors le cuida maintenant avoir, mais m. il B si fort forment B tenoit estoit B au doit que la char estoit entour creüe aussi conme c. B . Quant il vit ce, si ne le voult mie laissier, car il vit penssoit B bien qu’il n’i recouverroit mie a sa volenté. Lors y B mist les .ii. mains et le traist tint B trait G X2 si fort que [d]li emperieresCassidorus n’ot pooir de ravoir r. de ra|voir B sa main. Quant li emperieresCassidorus vit ce, si cuida que cilz le vousist engignier et qu’il li vousist B son anel tolir. Si hauça le pié poing B destre, qu’il ot gros et quarré, si en feri donna a B Clyodorus .i. cop si grant que a poi que il ne le fist pasmer. Et a celui cop estordi il sa main, si que li aniaus demoura el poing de Clyodorus. Dont l’eust li emperieresCassidorus referu quant Clyodorus s’escria cria B :
« Ha ! sire, ne ferez vostre bon ami Clyodorus ! »

§314 💬Pas de nouveau § BQuant li emperieresCassidorus il B oÿ parler de Clyodorus et il ot l’anel hors de son du B doit, si retint son cop et vit Clyodorus et le congnut maintenant et ot son sens s. naturel B a lui. 💬Nouveau § BEt lors fu si G esperduz qu’il ne sot qu’il li fu avenu et se rassist s’asist B arriere et fu aussi comme sus le pasmer 💬et fu aussi comme sus le pasmer: Comprendre "et fut presque sur le point de s’évanouir". La tournure décrit une situation inachevée, avec un aspect inchoatif ou imminent, signalant une action sur le point de se produire sans être encore accomplie. Pour l’imminence d’un événement, Moignet, pp. 191-192 renseigne les verbes devoir, les périphrases aler et voloir + inf. (rares) et surtout la périphrase estre prés de ("beaucoup plus courant"); le DMF, sv. estre, enregistre quant à lui la locution estre pour + inf. ’être sur le point de’. Cependant, nous n’avons pas identifié d’exemples de estre sus avec cette même nuance aspectuelle.. Et quant Daphus et les puceles virent ce, si saillirent sus en piez B , et cuida Daphus que Clyodorus eust malfait a l’empereourCassidorus. Maintenant se leva vint a lui B et l’eust feru, quant li emperieresCassidorus se leva et se mist entredeus et Dont B li dist :
« Sire, souffrez vous tant que je aie parlé a lui vous|lui X2 . »
Dont fist le f. B li emperieresCassidorus rasseoir Daphus B et prist Clyodorus par la main et l’en a mené l’amene (ou l’a mené) B le mena G d’une part.

§315 💬Pas de nouveau § BQuant il s’entretindrent, dont ne fust chevalier nul ch. B el monde qui B , tant eust grant vilain B cuer ne dur, qui grant pitié n’eust n’en peust avoir B comment Clyodorus conjoïssoit l’empereourCassidorus et li emperieresCassidorus lui, et tant qu’en la fin conta Clyodorus Clyodorus dist et conta B a l’empereourCassidorus tout de chief en chief comment il estoit avenu avenu estoit B de ses enfans et de sa terre meismes. Quant il ot ce tout B entendu, si [e]fist trop grant duel en dedenz B son cuer. Mais en la fin loa il B X2 Dieu de ce qu’il li avoit a. ce B consenti a avoir. Dont vint a son compaignon Daphus, dont que B il savoit bien que il estoit en autel point comme il avoit esté, et lors prist l’anel qu’il avoit en son doit et le mist hors. Quant Daphus se vit ainssi B desnué de ce qui l’empiroit, si fu moult espoentez et dist :
« Ha ! sire, ou ai je esté ?
– Amis, dist li emperieresCassidorus, mais demandez moi ou nous sommes. »
💬Nouveau § B Dont li conta li emperieresCassidorus en tele maniere comme il avoient esté pris leur avoit esté B par les aniaus, et Clyodorus leur compta tout B l’afaire de ses enfans, comment il avoient esploitié puis que il se se furent B parti du roy d’EspaigneTheodore. Et quant il orent ce oÿ, si virent bien qu’il avoient orent B esté engignié par leur damoiseles. Dont prist chascuns garde en lui meismes comment il leur estoit. Si leur sembla, si comme veritez fu est B , que forment amoient leur dames et couvoitoient aussi comme bon amant font leur bonnes G amies et que autressi fesoient eles eulz il encore les couvoitoient autant con fins amis fait sa bonne amie B . Mais tout ce ne les pot tenir que il n’eussent volenté de partir d’eles, et vous dirai que il firent a cele foiz.

§316 💬Pas de nouveau § BMaintenant que il furent a leur volenté, s’en vindrent au chevalier en qui💬Comprendre qui = cui. garde il estoient et avoient esté grant pieceChevalierMignot, si l’ont mercié de ce qu’il avoit ainssi esploitié qu’il estoient delivré par de par G lui et par de par G Clyodorus.
« Biaus seigneurs, dist il, or sachiez que je moult B sui de vostre delivrance moult liez et dolenz de ce que [f] ainssi avez vous avés ainsi G esté mené. Et sachiez que je sai vraiement que B , se le chevalier qui vous a mis hors de prison ne fust preudom, touz y fussiez demorez tant comme a B ma damoiseleCelidoine eust pleu volu B . Mais puisqu’il est ainssi que vous estes delivrez, je vous pri que vous B aiez merci de moi ou autrement il n’est riens riens est B il riens (sic) G de moi, jusques a tant que vous m’arez delivré.
– Sachiez, distrent il, que sanz nous n’arez vous garde. Mais faites nous avoir chevaus et armeures, si nous metrons metons B au chemin, car encore doutons douterions B nous que B , se nous estions aperceuz, que nous ne fussons detenuz.
– Comment, sire! ce dist Daphus. Vous voulez vous partir de cest paÿs sanz parler a Celidoine ne sanz prendre congié a li prendre congié a Celidoine B ?
– Oïl, dist li emperieresCassidorus, car je cuit ne c. pas B que, se ele savoit le s. B que nous eussons pouoir de nous B departir de li et ne B de sa cousineDyane, que ele ne le le G soufferroit mie B .
– Par mon chief, dist il, ja n’en partirons sanz congié, et si ne trouverrons homme ne fame qui qui a force B nous detiengne quant nous nous en voudrons partir aler B .
– Je m’i acort bien, dist li emperieresCassidorus, mes que il vous plaise.
– Oïl », dist il. Dont leur B dist li chevaliersChevalierMignot qui en garde les avoit euz en qui garde ilz estoient G qu’il n’avoient garde, mais qu’il se gardassent des aniaus. Il distrent que jamais ne d’eulz ne d’autres il ni (sic) autre B ne euls ne autres X2 n’en seroient deceuz. Lors les prist li emperieresCassidorus et les froissa devant eulz et dist :
«  Par ceulz ici ne Or n’en B serons nous jamais deceuz !
– Sire, dist li chevaliersChevalierMignot, bien avez fait. Sachiez Mais je veul bien que vous s. B que je n’ai ceenz ne B cheval ne armeu[188]re dont je vous peusse puisse B G aidier a vostre volenté.
– Par mon chief, dist li emperieresCassidorus, si nous en yrons tout B a pié jusques au Chastel Mignot. »
Dont dist Clyodorus qu’il avoit son cheval lessié pres de l’entree de la cisterneCiterne,
« mais tel joie avoie avoit G eue eu B quant puisque B je oÿ il ot oÿ B je oi oÿ X2 nouveles de vous d’euls B que onques puis de mon son B cheval ne me li B souvint.
– Bien sai, ce dist li chevaliersChevalierMignot, ou il est, car, sitost comme vous fustes ceenz venuz et je oi parlé a vous et je soi que vous queriez, vint mon varlet serjant B du Chastel Mignot, qui qui me dist que il B l’avoit trouvé en cele forestForestMignot, et je pensai bien que ce estoit li vostres. Si li commandai a traire ceenz. »

§317 💬Pas de nouveau § B Quant Clyodorus oÿ ces nouveles, si fu moult joianz et Dont fu joianz Clyodorus quant il oÿ ceste nouvele, si B dist a l’empereourCassidorus :
« Sire, li chevaus est bien souffisanz, si le prenez, se il vous plaist, jusques a tant que vous vendrez en lieu ou vous puissiez trouver avrez B chose qui qui miex B vous plaise.
Clyodorus, dist fait G li emperieresCassidorus, je ainz B vous dirai que vous ferez : vous en yrez vostre chemin, car je veul que tout mi bon ami soient essaié a ceste foiz a mon cest B besoing, et direz dites B au roy d’ArragonDyomarques que il face aide secours B a son bon neveu Helcanus, si comme il meismes li mande, car bien sachiez que je serai en Grece le au B plus prochainement que je porrai et ne me ferai mie cougnoistre deci a tant adont B que je sarai qui me sera amis a cest amis ert a mon filz a son B besoing.
– Sire, dist il, je ferai vostre volenté, car pour el ne sui je ci envoiez fors que je puisse faire vostre volenté et B chose qui vous plaise et a bele nous soit et le B vostre filzHelcanus.
– Par Dieu, dist li emperieresCassidorus, preu y avrez se je vif puis vivre B lon[b]guement. »

§318 Dont li desfendi que pour riens r. qui fust B il ne deist parlast B que il l’eust trouvé jusques a tant que il meismes se feroit congnoistre. Dont dist Clyodorus que non feroit il Sire, dist il, a bien ce soit B . Dont s’est a cele heure G aprestés et s’est fu B garniz de ses armes et se mist hors de leenz a cele heure G . Et quant il fu en fu B issus, si fu moult matin, et li fu son cheval apresté, et prist congié a l’empereourCassidorus et a sa compaignie, et puis li moustrerent le chemin que il devoit tenir, et il les commanda si le commanderent B a Dieu et Il B ne fina de chevauchier tant que il aproucha le chastel a la puceleCelidoineMignot et sot bien que ce estoit celui que li hermitesErmiteMignot li avoit ot B enseignié. Si le prisa trop dedenz son cuer et dist que que il B onques mais si riche n’avoit veu. Il passa par devant la porte, mais onques dedenz ne se voult metre G , ainz s’en passa outre et ne fina onques B celui jor ne l’endemain et ala tant par ses journees, l’un jour plus et B l’autre mains G , tant B que il s’embati en la terre au roy d’ArragonDyomarques. Et quant il fu el paÿs, si entendi et sot que il assembloit ses olz son ost, et estoit B ses ostz G 💬La forme est bien connue du DEAF, sv. ost. pour faire a Pelyarmenus secours et aide.

§319 Quant il oÿ ceste nouvele, si fu moult yriez. Il s’apensa que pour ce ne lesseroit il mie il mie ne lesseroit B la besoingne son seigneurCassidorus a por ce a B G faire. Dont G esgarda que il feroit B G , si B 💬Dont... si: La diffraction empêche de raisonner en termes de majorité stemmatique. En particulier, la substitution de Dont (sur lequel s’accordent BV2+X2) par si (sur lequel s’accordent G et V2) dans G implique que G et B ne s’accordent pas entièrement, et on ne peut déterminer si c’est V2 qui innove en ajoutant esgarda que il feroit ou si c’est G qui omet le segment. efforça enforça B son erre et ne fina si vint a .i. sien chastel la ou li roisDyomarques estoit, et le chastel avoit a non au temps de lors Gomer la ou li rois estoit, a .i. sien chastel qui au jour de donc au temps de lors X2 avoit non Goumer B X2 . Il se mist a hostel et puis ala trest a hostel en|en la vile et s’apresta de B parler au royDyomarques. Quant il fu devant lui lui venus B , si le salua l’a salué B moult devotement et li mist unes [c]lectres en la main, que Helcanus li enveoit. Quant il ot la lectre leue leu la letre B , si li enquist en quel point il avoit lessié Helcanus quant il se departi de lui s’estoit de lui partis B G , et Clyodorus li en dist la verité dist B . Et quant il le sot, si respondi tout apertement ce que G X2 : tout aussi Tout ausi apertement B comme il l’avoit li a. G aidié m’aida B envers le roy d’EspaigneTheodore quant il besoing en ot je mestier en oi B , tout ainssi li aideroit il ausi ferai je lui B en lieu et en temps.
« Sire, dist Clyodorus, je croi ce ne cuit je pas que B je c. que X2 , se vous l’en eussiez requis ou point que il fait vous, je ne cuit pas B 💬je croi... pas: La reformulation, par la négative, est commune à V2GX2. Elle pourrait traduire l’hésitation du locuteur et avoir été favorisée par la proposition incidente. Cf. aussi n. au §644. que il vous eust failli que il B ne vous eust aidié.
Ce Bien B puet estre, dist li roisDyomarques, mais je t’asseure que de moi ne de homme que je aie il n’avra confort secours B ne aide, ainz serai contre lui de quanque ce que B je porrai, jusques a tant que je avrai parlé a mon neveu Cassidorus. Je ne sai se il est en vie.
– Sire, dist il, je cuit que, se il fust en present, que tiex li aidast qui ore se paine de lui grever.
– Bien puet estre », dist li roisDyomarques. Dont ne B voult prendre Clyodorus congié a lui quant il li B dist que il demorroit tant desi adont B que il averoit oÿ nouveles teles n. B de l’empereourCassidorus, fussent laides ou beles qui beles li seroient ou laides B . Quant Clyodorus il B oÿ ce, si fu touz esbahiz et dist :
« Sire, poi avez de moi a faire, car je sui uns povres chevaliers.
– Bien sai, dist il, qui tu es. Tu as esté moult contraires a Moult as esté contre B Pelyarmenus mon neveu. Mais je croi cuit B que de ceste chose ne li seras jamais plus B contraires. »
Dont le fist prendre et le fist B metre en forte prison et horrible. Ci Si B G me couvient de lui laissier et revenir tairai de luy et revendrai G a l’empereourCassidorus, et veul dire en tele maniere et en tele guise ainsi B comme Clyodorus le laissa qui demoura G dedenz par devant B la cisterne.

[d]

[16] Comment li emperieresCassidorus se parti de la cisterneCiterne et s’en ala tout a pié pié li et sa compaignie X2 au Chastel Mignot Ch. M., si comme voz orrés G Ensi comme li empereres et Daphus furent delivré de la cisterne et vinrent a Chastel Mignot B .

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Enluminure sur 1 colonne et 12 UR. Cassidorus quitte la citerne et retourne à pied au château Mignot.

§320 Ci endroit dit X2 li comptes que, quant li emperieresCassidorus et Daphus ses compains D. B se furent partiz de la cisterneCiterne dont devant est dit, il se pristrent a aler tout a pié par la forestForestMignot, eulz et leur compaignons compaignie G o lui sa compaignie B , et errerent tant que il vindrent a heure de nonne au Chastel Mignot. Quant il vindrent a la porte, si les choisi li portiers et fu touz esbahiz. Il monterent amont avant G la ou il avoient autrefoiz esté. Il alerent a. tant que vindrent ens B es chambres ou Celidoine et Dyane estoient, o eles grant plenté de puceles et de chevaliers. Et quant eles virent l’empereourCassidorus et sa compaignie, si furent toutes esbahies. Meismes Celidoine et sa cousineDyane, quant eles il B les virent G , chaÿrent pasmees. Dont sailli chascuns a la seue, et les releverent moult amiablement.

§321 💬Pas de nouveau § BQuant eles furent levees de pasmoisons revenues B , si geterent grans criz et distrent :
«  Lasses L., chetives B ! Or avons nous tout perdu quanque ce que B nous avons [e]fait !
– Comment ! distrent il les B . Damoiseles, avez vous tout Qu’a. v. B perdu? Dites le nous.
– Ha ! biaus seigneurs, dist Celidoine, nous avons mis du tout nos cuers en vous. Or veons bien Et bien savons B que du tout vous avons perduz.
– Comment ! dist li emperieresCassidorus. Nous avez vous perduz pource que nous ne gardons la prison ou vous nous aviez mis ?💬Réflexion sur l’amour pouvant s’épanouir autrement que dans la possession, et qui rejoint l’intérêt du Cycle, qui met à plusieurs reprises en scène des débats sur l’amour (par exemple entre Marques et Laurine, Cassidorus et Helcana et sa mère, etc.).
– Ha ! sire, dist ele, pour Dieu merci, pource que je savoie bien que je vous perdroie avant que je ne G vousisse, vous avoie je mis la pour mon bien. Mais or voi je bien que je B en G sui deceue, et est ma force et mon pooir seu.
– Damoisele, dist il, Diex sachiez que D. B , Qui est touz B puissanz et vrais justisierres, m’a geté du lieu ou j’estoie aussi comme par miracle. Et sachiez que B , quant vous en sarez la verité, que vous en serez tot toute G a vostre toute en serez em B pais. »
Dont li conta que G Diex li avoit dist il, m’a G fait savoir, aussi comme par miracle G , que li empires de Costentinnoble estoit saisiz d’un desloial qui droit n’i avoitPelyarmenus.
« Ha ! sire, dist ele, ce tout ce B savoie je bien, mais dire ne le vous vouloie, car je savoie sai B bien que, de quele heure que vous departirez departez B departistzes G 💬La correction de G vise à amender departistes en departez. de moi, que jamais ne vous verrai. »

§322 💬Pas de nouveau § BQuant li emperieresCassidorus oÿ ce, si li atendria atendri B 💬Noter la variante de X2 : atendroia. Cf. Note Linguistique. li cuers et dist :
« Damoisele, que savez vous ?
– Sire, dist ele, bien le sai. »
Et Et dont B vindrent les lermes aus iex a l’empereourCassidorus, et dist :
« Damoisele, ce ne cuit je mie, ainz soiez en pais vous et vostre cousi[f]neDyane, car faire le couvient.
– Ha ! sire, dist ele, onques mais ainz B damoisele d. de mon lignage B ne fu si menee pour par G le cors d’un estrange chevalier comme je sui por vous.
– Avoi, damoisele ! Vous sui je donc estranges ?
– Certes, sire, voirement le me serez vous s. B d’ore en avant, quant du tout sui a vous donnee et vous me voulez lessier ! »
Et lors recommença son duel, tant tel B qu’il ne fust hom nus hons B , tant fust durs, qui pitié n’en deust avoir. Et quant eles orent leur duel demené si longuement comme eles voudrent, si les apaisierent li dui compaignon au miex que il porent.

§323 💬Pas de nouveau § BQue vous feroie je lonc compte diroie je G ? Tant Ainsi B ala leur affaires que bien virent les les .ii. B damoiseles qu’il se departiroient d’eles d’euls B et que retenir ne les porroient. Dont Eles B pristrent leur les B .ii. filz que eles avoient d’eulz et les entroduistrent a ce qu’il vindrent a leur peres. Et dist chascuns :
« Biaus peres, je vous pri de ma mere et de moi que, de quele heure que vous le porrez faire, que vous porrez B porréz, que vous X2 revenez a eles et a nous. »
Dont n’i ot nul qui ne l’eust en couvenant, et distrent que de ce estoient seroient B il tout prest priez B . Il atornerent atirerent B leur voie en tele maniere qu’il pristrent chevaliers .c. ch. B avec eulz, qui moult estoient furent B preudomme et loial, et de l’avoir enporterent orent B il a leur volenté talent B X2 vouloir G .

§324 💬Pas de nouveau § B Aprés ce que celes Celes, qui B se furent cessees du de B tres grant duel faire, dont grans anuiz seroit du raconter G , cil Dont B monterent m. tuit B es chevaus et pendirent leur escus B a leur [189]coulz et pristrent en leur poins leur les X2 fors G fors targes et pesanz et en lor poins les grosses B glaives, et en tele maniere se mistrent au en leur B chemin si sousfisaument que nule gent le ne le B pooient peussent B porent G miex faire. Il traverserent Espaigne et tout le paÿs et se mistrent en Gascoigne et puis entrerent B en Poitou et parmi Normendie. Aprés vindrent en Flandres, ou il avoit a celui temps a. B .i. gentil conte qui Robers avoit a B non. 💬Nouveau § BLi emperieresCassidorus, qui tele gent menoit comme je vous ai conté, s’embati en .i. chastel qui Cassel avoit a B non. Quant cil de cele la B vile orent choisi cele gent, si furent ausi comme tout troublé, car li quensRobert avoit a faire au duc de NormendieDuc de Normandie. Si cuidierent que il fussent venuz por euls seurprendre. Dont s’assamblerent tuit communement et firent clorre les portes de leur chastelCassel. Quant il sorent ce, si furent esbahi, comme cil qui nul mal ne leur voloient esbahi comme cil qui nul mal ne leur vouloient. Si clostrent leur portes V2 G X2 💬La leçon de V2GX2 dérive d’un saut du même au même sur furent. Le copiste du modèle se sera rendu compte de son erreur et aura ajouté la mention Si clostrent leur portes par conjecture (il suffit de lire la phrase suivante pour comprendre le contexte) afin de sauver le sens, mais l’enchaînement reste problématique: la surprise est bien due au fait que les habitants ferment les portes.. Et .i. chevalier vint a l’empereorCassidorus et li conta comme cil de la vile avoient leur portes closes et estoient e. ja B touz fervestuz et armez B G et ne savoient Il ne savoit B a quoi il beoient. Li emperieresCassidorus leur dist que B , puisqu’il estoient armez puisque ainsi estoit B , que aussi le fussent. Il avint de ce grant destourbier💬 Il avint de ce grant destourbier: Comprendre "Un grand trouble s’ensuivit", grant destourbier étant le complément du verbe avint, et ce complément prépositionnel de de. , car cil de la ville, qui fol fel X2 et outrageus estoient, s’embatirent entr’eulz autrement qu’il ne deussent pour savoir qui il estoient et que il queroient. Dont y ot l’un d’eulz qui fu B laidengiez avant que il le seussent peussent savoir B . Lors crierent cil du chastel :
« A la mort ! »
Et quant il orent💬Réduction de la diphtongue -oi- > -o-, cf. Note linguistique. ce, si se mistrent a desfense, comme cil qui doutoient leur vies; et avec tout ce estoient il en fors hostiex. La leur livrerent cil de la ville B si fort assaut que li emperieresCassidorus dist a lui meismes que onques mais n’avoient veu genz il mais gent n’avoit veu B qui plus s’abandonnassent a faire leur volenté s (sic) G comme que B ceulz faisoient. Et pour ce en y ot il B moult [b]d’occis et d’afolez, car il avoient trouvez les hostiex garniz de pierres qu’il leur gitoient par testes, par B et par G braz et par B piez. Et quant cil virent que poi y porent faire, si se traistrent mistrent B arriere et commanderent le feu a aporter. Quant il oïrent ce l’oïrent B , si furent a grant meschief. Meismes li emperieresCassidorus se mist avant et leur dist que, pour Dieu, il eussent merci d’eulz, car il ne leur vouloient se touz biens non.
« Par Dieu X2 , distrent il, touz vous B y morrez, ou vous vous rendrez a faire nostre volenté du tot du tout vous metrez a nostre volenté B !
– Biaus seigneurs, dist il, mais a la volenté du seigneur de la terreRobert !
– Ne vous vaut, distrent il. Il couvient que ce soit a la nostre En la nostre le vous couvient B . »
Quant li emperieresCassidorus oÿ ce, si fu a trop grant meschief et pensa que leur merci n’estoit pas p|pas V2 couvenable a eulz leur oeuls B . Si orent conseil c. entr’euls B que 'miex amoient a honneur mourir que a honte vivre'💬Voir Hassell, M 228: mieux vaut mourir à honneur que vivre à honte. ne que ja ne se rendroient, fors si leur mistrent avant que il les receussent B a la volenté du de leur B seigneurRobert. Et cil li B si X2 distrent que la B leur volenté seroit avant et a leur seigneurRobert aprés.

§325 Quant Lors q. B Daphus leur oÿ si orgueilleuses paroles ceste superbieté B dire, il si B leur cria en haut, comme homs plains de tres grans courrouz :
« Filz a putain! Vilain enragié encriemé B ! Or faites du piz que vous porrez, car touz serez detrenchiez avant que en vos mains nous metons ! »
Quant cil qui enragié estoient oïrent ce, si bouterent le feu es celiers pour eulz estaindre. Quant Daphus vit ce, si dist a l’empereourCassidorus il ce virent, Daphus vint a l’empereur et li dist B :
« Sire, la hors nous couvient issir.
– Certes, [c]dist il, veritez est oïl G , et je meismes istrai li premiers serai premiers qui istrai B .
– Ja par Dieu, dist Daphus, ceste honte ne me sera reprouchiee en lieu ou je soie! »
Dont sailli avant, tout aussi comme chevaliers le pot miex G faire estre aprestez B , sanz ce que que il B el cheval n’estoit pas💬 sanz ce que el cheval n’estoit pas: Comprendre "bien qu’il ne fût pas à cheval".. Adont fist .i. huis ouvrir, qui estoit de fer, et et furent les hamiees arriere traites. Il B issi hors sa targe sus son hyaume et B G l’espee en la main el poing B G . Mais avant que il fust hors le ferirent pluseurs, si que, se il n’eust esté ne fust B plus puissanz que .i. autre hom, il eust esté aterrez et G occis. Mais cil dont de qui B on doit bien tenir conte ne fu point esbahiz, ainz feroit feri B de si grant vertu entour lui que il n’en consuivoit nul que maintenant ne fust a mort livrez. Li emperieresCassidorus meismes ne fu mie li desreniers, ainz se mist aprés Daphus et li fist moult grant tost B aide, car, si comme l’ystoire dit, en petit d’eure firent .i. part si grant tel B entour eulz que bien le pot on veoir. Et car B il furent suiviz de leur compaignons en tele maniere que mal fust de nul de ceulz de la ville qui les osasent osast B atendre a cop se ne furent fussent B aucun qui leur rendirent estal, qui B estoient hardi et fier. Mais leur cops leur firent si leur fist B tel chose emprendre dont d. il B a touzjors furent aservi et mis a mort.

§326 💬Pas de nouveau § BQuant il virent qu’il feroient d’eulz aussi comme G a leur volenté, si commanda li emperieresCassidorus que il se retraisissent tant qu’il eust parlé a eulz traisissent arriere B , et il si firent f. tant que il eust a eulz parlé B . Dont leur dist :
« Biaus seigneurs, porrons nous a vous parler et avoir nule raison de vous parole avoir a vous ne raison nule B ? »
Adont se mist avant le prevostPrévôt de Cassel et qui B dist :
« Biaus sire, comment que [d]vous soiez hardiz du desfendre, ne puis je veoir savoir B que a merci ne vous couviengne venir, car trop est li paÿs fiers et orgueilleus. Si vous dirai que vous ferez. Rendez vous a la volenté du conteRobert, et il est si preudom p|preudom V2 preudons B que il vous fera volentiers raison.
Sire, dist li emperieresCassidorus, volentiers le ferons G , en tele par B maniere que vous nous bailliez lieu souffisant par quoi nous n’aions naions n’a. G garde de nos cors tant desi adont B que la verité soit sera B seüe de nous et de vous v. et de nous (sic) X2 .
– Par Dieu, dist il, je m’i acorde volentiers. »
Lors leur livra la forte tour du chastelCassel, et il se mistrent dedenz eulz et les leur leur dist (sic) G .

§327 Quant il se furent ainssi apaisié, li prevozPrévôt de Cassel meismes mesques (sic) G , qui auques savoit le tort de ceulz de la villeCassel, se mist a la voie et vint a Gant, ou li contesRobert estoit fu B , et li conta a conté B cest affaire, et dist que pas ne savoit pas ne savoit pas X2 quele gent ce estoient qui embatu s’estoient en Cassel. Et pour la doutance qu’il orent du duc de NormendieDuc de Normandie, il voudrent savoir qui il estoient.
« Et ala ala li afaire B en tele maniere que nostre leur B gent se mella a la leur. Et y avons de nos gens nostre en tel maniere que des nos avons B mors plus de .c..
– Et quans combien G des leur ? dist li cuensRobert.
Sire S., dist il B , sachiez que des leur je ne cuit qu’il y je cuit que des leur n’i B ait nul occis, mais des navrez en B y a il B d’aucuns, par aventure B ce croi je G . »

§328 💬Pas de nouveau § BQuant li contesRobert oÿ ce, si ot la plus grande greigneur B merveille que il eust onques B mais jour de sa vie, et Lors B dist :
«  Jamais ne vilains vous ne G me creez Ja mal me croirez B se vous n’estes mauvais tuit m. B , vilains et faus. Et je les tieng touz atouz B G pour preudommes. Or me dites : et quans combien G sont il?
– Sire, dist il, [e]il ne sont mie plus de sont bien G .vixx.💬C’est-à-dire 120 (six-vingts). Sur l’emploi du système vigésimal (à base vingt), cf. G. Ifrah, Histoire universelle des chiffres : l’intelligence des hommes racontée par les nombres et le calcul, Paris, Robert Laffont, 1994, t. I, p. 96-103, en particulier p. 100 : «L’emploi de formes analogues à notre quatre-vingts fut [...] assez fréquent en vieux français : pour 60, 120 et 140, on disait couramment trois-vingts, six-vingts, et sept-vingts»., que chevaliers que escuiers.
– Par foi, dist li cuensRobert il B , merveilles oi ! Et en quel point les avez vous lessiez ?
– Sire, dist il, je leur ai la tour du chastelCassel livree, deci a tant adont B que vous les avrez veuz.
– Et comment! dist li cuensRobert. Se sont il rendu dont r. B a mon esgart ?
– Sire, dist il, oïl.
– Par foy, dist li cuensRobert, et je moult volentiers leur rendrai en r. B leur raison. »
Dont prist commanda B li cuensRobert sa voie a aler a B Cassel. Et quant il vint fu descenduz et il fu B en la ville, si ne volt lessier atendre B que il ne venist la ou li emperieresCassidorus estoit, o lui .x. chevaliers sanz plus X2 , sanz autre d’autre B compaignie G . Si Quant cil sorent sa venue, si B s’apresta li emperieresCassidorus et Daphus de venir encontre lui B X2 . Et quant li quens emperieres V2 G X2 Robert les vit, si ne les volt mie saluer, ainz dist :
« Biaus seigneurs, quiex gens estes vous qui en tele maniere B estes entrez en ma terre et mes hommes avez occis ?
– Sire, dist li emperieresCassidorus, nous sommes de divers paÿs, et vous dirai qui nous sommes G , car mestier est que vous v. voirement V2 le sachiez s. et qui nous sommez G . »

§329 💬Pas de nouveau § B
« Veritez est que, en quel point que je soie, je sui li B emperieres de Costentinnoble, et cilz chevaliers qui ci est delez moi G si est freres Fremor du Chastel Maraga Marage B , et cil autre si sont tuit du tout B a nous. Ore est ainssi Et ainsi est B avenu que je me parti pieça de mon empire l’e. de Constantinoble G et m’en alai en Espaigne, ou j’ai depuis conversé. Si me sont nouveles venues m’a l’en dit B que ma terre est en mauvés point, si que je metroie remetroie B volentiers a droit point B les choses, se je pooie. Mais li borgois de cest cha[f]stelCassel nous si n. B ont assailliz et nous B eussent mis a mort se nous ne fussons gent qui nous fussons ne se fussent B desfendus, et si ne savons la raison pour quoi q. il ont ce fait B . Si vous prions, biau sire, comme au seigneur de la terre, que vous de ceste chose sachiez la verité, car nous du tout en sommes mis en vous. Si Et B en faites pour nous voz G ce que tant comme B vous voudriez que nous feissons pour vous, se il estoit ainssi ainsi estoit B que seur nous vous fussiez embatuz vous en autel point fussiez embatuz sus nous B . »

§330 Quant li cuensRobert ot entendu l’empereourCassidorus, si fu trop esbahiz, car de lui avoit il oÿ parler par pluseurs foiz, et estoit l’omme du el B monde que il couvoitoit plus a veoir. Si ne sot que faire, de lui embracier et faire de f. B feste. Dont s’apensa que il B bien recouverroit💬Métathèse, lire recouvreroit, cf. Note linguistique., mes que il B avant seust la verité de la discorde de lui d’euls B et de ses borjois. Si respondi en tele maniere :
« Sire, se vous estes celui il est ainsi que vous cil soiez B que vous dites et il est ainssi que vous ne soiés courpables du mesfait que mes bourgois dient, si puissiez vous estre aussi bienvenu tout aussi li biensvenuz et embatus B en ma terre comme tuit li homme ne que tuit B li prince que je aujourd’ui auijourd’ui V2 aujord’ui B congnoisse et de qui je ne B oïsse onques parler.
– Sire, dist il, mout granz merciz.
Or Et B sachiez, biau sire, dist li cuensRobert B , que dont le me ferez vous B estable ainçois que vous de moi vous departez je me departe de vous B .
– Certes, sire, dist il V2 X2 , vous dites verité.
Sachiez, dist li cuensRobert Et sachiez que B , se il est ainssi comme vous dites, et G B que vous soiez trouvez en vostre droit, il le comparront [190]chier l’ont comperé B et feront du tout a vostre commandement commant B avant que li plais departe demeure B . Et me dites premierement la verité de ceste discorde, et je vous en croirai en partie.
– Certes, dist li emperieresCassidorus, et je moult volentiers vous en dirai la verité et tout B le vous dirai G ce que je en sai. »

§331
« Veritez est que nous en cest X2 chastelCassel nous embatismes en tout en B tele maniere que nous avons sommes B fait em e›...‹[m] V2 en B pluseurs, depuis que nous nous B partismes d’Espaigne. Quant nous en ceste villeCassel fumes venuz et nous nous cuidames aaisier, si nous B vindrent nouveles que li bourgois de ceste villeCassel avoient fait les portes clorre et s’armoient par le chastel. Nous, qui ne mie ne B seusmes leur pensees, nous meismes en armes fumes aussi sus nostre garde B noz armasmes G . Dont s’embatirent aucuns aucun de ceuls B de ceste ville seur entre B nous, autrement qu’il ne durent deussent B , et se pristrent a nous, et commença le B hustin en tele maniere que il crierent c. sus nous B : 'A la mort !' Et nous ne nous vousimes mie faire occirre ne ne le souffrimes lessames B , ainçois nous meismes a desfense. Si en Et sai bien que des leur B y a eu ot B occis, je B ne sai quans combien G . Et dont distrent il que nous nous rendissons a leur volenté. Nous deismes que a leur volenté ne seroit il ce B ja, mais a la volenté de leur seigneurRobert vostre s. B . Il distrent que dont ne nous recevroient il mie. Et lors nous voudrent ardoir en nos hostiex. Et quant nous veismes ce, si issimes hors B X2 contre eulz, tant qu’en la fin nous il n. B X2 reçurent r. volentiers B a vostre volenté. Or Si B [b]faites de nous ce que vous savez que droiz est, car autrement n’est il avenu que fors si comme B je vous ai dit. Et s’il estoit nulz qui vousist dire qu’il alast autrement, je seroie celui qui estable le feroie feroit X2 contre touz hommes, se je n’avoie qui le vousist faire feist G pour moi. »

§332 Quant li cuensRobert oÿ l’empereourCassidorus, si le crut assez, car il le savoit creable, et ceulz du chastelCassel fel fox B et outrageus. Dont li dist G :
« Sire, bien croi vous c. de V2 X2 quanque vous avez en a. B dit que ce soit la G verité💬bien croi... verité: La phrase ne se construit pas dans V2+X2 en raison de la présence du pronom vous. Nous intervenons d’après BG, qui donnent une dislocation à gauche du sujet quanque vous (en) avez dit, repris par le pronom sujet ce. La force stemmatique n’est pas suffisante pour déterminer ce que contenait l’archétype : on ne peut exclure que B et G soient intervenus indépendamment ope ingenii et aient ajouté bien pour éviter une syntaxe tordue, qui contrevient à la loi de Tobler-Mussafia. Cf. aussi Note linguistique. »
Lors fist apeler le prevostPrévôt de Cassel et ceulz qui plus en firent a croire; et ala la chose en tel maniere que li bourgois en B furent trouvé en leur tort. Li cuensRobert, qui estoit droituriers et chevaliers esleuz, fist autant faire a l’empereourCassidorus de ceste chose que comme B il meismes eust voulu vosist B que on eust fait pour lui li eust fait B se il fust en son point. Aprés, li cuensRobert meismes li G fist si tres grant feste joie B honneur a l’empereur G que onques a nul jour li emperieresCassidorus n’avoit li empereres n’avoit au jour de dont onques B eu si grant honneur G d’omme. Et quant ce vint au departir, li cuensRobert li dist dit B que de .viim. armeures de fer Flamens B il li feroit aide pour de B son droit maintenir a m. B , et il meismes seroit ou premier chief, car moult estoit joians quant il li pooit avoir mestier. Quant li emperieresCassidorus oÿ ce, si fu moult liez, si si joianz B que il meismes B l’en voult aler au pié, et li cuensRobert se hasta et dist :
«  Sire, ce n’avendra ja, se Diex plest que ce n’avendroit ja en lieu ou il fust B . »
Dont li dist li emperieresCassidorus :
« Ha ! sire cuens, puisque la vostre franchise s’esmuet muet B a faire tel secours a moi moi faire tel secours B , je vous [c]dirai comment il sera. Je ne me veul mie faire connoistre en Grece quant je y vendrai, ainz veul vodrai B mes bons amis esprouver, meismes ceulz qui m’ont amé en ma vie, comment il💬 veul mes bons amis esprouver... comment il: Comprendre "je veux savoir comment mes bons amis...". La syntaxe, à la limite de la dislocation, emploie le verbe esprouver avec un complément d’objet (mes bons amis), repris par le pronom sujet il, et introduit une interrogation indirecte dont il est le sujet. Sur d’autres ruptures de construction, cf. Note linguistique. se prouveront s’esprouveroient B envers moi et B aprés ma mort de ceulz a maintenir leur droit aidier leur droit a detenir B aiduer a maintenir leur droit X2 qui mes propres hoirs doivent estre et sont. Si sera ainssi que cels que que (surmonté de cilz dans l’interligne?) G j’ai avec moi et je G je et cil que o moi ai ci amenez B serons seront B G du tout a a vous et a B vostre bataille, por B faire du tout a vostre commandement commant B .
– Certes, sire, dist li contesRobert, bien me doit ceste chose plaire, car or sai je bien sui je asseur B que par vostre prouesce p|prouesce V2 porrai je grant honneur los B acquerre. »
Ainssi fu li conseuls du tout B atournez, et fist li cuens de FlandresRobert cest avantage a l’empereourCassidorus. Dont manda partout ses a ses B bons amis et commanda a aucuns tant qu’il mist bien que bien mist B ensemble .viim., que chevaliers que sergens, qui touz B tout X2 estoient plains de tres grant prouesce, car, si comme je truis es anciennes en diverses B hystoires, a celui temps estoient Flamens les meilleurs mieudres B sergenz du monde💬Sur le lien entre l’histoire de Flandre et la portée politique du Cycle, voir Introduction littéraire.. Dont se mist li cuensRobert a la voie, o lui ses genz l’emperere et sa gent B G sa gent X2 . Si me veul ore d’eulz G taire, jusques a tant qu’il en que bien B sera mestiers de parler d’euls a ramentevoir B G , et veul retourner venir B a ceulz que je laissai devant le Chastel de Laomedon L. B .

[17] Comment Borleuz et li autre X2 baron furent a grant X2 meschief de ce que il ne sorent que💬Comprendre que = ce que. Helcanus estoit devenus, si comme vous avez devant oÿ G X2 Myrus vint a Borleus et li dist que il cuidoit que Karus, le duc ›l‹[d]e Scise (sic) eust traÿ Helcanus B .

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Enluminure sur 1 colonne et 12 UR. Conseil de Borleus et des barons.

§333 [d]Ci endroit dit li compte que, quant Borleuz et li autre baron qui devant Laomedon estoient virent le meschief qui avenu leur estoit, si furent moult dolent esbahi B de leur chevetaigne chief B Helcanus qu’il avoient ainssi B perdu par la traïson dont je vous ai devant devant ai B j’ai devant G parlé. Myrrus, qui le G plus s’en faisoit dolent, vint .i. jour au duc de LembourtBorleuz et dist :
« Sire, je sachiez que je mie B ne porroie croire que Helcanus ne fust pris et retenuz par traÿson que Karus B li dux de Nise ait porchaciee, car tout aussi ensement B pourchaça son perePollus que l’empereour B Cassidorus fu traÿs par lui de la bonne empereriz de GalyleeHelcana. Et sachiez que, se vous le me vouliez consentir, je le reteroie du fait et l’en rendroie courpable et le feroie estable B coulpable G . »

§334 💬Pas de nouveau § BQuant Borleuz oÿ ce, si dist li dist B dit X2 :
« Sire, pour Dieu merci, sachiez que je ne croirai ja que ce ait il fait, ainz en est plus yriez en partie que vous et moi je et vous B ne soions, si comme il apert bien et ce poez vous savoir B si comme il appert bien, et ce pouéz vous savoir X2 💬À moins de supposer que X2 transmet la leçon archétypale que B et V2G amputent respectivement d’un segment, X2 transmettrait ici une double leçon. Il n’est pas impossible que B et l’ancêtre de V2G aient l’un et l’autre considéré le passage comme répétitif, malgré le changement de point de vue entre la tournure impersonnelle et la P5, et soient intervenus indépendamment sur un texte redondant., car a ce que B a touz les assaus et a toutes les chevauchiees il est [e]li premiers et qui plus nous aide au a B X2 grant besoing💬Les leçons de BX2 et de V2G sont adiaphores: aider qn. au besoin ’aider qn. quand la situation l’exige’ et avoir besoin a qn. ’être de grant secours à qn.’ (DMF, sv. besoin).
– Certes, dist il, c’est veritez. Mes ainssi le me dit dist X2 m’en est B mon cuer, qui en G est a moult grant meschief.
– Sire, dist il, or vous souffrez, car li cuers me dist dit G que nous en vendrons du tout au dessus.
– Sire, ce dist Myrrus, voire. Mais trop estoit Helcanus plains de tres grant prouesce chevalerie B . Et ja mar en douterez, se Dorus ne vient encore B a greigneur plus grant B X2 perfection de prouesce que Helcanus a m’entente ne doie faire B , car il B n’a encore mie plus de pas B .xii. anz et si ne me fine de prier que je le face faire B chevalier, si que, par mon chief Par mon chief, dist Myrus B , il le couvendra haster quant car li B mestiers en est. Et avecques tout X2 ce, je ne vi onques si fort forni B X2 ne si puissant comme il est B de son temps.
Certes Sire B ce dist li duxBorleuz, c’est trop grant trop est B peril de donner a si joene enfant homme B l’ordre o. B de chevalerie, car, quant ce vient aus coups donner, il s’en esvertuent s’esvertuent B si aigrement que volentiers s’en desrompent, et va leur force a noient. »
Et en ce que il tenoient leur plait parole B de ceste chose, atant B vint .i. message a eulz, qui leur au duc, et li B dist :
« Seigneurs, soiez sus vostre garde, car Pelyarmenus a cueilli grant gent ost B et cuide bien le cest B siege lever de devant Laomedon.
– Comment, dist li dusBorleuz il B , le pués tu savoir ?
– Sire, dist il, je parti de lui n’a pas .iii. semaines.
– Et combien cuides tu qu’il ait mis de gent ensemble ?
– Sire, dist il, ce ne porroie je savoir. Mais je sai bien [f]que tant en amenra il en amenra tant B que bien vous cuide metre au dessouz.
– Ja Diex, ce distrent il, ne li leur B en doinst pouoir du faire! »

§335 Quant li dusBorleuz ot ce entendu, si mist touz les princes de sa partie ensemble, et sorent tout vraiement cest affaire. Dont s’appareillierent au miex qu’il de ce que il B porent et s’afichierent moult d’eulz desfendre. Dorus, qui cuer avoit grant de g. afaire B , oÿ dire et sot B ceste chose, si mist le ducBorleuz a raison, selonc son sens, de ce que il pot, si dist B :
« Sire, veritez est que vous m’avez ci fait venir pour la raison traïson V2 X2 💬La faute, indiscutable, a peut-être été facilitée par la présence de traÿz un peu plus loin. Dans ce contexte, on ne peut déterminer l’origine de la faute. de ce que Helcanus mon frere est pris et traÿz de celui c. meismes B qui me moi B cuida faire morir murtrir B Pelyarmenus. Dont je veul que vous sachiez que, se vous ne faites la moie ma B X2 requeste, je me ferai occirre et detrenchier avant que je a ceste assemblee ne fiere comme chevaliers. Et sachiez que B , se je le sui par vostre gré, que sachiez que B li autre n’en vaudront ja pis seront mie graument (sic) arriere B de leur hardement. »
Et quant li duxBorleuz l’entendi, si ot moult grant pitié de l’enfantDorus et li respondi si dist G :
« Biaus filz, je n’en feroie riens sanz Japhus vostre cousin et les autres, qui aussi bien ont empris l’afaire comme j’ai je meismes B .
– Sire, dist il, et je touz a une voiz fois G les em prierai. »
Dont fist mander chascun par non et leur fist ceste requeste. Et quant il entendirent Dorus, si orent moult grant pitié de lui, et poi en y ot a qui les lermes ne soient venues venissent B [191]aus iex, et regarderent esgarda B li uns l’autre. Dont parla li dux de NiseKarus et dist :
« Biaus seigneurs, pour Dieu D. merci B , je parlerai volentiers, mes que ce soit se c’est B le gré de chascun. »
Il respondirent tuit distrent tout a .i. mot B que bien s’i acordoient et que il en deist son aviz. Il Lors B les mist a conseil et dist :
« Moult aroie grant doute de cel enfantDorus, se il estoit chevalier, que trop ne s’abandonnast, par pour G quoi nous fussiens en f. B plus iriez que joiant.
– Sire, ce dist le duc de LembourcBorleuz, je ne douteroie autre chose. »
Et aussi distrent tuit li autre. Quant il orent touz dit leur diz avis B , Myrrus parla et dist :
« Biaus seigneurs, je sai tant de l’enfantDorus qu’il se fera avant honnir et occirre que toute B sa volenté ne soit acomplie. »
Dont le firent apeler et li distrent choses qui l’en deussent destourner, mais m. il B onques de sa volenté ne le porent oster destourner G que il ne le couvenist adouber, et fu G avec Leus (sic) B le filz au duc de LembourcBorleuzLeus chevalier ch. o lui et et o lui X2 maint autre bacheler chevalier X2 B X2 💬Possible saut du même au même non erroné de V2GX2 sur chevalier. Il faudrait alors supposer que B innove et substitue bacheler à chevalier, comme dans X2. pour la raison de Dorus, qui moult fu joianz de ceste chose. 💬Nouveau § BLors y ot grant joie et grant feste B , et en vint la nouvele a Pelyarmenus son frere que Dorus estoit fais chevaliers et que il B estoit devant Laomedon. Quant il entendi ce l’entendi B , si cuida que ce fust truffle, car il cuidoit qu’il fust pieça mors, si comme il est dit devant💬Sur les machinations de Dyalogus et Pelyarmenus pour faire tuer Dorus, cf. §1-17.. Lors dist :
« Me cuident bien cil traïteur tolir B ma terre, qui me B veulent faire entendant, et B a ceulz de cest empire, que Dorus vit vive B , qui est mors passé a .x. anz? Et ont .i. autre mis en son lieu et veulent dire que ce est il. »
Lors jura par [b]celui Seigneur Dieu B qui le fist l’avoit fait B naistre que il avant y morroit que touz ne les meist il ne les meist tous B au dessouz. Lors commença commanda B sa gent a haster et mist .xl. mille armeures de fer ensemble, si s’achemina vers Laomedon et Dont B manda a Clerus le jour que il devoit estre devant son chastelLaomedon et que B , quant il seroit assemblez aus Frisons et aus Alemans, que il issist hors B a tout ce de gent que il avoit, pour eulz miex B G envaïr hounir B .

§336 💬Pas de nouveau § BEn tele maniere s’entraprochierent s’approchierent G les .ii. os, et sorent bien l’une partie et l’autre que a grant bataille il ne pooient faillir. La partie Dorus se mistrent mist B ensemble et moult se conforterent de ce qu’il avoient a ffaire. Lors deviserent leur batailles, et volt avoir le duc de NiseKarus la premiere, Myrrus la seconde, Japhus la tierce et B Borleus la quarte; en cele seroit Dorus, car moult en estoit li duxBorleuz soigneus. Pelyarmenus ravoit d’autre part sa la seue B gent moult richement ordenee et ravoit .iiii. batailles, en chascune ch. de B .xm. hommes, et ot chascune son vrai souverain B seigneur, ne il n’avoient volenté que de morir, avant que il ne sormontassent leur seigneur et B leur anemis. Que vous yroie je aloingnant le conte diroie je G ? Tant chevauchierent chevaucha Peliarmenus B que il aprochierent aprocha B Laomedon de a B demie liue lu|iue V2 ; et sot l’autre partie leur venue. Il fu tart et chascune partie B sot G que a l’endemain il devoient avoir avroient B la bataille. Dont vint Borleuz a Dorus et li dist :
« Sire, demain au matin veul je [c]que vous soiez appareilliez des barons deprier amercier et aproier B prier X2 que il soient preudomme, ce que je cuit croi B que il soient, et que pour Dieu il aient pitié de vous a cest besoing, car je cuit croi B que demain, dedenz ceste heure, savrons nous la fin de nostre victoire.
– Sire, dist il, volentiers en ferai mon pooir. »
Dont fu l’ost guetiee cele nuit a .xm. haubers.

§337 💬Pas de nouveau § BQuant ce vint a la journee, si furent tout apresté prest B , et li grant seigneur G apresté et B X2 assemblé. Dorus, qui du ducBorleuz estoit endoctrinez, vint a lui et aus barons els B , et fu de ses armes garniz, comme chevalier dut le dut B estre. Les chevaliers le l’esgarderent, si le B virent de si grant biauté et de si plaisant gracieuse B contenance que il moult B X2 le prisierent communement. Et en ce se mist m. il B a genouz devant eulz et joinst joint B G ses mains moult devotement et dist, si que touz le porent bien oïr en hault G :
« Biaus seigneurs qui ci estes assemblez pour soustenir le droit contre le tort, et💬Il faut considérer que et joue ici le rôle d’adverbe de reprise après la proposition relative (cf. Ménard, §195), sans quoi la phrase est averbale. de vos propres volentez vous y estes adonnez sanz nule force que nulz de vous en eust onques autre que franchise et gentillesce qui B vous muet, que a ce que B le droit Helcanus mon frere, qui de vous est partiz autrement que bel ne vous soit, veulliez soustenir. Je vous en B pri, pour Celui qui premierement fist homme et enseigna le bien et le mal desfendi a faire B , que vous aujourd’ui me veulliez aidier le mien frereHelcanus a requerre en tele B maniere que celui qui sus nous vient, qui mon frere et le sienPelyarmenus son frere et le mien B deust estre, puissons metre a droit et a merci, en tele [...] V2 maniere que il se repente de l’emprise qu’il [d]a faite, car je meismes, que vous tenez a chief de ceste chose G , vous met du tout l’empire en vostre main, en tel cel (sic) V2 maniere par si B que, puis du tout, de B cest jour en avant, en puissiez faire vostre plaine volenté. »

§338 Quant li damoisiaus Dorus G Dorus ot ce dit, si s’estendi adenz devant eulz a la pure G terre; et li baron en lermes et en plors l’en leverent et distrent touz a une voiz que de ce estoient il touz priez. Or leur aidast Diex, en qui💬Comprendre qui = cui, cf. Note linguistique. garde il se metoient. A ce mot fu leur fu B dit a chascun qu’ B il se tournassent a leur B touz que chascun tornast a sa B bataille, et il si firent. Meismement Mesmez G li dux de NiseKarus, qui la premiere devoit avoir, vint a la seue ou B il ot .viim., que chevaliers que sergenz, touz couvers de fer armés G . Il les mist touz ensemble et G leur commanda a touz B a tous ensemble G qu’il fussent f. tuit B preudomme. Il respondirent moult apertement apresteement B X2 distrent tous G que il en eulz se pooit bien fier, et aussi distrent tout li autre. Adont commencierent a chevauchier, et s’apresterent de chevauchier, et commmencierent B trompes et buisines a sonner et cors a tentir retentir G , si que bien les pot oïr l’averse partie et touz ceulz qui la estoient, si que trop estoit fiere chose a d’els B oïr G . Dont chevauchierent les uns contre les autres, si B X2 qu’en assez que assés en G poi d’eure s’entrevirent. Li dux de NiseKarus, qui forment desirroit la bataille ne desirroit se la bataille non B , chevaucha tant, lui il B et sa gent, que il vit l’ost Pelyarmenus. Dont les commença moult m. fort B a aprochier. Et cilz qui d’autre part venoit estoit cuens de Vaspre et avoit ot B non Dubius. Cilz estoit tiex chevaliers que en tout l’empire on ne savoit son pareil.

§339 Quant cil s’entraprochierent et ce vint aus [e]cops donner, Karus se mist aussi comme a la fuite; et commença le soleil a sormonter et se le B mist en la veue de ceulz. Adont retornerent r. eulz B et se ferirent en eulz entr’euls B tant aigrement que on le pot bien veoir, car, si comme je truis lisant, puis je dire que B X2 en mal li fust avenu quant Myrrus le secorut souffisaument, qui moult estoit plains de grant chevalerie. Qui dont veist les uns sus les autres ferir, bien peust dire que poi prisoient li uns l’autre. En V2 G 💬V2G opèrent un saut en avant sur dire que: la section se retrouve presque à l’identique en fin de paragraphe, avec de menues variantes (emploi des modificateurs, usage des temps verbaux, etc.). moult poi d’eure fust fu B X2 li cuensDubyus desconfiz aussi comme touz d. B . Quant leur seconde bataille vit ce, si leur fu moult tost preste et se ferirent feri B X2 seur le ducKarus au duc B X2 tant aigrement comme il plus porent elle plus pot X2 moult aigrement B . Et quant li duxKarus il B vit ce, si ralia sa gent et se feri B en la presse, aussi B X2 comme fait li lous gerfaut B entre les oeilles. La se contint Karus a loi d’omme esforcieement enforcié B , car si bien efforcieement B s’i aidoit que poi en y avoit nulz y avoit de ceuls B qui ses cops ne redoutassent trop durement doutassent B X2 . Et sanz faille ce n’estoit pas de merveille, car moult se penoit de sormonter ses anemis. Nus ne doutoit [f]leur anemis ne mais tant vous puis je bien dire que mal li fust f. avenu X2 . Quant Myrus le secourut soufisaument comme homme qui mout estoit X2 plain de tres grant chevalerie, qui dont veist les uns sus les autres ferir, bien peust dire d. que X2 poi prisassent prisoient X2 leur anemis et ne X2 B X2 leur vies, car tant aigrement requeroient requeroit B X2 ne leurs vies, car tant aigrement r. G li uns l’autre que granz anuiz seroit du ramentevoir racompter G et mençonge sembleroit du dire, car trop estoient fort et hardi et viguereus, et de l’une partie et de l’une partie et G l’autre merveilleusement X2 ; et mout se penoient chascuns et esforçoient de du G tout leur pooir X2 de sormonter leur anemis a. a ffin pouvoir G B .

[18] Comment Mirrus abati Dubius de cop de lance B .

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Enluminure sur 2 colonnes (e-f) et 16 UR. Mirus abat Dubius d’un coup de lance.

💬Pas de rubrique ni d’enluminure ou d’initiale historiée B

§340 Ci endroit dit li comptes, qui ne se puet taire G , que Myrrus encontra Myrus, dont li contes ne se puet tere, choisi B Dubius en son venir et Dont mist l’escu en present, l’espee sachiee, et B vint a lui de tele vertu que, vousist ou non, l’abati du cheval a terre destrier B , et l’eust tot pourfendu se B X2 ne fust l’armeure, qui moult li ot grant mestier. Aprés celui cop en feri maint autre, dont il ne failli mie que maint n’en occeist il a maint ne tolist la vie B . Dubius, qui le pesant cop ot receu, se releva et se mist ou cheval [192]moult apertement. Et sachiez que lors fist il B plus de chevalerie qu’il n’avoit n’ot B en tout le jour fait, car du courrous que il ot en mist il B maint a mort, dont je ne sai mie les nons.

§341 💬Pas de nouveau § BAinssi enforça efforça X2 la bataille b. d’une part et d’autre B et commença li criz a jus et la criee B merveilles granz. Que vous iroie je atargant le compte diroie je G ? Tant y feri ferirent B Karus et Mirrus que l’autre partie couvint reuser. Dont sailli la tierce batailles avant, et ce B fu le duc d’AthainesDuc d’Athaines. Cil ot .xm. Griex en s’aide. Il furent fur[...] V2 engrés aus cops donner. En poi d’eure parut a ceulz deça, car et G tant ferirent et fraperent chaplerent B y ferirent G que Mirrus y B fu entrepris, si que puis B X2 pluseurs le mistrent du cheval a terre, si que B li comptes dist que, se B n’eust esté Elygius, qui adés li estoit pres, il tost y B eust esté mors, mais la grant chevalerie qui en lui estoit le remist el cheval destrier B , voiant Griex les G. G qui amender ne le porent. Et Karus de l’autre part estoit si entrepris que tost touz B fust pris se n’eust esté sa detenuz, ne fust la seue B chevalerie, dont j’ai fait autre mainte B foiz mencion. Mais ne leur valut a ce que car B trop estoient affebloiez affoiblés G affoi X2 et avoient moult B des leur perduz, si que il B les couvint ressortir, vousissent ou non. Quant Japhus et li sien oÿrent ce ce sot Japhus et li sien B , si pristrent a chevauchier vers la bataille. Qui donques les eust veuz, bien peust dire que chascuns y deust gaaignier .i. empire, car si adroit en eulz se ferirent que en poi d’eure de temps B orent les renz passez. Au retour que il firent s’esforcierent plus [b]et plus et B X2 moult mistrent grant paine a leur anemis reculer seurmonter B . Ainssi fu li estriz d’une part et d’autre, si que merveilles estoi comment il pooient tant dureir. Mais cil qui auques estoient plain de tres grant travail se mistrent hors, aussi comme pour par G eulz refroidier, pour par B quoi la bataille estoit plus longuement maintenue.

§342 Clerus, qui la nouvele de et B la bataille sot, se mist hors du chastelLaomedon B , lui .xm., que a cheval que a pié, et vint droit a la bataille. Borleuz, qui n’atendoit n’entendoit G el, quant il les virent venir B , si tourna tornerent B a eulz tant aigrement que nulz ne le porroit voit (sic) G dire ne d. B ne croire. Clerus, qui ne voult mie lessier qu’il ne s’essaiast s’assaiast G a Borleuz que a Borleus ne s’essaiast B , tourna vers lui le destrier. Et li duxBorleuz, qui n’ot mie soing de lui refuser, si ne le refusa mie G se tourna adreça B cele part vers lui le destrier G et ataint le cheval si durement tant fierement B des esperons que ce fu grant merveille comme il s’aprochierent tost G . Et quant ce vint aus lances glaives B baissier, si joinstrent les escuz aus piz. Et li cheval et li chevalier duc B chevaus et chevaliers G s’assemblerent s’ajoinstrent G de tel aïr vertu B que estriers ne cengle ne les pot garantir soustenir B que que il B andui tuit .iiii. G anz .ii. X2 ne se meissent mistrent G en .i. mont moult V2 , et chevaus et chevaliers G .

§343 💬Pas de nouveau § BCeste jouste virent maint, qui bien cuidierent que il se B fussent f. illeuc V2 mis a mort, mais en assez poi d’eure aprés saillirent en piez et mistrent les mains aus espees et les sachierent hors a tres amont, t. V2 de si B a mout X2 💬Il est possible que la leçon de V2 dérive d’une confusion entre les jambages u/n. grant haste, et corurent sus l’un a courut li unz sus B l’autre tant aigrement [c]que bien le pot on veoir, car moult il moult B tost s’entracointierent et ferirent si adroit que il fendirent se f. G les escuz jusques es boucles en la boucle B . Aprés se hasterent moult. Et dist li contes que d’eulz ne peust durer la bataille longuement, se auques fussent il f. a. B ensemble, mais l’une partie et l’autre sailli, qui leur s., et B les remistrent es mistrent en leur B destriers. Et recommença commença B la bataille moult pesme. Meesmement Meismes B Dorus, qui estoit moult soigneusement gardez a💬La préposition introduit l’agent du verbe passif, cf. n. au §163. .x. chevaliers souffisanz, ne voult laissier pour eulz que a ce poindre premier ne se vousist essaier ensaier B . Quant il ot veu jouster les .ii. dus chevaliers G les .ii. jouste›haste ascendante‹[R] (sic) B , lors laissa courre et mist le cheval au cours poindre B des esperons et choisi .i. chevalier qui estoit filz au duc ClerusBotrus. Cilz l’apercut le perçut X2 , qui perçut lui et B fu plains de sa volenté, et si B mist avant en present B l’escu. Et Dorus s’abandonna de en B tel maniere que, quant il s’entraprochierent, Dorus le feri si B en la lumiere du hiaume de son du B glaive et li donna .i. cop si grant, a ce que cilz se tint forment, que li fers, qui trenchanz fu, li entra en la cervele et l’abati l’envoia du cheval jus B , vousist ou non, avant que il eust sa lance la seue B brisiee, et le porta a terre du Mais la, Dorus depeça et l’enporta outre li B destrier tant aigrement noblement B , comme se s’il B touzjors l’eust fait. Dont le suivirent aprés grant route des siens. Mais onques si tost ne le sorent faire que il n’eust ot B l’espee sachiee et en donna maint dur cop et B pesant, si que a celui poindre leur en occist .iiii.. Dont fu puis la renommee grans.

§344 Quant Borleuz sot ce, dont Borleus, quant il sot ce B ne volt laissier [d] que que il B G a lui ne venist et li dist :
« Sire, or sachiez que atant vous en pouez bien souffrir deci adont que li mestiers en soit plus granz. Et sachiez que, se je sai que huimais vous h. B vous habandonnez, je me couroucerai a vous.
– Sire, dist il, je non. »
Lors dist entre ses denz, si bas que on nus B ne le l. puet B entendre : Se vous encore plus vous deviez en d. B couroucier, si B ne m’en tendrai je mie atant. Dont le pristrent prist B cil a qui il fu commandez a garder bailliez B et le mistrent en l’amenerent entre B leur force. Adont vindrent nouveles vint la nouvele B a Clerus que Botrus son filz estoit occis. Et quant il oÿ ce, si Lors B fu aussi comme tout G hors du sens. Lors et B se mist en la greigneur presse, comme hom de plains de B tres grant prouesce. Et bien y parut a cele heure, car pour le courrouz de celui mist il a celui poindre .x. chevaliers a mort, qui moult fesoient a prisier. Et ainssi faisoit sa volenté par la bataille aloit par la bataille faisant sa volenté B , que mal de celui qui vousist demorer en sa voie. Quant Borleuz vit ce, si se prisa moult poi p|poi V2 pou et lui assez B se il ne li venoit de pres, si Il B li retourne torna B retorna G le col de son cheval destrier B . Et quant B il le vit venir, si fu moult joians. Et lors s’entrecoururent seure et s’entredonnerent car adont li cuida il son ire vendre. Dont s’entreferirent B si grans coups que touz G leur les B escus furent peçoiez firent peçoier B furent perciés G et les cercles des hiaumes trenchierent, et fussent les espees enz entrees, mais les branz tornerent en leur mains quant il trouverent les bacins durs et de grant force B , et lors couvint le plus dur chanceler pour les des B espees qui descendirent de fors braz et recouvrerent le secont cop B et le tiers et tant des autres que je n’en sai le conte nombre B . Ma[e]is l’ystoire li contes B dist que tant estoient d’un corage et d’une force et d’un hardement que il ne pooient riens riens ne pooit B conquerre l’un seur B l’autre. En cele escremie se meslerent tant des leur que tost furent departiz.

§345 Ainssi se meslerent ceus de Laomedon et la gent au duc Borleuz. L’autre partie, que Pelyarmenus avoit en sa bataille, s’estoient meslez meslé a leur averse partie B en tel maniere que Pelyarmenus se penoit moult de ses anemis sormonter. Et tant faisoit d’armes que nulz chevaliers de son cors temps B ne se peust prendre a ce que il faisoit, car il faisoit auques d’armes tout G a auques de B sa volenté. Li dus de NiseKarus, qui tout le jour avoit fait moult d’armes moult avoit fait le jour B , se traist a une part pour lui refroidier. Et lors li dist .i. chevalier :
« Sire, je moult B ai veu que Pelyarmenus est de grant g partiel grant V2 hardement, a ce que par la bataille fait nostre gent reuser touz les de B pluseurs.
– Va, dist il, et si me fais savoir, et tost B X2 , en quel lieu je le porrai plus tost trouver, car je me veul essaier a lui. »
Ne demoura gueres que cil li G revint a lui et li dist conter B a lui, qui li dit X2 que la bataille avoit contre il la bataille avoit a B Mirrus et que du tout l’avoit mis au a G souffrir, pour la grant B force de gent la g. B que il avoit. Dont se mist moult tost li duxKarus cele part Karus el cheval B , et le suivirent maint qui moult grant amour a lui avoient l’amoient de grant amor B . Dont esgarda cele part que ou B li chevaliers li ot dit ou que B li chaples estoit de Pelyarmenus et de Myrrus, si vit bien aus enseignes que li sien estoient sa partie estoit B au dessouz. Lors [f]commença le cheval a poindre p. des esperons B moult aigrement, comme B cil qui fors et fiers fu, et se mist a la voie et B vint au chaple ou Mirrus estoit du cheval mis a terre, si comme par force. Et l’avoit Pelyarmenus en tele maniere tel B mené que, vousist ou non, le couvenoit lui couvenist B rendre prison ou lui soi faire B occirre. Lors vint li dux de NiseKarus Quant li dus de Nise vint B a celui point cop B , l’espee el poing et amaneviz amene vis (sic) G 💬Remarquer la leçon de G, qui ne comprend pas; cela confirme la remarque du DMF, sv. amanevir, qui indique que le terme «ne survit au XVe s. que dans les remaniements et presque exclusivement à la rime». de grant chevalerie faire, si feri Pelyarmenus .i. cop si grant que, vousist ou non, mist lui et le cheval a terre tout en .i. mont. Et la s’arresta il en tel maniere que il feri f. que il feri B a destre et a senestre, que mal de celui qui Mirrus G n’ait guerpi. Pelyarmenus fu cheuz en tel maniere par tele aventure B que en de B l’espaule destre fu bleciez, si que, se il n’eust esté si noblement secourus, mors eust esté et afolez a celle fois G tous y fust demourez B .

§346 💬Pas de nouveau § BEn tele maniere fu Mirrus secourus de Karus, le duc de NiseKarus, et remis a cheval, vousissent ou non si anemi B . 💬Nouveau § B Japhus Laphus (mauvaise exécution de l’initiale) B et il et B son frere Heleus le refaisoient si noblement que bien fait a ramentevoir ou compte, car, si comme je truis lisant, se B ne fussent leur .ii. prouesces, tout y fussent eussent B perdu li autre, mais si esforcieement le firent que Griex mistrent a la voie et leur livrerent les dos, sans autre desfense. Li dux de LemborcBorleuz avoit tolu a Clerus l’entree de Laomedon. Quant sa gent il B virent ce, sachiez que forment moult B s’en esmerveillierent comment il porroient peussent B rentrer el chastelLaomedon, car il virent que l’autre partie se retraioit recreoit B . Si ne furent mie [193] asseuré asseur B , car li B Alemant les avironnoient cuivroient B tant aigrement que bien le pooit pot B on veoir, car, si comme je truis lisant, il moult aigrement et G les detrenchoient devant voiant B Clerus et metoient a grant G destruction moult abandonneement B . Et quant il vit ce, il si B fu aussi G comme touz desesperez, si et B G se mist m. en abandon B en la greigneur presse et la G leur occist il G grant foison des leur des leur a moult grant plenté B , mais rienz ne leur li B X2 valut, car ja estoient li sien mis au a G souffrir, et les occioient la gent Borleuz a ce qu’il vouloient entrer el chastelLaomedon. 💬Nouveau § B Quant li dusBorleuz Dorus, quant il B vit ce, si fu moult joianz, car il vit Clerus le duc C. B moult entrepris. Si ne volt lessier que cele part ne s’aprochast, ferant des esperons il vers lui ne s’aprochast. Dont s’en vint ferant des esperons cele part B , o lui grant plenté de chevaliers. Et dit li comptes que Clerus il B estoit ja B Et estoit ja Clerus G tiex menez que li pluseurs aucun B l’avoient et estoit G abatu de son mis du B cheval a terre. Et il G se desfendoit de si grant force que moult fesoit en f. B a prisier. Et quant Dorus le vit en tel cel G point si fist une chose V2 X2 si le fist monter a cheval G dont💬si fist une chose dont : Dans B, dont est un pronom relatif avec pour antécédent chose. Dans V2 et G, il fonctionne comme adverbe marquant un lien de consécution avec ce qui précède (‘alors’). La leçon de G indique que le copiste a voulu intervenir sur un texte qu’il jugeait problématique (ajout de si le fist monter a cheval), en utilisant le texte à disposition (la fin de la phrase mentionne que Dorus monte sur son cheval, et cette portion commune à B et V2+X2, remontant donc à l’archétype, est omise dans G). La leçon de V2 ne pose pas de problème syntaxique, mais le sens est gâté et l’enchaînement des idées ne respecte pas les mécaniques du texte. Nous intervenons d’après B. li B G X2 pluseurs se durent moult merveillier, car il fist ceulz qui chaploient ceuls qui a lui chaploient en fist B traire arriere, et le fist monter lui metre B seur son cheval orent merveille G . Et quant il fu en la sele, si li corut sus si moult G esforcieement que, avec ce que il estoit avoit esté B lassez las G et bleciez, li fist il B X2 fiancier prison💬fiancer prison: Comprendre "se reconnaître prisonnier". D’après les dictionnaires, cette locution n’est pas fréquemment attestée avant Froissart (cf. Gdf et DMF, sv. fiancer), ce qui fait de notre texte l’une des premières attestations possibles. Cf. Note linguistique pour plus de détails., vousist ou non. Et quant il fu en tele maniere retenuz, poi y ot des autres qui puis meissent paine en eulz desfendre, ainz en y ot moult de mors et de retenuz, et fu la porte gaaigniee, vousissent v. cil dedenz B ou non Et fu la porte gaignee dez gens Dorus, et moult en y ot de mors et retenus G 💬La leçon de G pourrait dériver d’un saut du même au même sur Et; le copiste se sera rendu compte de son erreur et aura remanié le passage pour masquer la faute.. Mais la grant tor fu saisie de ceulz dedenz que Clerus y ot laissiez, par coi il se desfendoient deffendirent B si fort que la gent Borleuz n’i ot nul orent B [b]pouoir, ainz se mistrent tuit parmi la villeLaomedon et la trouverent si vuide de gent que trop se s’en X2 peust on merveillier c’estoit merveilles G . Dont se mistrent toz G es hostiex, et fu fu fu B la villeLaomedon de touz liex saisie G . Puis commanda Borleuz que s’enseigne se seigne (sic) G fust mise sus la porte, et ele si fu. Quant il orent en tele maniere esploitié, li dux de NiseKarus et li autre baron estoient avoient tant chacié que il e. B Le duc de Nise estoient (sic) G mis el retour et furent en assez poi d’eure venuz devant Laomedon L. le chastel. Et (sic) G 💬Dans G, le §347 débute à la colonne suivante..

§347 Quant il sorent que la villeLaomedon fu prise sesie B , si furent moult joiant et loerent Dieu de la de ce moult Dieu de leur B victoire. Mais il orent moult perduz des leur, et li auquant B estoient bleciez et navrez G . Karus Meismes K. B fu tiex menez que moult grant paour ot de sa vie. Mirrus et li autre, dont je ne puis p. ne ne doi B de touz faire mencion G 💬Il serait bon d’étudier la pratique d’abrégement de Michel Gonnot sur l’ensemble du manuscrit en la mettant en perspective avec la mise en page: les abrégements semblent ici conditionnés par la grande taille de l’enluminure sur la page., quant il furent touz repairié, li grant seigneur se traistrent en Laomedon pour eulz leur cors B metre a garison. Li mire furent soigneus de cerchier les d’euls soigneus por cerchier leur B soigneux de leurs G plaies et trouverent en t. B G de tiex que bien virent que G de respos du respas B de respit G de respas X2 n’i avoit [c] point riens B . Meismes Nazarus, li mainsnez filz le roy de FriseOdonie, fu si malement tel B X2 menez més (sic) G que il morut au remuer r. et au garder que l’en fist V2 de ses plaies. Et quant si frere le ce B sorent, Japhus et Heleuz et meismes G li autre X2 baron si G en furent trop durement X2 si furent ausi comme touz desuez, meismes li autre baron en furent trop B courouciez, car moult avoit esté souffisanz bons G chevaliers B X2 et plains de tres grant g. et merveilleuse V2 chevalerie ch. et de grant emprise V2 . Mais a la parfin Si B X2 escouvint couvint B G X2 il X2 celui toutevoies c. V2 grant B X2 duel laissier, car point n’i avoit de recouvrier B X2 💬Possible saut du même au même non erroné de V2GX2 sur -ier., et entendre chascun a au B guerir g. soi meismes V2 , si comme il estoit grant mestier a cele foiz Ilz en avoient mestier G , car trop en y avoit de malmenez et de bleciez G et de navrez, dont il en couvint trop morir merveilleusement, dont les barons menerent grant duel et grant desconfort chascun pour son ami por lui meismes B X2 . Si me veul taire terai B X2 .i. poi d’eulz et revendrai retornerai G a Pelyarmenus, qui le champ avoit guerpi, si comme dit est G .

[19] Comment Pelyarmenus se parti de la bataille et comment il revint r. en sa terre X2 Peliarmenus fu desconfis en Constantinoble B .

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Enluminure sur 2 colonnes (b-c) et 17 UR. Après avoir pris part à la mêlée, Peliarmenus quitte la bataille.

§348 [d]Or dit li comptes que, quant Pelyarmenus vit que il ne porroit pot B X2 riens faire contre les Frisons, il s’en parti au a G mains de perte que il pot. Et nonpourquant ne pot il la pot il si faire B pot G que il n’en ne l’en B laissast .iiiixx. .iiim. B 💬C’est-à-dire 80, cf. n. au §328. et plus. Si en fu moult Moult fu B iriez et desconfortez, et car B il meismes estoit navrez durement fu moult navrez B , et tout aussi estoient li plus souffisant d’eulz touz G . Il se furent arresté et aloient en une cité que on apeloit Constance. La leur vint il B X2 nouveles, les .iiii. jours aprés, que li rois d’ArragonDyomarques li venoit en aide a tout .xxm. chevaucheures qui moult s’affichoient de Helcanus et les siens metre au dessouz. Et quant Pelyarmenus Pelyarme/menus X2 l’entendi, si li revint sa joie et ne prisa toute sa perte .i. bouton💬ne prisa toute sa perte .i. bouton: Le substantif bouton est utilisé pour exprimer une valeur minimale, indiquant que la perte de Peliarmenus est peu de chose. Cf. aussi §462.. Il demanda d. de ceuls B dedenz quant il seroient en sa terre.
« Sire, distrent dist B cil, dedenz .xii. jours les arez a faire vostre volenté.
– Par mon chief, dist il, bien va mes affaires et li affaires des Frisons putement, tout aient il il saisi B Clerus et son chastelLaomedon !
– Sire, dist .i. sergent, tout ce ont il, fors la tour de la grant forteresce fortere (fin de ligne) X2 , ou il a .i. chevalier qui avant se feroit occirre que il la le B rendist, car il set bien que, s’il estoit congneuz, touz li mondes ne li sauveroit la vie, tant comme que B Karus li dux de NiseKarus le seust.
– Qui est il va G 💬Nous ne trouvons pas d’exemples similaires à cet emploi de l’impératif va en fin d’interrogation. Il faut sans doute comprendre que va attire l’attention ou marque l’insistance ("Qui est il donc?") et rapprocher l’emploi de di va/diva "dis donc" (cf. par ex. Buridant, §682 ou DMF, sv. aller)., dist Pelyarmenus, et comment a il non ?
Sire S., dist il B , c’est .i. des chevaliers de toute Grece plus souffisanz, comme povres hom [e]que il est povres plus souffisanz chevaliers qui soit en Grece B , et a non Torqueus.
– Et comment pourquoi B le het il tant comme tu diz ? dist Pelyarmenus.
– Sire, dist il, je le vous dirai G . Karus amoit la fille d’un borjois de NiseAmieTorqueus tant que il en faisoit sa volenté. Et Torqueuz si ert a lui a cele heure et sot que la damoiseleAmieTorqueus amoit son seigneurKarus. Si li plot que il aussi la prieroit, et il si fist. Et tant ala li affaire que il de la damoiseleAmieTorqueus fu nommez. Et quant tant que B Karus le sot, si en fu trop courouciez et jura que que il en jura B , se il pooit Torqueuz tenir, que B il li feroit la teste couper. Il se douta de lui, si que onques puis ne volt venir en lieu ou il eust pooir.
– Par Dieu, dist Pelyarmenus, je ne me merveil mie se Karus en est iriez, car tout aussi seroie je. »
Ainssi se deduit Pelyarmenus, grant joie faisant de ce que il atendoit qu’ilz actendoient G grant secours.

§349 Li jours vint qui que B diz💬qui diz: Comprendre qui = que et diz = dit (p.p.), cf. Note linguistique. li fu G que li roisDyomarques estoit a .x. luiues de lui. Dont monta a tout o lui B grant plenté de chevaliers et vint la ou il estoit, tout ainssi si B tout si X2 navrez comme il fu estoit B de la bataille ou il avoit esté. Quant il s’entrevirent s’entrefurent V2 se virent G , si s’entrefirent se firent B moult grant joie et si grant joie que bien le pot l’en veoir. Aprés B parlerent de leur affaires, et sot li roisDyomarques que Helcanus estoit pris et retenuz de Peliarmenus. Si en fu moult joianz, si li demanda et dist B quele gent estoient dont encontre lui.
« Sire, dist il, je le vous dirai G . Il y G est Japhus vostre cousin, le filz au roy de FriseOdonie, qui en a fait tout son pooir.
– Mon cousin, dist il, n’est il pas, ainz vous appartient, mais ce ne [f]fait il pas a moi.
– Sire, dist il, vous dites verité, j’avoie mespris : car mon pereCassidorus et il issirent de frere et de suer, et vous estes oncles a mon pereCassidorus, et pour ce ne li estes vous rienz.
Verité dites Vous dites voir B , ce dist li roisDyomarques. Or me dites qui sont li autres qui sont avec lui.
Sire S., dist il B , ce est Karus li dus de Nise, car Ascanus Escanus B ses freres est mors en de B ceste guerre, et il leur a rendu la villeNise, et est cil qui maintenant me fait le B pis. Aprés est li dux de LembourcBorleuz, qui en a si le fais empris que il dit dist X2 que toute sa terre y metra avant que .ii. enfanz que il a ne face seigneurs de la terre.
– Comment ! dist li roysDyomarques. Ja n’est riens li dusBorleuz a l’empereourCassidorus ne a homme qui droit y doie demander.
– Sire, dist il, ainssi est il comme je vous di. Meismes .i. chevalier y est de la Meneur BretaigneMirrus, qui o lui n’a pas plus de .vc. armeures. Cilz m’a tant de mes hommes occis que ce est une grant merveille B . Et Et meismes B avons a. nous B a eulz bataille eue n’a pas .xv. jours; et fui de la bataille tournez, vousisse ou non, devant Laomedon, si m’en avint si bien que par moi a esté B perdu le plus souffisant de ceste guerre et a esté fu B pris et son chasteLaomedon💬Chute de la consonne finale -l, cf. Note linguistique. pris B X2 autressi. »

§350 💬Pas de nouveau § B
– Sire, dist Pelyarmenus, il n’en ont pas maintenant .xlvm..
– .xlvm. ! dist li roisDyomarques. Par mon chief, ce sont grant gent !
– Sire, dist il, qui ma[194]intenant leur courroit sus a la gent que vous avez et que je aroie, nous en ferions a B nostre volenté, avec ce que il sont maintenant foulé.
– Je l’otroi, dist li roisDyomarques, mais que vous aiez touz ceulz que vous porrez metre ensemble, si que par force les puissons sormonter seurvaintre B X2 .
– Bien dites », ce dist il. 💬Nouveau § BDont firent atorner leur affaire, et manda Peliarmenus tant de gent que bien en fist metre ensemble .xlvm. par conte. Et quant il orent ceste gent assemblee, si s’atornerent pour venir a Laomedon. Et Borleuz et li autre sorent ceste venue, si furent moult esbahi, car il n’estoient pas encore de leur plaies gueriz. Si redouterent moult la bataille, comme cil qui ne cuidoient mie tant de gent avoir de la moitié comme seur eulz venoit. Et lors s’assemblerent tuit li prince et ne trouverent nul conseil autre que morir les couvenoit par la grant force f. de la gent G que li rois d’ArragonDyomarques avoit amenee amené B .

§351 💬Pas de nouveau § BQuant Dorus oÿ et sot que il ert en sa grevance, si ot moult grant duel et dist oiant touz :
« Ha ! biaus seigneurs, pour Dieu merci, pourquoi voulez vous morir mort recevoir B pour mon frereHelcanus et pour moi ? Li rois d’ArragonDyomarques, qui oncles est nostre pereCassidorus, nous veult en v. B chacier de la terre l’empire B pour .i. bastartPelyarmenus. Certes, bien m’en devroit li cuers partir se je B par courouz le G pooie faire! Et je une chose vous veul proier a touz ensemble, et B qu’ele soit par a B moi otroiee par [b]maniere que je sai que ja ne vous en repentirez. »
Et quant Borleuz l’entendi, si dist :
«  Et B X2 quele seroit la requeste ? Dites le nous.
– Non ferai, dist il, avant le m’otroierez vous.
– Par Dieu, dist li duxBorleuz, non ferons avant avrons nous oÿ que vous voulez demander vostre requeste B ce que voz nous demandonsvoulés d. G .
– Et je le la B vous dirai, dist dit X2 il. Je ne sui que uns seulz hom, et vous estes bien prez de B .xl. mille, si vaut vient B X2 miex que je seulz mete ma vie en aventure que vous touz couviengne morir. Et je manderai a Pelyarmenus que, se il est si hardiz que il ose l’empire desranier encontre moi, je le feroie ferai B X2 contre lui. Et par tant demeurt li estriz des entre les B .ii. parties. Et celui qui au desseure em porra venir, si joïsse de l’empire et em V2 G X2 bonne seurté en soit donnee G 💬et bonne seurté en soit donnee: V2 et X2 conservent une faute à laquelle réagit G en supprimant en soit donnee.. Et je sai de voir que ce fera il volentiers. »

§352 Quant li baron l’entendirent, si en B G orent moult grant pitié p. de lui B et moult le loerent et prisierent quant q. il G en tel peril se vouloit metre pour leur vies sauver. Si distrent li pluseur :
« Or sachiez que nous tout avant y voulons morir que ja, se Dieu plaist, faisons tel meschief ce aviengne G , car trop estes joenes pour tel fais embracier. Et Pelyarmenus est fiers et corageus, si vous aroit tost mis au dessouz d. se lui plaisoit B et en vendroit au desseure G .
Non feroit Nennil B , par Dieu, dist li enfesDorus, car, se j’estoie armez je armez seroie B de foy par quoi je del tout le metroie en son tort, si que il n’avroit pooir a moi, nient plus [c]comme ot Goulias au bon roy B David D., dont j’ai oÿ aucunes fois parler B 💬Référence au combat entre David et Goliath (Samuel 17,1-58), dont David sort victorieux après avoir lancé un caillou au géant.. »

§353 💬Pas de nouveau § BQuant li baron oïrent ce ceste parole B X2 , si fondirent touz en lermes. Et en ce vint une espie qui leur dist :
« Biaus seigneurs, maintenant porrez veoir vos anemis, car il ne sont pas loing d’une demie B l. demie X2 liue. »
Lors ont ot G fait savoir par toute tout G l’ost que il fussent tuit B X2 apresté comme pour leur cors desfendre, et il si furent moult appareillieement et tost, chascuns a sa bataille. Dont commencierent commanderent B l’ost a esbaudir de trompes et de buisines, que bien sembloit que toute la terre tremblast. Et tout aussi faisoit l’autre partie, si que tel son menoient li instrument que touz B X2 li airs en estoit esmeuz, en tele maniere que l’en n’i oïst pas Dieu tonnant. Dont furent mis chascun seur son cheval, et orent leur batailles rengiees, qui moult estoient fieres et espoentables. Mais a droit n’avoient mie parti les uns aus autres, car, si comme je truiz escript, de la partie Pelyarmenus y avoit .vii. .vi. G batailles, et de l’autre partie n’en avoit que .iiii., et celes estoient moult formenees des de (dé?) B X2 granz travaus qu’eles orent receuz. Et nonporquant li dus de NiseKarus ne volt mie estre li desreniers, ainz conduist conduit B sa gent el premier chief et se contint a loy d’omme corageus et de trop grant prouesce. Si Il B ›N‹[Il] X2 ne voult laissier que il n’alast a l’encontre de ceulz qui d’autre part venoient. Cil qui sires estoit d’eulz si B estoit de la mes[d]nie au roy d’ArragonDyomarques et estoit li B X2 dux de CarcassonneDuc de Carcassonne. Cil avoit .viii. mille chevaliers chevaucheurs B avec lui, qui moult faisoient a douter G .

§354 Quant il s’entraprochierent, li dux de NiseKarus, qui savoit moult d’enging, vit et congnut qu’il n’estoient mie de la terre, si leur corut sus moult esforcieement. Cil de l’autre part les recueillirent en tele maniere que bien le pooit puet B on veoir. Et quant ce vit Karus, si se commença a esvertuer de si grant force que ses plaies li escreverent, et li commença le B sanc a raier aval le cors de lui de toutes pars. Et quant il vit ce, si sot bien que qu’il G lui couvenoit morir ou rendre prison. Si li plot miex que il en la bataille receust mort que lui rendre recreant r. chevalier G . Lors se fist moult fort bender et estraindre parmi le cors de lui et puis s’aficha es estriers et prist sa targe et ot l’espee el poing; si feri le B G X2 cheval des esperons et se feri en la presse de tel vertu que a celui poindre en fist maint trebuschier qui onques puis n’orent pooir d’eulz du B relever, car il feri a destre et a senestre si esforcieement que nulz n’en ataignoit que il n’abatist du cheval ou il a mort le metoit meist a mort G , si que partout li faisoient voie la ou il aloit. Dont vindrent nouveles les n. B a Carcasson comment cil qui a lui avoit assemblé occioit les siens.

§355 💬Pas de nouveau § BQuant il oÿ ce, si fu G moult n m. V2 iriez, comme cil qui avoit de trop grant hardement esté plains et de tres grant chevalerie. Il se fist conduire cele part ou li duxKarus faisoit [e]moult de ses volentez sa volenté B . Quant le CarcassonDuc de Carcassonne le Carcassonnois B le vit, si s’adreça a lui; et li duxKarus le vit venir, si sot bien qui il fu. Lors li vint a l’encontre en son e. B , et s’entreferirent se ferirent B si adroit que bien G fait a recorder, car, quant il se furent aprochiez des chiez des chevaus et B de eulz meismes, si se ferirent a une hie ensemble si adroit qu’il ne se s’en B donnerent garde si furent a terre. Dont se releverent et s’entrecoururent sus si asprement aigrement B que mie n’eussent longues duré longue duree G , quant leur gens les departirent et les firent remonter. 💬Nouveau § BAprés recommença li chaples, qui moult longuement dura, et ala si li affaires que, vousist ou non le CarcassonDuc de Carcassonne li Carcasonnois B , couvint sa gent resortir. Quant ce vit li roisDyomarques, si et sot, si B commanda a aler au secours. Lors vindrent sa gent moult esforcieement. Et lors couvint le ducDuc de Carcassonne retraire arrieres B . Quant Japhus le sot, si ne volt pas plus B demourer, ainz vint a la bataille, il et Heleuz son frere, si esforcieement que, vousissent Arragonnois ou non, les couvint reculer dessus dessi a B leur autre gent. Li cuens Kamassons💬Sur les différentes dénominations de ce personnage, cf. Table des personnages., qui l’autre l l’a. V2 la tierce B bataille avoit, leur sailli comme homs plains de de tres G grant prouesce, si et il B s’i se G feri si asprement richement B que par force remist le royDyomarques et sa gent en la place. La ot .i. estour moult pesant pesme B , car mie ne sembloit que Frison eussent esté devant de noient bleciez b. ne navré B , car si esforcieement y feroient que bien le pooit pot B on veoir. Mais le sanc de leur vielles plaies leur raioit angoisseusement, si que le sanc perdoient, qui trop les aloit empirant et forment [f] afebloiant et affoibloient G esforciement, qui moult les aloit empirant B .

§356 💬Pas de nouveau § BAinssi dura cilz estours estris B une B grant piece, tant que il leur couvint perdre, et Griex et Arragonnois gaaignier terre. Quant ce sot Mirrus, si leur sailli si esforcieement que il percierent les leur et ferirent a ceulz tant aigrement que moult firent des leur grant essart. Dont s’apensa Mirrus que, se il faisoit en son venir prouesce, que moult feroit a prisier. Il chevaucha et B commanda que il fust suivis, et il si fu. Adont adreça s’adreça B X2 au roy d’ArragonDyomarques, qui moult se faisoit soigneusement garder. Et quant B sa gent le virent, si se mistrent li plus hardi au devant, mais il ne se s’i B sorent tant bien garder que maint n’i perdissent les vies la vie B . Et adont fu dit et sot li roisDyomarques que Mirrus vouloit a lui venir. Il en ot aussi comme desdaing, si jura que il a lui ferroit. Lors s’abandonna et feri a ferir B le destrier des esperons qui valoit .i. empire, ne ne fu nulz que li chevaus ne meist par force sa f. B en train. Il s’en vint a Mirrus enragiez de tres grans corrouz et plus plain B de tres grant prouesce. Mirrus, qui pas n’estoit esperdus, le vit, si fu moult joianz. Dont s’afficha es estriers et feri le royDyomarques si esforciement que il le mist jus meist B du cheval a terre, en tele maniere que li chiez senti avant la terre que ne firent G les piez.

§357 💬Pas de nouveau § BQuant Mirrus vit le cheval dont il estoit dessaisi, si guerpi le sien et sailli en la sele de celui si apenseement que moult s’en pot on merveillier. 💬Nouveau § BQuant [195]Mirrus se fu saisis du cheval, il ne le donnast pour tout le monde, car tel le trouva que partout le pot conduire a sa volenté; et n’estoit nulz qui a lui se peust prendre de force ne de hardement. Il desrompoit presses et abatoit les uns et les autres et trenchoit jambes et piez et feroit a destre et a senestre. Et n’estoit nulz qui devant contre B ses cops peust durer, si que partout la ou il aloit faisoit sa volenté de pluseurs. Li rois d’ArragonDyomarques, qui du cheval fu estoit B cheuz, fu plains de moult moult blechiez et plains de B tres grant ire. Il fu remontez el cheval Mirrus meismes et commanda que cil qui son cheval enmenoit fust suiviz, car il amast miex a perdre sa terre .ii. anz que son cheval, que il tant amoit. Dont dist uns chevaliers que cil qui saisis en estoit l’avoit bien en aussi grant chierté aussi chier G comme lui il B meismes avoit. Lors se mistrent aprés li pluseur, mais nul si hardi n’en y ot oyot (sic) X2 qui osast a lui venir.

§358 Ainssi conquist Mirrus le morel bon m. B et en faisoit les renz fremir et les granz presses departir, si que par lui furent si anemi mis arriere et perdirent terre, desci a Pelyarmenus, qui ne pot atendre souffrir ne a. B que il et sa gent ne se ferissent en eulz. Quant il furent a la meslee, sachiez que bien tenoient tindrent B tenoit G leur partie pan B , car, si comme veritez fu, en assez poi de temps mistrent leur anemis les m. B arriere. Lors fu li champs delivrez guerpis B de cels a B qui la force n’en ne B fu pas. Et quant ce vit Borleus, si commanda moult soigneusement Dorus a garder. Mais onques ne le sorent si B faire que quant B il en de B la bataille au duc ne fust fu B [b]li premiers entre lui et Leus aus cops donner.

§359 Quant ce sot li duxKarus, si s’adreça cele part et se feri aprés eulz de tel force que qui B moult fist a douter de a B ceulz a qui il n’avoit pas s’amour otroiee. A celui poindre dit li comptes que en assez petit d’eure en mist .x. a mort, qui moult estoient de grant hardement. Dorus et si compaignon compains Leus B s’i afichierent, comme fait li B lyons a sa B X2 proie quant il a enragiement tres enragie B fain. Lors commença li fereis grans grant fereys B d’une part et d’autre, et tant dura que moult se porent affebloier et mener a mort. Que vous aloingneroie je le compte diroie je G ? Tant dura ala B li affaires qu’en la fin se ferirent Grieu de toutes pars entre les B Frisons et Alemans. La peust on grant B X2 mortalité veoir, car, si comme veritez fu, n’i avoit nulz qui nient plus B doutast la mort par semblant comme il feist la vie. Karus, qui tant avoit feru par semblant B que bien y paroit, il s’en si estoit il menez et B aloit sus et jus, desrompant les presses et les grans estours, que nulz ne pooit ses granz pesans B cops endurer ne porter, et tant qu’en la fin le couvint et les couvint en la fin B recroire, car trop avoit de son sanc perdu B . Et aussi fist il les autres de sa partie, car tant furent firent B de l’autre part que c’estoit une merveille bien a esté dit B G . Si les couvint resortir, vousissent ou non. Mes li bons dux de LembourcBorleuz s’est mis avant, il et li sien, et sousfrirent le greigneur fais que mais sousfrissent gent jusques au jour de dont d’adont G , dont l’en eust parlé en hystoires d’adonc B . Mais ne tout ce ne B leur valut riens en la fin, que par force de gent [c]ne les couvenist resortir et metre a voie la v. B . Dont n’ot li dus de LembourcBorleuz plus de secours que lui il B meismes et B Dorus et son filzLeus. Si se mist dedenz Et se mistrent en B Laomedon entre lui et B les .ii. damoisiaus, et aussi firent aucuns des siens. Mais si furent li autre forclos que il ne sorent quel part aler. Et quant il virent ce, si leur couvint rendre estal. Meismes Mirrus, qui estoit a sa volenté a cheval, leur fist faisoit B souvent leur les B G cuers marriz, car ainz onques B mais nul homme ne fist autant ce ne fist B par pour B l’aide d’un du B destrier sanz plus grant esfors de gent, ce que il que il a cele heure B fist💬car ainz mais... fist: Comprendre "car jamais auparavant un homme n’avait accompli autant avec l’aide d’un destrier sans plus de renforts, ce qu’il fit". La leçon de B éclaire mieux le lien de corrélation entre les éléments comparés (autant... que). La correction ne s’impose cependant pas., car en fuiant il B occist le duc Carcasson de Carcassonne B Duc de Carcassonne, et ne pot estre retenuz celui jour de ce|nus B de chevalier qui a lui se peust prendre le jour p. B . En cel enchaus ne les voult pas Diex oublier, car ja avoit a. ja (sic, répété) X2 tant chevauchié Josias, le filz au roy d’EspaigneTheodore, que il leur sailli au secours, si a point que bien s’en pot on esmerveillier.

§360 Quant ce vit Mirrus, qui qui/qui B estoit au fouir, ne si ne G fust li dus de NiseKarus, qui pas ne s’en vouloit partir vis B , si ot moult grant merveille dont si fait secours leur li B po l. G pooit pooir G venir. Lors se tourna retorna B parmi eulz et sa gent - ce que il en avoit ot B -, et Ainsi B recommença li estriz si fiers que moult seroit grant annuiz a du X2 raconter li anuis du raconter grans B . Quant Grieu virent qu’il B orent cest encontre, si ne leur le B X2 porent contrester V2 G , mais ains B se mistrent arriere, comme cil qui moult estoient au dessouz. Et les mena Josyas, il et sa gent, tant que par force les mena mistrent B X2 la ou il avoient du premier assemblé; et par tant demoura li estriz. Et quant [d]li dux de NiseKarus vit ce, si demanda dont cilz secours leur estoit venus. Mais il B n’i ot onques B nul qui verité en seust dire. Li dus de LembourcBorleuz, qui s’estoit aussi mis hors de Laomedon, vint au secours et enquist qui cil estoient. Dit li fu que ce estoit Josyas, le filz au roy d’EspaigneTheodore. Quant il sot que ce fu il ce B , si fu merveilleusement joianz. Lors si joians que bien le pot on veoir, quar il adont B feri son destrier des esperons et ne fina si vint a lui, ou il avoit d’armes tant fait que bien y B parut a l’autre partie. Et quant il orent fait leur chace, si retornerent se mistrent B arriere. Et vint li dusBorleuz a l’encontre de Josyas son encontre B et se fist a lui congnoistre. Et lors si B firent moult grant joie li uns a l’autre; meismes tot li li/li G grant gentil homme se mistrent ensemble et distrent vindrent a Josyas, si le conjoïrent de ce que il porent et distrent tout ensamble B que onques B mais secours n’avoit n’avoient B eu si grant mestier a genz comme li siens leur avoit eu.
« Par foi, dist il, biaus seigneurs, de ce sui je moult joianz, mais or ce B me dites: ou est Helcanus? »
Et quant il oïrent ce l’o. B , si furent tout esbahi mu B , fors Borleus, qui respondi :
« Sire, bien vous en ferai sage par tans. »
Dont ne finerent si vindrent devant Laomedon, et trouverent leur recept rececet (sic) X2 moult estrange et B moult destravé, comme cil qui avoient tout perdu, quant Josyas les secourut. Mais il se ralierent de ce que il porent et se mistrent en la villeLaomedon. Cil qui estoient au dessouz, meismes li dux et li prince, se mistrent el chastel, et furent tuit mut (sic) B ensemble, fors .i. conte qui avec Josyas estoit venuz. Cil si B [e]fist le gait de B cele nuit a .iiiim. haubers des meilleurs d’Espaigne. Et Nerus, que Josyas apeloit son frere Josyas et ses freres Verus (sic) B , dont de qui B nous avons parlé devant oÿ compter B 💬dont nous avons parlé devant: Remarquer que la leçon de B, qui fait référence à la réception orale du texte, implique de manière inhabituelle le narrateur dans le nous., fu furent B moult conjoïz des princes. Et furent en Laomedon en l’ostel Japhus de Frise. La s’asemblerent tout li grant seigneur de Frise B , et n’i ot nul qui enseignes ne peust moustrer de la journee que il en receu B avoient. Dont n’i ot nul qui mire n’eust a sa volenté. Et quant il furent appareillié, si menerent grant joie de leur victoire. Il fu tart et temps des tables metre par l’ostel, et ne demora gueres que il furent tot assis. Si orent souffisaumment ce que mestier leur fu. Aprés mengier se leverent touz. Et fu estoit B Josyas moult engranz de oïr savoir B nouveles de Helcanus et si B vint au duc de LemborcBorleuz et li dist :
« Sire, comment est ce que je n’ai encore oÿ nouveles de Helcanus mon ami bon amy G point veu mon chier ami Helcanus B ? »
Quant li dusBorleuz l’oÿ, si geta .i. grant souspir et dist :
« Sire, sachiez que, se il fust a sa volenté, moult a enviz se fust tenuz que il ne vous eust veu et B que il ore ne fust venuz a vous.
– Par Dieu foi B , dist il Josias G , bien croi que vous dites dites|que vous dites (sic) X2 verité, car pour l’amour de lui sui je venuz en ceste terre, je et mes freresNerus.
– Sire, dist fait B li duxBorleuz, ce fait bien a mercier. »

§361 Lors leur li B conta li duxBorleuz comment il leur estoit avenu de leur damoiselHelcanus. Quant Josias l’oÿ, si fu tous esbahiz et esgarda Nerus Merus B son frere, qui moult grant couleur mua quant il ot ce oÿ, et Adonc B ne se pot tenir que il ne tressaillist voiant le dusBorleuz [f], qui moult pensa bien que ce estoit fame. Si en B fu touz esbahiz. Quant Josyas Josias, qui B vit que sa suerNera estoit e. ainsi B tressaillie💬Remarquer qu’un comportement "de femme" fait noter à Bourleus qu’il s’agit bien d’une femme ; parallèlement, le narrateur n’emploie plus frere., si fu aussi comme tous esbahiz. Donc la prist entre ses braz et dist :
« Biaus frere, souffrez vous de duel faire, car ja Peliarmenus ne sera tiex que il li face se tout B ce bien G non que on doit faire a gentil homme qui prison doit tenir.
– Par Dieu, sire, ce dist li duxBorleuz, ce cuidons nous tuit. »
Lors revint cele a son cuer et qui B fu esbahie quant Josyas l’apela li dist B "biau frere" et li avoit dit Comment vous a esté B :
« Ja n’afiert il a homme qui auques vaille que pour tel chose perde son cuer ne son memoire. »
Lors se tut quoie, pour le ducBorleuz qui presens estoit; et Josyas l’excusa de ce que il dist au ducBorleuz dit B :
« Sire, il B et Helcanus furent ensemble grant piece compaignon, et amoit li uns l’autre autant comme pucele fait G son amant.
– Certes, sire, dist li dusBorleuz, bien vous en croi, et encore le puet on auques savoir, et ce n’est mie merveille. »

§362 💬Pas de nouveau § BDont laissierent de ce a parler et furent d’autres choses moult embesoigniez. Et commencierent a parler comment li emperieresCassidorus s’estoit partiz de son empire et comment Helcanus estoit demourez avec Josyas, qui le roy d’ArragonDyomarques li avoit baillié aidié B a justicier, qui orendroit au jour de donc B estoit en sa grevance. Et quant il orent assez parlé, si fu temps d’aler dormir, si le firent tout communement. Et quant ce vint au matin, si se le[196]verent. Dorus vint a Josyas et li commença grant feste a G faire et a mercier le B X2 du grant gent B secours que fait leur li B G avoit, et il respondi que il le devoit bien faire,
« car vostre frereHelcanus vostre frere, dist il X2 le fist a mon pereTheodore, pour laquel chose je li sui venuz aidier. Et bien veul que vous sachiez que B , tout ait Pelyarmenus ma suer germaineYsodore, si ne faudrai li f. B je ja a Helcanus ne a vous, pour l’amour de lui, ne n’aiderai a Pelyarmenus B tant comme il soit en vostre grevance. »
💬Nouveau § B Dont l’en volt Dorus aler au pié, quant il le retint et G li dist :
«  Sire, je sui tenus a tout ce du B faire Souffréz vous, amis G . »

§363 💬Pas de nouveau § BNera, quant ele vit ot veu B Dorus, qui avoit passez touz les hommes de mere nez de biauté de son temps, si le prisa moult dedenz son cuer et dist :
« Chier frere, comme vous savez mal mal s. ore B comme j’ai mon cuer courroucié pour vostre frereHelcanus, mon chier ami, que je tant aimme de bonne amour ! Que ferai je, lasse, se il en la prison demeure ? Et se je le pers, ameroie je vous ? Nenil, certes ! Et tout soiés vous si biaus et vous si v. B demourast ore B li empires, avant fusse je morte de male m. froide V2 mort que je ja doie autrui amer que le gentil Helcanus, a cui j’ai donné mon cuer du tout, dont ja ne ne le B partirai ! »
Dont traist Josyas B son frere d’une part et dist :
«  Biau frere B , parlez a moi.
– Ha ! suer, dist il, moult me faites ferez ore B grant blasme de vostre contenance contenance. Ne puet pas demourer longues que tout ne sachent vostre couvine B !
– Frere, dist ele, souffrez vous ! Je m’en veul aler de l’autre [b] partie part B dela. Et me laissiez du tout couvenir, car, se je en nule maniere m., quele que ele soit B puis savoir la ou Helcanus est, je le deliverrai de prison maugré touz ceulz qui dolent em porront estre.
– Comment, dist Josyas, porroit ce estre ?
– Bien, dist ele. Or m’en laissiés couvenir.
– Par Dieu, dist il, non ferai, ne vous ja tele ne serez que vous ja B paine y metez se vous du tout m’amour ne voulez perdre.
– Frere, dist ele, et je pour l’amour que vous avez nommee m’en soufferrai, car il est droiz que je le face, depuis que il est ainssi. »
Dont fist Josias sa sereurNera garder curieusement a son conseil privé. Si me veul ore de lui et des autres taire, car je y savrai bien repairier taire de lui G , et revendrai vendrai B au roi d’ArragonDyomarques et as autres a., ainsi comme j’en laissai a parler ci devant B G .

[20] Ci repaire li comptes au roy d’ArragonDyomarques et a Pelyarmenus.

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Enluminure sur 1 colonne et 13 UR. Le roi d’Aragon et un conseiller discutent avec un enfant.

§364 Or dit li comptes que, quant li rois d’ArragonDyomarques et li autres furent re[c]venuz remis B arriere, si comme dit est devant el compte, il furent tuit que tout furent B desesperé, car il virent bien que moult leur fu mesavenu, quant il furent si a point secouru et si ne sorent de qui, ce est a dire leur anemis B . Adont envoierent une espie por savoir et enquerre qui cilz estoient. Lors s’en vint .i. garçon qui moult iert soutilz et plains d’enging, et ne fina si vint a Laomedon, et sot qui cil furent que il queroit. Il revint au royDyomarques et li dist :
« Sire, c’est vostre bon frere Josyas, le filz au roy d’EspaigneTheodore.
Josyas ? dist il. Ce ne puet estre! Garde que tu dies voir puet ce estre voirs B !
– Sire, dist il, voirement est il ce.
– Par foy, dist il, je ne le croirai ja ce ne puet estre B , pour riens qui vive, car je n’i ai pas veu veue B s’enseigne.
– Sire, dist il, de ce ne puis je mais, mais quar B verité vous ai dite dit B . »
Dont manda li roisDyomarques Pelyarmenus son neveu et li dist ceste chose. Quant il l’entendi, si ne le volt croire et dist :
« Vous avez poi de sens, qui cuidiez que Josias me deust grever pour eulz aidier!
– Par mon chief, dist li roisDyomarques, c’est toute verité. »
Et quant quar B il sot ce, si jura son .i. trop grant B serement que jamais il B n’avroit repos si avroit tant mis de gent ensemble que secours qui leur peust venir ne leur avroit ja B mestier. Dont envoierent a Romme pour secours si esforcieement comme il miex porent. Avec ce manda les garnisons partout aus contes et aus dux que il avoit a[d]trais a sa cordele. Si en y ot de tiex qui moult a enviz se murent. Mais quant il sorent que Helcanus fu estoit B pris et li emperieresCassidorus ne revenoit, si ne l’oserent refuser laissier B , car bien cuidierent que tout deust avoir en sa main. 💬Nouveau § B Si B ne demora pas .iii. semaines que il orent mis ensemble .iiiim. hommes, qui moult durent faire G a douter. L’autre partie sot cest affaire, si furent aussi comme touz esbahiz, car moult avoient des leur perdus, dont il et B estoient moult afebloié. Et si ne savoient secours qui de nule part leur peust venir que ce ne fust trop tart. Et nepourquant nequedent B il envoierent en Galilee .i. message parler a Edypus de par le duc Borleuz, et li donnast la sa B lectre de par lui. Cil se mist au chemin, qui moult avoit ot B a aler, et ne fina si vint en la cité de Bethsaÿda, et trouva le ducEdypus, qui ja savoit que Helcanus estoit venus en Grece a grant gent. Edypus avoit ja sa gent assemblee et estoit au mouvoir quant li messages vint a lui, qui li mist la lectre en la main. Et quant il Edipus B sot la besoingne, si se mist au chemin a la voie B , o lui .xm. combatans de c. B haubers c. G . Mais ce ne pot riens valoir, a ce que Pelyarmenus avoit ja n’eust B sa gent assemblee ançois que Edypus fust meuz. Et assembla a l’autre partie de toutes pars, si que il n’i ot nul d’eulz qui n’eust a ffaire a .iiii. ou a .v. ou a B plus G .

§365 Quant il furent ainsi tuit meslé, li dux de LembourcBorleuz avoit Laomedon laissié, garni garnie B de gent, si que la avenist se a la venist V2 G X2 💬Nous ne trouvons pas mention d’une tournure similaire à la leçon de B, qui reste obscure par la présence de la, mais qui permet au moins d’éviter le problème de syntaxe de V2GX2. que la ville ne peust estre perdue. Et la avoit Josyas laissiee sa se[e]reurNera en moult grant doute. Que Or V2 vous yroie je ramentevant diroie je G la chevalerie de chascuns ? Je ne le porroie mie faire💬 Que vous yroie... faire: Nous intervenons sur la leçon isolée de V2 en vertu de l’accord des trois autres témoins. Il est plus économique de postuler une faute de lecture dans V2 qu’une relative hypothétique procédant par agrégation (cf. Buridant, §569; cf. aussi n. au §212) dans le modèle de G et V2, sur laquelle G interviendrait par conjecture.. Mais tant dit li contes, qui bien en fait a croire, qu’ainz que B mais nule gent ne porent tant souffrir ne faire ne le porent ne firent B comme fist B la partie Helcanus. Li dux de NiseKarus meismes, dont de qui B li comptes ne puet laissier que il nel die, avoit tant feru et receu de plaies que ses boiaus estoient li e. B hors issu, et les portoit par devant lui estrainz de son bliaut, dont que B moult estoit grant pitié de lui. Et pour ce ne demoroit pas que il ne desrompist se d. en B la presse et aloit par la bataille en tele maniere que il ne sembloit pas que il fust homs terriens. Tout aussi ainsi B li bons dus de LembourcBorleuz s’i aidoit comme homme de grant pooir sans p›o‹[a]o›ir‹[ur] B . Cil quar il B avoit Dorus a garder, ne en garde, que il B n’estoit homme qui a eulz se vousist prendre, que bien ne fust receuz a l’espee, et tant en metoient a mort que mençonge seroit par semblant B du raconter dire G .

§366 Mirrus et li sien en B recevoient bien leur part pan B , et tout aussi faisoient B Josyas et B Japhus et Heleuz, et B s’i maintenoient remaintenoient B si noblement que bien parut a l’autre partie. Et tant en occistrent occioient B X2 que bien cuidoient Grieu tout perdre. Quant ce vit Peliarmenus et li rois dus r. V2 d’ArragonDyomarques, si se prisierent moult poi, quant il B pieça ne les avoient mis a la voie. Dont semonst chascuns sa gent de bien faire, et il s’esvertuerent s’esvertuoient X2 comme cil qui la force avoient. Et adont ne pot la partie Dorus plus durer, que [f]a la voie ne les couvenist a B X2 metre. Quant Dorus vit ce, si fist une chose qui moult faisoit a dont on se pooit B esmerveillier et lui a B douter : car tout ensement comme se il eust pooir seur contre B tous chevaliers terriens et nulz autres n’eust pouoir a lui, nient plus que li mains souffisant poissans B a tout le plus fort, se retourna il tout a .i. fais parmi la plus grant presse des Griex, et la en occist il tant que tout li plus hardi le ly G fuioient, comme fait l’aloe l’esprevier💬Cf. n. au §269.. Quant ce vit li duxBorleuz, qui en garde l’avoit, si sot que ce estoit par miracle de Dieu moult grant, quar par nature ne peust il ce faire. Si Dont B le commença a suivir partout la ou il aloit B . Et dit li contes que touz li firent voie, et ne trouva qui sus lui osast ferir, mais il li autre B moroient a douleur et a torment, et se metoient li pluseur a la voie. Et Mais B Diex, qui ne volt mie souffrir la destruction des preudommes, leur envoia .i. gent secours, car li bons cuens de FlandresRobert avoit ja tant chevauchié, aussi comme par inspiracion de Dieu, qu’il vint a celui point cop B a la bataille. Dont fist ses enseignes desploier, comme cil qui iert B chevaliers tres preus et tres hardiz. Qui dont veist eust veu B comment il se ferirent feroient G es Griex, ne je ne G cuit mie que il vousist y v. G lors B G estre en paradiz desci adont que il en B seust la verité G comment il se portoient prouveroient B aus cops ferir.

§367 Quant li bons cuens quens Robers B de FlandresRobert et cil li autre B qui o lui furent venuz orent tant fait que il es Griex se furent mis, bien pouez savoir [197]que il ne furent pas oiseus, ainz feroient ferirent B seur eulz en tel maniere que il estoient dolent que leur anemis il B ne se metoient mistrent B autrement a desfense, quar, si comme je truis escript, onques que B puis que il choisirent les enseignes, il ne mistrent desfense en eulz, ainz se mistrent a la voie si esforcieement comme il porent, meismes Pelyarmenus et li rois d’ArragonDyomarques d’A. n’i voudrent arrester, ains se mistrent a la voie B , et ne finerent si vindrent a Constance. Cil qui ne porent fouir furent tout detrenchié. Et tant y ot de mors que tous li pars paÿs B en fu jonchiez. Ceste envaïe fist li cuens de FlandresRobert et li sien, qui moult se merveilloient s’esmerveillierent B comment tele gent g. qui si estoient au desseure de lor anemis B furent ainssi a si poi de force B desbareté. Et quant il orent fait leur chace si avant comme il porent voudrent B , si vint l’emperiere Cassidorus au conteRobert et li dist dist li empereres au conte B :
« Sire, or pouez vous dire hardiement que vous avez mon empire gaaignié, et fussent maintenant detrenchié mes hommes se vous ne fussiez.
– Sire, ce dist li cuensRobert, ce n’ai ge pas fait, ainz l’a Diex fait par miracle, ne car B encore ne me duelt li braz de chose que je y aie faite fait B . »

§368 💬Pas de nouveau § BAinssi de X2 ce parlant deparlant B G 💬Sur ce lieu, cf. Introduction. retournerent tournerent G aus autres qui estoient tel mené et si asfebloié que qu’il estoient si a. que il B es chevaus ne se pooient soustenir tenir B , ainz se pasmoient de fine f›...‹[i]ne V2 lasseté l. seur les chevaus B . Et tiex y avoit qui jus chaoient ch. qui ne se pooient tenir B . 💬Nouveau § BQuant li cuensRobert et li emperieresCassidorus virent ce, si en orent grant pitié. Il ne sorent as quiex avant venir vertir B X2 , fors tant que il enquistrent li quiex estoit dux de LembourcBorleuz. Bien fu qui leur enseigna. Dont vint li emperieresCassidorus a lui, quar si comme B [b]dit li estoit leur avoit esté B que comment B il avoit la besoigne emprise. Si Il B le trouverent en tel point que ensi comme B Dorus le tenoit entre ses braz, et ne s’en B failloit gueres que il ne cheoit du sanc que il avoit perdu. Lors parla li emperieresCassidorus a son filz Dorus, qui mie ne le congnut, et dist :
« Biau sire, tenez le, que il ne chiee, par quoi il ne soit bleciez !
– Ha ! sire, dist G li damoisiausDorus, dites moi a qui vous estes ›v‹[e]stes V2 et dont vient cest grant ne qui est cilz B secours qui de tel peril nous a getez.
– Amis, dist li emperieresCassidorus, je sui au conte Robert de Flandres, qui Li quens B s’est mis en ceste oevre l’uevre B pour l’amour du duc de LembourcBorleuz, dont il a oÿ parler, qui maintient ceste guerre vostre pere B . »
Dont prist p. maintenant G li emperieresCassidorus le ducBorleuz entre ses bras et le tint tant que il fu revenuz a lui. Dont ouvri li dusBorleuz les ses B iex et l’esgarda l’e. el vis B , si se merveilla moult ot merveille B qui il estoit, car onques mais ne l’avoit veu. Dont geta .i. grant souspir et dist :
« Ha ! souverainz Diex, que nous est avenu ? »
Dont parlerent li cuens de Flandres B Robert et li emperieresCassidorus et distrent :
« Sire, Diex vous ›n‹[v]ous X2 a par pour G nous confortez. Si l’en rendez graces et merciz, car ce n’est pas par l’oevre bonté B X2 qui en nous soit. »

§369 Quant li duxBorleuz ot l’empereourCassidorus et B le conteRobert entendu entendus V2 , si fu moult esmerveilliez et dist :
« Diex, qui tout pués puet B justicier en une heure de jor, Tu soies de Toi meismes s. B beneois et graciez ! Et vous, sire cuens, qui paine y avez mise, Cil pour Qui vous l’avez fait, ce est Diex B , le qu’I le G vous rende ! »
Lors fu li dusBorleuz envoiez en Laomedon et li le B mena Dorus pour lui metre a point [c] des plaies qu’il avoit de ses p. B . Li emperieresCassidorus et li cuensRobert alerent cerchant enchercant B les renz et queroient B les souverains, et trouverent le duc de NiseKarus gisant par a B terre, et avoit ses boiaus hors de lui, et le pleuroient ses chevaliers, qui moult avoient que moult estoit B grant pitié de lui. Et quant il furent la venuz vindrent la B , si demanderent qui cilz estoit. Dit leur fu que ce estoit Karus le duc de Nise. Et quant li emperieresCassidorus l’entendi, si cuida que il fust de la partie Pelyarmenus💬Le changement de camp de Karus est relaté aux §238-243.. Si dist que ce estoit le greigneur anemi que Helcanus avoit eust B X2 . Dont respondi uns chevaliers qu’il n’avoit homme nul B de sa partie qui plus eust avoit B mis grant paine X2 a lui aidier que il avoit. Et quant li emperieresCassidorus il B X2 oÿ ce, si se tut et dist que ce ne cuidoit il mie. Ceste parole oÿ li dusKarus et si B G ouvri les iex et regarda l’empereourCassidorus, aussi comme par aventure, et le congnut. Dont ne pot parler pour la grant doleur que il avoit au cuer souffroit B , si li vindrent les lermes aus iex, et commença moult fort a gemir.

§370 💬Pas de nouveau § BQuant li emperieresCassidorus vit ce, si se pensa qu’il l’ot congnut, si se traist arriere. Dont prist le conteRobert et le traist d’une part et dist :
« Sire, cilz dusKarus m’a recongneu. Gardez que je n’i soie encusez tant que je me face congnoistre, car ainz que ce soit savrai je el car, avant que connoistre me faice savrai el que je ne sai B .
– Sire, dist il, dont ne vous metez mie en lieu ou vous soiez recongneuz.
– Non ferai je », dist il. Dont se mistrent a la voie lui et o lui B Daphus et alerent s’en a. B au lieu ou on tendi le tref le conteRobert dehors Laomedon, ou plus bel lieu et el plus souffisant. Li cuensRobert fu demorez ou li dusKarus fu en tel point. [d]Et quant il fu revenuz a lui, si geta granz souspirs et dist :
« Ha ! Diex, que est ce que j’ai veu qui vi je ore B ? Ou est li emperieresCassidorus ? Faites le moi venir ! »
Dont parla li cuensRobert et dist :
« Amis, dites moi B comment il B vous est et B duquel empereour parlez vous💬Remarquer l’inversion du sujet dans une interrogation indirecte..
– Sire, dist il, de mon seigneur que je vi ore, si com moi semble. »
Dont y ot aucuns qui moult fort plorerent souspirerent B , car il cuidierent qu’il ne fust mie bien a lui a pour B 💬La préposition marque ici la cause: "à cause de", "en raison de". la douleur que il sousfroit. Et sanz faille il meismes en B fu deceuz, quar, quant il vit que on le celoit, si cuida que ce eust esté fantosme.

§371 Ainssi fu li duxKarus menez et aportez el chastelLaomedon. Meismes Josyas et li autres et Mirrus, qui moult avoient avoit B receuz de pesanz cops, se furent mis dedenz la villeLaomedon et tout cil qui plaié furent et navré, de quoi parole parlé G deust estre. Dont furent li mire moult curieus d’eulz garder. Dorus ala partout p. partout V2 pour chascun mercier et conforter de leur meschiez, et trouva que de touz les princes n’i ot nul que li mire n’eussent en tout en G couvent de a B X2 guerir, fors le duc de NiseKarus; mais cil estoit tiex menez que moult s’en desconfortoient. Aprés ala Dorus entre lui et Leuz par devers le conte de FlandresRobert Il en vint au conte, il et Leus B et se mistrent a genouz devant lui, et il les en leva G moult tost et leur dist :
« Ce ne faites jamais, car je sui touz du tout B vostres !
– Ha ! sire, dist li enfesDorus, bien m’avez nous a. B hui moustré moustree B X2 la vostre grant bonté, car tuit eussons esté mort se vous ne fussiez. »
A ces paroles estoit li emperieresCassidorus presens, qui mist Dorus a raison et li dist :
« Sire, estes [e]vous ce, qui estes filz a l’empereour de CostentinnobleCassidorus ?
– Sire, dist il, Cassidorus doit estre mon pere voirement, et Helcanus mon frere germain, que Peliarmenus tient en prison p., si en ot moult grant merveille et demanda comment il avoit esté pris V2 G 💬V2G opèrent un saut en avant, cf. début du § 372. par sa grant B X2 desloiauté et par sa grant G traïson. »

§372 💬Pas de nouveau § BQuant li emperieresCassidorus il B entendi que son filz li einznez Helcanus G Helcanus estoit fu B en prison, si ot en ot B X2 moult grant merveille et demanda Lors li conta Dorus G comment il avoit esté pris.
« Sire, dist Dorus, ce vous dirai je bien. »
Lors li conta toute la traÿson comment ele
et comment la traïson G
avoit alé. 💬Nouveau § BEt quant il l’ot li empereres ot ce B entendu, si fu moult yriez, car il le cuidoit en l’ost avec les autres, si dist d. que B G :
«  Verité dist disoit B cil qui ce B et G dist que nulz ne se puet de traïson gaitier💬nulz ne se puet de traïson gaitier: L’expression sentencieuse est inconnue des répertoires, mais la morale qu’elle exprime n’est pas absente d’autres aphorismes comme "L’en ne se peut gaitier de mauvaise adventure" (Lincy). !
– Ha ! sire, dist adont G Dorus, se vous saviez comment il me cuidierent metre a mort et une moie suerCassidore aussi que je ai !
– Comment ! dist li emperieresCassidorus. Comptez le a B X2 mon seigneurCassidorus, si ferez que courtois💬Le texte de V2 et G peut se comprendre de plusieurs façons. Soit c’est le comte Robert de Flandres qui intervient et parle à Dorus (Comptez ... courtois), en lui demandant de raconter à Cassidorus (qu’il désigne par mon seigneur) les événements passés; soit Cassidorus, qui désire rester incognito, prie à Dorus de relater à Robert ce qui leur est arrivé. Dans B et X2, qui transmettent peut-être la leçon héréditaire (mais voir Introduction sur la suspicion de contamination concernant X2), c’est toujours Cassidorus qui parle, et mon seigneur est utilisé en adresse à Dorus..
– Par Dieu, sire, dist il, ce ne ferai je pas a enviz. »
Dont leur conta tout G du commencement dejusques en la fin. Quant li cuensRobert et li emperieresCassidorus orent ce Dorus B entendu, si s’en esmerveillierent moult. Et adont traist trait G li emperieresCassidorus le conteRobert d’une part et li B dist :
« Ore, sire, avez vous bien entendu. Est il Il est G bien mestiers que ces choses soient mises a point ?
– Certes, sire, voirement est ce moult grant douleur quant cil qui sont engendré [f]d’un sanc font tel malice pour l’onneur du siecle !
– Sire, dist il, tele est envie, qui touzjors mais durra ne ja ne faudra💬tele est envie... faudra: Le tour sentencieux n’est pas recensé dans les répertoires. Il révèle le moteur des actions menées par Pelyarmenus.. »
Ainssi parlerent de pluseurs choses dont je ne puis faire mention. Et quant il ot enquis a Dorus ce que il volt, si prist congié a eulz, et il B il X2 s’en revindrent revint B au chastelLaomedon ou li tout li B autre estoient.

§373 Li emperieresCassidorus, qui moult estoit en grant soupeçon de son filzHelcanus, ne sot que faire, se il congnoistre se feroit en la terre avant que plus grant mal V2 en venist, car il pooit bien savoir qui amis et qui anemis li estoit. Dont parla au conteRobert et a Daphus son compaignon, que il le li B conseillassent de ceste chose.
«  Par foi, distrent il, vous en estes plus sages que nous ne soions. Si en faites feréz X2 vostre volenté B .
– Par foi, dist il, je sui poi sages et ai esté de ceste chose, ne, se je le vouloie faire, je ne saroie auquel chief B commencier. »
Dont parla dist G Daphus et dist G :
« Sire, se se vous B croire me voulez, vous ja ne B vous ferez autrement congnoistre desci adonc que je meismes avrai parlé a Pelyarmenus et savrai sa parole et B pourquoi il a saisi l’empire en tel maniere comme nous entendons. Aprés, selonc ce que je savrai de B X2 sa response partie et sa r. G , si avrez conseil de vous faire congnoistre.
– Bien m’i acort, dist li emperieresCassidorus, mais que se B ce semble bon a mon seigneurRobert, qui ci est.
– Sire, ce dist li cuensRobert, ce ne puet [198]mie trop grever. »
Dont orent conseil que Daphus yroit a Pelyarmenus, aussi comme messages, et porteroit unes lectres seelees teles comme on li envoieroit B . Il fu tart et li mengiers fu pres, si alerent mengier par l’ostel G . Et quant il fu temps d’aler dormir, si le firent, et puis au matin se leverent. Dont s’apresta Daphus et prist ses armes, si s’en fist moult richement appareillier. Adont monta el cheval et pendi .i. escu a son col co›r‹[l] V2 , fort et pesant, et puis B prist .i. fort espiel espie B . Et tout ainssi prist se mist B X2 a chevauchier parmi l’ost, ou il fu moult esgardez de pluseurs. Il Il|Il X2 a ala tant qu’il ot B tant chevauchié que il vint en la cité de Coustances Constantinoble G , ou Pelyarmenus estoit, o lui grant plenté de barons. Mais quant il fu aperceuz de sa gent, il si B vindrent a lui et li demanderent a cui il estoit. Il respondi et dist que il estoit a Cassydorus, empereour de Costentinnoble Cassidorum (sic) B .

§374 Quant il oÿrent ce, si cuidierent qu’il venist de Romme ou d’autre lieu ou Pelyarmenus l’eust l’avoit G envoié. Dont passa outre parmi la citéConstance et ne fina si vint el palais p. ou Peliarmenus estoit B palais G . Il descendi; si fu bien bien fu B qui son escu et son glaive li tint et son cheval aussi. Il Si G monta m. amont B el palais, si haubergiez comme il estoit s’e. partis de sa gent B ; moult fu esgardez de touz. Lors saillirent chevaliers, qui li enquistrent qui il estoit, et il n’en ne G daigna mentir, car il dist que il estoit a l’empereour de CostentinnobleCassidorus, cil qui avoit esté [b]filz Laurin et estoit appelez Cassydorus. Dont furent cil tout esbahi et demanderent ou il estoit. Il dist que ce saroit il bien dire a leur seigneurPelyarmenus. Et dont ne targierent cil plus, ainz si B vindrent en une chambre ou Pelyarmenus estoit, et estoit moult navrez et bleciez. Dont li dist dit B uns chevaliers :
« Sire, la hors a est B .i. chevalier qui dit dist B X2 que il est a mon seigneur vostre pereCassidorusDaphus et dit dist B X2 que il veult parler a vous.
– Comment ! dist il. Que ne l’avez vous fait venir avant amont B ?
– Sire, dist il, il est de ses armes garniz : voulez vous que il ainssi viengne avant ?
– Nenil, dist il, faites le de ses armes desgarnir li oster B se il a moi veult parler. »
Dont Dont/Dont X2 s’en vint cil a Daphus et li dist ainssi autressi B . Lors dist Daphus :
« Sire, sachiez que je moult volentiers le ferai. »
Lors fu moult mlt (sic) V2 tost de ses armes desarmez desnuez B et demora en son auqueton. Si se mist aprés le chevalier a voie B G qui l’enmena le mena G en la chambre ou Pelyarmenus estoit. Quant il le vit, si l’a maintenant congneu et dist :
« Bien viengne Daphus, li miens mon B bons amis, et aussi sui je aussi comme je sui B le sien ! »

§375 Quant il Peliarmenus B ot ce dit, Daphus li dist si dist D. B :
« Sire, Diex vous maint a voie de verité joie G !
– Amis, dist il, Diex vous en oïe ! »
Dont fist Pelyarmenus vuidier ceulz de la chambre, fors lui et Daphus. Quant Daphus le vit, si s’aprocha de lui et li dist :
« Sire, je sui a vous envoiez de par celui qui vostre pereCassidorus doit estre.
– Amis, dist Pely[c]armenus, qui est cil de qui tu diz ?
– Sire, dist il, c’est li emperieres de CostentinnobleCassidorus.
Li Sire, li V2 emperieres de CostentinnobleCassidorus li emperieres de Constantinoble ? dist il G ?
– Sire, voire.
Et B qui est emperieres de Costentinnoble ?
– Sire, dist il, Cassydorus, qui fu filz Laurin.
– Amis, dist il, il est pieça mors.
– Sire, dist Daphus il B , gardez que vous direz dites B X2 ! Je le laissai hier matin assez pres de ci.
– Par foi, dist il, merveilles oi ! Et comment est ce dont qu’il n’est a moi venuz ?
– En non Dieu, sire, ainz vous mande que vous a lui vengniez.
– En quel lieu ? dist Pelyarmenus.
– Sire, devant Laomedon, ou il est. Et n’a pas .iii. jours que il y est venuz vint B X2 , o lui le conte Robert de Flandres.
– Ha ! Daphus, dist il, me veuls tu tu dont B traïr ? As tu fait empereour de autrui que de moi ?
– Sire, dist Daphus, je ne sui pas traitres, ne traïson ne fis je B onques. Et se vous vouliez dire que je traitres fusse, moult vous volentiers B en yroie tost B a l’encontre, car vous n’avez droit en l’empire, car vostre pereCassidorus est en vie. Et tout fussiez vous ainssi saisi de l’empire comme vous estes et il fust mors, si n’i avez a. vous X2 nul droit. Si vous loeroie que vous venissiez a vostre pereCassidorus a merci et le receussiez recevez vostre pere B , si comme vous le devez faire devez B , et li osfrissiez l’offrissiés G amende l’a. G de son empire, que vous avez saisi sanz raison et a tort venez a lui a merci de ce que vous avez meffait a son empire saisir B , et de son filzHelcanus, que vous tenez em prison.
– Biau sire Daphus, dist il B , bien pouez dire en partie vostre volenté, car ja[d]diz me feistes vous v. me feistes vous (sic, répété) G courtoisie. Et ou B je maintenant la le G vous veul rendre a .c. doubles, car, par la foy que je doi a B Fastidorus, mon frere, se ne fust ce, jamais de moi ne partissiez sanz vie perdre!
– Comment, sire! dist Daphus. Pourquoi dites vous ce ? Quele chose vous amenroit a faire a moi B moi faire G tel vilanie que vous me dites ?
– Je le vous dirai, dist il. Vous me dites que, tout fust mes peresCassidorus mors ore m. B , que que je B nul droit n’aroie en la terre tenir.
– Sire, dist il, je vous di verité, tant comme Helcanus vive ne Dorus son frere B , qui maintenant est devant Laomedon.
– Biaus sire, dist Pelyarmenus, Helcanus et Dorus, de qui vous parlez volez parler B , sont pieça mors. Meismes mon pereCassidorus, que vous dites qui est en vie, est trespassez grant piece a. »
💬Nouveau § B Quant Daphus oÿ ce, si fu moult esbahiz et dist :
« Par foi, merveilles puis oïr, que tout ce que vous me B dites savez bien que c’est faus, et si le voulez faire estable.
– Comment ! dist il. Voulez vous faire empereour de celui qui me nia el Chastel V2 Mignot que il n’estoit pas mon pere B Cassidorus💬Référence à la rencontre entre Cassidorus et Pelyarmenus au Chastel Mignot où le fils est parvenu à trouver son père, mais lors de laquelle Cassidorus nie leur lien lignager. Voir le Roman d’Helcanus, §289-291. ?
– Sire, dist d. il B G X2 , voirement est celui emperieres de Costentinnoble.
– Pourquoi, dist adont B Peliarmenus il a. P. (sic) G , me dist il que il mie ne l’estoit ?
– Sire, dist il Daphus B X2 , ce que il dist en dit B d. ce que il dist (sic, répété) G ne fu pour el que il mie ne se vouloit faire congnoistre ne B a vous ne a autre.
– Par mon chief, dist il, ja par cestui barat n’i enterra ! Comment deable me cuide il dont faire entendre entre G que ce soit mon pere aprés ce que il me nia ? Ja par Dieu ne croirai ce B que ce soit il, car, se [e] il ce B fust cil que on dist dit que B , il ne m’eust renié noié B pour tout le monde. Et autant Ainsi B puis je dire de celui que je tieng en ma prison, si comme vous dites. Li rois d’ArragonDyomarques cuidoit si c. B que ce fust mon frere et le me fist chiez le roy d’EspaigneTheodore entendant. Quant je li diz pour quel raison pourquoi B il estoit contre nous, car il estoit filz mon pereCassidorus et j’estoie son frere, il dist que ce ne savoit il mie, et bien le me B nia, et je aussi le ni, et tout aussi fais je celui que qui B vous dites qui mon pere estCassidorus ! »

§376 Quant Daphus oÿ ce, si fu touz esbahiz, car il vit bien que cil metoit barres et excusances avant par quoi il se couvroit de son malice.
« Sire, dist il, je vous dirai une raison par pour B quoi vous ne le pouez nier : tout ne le veissiez veistes G vous onques, il ne puet estre que, de quelconques quele B quelque G heure que il voudra estre congneuz, que il ne le soit des princes de cest paÿs.
– Ne m’en chaut ! dist il. Face soi congnoistre des quiex de qui B que il voudra ! »
Et quant Daphus vit ce B que il n’en porroit el traire, si li dist :
« Sire, moult me poise de ceste chose ceste V2 ce G se amender le peusse pooie B . Et sachiez que, se vous me m’en B voulez croire, vous que v. B en vendrez a meilleur chief que vous faire ne n’en B doiez, et je arriere m’en yrai quant vous autre chose faire n’en voulez.
– Nenil, dist il, tant comme la volenté aie que je sent. »
Atant prist congié Daphus et fu resaisiz de ses armes et se mist en son chemin. Pelyarmenus, qui pensa bien que li emperieresCassidorus serois conjoïz d’aucuns princes de la terre, si B X2 manda le roy d’ArragonDyomarques que pour Dieu il venist a lui, [f]car il ne pooit a lui aler, et il si fist. Et quant il fu y fu X2 venus, si li conta tout ainssi ain (fin de ligne) B comme Daphus li ot dit. Quant il entendi ce, si fu moult esbahiz et dist :
«  Comment Voire B ! Est ce dont cil qui fu contre moi pour le roy d’EspaigneTheodoreCassidorus, qui ne li estoit cui il n’estoit B riens💬cil qui fu... riens: Référence au Roman d’Helcanus , §51-57. ? Par Dieu, moult li cuide chier vendre a ceste fois ! »
Dont manderent touz les princes du paÿs qui avoient esté desheritez pour le fait de l’empererizCassidorus; et leur fu dit que ore se pooient il vengier de leur peres et de leur amis qui ars et mors avoient esté sanz raison et, se il pooient au desseure venir de ceulz celui B qui ainssi les avoient avoit B bailliz, touz les remetroit en leur seignories. Dont s’afichierent moult que il leur pooir en feroient. Meismes li autre, quant il sorent et oÿrent noncier de l’empereourCassidorus, si furent moult esbahi et virent bien que il orent meserré mes›i‹[e]rré V2 et que comparer compter B leur couvenoit couvendroit B se li emperieresCassidorus en venoit au dessus. Si distrent que il metroient le tout pour le B tout et feroient a Peliarmenus grant B aide.

§377 Daphus, qui partiz s’estoit de Pelyarmenus, n’arresta si vint ou li emperieresCassidorus estoit devant Laomedon. Quant il fu descenduz, si vint devant li et li conta tout ainssi comme il avoit trouvé a son filzPelyarmenus. Quant il oÿ ce, si fu moult yriez et s’en vint la ou li contesRobert estoit, si et G li dist :
« Sire, que conseilliez vous de ceste tel B X2 chose ? Autre response ne puis je avoir de ceste chose B de ceste chose X2 de X2 cel deablePelyarmenus ! »
Lors li conterent tout ainssi comme il avoit li a. X2 dit et comment il s’afichoit [199]de ses enfanz metre au dessouz. Dont parla li cuensRobert en tele maniere et dist dist li contes G :
« Sire, se je estoie en vostre point, je manderoie a B touz les princes de ceste terre, par lectres et chascun par son non, que il venissent a moi et me recongneussent receussent B a seigneur. Lors ne porra estre que aucuns n’i ne G viengne viegnent B X2 , car il cuident que vous soiez perduz ou mors. Et tiex vendra a vous, quant il vous savra en vie, qui poi vous priseroit se vous estiez mors. Et avant que vous faciez ceste chose, faites vous congnoistre a ceulz qui ci ont maintenu ceste guerre, car au mains en seront il plus a aise et miex m. en seront B entalenté de bien faire d’ore en avant, car bien sachiez que moult vous aimment et prisent, et vous et vos enfanz. Quant Aussi, q. B il ne sevent nouveles nule n. B de vous, ainz cuident que vous soiez mors, et si ont mis leur cors et leur vies pour le droit metre avant et et pour B le tort abatre et B abaissier. Si les en merciez, et il en seront de leur maus alegiez alegier (sic) B quant il vous verront en present.
– Par Dieu, sire, ce dist dit X2 Daphus, moult dites bonne raison.
Sire Biax sires B , ce dist li emperieresCassidorus, je le ferai, quant vous le me conseilliez. Mais la raison pour quoi que B je ne me vouloie mie faire congnoistre encore, c’estoit💬 Mais la raison... c’estoit : Sur les constructions disloquées, cf. Note linguistique. pource que je vouloie savoir comment mi ami se prouveroient d’aidier ceulz a c. G a qui qui B il le devroient faire pour droit et pour raison.
En non Dieu, ce dist li contesRobert B , bien le pouez aujourd’ui savoir sanz autre prouvance faire preuve G .
– Certes, dist il l’empereur G , vous dites [b] verité voir B G , ne plus ne les veul esprouver. »
Adont fist mander par Daphus son chier filz Dorus que il venist, car ce estoit cilz en qui il se devoit plus le p. X2 fier de touz ceulz qui la estoient assemblé et que il miex devoit amer.

§378 Quant Daphus oÿ ce, si fu moult joians de ceste chose. Adont s’apresta moult noblement et vint a tout o lui B .x. chevaliers en Laomedon, ou Dorus estoit avec le duc de LembourcBorleuz, qui moult estoit au dessouz de sa force. Quant Dorus les vit, si vint a eulz et si B leur fist moult grant joie. Et lors li B dist Daphus :
« Mes sires li emperieresCassidorus vous mande que vous a lui veigniez. »
Et quant Dorus oÿ parler de l’empereourCassidorus, si fu touz esbahiz, car il ne cuidoit mie que ce fust de son pereCassidorus dont💬ce fust de son pere dont: Remarquer l’expression pléonastique du génitif dans toute la tradition. il parlast, si respondi et dist :
« Sire, qui est cilz emperieres que vous dites qui me mande ?
– Sire, dist Daphus, c’est vostre pereCassidorus.
– Mon pere ? dist il. Vrais Diex ! Puet ce estre cestre B voirs vrais G que vous me dites ?
– Sire, ce dist Daphus il B X2 , verité vous di je. »
Lors ot Dorus tel joie que il ne pot mot dire, ainz li vindrent les lermes vint l’yaue B aus iex et dist :
« Biax tres douz Diex, qui droituriers estes, en Vos oevres loez et graciez soiez vous (sic) G Vous de ces nouveles ! Or ne plaing je aujourd’ui ma perte p. inte V2 toutes mes pertes B se poi non, mais que ce soit voirs ce B G que j’entens !
– Sire, dist il, ja le porrez veoir.
– Par foi, dist il, je ne sai, mais poi le congnoistroie, se il ou autres ne le me a moi ou a autre ne se B faisoit connoistre, car trop estoie jones quant il de moi parti. »
Lors n’i mist plus longue [c]atente, ainz se mist a la voie avec eulz sanz autre compaignie que de Leuz d’elz B et de .ii. autres chevaliers. Quant il vindrent devant l’empereourCassidorus, si se lessierent cheoir a ses asses V2 assez G piez li dui damoisel d. sans dire nul mot B . Et quant il vit ce, si en B ot moult grant pitié et les en B leva au plus tost que il pot. Dont prist Dorus entre ses braz et le commença a baisier en pleurant, et et li B dist :
«  Chier filz, vous avez eu grant Or avez vous bien eu B mestier d’aide.
– Ha ! pere, dist Dorus, comme vous avez fait ci a eu B longue demoree !
– Biaus filz, dist il, 'longue demoree fait a la foiz a eu a la fois mestier et fait B cuer joiant'.
– Sire, dist il, c’est voirs verité B , et a la foiz cuer B courrecié.
Par foi Certes B , dist il li empereres B , c’est verité voirs B . Autant y a de l’un comme de l’autre, et tout G aussi est il de la moie demouree.
– Ha ! peres, dist il, en quel lieu pouez vous avoir ou avéz vous G tant demouré, qui en tel point nous avez a. tant B laissiez ? Meismes mon frereHelcanus, que qui G vostre filzPelyarmenus a traÿ, dont j’ai le cuer si dolent que a poi que je n’en is hors B X2 de mon sens ?
– Filz, dist li emperieresCassidorus, souffrance doit estre souffraiteuse, et par souffrir vient on a la mainte B foiz a ce que on ne feroit pas pour la greigneur force du monde💬par souffrir... monde: L’expression sentencieuse n’est pas répertoriée.. Or pouez vous congnoistre vos amis et savoir qui sont B vos anemis.
– Certes, peres, dist il, vous dites verité. Et j’en je B congnois de tiex par ceste chose qui moult me plaisent doivent plaire B et tout aussi a a. V2 le contraire. »
Adont dist li emperieresCassidorus au conteRobert :
« Sire, or veul je que vous m’aidiez a visiter ces barons, qui tele amour m’ont faite fait B , si comme de leur cors metre tout adés avant B en aventure [d]de vie perdre.
– Sire, dist il, ce ferai je B volentiers. »

§379 Dont s’apresterent il B moult gentement et furent .c. chevaliers touz acesmés d’unes robes, puis monterent es palefroiz, et tout ainssi se le G mistrent en Laomedon et entrerent en la ville. Dorus, qui chevauchoit delez moult estoit prez de B son pereCassidorus, li B dist :
« Sire, mon seigneur le duc de LembourcBorleuz vous couvient premiers visiter, car il moi et ma suerCassidore, si comme je vous ai conté, a nous a G il B norriz, et toute ceste gent ici a il B assemblee, car que B ja uns touz seulz n’i n’i en V2 G 💬Le sens du passage est rendu difficile, dans V2G par la présence du clitique en, sans doute attiré par la fréquence relative de la séquence en fust. La pertinence du clitique étant difficile à défendre, nous intervenons d’après BX2. fust venuz se il meismes ne les y eust fait venir.
– Biax filz, dist li emperieresCassidorus, ce ai je bien entendu. »
Dont s’en vindrent a l’ostel le duc de LembourcBorleuz ou il ou li dus B X2 estoit. Si sont de leur chevaus descendus, puis et B monterent amont et si B vindrent la ou il estoit. Et quant il les vit, si fu aussi comme touz esbahiz. Il se volt drecier, quant li emperieresCassidorus et li cuensRobert le detindrent et s’assistrent se laissierent cheoir B delez delz (sic) B lui. Et dont parla li emperieresCassidorus et li dist :
« Sire dux, comment vous est il de vos plaies ?
– Sire, distrent li mire, nous le vous rendrons sain et entier dedenz un d’.i. V2 mois.
– Par mon chief, dist li emperieresCassidorus, et vous preu y avrez. »
Dont parla Dorus, qui moult fu engranz de dire au ducBorleuz :
« Sire, savez vous a qui vous parlez ?
– Certes, amis, dist li dusBorleuz, je ne congnois pas touz ceulz qui ci B sont venuz avec mon seigneur le conte de FlandresRobert, mais bien croi que il soit a lui.
– En non Dieu, [e]sire, voirement est il a lui, et tout aussi sui je son filz, car il est emperieres de CostentinnobleCassidorus. »

§380 💬Pas de nouveau § BQuant li dusBorleuz entendi ceste parole l’e. B , si fu touz esbahiz. Et lors dist Dorus aprés :
« Sire dus, vous n’avez pas vostre paine mal emploiee, car vez ci mon seigneur l’empereourCassidorus l’e. mon pere B , que nous vous avons ci je vous ai B amené pour vous B mercier du grant secours et et pour vous faire s. B des grans paines que vous avez pour lui eues et eues B pour ses enfanz. »
Adont fu par fu B li dusBorleuz si esbahis qu’il ne sot que respondre, si esgarda l’empereourCassidorus et dist :
« Sire, pour Dieu, dites se vous estes celui que nous avons tant atendu.
– Chiers amis, dist li emperieresCassidorus, voirement sui je cil, n’en doutez mie. Et em brief temps en porrez p. vous B savoir plus vraies nouveles. »
Lors ot li dusBorleuz tel joie que bien le pot on veoir, car ainz onques B mais nulz B hom ne le pot faire plus lié que si liez d’autre comme B il fu fist B de li. Et quant il se furent conjoï, si que bien plot a touz, si si se partirent de lui et B alerent a Japhus et puis a Josyas et puis dont B aprés au duc de NiseKarus, et celui trouva li emperieresCassidorus moult que il estoit m. B ataint. Et sitost comme il le trouva et li duxKarus le vit, si cria et dist X2 Mais onques si tost ne le vit que il cria B :
« Ha ! Diex, voirement avoie je le B X2 droit se je disoie que j’avoie celui veu, qui qui est V2 G sires et souverain doit estre de moi et de l’empire ! »

§381 Dont li tendi les ses B X2 braz, et li emperieresCassidorus s’abaissa a lui et l’acola moult piteusement. Dont se conjoïrent moult fort, et si fort que B moult peust on avoir grant pitié [f]du ducKarus comment il conjoïssoit se penoit de conjoïr B l’empereorCassidorus; et el conjoïssement se rendoit moult courpables envers lui, mais li emperieresCassidorus li dist :
« Chiers amis, bien en avez l’amende l’amendise B faite, et pour ce vous aimme je tant que bien fait a merir. »
Quant il ot orent B tout B ce fait et dit que tant que X2 bien pot lor pot B plaire, si vint a Mirrus, et celui conjoï il de tout son cuer, et li dist :
« Sire, bien ot li vostres peresMirador d’Esquarre au mienLaurin mestier, et tout aussi avez vous a moi.
– Ha ! sire, dist redist X2 il, poi puet valoir chose que j’aie faite fait B se nous ne ravons arriere B X2 mon seigneur vostre filzHelcanus.
– Amis, dist li emperieresCassidorus, de ce soiez tout seür que nous le ravrons voirement et vendrons du tout au desseure, se Diex plaist, en Qui je croi. »

§382 💬Pas de nouveau § BAinssi conjoï li emperieresCassidorus les barons et ala partout la renommee de lui que il estoit repairiez. Si n’i ot nul de touz ceulz c c. V2 celz B de l’ost qui ne fust aussi comme tout asseur a., et a leur volenté de lor souffraites B . Si B X2 ne demoura gueres que li emperiresCassidorus fist faire chartres et briez et manda par toute Grece a touz les princes grans p. B que il venissent a lui devant Laomedon et le recueillissent comme leur seigneur. Quant il sorent ce, si furent touz esbahiz et ne sorent que faire de tiex y ot. Et li auquant aucun B G X2 vindrent a Pelyarmenus et li distrent :
« Sire, malement vous nous va et B nous avez deceuz quant vous nous B X2 disiez que vostre peresCassidorus estoit mors et il nous man[200]de que nous aillons a lui !
– Biaus seigneurs, dist il, ce que je vous ai dit vous ferai je bien estable, mais que vous ne me failliez de ma couvenance.
– Sire, distrent il, se vous peussiez avoir secours a Romme a ce que vous peussiez contrester a ceulz qui sus vous queurent, moult esploiteriez bien.
– Certes, dist il, voirement l’avrai a. G je tel que bien fera sera B a douter a touz ceulz qui contre moi voudront estre.
– Sire, et G nous ferons serons B X2 du tout a G vostre commandement commant B 💬Comprendre faire au commandement de qn. ’agir selon la volonté de qn.’ (cf. DMF, sv. commandement), bien qu’on ne puisse pas exclure une erreur de lecture s-f.. »

§383 Ainssi se tindrent li auquant aucuns G a lui. Et de tiex y ot qui mie n’oserent venir avant au mant B l’empereourCassidorus, ainz li remanderent que il preist .i. jour a estre en la B bataille contre Pelyarmenus, et il avroient apresté eulz et leur gens et seroient en s’aide partout. Et de de par X2 tiex y ot qui vindrent a lui si esforcieement que il ne douterent la mort ne homme qui grever les peust. De ceulz y ot .ii.: et fu Licorus li uns G , dont j’ai devant parlé; et li autres fu si fu B uns riches dux, et avoit a X2 non Leodorus. Cil doi ne vindrent pas si eschariement qu’il n’eussent avec eulz .xiiim. haubers. Quant il vindrent devant l’empereourCassidorus, si firent tant par leur sens qu’il furent bienvenu. Dont ne volt atendre li emperieresCassidorus et li contes de FlandresRobert que il a tout tant de gent comme il orent ne chevauchassent contre Pelyarmenus et seur ceulz qui en s’aide estoient. Cil n’estoient [b]mie en point que il peussent issir. Si se tindrent en la cité, qui moult estoit fors, et li emperieresCassidorus se retraist retrait X2 vers Laomedon, et fist la tour assaillir, qui si fors estoit qu’il ne n’i B porent riens faire. Si n’i firent pas moult grant force pour les navrez, dont la ville es[c]toit moult porprise, par pour G quoi li emperieresCassidorus s’en souffri tant que bien porroit porent B X2 estre au desseure de leur santé. Si me tairai vueil taire G d’eulz une piece G , car li contes revient et revendrai G a Helcanus, dont je me sui une moult B grant G piece teuz.

[21] Comment Pelyarmenus envoia Helcanus son frere B a Romme a Fastidorus son frere B F. son frere G et a sa mereFastige la m. du dit Peliarmenus et Fastidorus G .

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Enluminure sur 2 colonnes (b-c) et 16 UR. Deux gardes mènent un enfant à un roi, sur son trône; à l’arrière-plan un chevalier et une vieille dame éplorée.

§384 [b]Ci endroit dit li comptes que, quant li doi chevalier se furent parti de Pelyarmenus, il ne finerent par leur jornees, l’un jour aprés l’autre plus, l’autre mains B , tant que ›q‹[c]om X2 il vindrent en la cité de Romme. Dont s’en vindrent au Palais Majour. Et la estoit l’empererizFastige, o lui grant plenté de dames et de damoiseles. Meismes y estoit Aphode, qui fame estoit Phastidorus, et Ysodore, qui fame estoit Pelyarmenus. Ces .ii. dames estoient filles au roy d’EspaingneTheodore et avoient toutes de grant amour amé Helcanus, si comme devant a esté dit el compte💬Référence, pour ce coup de foudre généralisé des quatre filles d’Espagne pour Helcanus et ensuite pour les péripéties que cela suscite (toujours dans ce roman d’ailleurs) au Roman d’Helcanus, §172.. [c]Quant li chevalier furent tout descendu, si orent Helcanus apresté et l’enmenerent le menerent B X2 amont el palaisPalais Majour. Dont vindrent les damoiseles nouveles B X2 es chambres a l’empererizFastige l’e. de Romme G et li distrent nouveles B X2 que Pelyarmenus avoit envoié .i. chevalierHelcanus en B prison de Costentinnoble. Dont commanda l’empererizFastige que on devant lui l’amenast le menast B X2 , et on si fist. Dont fu Helcanus presentez moult noblement, comme cilz qui estoit en robe de pourpre, et estoit si biaus que nulz plus de lui💬 nulz plus de lui: Comparaison elliptique, comprendre "personne n’était plus beau que lui".. Dont distrent cil :
« Ma dame, Pelyarmenus nous a a vous tramis et vous envoie cest chevalierHelcanus a faire vostre volenté.
– Bien avez fait le message », dist ele. Puis Dont B leur dist a touz [d]ensemble que bien fussent il venuz. Lors commanda conmouda X2 que il s’alassent touz desarmer et appareillier, et il si firent. Helcanus demoura entre les dames et les G damoiseles, qui moult l’esgarderent et prisierent la biauté de lui et sa contenance. Mais l’empererizFastige congnut bien que c’estoit cil qui fist destruire les princes de Costentinnoble. Lors le fist delez li seoir et li dist :
« Or ai je tant fait que je vous tien.
– Dame, dist li damoisiausHelcanus, si pouez de moi faire vostre commandement.
– Par mon chief, dist ele, bien avez dit. Et je vous ferai avoir riche prison. »
Puis Dont li B dist l’empererizFastige :
« Sire, ne me celez celz B pas que vous ne me dites ou vostre pereCassidorus est.
– Certes, dame dist il B , ainz le vous celerai bien je nel vous celerai ja B , car que B je ne le vi plus a de .x. anz ne je autres nouveles n’en sai B , ce sachiez certainement bien vraiement B ›...‹[v]raiement X2 . »

§385 Quant l’empererizFastige oÿ ce, si fu toute esbahie et dist :
« Dont me dites en quel lieu il vous laissa et vous lui. »
Dont esgarda l’empererizFastige Helcanus Helcanus l’empereriz B X2 💬Le sujet de esgarda est Helcanus: "Helcanus regarda alors l’impératrice"., et li chaïrent les iex as .ii. dames qui estoient fames ses filz. Si fu moult esbahiz et mua moult tres grant couleur et si B X2 abaissa sa chiere, que il avoit moult gente, si ne respondi mot a l’empererizFastige. Et quant elle vit qu’il ne respondroit mie, si li dist :
« Sire, pourquoi ne me dites vous ce que je vous ai enquis ?
– Dame, dist il, je pensoie ou ce avoit esté. »
Et lors li dist qu’il l’avoit laissié en .i. chastel que on apeloit le Chastel Marage, et cil seoit sus la mer de Frise.
« Et quel part est ce ? ce [e] dist fait G l’empererizFastige.
– Dame, dist il, c’est vers la mer de Frise, a la costiere d’Alemaigne.
– Et comment, dist ele, se parti il de vous et vous de lui ?
– Dame, dist il B dist il Dame dist il (sic, répété) X2 , par aventure qui la nous mena, que cil du chastelChastel Maraga avoient guerre a gent qui plus p. fort B estoient que il ne fussent. Et sot mon pereCassidorus que cil dehors avoient tort et cil dedenz droit. Si cuida aidier les plus foibles, si comme il fist. Et quant la guerre fu mise a chief, mes peresCassidorus s’acompaigna a .i. chevalier du chastelChastel MaragaDaphus, et avint que que il B la me laissa et me dist qu’ il revendroit a moi en prochain terme, mais il ne me tint pas couvent, car et B X2 puis que il de moi se departi ne fu de moi veuz. Or vous ai je en ai B dit ce que je en Autre chose je n’en G sai. »

§386 Quant l’empererizFastige oÿ ce, si ot grant B X2 merveille et dist :
« Moult bien croi que il en aucun lieu soit ou il ne se veult faire congnoistre. Et sanz faille, bien li est sens et raison failliz, quant o q. V2 il en tel point a sa terre laissiee et est alez en divers paÿs ou il n’est amez ne chier tenus, si comme il deust. Et avec tout ce a il son empire perdu, et cil aussi qui avoir devoient aprés lui l’empire le d. B , se il envers moi ne fait ce que que il G faire doit.
– Dame, dist Helcanus, quel chose a il a vous a faire ?
– Quele chose ? ce dist ele B . Biau sire, il fu .i. jour que vous bien savez que cil de Costentinnoble et de Romme firent le mariage de moi et de lui au vivant de vostre mere bonne m. B Helcana, dont li droit fu puis cong[f]neuz, par quoi je me parti de lui et il de moi. Or est depuis avenu que vostre mereHelcana est trespassee, par quoi il deust estre repairiez a moi et me tenist comme sa chiere amie, si comme je sui, et fussent mi enfant plus couvenable, ce que il me semble sembla G que il les veulle faire bastars lustars (sic) X2 , si ne fait pas bien ne B ce que il doit.
– Dame, dist li damoisiaus Helcanus G Helcanus, il me semble bien que la raison soit couvenable que vous dites, mes une chose y a que je veul que vous sachiez : comme il soit ainssi que il, sitost comme vous vousissiez, il B ne repaire a vous pour faire vostre volenté, ne s’ensuit il mie que il n’i sache aucune bonne raison par pour B quoi il l’ait fait. Et pour ce ne deussent pas vos enfanz avoir saisi sa la B terre ainssi comme il ont fait et moi meismes refuser, a ce que je ne doie estre plus prochains de l’empire que nulz d’eulz, tout tant B fust mes peresCassidorus et le leur sanz vie.
– Certes, dist la dameFastige, bien le congnois. Et je veil bien que vous sachiez que ma volenté n’a mie esté tele que je vousisse que mes filzPelyarmenus en eust ainssi esploitié comme il a. Mais puisque ainssi est que vostre pereCassidorus a ainssi de moi esploitié e. comme il a B , sachiez que vous de ma prison n’istrez deci adont que je de lui orrai autres nouveles, car je or B X2 le cuide quide je B X2 a ce mener que il a moi vendra et fera tant que vous serez bon ami, et G vous et mes enfanz. Et tout le mesfait qui y X2 avra esté a e. (sic) X2 , bien le ferai amender si plainement [201]que bien vous devra souffire.
– Dame, dist adonc li damoisiausHelcanus, dont yra bien li afaires, mais bien sachiez que, quant li emperieresCassidorus savra comment les choses ont alé, moult en devra estre yriez, ne fust ore B autre chose que de mon frereDorus et de ma suerCassidore, qui si ont esté mené que par grant aventure sont de mort eschapé. »

§387 Quant l’empererizFastige ot entendu que par aventure erent li enfant de mort eschapé, si en ot moult grant merveille. Dont li demanda, aussi comme de ce ne seust fust V2 G riens nient B 💬comme de ce ne seust riens: Nous ne trouvons pas de mention d’une expression il n’est rien de qch. avec un sens convenant au contexte (le DMF, sv. rien enregistre le sens ’cela n’existe plus, c’est comme si cela n’existait plus, cela ne compte plus’, qui ne convient pas au contexte; cf. par contre n. au §445). En revanche, il pourrait s’agir d’une banale confusion s/f. Comprendre alors, comme nous le proposons en corrigeant d’après BX2 "comme si elle ne savait rien de cette affaire"; l’usage du subjonctif et de la comparaison hypothétique se justifie, puisqu’en réalite Fastige n’ignore pas ce qui est arrivé aux jumeaux Cassidore et Dorus (cf. §18-20, où l’impératrice soupçonne d’ailleurs, avec sa lucidité habituelle, Dyalogus et Pelyarmenus)., qui cil enfant estoient dont de qui B il parloit.
« Dame, dist il, de mon frere Dorus et de ma suer Cassydore.
– Qu’en est il avenu ? Dites le moi.
– Dame, dist il, bien en savez la verité. A quoi faire le vous conteroie je X2 ?
– Foy que je doi a l’ame de Fissee Fisee B mon pere que B X2 💬Valeur exclamative de que. non fais! Ainz veul que vous m’en dites la verité. »
Dont ot Helcanus merveilles de ce qu’ele s’escondissoit si fort. Si ne veult vueil G laissier que il de ce qu’il avoit oÿ de eulz ne li conte X2 n’en deist ce qu’il en avoit oÿ d’elz B ne le die ainsi qu’il avoit oÿ G 💬Il est possible que le copiste de G ait senti la nécessité de simplifier la syntaxe de son modèle, telle que la transmet V2, avec le verbe en fin de phrase..

§388 💬Pas de nouveau § BQuant l’empererizFastige en sot la verité, si fu X2 joians et yriee : joianz de ce qu’il erent en vie; dolente de ce qu’il avoient ainssi esté mené B . Adont ne se pot tenir que ele moult fort ne souspirast. Et lors li issirent les lermes des iex a grans ruis et dist :
« Lasse ! Cheitive ! Comme il me mescharroit se tele chose m’estoit avenue ! Mal en seroie sage !
– Certes, dame, dist il B , ce se ce X2 ne sui je mie, mais avant couvendra venir B celui qui tel chose pourchaça avant que jamais pais couvena[b]ble en soit faite. »

§389 💬Pas de nouveau § BEn ce que l’empererizFastige tenoit Helcanus de paroles, les .ii. dames furent toutes esbahies de Helcanus quant eles l’orent veu ; et sorent G que c’estoit cil qui la guerre leur pereTheodore avoit menee a fin. Dont muerent tres grant couleur et esgarderent l’une l’autre et mistrent leur chiez ensemble G . Et dist distrent B l’une a l’autre :
« Veistes vous onques mais cest chevalier ?
– Comment ! dist adont B G Ysodore. N’est ce pas Helcanus, qui fu compains Josias mon frere, qui la guerre mon seigneur de pere B mon pere G Theodore mist a fin de lui et B du roy d’ArragonDyomarques💬Cf. le Roman d’Helcanus, §51-57, comme ci-dessus au §376. ?
– Par Dieu, dist dit X2 l’autre Aphode G Aphode, verité avez dite. Mais il me semble que il ne se veult pas faire congnoistre a nous.
– Ce sarai je par temps G  », dist Aphode. Dont se traist jouste l’empererizFastige lui B et demanda d. l’empereris B qui cilz chevaliers estoit.
« Dame, dist ele, il fu filz a l’empereour de CostentinnobleCassidorus.
– Et comment a il a B X2 non ? dist ele.
– Il a a B non Helcanus H., dist ele V2  ». Dont se traist trait G cele pres de sa suerYsodore et dist :
« Voirement est il ce, mais ne cuidions mie que ce fust si grant chose de lui.
– Ha ! dist Ysidore Ysodore G X2 , bien le pooit on veoir v. de lui G et savoir, car, se il ne fust de si souffisant lieu venus, il n’eust pooir de faire ce que il fist.
– C’est tout voir, dist li autre Ysodore G Ysodore. Mais il couvient nous c. B a lui parler et savoir se il nous voudra congnoistre. Et se il a mestier de nous, moult li devons souffisaument bien G aidier.
– Par foi, dist l’autre, vous dites verité voir B X2 .
– Or m’en laissiez couvenir », dist Aphode.

§390 Quant l’empererizFastige ot moult longuement par[c]lé a lui et dit ce qui qu’il B que X2 li plot G , si le mist a raison la dameAphode et dist :
« Dame, moult me semble bien que je aie ai B X2 veu cest chevalierHelcanus en aucun lieu que ou B X2 je mie bien n’ai l’ai B j’ai (ms. iai) X2 detenu. Moult volentiers li demanderoie, se il vous plesoit, mais que ce fust conseil privé, aussi comme de de ce B nient ne fust.
– Par Dieu foi B , dist l’empererizFastige, moult me plaist. Alez et le traiez d’une part, si et B parlez a lui de ce qu’il vous plaira, et sachiez se vous porrez poez B savoir ou li emperieresCassidorus soit.
– Par Dieu, dist ele, volentiers. »
Et dont se dreça la dameAphode et prist prist la dame G Helcanus par la main et dist :
« Sire, je veul a vous parler d’aucunes gens que vous connoissiez cognoissés G .
– Dame, dist il, a bien ce soit. »
Adont se traistrent traisent X2 d’une part et sont assis l’un delez l’autre moult pres. Dont parla la dameAphode et dist Et dont dist la dame G :
« Comment, sire Helcanus! Ne cuidiez vous pas que bien vous congnoissons cognoissions G , je et ma suerYsodore ?
– Ha ! dame, dist il, pour Dieu merci, se vous ne me voulez aidier, si ne me grevez pas !
– Comment, sire! dist ele. Cuidiez vous que je vous veulle grever ?
– Dame, dist il, ce ne sai je pas.
– Et pourquoi dites vous dont tel chose ?
– Dame, dist il, por ce que vous pouez oïr.
– Par foi, dist ele, merveilles oi quant vous estes cil el monde que je miex amai onques, et puis dites si d. B , se je ne vous veul aidier, que je ne vous grieve pas !
– Dame, dist il, je le di pource que vous savez bien que je fui .i. jour pour vostre pereTheodore contre mon oncle le X2 roy d’ArragonDyomarques et contre mes freres, qui ore me tiennent em prison, si comme vous pouez savoir. Et [d]c’est aujourd’ui la riens qui plus me puet grever contre eulz et donc💬Lire dont pronom relatif, comme dans BGX2, et ci-dessous (en aucun lieu donc il ne puet partir. je sui plus grevez. Et se l’empererizFastige savoit ja que je eusse esté X2 en aide a vostre pereTheodore contre le roy d’ArragonDyomarques, ele me tendroit plus en haine.
– Sire, dist ele, de ce n’aiez vous garde, puisqu’il est ainssi que je sage l’en doie faire. Mais, pour Dieu, dites moi quant vous partistes partirez B de mon pereTheodore et quiex nouveles me dites d. vous B de Nera, ma suer, et de Josias, mon frere.
– Par foi foi, dame B , dist il, je vous en porroie assez dire. Et je croi bien que vous en savez aucunes choses qui bien n’ont pas esté faites qui a droit y voudroit prendre garde.
– Par Dieu, sire, dist ele, bien vous en croi. Et je ai entendu assez des de B choses dont je bien ›p‹[b]ien V2 pensoie que vous coupes n’i aviez avez B .
– Dame, dist il, la verité est en est B bien seue. Si m’en tien a paiez em partie et croi bien que les choses vendront a point et a raison, se Dieu plaist. »
💬Nouveau § B Quant la dameAphode oÿ ce, si li dist :
« Par foi, sire, moult se doit on merveillier de vous, et de vostre pereCassidorus encore plus, quant q. vous B a tel point aliez par estrange paÿs et ne vous vouliez mie faire congnoistre a c. B .
– Dame, dist li damoisiausHelcanus il B Helcanus G , je ne me m’en B X2 merveill pas se vous en estes esbahie. Mais se li mondes fust couvenables et il ne fust si plains d’envie, on ne s’en deust pas esmerveillier. Et vous dirai porquoi : tant que mes sires de peresCassidorus et je fussions en Grece, ne peussons penssons X2 nous B mie connoistre si bien c. B X2 les bons et les mauvés comme nous ore faisons. Et pource que nostre terre estoit en pais et que nul n’i a[e]voit n’i ot nul B qui forfeist riens l’un a l’autre, nous meismes en la queste de ceulz trouver qui bien ne pais ne vouloient. Et feismes tant par nostre sens que li aucun le firent. Or est ainssi que, pource que nous n’avons esté en nostre terre et il y ait gent qui se soient mis autrement que il ne doivent, il ne demorra pas qu’il n’en aient leur merite avant que li plais demeure.
– Certes, sire, ce dist ele G , bien vous en croi, quant car B vous avez tant de sens et ›...‹[et] V2 de valeur que vous tout en vendrez au dessus avant que la chose remaigne. Mais de vostre pereCassidorus me dites se vous puis en oïstes nouveles.
– Certes, dame, dist il, nenil, ainz croi que il soit que il soit V2 est G en aucun lieu donc il ne puet partir a sa volenté. »

§391 💬Pas de nouveau § BMoult parlerent entre la dameAphode et Helcanus et tant qu’en la fin dist la dameAphode :
«  Sire S., dist ele B , je sui toute vostre. Et bien sachiez, se vous voulez, je porchacerai que vous serez delivres, quoi qu’il me m’en G doie couster.
– Ma dame, dist il, grans mercis. J’atendrai que ma dame l’empererizFastige voudra de moi faire. Et, pour Dieu, ne dites pas que vous onques mais me veissiez v. mie X2 , quoi et ne laissiez mie, q. B que on face de moi, que vous ne parlez a moi prochainement et me saluez Ysodore vostre sereur et li dites aussi que ele a moi parolt le plus tost que ele porra. »
Et quant ele oÿ ce, ele si B fu aussi comme toute courociee et cuida qu’il eust a lui meilleur volenté que que il n’eust B a lui. Dont se leva de X2 delez Helcanus et s’en vint a l’empererizFastige, aussi comme toute courouciee, [f]et dist :
« Dame, je avoie cest chevalierHelcanus avisé pour par G .i. autre : si n’est pas celui que je cuidai.
– Si m’avoit on dit, dist fait B l’empererizFastige, qu’ il vous avoit aidié contre l’oncle a mes enfanz, le roy d’ArragonDyomarques. »

§392 💬Pas de nouveau § BQuant ele oÿ ce V2 , si cuida maintenant que sa suerYsodore li eust dit puis qu’ele ot commencié a parler au chevalierHelcanus. Dont l’esgarda par moult grant ire et dist :
« Dame, qui vous a ore ce dit ?
– Par foy, dist ele, Pelyarmenus mon filz me dist pieça que il avoit .i. chevalier chiez vostre pereTheodore qui li ot moult grant mestier quant il ot guerre au roy d’ArragonDyomarques. Et adont li fu dist que cil estoit son frereHelcanus. Si cuidai que ce fust cil que vous eussiez encerchié pour cestui. »
💬Nouveau § B Quant la damoiseleAphode oÿ ce, si sot bien metre la chose a point et si B dist :
« Dame, celui que vous dites congnui je bien, mais de riens ne resemble cestui, ne, que je sache G , onques mais ne le vi. »

§393 💬Pas de nouveau § BQuant il orent assez ensemble G parlé de plusseurs choses, si fist l’empererizFastige apeler .iiii. chevaliers et leur commanda a B metre Helcanus en prison, et la lez G eust a son devis ce que mestier li fust, mais que que il B X2 bien gardast prison. Il distrent que ce feroient si feroit X2 il volentiers. Adont le pristrent, et fu menez en la Tour du Croissant, et la tint il prison desci adont que Fastidorus repaira d’une besoingne ou il iert alez. Quant il sot que ses freresHelcanus fu venuz, sachiez que il moult liez s’en fist. [202]Lors vint a sa mere l’empererizFastige et li dist :
« Mere, avez vous parlé a Helcanus mon frere ?
– Filz, dist ele, si ai. Il vous couvient c. vous couvient B une chose faire que je ai empensé pensé B X2 .
– Quele ? dist il.
Vous Par foi, dist ele, je le vous dirai: vous B savez bien que li emperieres de CostentinnobleCassidorus, qui vostre pere est, si m’ot a fame par le gré de mes amis, et fustes de lui engendrez. Or avint a. ainsi aprez B qu’il nous couvint departir pour l’empereriz de Costentinnoble B X2 Helcana, que cil du paÿs de Coustantinoble B X2 cuidoient avoir malmise. Ore est ele morte, si seroit bien droiz que li emperieresCassidorus revenist a moi et que il B fust miens et je seue, comme ele il B X2 estoit G devant. Et par tant si seriez seriens nous B plus couvenable, car maintenant semble, puisque il ne vient a moi ne B ne veulle tenir le mariage qui fu fait de moi et de lui, ne soit mie couvenables, et par tant porroit il sembler que vous fussiez bastarz et ne fussiez d’espousee. Si voudroie que vous le contraignissiez c. a ce que il le feist et tenissiez B a ce que il tenist l’empire par ceste raison ra r. V2 B , deci adont que ce fust fait.
– Par mon chief, dist Fastidorus, bien avez la chose esgardee. Et je vous asseur que, tout ne le vousissiez vous, si n’iert il autrement, quoi que il doie me d. B en d. G couster. »
Dont vint a Helcanus en la prison ou il estoit. Et quant il le vit, si le salua et li B dist :
« Frere, il vous couvient tenir prison tant dessi adonc B X2 que mon pereCassidorus ait fait vers ma mereFastige ce que il doit.
– Certes, frere, dist Helcanus, je ne seroie [b]mie dolens se il faisoit envers vous et ne B envers lui ce que il devroit, ainz y metroie toute la paine que je porroie, et par tant en devroie je estre delivres, se raison y couroit.
– Frere, dist il, bien croi que ce seriez mon, mais n’en il n’en B a mie moustré l’uevre, quant, puis que vostre mereHelcana fu partie de cest siecle, onques puis vers nous ne reverti verti B X2 .
– De ce, dist il, n’ai je pas mort deservie, nient plus que Dorus mon frere et Cassidore ma suer, qui mort en durent estre, ce sevent bien li pluseurs. »

§394 Quant Fastidorus entendi ceste parole, si fu a ce menez que l’empererizFastige avoit esté, si li dist :
« Biau frere, que voulez vous dire de Dorus et de Cassidore ?
– Je veul dire, dist il, que a ce que vous dites me d. G il n’avoient courpes quant Dyalogus, .i. traitres de vostre court, les cuida metre a mort.
– Et qui sot ce ? dist dit X2 Fastidorus.
– Bien sera seu, dist il, avant que li V2 X2 💬Nous ne trouvons pas mention d’une tournure similaire où l’article défini serait omis. Au contraire, pour appuyer la correction, cf. par ex. Roman de Cassidorus, p. 367; Roman d’Helcanus, p. 59. plais remaingne. »
Lors fu Fastidorus esbahis, car il n’ot pas bien entendu Helcanus. Si ot paour p. du demander B se il estoient encore en vie, car il cuidoit bien qu’il le fussent. Si se tut et parla d’autre chose, et tant que il dist :
« Frere, ne cuidiez vous mie que pour nule riens tiengne je vous t. B X2 en prison autre que je veul mon pereCassidorus metre a ce que il viengne a ma mereFastige et soit ses sires, et ele soit sa dame, et par tant soions bon ami ? Et se riens ai mesfait ne mes freresPelyarmenus aussi, nous l’amenderons si avant que bien vous devra souffire. Et se il vous faut riens ci [c]dedenz, sauf ce que vous tengniez prison, envoiez a moi, et je le vous ferai avoir.
– Grans merciz, dist Helcanus. Encore sai je bien que vostre frerePelyarmenus ne m’ en B eust hui tant dit, comme cilz qui autre a a. B G chose bee que vous ne faites B .
Je ne sai, dist il, a quoi il bee B , mais ce que je di ferai je estable. »
Dont se parti Fastidorus de lui et vint a l’empererizFastige, qui li dist :
« Filz, qu’avez vous trouvé en vostre frereHelcanus ?
– Par foi, dist il, je sui moult esbahis de une chose que je ai entendue de lui.
– Et quele ? dist l’empererizFastige.
– Par foi, dist il, il G semble me s. B que il dist que Dorus et Cassidore sont encore en vie.
– Biaus filz, dist ele, je le ›v‹[l]e V2 vous avoie oublié o. encore B a dire voirement que il sont andui en vie! Et vous conterai comment il en avint, si comme Helcanus meismes le m’a conté. »
Adont li dist dit X2 tout ainssi comme il li ot devisé et comment li dus de LembourcBorleuz les avoit trouvez et comment il en avoit ouvré.

§395 💬Pas de nouveau § BQuant Fastidorus il B ot ce entendu, si en B ot moult grant merveille et dist :
« Voirement 'ne puet nus perir qui Diex veult sauver aidier G '💬Voirement ne puet nus perir qui Diex veult sauver: Expression sentencieuse inconnue des répertoires.! Et sanz faille tout ce pourchaça Pelyarmenus par le conseil Dyalogus, cui je le X2 cuide encore moult chierement rendre avant que je descoupez n’en soie !
– Ha ! filz, dist la mereFastige, pour Dieu merci, ja sez tu que je le portai en mes flans et plus chier l’achatai que nulz de vous.
– Voirement feistes le portastes vous B , dist il. Par lui sommes nous du tout tuit destorbé et B ahonté. Et sachiez que 'homme qui vient de mauvés acquest vaut pis que autre d’a. B ', quant [d]il se prent a malfaire.
– Certes, dist ele, vous dites voir. Et je miex ameroie sa mort que sa vie, mais que ce fust couvenablement. »
Dont parlerent de pluseurs choses G dont je G me veul ore taire t. a parler de ce G , et revendrai vendrai B X2 as ad X2 .ii. dames, qui mie ne furent a leur pais de Helcanus quant eles sorent la verité de lui et dont il estoit es|estoit V2 .

[22] Comment Aphode et Ysodore Yssidoire B furent a grant meschief pour Helcanus parolent ensemble B .

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Enluminure sur 1 colonne et 12 UR. Aphode et Ysodore sont attristées des nouvelles d’Helcanus qu’un messager leur apporte.

§396 Ci endroit dit li contes que, quant Aphode ot sot et ot B parlé a Helcanus, aussi ensi B G X2 comme💬aussi comme: Sur l’emploi de aussi comme/ainsi comme, cf. Ménard, §254. devant est dit, ele fu aussi ensi X2 comme jalouse de la parole qu’il ot dite dist B d’Ysodore. Si s’en vint arriere a sa suerYsodore et dist :
« Voirement est ce cil qui moult valut vaul B a B X2 nostre pereTheodore, et moult serons vilaines se nous en aucunes manieres ne li faisons courtoisie.
– Par Dieu, dist dit X2 Ysodore, vous dites verité. Comment en porrons nous esploitier ?
– Par foi, ce dist Aphode, je n’i sai pas metre conseil, car il me dist dit B que a vous ne vouloit il de riens parler, car tant vous haoit pour l’amour de vostre seigneur Pelyar[e]menus que il n’avoit cure que vous meslissiez de chose qu’il eust a faire.
– Voire, dist ele, par foi, il a tort, car pour lui haz je maintenant mon seigneurPelyarmenus qui ce a fait vers lui que je sai et ai entendu.
– Ne vous chaut ! dist ele. Souffrez vous tant que nous savrons comment l’empererizFastige et Fastidorus en ouverront💬Métathèse, lire ouvreront, cf. Note linguistique.. »
Dont vint aprés Fastidorus et parla a lui, si comme il devant B X2 est dit. Et passa grant terme que Aphode ot moult de temptacions de par parler a B Helcanus, et tout aussi avoit Ysodore. Ele ne porent avoir achoison de parler a lui, et il ne venoit venoient X2 pas en lieu ou eles fussent, et tant qu’il fu .i. jour que .i. jour fu B que Fastidorus se jouoit a sa fameAphode et dist li d. B :
« Dame, quant je irai en Costentinnoble, voudrez vous o moi venir ?
– Sire, dist ele, comment cuidiez vous que je de vous me peusse puisse G consirrer, comme fait ma suerYsodore de vostre frerePelyarmenus ?
– Comment, dame! dist il B X2 . Ja ne s’en son G consirre ele bien ›...‹[b]ien V2 ?
– Par foi, dist ele, oïl, miex que je ne feroie de vous.
– Dame, dist il, grant chose a en faire l’estuet💬grant chose a en faire l’estuet: Comprendre littéralement "il faut faire de grandes actions à propos de cela"..
– Sire, dist ele, vous deistes que vous yriez en Grece.
– Certes, dame d., dist il B , ainssi le cuide je faire avant que ja pais doie estre entre nous et mon pereCassidorus.
– Par Dieu, sire, ce dist ele, je nel se je le B vous osoie dire. Moult me semble que Pelyarmenus ait grant tort de ce X2 qu’il a l’empire l’emperere X2 saisis, selonc ce que j’ai entendu.
– Dame, dist il, qu’avez vous dont G entendu ?
– Sire, dist ele, je le vous dirai. Li emperieresCassidorus vit encore et a hoirs prochains plus p. B , qui plus pres li sont que vous n’estes [f]ne que il ne soit. Et pour ce di je que vous ne lui il B X2 n’i avez ore B droit.
– Dame, dist il, voirement estes vous fame, car vous parlez et si ne savez de quoi.
– Certes, sire, dist ele, vous dites voir, mais j’en sarai la verité avant que li termes passe gaires avant B , et le sarai de celui que vous tenez en vostre prisonHelcanus ne ja a G autre ne le quier demander a d. B me dira G . »

§397 Quant Fastidorus oÿ ce, si commença a sousrire et dist :
« Voirement di je voir.
– De quoi ? dist ele.
– De ce que je dis que vous estiez fame.
– Voire, dist ele. Par Dieu, tant en avez dit que jamais ne mengerai si arai a lui parlé. Or le me faites ferez B venir ou je irai a lui.
– Par Dieu, dist il, aler y pouez, se vous voulez, mais il de la tourTour du Croissant n’istra si avrai oï autres nouveles que je encore ne fais. »
Bien puet estre, dist ele si coiement que nulz ne l’entendi. Adonc ne voult mie ceste chose metre en respit, ainz voult aler a Helcanus entr’eulz, qu’ele en ot achoison G . Adonc s’apresta, o lui lui une V2 grant compaignie plenté B X2 de damoiseles, et monterent en .i. char et vindrent a la Tor du Croissant. Et lors descendirent et si B X2 G monterent amont et trouverent Helcanus ou il jouoit as eschés a .i. chevalier. Sitost comme il vit Aphode, si sailli em pié et la prist entre ses braz et li dist :
« Dame, bien X2 soiez vous venue !
– Sire, dist ele, ce devez vous dire. »
Dont s’assist li uns delez l’autre, et Aphode B X2 li dist :
« Sire, moult ai quise fiere achoison pour vous venir veoir.
– Dame, dist il, comment ? »
Dont [203]li dist ele ainssi comme ele avoit parlé a son seigneurFastidorus. Quant il ot entendu la dameAphode, si dist :
« Voirement trueve moult d’achoisons qui la chose veult faire!💬Voirement trueve moult d’achoisons qui la chose veult faire: Expression sentencieuse inconnue des répertoires. Mais ce me dites comment ce est que vous n’amenastes avec vous vostre suerYsodore.
– Sire, dist elle, qu’avez vous a faire de a B ma suerYsodore quant vous du tout m’avez a vostre devise ? Commandez seur moi et sachiez qu’il ert fait, combien que j’en soie amendee n’empiriee ou empirie B .
– Dame, dist il, moult grans mercis. Et sachiez que moult a enviz vous commanderoie chose dont vous peussiez mains valoir.
– Sire, dist elle, tant m’amez vous et prisiez mains !
– Dame, dist il, pourquoi dites vous ce ?
– Je le vous dirai, dist ele. Se il estoit ainssi que je fusse en vostre point et je trouvasse une dame de ma volenté et de ma valeur qui me pleust a faire chose nule que je X2 couvoitasse, fust a issir de prison ou d’autre chose c ch. V2 , quele qu’ele que ce B fust, je li prieroie hardiement, tant comme je savroie, tant que je X2 n’i faudroie V2 G point pour ma volenté faire et B X2 acomplir et pour li esprouver; et puis aprés, se souffrance y avoit, je seroie cilz qui ses escuz li seroit seroie B X2 feroit G 💬je seroie cilz qui ses escus li seroit: Comprendre escuz "personne qui protège et défend", cf. DMF, sv. escu., tant comme a ce que ele saroit que je mie n’aroie ce pris ce B X2 qu’ele avroit fait faire (sic) G pour moi, que je n’en fusse prest du rendre. »

§398 Quant Helcanus ot entendu la dameAphode, si connut auques son corage et pensa se pensa B que vers lui le lui B couvenoit humelier, el point ou il estoit. Si dist :
« Dame, moult ai vous ai B volentiers oÿe vostre [b]raison B . Et sachiez que vous puis v. V2 puisque v. G avez dite une raison que volentiers congnoistroie couvoiteroie B , mais que la chose fust a droit partie de vous et de moi.
– Comment ? dist ele. Faites moi ce entendre.
– Dame, dist il, bien le pouez savoir : verité est qu’il fu .i. jour, qui passez est, que je vous amai moult de bonne amour, et encore fais, de ce ne doutez mie. Mais il est ore ainssi que vous mon frereFastidorus avez a seigneur, qui moult est souffisanz, et l’ameroie comme mon frere se les choses aloient alaissent B autrement qu’eles ne font. Et se je ore de vous prenoie service donc vous eussiez a souffrir trop mauvaisement, le vous porroie rendre a vostre volenté?
– Ha ! dist ele, Helcanus, trop a de refuis en vous ! Sachiez que vous B mal m’avez entendue selonc ce que vous m’avez respondu, car je di j’ai dit B que de vous ne veul avoir fors la bonne volenté.
– Dame, dist il, moult et m. B X2 grans mercis. Et je je le V2 le (?) X2 vous veul requerre une chose que vous faciez.
– Quele ? dist ele.
– Dame, que vous preissiez .i. message privé qui alast en Grece Gece X2 a mon cousin le filz G le roy de FriseOdonieJaphus et portast unes lectres qui deissent mon estat.
– Voire, dist ele, est ce ce dont B si grant chose que j’en seroie empiriee ?
– Dame, dist il, ce sai je bien bien sai que B se vostre siresFastidorus savoit que vous tel chose me feissiez, je cuit que X2 ja gré ja gré, je cuit B ne vous en saroit.
– Amis, dist ele, je mie ne faz partout sui pour toz B X2 ses grez en vie G . D’autre chose qui plus grande soit vous fiez en [c]moi Mais fiés vous en moi d’autre chose qui plus grande soit que ce ne soit G , car je veul que vous sachiez que, pour l’amour de vous, haz je tel homme qui qui n V2 moult poi s’en donne garde.
– Dame, dist il, la chose n’iert ore autrement deci adont que je respons avrai averai respons (sic, répété) B avererai (sic) X2 de ceste chose, car je sai bien que moult a envis feroit la grant chose qui la petite ne feroit.
– Sire, dist ele, bien dites. »
Dont li devisa Helcanus ce qu’il vouloit mander aus barons dont il s’estoit partiz. La dameAphode prist congié a lui et puis B si B G s’en revint arriere et fist escrire lectres teles comme ele il G voult. Et ot .i. messageMessager d’Aphode apresté, tel qui moult fu souffisanz pour faire tele besoingne. Il se mist au chemin et ne fina par ses journees G tant que il si G vint en Grece. Dont enquist equit (sic) X2 et sot ou li Frison estoient. Tant ala que il les trouva devant Laomedon. Il vint ou Japhus li rois de Frise estoit, et puis B le salua de par sa dameAphode, qui la l’avoit envoié. Lors li mist .iiii. paire de lectres en la main. Dont en ouvri unes qui a lui venoient et trouva qu’il y ot ainssi ens B escript :

§399 "A noble puissant et p. B homme cremeteus, filz premiers engendrez de couvenable roy, Aphode, fille au roy d’EspaigneTheodore et fame a couvenable damoisel Fastidorus, filz de l’empereriz de RommeFastige, salus en Nostre Seigneur💬Sur la structure averbale en début de lettre, cf. n. au §199.. Comme il soit ainssi que discorde ait esté et est encore entre les filz Cassidorus l’empereour de Costentinnoble, desquiex nous tenons l’ainsnéHelcanus en nostre prison, duquel en de B ma persone je vous fais asavoir [d]qu’il est sainz et haitiez de touz ses membres, la grace Dieu, et est du tout a sa volenté endroit d’e. B e. que X2 de toutes choses, fors que de B X2 prison li couvient tenir couvenable, tele comme a gentil homme afiert, pour laquel chose nous vous faisons asavoir que de le B vostre estat et de touz vos amis nous faites savoir la verité. Et je, Aphode devantdite, fais savoir a touz ceus qui vrai ami sont Helcanus au devantdit H. B X2 que, tant comme j’avrai pooir, il n’avra mie disete necessité G de chose dont je li puisse aidier. Et ce soit chose secrete secreé B , si comme raison l’aporte."

§400 Quant Japhus ot ce leu, si se X2 fu si B joianz que il onques ne fu si. Lors commanda li c. B que li messagesMessager d’Aphode fust bien servis et chier tenuz, et il si fu. En tel cel B point que cil vint devant Laomedon estoit ja li emperieresCassidorus venus, si comme devant est dist. Et estoient auques li baron revenu en leur forces, et non mie si qu’il qu’ilz si G osassent es chevaus monter ne aler en estour. Quant Japhus Japhus, quant il B ot veu le mandement mant B X2 de la dameAphode, si fu si joianz que bien le pot on veoir ve›u‹[o]ir V2 . Dont esgarda les autres lectres et vit que les unes aloient au duc de LembourcBorleuz et les autres au duc de NiseKarus et les autres a Mirrus. Dont ne le les X2 voult mie faire venir a lui, ainz s’apresta s’a., o lui .x. chevaliers B X2 et vint a Borleuz et li dist :
« Sire, gentes nouveles vous aporte ! »
Lors li lut la lectre, ainssi comme dedenz avoit escript. Et quant li dusBorleuz entendi ce, si fu si joianz que moult le pot on bien veoir. Et adont [e] prist mist B Japhus la lectre qui a lui aloit venoit, en la main B venoit G , et li dist :
« Veés en B ci unes u. lettres B qu’ele vous envoie aussi. »
Dont les prist li dusBorleuz et trouva tout autel escrit en la seue les lut B . Et quant il orent ce leu les orent leues B , si vindrent au duc de NiseKarus et X2 puis G aprés a Mirrus.

§401 💬Pas de nouveau § BQuant ces .iiii. sorent ceste chose, si vindrent vinddrent V2 vindre (sic) X2 a l’empereour de CostentinnobleCassidorus et li moustrerent la lectre que chascuns ot eue. 💬Nouveau § BEt quant li emperieresCassidorus vit ce, si en B X2 fu mout joians et loa Dieu de son filzHelcanus qui sain estoit et entiers💬sain estoit et entiers: Sur d’autres exemples de coordination entre ces deux adjectifs pour signifier ’indemne’, cf. DMF, sv. sain.. Et lors manderent Josyas d’Espaigne que il venist a eulz, et il si fist. Quant il fu la venus, si le se G traistrent a conseil et li distrent :
« Sire, teles nouveles avons nous eues de vostre sereurAphode, la fame Fastidorus Castidorus (sic) X2 de Romme. »
Quant Josyas les ot entendus, si fu moult liez et dist :
« Certes, biaus seigneurs, moult seroie liez V2 G se ame de ma partie pooit faire chose a vous qui que X2 bele vous fust. Et sachiez que, se ma suerAphode seust que je ci fusse, moult a envis eust laissié qu’ele a moi n’eust envoié.
– Par foi, distrent cil, ce savons nous bien. Et pour ce vous avons nous mandé que vous faciez escrire vostre volenté, quar li messages se metront V2 B G X2 prochainement ariere a la voie V2 G X2.
Sire, dist il, bien dites. V2 G X2 »
Adont n’i ot nul d’elz qui ne feist escrire sa volenté V2 G X2 💬V2GX2 opèrent un saut du même au même et nous portons au texte la leçon de B, elle-même lacunaire. Notre conjecture permet de rétablir la syntaxe à moindres frais (se metre a la voie ’se mettre en chemin’).. Et meismes Josyas ne voult laissier qu’il ne venist a Nera et li dist :
« Suer, je ne me puis tenir que je ne vous die nouveles qui sont venues.
– Queles sont eles ? Pour Dieu, dites le moi.
– En non Dieu, dist il, nostre vostre G sereur Aphode si a Helcanus en sa baillie.
– En sa baillie ? [f]dist la puceleNera. Comment en sa baillie ?
– Suer, dist dit X2 Josyas il G , Pelyarmenus si a envoié Helcanus a son frere Fastidorus a Romme et le tient en la en B X2 sa X2 prison. Or a ma suerAphode envoié par la priere de lui a Japhus le Frison et aus autres barons qu’il est sains et haitiez, la merci Dieu, et qu’ele li fera toute la courtoisie qu’ele li G pourra faire G , sauve s’onneur. »

§402 Quant la puceleNera oÿ ce, si fu moult joianz liee G de ce qu’il estoit sains et haitiez. Mais de ce n’estoit ne fu elle B mie a X2 aise que sa suerAphode l’avoit ainsi entre ses X2 mains, car ele savoit bien que, s’il il B plaisoit a Helcanus chose qu’ele peust faire, il n’en aroit mie disete. Et par pour G tant si entra en une jalousie moult doulereusement durement B pesme. Adonc dist X2 a son frereJosyas :
« Par foi, or ai je pis que devant !
– Comment, suer ! Dites le moi, que quar B moult estes merveilleuse G !
– Ha ! frere, pour Dieu merci, aler m’en veul arriere en Espaigne, puisque ainssi est que je en cest paÿs n’ai trouvé celui pour qui je y sui venue.
– Ja par Dieu, dist il, sanz moi ne vous metrez a la voie, quoi que il vous doie en d. G anuier avenir B a|v›i?‹[e]nirer X2 ! »
Quant ele oÿ ce, si se tut et n’osa plus de ceste chose parler, fors tant qu’ele dist si bas que nulz ne le pot entendre : Je nel disoie mie pour chose que je veulle veisse X2 aler en Espaigne; mais si tost n’eusse l’otroi l’o. l’otroi X2 de vous, quant que B je me meisse au chemin de Romme et ferai prochainement, soit vous bel ou soit vous (sic) B lait💬Je nel disoie mie... lait: Comprendre "Je ne le disais pas parce que je voulais aller en Espagne; mais si je n’avais pas immédiatement votre accord lorsque je partirai pour Rome, je le ferai bientôt, que cela vous plaise ou non". Il s’établit entre la subordonnée initiale et la proposition principale, introduite par la conjonction et, une relation qui combine subordination et coordination. Ici, la subordonnée agit comme une protase (ou condition), tandis que la principale joue le rôle d’apodose (ou conséquence).. Et quant ele ot ce pensé, [204]si dist :
« Frere, faites moi parler a veïr B celui qui les lectres aportaMessager d’Aphode, car au mains lairai je savoir a B X2 ma suerAphode aucunes choses.
– Par Dieu, dist il, ja ne vous en meslerez, quar ja ne savra, que je puisse, que vous soiez ci en tel point ne Helcanus aussi. Mais souffrez s. vous G deci adont que vous orrez autres nouveles. »
Adont se tut la puceleNera, et Josyas fist escrire ce que il volt, et tout aussi firent li autre baron. Adont manderent le messageMessager d’Aphode, et li furent donné moult de riches dons, et tant ot d’avoir que moult fu riches. Si li Il B distrent que il feist bien la X2 besoingne et que B grans biens l’en porroit venir. Il dist que de ce estoit il touz proiez et se mist a la voie et erra tant par ses journees que il vint arriere a Romme. Et quant il vint a la dameAphode qui l’avoit envoié el message, si li fist moult grant joie. Dont li donna cil .vii. paire de lectres. Et quant ele les tint, si esgarda chascune et sot maintenant que li emperieresCassidorus et Josyas ses freres estoient en Grece. Dont ot moult grant joie de ceste chose. Or estoit adont Romme et le paÿs si esmeu du mandement mant B X2 que Pelyarmenus avoit fait envoié B a son frereFastidorus que tout estoient semons pour aler en Grece. Fastidorus avoit mandé partout B si esforcieement que tuit li grant prince du d du V2 paÿs estoient assemblé et metoient ensemble leur gent.

§403 💬Pas de nouveau § BAphode, qui engrans estoit que Helcanus seust les nouveles de son pereCassidorus B , [b] si s’apresta et G vint a lui moult amiablement. Et il li fist feste moult grant B X2 et joie de ce que il pot.
« Sire, dist ele, mout vous devez esleeschier, quar je vous aport nouveles qui moult vous doivent plaire.
– Par foi, dist il, moult aroie bien mestier de nouveles qui bonnes me fussent. »
Adont li mist la lectre l’empereourCassidorus en la main. Et quant il la tint, si esgarda la cire et si B ot tel joie que il ne pot mot dire, ainz commença a souspirer, puis et B brisa la cire et trouva qu’il y avoit a. ens G B escript :

§404 "Cassydorus, emperieres de Costentinnoble, a son chier filz Helcanus, damoisel de la devantdite citéCostentinnoble, salus et amour de pere💬Sur la structure averbale en début de lettre, cf. n. au §199.. Chier filz, je sui moult liez de ce que quant B X2 j’ai entendu que vous estes sains et haitiez, pour laquel chose je vous fais asavoir, comment que j’aie esploitié de vous, je sui et B G X2 sains et haitiez et poissanz et volentif volentiex B X2 de sormonter touz mes anemis, et vous pri que vous soiez en pais, quar je cuit qu’en que G X2 prochain temps tout cil qui contre moi et contre vous ont esté venderont vous v. a B tart au repentir. Si vous fais asavoir l’aide qui puis G nous est crute que vous partistes du de X2 siege de B devant Laomedon. Veritez est que Josyas, le filz au roy d’EspaigneTheodore, vint le cinquiesme jour de juing B devant Laomedon, et avoient nostre gent cel jour meismes bataille a Peliarmenus et au roy d’ArragonDyomarques et a leur gent. Et avint que nostre gent eussent esté [c] desconfit descofit V2 se ne fust Josyas, qui a ce jour les secorut, o lui .xm. fervestus. Aprés le mois de septembre, nostre gent orent bataille baille V2 a leur adverse l’a. B partie et eussent esté G nostre gent mise a mort ne si ne G fust mes chiers amis Robers, contes le conte G de Flandres. Et je meismes et Daphus, mes bons compains, les et les B secorumes, o nous .xxm. fervestus. Et est ainssi que nous avon saisi Laomedon et tenons Clerus c C. V2 par devers nous. Aprés nous avons aucuns a. de celz B de la terre de ceulz B en nostre partie. Et nous vient li secors de Galylee, de quoi nous cuidons avoir prochainement de nostre partie .iiii. .xx. mile .m. V2 .m.|mile X2 hommes G 💬.iiiixx. mile hommes: La faute de V2 est indiscutable et crée un contresens évident avec la suite de la phrase, le camp adverse comptant 100.000 hommes. Sur la leçon de X2, qui pourrait témoigner d’une tentative de correction non aboutie, cf. aussi S. Lecomte, «La tradition manuscrite du Roman de Pelyarmenus», art. cit., qui moult se porront fier en eulz d’avoir bataille G contre .c. mille qui la feront de leur tort."

§405 💬Pas de nouveau § BAinssi fu li sens de la lectre que qui X2 li emperieresCassidorus envoia a son chier filz Helcanus. Et quant il ot ce leu, si dist :
« Dame, voirement doi je G estre joianz de ces nouveles, et moult est grans li servises que vous m’avez fais.
– Sire, dist ele, veez en ci G encore .v. paire qui a vous viennent. »
Dont les prist et les lut et y trouva moult d’amours et de douceurs que li un et li autre li mandoient. Et quant il ot tout leu, si esgarda la dameAphode, qui moult piteusement se seoit delez lui, et lors li dist :
« Ma dame, voirement pert il bien qui est amis au besoing💬voirement pert il bien qui est amis au besoing: Adaptation du proverbe Au besoing (voit on) l’ami (Morawski, 170 ; Le Roux de Lincy, p. 657) ; Au besoing voit on qui amis est (Morawski, 171 ; Le Roux de Lincy, p. 657) ; Au besoin voit-on son ami (Le Roux de Lincy, p. 657). : vostre frere Josyas ne m’a pas mis en oubli.
– Sire, dist ele G , sachiez que je G moult liee sui en sui G de ce qu’il est en vostre aide.
[d]Certes, dame, dist il, moult bien vous en croi. Et pour Dieu, dist il, quant oïstes vous nouveles de Nera vostre suer ?
– Sire, dist ele, foi par cele foi B que vous devez a l’empereor vostre pereCassidorus, dites moi comment vostre cuer vous G est de li.
– Dame, dist il X2 , foi que je G doi doi a G celui que de qui B vous m’avez conjuréCassidorus, ce est la riens ou monde que je miex amai a. onques B et fais encore. »
💬Nouveau § B Et quant ele la dame B oÿ ce, si fu moult esbahie et mua moult grant couleur et dist :
« Voirement est amours une diverse chose, car, quant plus a en a B on a souffrir, plus et p. B se joint et plus est affermee.
– Certes, dame, c’est voirs. Et bien y a raison, car, quant plus ai a souffrir pour amours, et B X2 plus me plaist ma grevance, tant comme a couvoitier cele qui me plaist. Et par ces raisons doi je moult amer cele de qui nous sommes en parolesNera, car onques mais n’ot a souffrir dame ne damoisele tant comme ele a eu pour moi. Et je m’amour li otroiai le derrenier jour que je de li me B departi. »
Quant ele oÿ ce, si dist :
« Sire, dont tendroie je cele a fole qui son cuer metroit en vous !
Et Dame, dist il, tout X2 ce est voirs. Et B X2 je je et je X2 aussi seroie faus se je a autre autrui B le faisoie entendre. »

§406 💬Pas de nouveau § BA ceste parole se parti ele Aphode B de lui, aussi comme par courrouz c. et revint en son palais B . 💬Nouveau § BFastidorus, qui entendoit a sa gent metre ensemble, le fist moult merveilleusement. Ainz quar, si con je truis en son escript, avant B que li mois fust acompliz en ot mist ensamble B .xl. mille .lxm. B X2 , si Adont B furent apresté de mouvoir. Il vint a sa fameAphode et a sa mereFastige et leur charga Helcanus et dist qu’ il qu’eles B X2 fussent curieuses de lui visiter v. et que pour Dieu bien gardaissent que il ne lor eschapast, quar il avroit tout perdu quanques il y avroit mis B . Et eles distrent que de ce estoient eles toutes proies. [e] De l’autre part, Fastidorus avoit le X2 baillif de Romme, Gasus. Adont Atant prist congié et B se mistrent a G aler vers Grece. Si me veul taire ore t. G d’eulz et veul B revenir venir B X2 a l’empereour de Costentinno[f]bleCassidorus et a sa gent, que je G laissai devant Laomedon.

[23] Ci vient li comptes a Cassydorus C., l’empereur de Constantinoble G Castidorus (sic) X2 comment lui il X2 et sa gent vindrent de Laomedon devant Costentinnoble pour combatre c. contre Peliarmenus et le roy d’Arragon et contre leurs gens, comme s’ensuit G c. a Peliarmenus X2 Comment li empereres de Coustantinoble sist devant Laomedon B .

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Enluminure sur 2 colonnes (e-f) et 16 UR. Cassidorus et son armée s’apprêtent à combattre devant Constantinople.

§407 [e]Or dit li contes que grant piece sist li emperieres de CostentinnobleCassidorus devant Laomedon puis que il fu y fu B X2 venus. Li autre prince et li autre baron qui avoient esté navrez furent revenu en leur santé et en leur force et orent conseil que il avant chevaucheroient. Il apresterent leur gent et se mistrent a la voie. Pelyarmenus le sot, qui n’ot mie gent pour assembler a eulz. Il se mist arriere et tint sa gent en Costentinnoble et ot conseil que il atendroit le secours que il ot mandé de a B X2 Romme. Li emperieresCassidorus et sa gent le sorent et ne voudrent arrester se poi non si furent venus devant la citéCostentinnoble. Dont assistrent assidrent X2 la villeCostentinnoble a poi de hustin. Et ne demora mie que cil [f] orent oÿrent B nouveles de Edipus de Bethsaÿda, qui descendus estoit descendoit B de la mer de Grece et venoit par par par X2 terre seche a B X2 enseignes desploiees. Et n’arresta si vint la droit ou li emperieresCassidorus estoit estoit. Quant (sic) V2 .

§408 💬Pas de nouveau § BQuant Edipus et sa gent g|gent V2 furent tuit logié, li emperieresCassidorus, o lui le conte de FlandresRobert, vint a lui et li dist :
« Bien soit venus Edipus, mon chier ami, qui a mon besoing m’est venuz secourre contre mes anemis !
– Sire, dist il, je faire le doi. Si sui moult joians que que|que V2 faire le puis a vostre preu et a vostre honneur. »
Dont se conjoïrent il B moult et parlerent de pluseurs choses. 💬Nouveau § BAinssi fu X2 Costentinnoble assise de pluseurs liex. Et vit bien Pelyarmenus et li rois d’ArragonDyomarques et li autre prince que moult avoit li emperieresCassidorus grant grant|grant V2 [205]force, et bien savoient que de jour en jour leur croissoient grant gent, car Daphus avoit envoié a ses freres que il venissent en Grece au plus esforcieement que il peussent pour faire aide a l’empereourCassidorus, qui si leur avoit tenu leur honneur💬 qui si leur avoit tenu leur honneur: Référence au Roman d’Helcanus, §15-50, où est relatée la guerre qui oppose la dame d’Allemagne et ses fils, Fremor et Daphus et le duc de Mayence, dans laquelle Cassidorus joue les adjuvants indispensables..

§409 💬Pas de nouveau § BQuant il sorent ce, si furent moult joiant et ne cuidierent ja ce avoir fait a tans. Si se mistrent .vm. armeures a. de fer B ensemble et ne finerent de chevauchier G si vindrent devant Costentinnoble. Quant Daphus le sot, si vint a eulz et se conjoïrent. Aprés s’en vindrent a l’empereourCassidorus et se presenterent si noblement que nule gent ne le porroit porent B miex faire. Et quant li emperieresCassidorus les vit, si leur fist la greigneur feste du monde et les retint a sa bataille. 💬Nouveau § BLi rois d’ArragonDyomarques, qui vit que fort chose estoit de tel gent desconfire, fist aprester .i. message et envoia en son royaumeArragon, si esforcieement que il onques miex pot, que on li envoiast .xm. chevaliers, car li besoins en estoit tiex que, se on ne le faisoit, jamais ne cuidoit en sa terreArragon entrer rentrer B .

§410 💬Pas de nouveau § BPelyarmenus, d’autre part, ne se s’en B rasseuroit mie, car moult li pesoit qu’il n’avoit gent pour faire a ceulz dehors une envaÿe. Un jour apela li roisDyomarques son neveuPelyarmenus et li dist :
« Sire, dist il B , poi vous pueent cil dehors prisier quant que B tielz n’avons esté encor esté B que nous aions encore B a eulz jousté.
– Par Dieu, se vous me vouliez voulés G X2 croire, nous prendrions prendrons G une quintaine a cels dehors. Et je sai de vrai que [b]il en seront tout joiant; et ainssi porrons nous congnoistre les meilleurs, et G des leur d’elz B et des nos de nous B X2 . Et meismes l’empereour, mon pereCassidorus, verroie je moult volentiers et autres que j’ai moult oÿ prisier, car je sai vraiement qu’il ont des meilleurs du monde. Et tantdis comme que B nous a ce entendrons orrons nous autres nouveles dont nous serons ou G liez ou dolenz.
– Par foi Dieu B , dist Dyomarques, moult avez bien dit, mais que ce soit en la volenté des barons de cest paÿs.
– Par foi Dieu B , dist dit X2 il, ja ne le ferai sanz leur volenté. »
Donc en vint au duc d’AtheinesDuc d’Athaines, qui moult estoit plains de chevalerie, et li dist ceste chose, et il dist respondi B :
« Moult me plaist. Et sachiez que a .i. tans qui passez est fu aussi ceste citéCostentinnoble assise assegie B de Rommains, et l’asega Fisee, qui peres fu vostre mereFastige💬Pelyarmenus est en effet le petit-fils de Fiseus, le jeune prince du Roman des Sept Sages et empereur de Rome après son père dans le Roman de Marques, par sa mère Fastige. Il assiège la cité de Constantinople avec Marques pour défendre le trône de Laurin contre Syrus. Voir le Roman de Laurin, dès son amorce, puis §1895-2644 pour le récit des combats en question.. Et pristrent cil dehors .i. bouhourt a ceulz dedenz. Mais je vous di que ceulz dedenz soustindrent mauvesement leur fais, si comme j’ai oÿ j’oï B dire, car adont avoit .i. seneschalMarques a Romme qui moult estoit preus. Meismes y fu Synador, le .i. B damoisel de Puille. Et il le y B refist aussi merveilles bien B et moult d’autres dont j’ai oÿ parler.
– Par Dieu, dist il, tout aussi a il oÿ parler la hors B des meilleurs chevaliers du monde. Et por ce les veul je veoir, car nous n’i poons porrons B riens perdre quant l’une partie assaudra asseurra B l’autre. Et qui ferir voudra en la quintaine, faire le porra sanz riens perdre B .
– Et je l’otroi », dist li dusLeus.

§411 Ainssi l’otroierent s’acorderent B cil dedens et s’i acorderent l’otroierent B tuit. Dont prist Pelyarme[c]nus .i. joene bachelerMessager de Pelyarmenus et l’envoia au duc de NiseKarus, et li dist sa volenté. Cil s’apresta moult gentement et ot .i. oisel esprevier B sus son poing. Il fu montez sus .i. mulet mul B X2 amblant et tint une courgiee en sor B sa main destre. Et tout ainssi se mist au chemin, sanz autre armeure nule B . Quant cil de l’ost l’aperçurent, si l’ont moult esgardé, car il sorent bien que il aportoit nouveles, mais il ne sorent queles. Cil enquist le tref au duc de NiseKarus; bien fu qui li enseigna. Il ne fina si cil (sic) X2 vint devant le ducKarus tref B et descendi de son mul mulet G . Li aucun li enquistrent a qui il estoit. Il respondi qu’il estoit au duc d’AthainesDuc d’Athaines, qui l’enveoit au duc de NiseKarus. Et donc le prist .i. chevalier qui le mena a lui. Sitost comme il le vit, si li dist :
« Sire dus de NiseKarus, li dus d’AtheinesDuc d’Athaines vous mande que trop vous poez reposer. Faites une quintaine drecier dehors les murs de la citéCostentinnoble, et soit seüre chose que nostre bacheler y puissent aler et venir sanz perdre et ferir devant les dames et les damoiseles de la citéCostentinnoble, ou il en y a de moult m. de B souffisanz et de moult beles. »

§412 Quant li dusKarus l’entendi, si li leva le cuer el ventre et sailli em piez moult vistement, si dist :
« Sire, moult a bien dit le ducDuc d’Athaines. Et sachiez que je l’en sai bon gré. Si li dites de par moi qu’ele sera dedenz demain fichiee el plus couvenable lieu que je porrai ça hors trouver.
– Sire, dist dit X2 li chevaliersMessager de Pelyarmenus, que ce soit ferme chose et estable ! »
Dont fist afier par son signe signet G , et le la B X2 prist li chevalierMessager de Pelyarmenus, si s’en repaira [d]en la citéCostentinnoble. Karus, qui trop estoit liez de ceste emprise, s’en si s’en G vint a Dorus touz premiers et li conta cest affaire. Quant il l’ot entendu, si fu si joians que nulz ne le peust correcier. Lors parla et dist :
« Sire, alons a mon seigneurCassidorus et li conterons conterez B ceste chose et li requerrons l’otroi. Et je sai de vrai voir B qu’il iert moult joians de l’otroier. »
Adont en vindrent a l’empereourCassidorus, si li distrent tout ainssi comme li dus d’AtheinesDuc d’Athaines avoit mandé au duc de NiseKarus. Quant il l’entendi l’ot entendu B , si commença a sousrire et dist dist tout en riant B :
« Foi que je doi a Dieu, il n’ont mie leur cuers en leur chauces💬 il n’ont mie leur cuers en leur chauces: Comprendre "ils n’ont pas froid aux yeux", "ils ont du répondant", cf. DMF, sv. chausse. quant il X2 vous ont de tel chose requis ! Si vous en B doins volentiers B X2 l’otroi que vous en faciez vostre volenté.
– Sire, distrent il, grans merciz. »
Et dont vindrent au conte de FlandresRobert et li ont ce dit. Et quant il le sot, si en fu si X2 liez qu’il en geta .i. souspir de joie. Aprés vindrent a Daphus, si li X2 ont dit et G . Cilz n’en fu mie dolenz, ainz dist :
« Poi nous porrions prisier se nous tel chose leur refusions refusons B . »
Aprés revindrent le distrent B X2 a Japhus le Frison. Cil ne sot qu’il en peust faire de joie. Aprés vindrent vind|drent V2 a a|a X2 Josyas J. d’Espaigne G . Cilz maintenant si souhaida Nera en son cuer qu’ele en y B y X2 peust estre. Et pour ce atendi il a de B respondre, quant Dorus dist li d. B :
« Sire, qu’en dites vous ?
– Que j’en di ? Sire, sachiez que moult en sui joianz. »
Aprés vindrent a Mirrus. Cil ot tel joie qu’il ne sot quel part il fu, car bien li membroit de la puceleMelode qui pour lui avoit sa terreGonfort perdue et s’onneur. [e]Si pensa que, s’il pooit le p. X2 veoir la, que B moult s’esforceroit de faire chevalerie pour li.

§413 Ainssi alerent a chascun, meismes au duc Borleus. Cilz dist dit X2 que trop vaudroit miex qu’il joustassent les uns l’un B aus ad X2 autres, et fust pour le cheval de celui qui charroit. Dont dist Karus que avant que li giex demorast vendroient autres nouveles vendroit autres B . Il s’apresterent tuit cil qui en la quintaine vouloient durent B X2 ferir. Et fu fichiee en .i. trop biau lieu ou moult de chevaliers porent chevauchier. Aprés i il B X2 firent ficher grant hourdeis pour les dames et les G pour les X2 damoiseles metre qui de la citéCostentinnoble voudront voudrent B venir.

§414 💬Pas de nouveau § BQuant cil dedenz sorent la response de Karus, si en fu la citéCostentinnoble moult esmeue des barons qui desirrerent desirrent G le gieu de tiex y ot. Meismes Pelyarmenus fist a chascun savoir qu’il se penassent de bien faire, chascun pour li meismes, et il feroit tant que moult s’en porroient loer. Et il distrent touz G que de ce estoient il tuit proié. Dont s’apresterent tout G , et en y ot .x., que dus que contes que chastelains de grant pris, et n’i ot nul que qui G bien n’en face mencion quant ce vendra aus cops ferir. Pelyarmenus, qui ne voult pas faire desconseement, fist cerchier par toute la ville cité B Costentinnoble toutes les dames et les G damoiseles qui furent de grant pris. Meismes des duchesces y ot et des contesses qui du paÿs estoient, et y avoient fait leur seigneurs venir pour plus grant seurté. Et celes orent de [f]leur sereurs et de leur filles tant que, quant eles furent ensemble, moult y peust peut X2 on veoir gente compaignie. Meismes Melode, qui damoisele estoit de Gonfort, n’i fu pas oubliee, car Pelyarmenus l’avoit fait moult curieusement garder, comme cilz qui pluseurs foiz l’avoit requise de s’amour, et ele s’escusoit s’estoit par pluseurs fois escusee B de ce qu’ele disoit :
« Sire, se vous avez tant de valeur comme cilz a qui j’ai m’amour doneeMirrus, je me retrairai a faire vostre volenté. Et ceste chose ne devez vous B refuser, quar, se je du tout a vous G m’abandonnoie, ne vous porroie je avoir a seigneur. »
Il respondi respondoit B :
« Damoisele, par ceste raison ne me devez vous pas refuser, car on set bien que je sui plus souffisans qu’il ne soit, car je sui filz d’empereour de l’e. G et de roy. Et cilz qui vous aimme amez (sic) B Mirrus est .i. povre chevalier, et ne savez qui il est.
– Sire, dist disoit B ele, bien cuit qu’il soit .i. des mieudres chevaliers du monde. Et bien sai qu’a grant biauté n’a il pas failli. Et se il est povres, je ne sui mie riche. Si seroit la chose plus couvenable qu’il m’eust a fame que vous a soignant seigneur V2 G 💬qu’il m’eust a fame que vous a soignant : Melode repousse les avances de Pelyarmenus. La correction d’après BX2 s’impose pour respecter le sens et le parallélisme de la construction, soignant signifiant ’concubine’, cf. Glossaire..
– Damoisele, disoit dist B il, voire, mais je vous tiens en ma prison. Si vous couvient faire ma volenté.
– Ha ! sire, disoit ele B X2 , ce ne ferez vous mie deci adont que vous m’avrez fait ce que je vous B dirai. Quant vous serez en lieu ou vous porrez celui tenir dont je paroleMirrus, faites tant d’armes par vostre cors que vous le m’ame[206]nez, et je vous otroierai m’amour. Et dont serez vous B souffisanz d’avoir le deduit de moi et de mon pucelage. »
💬Nouveau § B Par ceste raison l’avoit Pelyarmenus par B lonctemps deportee et par moult de fois soustenu moult de fais d’armes a ce que il peust Mirrus metre au dessouz. Mais il l’avoit trouvé trouver X2 si B seür que onques n’en pot a chief venir. Et ce estoit la raison pour quoi il avoit cest afaire commencie et vouloit Mirrus traire en cause, pour quoi il voloit la jouste avoir a lui voiant la puceleMelode, car si se sentoit seür au jouster que bien en cuidoit faire sa volenté, comme cilz qui estoit .i. des bons chevaliers du monde. Dont par ceste raison furent toutes les dames et les damoiseles mises assamblees et m. B toutes misses (sic) X2 a une part.

§415 💬Pas de nouveau § BCilz jours passa, et vint a l’endemain que li jours apparut, moult biaus et moult clers. Lors s’apresterent li chevalier et les dames dam|mes V2 . Chascune fu acesmee aprestee et a. B de moult riches atours. Et cil qui durent en la quintaine ferir, chascuns💬cil qui... chascuns: Rupture de construction, cf. Note linguistique. fu acesmez atornez B a sa guise, et ot amie, dame ou pucele, chascune de tiex garnemenz comme il elz B meismes orent. Il monterent es chevaus, et les dames et les puceles sus biaus gens B X2 palefroiz, et orent sambues a de B leur armes. Ainssi se mistrent o grant bruit hors de la citéCostentinnoble. Cil dehors erent ja montez sus les les c V2 chevaus et virent ceulz venir de dedenz si noblement que moult s’en esbahirent. Quant car V2 G il furent venuz [b] as ad X2 hordeis, si descendirent les leur B dames et les mistrent amont ou eles porroient porent B pouoient G bien veoir les uns et les autres. Adont fu li emperieresCassidorus moult richement montez. Si s’apresta de faire les rens, comme cil qui bien en sot la maniere. Si le fist si paisiblement que moult en fist a prisier. Donc commanda que li sien commençassent le gieu, car c’estoit raison. Dont s’apresta Heleus, li freres Japhus le Frison. Si Il B fu moult richement aprestez acesmez B et sist sus .i. cheval qui moult fist a prisier. Lors vint au lieu dont il doit dut B mouvoir, et li fu pendu .i. escu fort et ferme a son col. Il saisi le glaive et se mist au ferir des esperons moult noblement. Si ne tarda gaires quant il feri es escuz et les perça et tout aussi les haubers. Et a ce que il les aproucha rompi les fresnes, et volerent les asteles en haut contremont. Si s’en passa outre moult mlt V2 affaitieement. Et au retour que il fist s’en vint par devant les dames, qui moult volentiers le virent et moult le prisierent pr›s‹[i]sierent V2 p. m. B et distrent que moult l’avoit richement fait. De l’autre part fu aprestez .i. damoisel qui filz estoit au duc de LaomedonClerus. Et cil estoit joenes et de grant pris et ot non Tuleus. Si fu moult richement a cheval et atournez a sa guise. Quant il ot l’escu saisi et le glaive, si s’aficha es estriers de moult grant vertu et s’abandonna de ferir en la quintaine. Si le fist si ordeneement que nul de son temps ne le peust miex faire, car li [c]chevaus, qui roides et seürs estoit, l’emporta de si grant force que, avec ce tout ce B X2 que il estoit chevalier esliz esleus B G X2 , feri il si adroit es escus et es haubers que il percha l’un et l’autre, si que li fers entra plaine paume en l’estache, qui moult estoit grans et fors et ferme. Et a l’aprochier brisa li fus, si que moult le prisierent tuit cil qui le virent. Au retour que il fist ot moult d’encontres, car li auquant s’estoient aprés lui mis et l’en amenerent par devant les dames et les damoiseles, ou il ot moult gente amie. Dont li distrent :
« Sire Tuleus, vous n’avez pas failli : ce nous puet il bien membrer. »

§416 Dont s’apresta Josyas d’Espaigne et dist a lui meismes qu’il ne seroit mie li desreniers. Il sist seur .i. destrier qui moult iert de grant g|grant V2 pris et estoit aveuc ce tout ce G si biaus armez qu’en nule terre ne trouvast on G son pareil. Il se parti des renz et fu moult esgardez pour sa noble contenance, et Il B vint au lieu dont il dut mouvoir li autre estoient meu B . Li emperieresCassidorus tint l’escu que il li G pendi a son col, puis li bailla .i. fort glaive dont li fers fu moult trenchans. Il se mist au ferir des esperons. Li chevaus, qui grans et fors estoit, se mist a la voie et feri des piez a la B terre en tel maniere que toute la terre en trembloit trembla G . Comme cil qui son cop vouloit bien emploier le fist si acesmeement que moult s’en merveillierent tuit cil qui la furent, car il percha les escuz et les haubers [d]touz. Avec tout ce feri il bien si b. en B l’estache .i. cop si grant que tout le fer entra enz, deci au fust. Et quant ce vint a l’aprochier de lui, li fresnes ne demoura mie entiers, ainz en volerent les pieces contremont, qui friente menerent. Il passa outre comme chevalier le pot miex faire. Et quant li emperieresCassidorus a ce veu, si ne se pot tenir que il aprés lui ne ferist cheval des esperons. Si le fist de si grant vertu que le cheval seur quoi il sist mena si grant frainte, avec tout ce que il le justisa G , que toute en fu oubliee la jouste Josyas pour lui esgarder. Et dont se mistrent aprés des autres grant partie. Et adont ramenerent Josyas par au retour que il fist fu ramenez B devant les dames et les damoiseles. Et quant il eles B X2 virent et sorent que ce fu o lui B l’empereourCassidorus, si n’i ot nule qui contre lui ne se levast. Et il les salua moult hautement, et eles toutes a .i. ton son B li respondirent rendirent B son salu, et il atant s’en passa passe G outre.

§417 Quant ceste jouste fu faite, li dus d’AtheinesDuc d’Athaines ne se mist pas en oubli. Cilz estoit chevalier de grant pooir et iert jones de .xxx. anz. Il fu moult noblement de ses armes conroez atournés G et avoit dame a son devis, et se pensa que que il B pour s’amor se vouloit pener, aussi comme il avoit fait autre foiz. Il se parti des rens et se contint en ses armes B tant moult G gentement que moult fu prisiez de touz ceulz qui le virent. Il vint a son lieu et ot l’escu saisi et prist le glaive fors [e]et trenchanz. Dont s’aficha es estriers de si grant force que il fist le cheval tout dessous lui B archoier. Dont ne demoura mie granment B X2 que il se mist ne se mesist B au ferir des esperons. Si le fist si adroit que bien s’en doit on esmerveillier, car en tele maniere le B feri en l’estache que il ne consuivi hauberc ni escu. Et pour ce ne demoura mie que li fers n’entrast en l’estache de si grant vertu que la X2 pointe en issi de l’autre part dehors. Et a l’aprochier hurta si du sien escu aus autres que la moitié en chaï jus a terre. Et li fresnes rompi et fist moult grant noise, et a tant faire G s’en se B passa outre. Et maint baron se mistrent aprés lui, qui du cop se ne se V2 G donnoient garde, et si B distrent que c’estoit ce seroit G trop grant merveille que si adroit avoit consuivi l’estache sanz les escus et les haubers percier. Dont ramenerent le ducDuc d’Athaines as dames armes X2 , qui li distrent :
« Sire, bien doit gesir entre en B braz de dame souffisant qui tel cop set s’en (ou seu) G donner sanz menacier💬 bien doit gesir... menacier: Expression sentencieuse inconnue des répertoires.. »

§418 Aprés ceste jouste s’abandonna li cuens de FlandresRobert. Cil n’avoit pas cuer frarin, ainz fu estoit B X2 a el B X2 cheval si richement montez que mout s’en se V2 porent esbahir tout cil qui le virent, car touz estoit couvers, lui il B et ses chevaus, de ses armes. Li soleus, qui gitoit sa clarté, feri en lor 💬Le pronom tonique lor après préposition équivaut ici à eus, cf. Ménard, §39b. et getoit tel si grant B resplendeur que il bien B X2 sembloit que il arsist. Et quant cilz se fu partiz des renz, si s’esmerveillierent tuit tout cil qui le virent B de la biauté de lui, que quar B qua (sic) X2 [f]avec tout ce se maintint par mesure. Il sist el cheval comme se il y G fust plantez, et fu aceinz de l’empereourCassidorus et des autres qui l’amenerent au lieu dont il dut mouvoir. Quant les dames le virent, si en B orent grant merveille qui que X2 il estoit. Dont fu toute l’entente leur e. B a lui regarder. Li emperieresCassidorus li dist :
« Sire, moult vous devez prisier, car onques mais si bel arme ne vi. Et tout cil de ceste place vous esgardent a merveilles.
– Sire, dist li cuensRobert, ja porront dire de moi je sui si biaus💬L’adjectif biaus est employé de manière adverbiale avec une valeur intensive "très, beaucoup" (cf. DMF, sv. beau). mauvais. »
A cest mot prist son escu, qui fort estoit et pesanz. Il le pendi a son col, puis demanda son glaive, qui fu court et gros et ot le fer trenchant. Dont s’aficha es estriers de si grant force que li chevaus, qui estoit fors et poissans, en B X2 fist dessouz lui archoier. Dont estrainst estraint B G X2 le glaive et serra l’escu a son col contre son B X2 💬Possible saut du même au même non erroné de V2GX2 sur son. pis et puis G feri le B cheval des esperons tant aigrement que bien le pot on veoir, car tout aussi si B t. a. comme X2 vint bruiant a la quintaine comme foudre B X2 . Et feri enz si adroit que li haubers ne li escus ne porent l’estache tenser, que parmi ne se ferist enz de si grant force que li fers, qui fors fu et trenchans, entra el fust de la force du conteRobert, et passa li fers de l’autre part plaine paume. A l’aprochier de lui li fust, qui fors estoit, si fist l’estache verser a tout les escus et les haubers tout en .i. mont, et ne pot mie demourer que le glaive ne couvenist pechoier et metre en pieces, si que de l’un et de l’autre fu granz li froisseis. Et atant li [207]cuensRobert passa outre, aussi G joins comme li B faucons qui B descent au haron💬aussi joins... haron: Analogie avec la manière dont le faucon chasse le héron, en le suivant de près. Cf. aussi n. au §269 pour une autre analogie convoquant des oiseaux..

§419 💬Pas de nouveau § BCeste jouste virent maint, et meismes les dames et les damoiseles distrent :
« Aide Diex, qui est cilz qui tele chose a faite fait B X2 ? Se nous ne le savons, trop serions sommes B X2 mal baillies. »
💬Nouveau § BDont se mistrent li pluseurs aprés le conteRobert, meismes li emperieresCassidorus et B Daphus et Mirrus et moult d’autres des a. V2 qui vindrent a lui. Et li dist li emperieresCassidorus :
« Sire, dist il B dist X2 , a bonne heure vous tins a bel, car a bonté n’avez pas failli. »
Donc distrent :
« Fist onques mais homme ce que cilz a fait ? »
Donc y ot de tiex qui ceulz que X2 distrent que distrent aucuns qui G autre foiz avoient il veu quintaine abatue abatre B , mais de si fort n’avoient n’a. il B X2 onques mais B nule veu metre a terre. Dont n’i ot nul B qui ne n’en B fust moult esbahis. Dont retornerent a tout le conteRobert par devant les dames et les damoiseles, et li orent le hyaume osté. Il estoit .i. poi B quamoissiez du fer, si en estoit .i. poi B plus biaus biaus bi|aus V2 a veoir. Et quant eles le virent, si se leverent toutes ensemble et distrent :
« Pour Dieu, dites nous qui cil est qui la quintaine a mis mise B a terre ! »
Dont parla li cuensRobert et dist :
« Dames, il est contes de Flandees, si est et B X2 li mieudres chevaliers du monde. »

§420 💬Pas de nouveau § BEn cest arrest esgarda Mirrus Minus X2 Melode, et ele lui. Dont li geta la puceleMelode sa guimple, et il maintenant la le B reçut et sot bien que ce fu a dire💬sot bien que ce fu a dire: Comprendre "sut bien ce que cela signifiait".. Si en B fu si liez que bien le pot on veoir. [b]Maintenant la mist dessus une mance lance B et l’enporta de de l V2 l’autre part, voiant touz dont il mouvoient. Quant il ce sorent G , s’en ala s’ala B Si en ala G la renommee partout. Dont le sot Pelyarmenus, si en fu moult joians, car dont sot dot (sic) G il bien que par lui porroit il faire son gré de la puceleMelode. Si prist .i. chevalier et li B dist :
« Va moi de la💬Datif éthique marquant l’intérêt, cf. Ménard, §126b, rem. ; Moignet, p. 130, 2A, rem. 2. et saches qui cil est qui a la guimple enportee enpor›c‹[t]ee V2 emportee B . Si li di Cil li dist G qu’il que X2 li couvient desraisnier contre .i. autre chevalierPelyarmenus, mais ne je ne G di pas que ce soit a moi, car je ne voudroie mie qu’il fust me f. B reprochié que j’eusse a .i. tel chevalier jouste. »
Dont s’en vint cil a Mirrus, qui la guimple tenoit, et li dist :
« Sire, dites moi vostre non, car uns chevaliers chalenge la guimple et dit dist B G X2 qu’il la vous couvient desfendre et B X2 conquerre par armes, se vous souffisaument la voulez avoir. »
Dont li respondi Mirrus :
« Amis, dites a B vostre seigneurPelyarmenus que je sui sires de Quarres en Bretaigne💬Sur le toponyme et les variantes dans la tradition, cf. Table des lieux. et ai G a B X2 non Mirrus. Et bien dites a B X2 vostre seigneurPelyarmenus que je sui amis a la puceleMelode, et ele par droit doit estre moie et je siens. Et se il est tiex que il le veulle desdire, je sui cil qui en toutes manieres li le B G X2 ferai estable.
– Bien dites », dist cilz. Dont revint a Pelyarmenus et li dist dit B X2 tout ainsi comme il ot avoit G trouvé. Quant il oÿ ce, si fu moult meus en ire et dist :
« Va dont arriere, si li di que il soit aprestez, si comme pour courre .iii. lances. Et se il est ainssi qu’il me puisse metre de mon cheval a terre, je li otroi le cheval et la puceleMelode et quite aquitee B de s’amour. »
[c]Dont revint cil a Mirrus et li dist tout en tele maniere comme son seigneurPelyarmenus li avoit commandé B X2 .

§421 Ainssi fu prise l’aatine des .ii. chevaliers. Et quant li emperieresCassidorus et li autre baron le sorent, si en X2 furent moult joianz, car moult se fierent en Mirrus. Dont voult savoir li emperieresCassidorus qui cil estoit a qui Mirrus devoit la puceleMelode desrainier et envoia le duc de NiseKarus de l’autre part pour savoir le. Et quant il fu la venus, si parla au duc d’AthainesDuc d’Athaines et li ›...‹[l]i V2 dist :
« Sire dus, qui est cilz qui la puceleMelode doit desraisnier de vostre la v. B partie ? »
Adont oÿ ›...‹[o]ÿ V2 Pelyarmenus ceste parole, si fu moult yriez et li respondi moult annuieusement :
« Sire dus, qu’en afiert il atient B astient il X2 a vous ne a ame de vostre partie ? Cilz qui la desraisnera est plus souffisanz que vous n’estes ne que celui a qui il a a faire.
– Sire, dist li dusKarus, bien est li est B mestiers. »

§422 💬Pas de nouveau § BAtant se s’en B parti li dusKarus B d’eulz et s’en revint vint arriere B vint X2 a l’empereourCassidorus et li dist que ainsi comme B ce que G 💬Comprendre que = ce que.Peliarmenus li avoit respondu.
« Ha ! dist il, comme il B X2 est fel ! A envis eust sagement respondu !
– Sire, dist il, ja ne me creez se ce n’est cilz meismes qui la jouste fera.
– Par Dieu, distrent il, ce puet bien avenir. »
Dont apresterent il B Mirrus moult gentement richement B , et fu montez sus le morel dont il avoit occis le CarcassonDuc de Carcassonne. Cilz Car il G estoit tiex qu’en tot l’ost n’avoit tel son pareil G . Pelyarmenus, de l’autre part, estoit acesmez a sa guise. Dont fu chascuns atirez pour aatis de B son [d]pouoir faire, car dont sorent il bien que li faindres quens de Flandres B n’estoit pas couvenables. Dont fu chascuns de sa partie menez as renz et furent es liex dont il durent mouvoir.

§423 💬Pas de nouveau § BLi emperieresCassidorus et li autre baron orent Mirrus mis a escole de ce que il porent. Et furent mis au mouvoir, et si B ot chascun escu et lance a son voloir. Et dont se mistrent au ferir des esperons si si le firent si B gentement que li cheval, qui tel estoient comme il couvenoit, s’entraprochierent s’entrap|prochierent V2 de moult grant ardure. Cil, qui ne voudrent mie faillir, s’afichierent es estriers, et feri f. si B li uns l’autre en la penne de l’escu de si grant force que poi demorerent entier, ainçois encontrerent encontrent G li fer la force des haubers, et les couvint metre en asteles. A l’aprochier d’eulz s’entrencontrerent des escus si adroit que les pieces en couvint cheoir a la terre. Lors s’en passerent outre sanz plus faire. Que vous feroie je lonc sarmon de son leur B maintien diroie je G ? Si Car si V2 X2 bien le firent que onques .ii. chevaliers ne le firent si bien miex ne le firent B ne si plus B bel, car, se il brisierent bien la premiere foiz B X2 , encore firent il miex la seconde. Et quant ce vint a la tierce, si ne voudrent mie laissier que a cele foiz ne couvenist l’un d’eulz cheoir.

§424 Adont fist chascun ch. d’eulx G savoir a X2 son compaignon que il meissent .ii. lances par acort ensemble, et il si firent. Et quant ce sot Melode, qui delez la sa B duschesseDuchesse d’Athaines esto, si pria Dieu [e]moult devotement que il la delivrast de vilain soignage, car ele savoit bien, se Pelyarmenus venoit au dessus de Mirrus, qu’il li couvendroit faire sa volenté. Dont ot .i. petit quenivet en sa main et jura Dieu que B , se Mirrus venoit au dessouz, que que elle B maintenant s’en se B ferroit au cuer et s’occirroit. La duchesseDuchesse d’Athaines entendi sa volenté et dist li d. B :
« Ha ! damoisele, pour Dieu merci, n’aiez mie tele celle G volenté, ainz aiez vostre cuer a Dieu, car je sai vraiement que cil en qui vous avez vostre cuer mis n’a pooir de perdre, se trop ne li meschiet meschief V2 G .
– Dame, dist ele, ce sai je de voir. »
A cest mot se mistrent au a B ferir des esperons, et chascun ot ch. B son escu joint contre a B son piz et sa lance empoingnie moult fort. Et s’affichierent es estriers, que li cuer leur engroissierent es ventres a merveilles. Dont s’adrecierent en tel maniere que li sans des chevaus issoit a as B grans ruis. Quant il sentirent les cops, si furent eschauffé et vindrent ensemble G de tel ardeur que li cheval chevalier B , qui estoient yrié l’un seur l’autre G , mistrent toute leur force au ferir des lances, qui bien estoient liees en pluseurs liex. Il s’assenerent enmi les le (lé?) B X2 piz en tel maniere que estriers ne cengle ne les pot tenir, ainz rompirent communement, neis li petral des seles cengles se›l‹[r]es V2 cengles G cengles s. X2 💬La leçon attendue est celle de B : il est question de la lanière (petral) sous le ventre du cheval qui retient la selle. Sur cette erreur dans V2GX2, cf. S. Lecomte, «La tradition manuscrite du Roman de Pelyarmenus», art. cit. qui tout erent de fin cuer de soie. Et avint que Pelyarmenus ot son arçon desriere brisié et rompi rompu B et chaï par desriere B d. X2 du cheval en tele maniere [f]que bien fu blecié. Mirrus ne demoura mie el destrier, ainz rompirent les cengles et li poitral, si comme j’ai devant dit. Mais tant li fist Diex d’aide qu’il demoura en la sele jus du cheval et les piez es estriers, tout en tele maniere comme se il y fust plantez.

§425 Quant ceste chose orent veue orent ce veu G cil qui la furent, si orent moult grant merveilles. Li emperieresCassidorus ne et B li li autre B baron ne sejornerent sejjornerent (ms. sei iornerent) V2 sejournerent B gaires quant il furent la venu, si mistrent chascun main au sien, et y ot une presse trop merveilleuse. Lors tint li emperieresCassidorus .i. tronçon trons B de lance en sa main et fist traire arriere ceulz qui n’i avoient lieu. Mirrus demoura tant en la sele que li emperieresCassidorus dist :
« Amis, tenez vous quoi deci a tant adont B X2 que jugement sera rendus. »
Quant Peliarmenus oÿ ce, si ot tel duel que par .i. poi qu’il ne courut sus Mirrus voiant touz B X2 ceulz qui la furent. Et sanz faille si eust est V2 G X2 il fait, ce dist li contes, mais qu’il eust espee. Dont se mistrent ensemble li duc et li conte, et fu jugemenz li j. B renduz que Mirrus seroit saisis de la puceleMelode deci adont que Peliarmenus Mirrus X2 peust porroit B X2 moustrer raison couvenable qu’il en deust estre dessaisis. Quant il oÿ ce, si fu si correciez que bien le X2 pot on veoir. Quant Melode sot ceste chose, se ele fu liee ce ne fait mie a demander. Dont fu tart, si couvint le gieu finer. Si en y B G ot moult de dolenz, car il cuidierent eulz esprouver. Et li emperieresCassidorus leur dist :
« Biau seigneur, moult [208]vous doit poi anuier se X2 li giex demeure ainssi, car je vous di que nulz preudons ne le devroit faire tant que comme B par honneur ne le deust le peust B laissier. Et ce pouez vous savoir que par B ceste jouste que vous avez maintenant veue, car je di, qui bien regarderoit y r. B , que B autele honneur y avroit li uns comme li autres fors que aventure en donne Mirrus le plus bel💬en donne Mirrus le plus bel: Le complément datif Mirrus est construit directement, sans préposition, cf. Buridant, §62 et n. au §497..
– Sire, distrent il, ceste parole est voire vraie B . »
Dont ›v‹[D]ont V2 vint li emperieresCassidorus a Melode et la fist descendre, o lui ses puceles, et fu menee au tref le conteRobert, et le wida cele nuit pour s’amour, et fu autre fichiee assez pres de lui. Dont menerent li prince et li baron une feste tele que moult fist X2 a prisier.

§426 Cil de X2 dedenz se retraistrent et enmenerent leur dames et leur damoiseles, qui moult se tindrent a bien bien a B paiees de leur chevaliers, car eles distrent que poi de poi B se pooient cil dehors vanter que li leur ne l’eussent aussi bien fait, ne s’i ne G fust l’aventure qui que B a Mirrus estoit avenue. Ainssi se tint l’une et l’une B partie et l’autre a payee de ceste chose. En ce que il menoient menerent B leur feste vint .i. chevalier a Josias et li dist :
« Sire, par foi, dures nouveles vous puis dire.
– Comment, frere f., dist il B ! Dites di B X2 les moi teles comme eles sont.
– Par foi, dist il, perdue avons vostre sereurNera.
– Ha ! las ! dist il. Ce pensoie je bien, sitost comme je vous vi. Or tost ! dist il. Faites monter .x. chevaliers et les faites aler par divers chemins lieus B , car qur (sic) X2 je sai de voir qu’ele s’est [b]mise au chemin de est allee vers G Romme.
– Qu’est ce, sire, dist il, que vous dites ?
– Je me di voir💬Pronominal de sens moyen marquant la participation du sujet à l’action, cf. Ménard, §126b et rem.: «soi dire [...], c’est prononcer des paroles et les prendre en compte»., dist il. Mais ce me dites qui va avec lui.
– Sire, dist il, une damoiseleDemoiselle de Nera sanz plus.
– Alez, dist dit X2 il, si faites ce que je vous ai dit, car je pour riens ne m’oseroie partir de ci pour tele chose, et vous aussi a aussi V2 bien en ferez la besoigne comme moi meismes. »
Adonc se parti cilz de lui, et Josyas demoura moult dolenz. Li autre menerent joie, meismes Mirrus demena ot B mena X2 autel joie que, se tous li mondes fust siens, ne la peust p. il B greigneur faire que il fist. Il et li emperieresCassidorus si demenoient avoient B menoient X2 la puceleMelode assise entr’eulz et la tenoient de paroles et li enquistrent comment il li B avoit puis esté. Et ele leur dist conta B comment Pelyarmenus l’avoit requise et tout ainssi comme ele s’estoit escusee de Mirrus. Quant li emperieresCassidorus l’entendi, si loa Dieu et dist que moult eust esté grant douleur se il en fust venuz a sa volenté.
« Ha ! sire, dist dit X2 ele, mon seigneur de pereSeigneur de Gonfort ai perdu, mais a riens ne m’est m’en est B quant j’en je B sui eschapee.
– Bele, dist li emperieresCassidorus, Diex ait merci de s’ame ! Moult quar m. B l’amai💬Sauf erreur, les romans précédents ne mentionnent pas le fait que Cassidorus connaissait le seigneur de Gonfort. En revanche, Cassidorus connaissait bien Melsius, l’oncle de Melode.. »
💬Nouveau § B Ainssi fu Melode conjoïe de chascun. Meismes Mirrus li dist :
« Damoisele, moult sui joians de vous. Et bien sachiez que B tout aussi en ai je esté correciez.
– Ha ! dist ele, douz amis, comme je vous ai puis eu en memoire ! Or est il temp et heure que je de vous soie asseuree.
– Certes, dist dit X2 il, et je le ferai tout en tele maniere comme je miex le [c]porrai faire p. B X2 . »
Dont dist ele e|ele V2 B :
«  Or G X2 veul je Dont vueil je, dist ele B que vous me demandez a mon seigneur l’empereourCassidorus.
– Par foi, dist il, moult volentiers. »

§427 💬Pas de nouveau § BDont vint Mirrus B a l’empereourCassidorus et li requist la puceleMelode, car il la voloit avoir a fame, et ele lui. Il dist que ce feroit il G moult volentiers. 💬Nouveau § BDont les fist fiancier affier B l’un l’autre, et y ot moult de barons qui cest mariage loerent. Dont passa la nuit, et vint l’endemain, que li emperieresCassidorus les fist espouser. Si y X2 ot une feste et une joie si grant que bien fait a ramentevoir, car il firent la quintaine redrecier, et s’i essaierent cil qui que X2 le jour devant ne l’avoient mie fait. Si vous di que moult y peust on veoir de biaus cops ferir, car ce ne furent pas li pieur, quar Dorus s’i essaia, qui aussi ensi X2 bien le fist comme chevalier qui y fust, et tout aussi fist B Daphus et Karus K. et B K. et dist X2 li G dus de Nise, Japhus et moult d’autres.

§428 💬Pas de nouveau § BQuant il orent le gieu laissié, si fu tart, et fu li soupers aprestez, si et il B le firent si comme il durent. Et quant ce vint aprés souper, si ›l‹[s]i V2 dura leur joie moult longuement longuement. Et quant se vint aprés souper, si dura leur joie moult longuement (sic, répété) X2 . Et puis dont B alerent dormir. Et cele nuit jut jus G X2 Mirrus avec s’amieMelode, si poez moult bien savoir que moult orent de leur deduit. Quant ce vint au matin que il furent par l’ost levé, si commanda li emperieresCassidorus qu’il a Myrus qu’il B envoiast sa fameMelode en son paÿsGonfort, car la ne pooit ele mie demorer pour moult de raisons, et il si fist. Quant ceste chose fu avenue, bien pouez [d]savoir que Peliarmenus le sot, et dont jura que moult le vendroit chier a l’empereorCassidorus et aus autres, se il B faire le pooit.

§429 💬Pas de nouveau § BAinssi demorerent devant la citéCostentinnoble grant temps, que cil dehors n’i porent riens faire ne cil dedenz ne voudrent hors issir pour la force qui mie n’estoit leur. Si me tairai d’eulz une piece et veul venir et revendrai G a Nera, que son frereJosyas laissa en Laomedon, comment ele se mist au chemin entre li et une de ses damoiseles damoiselle G Demoiselle de Nera sanz autre compaignie, et comment Josyas envoia aprés li G B .

[24] Comment Nera se parti de Laomedon et s’en ala a Romme pour X2 querre Helcanus, son bon X2 ami et comment Josias envoya aprés ly G li empereres et li autre baron envoierent a Romme B .

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Enluminure sur 1 colonne et 12 UR. Chevauchée de Nera en forêt, accompagnée de deux hommes, pour rejoindre Helcanus.

§430 Ci endroit dit li contes que, quant li emperieresCassidorus et li autre baron orent envoié a Romme, si comme devant est dit, il se partirent assez tost de Laomedon la B et chevauchierent sus Peliarmenus. Nera, qui la nouvele avoit oÿe de son chier ami Helcanus, ne fu pas du tout a sa volenté, car li amant dient que cil qui bien aimment aimme B par amours ne sont n’est B pas du tout a eulz soi B 💬cil qui bien aimment par amours ne sont pas du tout a eulz: Expression sentencieuse inconnue des répertoires.. Et sanz faille par y[e]ceste raison non estoit la puceleNera, car, comme l’ystoire le conte, ainz a. mais B pucele ne dame G ne pot miex amer chevalier comme ele qu’ele B faisoit celui. Et si l’ama l’ama tant G , comme devant est dit, et encore puis li moustra si plus B grant signe d’amour, car je truis escript en e. B que, quant ele sot que sa suerAphode l’ot aussi comme entre mains, ele entra en une grant g|grant V2 jalousie pource que ele sot bien que jadis l’avoit amé de grant amour. Et que fist ele ? Maintenant vint a une damoiseleDemoiselle de Nera et li dist :
« Douce amie, il couvient que vous sachiez ma volenté. »
Lors li dist :
« Douce amie, il me couvient aler a Romme, et veul ne v. B que nulz ne B X2 le sache, fors que B X2 nous .ii. .ii. sans plus B .
– Ha ! damoisele, dist ele, comment porroit ce estre ?
– Bien, dist dit X2 ele. Nous nous metrons au chemin et porterons avec nous nostre soustenance. Et quant nous vendrons la, bien nous chevirons du seurplus.
– Damoisele, dist cele, gardez que vous entreprenez n’entrepreigniez B n’e. X2 chose dont vous veigniez ne v. B trop tart au repentir !
– Non ferai je », dist dit X2 la damoiseleNera.

§431 Dont s’apresterent ainsi ens X2 comme eles voudrent et G se mistrent m. au chemin G hors de Laomedon si soudainement soutieument B que nulz de ceulz en qui💬Comprendre qui = cui. garde eles estoient ne le sorent ne ne s’en sorent porent B de riens apercevoir G . Lors ne firent finerent G sejour nul G , ainz aloient leur journees tout a pié, l’un jour plus, l’autre mains, et tant alerent qu’eles vindrent a .i. braz de mer ou eles durent passer. Et avint de ce grant merveille, quar, quant eles vindrent au rivages, si [f]trouverent ceulz gens B qui passer passe X2 vouloient, et tant firent que par marchié se mistrent avec eulz. Cilz qui maistres estoit de la nefMarinier père avoit .i. damoisel a filz Marinier filsmoult bel, qui la puceleNera regarda, si la vit tele que moult G la couvoita, et dont s’aproucha de li et la mist a raison et li enquist qui ele estoit ne ou ele vouloit aler. Cele, qui ne fu pas esbahie, li dist :
« Biau sire, fille sui a .i. borjois de cest paÿs et voudroie estre a Romme a .i. mien frere que j’ai la qui y est G . »

§432 💬Pas de nouveau § BQuant cilz oÿ que cele si loing vouloit aler, si li plot moult et dist :
« Moult avez a faire grant voiage voie B ! Et mal affiert a vous que vous ailliez si seule sanz compaignie d’omme.
– Biau sire s., dist ele B , nous n’avons mie alé longuement seules ne ne ferons, car par tans avrons nous B X2 autre compaignie. »
Dont se tut cilz et maintenant ne li osa gihir son courage. Dont vint a son pereMarinier père et li a dit dist B X2 :
« Peres, de la plus bele riens qui onques fust veue vous puis dire nouvelles!
– Comment, filz ! dist il. Que avez a. vous B G veu ?
– Par foi, dist il, nous avons en nostre nef une damoiseleNera que💬Sur la valeur polyvalente de que, cf. Note linguistique. je ne cuit mie qu’en tout le monde ait de biauté sa ppareille. Et bien sai qu’ele est s’est B mise hors d’aucun lieu autrement qu’ele ne se veulle faire congnoistre. Et bien croi sai B que de grant affaire est venue.
– Filz, dist li peresMarinier père, menez moi a lui. »
Et il li a dit dist B G :
« Veez la ci. »
Quant la puceleNera les entendi, si leur dist :
« Biaus seigneurs, que vous plaist ? Avez vous ore B X2 [209]nule doute de moi ?
Damoisele Damoise›s‹[l] V2 , dist li mariniersMarinier père, n’aiés paour, car mon filzMarinier fils vous avoit choisie pour une autre. »

§433 Dont se traist cilz arriere et prist son filzMarinier fils et le lei V2 mist a conseil et li dist :
« Tais toi et si m’en laisse lai B couvenir, quar je croi bien que chose que vous porriez nous porrions B faire ne B dire ne vous nous B vaudroit riens, et je ferai tant que tu l’avras a ta volenté. »
Puis dist entre ses denz :
« Miex voudroie que je fusse destruis que je avant n’en eusse la moie ! »
Dont parla le filzMarinier fils et dist :
« Comment en porrons nous esploitier ?
– Quant nous vendrons a la rive, nous la retendrons recevrons X2 en par B aucune maniere et puis nous metrons arriere, et ainssi ausi X2 l’arons nous a nostre devise.
– Par mon chief, dist il, bien avez devisé visé B X2 la chose l’achoison B X2 par quoi vous le porrez nous le porrons B miex faire, se autrement n’en puis finer! »
Lors en vint li varlez mauvais B Marinier fils💬Il s’agit de la seule occurrence de cette appellation pour le fils du marinier. Rien ne justifie cependant une intervention sur la leçon de V2GX2. a la puceleNera et s’assist delez lui par moult mon G grant signe d’amour, et l’assailli de paroles a ce qu’ele devenist s’amie et il la prendroit a fame, car moult estoit e. son pere B riches homs. Cele s’en se B desfendoit moult sagement gentement G et s’escusoit de ce tout ce B qu’ele pooit et dist pour celui geter de sa la B volenté :
« Sire, se vous saviez qui je sui, moult a envis me requerriez de tel chose.
– Non, damoisele, dist il, faites m’en sage.
– Sire, dist ele, volentiers. Ma mere, quant ele fu enceinte de moi, si me voua a saint Pierre au Saint Pere G de Romme et promist que ja n’aroie compaignie d’omme si aroie esté en sa chapele. Or en sont puis maintes mer[b]veilles avenues, car ma mere, quant je fui nee, si le dist dit B aussi a mon pere, comme je vous ai dit. Lors morut ma mere .iii. anz aprés ce B X2 . Je devins grande, et me couvoita .i. riche homme, si me demanda a mon pere, et il m’i donna. La nuit qu’il dut o moi estre, si vint .i. deable et estrangla celui. Quant ce vint au matin, si vint on veoir sot on B vit on X2 ceste merveille, et fui prise, car bien cuida on que ce fust par pour G moi. Dont s’apensa mon pere du veu que ma mere ma|re X2 avoit fait dit B . Dont fu mes peres pris et je fui par tant G delivree, et couvint a B mon pere recevoir mort pour cest fait. Dont vint .i. autre du paÿs qui dist que il ne creroit ja tel chose. Il me prist par sa force et me volt avoir a sa volenté. Et ce que il avint du premier avint il du secont, et puis du tiers. Et pour ce, sire, vois je a Romme pour le veu de ma mere acomplir. Si vous pri pri, biau sire B que vous en soffrez me laissiez B atant, car miex voudroie estre morte que vous ne ni X2 autre eust a faire de moi si avrai esté ou je ai ma voie promise prise G 💬Par ce conte, Nera forge un récit par lequel elle se présente comme une femme sexuellement dangereuse afin de préserver sa virginité, tout en jouant sur la tradition des contes enchâssés qui fait la particularité du roman souche de ce Cycle.. »

§434 Quant cilz oÿ ce, si ot moult grant merveille et pensa bien qu’ele l’avoit dit pour lui escuser. Dont s’apensa de trop grant malice, car il prist .i. anel que il avoit en son doit, et y ot .i. saphir qui moult estoit bons. Il ›...‹[I]l V2 l’osta de B l’anel et s’aprocha se traist B pres de la meschine Nera et le lia trop soutivement soutieument B en en enz V2 a B ens G 💬La leçon de V2 est redondante, et la tradition éclatée. Nous intervenons en supprimant la seconde préposition. sa guimple, et s’en vint a son pereMarinier père et se parti de eles, et li conta [c]comment la puceleNera s’estoit de lui escusee et comment elle li ot conté que sa mereReine d’Espagne l’avoit vouee a saint Pierre aut (sic) Saint Pere G a Saint Pere (sic) X2 de Romme B X2 .
« Ha ! dist li traitresMarinier père, tout ce dist dit G ele pour li escuser, mais riens ne li vaudra !
– Non, dist li son G filzMarinier fils, car bien ai sai B la besoigne empetree. »
Dont li dist que il avoit fait et a quoi il baioit. Il orent G tant nagié que pres furent du port. Dont vint li mauvaisMarinier fils et fist semblant qu’il eust son saphir perdu et dist oiant touz ceulz de la nef :
« Ne sai lequel de vous m’a mon saphir osté de mon doit. »
Dont fu chascuns esbahis, comme cil qui riens n’en sorent. Il geta son ancre, et fu la nef assez quoie coie a. B pres du port, et tant que cilz qui bien savoit en savoient B ou ce iert que il queroit ala queroient alerent B tant querant par la nef et demandant demandoient X2 a chascun tel cel B G saphir s., si quist tant V2 G , et G sus et jus, que tant que V2 G X2 il💬que est introduit par tant (querant). Les redondances de tant consécutif touchent aussi bien V2 et G (deux fois) que X2 (une fois), indiquant peut-être un problème au moins à hauteur de leur ancêtre commun. Cf. aussi n. au §283. vindrent vint G a l’un d’eulz, qui [...] V2 et G dist :
« Biaus seigneurs, que [...] V2 💬Valeur interrogative de que: "pourquoi". nous demandez vous telz [une] V2 choses mie ch. que noz ne savons G ? Alez a ces damoiseles a cui vous que voz tant G avez tenues vos de G paroles puis que nous entrames montasmes B en ceste nef mer B X2 . »
Et dont vindrent aus damoiseles et distrent :
«  Ça Ha B ! rendez nous nostre saphir, car nul avoir n’en voudrions tenir. »
Et quant eles oïrent ce, si furent moult esbahies et muerent tres grant couleur.
« Biaus seigneurs s., distrent eles B , moult vous vient de grant vilanie quant vous tel chose nous metez avant dont nous riens ne savons !
– Si savez, dist li traitresMarinier fils. Autres ne le puet avoir que une l’une B X2 de vous v. deux G . »

§435 [d]Dont sailli li peresMarinier père avant et dist B :
«  Je voi vit B le saphir noué en sa guimple g. ou son filz l’avoit mis B ! »
Il prist le neu et le desnoua.
« Ha ! dist cilz, queles vous estes ›...‹[e]stes V2 ! Mal Mais mal B vous congnoist qui onques ne vous vit !
– Par foi, dist la puceleNera, verité dites. »
Dont ne li valut riens escondit que la puceleNera ne l’eust pris💬 ne li valut... pris : Comprendre "toute excuse alléguée pour se disculper d’avoir pris l’anneau n’aurait empêché la demoiselle de le prendre"..
« Par mon chief, dist il, vous v. nous B X2 demourrez pour teles comme que X2 vous estes. »
Lors commencierent celes .i. merveilleus duel, que il ne fust cuer el monde, tout n’en seust il la verité G , qui moult n’en deust avoir eust G grant pitié. Ne valut riens, car cil qui furent en la nef mer dedens la nef B furent G el dangier des mariniersMariniers et G les B leur X2 lessierent couvenir c. eus B de et B ce qu’il voudrent faire des damoiseles. Dont se mistrent arrieres et issirent tuit de la nef, fors celes que li marinierMariniers detindrent recuiddrent V2 retindrent G . Dont s’en vint uns preudons a eulz et leur dist :
« Biaus seigneurs, sus laquele fu ce que vous trouvastes le mesfait ? »
Il Lors B dist distrent B X2 que ce avoit s’avoit X2 esté sus la meschine, sus cele qui plus se fesoit dameNera. Dont dist cil :
« Laissiez aler cele et detenez l’autre sus qui vous le trouvastes t. le meffait B . »
Adont distrent que c’estoit droiz.
« Ha ! sire, dist la puceleDemoiselle de Nera, pour Dieu merci, je vous jur sus ma loi que tout aussi sui bien en sui B je courpable comme cele seur qui il le trouverent t. la pierre B , car par traïson l’ont pourchacié pour nous sozmetre metre B X2 a leur sa B volenté. Et pource que je ne m’i veul acorder nous metent il cest blasme plasme X2 sus.
– Damoisele, dist il, ce poise moi, mais venez hors de la nef et laissi[e]ez cele couvenir sus qui le mesfait est trouvez il le trouverent B .
– Ja Diex, dist ele, ne me laist puis .i. jour vivre que je de li me departirai par tele achoison, ainz veul ou o lui B G vivre ou et B mourir quant par el n’en poons ne porrons B passer. »

§436 Lors se partirent tuit de da X2 la nef, et cil detindrent les .ii. damoiseles dames B et les menerent arriere en la mer et nagierent vers la grant marine. Et quant il orent une piece grant p. B G alé, si vint li peres p. celui (sic) B Marinier père a la puceleNera et li dist :
«  Damoisele D., dist il B , faire vous couvient ma volenté ou riens est de vous.
– Ja Diex ne place, dist ele, comme de tel homme comme que B X2 vous estes soit li miens cors empiriez ! »
Dont la saisi li lerresMarinier père et la prist par la poitrine et la sacha vers lui moult anuieusement ; et cele cria .i. moult horrible cri et dist :
« Vrai Diex, soiez moi me B hui aidans vers cest anemi ! »
Dont sailli le filzMarinier fils de celui et li osta des de X2 poins et li dist :
« Malfaites, qui en tel point voulez mener ce que mes cuers aimme si durement ! »
Quant cil entendi celui son filz B , si fist une chose dont moult grant merveille avint, et fu aussi comme miracle de Dieu, quar, quant li dui traïteurMariniers virent que chascun pensoit a faire sa volenté de la puceleNera, si s’entrepristrent en tele maniere que li peresMarinier père occist le filzMarinier fils et li filz filz occist B Marinier fils le pereMarinier père. 💬Nouveau § BQuant les .ii. damoiseles virent ceste chose, si furent aussi ausse (sic) X2 comme toutes tout B asseur, et dist la damoiseleNera a sa meschineDemoiselle de Nera :
« Douce amie, or pouez veoir se Diex nous a bien de ces .ii. deables delivrees. [f]Voirement avoie je bien esperance que Diex nous en qu’Il nous B deliverroit d’eulz, quar nus ne se met en Sa main qu’i puisse estre perilz peris B X2 . »
Ainssi avint des damoiseles, et moult prierent Dieu que Il les delivrast et les arrivast a bon port et et amenast B a bon port G en tel B lieu ou eles ne perissent mie perisissent B perissistent X2 . Lors leva .i. grant vent et .i. merveilleus ore et feri en leur voile, qui tendue estoit. En poi d’eure furent en la grant mer de Grece. Et quant eles se virent la B X2 , si orent moult grant paour que eles ne G perississent. Lors furent en oroisons moult devotement et prierent Dieu B de moult bon lou (sic) X2 cuer que Il les adreçast a bon port. Cilz qui bien les pot tenser les sauva sau|sauva V2 . Et avint que .iii. semaines furent en mer qu’eles ne finerent de gaucrer une heure avant et autre arriere. .i. jour avint que aventure les fist arriver a .i. chastel que on apeloit Cartageus - ce estoit .i. port commun -, si y ot moult d’uns et d’autres au rivage.

§437 💬Pas de nouveau § BLors saillirent li aucun a la nef et cuidiere que grant avoir y fust arrivez, mais il n’i avoit si n’i B X2 ame nule que les .ii. damoiseles, qui moult furent prises et comme celes qui B ne sorent en quel lieu eles furent. Dont trouverent cil ens G le pereMarinier père et le filzMarinier fils, qui avoient esté .iii. semaines en la nef, qui estoient tuit B X2 G mort, si comme devant est est ja V2 dit.

§438 💬Pas de nouveau § BQuant cil virent vrent (sic) X2 ce, si mistrent les .ii. damoiseles a raison et leur [210]enquistrent qui eles estoient et qui avoit ceulz occis; et eles conterent toute la B X2 verité, mais de riens n’en ne G furent creues. Dont vint la nouvele au seigneur du chastelCartagieuSeigneur de Cartageus que .ii. murtrieres avoient trouvé au port, que qui B par miracle y estoient arrivees, et estoit leur murtre avec eles tout prouvez. Adonc s’esmerveilla li siresSeigneur de Cartageus et dist que ce vouloit il veoir. Dont s’en vint au rivage r. et dist V2 et entra en la nef, si et G esgarda les .ii. B damoiseles et vit Nera, qui sembloit a estre ce que c’ert qu’elle estoit G . Et dont la mist a raison et li enquist de son estre; et ele dist tout aussi comme c. aussi comme (sic, répété) X2 aus mariniersMariniers avoit dit G Mais tout aussi comme ele dist as maronniers, tout aussi leur dist ele B leur dist ele X2 . Dont commanda qu’eles fussent fussent|fussent B prises et menees amont el chastel a. B , et eles si furent. Li sires du chastelCartagieuSeigneur de Cartageus avoit une dame que il moult amoitDame de Cartageus. Quant ele oÿ de cele chose ce G parler, si vint au seigneurSeigneur de Cartageus et li dist :
« Sire, faites moi veoir ces fammes qui sont la arrivees.
– Dame, ce dist il, volentiers. »
Lors les fist venir avant v. B et G amener en sa presence G . Quant ele les vit, si apele apela G X2 Nera et li dist :
«  Amie G , qui estes vous ? »
Dont li chaÿ aus piez et li dist G :
« Ha ! dame gentil d. B , aiés pitié de .ii. essilliees nient congneues G ! »
Dont leur dist la dame B Dame de Cartageus que eles li B contassent verité. Cele, qui ne se voult mie escondire desdire B G , li conta tout en autele maniere comme ele avoit fait a son seigneurSeigneur de Cartageus. Et quant la dameDame de Cartageus l’ot entendue, si se leva sus et G pria a son seigneurSeigneur de Cartageus que il les il li B delivrast en tele maniere que, quant il vendroit aucun qui occuper encouper B aucuper (sic) X2 les voudroit souf[b]fisaument que eles fussent coupables des .ii. hommes qui avoient esté mort trouvé, ele li rendroit a sa volenté.

§439 💬Pas de nouveau § B Quant li siresSeigneur de Cartageus ot la dameDame de Cartageus entendue, si ne li volt Dont ne li vault li sires B escondire et si B fist ceulz metre en terre et la nef garder pour l’aventure que B se💬pour l’aventure que se: Comprendre "pour le cas où". nus venoit vendroit B qui la congneust et vousist les .ii. B damoiseles reter de la mort de ceulz d’eulz X2 . Ainssi furent mises avec la bonne dameDame de Cartageus et furent ambedeus de si bon service que G moult se firent amer. Et avint que G li siresSeigneur de Cartageus avoit enfanz petis, dont il y ot une petite damoisele a fille de .ii. anz et demiEnfant de Cartageus. Celle fu a Nera chargiee a garder, et l’autre en fu meschine. Si furent a ceste office o. grant piece B G . Si me couvient vueil G ore d’eles taire tant que tans sera en s. B du repairier G , et vendrai revendrai G aus ad X2 chevaliers qui furent meuz pour la puceleNera querre q., si comme devant est dit et com vous orrés ci aprés el conte B .

[25] Comment li chevalier se mistrent a la voie pour querre Nera, la suer Josyas d’Espaigne Ci vient li contes ensi com li chevalier se mirent a la voie pour querre Nera, la suer Josyas d’Espaigne B .

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Enluminure sur 1 colonne et 12 UR. Chevauchée de trois chevaliers en forêt pour rechercher Nera.

§440 Ci endroit X2 dit li contes que, quant li chevalier se furent partiz de Laomedon, il se mistrent par divers liex pour oÿr et pour B savoir nouveles nouve[c]veles V2 de ce qu’il queroient. Chascuns chevaucha tant qu’il que li aucun B encontrerent Rommains, ou il aloient en Grece, si comme devant est dit. Onques n’i ot nul qui en peust oïr nules nouveles, tant seust cerchier, ne qu’eles fussent devenues tant seust cherchier, qui peust nule nouvele oÿir d’eles ne que ele fust devenue B qui en peust oïr nouvelles G tant seust cerchier, qui en peust nule nouvele oïr ne qu’eles fussent devenuez X2 💬qui en peust... devenues: La syntaxe du passage est tortueuse dans V3, qui, en raison de la place de tant seust cerchier, rend la coordination difficile entre qui en peust oïr nules nouveles et ne qu’eles fussent devenues. La correction ne s’impose pas. Si la leçon de G dérive d’un saut du même au même sur tant, cela indiquerait que l’ordre des mots de son modèle devait être celui V3.. Tant ala li uns et li autres que il vindrent vin›t‹[d]rent V2 tout a Romme. Quant il furent en la citéRome, si assemblerent par aventure et se traistrent a hostel. Dont orent conseil que il porroient faire. Si orent conseil entr’eus que bien porroit estre meue de Laomedon. Si cerchierent partout pour B savoir se il en porroient aucunes nouveles oïr. Quant il orent partout alé, si n’en oïrent orent B nule nouvele, comme de cele qui pas n’i estoit. Quant il virent sorent B ce, si firent tant que il furent au Palais Majour et parlerent aus .ii. dames sereurs Josyas. Et quant elles les virent, si furent si bienvenuz comme a B merveilles. Dont leur enquistrent :
« Queles nouveles nous direz vous B de nostre frereJosyas ? »
Cil distrent que il estoit en Grece, mais c’estoit en l’aide de Helcanus, qui avoit esté en Espaingne.
« Bien savons, distrent eles, qui cil est. Mais dites nous : quel besoing vous a ci amenez ? »
Dont ne voudrent celer leur meschief, ainz leur ont dit conté B tout aussi ainsi B comme leur sereurNera avoit esploitié. Quant eles oÿrent ce, si en B X2 furent moult esmaries et ne sorent que dire ne que faire, car que X2 toutevoies estoit ele estoient eles B leur suer et l’amoient de grant amour. Dont se [d]traistrent les dames a une d’une B part et distrent :
« Ci a fiere chose. Et que porrons nous faire de cest affaire ?
– Par foy, dist Aphode, l’ainsnee G , je savrai a Helcanus se il riens en set et comment il se maintendra.
– Suer, dist Ysodore, je croi c. que B , se vous l’en faites sage, que ce iert moult mal fait, car espoir il je croi qu’il B s’en mesaisera mesaai|sera B , et pour ce n’en non G ert ert il B X2 est il G a B X2 el mestier G . Et ainz B sachiez se vous nule nouvele en sariez par lui, pource qu’ele ne fust en ceste vileRome en aucun lieu et parlast a li par aucune aventure, car je croi que, s’ele y est, qu’il il B ne puet estre que aucune G nouvele n’en sachiez par lui peussiez vous par lui oÿr B .
– Aler m’i couvient dont, dist ele. Se ce ne fust, je m’en deportasse moult bien, car il me semble, quant je l’ai bien visé, que ce soit .i. entulle chevalier qui ait grant grace sanz raison.
– Dame, dist sa suerYsodore, sachiez que ce ne me semble il mie.
– Ha ! dist dit B Aphode, comme je croi que vous seriez tost tot X2 acordee assentie B a lui, mais que parler y peussiez a vostre volenté, tout soient il contraire, il et vostre mariPelyarmenus. »

§441 💬Pas de nouveau § BQuant Ysodore oÿ sa suer fuer V2 Aphode, si fu moult esbahie et ne li voult respondre, ainz abaissa sa chiere et dist :
« Dame, vous dites vostre v. vostre V2 volenté, car vers lui n’ai je pensee se bonne non. »
💬Nouveau § B Atant demora li estris de eles .ii. ceste chose G . Et s’apresta Aphode, si vint la ou Helcanus estoit. Et quant il la vit, si sailli sus et li dist :
« Dame, or m’avez vous bien oublié, car pieça mais ne me veistes venistes veoir B .
– Sire, dist elle, de ce ne vous est ore gaires. Moult Dame, dist il, m. B mlt X2 mal savez ore B comment comme bien B il m’en est.
– Se vous tel chose dites chodites X2 , dame, ce poise moi a certes B X2 .
[e]Par Dieu, dist ele, a certes le di je voirement, car, se il vous fust gaires de moi, selonc ce que je vous ai dit, vous m’eussiez autrement requise que vous n’avez.
– Ha ! dame, pour Dieu merci, dist il, de quele chose fust fu G ce ? Tant avez fait que je deservir ne le porroie.
– Par foi, dist ele, si chaitis estes vous ! Car, se vous fussiez homs comme autres, je vous meisse hors de la prison ou vous estes, et fussiez en ma chambre a vostre volenté – mais ja B ne trouvasse qui en parlast !–, mais que vous n’en partissiez sanz congié prendre a moi. »

§442 💬Pas de nouveau § BQuant Helcanus oÿ ce, si fu touz esbahiz et dist :
« Ha ! dame, comme vous m’avez ore bien paié, combien que vous y aiés ore B mis !
– Sire, dist ele, j’ai grant droit. Pourquoi estes vous ore B ci en mue, quant vous pouez estre en B chambres as dames et as damoiseles pucelles G , et vous B estes ci aussi comme .i. renclus ? Sachiez que moult tieng a chetive Nera ma suer quant ele onques G son cuer y vous B otroia pour tel esploit qu’ele i fist, car je sai de voir, se vous fussiez hom comme autres, ja ainssi n’eussiez esploitié esp›o‹[l]oitié V2 comme j’ai entendu que vous avez.
– Par foi, dame, dist il, je croi que vous dites verité. Poi sont de ceulz qui ce ensi en B eussent fait. Et moult souvent avient que on fait moult de choses pour bien qui tournent au contraire. Et, pour Dieu, se j’ai mespris envers vous, faites tant que je a amende en puisse venir, car je ne vous ose requerre de B chose qui soit encontre vostre volenté.
– Sire, dist ele, tost moult B tot X2 vous avroie a. tost B tous mautalens pardonnez, se [f]vous de cuer le me proiés. »
💬Nouveau § B Dont sot en ot B Helcanus auques son talent et pensa que il li mousterroit signe d’amor, tant qu’il aroit lieu d’issir hors B de la prison, puisque ainssi estoit que qu’elle G ainssi se paroffroit pouroffroit B .

§443 💬Pas de nouveau § BMaintenant se joinst joint X2 a li et li mist les bras au col et li dist :
« Douce dame, aiés merci d’un nice chevalier !
– Par foi, dist ele, voirement estes! Et je volentiers l’avrai l’avra B par maniere ma mere B que vous m’arez en couvenant que vous ne vous n’en B n›...‹[e]vous> X2 departirez se amours ne prennent congié vous a moi congié n’en prenez B .
– Et je dame, dist il, le je le (sic, répété) B vous otroi. »
Atant s’en est s’est B cele de lui partie et en cellui partis et elle s’en G 💬Remarquer la variante de G, privée de sens (Helcanus restant en prison). vint arriere G a l’empererizFastige et dist li d. B :
«  Dame D., dist ele B , moult est Helcanus esbahis de ce qu’il est en tele maniere en prison B X2 . Sachiez que moult est loiaus chevaliers. Et se il vous nous B avoit en couvent que il de vous nous B ne se partiroit sanz congié prendre, il porroit bien o vous nous B X2 estre. Et je sai de voir que en la fin X2 iert il vostre ami et seront par lui les choses a point mises. Et plus grant amour signe d’a. B X2 ne li pouez vous B faire ›...‹[f]aire V2 que de X2 la prison apetisier.
– Certes, dist l’empererisFastige, vous dites verité. Faites le moi mander. »
Dont furent chevaliers apelez, et leur commanda on que il li B G amenassent Helcanus, et il si firent G .

§444 💬Pas de nouveau § BQuant Helcanus il B fu devant l’empererizFastige venus vint devant l’e. B , si il B s’umilia moult et dist :
« Dame, vous m’avez mandé. Pour quoi est ce ?
– Biau filz, dist ele, pource que j’ai entendu qu’il vous anuie. Si [211]vous deduirez avec nous desci adonc que les choses vendront a point bien B , mais je ce G veul que vous m’aiez en couvenant que vous de moi ne ne|ne X2 vous partirez sanz congié prendre.
– Dame, dist il, je et je G le vous ai ai ensi B en couvent, et en (sic) B moult grant mercis G . »
Dont ot Helcanus champ et voie et se deduist deduit B G X2 avec l’empererizFastige et ses filles, tant que Ysodore ne se pot tenir qu’ele ne meist Helcanus a raison et li dist :
« Sire, quant et q. G oïstes vous nouveles de Nera ma suer ?
– Dame, dist il, puis que je B de li departi, je n’oy nouveles message B de lui ne message B , ne elle de moi. »
Et quant ele oÿ ce, si fu toute esbahie, car ele cuidoit que sa suerAphode li eust dit aucune chose. Si ne li osa dire sa volenté G , car ele li ot moult desfendu, pource si p. B qu’il n’en fust correciez ; si se tut. Et quant il vit qu’ele plus ne parleroit, si dist :
« Dame, queles nouveles m’en direz vous ?
– Sire, dist ele, je n’en sai nouveles qui gaires vous peussent aidier. Mais vous deussiez savoir de lui et ele de vous, puisqu’ensi est puisqu’il est ainsi B que j’ai entendu. »
Dont li dist :
« Dame, dites moi que vous en avez entendu, foi que vous devez d. a B Nostre vostre G Seigneur !
– Ha ! sire, dist ele, vous m’avez conjuree. Espoir, se je nel disoie a vous v. d. B pour le conjurement que vous m’avez fait, dire porriez que je pou ameroie mon seigneurCassidorus. Et je le vous dirai, par ›...‹[p]ar V2 si que vous nul B semblant n’en ferez par quoi on sache que je le vous aie dit.
– Ainssi, dist il, dame B X2 , le et je le X2 vous otroi. »

§445 💬Pas de nouveau § BDont li dist Ysodore [b]tout ainssi comme ele l’avoit a. B entendu et comment comme B les chevaliers en estoient en la queste et estoient aval Romme pour savoir nouveles de li. Et lors quant il entendi ce, si en B ent X2 ot une douleur si grant a son cuer que il ne pot mot dire, ainz commença moult fort a souspirer. Et Ysodore n’osa demorer delez lui, ainz s’en leva et s’en parti pour la paour qu’ele ot de lui et B X2 de sa sereurAphode. Si s’en se B douta moult de ce que ele li ot dit, si fist aussi que se riens ne li en fust💬aussi que se riens ne li en fust: Comprendre "comme si cela ne lui était d’aucune importance", "comme si de rien n’était". Cf. aussi n. au §387.. Lors vint vint. Lors v. V2 Helcanus es chambres ou l’empererizFastige estoit, si dist :
« Dame, je ne me veul mie de vous ne des autres partir sanz congié demander. Je m’en vois. A Dieu soiez vous commandees ! »

§446 Dont fu tost issus des chambres c ch. V2 et ot une pierre en sa main que Aphode li ot donnee, si comme li contes le tesmoigne💬L’épisode lors duquel est offert cet anneau se lit dans le Roman d’Helcanus, §191-192. Helcanus reçoit en réalité un anneau de chacune des filles du roi d’Espagne, toutes quatre amoureuses de lui., tele que nulz ne le pot peust B veoir tant comme il l’eust en son poing enclose et fu invisibles. 💬Le motif de l’anneau qui permet de faire disparaître rappelle le cas exemplaire de l’anneau d’Yvain dans le Chevalier au Lion de Chrétien de Troyes. Notons à ce sujet l’article de Valéry Gontero, «L’Anel Faé : Analyse d’un motif merveilleux dans la littérature arthurienne en vers des XIIe et XIIIe siècles», Lettres Romanes, 2003. Si fu tost de laiens issus et ne sot on qu’il fu estoit B fust X2 devenus. Dont s’apensa Aphode et vit maintenant qu’ele estoit engigniee que eles estoient engignies B . Dont commanda que on closist les huis et fermast fremast on B le palaisPalais Majour, mais onques si tost ne le sorent faire que il fu aval la citéRome et ala sus et jus, et n’estoit nus qui veoir le peust. Si ne fina fin[e/a] V2 de cerchier les chevaliers dont Ysodore avoit li a. B ot X2 fait mencion parlé B , et vit que chevaliers et serjans le queroient aval la citéRome, dont il s’esjoïssoit en lui meismes du courouz que il ot. Et avint que li chevalier furent trovez en .i. hostel de ceulz qui [c]Helcanus queroient. Lors furent mis a raison et leur demanda on qui il furent. Il s’escuserent et distrent que il estoient marcheant et que il B estoient venuz a Romme pour avoir conquerre. Dont ne les voudrent cil croire, ainz furent mené droit a l’empererizFastige. Ainssi comme on les enmenoit menoit B X2 , Helcanus les esgarda, si en congnut l’un. Dont se mist avec eulz pour savoir que on en feroit. Il furent menez devant l’empererizFastige et furent accusé encusé B que il avoient Helcanus delivré. Il distrent que de celui ne savoient il point, ce leur pesoit. Si les laissa laissast B on aler puisque autre chose ne leur demandoit demoud›r?‹[o]it X2 on.

§447 💬Pas de nouveau § BAphode, qui estoit presente prente (sic) X2 , traist si t. B trait G X2 le maistre seigneur B d’eulz a conseil et li leur B dist :
« Se vous savez riens de lui, si le me dites, car ja pour ce ne serez detenuz. »
Dont li B X2 jura cilz que il nule G riens n’en savoit.
« Alez, dist ele, si et si B li dites de par moi que aussi bien l’en eusse l’e. B je delivré delivree (sic) X2 s’il m’en eust proiee. Et la pierre meismes par quoi il nous vous B est eschapez li donnai je a ces ensaignes.
– Dame, dist il, ce li dirai je bien de par vous quant je le verrai mais que je le voie B . »
💬Nouveau § B Dont fist Aphode les chevaliers delivrer et issir issirent B de la court, et Helcanus touzjours avec eulz B . Lors en vindrent a leur hostel, touzjours parlant de lui, et disoient que moult estoit sages qui par tel enging s’en estoit s’e. B X2 partiz. Lors quant il furent en leur hostel, Helcanus s’apparut a eulz et les salua touz ensemble. Quant il le virent, si si sorent que c’estoit Helcanus, si G orent ot on B [d]si grant joie que bien le pot on veoir savoir B . Dont l’ont tout encliné et distrent li d. B :
« Sire, merci pour Dieu B X2 , metons nous metez vous B X2 tost au chemin, que vous ne soiez deceuz.
– Si ferai je, dist il, mais dites moi se vous nules nouveles savez de ce que vous alez querant.
– Certes, distrent dient G il eulz X2 , nenil B X2 , nous n’en oÿmes oisiens X2 onques parler G . Mais dites nous se vous riens en savez.
– Par foi, dist il, nennil, mais ce or B X2 me dites comment ce avint que B c. X2 tout ainssi venistes ça et que vous v. B X2 enqueistes vous riens de li et comment, dist il, avint ce et comment vous venistes ça G 💬ce me dites... de li: Sur l’ordre des mots dans l’interrogation, cf. Note linguistique..
– Sire, distrent il G , nous venismes v. par divers païs B X2 et si n’i ot nul de nous qui ne demandast se s›i?‹[e] X2 une tele damoiseleNera estoit y e. B passee en touz les liex ou nous venimes. C’est riens nient B , nule chose n’en savons demandasmes nouvellez par tous lez lieux ou nous passasmes d’une telle dame, et riens n’en peusmez savoir G .
– Or tost, dist il, faites moi avoir armes et cheval, quar que X2 je ne gerrai jamais en une ville que une nuit desi adont que je l’avrai trouvee.
– Sire, distrent il G , nous avons armes armeures B et chevaus assez, si en prenez a vostre volenté.
– Bien dites », dist d. il B G X2 . Dont li aporterent armeures moult riches et ne voudrent arrester fors deci a l’endemain G . Lors s’apresta et B se garni moult apertement aper›r‹[t]ement V2 et ne volt sousfrir que nul alast avec vers X2 lui, ainz et G leur dist a tous ensemble G que, se il nules nouveles ooient de lui, que il l’amenassent le menaissent B X2 arriere en Grece. Il distrent dist|trent X2 que si ce G feroient il. Dont a pris prist B congié a eulz et vint au cheval et sailli en la sele monta a cheval G et pendi .i. escu fort et pe[e]sant a son au G col et puis B saisi .i. fort glaive g›i‹[l]aive V2 . Et tout ainssi se mist hors de Romme, sanz nule compaignie. Si me veul ore de lui taire, et car G , quant tans poinz B X2 temps et lieu G en B sera, bien y savrai repairier retorner G , et veul weil X2 venir retournerai G a l’empereourCassidorus, qui estoit seoit G devant Costentinnoble, o lui ceulz de qui dont B X2 que G j’ai fait mencion m. devant en mon conte B X2 devant dit G .

[26] Comment li emperieresCassidorus fu devant Costentinnoble Ensi com Fastidorus en vint en Grece et parla a son pere B .

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Enluminure sur 1 colonne et 13 UR. Deux chevaliers de Cassidorus sortent en armures d’un pavillon devant Constantinople.

§448 Or dit li contes que X2 , quant li emperieres de CostentinnobleCassidorus et li autre baron virent que cil dedenz de d. B ne se mousterroient moustroient G nient B dehors, si furent moult correciez, car il avoient grant gent et estoient forment travailliez d’ostoier G . Lors se mistrent ensemble et distrent que il porroient faire. Mais il n’i ot nul qui conseil seust dire qui riens vausist, fors ce que aucun avoient entendu que Fastidorus faisoit grans gens assembler, mais il ne savoient ou il devoient aler. Ainssi comme il estoient a cest conseil, si leur vint .i. message qui leur apor[f]ta nouveles que Fastidorus estoit a .x. liues pres de Costentinnoble Constan›t‹[s]tantinoble X2 et avoit en sa compaignie .xl. mille Rommains des plus proisiez de l’empire.

§449 💬Pas de nouveau § BQuant li baron oïrent ce, si sorent bien que la il B avoit grant force. Lors dist chascuns que moult miex amoient G la bataille que le sejour. Si esgarderent a leur gent combien il porent en p. B X2 avoir, si sorent par les seigneurs que poi pres souffisaument en orent .lxxm. touz aprestez de grans fais sostenir. Et deviserent leur leur|leur B batailles : et fu Edipus appareilliez et requist a l’empereourCassidorus G la premiere bataille – li emperieresCassidorus ne li le G volt escondire – ; Japhus li Frisons la seconde ; li dus de NiseKarus la tierce ; Josyas la quarte ; Borleuz la quinte ; Licorus de Ninive la sisieme si ot la siste B ; li damoisiaus de ThebesDemoisel de Thebes la septiesme; et en la desreniere fu li emperieresCassidorus et li cuens de FlandresRobert, Dorus, Daphus et si frereFremor, qui moult font firent B a redouter douter B X2 .

§450 💬Pas de nouveau § BQuant il ainssi furent ordené, Mirrus vint a l’empereourCassidorus et li dist :
« Sire, je veul avoir par moi ma gent, car je en B doi bien avoir .iiim. armeures. Et de ceulz doi je estre le B X2 souverains, car aussi ainsi B le veult cele a qui vous m’avez donné donnee B Melode.💬Référence à Melode. Remarquer l’accord au féminin de B, qui n’a pas de sens dans le contexte.
– Par Dieu, sire, dist il, et je l’otroi. »
Dont fu Mirrus joians et dist que il seroit en la premiere bataille ba|taille b. V2 , fust as Ronmains ou a ceulz de la citéCostentinnoble.
« Nous verrons, dist dit X2 li em[212]perieresCassidorus, a l’asembler que il voudront faire, et selonc ce porrons p porr›...‹[o]ns V2 nous esploitier esp›o‹[l]oitier V2 . »

§451 A ces paroles vint Edipus a l’empereourCassidorus l’e. et moult des autres B et li dist requist B que il le feist chevalier, car il avoit moult atendu pource que il de sa main le fust. Dont fu li emperieresCassidorus moult liez de ceste requeste, si dist que ce fust a la B X2 bonne heure. Dont li dist qu’il s’aprestast, et tuit cil qui le voudroient estre G . Si fist on partout crier que tout cil qui le G vouloient voudroient B estre le fussent. Si y Sy X2 ot moult de ceulz qui s’assemblerent, et les fist f. tous li empereres B f. tous X2 chevaliers. La Lors y B fu la feste grans, et y furent ot B donné moult de riches dons. Et tant dura la feste que li Rommain s’aprochierent de Costentinnoble. Lors se garderent si comme que X2 pour recevoir leur anemis.

§452 En ce qu’il erent en tel point esgarderent cil de l’ost et virent venir .x. chevaliers, dont chascuns venoit la B teste desarmee et portoient rains d’oliviers en leur mains. Quant il aprochierent l’ost, si demanderent ou li trez l’empereourCassidorus estoit; il leur fu moult bien enseigniez. Et Et quant B cil vindrent au tref et il B descendirent de leur chevaus et vindrent devant l’empereourCassidorus, si et B se mistrent a genous et le saluerent de par son chier filz Fastidorus de Romme.
« Biaus seigneurs, dist il, Diex ament vous a. (sic) X2 vostre seigneurFastidorus, et vous aussi face ! Queles nouveles portez aportez B vous ?
– Sire, distrent f›a‹[o]nt B dient X2 cil, Fastidorus vous mande manque que B , se il vous plaisoit, que vous daignissiez souffrir que il parlast a vous, sanz ce que, [b]se il ne pooit en vous trouver merci, que il peust a sa gent repairier arriere a sauveté. »
Quant li emperieresCassidorus oÿ ce, si li atendri li cuers, comme cil qui l’avoit trop debonnaire 💬si li atendri... debonnaire: La formule contribue à mettre en lumière l’excès de bon cœur qui est prêté à Cassidorus au fil de son histoire, surtout en regard des menaces que constitue Pelyarmenus pour son royaume et la paix de ses sujets., et dist moult amiablement :
« Viengne avant Fastidorus ! Oreilles ai a il G pour escouter et cuer pour entendre. »
Dont se mistrent au retour et ne finerent si vindrent a leur seigneurFastidorus. Quant il oÿ le mandement mant B X2 de l’empereourCassidorus, si prist o lui .xx. chevaliers rommains, et furent en vindrent B X2 de pourpre vestus et de cendaus, et chascuns cerclé d’or en son chief, qui moult fu bele chose a veoir. Quant cil de l’ost les virent choisirent B , si furent moult engrans d’eulz veoir. Et cil en vindrent droit devant le tref l’empereourCassidorus et descendirent de leur paleffrois. Li emperieresCassidorus avoit touz ses princes mandés, et cil vindrent devant lui. Fastidorus et tuit cil qui o lui erent furent B venu se mistrent a genous devant l’empereourCassidorus. Dont parla Fastidorus et dist :
« Peres, a vous sui venus comme a celui que je G onques mais ne vi ne ne cuidai ci trouver. Et puisqu’il est ainssi que je en vostre presence puis parler a vous, souffrez moi que je die vous die B X2 mon courage a vous B X2 et ne non G mie oiant ceulz qui ci sont ensemble. Et quant vous m’arez oÿ, si apelez a B vostre conseil ceulz de c. B que il vous plaira, et et|et G aprés en faites ferez B vostre a v. V2 talent. »

§453 Quant li emperieresCassidorus oÿ ce, si li dist :
« Lieve toi et vien avant, si et G di me di B ton plaisir. »
Lors sailli Fastidorus em piez p. em piéz (sic, répété) X2 et vint a son pereCassidorus, [c]et se traistrent a une d’une B G part. Dont parla li filzFastidorus et dist :
« Peres, vous savez bien que je et mes freresPelyarmenus fumes de vous engendrez, et par tele raison n’affiert ne s’a. B il mie que nous façons chose vers vous qui ›...‹[q]ui V2 soit descouvenable. Et conment que les choses soient alees, je de ma partie n’i ai mort deservie. Et se mon frerePelyarmenus a meffait vers vous ne et B envers Helcanus, mon chier B frere, soiez ent moien comme pere de a B ses enfanz, et je de ma partie y voudrai metre paine comme freres.
– Par foi, dist li emperieresCassidorus, moult est grans li meffais dont on ne puet venir a amende💬 moult est grans... amende: Expression proverbiale inconnue des répertoires., et tout aussi G est cestui si grant que je ne puis veoir comment amende en puist estre faite se vous .ii. .ii. du tout B ne vous metez en nostre merci.
– Peres, dist il, de ma partie le ferai je volentiers, mais que Pelyarmenus le veulle faire.
– Alez, dist il G , et si le sachiez de quele part que vous voudrez, car, comment que li affaires voist, Pelyarmenus et cilz qui mes enfanz cuidoit quidoient B cuident G avoir occis murdri B Dyalogus, et B X2 meismes vous, par qui il furent getez de cest empire, vous metrez touz par devers moi et par devers mon filzHelcanus, que vous meismes tenez, si comme je l’ai entendu, a faire nostre vostre G plaine volenté.
– Peres, dist Fastidorus, ci a moult grief chose, car je ne sai riens des enfanz comment il furent mené et ce que on en porroit savoir par tesmoignage qui a croire en feroit: celui voudroie je que ce fust!💬celui voudroie je que ce fust !: Fastidorus souhaiterait que le témoignage crédible dont il parle soit celui de son frère.
– Ne vaut riens ! dist li emperie[d]resCassidorus. Par Dieu, celui couvient venir avant qui ce fist et porchaça G ! »

§454 💬Pas de nouveau § BQuant Fastidorus oÿ ce, si sot bien que raison ot avoit B a ce que il disoit et vit bien que poi pooit besoignier sanz son frerePelyarmenus. Si dist B X2 :
« Peres, a mon frerePelyarmenus me couvient parler de ces choses, car je nel vi despuis que il parti de Romme.
– Alez, dist il, quel part que vous voudrez, mais que vous B demain dedenz prime me raportez ce que vous v. et li B en B X2 voudrez faire. »

§455 Dont se parti Fastidorus de l’empereourCassidorus son pere G et des autres barons. Si se mistrent vers la citéCostentinnoble et ne finerent si furent venu et vindrent G dedenz Costentinnoble, et et si B trouverent Peliarmenus et les barons autres b. B du paÿs, qui moult le desirroient. Dont li il B firent si grant joie que bien le pot on veoir. Et quant il Fastidorus B X2 ot lieu de parler, si traist son frerePelyarmenus d’une part et li dist :
«  Frere Fre X2 , moult avez mal esploitié, car nostre pereCassidorus si est venus en son empire, et puis li estes alez au devant et ne le voulez recevoir.
– Frere, dist il, ce ne fais je mie sanz raison, car il fu .i. jour que je me mis en peril de mon B cors et de vie perdre. Je le trouvai, et il me renia nia B et me dist qu’il ne me tenoit mie a filz💬Le texte fait ici allusion à la rencontre de Pelyarmenus avec son père Cassidorus, alors au Chastel Mignot avec Celydoine. Cassidorus affirme en effet à Pelyarmenus qu’il est dans l’erreur quand celui-ci lui annonce être son fils. Voir le Roman d’Helcanus, en particulier §288-289.. Aprés, il et son filzHelcanus furent contre nous et contre mon oncle le roy d’ArragonDyomarques, et la se mistrent il en paine de nous grever de tout leur pooir. Aprés, il nous meschaï de ce que il espousa nostre mereFastige et et que V2 , quant ce vint que il li couvint laissier et la seue fameHelcana fu morte, onques puis il B ne retorna retor|ne retorna V2 vers nous ne ne fist [e]a nostre mere me (sic) B Fastige ce qu’il deust, ainz semble qu’il nous veulle tenir a bastarz.
– Certes, dist c d. V2 Fastidorus, c’est la riens dont je sui plus dolenz, mais en autre maniere avez vous trop malfait meffait B vers lui. Si loeroie que nous nous n. nous (sic) V2 B acordissons acordons B a lui. Et il est nostre pere : si sai de voir que il G ne soufferroit soufferra G pas nostre destruction.
– Si feroit, frere ! dist il. Sachiez G que B pour el il ne wida son empire ne n’ala au roy d’EspaigneTheodore fors que pour achoison avoir a. B que nous nous preissons a lui, fors que pour par quoi il nous peust B destruire et saisir l’empire de Romme. Et se il est ainssi que vous en sa merci vous metez, si en puissiez vous estre ainssi G destruis comme Atrax Artax B fu danger fu B de son pereArtigier.
– De Dieu te souviengne, frere ! Que est ce que tu dis ? Pourquoi souhaides tu ma destruction, quant il n’est riens que j’aimme tant com que X2 je fais toi ?
– Par foi, dist il, je ne le di mie fors pour el pour el fors B que, se nous nous metons en sa merci, Artigier ne fist ce de son filzAtrax qu’il fera de nous.
– Or me dites💬Sur l’emploi (et parfois le passage "déconcertant") de tu à vous, cf. Ménard, §59, 2°. Cf. aussi n. aux §16 et 782. oiant ces barons qui cil furent, et je y prendrai garde, se je voi que raisons soit soit. - Par foi, dist il, volentiers B . »
Lors commença Peliarmenus son conte oiant les tous les G barons qui la furent, et dist distrent B en tele maniere comme vous porrez ci aprés assez tost bien G B X2 oïr💬Ce conte enchâssé rappelle la construction narrative typique du Cycle, en particulier dans le Roman des Sept Sages, le Roman de Marques et le Roman de Cassidorus. Plus particulièrement, la qualification, dans la rubrique qui suit directement, du conte comme mauvais fait écho aux dépréciations également portées sur les contes des viles impératrices et oriente d’emblée le propos..

[27] Comment Peliarmenus raconte conte B X2 .i. mauvais example a Fastidorus son frere X2 .

[f]

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Enluminure sur 1 colonne et 12 UR. Peliarmenus s’entretient avec Fastidorus; Helcanus les regarde depuis la tour où il est emprisonné.

§456
« Veritez fu, ce dist fait G Peliarmenus, qu’en la cité d’Antyoche ot jadiz .i. SarrazinArtigier. Cilz avoit eu fame a son chois. De ceste avoit il .i. moult bel damoisel a filz, si l’ama moult et le tint chier. Cil estoit jones homs, si s’acointa d’une vaillant damoisele de la ville et fist tant que il l’ot a fame. Et tant fu li uns avec l’autre que ele il B en ot enfans .i. enfant G 💬L’analogie avec la situation de Pelyarmenus et Fastidorus, ainsi que la suite du récit enchâssé, indiquent que deux enfants sont conçus. L’innovation de G est en ce sens erronée., et morut la mereÉpouse2, tout aussi comme la premiereÉpouse1💬Dans son récit, Pelyarmenus ne mentionne pas le fait que la première femme meure ; il faut le déduire du contexte et, surtout, de l’analogie que Pelyarmenus fait par ce récit avec sa propre situation familiale.. Quant elle fu morte, li SarrazinsArtigier commença a envieillir. Li enfant qui furent de la derreniere fame mere G Épouse2 amenderent et crurent, et tant que a merveilles se firent amer se firent amer comme merveiles B . Cil de la premiereÉpouse1 commença a avoir envie sus eulz et fu trop plains de grant malice. Il vint a Atigier son pere et li dist : 'Peres, espoir que vous morrez avant que je moi G ne que B X2 mi frere. Veez V. ci B Atrax Artax B mon frere l’ainsné💬 mon frere l’ainsné: Comprendre "mon frère aîné [scil. des deux fils de la deuxième femme]", si l’on s’en réfère à ce que dit le texte précédemment.: il a ja tant fait que touz nos amis a tornez vers lui. Je sai de voir que, se vous estiez mors, qu’il il B me toudroient tout, et je B n’avroie riens en vostre rente.' Quant li peresArtigier oÿ ce, si cuida que son [213]filzFils1 li desist voir, car il l’amoit miex que touz les autres. Si apela Atrax, l’ainsné de la desreniere fameÉpouse2, et li dist : 'Biaus filz, je sui mais G viex et foibles, et vous estes tout grant. .i. de ces jors me couvient morir. Je vous voudroie ordener avant que je morusse.' Cil, qui a nul mal ne baioit, li dist : 'Peres, faites ent vostre devise, et je de ma partie l’otroi.' Dont vint Artigier et pourchaça tant et fist que Atrax fu desheritez par l’enortement de son filzFils1, de par B quoi il avint li a. B encore pis, car, quant Artigier fu si viex que il ne pot mais aler, il anuia au premier filzFils1 qu’il vivoit tant. Il vint a Atrax son frere et li si B dist : 'Tu n’as se poi non non non B en nostre rente, de quele heure que nostre pereArtigier soit mors, s’il si (ou s’i?) G n’est n n’est V2 ainssi que je donner la le B G X2 te veille.''Certes, dist cil, ce sai je bien, et tout ce a fait nostre pereArtigier G .'— Certes, dist cil, ce sai je bien, et tout ce a fait nostre pereArtigier G .' Certes Par Dieu B , ce B X2 dist cil, c’est voir tout v. B G .'—  Certes Par Dieu B , ce B X2 dist cil, c’est voir tout v. B G .'Mais, se tu croire me vouloies, je t’en feroie fereroie X2 parçonnier.'— Mais, se tu croire me vouloies, je t’en feroie fereroie X2 parçonnier.'Oïl, dist cil qui couvoitoit a avoir ravoir B le sien.'— Oïl, dist cil qui couvoitoit a avoir ravoir B le sien.'Va dont G , dist li il V2 mauvaisFils1 il, dont, mauvais G mauvais, dit cilz X2 , et occis nostre pereArtigier, quar il a trop vescu !'— Va dont G , dist li il V2 mauvaisFils1 il, dont, mauvais G mauvais, dit cilz X2 , et occis nostre pereArtigier, quar il a trop vescu ! » Quant Atrax oÿ ce, si fu touz trop B esbahiz et dist : 'Encore m’ait mes peresArtigier mesfait, ne porroit nature souffrir en moi que je ce feisse li f. B .'💬Nouveau § B Quant li mauvaisFils1 oÿ ce, si ne li plot mie, ainz ot paour que il ne l’encusast, si dist li d. B : 'Artax, or t’ai je esprouvé. Or sai je bien que tu es preudons. Ja n’averai n’aye je G rente dont tu ne soies parçonnier.' »

§457 💬Pas de nouveau § B
« Atant demoura ceste chose a cele fois, tant que [b]cilz se douta moult qu’il ne fust encusé de son frere Atrax. Et lors se B X2 pensa que il le metroit a mort. .i. jour avint que il vint a son pereArtigier et li dist : 'Peres, Atrax pourchace vostre mort. Je me veul gesir en vostre chambre, car je ai paor qu’il ne vous occie par nuit.''Filz, dist il, grans mercis.'— Filz, dist il, grans mercis. » Un jour fist cil .iii. sergens enbuschier en sa chambre et leur dist que 'il se gardassent d’Atrax, car il vouloit son sa (sic) X2 pereArtigier murtrir'. Il distrent que 'de ce le garderoient il bien'. Dont vint li mauvaisFils1 a son frereAtrax et li dist : 'Atrax, mes peresArtigier est moult malades. Alez a lui, car il veult a vous parler.' Cilz sailli sus, toz effraez, et en vint a la chambre, moult hastif et grant aleure. Quant Artigier le vit, si ot moult mlt X2 grant B paour et geta .i. cri moult merveilleus. Dont saillirent cil et le ferirent feri li uns B d’une espee et le pourfendirent porfendi B jusques es aux G denz, et chaÿ cilz ch. B touz mors. Et Par tele aventure et B pource qu’il s’estoit mis en la volenté de B celui que qui B il n’avoit riens mesfait, ainz avoit cilz pourchaciee la traïson dont il fu destruis par ceste raison, tout ainssi aussi B X2 a fait Helcanus, qui nostre pereCassidorus mena hors du de cest B paÿs p., que bien est chose seue B et fist tant qu’il fu nostre anemi, pource pour›...‹[c]e V2 que il vouloit avoir achoison que il se preist a nous n. par quoi il peust venir au desseure de nous en aucune maniere B et que je et vous nous meissons en sa merci. Et je sai vraiement que je ne vous ne metrions jamais le pié en Romme, ainz en feroit les enfanz de la premiere fameHelcana seigneurs, et nous en serions en la fin destruis. Et s’il est ainssi que vous le faites faichiez B , je [c]prie a Dieu, Qui Que G tout consent, que mielz ne vous v. ne vous (sic, répété) X2 en puist il avenir qu’il fist celui💬Le complément indirect est employé sans préposition. dont vous avez oÿ mon compte compter G . »

§458 Quant Fastidorus oÿ son frerePelyarmenus, si esgarda le roy d’ArragonDyomarques, son oncle, et li dist d., et as autres barons aussi B :
«  Avez Biax seigneurs, a. B vous oÿ mon frerePelyarmenus ? M’a il bien mis avant que je soie sages de ce dont je estoie a aprendre devant d. ? - Par mon chief, dist il, voirement n’en serai je ja si saus que par ceste raison m’i doie metre B ?
– Par foi, dist il Peliarmenus B , vous avez droit. Nient plus n’en ferai je, car je sai de voir que il me feroit destruire. Si me vaut miex li desfendres que li rendres sanz cop ferir ferir. Et je vous pri, biaus freres, que, si vraiement que je et vous fusmes en uns flans portez, que vous m’aidiez ma vie et m’onneur a tenser comme cil qui grant mestier en a. - Frere, dist il, dont ne sai je qui vous puist aidier. Et pour vous aidier ai je Rommains amenez en ceste terre, qui bien sont plus de .xlm. B . »
💬Nouveau § B Quant li baron oÿrent ce, si furent moult joiant et distrent d. tout ensamble B que, mal dehait eust, que qui B tant qu’il porroit comme il porroient B vivre y feroit feroient B i feroyent X2 pais descouvenable. Et ainssi s’affichierent tout que il manderoient arriere la bataille et que bien seust li emperieresCassidorus que ja la terre ne li seroit rendue autrement que tout se meissent, et B les unes et les autres parties, en l’empereriz de RommeFastige, et ce qu’ele que ele meismes B en feroit fust du tout tenu.

§459 Quant li emperieresCassidorus oÿ ce, si ne li souffist mie, ainz se retraist chascuns a sa gent et orent jour de bataille. A l’endemain💬Dans B, a l’endemain appartient à la phrase précédente (jour de bataille a l’endemain. Peliarmenus a sa gent...). a Pelyarmenus sa gent ordenee en .v. parties, et Fastidorus la seue en .vi.. Et chascune d’eles B X2 si avoit chief dont je bien savrai parler avant que li contes remaingne. Cilz jours passa, et vint a l’endemain que l’une partie et l’autre furent apresté. Mirrus, qui le congié avoit que il assemblast a ceulz dedenz, de quele heure que il ississent, fu appareilliez et ot sa gent appareilliee entour lui de bien faire. Edipus, de l’autre part, [d]fu appareilliez el premier chief et voult assembler aus Rommains. Cil ot .xm. chevaliers qui et qui V2 moult firent a doubter. De l’autre part Fastidorus, qui sa gent avoit ordenee, si avoit li marchis m. li marchis (sic, répété) X2 de MontferrantMarquis de Monteferrant la premiere bataille. Cil Cil chevalchierent moult orgueilleusement et B ot .xm. chevaliers en sa bataille.

§460 💬Pas de nouveau § BQuant les .ii. os s’entraprochierent, si virent les uns les autres, et tant alerent que Edipus se feri au marchisMarquis de Montferrant, et s’asemblerent a. de gens B si adroit que moult fu grant X2 merveilles merveilleuse chose B a veoir, car si fierement se requistrent que moult en y ot d’abatus et de redreciez avant que leur premiers poindres peust estre fais. Edipus, qui moult vouloit metre grant paine a ce que on parlast de lui en bien, choisi le marchisMarquis de Montferrant, ou il moult grant paine metois as siens occirre et detrenchier. Dont a cest cop feri Edipus ceinst B cest X2 le destrier des esperons et mist l’escu par devant son pis, l’espee empoingniee, et vint iriez au chaple ou il estoit. Il desrompi la presse, si vint au ferir de l’espee et ne failli pas, car, si comme je truis en B escript, il assena le marchisMarquis de Montferrant de l’espee, qui trenchans fu estoit B , que, vousissent les armeures ou non, le pourfendi dessi en l’oÿe, et A celui cop B chaï jus B du destrier a tele heure que puis n’en pot qu’il n’ot pooir de B relever. Il feri a destre et a senestre, si que a cele heure en mist moult a mort.

§461 Quant Rommain li R. B virent le marchisMarquis de Montferrant mort qui fu mis a m. B , si orent paour, et fu puis leur prouesce arriere mise. Et [e]quant ce vit li dus de FabonneThabor, si se mist a la bataille moult aigrement. Cilz ot .viim. fervestus et ot V2 X2 non Thabor et fu fu .i. V2 chevalier de moult grant hardement. Dont y ot estour maintenu vertueusement v. et ne laissierent mie que moult ne fust bien maintenur d’une part et d’autre B , si que en la fin en eust eu euu (sic) B G Edipus le pieur quant Japhus le Frison et son frere Heleus se ferirent en .ii. lieus a tout .xxm. chevaliers, qui Cil B firent tant d’armes que en poi d’eure mistrent Rommain a la voie, car quant B X2 leur sailli li vassaus de Terre de X2 Labor d’une part et li rois de SezileRoi de Sezille d’autre. Quant cil vindrent en la bataille, bien y porent tenir leur liex, car, si comme je truis el conte, tant fierement s’i affichierent aidierent B X2 que bien fait a ramentevoir. Car tout aussi comme fait li B maistres a l’escole e. B sa volenté des petiz enfans, tout aussi li vassaus de Terre de V2 G X2 Labour et li rois de SezilleRoi de Sezille faisoient leur volentez de aucuns d’aucus (sic) B que il encontroient. Japhus et Heleus les recevoient retenoient B si a point poine V2 G que moult poi pooient sus eulz conquerre, ne fust li dus de NaplesVicomte de Naples💬Le personnage, non nommé, est désigné par divers titres associés à la région de Naples: duc (une fois), vicomte (deux fois), comte (une fois). Nous suivons la désignation majoritaire dans la Table des personnages. qui entr’eus se feri a loy d’omme vertueus. A celle envaïe en orent li Frison le pieur, et les couvint resortir, vousissent ou non. Quant ce sot li dus de NiseKarus, si ot sa gent aprestee. Et dont fist la greigneur prouesce que nulz homs peust penser, car, si comme je truis escript, quant il vit leur gent mise arriere, il les sormonta de l’autre part des siens et se mist entre [...]tr X2 leur batailles. Et ceulz meismes qui sus els venoient v. la endroit B se ferirent en la [f]bataille Fastidorus, et laissa les autres couvenir.

§462 Quant l’une partie et l’autre virent ce, si s’en merveillierent moult. Lors se meslerent tout, et n’i ot puis regne resne B tenue, car li dus de NiseKarus se ›i‹[s]e V2 fu ferus entr’eus comme fait la lehe es entre les B X2 chiens. Quant Fastidorus se vit ainssi entrepris, adont ont eu li sien grant merveille. Si ne furent pas si esbahi que il ne recuillissent le ducKarus et sa gent de moult ruiste maniere. La furent maint grant B cop donné et receu. Li dusKarus et li sien furent de toutes pars si assailliz, mais si viguereusement se desfendoient que moult s’en peust on esmerveillier. Et li vassaus de Terre de G Labour et li rois de SezilleRoi de Sezille furent tel mené de Licorus et du damoisel de ThebesDemoisel de Thebes que il ne le porent endurer. Et adont fu sonnez .i. cor a longue alaine. Et quant cil dedenz l’oïrent, si s’en G issirent, rengié et serré plus de .xxxm.. Avant que il fussent issus leur sailli Mirrus, tout aussi tant G aigrement comme se il et li sien G ne les doutassent .i. bouton baston X2 💬 .i. bouton: Emploi adverbial "rien du tout". Cf. aussi n. au §348. La leçon de X2 douter qn. un baston, qui n’est pas lexicalisée, dérive probablement d’une erreur de lecture.. La endroit ot .i. tournoi moult merveilleus et pesme, car dit fu a Peliarmenus que cil a qui il avoit joustéMirrus estoit estoient B assemblé a sa gent. Et quant il sot ce, si fu moult joianz, car ja la G X2 se cuida c. il B vengier de son anui anuie V2 s’anuie G . Si se mist a issir l’i. B X2 moult hastivement. Et quant il fu as champs, si vit le tornoi moult anuieus et pesme, car Daphus et li sien estoient avancié. Meismes Dorus et li dus de LembourcBorleuz s’estoi[214]ient s’i estoient B ja feru el chief devant et furent si meslé que poi sorent quel part vertir. Et quant Peliarmenus vit tel enchaus, si ne les prisa touz aussi comme nient. Donc açaint aceinst B ataint G son cheval des esperons et fist s’enseigne conduire vers Mirrus, qui la bataille avoit au conte de JapheDubyus, qui estoit moult chevalereus. Et l’avoit ja Mirrus mis aussi comme tout del tout B G au souffrir, car il se feri a lui de si grant force que du cheval le mist jus, vousist ou non. La endroit mist il paine que il a mort le peust metre, mais si richement se s’i G desfendi que moult fist a esmerveillier. Et nonporquant sa se B desfense li eust poi valu, ne s’i ne G fust Eligius qui le secorut par sa force et le fist remonter monter B X2 voiant Pelyarmenus, qui moult iriez en fu fu. Ainssi fu li estris escrips X2 (sic) V2 X2 .

§463 💬Pas de nouveau § GAinssi fu li estriz d’une part et d’autre ; et issirent de la villeCostentinnoble a cenz et a milliers, si que grant fais en orent cil dehors, a ce que cil les requeroient si aigrement que moult faisoient a doubter. Daphus, qui Dorus avoit en garde, s’estoit mis si avant que il et en B leur gent avoient ja B tant feru que il au secours au duc de NiseKarus estoit venus. La estoit il mis du cheval a terre et estoit saisis de pluseurs, quant il B y vint moult esforcieement et le resqueust, si que moult en pot peser a ceulz qui saisi l’avoient, car, si comme l’estoire le tesmoigne, il n’i ot nul de ceulz qui en garde l’avoient que tout ne fussent mis a mort de💬Ici et ci-après, la préposition introduit l’agent du verbe passif. lui et de Daphus qui touz[b]jours li ert a ses piez asez pres V2 X2 💬a ses piez: Nous intervenons en vertu de l’accord BG : il est en effet plus économique de postuler que la leçon de V2 +X2 dérive d’une erreur de lecture pour a ses piez que d’imaginer que G partage fortuitement la leçon de B à partir d’une leçon de type V2 +X2. et de sa senestre. Et quant li dusKarus fu li fu B resqueus, si fu leur force doublee, quar si il B aloient l’un l’autre sus courant que nus ne pooit leur grans cops soustenir. Meismes Leus, le filz Borleus le duc G , s’i aidoit si esforcieement que bien en doit on faire mencion, car car je truis que B au duc Hardamon toli il la teste, mais qua (sic) V2 G X2 a cele foiz fu il moult entrepris. Et li comptes dit que touz y eust esté fust B demourez, mais cilz qui en lui comprenoit grant chevalerie li fesoit fist B tel secours que avec ce que il rendi celui la vie en mist il .v. autres a mort. Ainssi s’i aidoient cil dehors et faisoient moult de leur volentez.

§464 Fastidorus, qui vit lui et sa gent malmener, ne fu mie poi iriez, car il ala par la bataille moult vertueusement. Et dist dit G li comptes que poesté de sa proece B proesce G esvertua e. il B moult sa gent, et tant y feri que li sien firent leur anemis traire arriere, car tant avoient de gent que ›...‹[q]ue V2 , vousist l’autre partie ou non, les mistrent en leur grosse alaine. Pelyarmenus avoit de l’autre part tant ja t. B fait que li X2 sien avoient ja B mis Mirrus au souffrir B X2 et le duc de LemborcBorleuz aussi a. comme au souffrir B X2 , quar cil dedenz virent qu’il en orent aussi comme le milleur, si issirent hors qui miex miex. Et adonc y ot moult de ceulz dehors occis et pris ; meismes Licorus fu atains et pris B X2 et saisis du duc d’AtheinesDuc d’Athaines et fu envoiez estoiez V2 G en la citéCostentinnoble.

§465 💬Pas de nouveau § BQuant Mirrus eu oÿ oÿ B X2 en oÿ G la nouvele, si mist cor a bouche et sonna .ii. mos. Et quant ce oÿ li bons Ro[c]bers conte B X2 de Flandres et li emperieresCassidorus, qui n’atendoient el, si se desrengierent, tout aussi comme li bons levriers quant il sont est B au tistre tristre B et il qui G voient voit B leur sa B proie. Ensement se mistrent il B X2 a la voie cele part, et ne fust nus qui les eust eut X2 veuz venir a la bataille qui que B X2 moult ne s’en peust esjoïr qui les amast, car moult fierement se ferirent en leur anemis, que bien le pot on veoir. Car je truis en escript que li cuens de FlandresRobert meismes son cors açainst les Grejois par devers la citéCostentinnoble et se mist entre la citéCostentinnoble et eulz si acesmeement que moult en fist sa volenté. Li emperieresCassidorus ne s’en pooit assazier rassazier B , ainz feroit de l’espee si noblement que poi se pooit prisier prisoit B , se il n’en metoit ça .viii., ça .x. a mort. 💬Nouveau § BQuant ce vit Peliarmenus, si fu aussi comme touz B G hors du sens, et vit le conte de FlandresRobert ou il abatoit et detrenchoit ses hommes de tele force et de si grant aïr que moult s’en pooit on esmerveillier. Dont ne volt mie lessier que vers lui ne se meist. Si embracha l’escu et vint a vers G lui de [...] X2 si grant force, mais cilz, qui ot cuer de lyon et qui estoit aussi comme touz ençains entains B , le vit venir ve (sic, fin de ligne) X2 et le choisi cueilli B cu[...]illi X2 , aussi comme de souhait. Si s’entrefierent s’entreferirent G des espees si adroit que l’un d’eus des .ii. B d’eus .ii. X2 couvint cheoir. Et sanz faille ce ne fu pas merveilles se il chaÿ G , car moult avoit fait V2 G d’armes le jour j. fait G 💬L’ordre des constituants dans G, avec le verbe en fin de phrase, est sans doute une tentative maladroite de pallier l’omission de fait qu’il hérite de son modèle commun avec V2., avec ce que li cops fu grans et pesanz que il reçut, car si y ot mis li cuensRobert son pooir que Pelyarmenus envoia jus du cheval si soutivement soutieument B que que que G [d]il n’en sot nient, si vint a terre. La mist li cuens c. li cuens V2 Robert toute sa force paine B X2 que il fust retenus, et il si fu, vousist ou non, car, si comme l’estoire le tesmoigne, si firent Flamens leur volenté que, vousissent leur G anemi ou non, furent mis au dessouz cil et cil G qui contre le conteRobert estoient.

§466 Edipus, dont d. je B grant piece me sui teuz, s’estoit mis en la bataille, comme cil qui moult avoit souffert le jor, mais il s’iert s’est G aussi comme refroidiez. Et vint a ce que li cuensRobert avoit mis du tout a au B G ssouffrir Peliarmenus et ne pot plus. Dont fu saisis et liez et menez a sauveté. Adont s’esvertuerent li autre, et li sien perdirent leur force, quant li rois d’ArragonDyomarques leur vint aussi comme au secorre. Cil avoit fait sa gent moult deporter pource que il s’en peust aidier au besoing. Et sanz faille si fist il, car, si comme verité fu et l’estoire le tesmoigne, tout eussent leur gent sormonté ceulz dehors ne si ne G fust li emperieresCassidorus et li cuens de Flandres B X2 Robert, qui tant faisoient d’armes que fables monçonge G sembleroient B sembleroit G du conter racompter G et mençonges du dire G .

§467 Li dus de NiseKarus, dont je me sui grant piece teuz sanz raison G , avoit a cele ce X2 fois envaÿe B tant fait que par le quitement que il avoit fait mist Fastidorus a la voie et ne queroit garison autre, fors qu’il peust eschaper, et sanz faille ce pot pouoit G il bien faire, car li dusKarus ne chassoit el fors que il peust de la bataille detourner torner B X2 . Si le fist en tele maniere que bien sera dit avant que [e]li contes remaingne, car il le chaça tant que pour fol s’en se B pot peut X2 tenir. Quant Fastidorus Fastidorus, quant il B vit l’enchaus que li dusKarus li faisoit, si ne se pot tenir que a lui ne retournast. Et la ot il tant des siens s. occis G que li dusKarus fu retenuz, vousist ou non. Mais sa gent y ferirent tant que se t. X2 que ce que trop B fu grant merveille que il ne demorerent, car ainz mais gens ne si ne B s’esvertuerent tant B X2 comme il firent, et nonpourquant ne porent il riens faire, fors tant que Dorus vint a l’enchaus. Mes li dusKarus estoit ja mis au devant et Fastidorus s’en aloit sanz asseurer, il et grant plenté de sa gent. Mais tant tout V2 avoient arriere laissié des leur que bien s’en se B X2 porent porroit X2 la gent l’empereorCassidorus rasazier.

§468 Que vous diroie je ? Fastidorus fu tost mis a la voie et li autre baron qui o lui furent venu, mais li rois d’ArragonDyomarques estoit aussi comme cilz qui de touz liex estoit entrepris et B assailliz, et meismes Daphus et li autre ne porent p. ne porent (sic, répété) G le dusKarus recourre. Si y ferirent tant d’une part et d’autre B X2 💬La leçon de V2 et G semble supérieure à celle de B et X2. La seule mention de d’une part ne trouve pas sens dans un contexte où tous les ennemis sont mis en déroute, et on attend plutôt le couple d’une part et d’autre. que touz leur anemis mistrent a la voie, meismes li dus d’AtheinesDuc d’Athaines se mist vers son paÿsGrece, et tout aussi firent des autres grant partie. Li rois d’ArragonDyomarques fu pris et sa gent toute mise a la B voie et a mort. Cil de la vileCostentinnoble morurent a torment, car li emperieresCassidorus et li cuens de FlandresRobert, qui s’estoient mis a la porte dont il estoient issu, les detrenchoient et en B X2 faisoient merveilleus [f]maissel. Lors fu la porte gaaigniee et entra enz li cuensRobert et sa gent, et tost se furent mis en la villeCostentinnoble. Dont furent saisi li B palais et maintes forteresces; meismes li palais l’empereourCassidorus fu pris, car cil qui dedenz furent virent bien que li tenirs deffendre G ne leur vauderoit riens. Dont se mistrent enz Flamens et la gent l’empereourCassidorus. Et cil qui en leur aide furent s’ostelerent s’ostele[...]t B par toute la citéCostentinnoble et s’aaisierent qui miex miex et saisirent saisirent qui miex le pot faire B saisirent qui miex mielx X2 la vileCostentinnoble, si que nulz n’i ot qui contredit y osast metre osast contredire G .

§469 Ainssi fu Costentinnoble saisie, et furent li prince et li baron touz dedenz. Si et G s’ostelerent tout G aussi bonnement bien G comme se touz les jours du monde y fussent demouré eussent esté B eussent d. G . Li navré, qui moult furent au dessouz G , se mistrent es mains de leur mires. Li grant seigneur pristrent garde a leur amis a. que il leur failloit B ; li mort furent enterré ; li autre furent joiant de leur victoire, et la gent au duc de NiseKarus courouciez. Mais tant les conforta li emperieresCassidorus et li autre baron qu’il distrent qui dient B que tant avoient des leur que de lui estoient e. il B tout asseur. Et quant il se furent tout hostelé, si se mistrent tuit B li grant baron ensemble et orent conseil de l’empereorCassidorus que il voudroit faire. Il dist :
« Biaus seigneurs, vous m’avez m’onneur rendue que je du tout avoie perdue G se vous ne fussiez. Si est droiz raison B X2 que par vostre conseil volenté et par vostre c. B cest li B X2 soit (sic) G paÿs soit apaisiez, par quoi cil qui contre moi ont esté soient puni. Et cil B X2 qui terre terra X2 n’a, je [215]l’en donrai assez, car bien est raison, qui forffaité forfait B l’a, que il en soit hors mis. Et je le ferai, que quoi B X2 qu’il doie couster. »

§470 💬Pas de nouveau § BLors esgarderent li seigneur a ce et mistrent les choses a point, qu’il n’en y n’i B ot nul B qui ne venist a merci. Et furent puni ceulz qui le durent estre, et cil qui merci durent avoir l’orent. Si y ot de tielz qui riche avoient esté qui povre furent, et de telz ceulz V2 G X2 💬Nous intervenons d’après B pour rétablir le parallèle Si y ot de tielz... et de telz... qui souffraité avoient eu G qui furent tout f. B riche. Li uns gaaignierent et G li autre perdirent. Meismes ceulz qui pris avoient esté furent surent (sic) B tuit amené devant l’empereourCassidorus et les autres barons. Dont les mist li emperieresCassidorus a raison et leur dist :
« Biaus seigneurs, or est il temps que je de vous soie vengiez a ma devise. De nous ne vous pouez vous B vengier.
– Sire, distrent il touz ensemble, que la venjance peust estre couvenable, se vous ne faites une chose que nous vous dirons.
– Quele ? ce dist fait G li dist X2 li emperieresCassidorus. Dites le moi.
– Par foy, dist Pelyarmenus, volentiers. Vous savez bien en partie que je X2 sui vostre filz et fu engendrez je et Fastidorus mon frere en l’empereriz de RommeFastige. Aprés veez ci le roy de ArragonDyomarques, qui fu freres a vostre pereLaurin. Nous .ii. avons eu achoison envers vous et envers vostre filzHelcanus, ce que fait avons. S’il est ainssi que vous, par vostre sens et par vostre prouesce, soiez de nous venuz au desseure et nous tenez en vostre prison, ne pouez vous estre de nous vengiez sousfisaument que vous ne vous en me[b]tez au repentir de ce que vous en avrez nous en avons B fait. Et la repentance ne puet riens valoir se nous ne sommes mis a ce que de V2 G cest jour en avant plaignons et pleurons le tourment que nous vous avons fait avoir de ceste emprise. Et ainssi le ferons nous volentiers tout. Et se il est ainssi que vous autrement le faciez faites B et vous creez conseil de felon, vous resemblerez resamblez B celui qui son nez cope pource que son viaire en vaille miex et en soit plus biax💬celui qui... biax : Sur le tour proverbial attaché au nez, voir la n. au §22.. »

§471 Quant li emperieresCassidorus oÿ ce, si esgarda les barons et hocha la teste et dist :
« Avez vous oÿ de cest sarmonneeur ? A il bien 'batu le chien devant le lyon' ?💬 batu le chien... lyon : Expression faisant référence au fait de châtier le faible devant le fort, ou le petit devant le grand. Voir Morawski, 1669 Por donter bat on le chien devant le lyon.  »
Dont sailli avant li dus de LembourcBorleuz et li cuens de FlandresRobert, qui distrent dist X2 :
« Ha ! sire, verité dist se d. B X2 dit G Peliarmenus : qui vous loeroit vostre char et vostre sanc a essillier, fel et cuvers seroit, puisque il se pouroffrent pour›haste ascendante‹[o]ffrent V2 porofferroit B souffisaument a faire l’amende. Ja ne serez tiex que vous ne la prengniez, avec tout B ce que nous touz vous en prions.
– Par foi, dist il, la chose seroit mout grant que vous me requerriez que je ne feroie feisse B .
– Sire, distrent il, nous vous prions de ceste chose que vous vous en B metez sus nous, et eulz il B de l’autre part le feront volentiers, se il cuident bien faire. »
Dont parla Peliarmenus et dist :
« Ha ! biaus seigneurs, pour Dieu merci, sachiez que de ceste discorde nous metrons nous du tout en sor B vous a faire ce que vous en voudrez faire et dire.
– Par foi, dist li emperieresCassidorus, voirement B en ferai je ce que il voudront, mais ja n’en ne B sera chose faite ne dite qui e[c]stable soit. Si y B X2 sera ravrai B mon filz Helcanus, et cil en fera ce que il voudra, ne ja sanz lui n’en sera rendus jugemenz.
– Par foi, distrent li baron, vous avez moult grant droit. »
Dont firent tant Pelyarmenus et li roys d’ArragonDyomarques que il orent .i. message de par eulz et firent escrire ce qu’il voudrent et l’envoierent a Fastidorus que il pour Dieu feist tant pour eulz que il delivrast Helcanus et le feist conduire en Grece, ou et meesmement G autrement il seroient destruit et mis a mort.

§472 💬Pas de nouveau § BLi message se parti de eulz et se mist a la voie ou chemin B par devers Romme, et trouva Fastidorus qui faisoit chiere dolente de ses hommes qu’il avoit perdus en Grece, et X2 meesmement de son frereHelcanus estoit il dolans qui Helcanus (sic) V2 Peliarmenus, et autressi de Helcanus G 💬de son frere estoit il dolans: Le frère dont il est question est bien Helcanus. B et X2 s’accordent sur la leçon estoit il dolans. V2 et G semblent hériter d’une lacune de leur ancêtre commun, à laquelle les deux copistes ont tenté de remédier sans pleinement y parvenir. qu’i li estoit eschapez par tel enging. Dont vint cil a lui et le salua moult hautement de par son frerePelyarmenus et et de par G le roy d’ArragonDyomarques. Quant il l’aperçut, si dist :
« Amis, que dites vous de ceulz dont vous me parlez ?
– Sire, dist il, ci m’envoient a vous et vous envoient ceste lectre. »
Il la prist et il li mist en la main. Cil l’a prise B et la ouvri brisa B , si et B trouva enz escript le mandement que son son|son V2 frerePelyarmenus et li rois roy d’Arragon G Dyomarques li faisoient. Dont vint a sa mereFastige et li moustra la lectre que cil li avoient tramise. Lors dist li d. B ele :
« Biau filz, mauvesement poez ceste requeste faire, car vous n’avez pas celui que il vous mandent.
– Par foi, dist il, tant sui je plus dolenz, et moult se puet on esmerveillier ou il est quant il n’est revertis arriere en Grece puis que il B de la prison se parti.
– Par foi, dist dit X2 ele, merveilles puet on oïr du pereCassidorus et de [d]lui quant il qui B de tele maniere sont. Et sanz faille, je ne cuit mie que il soit a sa volenté, ou que il soit, car il meismes n’eust laissié que il ne fust repairiez a son pereCassidorus et a ceulz qui de sa partie sont. »
De ceste chose n’oserent n’eserent (ms. nese|rent) X2 les .ii. dames parler p. de lui B pource que eles n’en ne B G fussent corpables, ainz distrent a Fastidorus :
« Sire, pour Dieu, metez paine que vostre frerePelyarmenus fust delivrez et li rois d’Arragon B X2 Dyomarques vostre oncle, que je croi que il soient molt seront B en grant meschief, deci a tant B X2 que il soient autrement. »
Dont orent conseil que il renvoieroient le duc de NiseKarus sain et haitié, et de tant apaieroient apaiseroient B X2 l’empereourCassidorus et son filzHelcanus et manderoient que Helcanus estoit est B seroit X2 touz sainz et touz haitiez, en quel lieu que il fust, et de la prison ert partiz sanz leur le B congié et sanz B le gré de ceulz qui en garde l’avoient. 💬Nouveau § BAinssi comme il le deviserent Fastidorus le devisa B devisa X2 le firent si fu fait B X2 . Fastidorus en vint au duc de NiseKarus, si li chaÿ aus piez et li dist :
« Gentilz sire, aidiez nous a apaisier envers mon pereCassidorus, car je sai vraiement que vous estes li homs el du X2 monde, aprés Helcanus mon frere, qui miex nous y ›...‹[y] V2 puet valoir. »
Dont dist li dusKarus que moult volentiers le feroit s’en peneroit B et le leva amont avant que il fust agenoilliez. Et dont li enquist e. il B nouveles de son frere Helcanus. Et il li conterent comment il estoit de la prison partiz. Et quant il oÿ ce, si se s’en B merveilla que il puis n’en avoient oÿ nouveles. Lors dist li dusKarus que que il B plus ne vouloit tar[e]gier puisqu’ensi estoit qu’il avoit congié de la prison. Si fist son erre aprester et se mist au chemin moult noblement. Si ne fina f. d’esrer B par ses journees G , tant que il si G vint en la cité de Costentinnoble et trouva l’empereourCassidorus et les ses G barons qui entour lui estoient el palais et atendoient la venue de B la X2 Helcanus, si comme vous pouez oïr el conte.

§473 Quant li dus dus de Nise B Karus fu el palais venus descendus B , si fu tost congneus des uns et des autres et fu moult conjoïs, et vint devant l’empereourCassidorus et le salua moult hautement. Quant li emperieres emperes (sic) X2 Cassidorus le vit, si se dreça encontre lui et li mist les braz au col et li dist :
« Sire, pour Dieu, contez moi comment il vous est. »
Dont conta li dusKarus a l’empereourCassidorus comment il li avoit puis esté et comment il fu delivrez et la verité de son filzHelcanus, comment il estoit issus de la prison, si G grant piece avoit, et n’en savoit on autres nouveles. Quant li emperieresCassidorus oÿ vit B ce, si esgarda les barons et dist :
« Biaus seigneurs, or pouez bien savoir comment mon cuer est en joie ! Ne puet estre autrement B X2 , je le sai de voir, que li traïteur ont mon filzHelcanus mis a mort murtri B . »
Dont ot tel duel que il se pasma voiant devant G toz. Et quant il fu revenuz relevez X2 et levez B X2 , si geta .i. grant plaint et dist :
« Ja Diex ne me doinst que .i. seul B jour puisse B vivre se ja ont li traïteur puisque ja avront B trieves ne pais a vers B moi moi li traïtour B devant que ce que B je avrai ravrai B mon filzHelcanus sain et haitié ! »
💬Nouveau § B Quant Josyas oÿ ce, si pensa maintenant que sa suerNera l’avoit delivré et le tenoit en aucun lieu aussi comme a force. Dont vint a l’empere[f]ourCassidorus et ot en ot B pitié pour le duel que il menoit et li dist :
« Sire, pour Dieu, parlez a moi, et je vous dirai chose dont je cuit que vous serez en pais B . »
Lors le traist trait X2 Josyas a conseil et li conta l’affaire de sa suerNera de chief en chief et comment ele s’estoit mise a la voie a aler a Romme quant ele sot qu’il y estoit, et des chevaliers qu’il avoit envoiez aprés lui li conta il B toute la verité.

§474 💬Pas de nouveau § BQuant li emperieresCassidorus entendi ceste affaire, si li revint li cuers et leur B dist oiant touz :
« Biaus seigneurs, or y parra qui son guerredon voudra deservir. Je sai vraies vaies V2 nouveles que de V2 G X2 mon filzHelcanus est qui est G en vie💬V2 et X2 donnent le même texte problématique, que G corrige par conjecture, à moins de comprendre "j’ai reçu des nouvelles de mon fils: il est en vie", avec le verbe est en tête de proposition., mais ne je ne G sai en quel lieu. Et cil qui le porra rendre ou dire nouveles de lui couvenables couvebles (ms. couuebles) X2 , je li metrai mon tresor en la sa B X2 main a ffaire sa sa propre G volenté. »
Quant cil oïrent ce, si enquistrent la verité comment Josyas l’avoit conté a l’empereourCassidorus. Et donc aprés s’apresta chascuns des princes et se mistrent en la queste, chascuns souffisaument. Si s’en se G taist ore B X2 li contes ci endroit et vient a la pucele p. Nera B Nera, dont je me sui grant piece teuz teus. Et orrez ci aprez comment il li avint depuis qu’ele fu arrivee en Grece, si comme devant est dit B temps G .

[28] Comment li seneschaus volt amer Nera et avoir par a X2 force Ci endroit dist li contes comment li senescaus requist Nera de s’amour B .

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Enluminure sur 1 colonne et 13 UR. Le sénéchal requiert Nera d’amour devant Cartageus.

§475 [216]Or dit li comptes que tant servi Nera a B son seigneurSeigneur de Cartageus et a B sa dameDame de Cartageus que moult fu chiere tenue de l’un et de l’autre. Or avoit chiez le seigneurSeigneur de Cartageus .i. seneschal qui moult estoit amez et chieriz chier tenus G du seigneurSeigneur de Cartageus et de la dameDame de CartageusSénéchal de Cartageus. Cil ala et vint entour la puceleNera, et li plot moult son sens et sa maniere. Et tant li plot qu’il la couvoita commença B moult m. fort B a amer forment B . Un jour avint qu’il ne s’en pot plus tenir et que il ne B X2 li gehi gehist B X2 son corage et li dist :
« Damoisele, la B X2 vostre grant biauté et le sens que je en vous voi si B X2 me fait que je sui me suis G a vous donnez du tout, et puis bien dire que je sui fins amis. Si vous pri par tele maniere que vous soiez m’amie, et je vous ferai courtoisie en tele maniere que vous en vous B devrez bien tenir a paie. »
Quant la puceleNera oÿ ce, si fu moult esbahie et se pensa qu’il la le B couvenoit escuser a ce que il en fust apaiez payez B X2 et la laissast en pais, comme cele qui n’avoit cure de lui amer. Si dist :
« Sire, pour Dieu, n’aiez mie mais B ja X2 tele pensee, car que B X2 a moi n’afiert pas tele amour. Je sui ci une povre cheitive et sui hors ci h. B de mon paÿs et mise aussi ensi X2 comme en chetiveté, non ne B mie pour chose que moult ne B me doie plaire de mon seigneurSeigneur de Cartageus et de ma dameDame de Cartageus, mais miex m’amasse m’amas|masse V2 a. B la ou je sui congneue, a tout le B X2 mains que a moi n’afferroit que je ne [b]feroie ci a tout plus d’onneur que je n’aie.
– Damoisele, dist il X2 , pource que je vous vouloie vaudroie B geter de celui dangier ou vous estes vous loeroie je que vous feissiez pour moi.
– Certes, sire G X2 , ce dist la damoiseleNera B X2 dist elle G , petit vous B X2 seriés avanciez se de moi aviez vous aviez de moi B vostre devis, ne je riens n’en feroie, car vous en seriez avilliez trop durement B X2 et mis a mort, aussi comme autres ont esté, ainssi comme je vous ai dit💬Il faut supposer que le sénéchal était présent lorsque Nera a fait son récit au seigneur de Cartageus, cf. §438. Notons d’ailleurs que dans ce paragraphe il est question du récit que fait Nera à la dame de Cartageus, avec une évocation à celui qu’elle avait fait en amont au seigneur, mais cet épisode n’est pas directement relaté. et fait f. devant B sage G . »

§476 Quant li seneschausSénéchal de Cartageus oÿ ce, si se parti de li moult iriez et cuida que il atant s’en deust deporter departir G . Dont ne la pot oublier, ainz a. ne la pot oublier, ains li B vint li maus d’amours qui le semont semonst B G , et dist : Je ne porroie croire qu’ele ne fust de grant affaire, cele qui💬ele ne fust... cele qui: Sur les constructions disloquées, cf. Note linguistique. de si grant biauté et de si grant sens est plaine.
– Certes, ce est voirs voir›...‹[s] V2 .
– Et s’ele celle G estoit cheue des nues, si n’en seroit ja uns preudons avilliez.
– Si seroit !
– Que est ce que j’ai dit ? Ja est ele pour .i. vilain cas cas a V2 arrestee, et c’est ce B que, se nulz venoit qui dire vousist souffisaument que eles eussent ces .ii. hommes occis, eles seroient arses.
Certes C., fait il V2 , voirs est.
– Or soies sages, si t’en garde !
– Certes, si ferai je. »

§477 💬Pas de nouveau § BAinssi se combatoit cilz a lui meismes. Si en fu tiex menez que touz s’en aperçurent, et qu’il G en B X2 perdi le boivre et le mengier m. et que tous s’en aperçurent G . Ses siresSeigneur de Cartageus vint a lui et dist :
« Amis, je moult B vous voi pale et estaint taint G : dites moi que vous avez comment il vous est B et nel me celez mie B X2 , car je sai vraiement que vous amez par amours, si ne [c]sai qui. Je ne sai fame en toute ma terre que💬Sur la nature polyvalente de que, cf. Note linguistique., se vous la voulez avoir, que je ne la vous donnasse a fame.
– Sire, dist il, grans merciz. Ce B n’est pas tel chose qui me tient. »
Dont s’escusa du miex que il pot, comme cil qui ne vouloit mie que on seust sa pensee pour la raison de ce que il ne vouloit mie qu’il V2 fust pour folz tenus, car trop li semblast sambloit B que il s’avillast se il a fame l’eust demandee. Ainssi fu moult grant piece que il la requist pluseurs foiz, et ele s’en se B desfendoit moult sagement, mais riens ne li valut, quar, quant tant B plus la vit, et plus tant B plus X2 en fu fu plus B temptez et espris, et vit bien que la mort en avroit se il ne faisoit que i l’eust par quoi que fust ce f. B X2 G . Dont s’en vint a li et li dist :
« Damoisele, je muir pour vostre amour ! Au mains, puisqu’il est ainssi, je que je V2 G vous veul avoir a loial espouse, et vous demanderai a mon seigneurSeigneur de Cartageus que il vous doint a moi, quar sans vous ne puis je B X2 durer ne bien avoir.
– Par foi, dist ele, fol sens avez, car ja ne m’i avrez, ne si ainsi B X2 ne ni B X2 autrement ! »

§478 Quant cilz oÿ ce, si ot si grans courrouz que il fu touz hors du sens et si B dist :
« Voire m’avez vous escondit? Il n’a dame ne damoisele en cest tout c. B paÿs que qui B moult n’en ne B fust honnoree de moi, et vous m’avez refusé ! »
Lors li dist que moult chier li seroit rendu. Lors se parti li seneschausSénéchal de Cartageus de li et s’en vint en sa chambre et pensa quele venjance il porroit de li avoir. Dont pensa une mortel traïson dont la puceleNera fu en tel peril que bien fait a ramen[d]tevoir. Ainssi comme devant je d. B ai dit, la puceleNera avoit en garde .i. des enfans au seigneurSeigneur de Cartageus, et estoit une damoisele qui pas n’avoit plus de .iii. anzEnfant de Cartageus. Ele l’amoit tant que bien s’en pooit on esmerveillier, et li enfesEnfant de Cartageus aussi B X2 li, tant que bien s’en aperçurent. Cilz qui plains fu de tres grant traÿsonSénéchal de Cartageus si B fist tant qu’il vint une nuit la ou li enfesEnfant de Cartageus dormoit et fist tant cilz mauvais traÿteurSénéchal de Cartageus que il si li B silz li X2 copa la gorge a l’enfantEnfant de Cartageus B X2 , delez la puceleNera, qui se jouste l’enfant B dormoit en .i. autre lit. Cilz ot .i. coutel trenchant et vint au lit a la puceleNera et y bouta le coutel tout sanglent et s’en se B X2 rala mist B X2 arriere la X2 dont a voie de lau B il estoit venus. Et quant ce vint au matin que la puceleNera s’esveilla, si vint a l’enfantEnfant de Cartageus, ainssi comme V2 ele souloit faire B X2 , si trouva comment il estoit atirez. Dont leva jeta B X2 la puceleNera B X2 .i. grant cri, que bien l’oïrent tuit cil qui furent es chambres. Lors saillirent serjans et damoiseles qui pres d’ilec estoient. Si trouverent la puceleNera qui pasmee se gisoit delez l’enfantEnfant de Cartageus et trouverent que la petite damoiseleEnfant de Cartageus avoit la gorge coupee. Adont enforça s’e. B li criz merveilleus et pesme B X2 . Si firent moult grant frainte de braire et de crier. Et quant ce oÿrent li autre, si y vindrent tuit B X2 qui miex miex. Dont y vint meismes G li siresSeigneur de Cartageus et la dameDame de Cartageus quant il oÿrent cele la B noise. Quant il furent la venu, si fu dont a primes la puceleNera et la pucelle fu G revenue de pasmoison et vit entour en X2 li ceulz qui la furent venu. Lors ne sot qu’il li fu avenu. Et [e]la dameDame de Cartageus vit son enfantEnfant de Cartageus qui ainssi fu B X2 murtri, si chaÿ de l’autre part a la terre G pasmee aussi comme morte B X2 .

§479 Quant li siresSeigneur de Cartageus Li sires, quant il B vit ceste merveille, si fu touz moult B esbahis et et commanda et V2 demanda a la puceleNera qui ce avoit fait.
« Ha ! sire, dist ele, je n’en sai verité dire riens G . »
A cest mot entra li seneschausSénéchal de Cartageus en la chambre et trouva le fait que il meismes avoit fait et pourchacié, si dist :
« Aide Diex ! Que est ce ci avenu ?
– Par foy, seneschaus, dist dit X2 li siresSeigneur de Cartageus, ceste damoiseleNera m’a mon enfantEnfant de Cartageus occis! »
Dont fu la dameDame de Cartageus relevee de pasmoisons, et la puceleNera y fu refu B cheue. Et quant la mereDame de Cartageus pot parler, ele si G dist :
« Qui m’a mon enfantEnfant de Cartageus murdri ?
– Dame, dist dont B li traÿtres qui ce avoit faitSénéchal de Cartageus, qui a ce dont fait, dame dont B X2 , se cele non ce a fait la pucelle G qui en garde l’avoit ? »
Dont sailli la dameDame de Cartageus sus la puceleNera, qui en pasmoisons pasmee G gisoit, et commença seur lui a ferir de ses dez G poins parmi sa bele face, qu’ele ot descouloree et pale. Si li ot tote tost B tot X2 defroissiee froissie B X2 en poi d’eure. Et quant ce vit li siresSeigneur de Cartageus, si ot pitié de la damoiseleNera, si traist sa fameDame de Cartageus arriere et li dist :
«  Dame G , sousfrés vous ! Se il est X2 anssi que ele ait ce fait, moult en sera la venjance miex prise que vous ne la porriez prendre cuidiés G . »

§480 Dont revint la puceleNera de pasmoison et dist :
«  Diex Si|Diex (sic) B , Qui m’as m’avez B delivree getee B X2 de maint peril, soies moi aidans, a ce que la verité soit seue de cestui crienme !
– Ha ! desloiaus, dist la dameDame de Cartageus, comment voulez vous qu’il soit miex creu et seu seuu B ? Qui porroit miex B autre que vous a[f]voir ce fait, nient plus que vous murdristes ceulz qui en la nef furent trouvezMariniers, o vous la desloiaus que je voi la G ? Et sanz faille, je sai vraiement que Diex vous envoia ça pour le la B X2 G venjance prendre, et nous vous avons respitees par nostre pechié ! Et pour ce nous avez vous nostre enfantEnfant de Cartageus murdri !
Ha B ! douce dame, ce dist la puceleNera, ce set Cilz Qui tout fist. »
Lors ne li vaut valut B escondit qu’ele peust sceust G dire, ainz fu saisie moult vilainement et mise en fort G prison. Li seneschausSénéchal de Cartageus, qui son malice vouloit parassouvir parsivir B parfornir G , fist .i. duel moult si B merveilleus. Et que B bien pooit sambler que il en fust plus dolans par chiere que sembloit par chiere que il X2 V2 G X2 ne fust le pere ne et G la mere m., qui si grant duel peust faire comme il faisoit V2 m. du duel qu’il faisoit G . Dont commanda le lit a la puceleNera a B G cerchier pour miex prouver le fait. Dont ne demoura gaires que quant B trouva G .i. sergent trouva G le coutel tout sanglent dont li seneschausSénéchal de Cartageus avoit fait le murtre. Et quant il l’ot trouvé, si dist :
« Or est miex prouvee la chose ! »
Et quant tuit cil qui la furent tout B virent ce, si la jugierent et G distrent entr’eulz G que digne estoit d’ardoir qu’ele estoit digne d’ardoir B . Et li siresSeigneur de Cartageus, qui preudons estoit, ne voult mie la damoisele pucelle G Nera essillier sanz jugement couvenable couvenble X2 . Lors manda commanda G par toutes ses terres toute sa terre B a ses hommes tous ceulx G qui fieu tenoient de lui que tout qu’ilz G venissent a Cartagieu Car›...‹[t]agien V2 pour ceste chose. Sachiez que moult tost dont B m. X2 ala ala partout V2 ala dont X2 la renommee moult loing. Mais atant se taist tait X2 ore li contes de ceste chose a parler G et re💬Changement de main dans V2vient a Helcanus, qui de Romme s’estoit parti, ainsi come devant ai est G dit dit el compte V2 💬L’enchaînement des mésaventures que connaît Nera, avec les mariniers, puis avec le sénéchal, rappelle les récits de femmes persécutées. La forme la plus proche des épisodes consacrées aux aventures de Nera est peut-être le récit consacré à Florence de Rome dans lequel l’héroïne est faussement accusée de meurtre..

[1]

[29] Comment [b]Helcanus issi de prison et ala en la queste de Nera, s’amie sa s’a. V3 .

💬Trois lignes sont effacées et restent illisibles avant le début du texte donné dans V3.

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Enluminure sur 2 colonnes (a-b) et 16 UR. Helcanus sort de prison et part à la recherche de Nera son amie, en armes vers forêt hors d’un château grillagé avec deux hommes le saluant à sa sortie.

§481 [a]Ci endroit dist li comptes que, quant Helcanus ot entendu la verité de Nera s’amie B X2 , que plus pres li point le se B cerchier et le querre que ne feist a retourner en Grece pour retourner B X2 a son pereCassidorus et por lui B X2 faire aide ne aus autres barons B X2 . Adont se mist hors de Romme et ne ne ne G fine fina B X2 de cerchier et de querre tout ainssi comme que B il cuidoit que la puceleNera fust venue a lui. Dont ne fina d’aler l’un jour aprés l’autre tant que il s’embati par aventure en .i. trespas ou moult passoit de pluseurs B X2 manieres de gens, et tant caut V3 que il fu hebergiez en .i. chastel, aussi comme il faisoit souvent, et enquist de sa besoingne si comme il li B couvenoit couvient B faire f. ceulz qui ce vont chaçant B . Dont le regarda li hostes de l’ostelHôte d’Helcanus et li dist :
«  Autre Sire, a. B fois a V3 esté demandee d. ceens B celle dont vous parlezNera. Mais or me dites s’ele vous est riens.
– Par foi, sire s., dist il B , si est. »
Dont li dist que ele li estoit si pres que li uns ne devoit faillir a l’autre.
– Sire, dist il, je le vous di por une chose: bien a a ce quit B .x. semaines passees que que c V3 que que X2 vindrent jurent B X2 marcheant de Pise, et venoient d’Atheines. Si conterent ceens que '.ii. fames s’estoient mises avec eulz en mer et furent detenues pour leur mesfait par devers les mariniers maronniers B X2 Mariniers'. Et croi quit B que eles ont puis eu a souffrir. Je ne sai mie se ce sont celes que vous alez querant. »

§482 💬Pas de nouveau § B Quant Helcanus oÿ ce, si li dist li cuer que ce estoient eles celes que il aloient querant B . Maintenant sailli em piez et s’apresta a cele heure meismes B X2 et vint a son cheval et monta sus et se mist cele part ou que B li hostesHôte d’Helcanus li avoit enseignié. Quant [c]il se fu mis au chemin, il fist poi de sejour, si vint au port tout droit B X2 dont cil estoient descendu qui la nouvele en B X2 avoient contee. Or avint si conme Diex 💬L’intervention divine nous paraît souligner l’importance de la réunion de Helcanus et Nera tant pour la survie de celle-ci que pour la réunion finale des amoureux, longtemps retardée. le lui B X2 voult la mener que la nouvele estoit espandue partout B X2 de la puceleNera qui estoit encusee de l’enfantEnfant de Cartageus et meismes des .ii. mariniers maronniers B X2 Mariniers qui avoient esté trouvé mort en la nef avec celes. Et quant Helcanus Helcanu X2 oÿ de ce parler ce G , si fu a trop grant meschief et vint a .i. preudonme et li dist :
« Biaus tres douz sires, dites moi se je porrai trouver qui la me n me V3 menast.
– Par foi, sire s., dist cil B , si ferez, car ja doivent mouvoir li ami et li G parent de ceulz qui en la nef ensi B furent trouvé. »

§483 Quant Helcanus oÿ ce, si se pensa que il se metroit m. volentiers V3 avec eulz et saroit se ce estoient seroient B X2 celes dont il estoit en la queste elles G . Et lors fist tant que G il se mist avec eulz en mer, et orent .i. vent que Diex leur avoit apresté, et vindrent aussi comme B par miracle au chastelChastel de Cartageus, ainssi comme touz li paÿs y G estoit assemblez pour la puceleNera jugier. Et quant cil virent la nef, si sorent maintenant que ce estoit la cele B que on disoit que murdriz estoient li marinierMariniers il B X2 , et dont firent .i. duel merveilleus et vindrent au seigneurSeigneur de Cartageus du chastelChastel de Cartageus et firent leur plainte au plus grevablement grevable B X2 que il porent. Et quant li [d]siresSeigneur de Cartageus entendi ce, si leur demanda se il savoient qui celes estoient. Il distrent que B .ii. mauvaises fames estoient B qui moult avoient fait de maus. Dont fu Helcanus presens, qui li dist :
« Sire, se je les veoie, bien vous en savroie a dire d. la B si com je croi B X2 , car tout aussi sui je en la queste d’une dame, dont je sui en moult grant doutance. »
Quant li siresSeigneur de Cartageus ot oÿ Helcanus, si l’esgarda et li dist :
« Sire bien soiez vous venus! »
, car il sot bien en son corage
et vit bien a son samblant B et li dist bien en c. X2
que il estoit de moult grant affaire. 💬Il nous semble ironique que le seigneur de Cartageus se fasse d’emblée cette idée d’Helcanus, toujours soucieux, tout au long de ses aventures, de passer incognito. Si li dist :
« Ja assez a. i V3 tost B X2 les verrez au feu, car eles sont jugiees selonc la loy de ceste terre, se ensi n’est est B que eles ne se puissent desfendre. »

§484 Quant il Helcanus B Helcanus oÿ ce, si se souffri tant qu’il verroit savroit B que on de les feroit. Dont furent li prince du paÿs mis ensemble. Et lors leur B fu conté conment la puceleNera avoit la petite B X2 pucelete damoisele B Enfant de Cartageus en garde et conme comment B X2 ele avoit geté le cri par quoi tout estoient assemblé. Dont y ot .i. preudonmePrince de Cartageus défenseur de Nera qui dist :
«  Seigneurs Biau seigneur B , je de ma partie ne porroie mie croire que que que G cele que on dit dist qui cest murdre a fait B Nera fust tele que ja eust crié quant ele cria se ele meismes l’eust fait.
– Par foy, dient distrent B li autre, tout aussi ensi le B nous semble il. »
Dont manderent a leur seigneurSeigneur de Cartageus que il leur feist venir cele qui estoit accuseeNera, et il si fist. Et quant il la virent, si l’esgarderent et en celui regart en orent si grant B X2 [e]pitié que chascuns encommença a souspirer, et leur vindrent communement G les lermes aus iex. Dont la prist li uns des uns B preudonmesPrince de Cartageus défenseur de Nera et la mist a raison et li dist :
« Amie, riens est n’est G de vous, a ce que j’entens. Dites verité v v. V3 , et je vous asseur que ja n’en arez pis. »
Quant la puceleNera l’entendi, si ne pot plorer, comme cele qui tant l’avoit fait que bien le pooit on veoir, et dist :
« Sire, puisqu’ensi est que Diex m’a consenti ceste mort a avoir, dire veul qui je sui et conment Diex se venge de moi aujourd’ui. »
Lors Dont B leur conta tout son errement et qui ele estoit et leur dist tout du commencement jusques en la fin comment il li estoit avenu et comment li seneschausSénéchal de Cartageus l’avoit requise et comment ele l’avoit refusé, par quoi ele meismes savoit bien que il en tele coupe l’avoit mise.

§485 💬Pas de nouveau § BQuant cil oïrent ce, si esgarderent li uns l’autre et firent la puceleNera traire arriere. Et lors parla li preudonsPrince de Cartageus défenseur de Nera et dist :
«  Avez vous oÿ merveilles se ce puet estre B ?
– Par foi, distrent il, voirement voirs B est ce grant merveille se ce puet estre voir.
– Voir ? dist li preudonsPrince de Cartageus défenseur de Nera. Par foi, ce vous ferai je savoir, mais que vous m’en laissiez couvenir. »
Quant il G oÿrent ce, si distrent :
« Par Dieu, sire B X2 , oïl, faites ent toute vostre volenté, et nous du tout nous y acorderons acordons G . »
Quant cilz oÿrent ce, si manderent leur seigneurSeigneur de Cartageus que il venist a eulz, et il si fist. Dont dist dist dist V3 cilz :
« Sire, il nous couvient savoir qui cele damoiseleNera encoupe de ce fait. »
Et quant li siresSeigneur de Cartageus oÿ ce, si respondi et dist que son fait l’encoupoit.
Sire Si V3 voire, dist li preudonsPrince de Cartageus défenseur de Nera. Mais nous trouvons en nostre loy que nus ne puet encouper autrui de mort d’omme murdre B se li fais n’est prouvez.
– Comment donc ! ce dist fait G li seneschausSénéchal de Cartageus. N’est donc mie li fais prouvez quant li coutiaus fu trouvez en son lit touz sanglens ?
– Sire, dist donc li preudonsPrince de Cartageus défenseur de Nera, ce n’est mie souffisaument prouvé, quar la damoiseleNera dit que 'vous meismes li boutastes et feistes meismes le fait ou feistes faire, et B par quoi💬et par quoi: Comprendre "et c’est pourquoi", "et c’est la raison pour laquelle". ele est en tel peril'. »

§486 Quant li seneschausSénéchal de Cartageus oÿ ce, si passa avant et dist :
« Comment ! Dites vous ce de V3 ?💬Comment! Dites vous ce?: Notre ponctuation marque d’abord l’étonnement, puis l’interrogation, la question portant sur les paroles en elles-mêmes : le sénéchal demande rhétoriquement s’il a bien entendu. Nous aurions également pu ne faire qu’une seule question, qui porterait dès lors sur le fait d’oser proférer de telles paroles. Je sui cilz qui envers touz hommes ferai estable qu’ele meismes l’a murdri et ceulz de la nefMariniers aussi X2 .
Par Par i V3 Dieu, dist li preudonsPrince de Cartageus défenseur de Nera, se ele desfendre ne se puet, si est bien raison qu’ele y perde. »
Dont s’en vint li preudonsPrince de Cartageus défenseur de Nera a la puceleNera et li conseilla que elle deist hardiement que 'ce avoit fait li seneschausSénéchal de Cartageus et que ce li feroit ele B recongnoistre avant que li G doi jour fussent passé'. Ainssi comme il li dist le fist la puceleNera. Dont fu li jours mis a l’endemain, que, c’ele ne se pooit descouper de ce dont que B li seneschausSénéchal de Cartageus l’encoupoit, ele estoit [2]jugiee a estre arse a. et brullee G .

§487 💬Pas de nouveau § BCeste nouvele ala par la villeCartagieu, et sot Helcanus que cele n’avoit nul champion. Si dist en soi meismes que ja pour ce cele icele V3 ne perdroit la vie, quar avant feroit il la bataille que li seneschausSénéchal de Cartageus n’ en B X2 eust sa deserte encontre B X2 , tout ne seust il qui elle estoit. 💬Nouveau § BEt quant ce vint a l’endemain, si commanderent li jugeourJuges de Nera que .i. champion champ B et .i. feu fust fais de B X2 dehors la villeCartagieu. Et fust li seneschausSénéchal de Cartageus aussi aprestez comme B pour son cors lui B X2 desfendre de si vilain criemme c c. V3 B X2 , se ainssi estoit que la puceleNera peust avoir champion. Ainssi comme il le commanderent le firent. Dont vint la meschine a la puceleNeraSuivante de Nera au seigneur du chastelCartagieu B X2 Seigneur de Cartageus et li dist :
« Sire, puisque ensi est que vous voulez ma damoiseleNera metre a mort, je meismes ne veul pas vivre, car tout aussi sui je coupable de la mort comme elle est.
– Par mon chief, dist il, bien le croi ! »
Dont furent les puceles amenees X2 B toutes .ii. menees aus champs et furent mises en haut, si que touz les le (lé?) X2 porent bien veoir. Li seneschausSénéchal de Cartageus fu touz aprestez et dist aus jugeoursJuges de Nera que il feissent ce pour quoi il estoient la venus. Lors fu crié, si que il fu bien oÿ, que, se il fust nulz qui la verité seust du murdre, que il le deist, et se il estoit seu par autre, cil qui le savroit savroient B et ne le diroit deist X2 deissent B [b]tout seroit seroient B coupables de celui fait et B X2 de la mort m. a B X2 recevoir. Dont n’ en B X2 y ot nul qui mot deist adont fors li seneschausSénéchal de Cartageus, qui dist :
« Biaus seigneurs, je me presente devant vous que je ferai estable que la desloiaus a murdri la fillete fille B X2 Enfant de Cartageus de mon seigneurSeigneur de Cartageus. Et se il est nul qui se pouroffre pour li, je sui cilz qui qui i V3 sousfisaument le ferai estable. »
Dont vindrent li jugeourJuges de Nera a la puceleNera et li X2 distrent :
« Damoisele, que dites vous du seneschalSénéchal de Cartageus, qui vous accuse de ceste chose ?
– Je di, dist la puceleNera, que il meismes l’a fait fuit V3 et pourchacié, de quoi dont B X2 je prie a Dieu, qui set tout B X2 le fait, que il par sa pitié me sequeure aujourd’ui, comme cele qui est desconfortee, et n’ai qui me sequeure autre a a. V3 que Dieu. »

§488 A cest mot ot congneue Helcanus la puceleNera et ne failli gaires que il ne se pasma de la douleur que il ot B X2 quant que B X2 il la vit vit qu’ele fu B si tainte et descoloree. Il desrompi la presse, comme cilz qui bien fu a cheval B X2 montez a son voloir, et vint devant les jugeoursJuges de Nera, qui faisoient huchier que, s’il y avoit nul qui la puceleNera vousist desfendre escondire B X2 , venist avant et il seroit moult volentiers receuz. Et adonc parla Helcanus et qui B dist :
« Biaus seigneurs, ne cuidiez mie que la puceleNera soit ci venue pour tele chose. Et mau[c]vaisement savez qui elle est. Et je sui ci pour li, que elle n’i a coupes, a ce que li fel traitresSénéchal de Cartageus li que je ci voi li B mis sus, ainz li ferai jehir gehui gehir G si avant, comme vous le voudrez jugier, que il meismes fist le murtre de sa main. Et se il est tel, que il le desdie : je le ferai estable et voir B X2 . »

§489 Maintenant que la que la|que la V3 puceleNera ot veu Helcanus, si le congnut et ot tel joie que ele tressailli voiant touz B X2 ceulz qui la furent. Et dont, quant li seneschausSénéchal de Cartageus ot veu Helcanus, si fist semblant que que il B de nule B X2 riens ne le doutast. Li .i. et li autre furent apresté pour la bataille faire. Dont s’esmerveilla li siresSeigneur de Cartageus et touz ceulz qui la furent qui cilz estoit qui la bataille vouloit faire pour la puceleNera. Dont en vint li sires B du chastelChastel de Cartageus B X2 Seigneur de Cartageus a lui et li dist :
« Vassal, qui estes vous, qui ci vous pouroffrez de faire la bataille encontre mon seneschalSénéchal de Cartageus qui ci est B X2 pour une murtriere murdrie B qui mon enfantEnfant de Cartageus a mauvaisement B X2 murdri ? »
Et quant Helcanus oÿ ce l’oÿ B , si ot tel duel, comme vous porrez oïr, et dist :
« Dant filz, a mauvais je vous prouverai prometerai B aprés cestui que vous y mentez et que la puceleNera ne fist onques murtre, si comme je vous ferai congnoistre, se Diex plaist, en Qui je croi, en ceste journee d’ui B X2 , se vous tiex estes que vous savoir le veulliez ! »
Et lors quant li siresSeigneur de Cartageus l’oÿ si hautement hardiement B [d]parler, si pensa que il en lui moult se fioit et dist :
« Voirement le veul je savoir avant que vous m’eschapés ne ele aussi. »

§490 💬Pas de nouveau § B Dont Mout G firent le champ widier et furent andui enz mis, et ot chascuns armeures teles comme a champion chevalier B afferoit appartenoit B qui en en la G bataille devoient estre. Il furent mis a leur liex et orent leur escuz et leur glaives tiex comme a eulz couvint. Li champs c ch. V3 , qui par raison avoit esté souffisaument jugiez, fu bien gardez. Et quant li dui chevalier s’entrechoisirent, mal fu congneus li uns de l’autre, car li seneschausSénéchal de Cartageus le cuida metre a mort en poi d’eure. Et dont mistrent leur escuz a leur pis et estrainstrent leur glaives. Si mistrent trop durement grant paine a ferir des esperons que en poi d’eure se furent assemblé. Et feri li seneschausSénéchal de Cartageus si adroit que il mist son glaive en pieces et en asteles B X2 . Helcanus, qui avoit tel duel que onques mais il n’avoit eu greigneur, ne volt mie faillir, car si durement et si aigrement B X2 feri li seneschausSénéchal de Cartageus que il B , vousist ou non, abati que abati B le X2 cheval et lui tout a terre tout B X2 en .i. mont. Lors fu li seneschausSénéchal de Cartageus trop durement B X2 bleciez au cheoir. Et li bons Helcanus se mist jus du destrier moult vistement B X2 au plus tost que il le pot faire et s’en vint, l’espee toute nue sa[e]chiee, vers lui, mais onques si tost ne le pot faire que il fu em piez et ot s’espee sachiee s. hors G . Et Helcanus s’en vint vers lui de si grant ire plains et B X2 embrasez fu de si grant maltalent B X2 que il le feri .i. cop si tres dur que il X2 , vousist ou non, il le couvint metre a genoulz le mauvais seneschaus B X2 Sénéchal de Cartageus traitres, comme cilz qui tiex cops n’avoit pas apris acoustumez G a sentir a s. fu bien eslais G B X2 . 💬La description donnée ici d’Helcanus, qualifié de bon et animé de la colère typique de la narration épique, souligne la portée de l’épisode qui renoue et joue de la tradition en la matière pour louer la valeur d’Helcanus et le sauvetage opportun de Nera. Dont le hasta Helcanus et le feri trop durement B X2 du pié en la poitrine, si qu’il et B X2 l’abati tout envers. Si sailli maintenant Helcanus B X2 sus lui et li deslacha son hyaume, et adont li dist :
« Rent toi, mauvais traytres desloiaus prouvez B X2 , et descoupe la puceleNera, qui coupes n’a en cest el B fait que tu li as mis sus mauvesement, car tu l’as as B X2 toi meismes fait et B pourchacié. »
Cilz Cil vit B X2 G , quant le traitre seneschalSénéchal de Cartageus vit que il fu ainssi atrapé et mis au dessouz et B X2 que il ot le chief tout nu et que il li couperoit se il vouloit B X2 , si li a crié merci et dist :
« Ha ! vassal, dist li traitresSénéchal de Cartageus, por Dieu B X2 souffrez vous de moi metre a la B X2 mort maintenant B X2 ! Je vous en veul proier et requerre comme a franc chevalier que vous estes. Et je vous promet que et B X2 je vous ferai riche homme. Et bien sachiez que je n’ai mie i mie V3 le murtre fait, ainz l’a G cele fait pour qui vous me voulez occirre. »
Et quant Helcanus oÿ le traitre celui B X2 Sénéchal de Cartageus ainssi parler B X2 , si le feri du pié derechief B X2 en la poi[f]trine .i. si grant cop que il le fist pasmer tout estendu B X2 . Et adont l’eust Helcanus occis, mais il volt que le mauvais seneschal il B X2 Sénéchal de Cartageus recongneust son le B mesfait. Dont revint cilz a lui et li dist :
« Recongnois tost B X2 quiex tu es ton fait B , ou je maintenant te couperai la teste ! »
Et le mauvais cil B X2 Sénéchal de Cartageus ot paour et cuida venir a merci par ses fausses paroles B X2 a son seigneurSeigneur de Cartageus et dist :
« Je dirai volentiers verité B X2 , mais que tu ne me touches toucches V3 plus.
– Non ferai je », dist Helcanus il B X2 . Dont hucha Helcanus ceulz qui le champ gardoient, et meismes le seigneur du chastelChastel de CartageusSeigneur de Cartageus, qui la estoit present B X2 . Et quant il y furent touz assemblez, si recongnut li seneschausSénéchal de Cartageus comment il avoit esploitié du murtre B X2 et pour quele raison il l’avoit fait B X2 .

§491 Quant li jugeeurJuges de Nera oÿrent ce, si distrent :
« Biaus sire, assez en avez fait !
– Par foi, dist il, voire de cestui. Mais encore en y a .i. autre qui💬Comprendre qui = cui. il escouvient jehir ou je meismes i m. V3 l’apele de traÿson et de felonnie. »
Et quant li siresSeigneur de Cartageus l’oÿ, si en ot tele paour que pour tot le monde ne se fust aatis a lui de bataille. Et dont dist :
« Biau sire chevalier, bien croi que vous aiez la puceleNera noblement B X2 delivree par vostre proesce et par vostre bonne chevalerie, et bien est G quite B X2 partant. Et je de ide (sic) V3 ma partie p. li B p. le X2 vous B pardoing la mort de mon enfantEnfant de Cartageus comme a cele qui coupes n’i a, dont je sui moult [3]liez, ainz le comparra cil qui mes anemis est que je tant amer souloie. »
Dont n’i pot nul B autre conseil mettre que, voiant touz ceus B X2 qui la furent, que B X2 li senechausSénéchal de Cartageus ne feust pendus et trainez. Helcanus vint a la pucelleNera et la trouva moult mal atiree. Quant ele le vit B X2 , si s’entrefirent se firent B X2 tel joie que bien s’en se G pot on esmerveillier, meismement cil qui riens n’en sorent. Dont vint li sires du chastelChastel de CartageusSeigneur de Cartageus a eulz et les conjura sus touz les sains de paradis du monde B que il li deissent verité B X2 qui il estoient. Helcanus ot paour, conme cil quil ne vouloit pas que on le B seust ou paÿs que qui B il feussent devant ce que on seust la verité de Gresce la guerre B , si dist :
« Biau seingneur, se vous courtoisie nous G fesiez, moult bien vous seroit merié. Et vous diroie vouldroie G volentiers B X2 qui que vous sceusses qui G nous sonmes, sauf ce qu’il ne fust seu en nul B X2 lieu ou dont B que nul sceust que G nous eussions a souffrir. »
Dont li jura li siresSeigneur de Cartageus sus l’ordre de chevalerie que de par B X2 lui ne dame sa d. G dont il se qui le B qui li X2 peust ceust B deust X2 garder il n’avroit garde se bonne non. Adonc li dist il qui il estoit et dont il venoit et de la puceleNera li dist il toute la verité. Quant il oï ce, si fu touz esbahis et dist :
« Ha ! sire, pourcoi ne me feistes vous sage s. de ceste chose B X2 avant que encontre le traitreSénéchal de Cartageus vous deussiez combatre ne entrer combatissiez ne entrissiez B X2 en champ ?
– Pour ce, dist il, que je i sui a temps venus. »

§492 Lors pristrent la pucelleNera et l’en amenerent [b]en la villeCartagieu a moult grant joie. Et commanda li siresSeigneur de Cartageus que touz fussent aprestez de fere feste, car moul avoient mespris vers eulz sanz raison. Si ne fu onques mes tel joie menee a nule gent tant com il fu a la pucelleNera et a Helcanus. Meismement Meimes B X2 , li siresSeigneur de Cartageus fist venir sa fenmeDame de Cartageus deschaucé et en lange G et eschevelee, et la fist cheoir B X2 aus piez a la puceleNera et B X2 crier prier B X2 merci de ce que elle li ot fet et dit. Dont la leva la puceleNera B X2 et li B X2 dist :
« Dame, je B X2 le vous pardoing moult bonement, car je sai bien que vous n’estiez pas sage de ce dont vous estes l’e. B X2 maintenant B X2 . Si en est ore seu le droit par quoi il n’i doit point avoir de hayne, car tant m’avez n’a. X2 fet en autre maniere que je le vous pardoing de bon cuer, et Dieu si face. »

§493 💬Pas de nouveau § B Ainsi fu la puceleNera delivree par grant miracle de Dieu, et li enquist Helcanus de tout son estre puis que il ne l’ot veue, et ele li dist tout ce que elle avoit eu a faire B X2 , et il meismes si li dist du sien affaire toute sa volenté la verité B . Et aprés furent tant avec le chevalierSeigneur de Cartageus que .xiii. jours furent passé. Li prince dont j’ai devant parlé avoient orent B tant alé qu’il avoient orent B oïes nouvelles au port ou il avoient passé que .ii. damoiselles estoient ainsi acusees a💬Comprendre "par", cf. Ménard, §316, 3, rem. et n. au §163. Cartagieu de tel fait. Dont firent nes aprester et ne finerent targierent B de nagier B X2 si furent la arrivé a la rive B . Si cuidierent ou chastelChastel de Cartageus estre honni et G deceu. Il clos[c]trent les leur B X2 portes et vindrent au seingneurSeigneur de Cartageus et distrent que grant gent estoient au port arrivé.
« Qui sont il ? dist il.
– Par foy, sire X2 , nous ne savons, mes distrent il B X2 il dient que il sont de Gresce et quierent le chevalier qui a outré nostre seneschalSénéchal de CartageusHelcanus. »
Quant il oï ce, si sot bien que il queroient Helcanus. Li siresSeigneur de Cartageus B X2 si vint a lui et li dist :
«  Lains Sire, l. B X2 sont arrivé grant gent qui vous demandent. »
Dont sailli Helcanus em piez et vindrent aval a. entre B lui et le seingneurSeigneur de Cartageus. Adonc regarda Helcanus, si vit Daphus, Josyas, Mirrus, Japhus et le duc de NiseDuc de Nise et moult des autres qui moult lor plut li durent plaire B li dut plaire X2 . Il s’escria en haut h. et li dist B :
« Bien viengnent tuit mi bon ami, que je tant couvoite a avoir veoir B X2 ! »
Et quant il orent aperceu que ce fu il le virent B X2 , si ne fu onques tel joie menee comme que B X2 on pot la veoir. Dont leur enquist la verité de Grece, et il li distrent tost et a briez mos. Dont se mistrent ens tout B X2 ou chastelChastel de Cartageus et furent f. bien B . vii v B . cens c. chevaliers B X2 , que povres que riches.

§494 Quant li siresSeigneur de Cartageus les vit touz assemblez, si ot paour que Helcanus ne se plainsist de lui, mes non fist, ainz s’en loa moult, et entendirent li baron a la puceleNera et a lui fere feste, conme cele qui auques estoit revenue a point selonc ce que elle avoit esté menee. Quant Josyas pot a li parler, si li dist :
« Suer, or avez fet vostre volenté.
– Frere, dist elle, vous dites verité. Je ne vousisse mie [d]que je ne l’eusse fait. »
💬Nera insiste ainsi sur sa volonté propre suite à la longue série de mésaventures qu’elle a connues dans le but, affirmé à son départ, de retrouver Helcanus. Quels que soient les malheurs qu’elle a endurés auprès des mariniers et du sénéchal, elle a en effet atteint son objectif et permis, par là-même, que ces chevaliers retrouvent l’héritier du trône, mais mais aussi que son mariage avec Helcanus se concrétise. Atant le ce G lessierent ester, et Helcanus demanda nouvelles de son pereCassidorus et de Dorus son frere et des autres barons. Il distrent qu’il estoient demourez en Grece et estoient a moult grant meschief de lui et que pour Dieu il reperassent repairast B tost arriere B pour mettre em pes a point B X2 eulz et les siens B X2 ; il dist que si feroit il. Il pristrent congié au seingneur du chastelChastel de CartageusSeigneur de Cartageus et apresterent leur erre affaire B X2 et distrent que moult bien leur li B seroit rendue merie B X2 la courtoisie qu’i leur avoient faite. Li siresSeigneur de Cartageus Li s. leur G dist que il onques mes riens n’avoit fet si volentiers.

§495 💬Pas de nouveau § B Atant se s’en B departirent de lui G au matin et ne finerent f. d’esrer B par leur journees si vindrent tant que il furent B devant Constentinonble. Et quant il aprochierent la citéCostentinnoble, si le firent asavoir a l’empereeurCassidorus et a Dorus et au conte de FlandresRobert et a Edypus son oncle. Dont ne fu mes tel joie menee conme on fist alors il firent B X2 . Li emperieresCassidorus meismes conjoui la puceleNera si souffisaument que moult li dut il B souffire. Et aprés tout ce, sanz nulle autre besongne faire, volt Helcanus parler a l’empereeurCassidorus a conseil et demander a Josyas sa suerNera, et il si fist. Et quant il ot fet sa requeste B X2 , Josyas li otria moult doucement humelement B X2 , et ainsi fu li mariages fais aus us et aus coustumes du paÿs. Et quant ce fu fet, li empereresCassidorus fist sa la B X2 feste fere si grande que au jour d’adonc n’avoit [e]eu greingneur greigneur. Et quant li jours fu passez et ce vint au couchier, dont vint Helcanus a la pucele et orent moult de leur desiriers, ce poez vous bien savoir B . Et quant se vint aprés ce B G que la feste fu finee faite G , si parlerent li prince a l’empereeurCassidorus de la pais de li et de ses enfanz. Dont n’i ot nul qui soufisaument peust autre pes fere que quar B li emperieres li emperiereres (sic) V3 Cassidorus demandoit celui qui les enfanz devoit avoir murdrisDyalogus, meismement Cleodorus, que li rois d’ArragonDyomarques tenoit en sa prison. Li roisDyomarques s’escusoit de lui, mes il disoit que, se il pooit venir a pes couvenable, que il li rendroit sain et hestiez. Dont li dist li emperieresCassidorus que de nule pais ne li parlast de si adonc que il averoit raveroit B X2 Cleodorus, l’onme du monde que il avoit trouvé de de la B plus grant foy. Quant li roisDyomarques X2 ce, si fist tant qu’il vint a lui lui et B sain et haitié entier V3 X2 . Et quant il fu venus, il meismes si fist tant envers l’empereeurCassidorus que il ot bonne pais et li jura foy et loiauté, et plus que a B touz les honmes du monde, et dist que, se il de Rome ne faisoient du tot a B sa volenté, que il n’avroient pieur anemi de lui. Et quant Pelyarmenus sot que tout estoit estoient B venu a pais couvenable couvenablement B fors lui, si manda Helcanus que il pour Dieu venist a lui.

§496 Quant Helcanus oï le mandement de son frerePelyarmenus, il i vint. Dont ne fu fu il V3 nul, tant eust e. il G si B dur cuer c. el monde B que cil eust veu Pelyarmenus, que qui B grant pitié n’en peust avoir, car il fondoit touz en lermes et en plors et disoit :
« Frere, se vous sa[f]viez la bonne repentance que j’ai de vous, se ainsint estoit qu’en vous eust point de pitié, je sai de voir que vous ne me tenriez ne jor ne heure💬vous ne me... heure: Comprendre "vous ne me détiendriez pas une minute de plus".. Et bien vous fais asavoir que, se je je ne B puis avoir merci - que vous estes n’e. mie B mon frere sanz doute B -, que quar B X2 , se en moi n’avoie pitié, si en doit doit doit V3 il avoir en vous selonc le bien que on en dist. »
Tant li dist Pelyarmenus de douces toutez G parolles que Helcanus vint a touz les princes et leur pria que il li aidassent a prier a l’empereeurCassidorus de la pais p. son frere B X2 . Il furent moult joiant de ceste priere et vindrent a l’empereeurCassidorus et li chaïrent aus piez et li distrent que il eust pitié merci B de Pelyarmenus son filz. Il dist a touz ensemble :
« Biaus seingneurs, alez, si en faites vostre volenté ! »
Dont en jeterent le fes sus Helcanus. Il vint a Dorus son frere et li dist que il eust merci de Peliarmenus son frere. Il dist que il n’averoit pais convenable a lui pour honme qui en seust parler l’en proiast B X2 se il ne li rendoit Dyalogus, qui lui et sa suerCassidore cuida avoir murdris. Pelyarmenus P. li B jura que il li rendroit dedens dens X2 brief temps a faire sa volenté.

§497 Ainsi fu la pes ordenee, et se remist li roisDyomarques a aler vers Rome. Li autre baron revindrent a l’empereeurCassidorus et vodrent prendre congié. Li empereresCassidorus regarda chascun et dist que nulz d’eulz ne se partiroient de lui
«  si li avrez avroit B X2 rouvé un [4]don jusquez qu’ilz seroient guerredonnés G  »
, et celui leur donroit il que quoi B X2 qu’i li deust couster, mes qu’il en peust finer G . Et adonc se tut chascuns fors Dorus, qui dist Dont dist Dorus qui dist a son pere : «Peres G :
« Vez ci mon seingneur le ducBorleuz, qui m’a resuscité et nourri G de et mis de V3 X2 mort a vie. Il doit premier faire sa demande.
– Filz, dist il, et je l’otroi. »
Quant li duxBorleuz oï ce, si fu moult joians et dist :
« Sire, je ai une vostre filleCassidore, et cele vous demande je avec Leus Bourleus B , mon chier filz. »
Quant li empereresCassidorus oï ce, si ne li volt mie escondire, ainz li dist ceste chose B :
« Sire dux, je ne vous vueil mie escondire, ainz en sui mout liez pour l’amour que je ai a vous et a lui. Je doing a Leus li doins encore B autre chose, car je veil qu’il soit dux d’Athainnes, que car B X2 celui qui l’a esté ne revendra remaindra B plus a ce qu’il le soit. »
Et quant Leus oï cest otroi, si l’en chaÿ aus piez et l’en mercia si com il dut, et ainsi firent tuit li baron et distrent que miex ne la pooit il emploier. 💬Nouveau § BDont aprés fu Mirrus apelez, et li dist Helcanus :
« Amis, vous m’avez moult loiaument souffissaument B servi. Je vueil que vous aiiez vostre deserte.
– Sire, dist il, moult sui bien paiez, la merci mon seingneur vostre pereCassidorus, qui m’a donnee la riens du monde que je B X2 plus amoie, par quoi je m’en doi bien tenir atant, car assez ai terre plus que a moi n’ apartient affiert B X2 .
– Par mon chief, dist li duxBorleuz li empereres B , ainz vueil que vous teniez de moi Laomedon.
Sire Sire, sire V3 , dist il il, grans mercis B X2 , si a gente promesse ! »
Dont l’en cheï as [b]piez, et li empereresCassidorus si l’en leva et li donna la duchee d. de Laomedon G Laomedon, qui moult iert souffisanz. Elegius son compaingnon donna💬Elegius son compaingnon donna: Comprendre "il donna à son compagnon Eligius". Le complément datif Elegius est construit directement, sans préposition, cf. Buridant, §62. il B aussi grant terre, et tout aussi fit il a maint autre. Mes de touz les autres dont j’ai fet mencion n’i ot ot il B nul qui plus vosist avoir de l’empereeurCassidorus ne de son filzHelcanus, car, tout💬L’adverbe tout a ici une valeur concessive: "même si". estoient riche honme en leur païs, si ne vodrent demorer en la terre. Meismes dist Daphus que pour riens il ne demourroit que il n’alast arriere, dont il s’iert partis ainsi conme devant ai dit. Mes touz cist sez G freres furent riche ou païs fors Fremor, qui dit que tout aussi se remetroit il en sa terre.

§498 Quant il orent li empereres ot B ceste chose ordenee, si lor pria a touz ensemble que il B tant sejournassent o lui que il eust sa chiere filleCassidore veue B X2 , car il la desirroit plus a veoir que riens du monde, et il meismes vouloit que touz feussent aus noces, et il li otroierent. Dont se mist Dorus Bourleus B , o lui Borleus Dorus B et moult d’autres barons au chemin qui au ch. se mistrent V3 G , si errerent tant que il et G vindrent a Lembourc. Et quant la duchesseDuchessedeLembourc les vit, si ot tel joie que nul ne doit demander la grant joie qu’ele ot moult fait bien a croire B X2 . Et aprés la joie qu’ele fist sot elle B X2 la besongne que il furent venus querre, dont fu sa joie enforciee. Lors quant Cassidore et le ducBorleuz se furent conjoï il orent Cassidoire et la ducesse conjoï B , si li distrent que li empereresCassidorus estoit en [c]Gresce et avoient tout le paÿs aquité. Dont ot moult grant joie et loa Dieu B Nostre Seingneur de tout son cuer. Et aprés ce si li dist Dorus :
«  Ma B X2 suer, nous sommes ci venus a vous car nostre pereCassidorus vous a donnee a mon compaingnon Leus Bourleus B , et sera duc d’Athainnes et vous duchesse. »

§499 💬Pas de nouveau § B Quant elle ot son frereDorus oï, si fu moult liee et moult joiant m. j. B m. l. X2 de ce mariage, car sus dessus B touz honmes amoit elle X2 le damoiselLeus, si dist :
« Frere, je sui a la volenté de mon pereCassidorus, si ferai ce qui li plera, car a nul a›insi‹[nul] V3 honme je B ne vousisse estre donnee se a lui non.
– Par Dieu, dist il, aussi ne voudroie je. »
Dont apresterent leur affere et vint Cassidore au ducBorleuz et li dist :
« Sire, puisque il est ainsi que je aler m’en doi, sanz ma damoiselle vostre filleLuce ne m’en doi je mie aler, ainz vous pri que vous la le B X2 m’otroiez mander G .
– Damoisele, ce dist Dorus, et je le vueil par mon chief dist il, et je le vueil. - Par mon chief, dist Dorus B X2 , puisqu’il vous plest B X2 . Et je sanz li me metroie moult a envis au chemin.
– Sire, ce dist di V3 li duxBorleuz, et je l’otroi.
– Je voudroie, dist Dorus, que vous en fussiez si joians conme je diroie par maniere que vous la me vousissiez donner, aussi com mon pereCassidorus a fet ma suerCassidore a vostre filzLeus.
– Par foy, sire, ce dist li duxBorleuz, ja je B mar le pensseroie fere, car li empereresCassidorus donne grant chose a sa filleCassidore quant il li donne la duchee d’Athainnes, et je de ma terre ne puis riens donner a ma filleLuce se ce n’est [d]par l’otroi de Leus Bourleus B mon filz et de ses freres. Se je X2 cuidoie que vous la vousissiez avoir et li otrois de l’empereeurCassidorus i fust, je feroie tant que je vous feroie avoir vous avriez B la duchee de Lucembourc et la contee avant que li marchiez mariages B n’en ne B fust fes G .
– Sire, dist il, moult seroit grant chose, et je vous asseur que ja je B autre n’avrai mes que je sanz terre la le G deusse prendre. »

§500 Quant se sot la pucele damoisele B Luce, si ot tele joie que nule fame fille G ne pot plus avoir B X2 , car ele B X2 l’amoit si en son cuer que moult en souffroit grant painne. Si avint que li duxBorleuz ot apresté son erre et ot dames et damoiselles a grant plenté. Meismement la duchesceDuchessedeLembourc volt il mener et .iii. autres damoisiaus a filz, que il avoit sanz Leus. Dont se mistrent en leur chemin. Ci ne vueil ore G fere mencion de leurs journees, car si esploitierent qu’il si G vindrent en Gresce en mains d’un mois. Dont firent savoir leur venue en Constentinonble. De toutes les festes dont j’ai encore B X2 parler n’i n’en i B ot nule si grant conme ceste. Quant Quar B tout li prince et li duc qui demouré estoient orent divers acesmemens et issirent hors de la citéCostentinnoble contr’eus, la ot mainte lance brisiee et maint biau cop donne. Li empereresCassidorus conjoï sa filleCassidore, meismes la duchesceDuchessedeLembourc et les autres dames dont il i ot moult grant plenté. Autresi firent li baron et entrerent en l’enfermeté de la villeCostentinnoble a grant joie.

§501 [e]💬Pas de nouveau § BQuant il furent tuit descendu et monté amont ou palés, si vint Dorus a son pereCassidorus et li dist :
« Sire, se vous voulez loer G une chose qui moult me plest, vous B X2 feriez adonc moult B X2 ma volenté, et vous en savroie moult bon ›...‹[b]on V3 gré B X2 .
– Quele, filz G ? ce dist le pereCassidorus.
– Par foi, dist il, je le la B X2 vous dirai. Vez ci le ducBorleuz, a qui💬Comprendre qui = cui. filzLeus vous avez donnee ma suerCassidore. Il a une pucelleLuce a fille, qui moult est gente et plainne de grant biauté B X2 , si avons esté nourris ensemble. Et tant est a B X2 la chose alee que ele a mon cuer et elle m’a s’amour otroiee, et li dusBorleuz si me veult donner avec li grant terre, mes que ce soit vostre volenté requeste B et la moie. »
Quant li empereresCassidorus oï ce, si conmença a sourire et dist :
«  Biau B filz, et ja B X2 ne la voulez vous avoir ?
– Pere, dist il, oïl, se il vous plest.
– Par mon chief, dist il l’empereur G , voirement me plest il moult, car je ainme moult le ducBorleuz, et vous aussi devez fere. »

§502 💬Pas de nouveau § B Quant Dorus ot l’otroi de l’empereeur son pere B X2 Cassidorus, si fu moult joians et moult liez B X2 et vint a son frereHelcanus et li dist en tele maniere ce qu’il avoit oï de son pereCassidorus B X2 , et son frere il B X2 Helcanus li otria aussi. Dont vindrent au ducBorleuz ambedui et li demanderent la puceleLuce. Quant li dux Borleuzoï ce, si fu moult joiant et dist que tele requeste ne doit devoit B 💬L’usage du présent indique peut-être un passage du discours indirect au discours direct sans marqueurs énonciatifs, comme ailleurs, cf. Note linguistique. il pas refuser et leur en fist l’otroi moult amiablement. Dont vint a son filzLeus et li dist :
«  Moult Filz, moult il B X2 vous est hui B X2 creue grant honeur quant vous avez a. l’otroi de B X2 la [f]fille a l’empereeurCassidorusCassidore et la duchee d’Athainnes et encore plus quant quar B Dorus veult avoir vostre sereurLuce a fenme, mes il couvient que nous li dongnons terre. »
Quant Leus entendi ce, si ot tel joie qu’il ne sot que respondre dire B fors que il dist :
« Pere, je lor li B X2 vueil donner toute la terre qui me pourroit doit B X2 escheoir de vous, car je en ai assez en Gresce, se je je adroit B X2 vueil l’empereeurCassidorus servir.
– Filz, dist il, moult estes sages, car je l’otroi, et maintenant li donrai la conté de Lucembourc en sa main, et aprés moi tendra la duchee et sera sire de tout le paÿs.
– Certes, dist Leus, et je l’otroi. »
Dont vindrent a Dorus et li distrent ceste chose, et il mie ne la volt refuser, ainçois en fist la pucelleLuce arrester par la requeste de ses freresLeus et de son souverainBorleuz.

§503 Quant ces choses furent devisees, si espouserent la damoiselle li damoisel les damoiseles B la damoisele et les damoiseles X2 . Ne demoura mie que la joie et la feste ne fust tele que toutes les autres n’avoient esté riens envers ceste, car onques mes chevalier ne se penerent tant com firent il f. V3 ceus qui la furent. Et distrent touz ensemble que les noces Dorus et et les B Leus furent estraites de Nera💬les noces... furent estraites de Nera: Comprendre "les noces [scil. respectives] de Dorus et de Leus furent organisées à l’instigation de Nera"., la fame Helcanus. Et dont i ot .iii. dames qui moult se porent amer, et sanz saz V3 faille bien le moustrerent jusqu’en la fin, si conme l’estoire le raconte. Quant se vint que ›ci‹[que] V3 la feste dut departir si conme toutes les autres font, il pristrent tout congié a l’empereeurCassidorus. Et quant il vit que [5]chascuns s’en vouloit aler, si dist :
« Biau tres dous seingneurs, a Dieu soiez vous conmandez, conme ceus que qui G jamés ne cuit veoir deci au jour ou nous sommes touz semons, ce est au jour espoentable ou Cilz tenra sa cort secourt G , Qui est vrais deux et puissanz sus touz. »

§504 Quant il ot ce dist, si li vindrent les lermes aus yeux, et aussi firent il eus X2 a touz les autres. Dont le baisierent laissierent B tout li .i. aprés l’autre et sanz plus dire s’en partirent, conme cil qui orent grant pitié de lui, et orent li plusseur leur oirre aprestee. Japhus s’en ala en Frise, li quens de FlandresRobert et Josyas J. d’Espaigne G en leur paÿs, Edypus en de G Galille, li autre prince, chascun selonc ce qu’il estoient, en leur contree, mes li aucun demourerent pour l’empereeur Cassidoruset ses enfanz faire compaingnie, meismement Daphus, Mirrus et li autre dont tout G la compaingnie si estoit couvenable c. et bele B , tant que a l’empereeurCassidorus vint une volenté moult diverse, car ne demoura que, .ii. mois aprés ceste departie, qu’il apela Daphus et li dist :
« Dous amis, mout ai ai eu V3 X2 en vous grant fiance. Et sachiez que moult ai eu a faire en divers lieus que onques je ne me vols tant fier en chevalier conme je ai fet sui X2 en vous. Pour ce vous vueil je dire une chose que je ai enpenssé en propos B X2 a faire, mes que elle soit celee de vous.
– Sire, dist il, moult grans mercis. Autre fois vous m’avez fet honneur h., et dit B , si con[b]mandez vostre volenté v. sus moi B X2 , et je sui appareilliez B X2 du faire B X2 tout a vostre conmandement si conme drois est et verité l’aporte.
– Amis, dist li empereresCassidorus, moult grans mercis. Et je vous dirai ma volenté quele ele est, la merci mere G de celui Dieu Qui nous tout B X2 a fet et crié de noient B , Qui tant m’a donnees de graces en ce siecle desqueles je ne l’ai la G mie a Sa volenté servi entre ses choses et moult d’autres. »

§505 💬Pas de nouveau § B
– Sire, ce dont B X2 G dist Daphus, quele chose est ce ce que vous dites B ? Ja n’avez vous fet envers Pelyarmenus ne envers les autres que vous ne doiez.
– Certes, amis, dist li empereresCassidorus, je non, mes vous savez bien que par ma folie je vous menai au Chastel Mignoit, ou je ai moult mespris et fait de ma volenté et choses qui sont contre Dieu et le salut de m’ame maint V3 G 💬le saut de m’ame: Une erreur paléographique semble à l’origine de la leçon de V3G (confusion entre les jambages et les lettres e/t). On attend bien le substantif ame, cf. DMF, sv. salut (Pelyarmenus ne se préoccupant pas, par ailleurs, du salut des autres).-->.
– Ha ! sire, dist il, sachiez que je n’estoie pas la et croi bien que vous aiez a. bien B bone entencion, et je m’i acort. »
Dont prist li emperieresCassidorus Daphus en B giemissant par la main B X2 , en lermes et en soupirs, et dist :
« Dous amis, ce n’est pas seingneurie d’estre B X2 en ce siecle ne B X2 d’avoir toutes ses [c]volentez, ainz est grant sens d’aquerre tresor en ceste mortel vie dont on puet avoir vie G pardurable sanz fin. »
Quant il ot ce dist, Daphus ne tint pas la parolle a truphle, ainz fu a ce menez qu’il dist :
« Sire, veritez est. Et quant je le B tout avroie avroie a|vroie V3 avisé, seingneuries, richesces, chevaleries, riens ne valent se pour Dieu servir non.
– Par Dieu, frere, dist li empereresCassidorus, verité avez dist. Or regardez donc a moi meismes, se je doi pensser conment j’ai vescu, quant Dieu m’a donné tant de belles graces que comme G je puis et doie connoistre B X2 . Et je sai de voir qu’en plusseurs manieres je l’ai courroucié, par coi ma conscience me reprent, et sai de voir que l’amende m’en couvient fere a mon vivant, ou autrement je ne seroie mie mis avec ceus qui seront en gloire sanz fin. »

§506 💬Pas de nouveau § BQuant Daphus l’ot entendu, si fu mout bonnement B X2 convertis et penssa en lui meismes que aussi avoit il vescu legierement, si dist :
« Sire, sachiez que tot aussi puis je dire et fere de moi, si regardez et me dites en quele maniere vous en voulez ouvrer, et je aussi au|aussi V3 en B X2 voudrai faire.
– Amis, ce dist fait G li emperieresCassidorus, je ne le di pas pour vous, car je croi que vous soiez estes B preudoms et et cuit B et croi X2 que le vostre B cuer vous tent a raler a par devers B vers X2 vostre fameDyane, et je je je X2 le vueil, que car G il est drois B X2 . Et je demourrai en cest païs ou je ferai ma penitance selonc le conseil [d]que Dieu me donra.
– Ha ! sire, cuidiez vous que sans vostre compaingnie me doie mettre au retour ?
– Amis, dist il, oï💬Chute de la consonne finale -l, cf. Note linguistique., que car B X2 G sachiez de voir car💬 : Substitution de la conjonction que par car pour introduire la complétive dans V3GX2, cf. Ménard, §233b., se Dieu plaist que B , jamais ne me metrai en l’ordure ou je ai tant demouré. Mes vous, qui par loiauté de mariage le poez faire et devez estre avec vostre fenmeDyane, a qui vous devez foy et loiauté a touzjours tous les jours B mes B X2 du monde G , vous vous metrez metez V3 X2 au retour et maintenez maintendrez B la terre et la bonne dame, car aussi le vous conmant je et vueil que vous le faciés ainsi le vueil je G . »
Tant li dist li empereresCassidorus et d’un et d’el tel G que il li ot en couvent qu’ il il s’en B iroit arieres a. en son paÿs a sa femme B , mes avant voloit savoir a quoi il beoit. Dont li dist li emperieresCassidorus que par le conseil d’un du X2 saint hermiteErmite d’Espiere vouloit v. il B G ouvrer de sa penitance faire, mes il il ne B vouloit que nul ne B X2 le G seust ceste chose G fors lui et le X2 saint hermiteErmite d’Espiere qui demoroit en une forest moult estrange et loing de ConstentinonbleForest de Espiere. Et quant Daphus l’ot entendu, si fu si durement moult B X2 temptez de fere💬de fere: Réduction haplologique de le fere > de fere dans toute la tradition. aussi, mes onques o. ne V3 G li empereresCassidorus ne li volt souffrir, ainz fist a Daphus aprester sa voie et prist congié a l’empereeur lui G Cassidorus et a ses enfans en lermes et em pleurs. Et quant ce sot le duc de LembourcBorleuz, si ne volt plus ou païs demorer, conme cil qui en sa contree n’avoit lonctemps esté e. avoit B X2 G , meismement et G Dorus dist que il vouloit mettre sa terre [e]a point et fere soi lui B X2 connoistre a ses honmes. Si prist congié a son pereCassidorus et a son frereHelcanus, et tout aussi fist li dusBorleuz. Adonc se mistrent au chemin et firent tant par de B X2 leur B journees conme bon bel B X2 leur fu tant que chascuns G vint vindrent G la ou il devoit devoient G aler venir G . Si me vueil ore B X2 taire de atant de V3 eulz tous B X2 , fors de et remendrai a G l’empereeurCassidorus qui sa voie emprise avoit pour aler au saint hermiteErmite d’Espiere en une la B forest moult estrange et loing de Constentinonble si comme dessus est dit B Forest de Espiere.

[30] Ci devise B Ensi X2 conment comme X2 l’emperereCassidorus trouva le lyonLion de Cassidorus quant il ala aloit B parler B a l’ermiteL’ermite.

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Enluminure sur 1 colonne et 12 UR. Cassidorus, en armes à ronds rouges sur fond jaune dans la forêt, rencontre le lion en allant parler à l’ermite

§507 Or dist li contes que veritez est si X2 Voirs fu B , si com l’estoire le raconte et B tesmoingne, 💬La formule introductive témoigne d’emblée de l’importance de l’épisode dans le cheminement de Cassidorus, et de sa dimension merveilleuse annoncée et assumée ainsi. que, quant li emperieresCassidorus ot la terre aquitiee, si conme nous avons est B X2 devant dit, une nuit en son dormant li vint une avision et une vois, qui li dist :
« Lieve toi toi V3 et t’en va, et si n’atens mie de la nuit jusqu’a l’endemain tant qu’aies que tu aies B riens a faire G ! »
Ceste vois entendi li empereresCassidorus et sailli sus tous esbahis et se vesti au plus tost que il pot. Lors fist tant [f]que sanz le seu sent X2 de nullui issi hors B X2 de sa la B X2 chambre et et puis B du palais et tout ainsi B se mist hors de la ville cité B Costentinnoble tout a pié, apuié apuiant B X2 d’un bourdon en guise de nonpuissant💬apuié d’un bourdon en guise de nonpuissant: Comprendre "appuyé sur un bâton de pèlerin, en guise d’indigent". et de si grant chose conme estoit adonc de l’empereeur de ConstentinonbleCassidorus. Dont ne volt arrester en une ville que une nuit, tant que il vint en la forestForest de Espiere ou li sains hermitesErmite d’Espiere demouroit estoit G , dont il avoit oï parler. Quant il fu la venus, bien cuida estre assenez assener B X2 u du G lieu ou il conversoit c. conversoit X2 , mes onques tant ne sot aler a. ne venir G ne sus ne jus que il onques le peust trouver, conme cil qui en la voie n’estoit pas. Quant ce vint a la nuit dont il ot alé le jour entier, il ne pot trover ne borde ne meson ou il se peust herbergier, conme cilz qui moult estoit traveilliez. Dont s’asist s’aisist V3 desous .i. grant arbre et conmença a pensser et lui a regarder💬et lui a regarder: Sur l’ordre des constituants, cf. Note linguistique., si se vit moult soilliez et plain de grant lasté, si li vindrent les lermes aus yex, et li cuers li conmença a atendrir, et la endroit fist .i. duel et une lamentacion moult piteuse, et tant se demena que il s’endormi jusqu’a dessi a B X2 l’endemain au matin B X2 que il s’esveilla et vit que li solleus jetoit jeta G la ja B X2 ses rais parmi le bois, qui tant estoit estoient G grans et haus. Dont se dreça en son estant, et li sembla fu B a son B X2 avis que onques mes mes jor B en en toute B sa vie n’avoit dormi si doucement bonnement B ne a si grant repos, mes il se [6]senti trop vuis et eust volentiers mengié se il eust eu quoi. Mes cil qui nule riens ne volt prendre du sien ne de l’autrui dont il peust ne vousist B jour j. ne nuit B vivre si s’estoit mis en la forestForest de Espiere sus l’aventure de Dieu que Il par sa pitié le pourveist de la poture de l’ame et aprés de cele du cors. En ceste esperance se mist le bon preudomsCassidorus a aler parmi le boisForest de Espiere, si ne savoit ou, mes sa priere fist a Dieu que Il l’asenast en aucun lieu ou il peust prendre peuture pe[...]ture V3 aucune porcion B X2 dont il li cors B peust lors estre es[tr]e V3 soustenus. Moult longuement long[u]ement V3 ala par la forestForest de Espiere que onques [o]nques V3 il n’i pot trouver trouver voie ne sentier sentier trouver X2 B X2 par quoi [q]uoi V3 il peust savoir nul absens a[...]sens V3 de ce qu’il queroit💬il peust savoir... queroit: Comprendre "il pût trouver le moindre sens à ce qu’il cherchait".. Et aprés [a]prés V3 , la fain qu’il avoit l’aloit lalo[...] V3 si il si G destraingnant que a pou [...]u V3 qu’il n’issoit du sens.

§508 En ce qu’il estoit en [...] V3 tel point, il B une u[...] V3 vois de loing qui crioit aide crioi[...]ide V3 :
« Diex, Qui tout a a sauver sau[...]er V3 , ne sueffre que si anemis anem[...] V3 me destruisse! »
Et quant qua[...] V3 il ot ce entendu, si ne volt vo[...] V3 lessier que il cele part ne se n[...]e V3 meist ou il avoit la vois vo[...] V3 oïe. Dont conmença a aler [...]ler V3 moult longuement que qu[...] V3 il la vois ne volt pot B plus entendre ne oïr. Et quant il i[...] V3 vit ce, si fu moult dolens et se conmença a lui meismes a courroucier et dist :
« Je cuit que folie me mainne. »
Quant il ot ce dist, si regarda devant soi, si qu’il B vit .i. chevalierChevalier de la tentation armé de toutes armes et portoit une trop gente dameDemoiselle de la tentation sus l’arçon de sa selle. [b]Lors li escria l’empereresCassidorus l’e. et li dist B :
« Vassal, atens moi et sueffre que je aie a toi parlé ! »
Et cil s’avança tant qu’il vint a lui, si li dist💬Le sujet est Cassidorus. :
« Amis, dites moi quel partie pourrai trouver le saint hermiteErmite d’Espiere qui en ceste forestForest de Espiere demeure. »
Quant il ot ce dist, la damoiselleDemoiselle de la tentation li dist :
« Ha ! Deux aide, gentilz homs ! Je te prie, pour cele pitié que li filz de Dieu ot de l’umaing lignage, que tu de moi l’aies par quoi cilz folz f. cilz B desloiaxChevalier de la tentation ne me toille ma virginité, que je ai de si a hore gardee! »
Aprés dist li chevaliersChevalier de la tentation :
« Amis, on bien B X2 vous metra mettrai B a la voie que vous me G demandez, mes que vous aler aler y B vuieilliez. »
Quant li empereresCassidorus oï ce, si fu esbahis et B penssa que ce estoit une estrange aventure, si si li V3 dist :
« Biau tres dous sire, avant vous voudroie je prier de cele damoiseleDemoiselle de la tentation que vous la delivrez de ce que j’ai entendu de lui que vous li volez faire, et je vous en savré bon gré.
– Frere, dist li chevaliersChevalier de la tentation, se vostre premiere requeste fust tele, moult eusse fet volentiers vostre priere. Mes sachiez que je orendroit riens n’en ferai. »
Dont s’en tourna cist sanz plus dire, et cele conmença derechief a crier :
« Ha ! homs de tres grant foy et de tres grant X2 chevalerie plains, faites moi secours, ou autrement se desloial faus G Chevalier de la tentation fera de moi sa volenté et je a tousjours serai honnie ! »
Quant li empereresCassidorus oï ce, si ot moult grant talent qu’il peust a cele faire aide. Dont dist [c]au chevalierChevalier de la tentation :
« Par Dieu, moult mauvaisement emportez la puceleDemoiselle de la tentation ! Et sachiez s. que B , se je eusse mes armes en B autel point conme que B je je les B ai aucune fois eues, vous B ne l’emportissiez l’e. hui B sanz bataille ! »
Quant cil oï l’empereeurCassidorus, si ne volt lessier l. si ne volt lessier V3 qu’il ne retournast, si li B dist X2 :
« Conment ! Es tu donques tieux que tu la me voudroies contredire se tu avoies eusses X2 tes B X2 armes ?
– Par Dieu, ce respondi dist B X2 fait G li emperieres il B X2 Cassidorus, voirement feroie ouil G . Et se vous estes tel que vous vers moi la veilliez desresnier a gieu parti, moult me metroie volentiers B X2 en aventure de lui tenser et garentir B X2 selonc ce que elle me fet entendant.
– Par mon chief, dist li chevaliersChevalier de la tentation, tu voirement tu B X2 en venras a gieu parti, mes que tu tu me X2 die qui tu es. »
💬La condition de la bonne question à poser peut faire allusion à une tradition importante dans ce genre de scènes de révélation, notamment dans les scènes du Graal dans la littérature arthurienne. Quant à la question de l’identité, elle permet de renouer, une fois encore, avec le motif de l’incognito, cher à Cassidorus, avec les problèmes que cela a déjà pu lui poser dans le Roman d’Helcanus, mais aussi au moment de ses retrouvailles avec ses armées dans ce roman. La répétition du motif et les conséquences qui sont associées y donnent une coloration particulière.

§509 Quant li empereresCassidorus l’entendi, si ne se ne V3 fust fet connoistre a lui pour de X2 nulle B X2 riens, ainz li dist :
« De moi connoistre autrement a. que vous ne ore X2 faites B X2 n’avez vous orendroit mestier, que car B X2 auques poez p. ore X2 savoir que je ne sui mie de grant affaire, car je sui .i. povre chevalier et voudroie avoir parlé au saint hermiteErmite d’Espiere pour avoir B aucun conseil dont je ai grant B X2 mestier. Si faites tant que ma voie ne soit s. mie B empeeschiee, si vous v. en B X2 tendré a courtois.
– Amis, ce dist cil, ta voie ne te B vueil je mie empeeschier, mes, se B X2 tu meismes le fais, si te loeroie que tu alasses ton chemin et me lesses couvenir de ceste fame, qui est B X2 fausse choseDemoiselle de la tentation, [d]car bien sachiez que tu tart t. en B venroies au repentir. »
Dont se refraint par semblant li empereresCassidorus, et cele conmença moult fort a gemir et dist :
«  Chevalier Ch. de B Jhesucrist, ne me faites f. mie B faillance, car bien poez savoir qui vous ça amene pour fere ceste besonne. »
Dont saisi li empereresCassidorus le cheval chevalier B par le frain et dist X2 :
« Par Dieu, sire chevalier, il vous couvient ceste pucele damoisele B X2 Demoiselle de la tentation desresnier a jeu parti se vous vilainement ne n’en B voulez esploitier. »
Dont dist le chevalierChevalier de la tentation a l’empereeurCassidorus qu’il ostast sa main de son frain et, s’il vouloit la damoiselleDemoiselle de la tentation fere secors, si alast aprés lui lui si alast aprés lui X2 , et et que B il B n’ iroit iroient B pas loing qu’il si B trouveroient leur recet et la la li B feroient feroit B iluec il B X2 leur le droit du B gieu. Dont s’en retourna cist parmi une viez voie sente B , et li empereresCassidorus fu touz esbahis, si ne volt lessier que tout autel point conme il estoit ne G se meist aprés le chevalierChevalier de la tentation a aler B , si le suivi suy X2 tant qu’il vindrent en une grant valee. Ens ou El B X2 fons de ce val si couroit une moult grant riviere qui descendoit d’une montaingne qui n’estoit mie mains roide pour ce ne fors, ainz l’estoit tele si B X2 que bien sembloit sembla B a l’empereeurCassidorus que que il meismes B que il X2 en toute sa vie n’eust tele veue. Lors vit que li chevaliersChevalier de la tentation aloit costoiant costoia B X2 la riviere et l’empereeurCassidorus il tousjours B X2 aprés, tant que il vint aussi conme a .i. pont qui d’autre part la rivie[e]re estoit levez. Dont s’arresta li chevaliersChevalier de la tentation et prist dist X2 .i. cor qui a son costé pendoit et le sonna .iii. fois mos B X2 , et ne demoura guieres que .i. honme de grant aage vint et li avala aval G le pont une grant X2 planche B X2 , et li chevaliersChevalier de la tentation monta sus et puis passa outre. Mes avant que li emperieresCassidorus fust la venus resacha cilz le pont la planche B X2 amont, et li empereresCassidorus si demoura de l’autre part. Dont hucha l’empereeur celui B X2 Cassidorus et et li B X2 dist :
« Amis, avalez le pont et me lessiez aler aprés le chevalierChevalier de la tentation qui la puceleDemoiselle de la tentation enporte outre son gré sans sa volonté B X2 . »
Onques li empereresCassidorus si tost n’ot ce dit qu’il ne vit ne honme ne pont ne riens chose B X2 nule que l’yaue et la valee, qui moult estoit hideuse, et la forest grant, qui que B trop estoit laide chose a veoir.

§510 De ceste chose fu li emperieresCassidorus moult esbahis et penssa que ce pouoit estre, si s’asist, conme cil qui estoit plain de grans travaus travail G . Dont il dist a lui meismes B X2 : Dous Biaus dous B X2 Deux, que m’est il avenu et queles decevances me sont avenues au devant par quoi je G ne puis venir a ce que je vouloie faire ? Lors li vint une aventure en B X2 avison a. devant B X2 , qui li dist que tout ce qu’il avoit veu devant B X2 estoit temptacion d’anemi pour lui decevoir et mettre en en aucune B X2 desperacion. Lors se conforta et fist une priere a Nostre Seingneur, moult piteuse, que par sa grace le feist aler l’envoiast B en tel B X2 lieu par coi le cors ne perisist a ce qu’il eust [f]peture a faire la penitance dont il l’avoit courroucié.

§511 💬Pas de nouveau § B Quant uant (lettrine non exécutée) G li empereres il B Cassidorus ot ce dit, si li vint une famine si grant que a pou qu’il ne crioit aussi com s’il fust hors de son du G sens. Et lors se leva sus ses dreça ens B X2 piez son estant B et se penssa que, de quele part que ce fust, Deux li envoieroit chose par quoi il ne periroit mie. Il se prist a aler et regarda r[...]garda V3 , si vit en la costiere costie[re] V3 de la montaingne .i. merveilliex me[...]veilliex V3 desruban de roches roc[...]es V3 et de pierres mossues mossue[...] V3 . Il monta puia B X2 tant tant et erra V3 qu’il qu’[il] V3 qu’il vint la et dont B trouva .i. recetTanière du lion ausi comme co[...]me V3 se gent i eussent conversé co[...]versé V3 aucunes fois. Et dont d[on]t V3 ala avant et trova .i. lyon [...]yonLion de Cassidorus V3 qui menoit mengoit B sa proie, mes [...]es V3 mes il X2 onques si tost ne l’aperçut l’aper[...]t V3 quant il X2 sailli vers l’empereeur l’em[...]ereeur V3 Cassidorus et li fist une joie et [...] V3 une feste si tres grant que [...]ue V3 nule b ›d‹[b] V3 este mue ne fit onques [...]nques V3 mais B o. mais X2 si grant a honme nul [n]ul V3 . Et quant il vit ceste aventure [a]venture V3 , si ot si grant joie que [q]ue V3 onques en B X2 jour de sa vie il B X2 n’ avoit eu ot B X2 greingnor si grant B X2 . Lors l’aplania li empereresCassidorus moult doucement devotement B et sot sot de voir B X2 que ce estoit miracle de Nostre Seingneur. Il prist p. de B la beste qu’il trouva menant menjant B au lyonLion de Cassidorus, si espraint le sanc de la char hors au miex que il pot et enconmença a mengier par moult grant talent, conme cil quil n’avoit mengié fait ne l’avoit B X2 de de pres de V3 .ii. jours. Quant il ot ce fet, si rendi graces a Nostre Seingneur et fist sa priere que Il li otriast B X2 que Il li consen[7]tist💬que il li otriast... consentist: La leçon répétitive de V3 et G pourrait s’apparenter à une double leçon, dont elle constituerait pourtant l’un des deux seuls cas pour l’ensemble du roman, cf. aussi n. au §684. le lyonLion de Cassidorus a compaignon compagnie B X2 et d’iluec ne se partiroit de si a tant que autre conseil avroit dont il B pouroit p. bien X2 miex Dieu Nostre Seigneur B servir. 💬On ne peut manquer l’allusion au binôme que forme le chevalier Yvain avec son lion, dans un épisode similaire de repli du monde, dans le roman de Chrétien de Troyes, surtout dans ce cycle romanesque qui se complait à distiller les références à l’univers arthurien.

§512 Lors conmença li emperieresCassidorus le lyon lieu B Lion de Cassidorus a cerchier et trouva le recetTanière du lion assez couvenable a son oeus, se li sembla G , et vit que li lyonsLion de Cassidorus se tenoit touzjors avec lui. Si fu moult joians et ne li souvint de chose nule qu’il eust lessiee arriere, ainz mist son cuer a Nostre Seingneur si forment com que B X2 l’estoire raconte que touz ses travaus estoit a faire priere, et ne menjoit que une fois le jour, et ce que il usoit li aportoit le lyonLion de Cassidorus, tout ausi apensseement conme il Diex B X2 le vouloit, car qui B X2 bien estoit puissant du de X2 faire et du consentir, car il savoit bien sa conscience, qui bonne estoit.

§513 💬Pas de nouveau § B Ainsi demoura li bons emperieres preudoms B X2 Cassidorus grant piece qu’il ne fu sceu de nului n. en la cité de Constentinoble B . Quant sa gent il B virent que il ainsi s’en fu estoient B X2 partis sanz le seu de nullui, Helcanus, qui bien penssoit le fait de lui, ne volt lessier que il em plusseurs lieus ne le feist querre et cerchier. Et quant il sot que novelles on G n’en pot pouoit G oïr, si fu moult dolens. Il ne volt lessier l’empire, ainz la le B tint a droit et se fist craindre cremir B X2 et amer et fist touz ceus seingneurs qui valu li avoient encontre ses anemis. 💬Le parallélisme qui présente le souci d’Helcanus de retrouver son père et de tenir au mieux l’empire à sa place dénote le lien de cause à effet, mais souligne aussi le fait que Cassidorus ne tienne pas lui-même son empire. On retrouvera ce même schéma, de manière réaffirmée, lorsque, Cassidorus ayant laissé le trône de Rome et de Constantinople à ses héritiers, Helcanus refusera de partir en quête avec Celydus pour protéger son empire. Ces réflexions, dédoublées, éclairent les problèmes posés par cette résistance que manifeste Cassidorus face à l’exercice du pouvoir. Si me vueil maintenant V3 X2 ore G 💬L’accord de B et G sur la présence de l’adverbe maintenant/ore nous incite à intervenir. de toutes ces choses taire fors que de Dorus, qui partis s’estoit V3 [b]de Gresce, si conme nous avons a esté B est X2 devant G dit el conte G .

[31] Ci conme Comment B Dorus prist Pelyarmenus en la forest en chaçant le porc B X2 pource que il ne li avoit envoié Dyalogus D. le bastart B .

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Enluminure sur 2 colonnes (b-c) et 13 UR Pelyarmenus en armes noir et orange à cheval, chassant dans la forêt le porc à l’aide de deux chiens, est capturé par Dorus à pieds sans armes avec une corde.

§514 Aprés ce dist li contes que, puisque B X2 la pais fu ordenee des enfanz l’empereeur de ConstentinobleCassidorus, Pelyarmenus, qui la descorde y avoit a G du tout mise, si conme devant a esté dit, n’envoia ne ne revint aprés la covenance qu’il avoit fete neent plus conme cil ou il n’ avoit a V3 X2 ne B G X2 foy ne loyauté. Dorus, qui n’atendoit el fors que on li envoiast Dyalogus, si vit si|vit si vit V3 que li ans estoit passez que il devoit estre envoiez. Si en B X2 fu moult iriez et se penssa que, se il ne l’avoit, que moult demourroit la chose descouvenable et grant reprouche seroit a li. Il se parti du de son B chastel et ala vint B X2 a Lembourc, ou li dusBorleuz estoit, et lors li moustra ceste chose, et li duxBorleuz li dux li B respondi :
« Biau filz, je X2 vous doi moult amer, et je si fas. Sachiez de voir, conment [c]que les choses soient avenues alées B , vous avez ma filleLuce, que je ai moult amee moult aime B X2 . Aprés mon filzLeus si a vostre sereurCassidore, et cil ne sont pas en cest paÿs. Il n’afiert pas a moi que je vous mette a descorde entre vos freres. Et d’autre part, li emperieresCassidorus n’est pas en lieu par coi on puist ovrer faire B par son conseil. Si covient que vostre frere Helcanus soit principal du conseil et couvient que vous envoiez a lui par quoi vous sachiez sa volenté.
– Sire, dist il, et je m’i acort. »
Dont firent ceste chose escrire et fu pris .i. mesage et envoiez en Gresce. Quant cil fu venus la ou Helcanus estoit, si le salua de par son frere Dorus et li bailla donna B la lettre que il li envoioit.

§515 Quant Helcanus il B ot le mandement oï et seu, si fu tost conseilliez et fist escrire sa volenté. Lors se remist cil en son chemin et ne fina par ses journees tant que il revint arrieres et trouva Dorus a Lembourc et li mist la lettre en sa la B main, que son frereHelcanus li envoioit. Dont trouva escript que il meist [d]ses choses en respit et il envoieroit a Rome et savroit que Peliarmenus voudroit fere de ceste chose, et il si fist. Helcanus ne se mist pas en oubli, ainz envoia a Rome a ses freres et manda a Peliarmenus que il ne s’estoit mie aquitez de son serement qu’il ot fist B en tele maniere ›en‹[m]aniere V3 G en que il l’ot en B couvent par coi il peussent demourer em pes et B bon ami.

§516 💬Pas de nouveau § BQuant Pelyarmenus sifet ce G mandement, si dist que ja ne seroit en leu ou Dyalogus receust de ceste chose pis que il meismes feroit. Dont fu leur response tele que que se V2 que se G bien se s’en B tenissent t. Helcanus B et Dorus atant que car B il autre choses n’en emporteroient de eulz et parmi tant ce G seroient s. il B X2 ami et non autrement. Quant Helcanus oï ce, si fu moult iriez et ne sot sus ce que il X2 peust mander a son frere Dorus B , car il il a B X2 envis esmouvoit esmouveroit G guerre contre eulz. Si se B souffri de ceste chose jusqu’a dessi a B X2 .i. jour que Dorus envoia a lui, et il ne pot mie ne ne volt celer le mandement que son frerePelyarmenus et li autre li orent mandé et que pour Dieu il souffrist encore deci adonc qu’il pourroient oïr nouvelles de leur pere l’emperor B Cassidorus. Quant Dorus oï ce, si fu plus tant B tant p. X2 iriez qu’il n’avoit onques esté devant que nul plus de lui B X2 . Il vit bien que, s’il ne se metoit en aventure, il ne porroit estre vengiez a son talent qu’ il X2 ne s’en couvenist meller plus grant plenté B de gent. Dont penssa a une chose moult merveilleuse, car il prist [e].i. escuier sien e. B X2 , qui moult estoit preudom et plains de tres grant proesce et ot non Mardocheus, si li dist :
« Amis, moult me vueil fier en vous quant mon cors et ma vie et mon honneur vueil du tout mettre en vous. »
Cil respondi :
« Sire, pourquoi B pour mort a recevoir ne vous faudroie f. je B X2 mie ? Dites moi vostre volenté, et je sui appareilliez du fere. »
Et lors li dist il que il beoit a faire, et cil cil li B respondi que moult volentiers le feroit. Dont s’atournerent il a la guise des .ii. marcheans et si pristrent pri›e‹[s]trent V3 leurs armes et grant avoir que il firent trousser et se mistrent ou chemin devers Rome et ne finerent par leurs journees tant que il si G vindrent en la cité de Rome. Dont se traitrent en la villeRome, conme cil qui bien furent apenssé de ce que il orent em propos et se hostellerent a leur devis G .

§517 Dorus, qui jadis avoit esté a Rome, si conme devant est dit, si penssa qu’il couvenoit savoir conment il estoit au roy B X2 pescheeurPêcheur 💬La leçon de B et X2 semble plus correcte, le pêcheur en question n’étant jamais associée à une figure royale quand il en est question au début du roman (voir §1-15 en particulier). La leçon de V3 et G se veut sans doute un écho au roi Pêcheur du Conte du Graal de Chrétien de Troyes, dans une association symbolique forte. et a sa fame,Femme du Pêcheur qui qui jadis B l’avoient norri ainsi conme devant est dit ou conte. Il se mist entre lui et Mardocheus Mar›ch‹[do]cheus V3 cele part ou il cuidoient que il demourassent. Moult alerent cerchant par la villeRome ainz qu’il peussent assener au lieu ou il si petis avoit esté. Tant cerchierent que par aventure trouverent le preudonmePêcheur qui ce seoit en sa meson assez povrement, et tout aussi sa fameFemme du Pêcheur, et estoient e. tout B X2 viel devenu G . Lors mist Dorus le pescheeurPêcheur a reson et le tret d’une part, si li demanda ou ci [f]enfant estoient. Cil leur respondi dist G qu’il estoient en lor gaaingnage, et pourcoi lé demandoient il demandoit il B X2 demandez vous G 💬 leur respondi... et pourcoi lé demandoient il: Le verbe respondi introduit, de manière asymétrique, une proposition complétive et une interrogation indirecte, ce qui tord la syntaxe. C’est sans doute ce qui a poussé G à innover en remplaçant respondi, qui remonte à l’archétype, en dist..
«  Biau G sire, ce dist Dorus, ce vous dirai je bien, mes que il soit celé.
– Sire, ce dist cilz, se s’est chose dont je je y B soie tenus a vous dire B X2 , ce le B vous B dirai ferai B je B volentiers.
– Par Dieu V3 , dist Dorus il B X2 , oïl. »
Lors li dist :
« Il fu .i. jour que vous feustes d’un enfant sesi que vous secoureustes en une yaue de en B ceste citéRome, si vous pri voudroie prier B que vous nous me B deissiez qu’il devint. »

§518 💬Pas de nouveau § BQuant li peschierresPêcheur l’ot entendu, si ne pot dire mot ainz commença a sospirer. Lors se traist moult pres de lui et li dist :
« Ha! sire, por Dieu merci, dites moi qui vous estes.
– Amis, dist il, sachiez que je sui moult amis a celuiDorus se il est encore en vie.
– Par Dieu, sire, dist cil, je quit que vous me volez decevoir aussi comme aucun out fait maintes fois. »
Quant Dorus oÿ ce, si ot merveille pour quoi il disoit ce, si li dist que il le feist sage de la decevance.
« Sire, dist cil, volentiers. Veritez est que aucun de ceste vile ont eu moult a souffrir de celui enfant que vous demandezDorus, et vous dirai comment. Li enfantPelyarmenus a l’empereris de RommeFastige avoient amené en ceste vileRome .ii. enfans, liquel durent estre peri, et ne sot on comment fors tant que li unsDorus fu jetez en une yaueTibre et fu secourus d’un pescheurPêcheur de ceste vile.Rome Or est puis avenu que il a esté demandé a pluseurs, et maint en ont eu a souffrir, et je meismes en ai jeu .ii. ans en prison pource que j’ai esté retez que je l’avoie trouvé si ne l’avoie delivré si comme je devoie, si vous pri pour Dieu que vous ne m’en faites pis que j’en ai eu. »
V3 G X2
💬Nouveau § B Quant Dorus l’entendi, si ot moult grant pitié de li V3 G X2 💬 il le feist sage de la decevance: Comprendre "il lui fit connaître cette affaire". et dist :
« Conment, biau tres dous sire ! Dites vous que vous en avez jeu em prison pour celui dont je vous ci X2 demant Conment, biau tres dous sire ! Ce que vous me demandez, je ne sai ou il est, mes bien est la verité que je oi jadis .i. enfant en garde pour cui je ai esté moult longuement em prison et tout pour celui que vous me demandez et ai V3 G ?
Certes, biaus tres douz sires, voirement y X2 ai ge ge geu et X2 V3 G perdu tout B X2 quanque j’ avoie en avoie V3 vaillant.
– Par mon chief, ce dist Dorus il B X2 , bien vous sera rendue vostre perte, se je je le B X2 puis esploitier, car je vous fas bien asavoir que je sui celui meismes pour qui vous avez eu tant de donmages. »
Quant li preudomsPêcheur oï ce, si li dist :
« Pour Dieu, sire dous sire B , dites vous verité ?
– Amis, dist il, se savrez vous par temps. »
Lors mena li preudomsPêcheur une joie si grant que sa fameFemme du Pêcheur entendi tout l’afaire et li demanda que ce estoit et qu’il avoit, et lors li conta que ce estoit. Quant ele oï ce, si en orent furent tel mené que moult en peust on B X2 grant pitié et furent moult liez de ce qu’il connurent avoir comment comment li uns et li autres connoissoit connoissoient X2 B X2 Dorus.

§519 💬Pas de nouveau § B [8]En ce qu’il estoient en tel point, atant ez vous les vindrent B X2 .iii. filz valles B X2 au que li B X2 preudonmePêcheur preudoms avoit a filz B X2 , qui cilz B X2 avoient esté nourris B X2 petit enfançonnet ensemblez G avec a l’eure que B X2 Dorus quant il ainsi B X2 dut estre peris p. et avoient esté nourri ensamble tant qu’il fu comme il avoit esté norris X2 avec eulz B X2 . Quant il furent venus, si orent moult grant joie et B furent mout esbahis moult grant merveille B X2 qui il estoient quant leur perePêcheur leur dist :
« Mi bel enfant, recouvré avons nostre perte p., car B X2 ! Vez ci celui par qui nous avons eu tant a souffrir. »
Quant cil entendirent ceste chose, si furent tout esbahi et li firent f. moult grant G feste de ce qu’il porent G . Dont, quant il se furent grant piece conjoui, si dist Mardocheus :
« Sire, il nous couvient sagement esploitier. »
Lors dist Dorus que tout G ce estoit verité, et dont pristrent il B X2 congié au preudonmePêcheur deci a leur revenue et menerent les .iii. freres avec eulz a leur hostel. Dont leur fist Dorus donner .c. mars et leur conmanda que il s’aprestassent en tele maniere que li uns d’eulz menast son perePêcheur et sa mereFemme du Pêcheur en son paÿs, et li autre dui demourassent en leur compaingnie, et il les feroient riches a touz les jours de lor vies. Cil furent lié et distrent que sa volenté feroient il volentiers.

§520 Lors s’en vindrent arriere et aporterent l’avoir et distrent a leur perePêcheur et a lor mereFemme du Pêcheur que li siresDorus qui la avoit esté lor avoit donné cent mars et vouloit qu’il s’en alassent en son païs,
«  vous il B X2 et ma sa B X2 mere »
et et li B X2 un de leur des B X2 freres, et li dui demourroient demourraissent B avec eulz. Quant li preudomsPêcheur[b]ce, si fu moult si B X2 liez plus B X2 que onques mes n’avoit esté, et encore le fu B X2 plus sa fameFemme du Pêcheur. Que vous iroie diroie G je lonc conte faisant G ? Il Si B X2 apresterent lor afaire tant B X2 que il et G se mistrent au chemin par devers Alemaingne, et demourerent li dui ainsné des freres freres est X2 avec par devers V3 Dorus pour eulz lui G fere secors et aide. Mardocheus, qui moult estoit sages et plains de grant enging, mist Dorus a raison et li lor B dist que painne leur convenroit convenoit G mettre a ce que il peussent besongnier de ce qu’il avoient a faire.
« Par Dieu, ce dist Dorus, nous ne poons neent riens G faire de nostre besongne, se ainsi n’est que Fortune et Aventure nous vueille aidier.
– Tout ce est voir, dist Mardocheus, mes nous ne connoissons pas bien ceus que nous volons seurprendre. »
Lors apelerent parlerent a B l’ainsné des B filz au pescheeurPêcheurFils aîné du pêcheur et li distrent dist X2 :
« Amis, gardez bien que ce soit celé ce B que nous vous dirons vous saurez B X2 de nous.
– Biau seingneurs, dist il, n’en doutez ja B X2 , car avant me leroie l. je B X2 destruire que je ne feisse vostre volenté !
– Dont volons nous distrent il B que vous nous faciez connoistre Dyalogus, qui si est privez de l’empererisFastige et de ses enfans.
– Sire, ce dist fait G le varlet cil B X2 Fils aîné du pêcheur, si ce vous B ferai je moult volentiers. »

§521 Lors s’atourna Dorus en tel maniere que nul ne le peust connoistre. 💬Ce redoublement de l’incognito de Dorus dans cette même aventure, sous ses habits de marchand puis ici non-reconnaissable, joue du motif important, tout au long du roman, du brouillage d’identité qu’il peut occasionner. La visée de Dorus est cependant, par contraste notamment avec celles de ses père et frère, bien plus pragmatique et bien plus directement associée aux enjeux chevaleresques de l’honneur. Il s’en vindrent vint B a la court ou Fastidorus et et ses freres B Pelyarmenus estoient. Moult avoit grant gent avec eulz. Et regarda, si vit vit le vallet B X2 Dyalogus, qui moult [c] avoient avoie›n‹[t] V3 grant suite aprés lui. Dont li le B X2 moustra le traïteurDyalogus a B X2 Mardocheus et dist :
« Vez vous le B la celui le B qui tant nous a donné a souffrir et mis a povreté ! »
Lors l’ esgarderent e. andui B et mistrent retenance en leur cuer B X2 , si que il n’eussent jamés failli a lui reconnoistre B X2 . Lors s’en se B tournerent a leur hostel et distrent qu’il couvenoit qu’il fust espié quant il alast en bois ou en riviere, par quoi il le peussent sorprendre et fere leur volenté. Dont dit le varletFils aîné du pêcheur que G , s’il le vouloient sorprendre, que il le prendroient porroient faire bien B prochainnement et qu’il ou il B X2 ne seroit pas plus de lui tiers💬il ne seroit pas plus de lui tiers: Comprendre "il n’aurait pas plus de deux personnes avec lui", "ils ne seraient pas plus de trois"..
« Par mon chief, dist li dux Dorus B Dorus, bien le t’en B croi. »
Dont li B X2 dist Mardocheus qu’ il le leur B couvenoit pourveoir de ce faire.
« Par Dieu, ce dist Dorus, verité dites. »
Lors firent fere .ii. paniers grans et merveillieus et trousser t. seur B sus leur .i. B X2 cheval, et eulz meismes estoient touz tous tous les X2 jours B X2 garnis de leurs armes et maintes fois en B furent en aguait, mes leur chose ne venoit mie si a point que demi an ne sejournassent a Rome ainz que il peussent pe|il p. V3 riens esploitier de leur besongne. .i. jour avint, si conme faire dut, que nouvelles n. leur B X2 vindrent que Pelyarmenus devoit d. aler B X2 chacier .i. porc en une forest a .iiii. liues de RomeForest du Martrai. Quant Dorus le sot G , si fu moult liez joians B X2 , car bien vousist qu’i le peust deschevauchier entrechevauchier B X2 , si li eust cousté toute sa terre. Lors atournerent leur affaire, et Pelyarmenus fist ses chevauche[d]eurs venir devant lui, si leur dist qu’il s’aprestassent a l’endemain, car il avoit oï nouvelles d’un porc qui estoit en la Forest du Martrai. Cil distrent que tot estoient prest et appareilliez du mouvoir quant il voudroit conmander B X2 . 💬Cet épisode de chasse dédoublée, du porc et de Pelyarmenus, celui-ci à la fois chasseur et proie, joue de la tradition de l’aventure à caractère merveilleux, du moins symbolique dans le cheminement du personnage, de la chasse au porc dans une forêt dont la narration souligne le caractère merveilleux. L’éloignement de Pelyarmenus et Dyalogus à sa poursuite est donc à la fois attendu dans ce cadre, mais permet également leur capture par Dorus et Mardocheus.

§522 💬Pas de nouveau § BLors s’apresta Pelyarmenus a l’endemain, et meismement Dyalogus et autres chevaliers deci jusques G a .v., et pendirent leur cors escus G a leur cols co›r‹[l]s V3 et pristrent les G fors espiez en leurs poinz mains B et tout ainsi se mistrent hors de Rome a grant bruit et ne finerent si vindrent en la Forest du Martrai, et le venierres cercha tant qu’il trouva le porc. Lors descouplerent leurs chiens, et fu la noise a merveilles grans, dont le porc B X2 le p. fist si grant abail et deffense que moult G leur en gita mort des plus soufissans💬en gita... soufissans: Comprendre :"###"., mes tant en i ot d’uns et d’autres qu’il ne vot leur noise endurer, ainz se dreça en son estant et fu veus d’aucuns qui disoient distrent B X2 que bien avoit .xi. piez entre la keue et la teste. 💬Nouveau § BLors en fu la nouvelle dite a Peliarmenus, qui moult en fu joians s’en esjoi B . Il s’en esbaudist estendi B et semont les veneurs de bien fere la besongne, et il si firent, par quoi li pors, qui telz estoit conme dist est, se mist a la voie, et n’i ot nul qui pooir eust de lui suivre tant estoit la forestForest du Martrai orrible ou il s’embati. Pelyarmenus, qui le cuer ot fier et orgueilliex, se mist aprés en la forestForest du Martrai et le suivi tant que nul de sa mesniee ne li pot n’ot pooir de lui B X2 tenir [e]compaingnie. Dorus et Mardocheus, qui leur afere avoient pourveu, les avoient tant suivis qu’i s’estoient mis en la chace. Et tant esploita Dorus que par aventure il s’estoit mis parmi les esclos aprés Pelyarmenus. Dont alerent tant et li uns et li autres que li pors ne pot eschaper, ainz rendi estal a .ii. chiens qui moult l’avoient tenu le jour court. Quant Pelyarmenus vit ce le B , si fu molt joians. Lors descendi du cheval a terre G et prist l’espie, si vint au porc mout esforcieement, et ne demora guieres que il et G le mist a mort. Dorus, qui si pres le suivoit conme que X2 vous porrez oïr, mist tele painne a lui consuivir que avant que il peust corner sonner B X2 la prise li vint devant et mist pié a terre du cheval et l’escria et dist :
« Par Dieu, Peliarmenus, trop avez atendu de ma couvenance ! Si est hui le jour que chier le le vous B X2 covient comparer. »

§523 💬Pas de nouveau § B Quant Pelyarmenus le vit l’entent B , si l’a prisié moult pou, conme cilz qui de riens ne le connut. Lors saisi l’espie et dist :
« Qui es tu, qui si tost m’as conquis ?
– Assez a tant le savras », dist Dorus. Lors vindrent ensemble conme li plus courageus du monde, mes tost fust la bataille des d’eus B X2 .ii. outree, ne fust Dorus, qui vif et sanz blecier sain B le volt voloit B prendre, mes il n’ot n’en ot B X2 le B X2 pooir, que car B X2 tele desfensse metoit mist B Peliarmenus en soi lui B que il eust [f]ocis Dorus se il ne fust ne fust ce que il estoit B armez. Mes cil, qui avoit son temps passé de touz les chevaliers du monde de proesce, si le mist a merci, vousist ou non.

§524 Quant il ainsi du tout fu au desous mis, Mardocheus vint par la forest chevauchant, qui avoit oï la noise des chiens, si trova Dorus qui ou il B X2 tenoit son frerePelyarmenus si court que pou s’en failloit qu’il ne li metoit jus la teste par desus les des B X2 espaules espau|les e. V3 . Il mist pié a terre et vint vers eulz et mist li un et l’autre a reson et dist :
« Biaus seingneurs, ceste escremie couvient demorer. L’un couvient obeïr a l’autre. 'Et qui tort a, bien en doit covient B fere l’amende' 💬Et qui tort a, bien en doit fere l’amende: Légère variante du proverbe Qui a tort si l’ament (Morawski, 1822).. »
Lors esgarda Pelyarmenus Mardocheus, si ne le reconnut de riens, et non fist il Dorus son frere. 💬La narration insiste donc sur le fait que Pelyarmenus n’est pas capable de reconnaître son frère, qu’il a pourtant déjà vu, dans un nouveau jeu sur la méconnaissance entre frères qui vient comme sous-tendre leurs désaccords. Dont respondi, moult iriez :
« Biau seingneurs, qui qui estes vous qui B si si hardis B X2 estes, conme quant B X2 a tel honme com je sui osastes fere tele envaïe ? »
Dorus respondi li r. B X2 :
« Tu n’es mie homs a qui on doie dire verité voir B , car il n’a en toi foi ne loiauté, ainz es parjures faus et desloiaus, et pour tel te rendrai je B X2 a e›n‹[a] V3 l’emperere de CoustentinobleCassidorus, envers qui X2 tu es faus parjures de ce que tu avoies en couvent telz comme je X2 devant ai dit B X2 . »

§525 Quant Pelyarmenus entendi Dorus, si le reconnut et se penssa que de li se departiroit par son enging. Lors se mist a jenous devant lui et li dist :
« Ha ! chevaliers de tres grant proesce, qui as non B X2 Dorus, voirement vous doit on on aorer et B prisier sus touz les filz de mere. Et sachiez que [9]je du tout me metrai mes B en vostre merci, et le maufetteur traïteur B X2 Dyalogus metrai en vostre main voiant touz les princes du monde Rome B , et en B X2 sera faite justise a vostre volenté, si que touz diront que onques mes en nul nule V3 jour j. du monde B ne fu veue si grant.
– Par Dieu, dist Dorus, autre seurté m’en ne X2 sera seroit X2 faite avant que vous m’eschapez ! »
Lors l’ont amdui saisi. Por que B X2 chose que il seust dire ne li valut riens qu’il ne li liassent les les les X2 piez et les mains, et l’ont en tele maniere m. si fort B atorné chevillié B X2 qu’il n’ot n’ont V3 pooir de nul mot dire. Lors l’ont mis en un lieu ou il jamés ne feust trouvez qu’il ne le seust, puis orent conseil que il son cheval destourneroient et puis corneroient la prise pource que Dyalogus vouloient avoir.

§526 💬Pas de nouveau § B Ainsi com il il le B deviserent, ainsi G le firent. Lors ne demoura guieres que Dyalogus entendi le son du cor cors V3 💬Dans le cas de cornu >cors, le copiste de V3 a ajouté un -s final par hypercorrection (possible interférence avec les homographes corpus ’corps’ >cors et corde ’cœur’ >cor) avant de se corriger. et se trait cele part au plus tost que il pot. Mardocheus, qui bien le connut, si volt de lui l’afaire esploitier. Dont li vint a son encontre et le prist en tel maniere qu’il n’ot pooir de lui desfendre, et le lierent aussi conme le chevrel que on mainne au marchié. Lors fu chevillié tout entour, aussi que il avoient fet Pelyarmenus, et furent mis li uns delez l’autre, si que bien se porent connoistre.

§527 Quant il orent ainsi esploitié, Mardocheus dist a Dorus que il demou[b]rast avec eulz et et le B lessast convenir convenist V3 du seurplus💬lessast convenir du seurplus: Comprendre "il laisse convenir du reste".. Dont Dont il B vint au porc ou il gisoit, si grant que bien s’en pot on esmerveillier, mes ne demoura mie longuement que li veneeur ne soient venu, qui moult estoient traveillié et lassé. Lors esgarderent Mardocheus, si ne le connurent mie, ainz li demanderent d. a B X2 qui il estoit.
« Je sui, dist il, le forestier de ce boisForest de Martrai et la le B X2 garde. »
Dont li enquistrent qui le porc avoit ocis. Il leur dist que Pelyarmenus l’avoit mort mes il estoit .i. pou bleciez, par coi il s’estoit acheminez mis B X2 vers Rome, et le royPelyarmenus leur B X2 💬La leçon de B et X2 paraît plus vraisemblable, Pelyarmenus n’occupant, à son grand dam, aucun trône. mandoit par lui qu’il en feissent l’office💬et le roy...office: Comprendre "Et Pelyarmenus requérait, par son entremise, qu’ils s’en [scil. du porc] chargent"., car il se doutoit de sa plaie. Adonc furent dolent et esbahi esmari B X2 et i en B X2 ot aucuns qui se mistrent aprés lui V3 , et meismement li si B chevalier. Mardocheus s’en vint a sa mesniee, qu’il avoit lessiee en la foresForest de Martrai. Dont les hasta que il se meissent aprés lui, et eulz il B X2 si firent et ne finerent finererent V3 si vindrent a Dorus ou il qui G les atendoit.

§528 💬Pas de nouveau § B Quant il furent la venus, il orent leur chose si aprestee qu’il mistrent Pelyarmenus en .i. panier et Dyalogus en .i. autre et puis les mistrent sus un fort cheval. Et n’i ot ne fust B X2 nul qui qui jamais B X2 s’en se B peust apercevoir que se peust estre tel chose G . Et lors se mistrent a chevauchier B X2 par la forestForest de Martrai, qui moult estoit grant et hydeuse. Moult chevauchierent longuement par la forest G cele toute la G nuit, mes onques tant ne sorent esploitier le porent faire que il peussent venir a voie B X2 que il [c]vousissent. Et nonpourquant, si il G les menerent li dui varlet pescheeur sanz qui il ne peussent fere ce qu’il avoient empris. Quant il orent tant alé que bien cuidierent eslongnier avoir alongié B lor voie, si s’arresterent, conme cil qui jusques a heure de vespres avoient alé de ci pres du jour. Lors descendirent et se vodrent aaisier et reposer, conme cil qui moult estoient e. laz et G traveilliez. Il avoient viandes assez et ce que mestier leur estoit. Dorus vint a Pelyarmenus et li dist :
« Se tu veuls mengier, maintenant le pués fere. Et se tu ne le le pués faire et tu ne le fais G fais, tu ne le feras devant demain a ceste heure. »

§529 💬Pas de nouveau § B Quant Pelyarmenus oï ce, si li fist signe par quoi que B pour q. G on il B X2 peust parler a lui, et il si fist. Dont li demanda et dist :
« Chier frere, conment estes vous telz que vous ainsi me menez ?
– Pource, dist Dorus, que je vous vueil rendre a mon frere Helcanus, et pource que je vous vueil mener plus seurement le fas je ainsi, ne autrement ne vous cuit je mener de cest païs, si avrai avra X2 plus grant force💬si avrai plus grant force: Comprendre "j’aurai plus de moyens à disposition"..
– Frere, dist il, se ne ferez vous mie, ainz vous asseur sus Dieu et sus moi m’ame B que je ne voudroie estre quite de ceste amende, puisqu’il est ainsi que vous en tele maniere m’avez pris et conme conmme vous B maintenant avez pooir de moi tolir la vie, que je je avec vous B partout m’en irai ausi debonnerement conme feroit B la plus simple chose [d]qui soit par tout le monde, car, puisque je sai que vous me deliverrez a mon chier frere Helcanus, je ne ferai f. ferai V3 chose qui soit contre sa volenté.
Pelyarmenus, dist Dorus, ne vous vaut chose que vous puissiez faire ne dire, car foy que que je B doi l’ame mon pereCassidorus ne Helcanus, mon frere et le vostre, vous ne m’eschaperez autrement deci adonc que vous soiez je vendrai soie X2 B X2 en lieu ou je vous puisse mener a ma volenté. Mes faites ce que je X2 vous di debonnairement, ou, par la foy que je doi a mon pereCassidorus tous ceulz que vos m’avez ci fait nommer B , je vous metrai m’espee l’e. G parmi le cors aussi com se vous eussiez m’e. B mort la riens ou monde que je plus amai ! »
💬Nouveau § BLors quant il entendi ce, si ot tele paour que il onques mes B jour de sa vie tele n’ot. Dont li dist adonc Pelyarmenus B X2 💬Pelyarmenus était déjà le sujet des verbes de la phrase précédente (Lors... n’ot). :
« Frere, aiez aurez B merci de moi et je ferai vostre volenté. Et sachiez, se vous saviez la moie volenté, vous feriez ma requeste.
– Je n’en ferai autre chose », dist Dorus. Dont mengierent m. tout B X2 conmunement et burent. Et lorsqu’il Lors quant il B orent ce fait Et puis G , si se mistrent a la voie. Mes il n’orent alé guieres loing que quant B le jor aparut apperçut G , et alerent tant que il virent .i. chastelRenniers devant eulz qui seoit en la costiere d’une de la B montaingne. Dorus demanda a ceus valles B X2 qui les menoient quel chastel s’ estoit e. la B . Dont furent cil esbahi e. et (sic) V3 , car il B autre fois i avoient esté, et sorent que G s’estoit .i. lieu chastel G ou Fastidorus demoroit souventRenniers. Si orent moult [e]grant doute que il n’i fust fussent B , par quoi il il ne B fussent conneu. Lors furent sage et apenssé et ne vodrent mie lor seingneurDorus esmaier. Et nonpourquant avoient il a. il a|voient il V3 aprochié a. de G Rome de la voie de leur chemin, si distrent :
« Sire, nous X2 sonmes bienvenus💬nous sonmes bienvenus: Comprendre "nous sommes en bonne voie".. »
Lors dist d. li uns B a Mardocheus en l’oreille : Sire, cist chastiausRenniers est li retés de cest paÿs ou Fastidorus repaire demeure et r. B plus le p. B sovent. Quant Mardocheus oï ce, si dist :
« Nous couvient il par la passer ?
– Certes, sire, distrent il B , oïl, se nous voulons aler le droit chemin.
– Alons, dist il, hardiement h. ou autrement X2 B X2 . Nous n’avons paor pooir B de faire chose qui bonne ne B soit. »

§530 💬Pas de nouveau § B Dont s’adrecierent cele part et ne finerent si furent la venus. Lors arrouterent leurs sonmiers, conme cil qui estoient en guise de marcheans. Dorus aloit ou chief devant premier B et Mardocheus aprés. Ainsi entrerent ou chastelRenniers, et lors leur B fu enquis quel gent il ce G estoient. Il distrent qu’il estoient marcheans d’Alemaingne. Lors leur couvint paier le travers selonc ce que il distrent que li avoirs estoit.

§531 💬Pas de nouveau § B Quant Dyalogus entendi qu’il estoient en une B villeRenniers, si conmença tot maintenant B a fere noise la plus grant B que de ce que B il onques B o. le X2 pot fere B , mes onques sitost conme cil qui les menoient cil ne B X2 les entendirent, si que il B X2 conmencie[f]rent a chanter a hautes vois si haut B que noise que Dyalogus feist il feissent B ne pot estre entendue. Et nonpourquant, si estoit lors Fastidorus el chastelRenniers et avoit grant plenté de barons avec lui. Mais cil, qui sage furent de leur fait, passerent outre la villeRenniers sanz nul arrest et sanz nul empeeschement de nullui B et se mistrent en leur chemin et chevaucherent tout le tant le V3 G toute B 💬La leçon de BX2 respecte mieux la construction attendue; une confusion graphique est sans doute en cause dans V2G. jour sanz encontrer chose qui grever les peust. Mes Car B X2 il estoient si apenssé et si sage que en en nul B X2 lieu ou il B eust gent autre que les leur il G ne s’arrestoient point, ainz buvoient et mengoient et dormoient reposoient B touzjours aus champs et estoient sus leur garde adés, conme cil qui bien en avoient mestier et B besoing. Mais .i. pou me vueil taire d’eulz et me couvient venir retournerai G a ceus qui avecques Peliarmenus avoient le porc chacié le jour que il fu pris.

[32] Ci aprés devise B X2 conment li chevalier la gent Peliarmenus B quistrent se mistrent en la queste de B Peliarmenus leur seigneur B et Dyalogus, que Dorus avoit pris en la forestForest de Martrai la forest en chaçant le port G comment il trouverent son cheval en une forest B et et les G amenez amena G o eulz luy G B X2 .

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Enluminure sur 1 colonne et 12 UR Les chevaliers en armure en forêt se mettent à la recherche de Pelyarmenus et Dyalogus pris par Dorus sans qu’ils ne le sachent.

§532 [10]Or dist li contes que li chaceeur chevalier G furent a Rome reperié, et bien cuidierent trouver avoir trouvé B leur seingneurPelyarmenus. Il Il le B X2 demanderent ›l‹[d]emanderent V3 partout B X2 , mes il ne fu nul qui leur B en seust peust B riens nouvelles B X2 dire. Moult fu tost la citéRome esmeue, et fu💬Accord du verbe au singulier avec un sujet collectif, cf. Note linguistique. quis sus chiez B X2 tous les ceus qui X2 mires qui adonc estoient a de B sont a X2 Rome, mes moult s’en esbahissoient, conme ceus qui riens n’en savoient. Dont cuidierent qu’il fust demorez en la forestForest du Martrai pour sa plaie. Lors s’en vindrent plus de cent et le cerchierent em pluseurs lieus. Tant alerent li .i. et li autre que par aventure trouverent le cheval Pelyarmenus ou cil l’avoient lessié pource qu’il ne vouloient mie estre conneu. 💬Nouveau § X2Quant il ne virent leur seingneurPelyarmenus, sachiez que il il en B il dont X2 furent a moult grant meschief, si le quistrent tant B X2 et le B huchierent partout, et meismement iluec pres trouverent le cheval Dyalogus. Dont furent moult esbahis et ne sorent que pensser et se mistrent au chemin par devers Renniers Renniers ce B X2 estoit li chastiaus ou Fastidorus estoit quant que G Dorus et ses gens i G passerent. Dont s’en vindrent a lui et ne li vodrent celer ceste chose. Quant Fastidorus l’entendi, si fu esbahis moult durement si B X2 c’onques mes si ne fu. Dont conmença a pensser en plusseurs manieres moult durement G 💬moult durement... moult durement: Le texte est répétitif dans V2, sans que l’on puisse déterminer d’où provient la redondance vu la répartition des variantes pour les deux occurrences; dans le doute, nous maintenons la leçon du ms. de base.. Il Mais onques si B X2 Mais il G [b] ne ne le B X2 sot pot B X2 tant pensser faire B X2 que en nule maniere que V3 il de riens B X2 se s’en B donnast garde de ce que avenu lor estoit, ainz fist la forest cerchier en tel maniere que dedens de G .ii. mois il B X2 ne fist autre chose, il et plus de . vii v B c., que uns que autres, d’enquerre et d’encerchier, mes n’en porent oïr nouvelles B X2 . Et dedenz cel termine qu’il le queroient B X2 porent bien b. cil B X2 estre avoir X2 eslongnié cherchier et avoir vuidié B du le B X2 paÿs Dorus et li sien ses gens B X2 , car il qui B X2 n’arresterent onques nul B X2 jour ne et nule B nuit fors tant se t. non B X2 que il menjoient et buvoient et B X2 dormoient d. au mains qu’ils pooient B X2 . Si errerent tant qu’il B X2 vindrent a Lucenbourc le chastel dedenz .i. mois.

§533 Quant Dorus fu ainsi saisi de ceus dont vous avez oï parler, si fu moult joians et fist son frerePelyarmenus deslier et Dyalogus aussi. Si les fist venir par devant lui et dist :
« Que vous semble ? Avez vous esploitié envers mon frereHelcanus et envers moi si conme vous devez ?
– Ha ! frere, dist Pelyarmenus, por Dieu merci, je B X2 sui tel atornez menez B X2 que jamés, si com B X2 je croi cuit B X2 , n’avrai pooir de moi aidier.
– Ha ! dist Dorus, conme vous faites ore B le mauvés ! Et vous, maistre Dyalogus, conment vous semble s. ore X2 de la besongne ?
Sire S., dist il B , il me semble que chose que je pourroie dire ne faire ne m’i me B X2 pourroit aidier.
– Par Dieu, dist il, vous dites verité. »
Lors conmanda Dorus qu’il fust mis en une fort prison et descouvenable, et il si fu. Aprés si il B conmanda que Pelyarmenus fust mis en une tour et .vi. [c]serjans fors et seürs por lui garder sus leur vies, et il si fu. Dont prist Dorus .i. mesagier et l’envoia au duc son seingneurBorleuz et li fist asavoir ceste chose.

§534 💬Pas de nouveau § BQuant li dux il B Borleuz entendi l’e. B ceste chose B ce G X2 💬 Quant li dux entendi ceste chose: La diffraction indique peut-être une omission à hauteur de l’archétype, que les témoins ont tenté de pallier indépendamment. Cf. aussi n. au §516., si ne fu onques B mes mes homs B si esbahis, et si ne pot croire que ce fust verité. Dont s’en vint a Luxemborc et trouva Dorus qui aisier se faisoit, conme cil qui avoit sousfert B moult de durs lis. Quant il vit le ducBorleuz, si se dreça encontre lui, et s’entrefirent joie de ce qu’il porent. Lors s’asistrent l’un delez l’autre et li requist li duxBorleuz qu’ il li deist verité pourquoi il l’avoit mandé B X2 . Dorus li conta tout ainsi conme il i estoit avenu, car il de riens ne li en B volt mentir. Quant li duxBorleuz l’ot entendu, si dist que que il X2 onques mes en toute jour de B sa vie n’avoit oï parler de greingneur proesce, car il dist qu’il avoit fet greingneur proesce que .c. mille honmes n’eussent fait. Lors dist li duxBorleuz que il vouloit parler a Peliarmenus.
« Alez, dist Dorus, et sachiez que il voudra dire faire ne d. B 💬sachiez que il voudra dire: Comprendre "tâchez de savoir ce qu’il voudra en dire"., car il B convient mon frereHelcanus savoir ceste chose et nous B avoir conseil que nous en pourrons pourrions V3 fere.
– Par Dieu, dist il, c’est toute verité. »
Dont s’en vint li duxBorleuz B a Pelyarmenus, qui ou il B X2 estoit en une tour amont et la avoit il joué aus eschés a .i. serjant que il tenoit moult court. Quant le ducBorleuz vint amont, si dist on a li fu B X2 Pelyarmenus Pelyarmemenus V3 B X2 :
« Sire, vez ci le duc de LembourcBorleuz qui vous vient [d]veoir B X2 . »
Dont sailli sus Pelyarmenus et vint encontre lui et le salua tant conme il pot G . Li duxBorleuz, de l’autre part, le conjouy, conme cil qui bien le sot faire. Lors le trait a une part et li B dist :
« Par foy, sire fire V3 , onques mes jour de ma vie n’oy si grant merveille conme de ce que Dorus vous a amené en ce païs en tel maniere.
– Sire, dist il, je ne cuit mie que tele merveille si avenist mes ne ne doie fere jamés. Et sachiez que Dorus est li plus souverains de proesce et de sens que qui B onques jor du monde nasquist de mere, ne je ne puis savoir conment nuls homs peust penser ne osast ce faire que il a fait. Et sanz faille, je connois bien, et chascun le doit savoir, que de son droit il a fait ceste chose et je de mon tort si le doi comparer.
– Certes, sire G , dist li duxBorleuz, vous dites ce que vous devez verité G . Et soiez certain sachiez B X2 que, se Dieu plest, les choses vendront a bien de vostre partie. Mais M. cilz B X2 Dyalogus n’en puet partir que il ne le couviengne comparer.
– Sire, ce dist Pelyarmenus, pour Dieu merci, et sachiez que il n’i a courpes sanz moi, et nous sonmes freres: si pourrons encore estre bon ami ensemble. S’il estoit aucuns preudoms qui painne vousist mettre en ma la B X2 pais, et je le B vous voudroie prier que vous painne i meissiez, conme cilz qui moult y a de pooir. Et sachiez que vous i pourrez porriez B moult faire de vostre honneur et de vostre proufist preu B .
– Sire, dist li duxBorleuz, sachiez [e]que j’en sui moult priez et voudroie que la pais que j’en diroie d. en V3 X2 vousist vousissiez B tenir l’une partie et l’autre par tel B X2 maniere que ele seroit plus couvenable a vous que qu’ele ne seroit B X2 a eulz.
– Sachiez, sire, dist Pelyarmenus, que je entendrai du haut et du bas tout B X2 ce que vous en vodrez faire et dire et en B X2 vueil cuide B X2 donner bonne seurté, quoi que je doie perdre ne gaaingnier.
– Sire, ce dist li dux il B X2 Borleuz, ceste chose ne puet pas estre faite si tost, ainz le couvient fere par le conseil c. Dorus G de vos vous G amis et des nostres.
– Certes, sire, dist il, vous dites verité. »
Dont parlerent de plussors choses. Et Et quant il orent parlé assez ensemble, dont V3 se departi li dusBorleuz de Peliarmenus moult debonnairement et l’aseura de ce qu’il pot que il toute la pais que il pourroit y metroit de la paix faire G .

§535 💬Pas de nouveau § BAtant prist congié li .i. a l’autre, et s’en revint li dusBorleuz a Dorus et li dist la verité de tout ce qu’il avoit trouvé en son frerePelyarmenus. Lors firent faire unes lettres, si envoierent .i. serjantMessager de Dorus en Gresce, qui se parti de court ainçois que li duxBorleuz ne fist. Cilz ne fina par ses journees, l’un jour plus, l’autre mains B , et erra d’aler B X2 tant qu’il vint en la cité de B Constentinonble et trouva Helcanus et o lui le duc Leus d’Athainnes et Mirrus et autres, dont la compaingnie estoit moult belle et B X2 moult gente. 💬Nouveau § BQuant le mesageMessager de Dorus fu descendus de son cheval, si monta amont ou palais et salua Helcanus [f]de par son frereDorus et li mist la lettre en la main. Dont rendi Helcanus a celui son salu et froissa la cire et desplia la lettre B X2 et conmença a lire et trouva ens escript la prise de Pelyarmenus et de Dyalogus son frere. Quant il l’ot ot ce B X2 leue, si fu si durement X2 esbahis que il ne n’en X2 sot que dire ne B X2 que fere, ne il ne savoit ce s’estoit verité ou non se il avant le deist pour verité B X2 . Lors trait le mesageMessager de Dorus d’une part et li demanda dist B X2 :
« Amis, conment puet ce estre voirs de ce B X2 que mon frereDorus me mande ?
Sire S., dist cil B , je ne cuit mie que vostre frereDorus vous certefiast chose par son seel qui ne feust veritable.
– Sire, dist cil, voirement y sont il. Estoit ce que vous ne poiez croire ?
– Par foi, dist il, voirement le puis je trop a envis croire. »
Et lors sacha cil une autre lettre de par le ducBorleus et li dist :
« Sire, veez ent ci encore unes autres que li dus de LuxembourcBorleus vous envoie, et bien croi que il le vous tesmoigneront. »
Dont brisa la cire et trouva cilz moult d’amours que il li mandoit, et li tesmoingnoit ce que il avoit trouvé de Peliarmenus et que il en feist savoir sa volenté. Dont fu si joians Helcanus que moult le pot on bien savoir, car il apela le duc d’AtheinesLeus et leur moustra et a moult d’autres les lettres qui li estoient envoiees de son frereDorus. Quant il oÿrent ce, si ont li uns l’autre esgardé et n’i ot nul qui ne quidast que ce fust truffe. Et distrent tout a un concille :
« Comment puet c’estre voirs que ces lettres dient que Peliarmenus et Dyalogus soient en la prison Dorus ? »
V3 G X2
💬L’intervention d’après B est indispensable pour le sens, sans quoi on ne comprend pas la référence ci-après à cil baron. La répétition du segment Peliarmenus et Dyalogus en sa prison doit avoir joué un rôle dans l’omission de V2GX2, sans qu’il s’agisse à proprement parler d’un saut du même au même, puisque les quelques mots précédents (Or me di: est) sont également omis.
– Par foy, dist Helcanus Helca|canus V3 , de ce sui je touz esbahis ! Et nonpourquant, il ne le m’eust ja B X2 mandé se ce ne feust voirs.
– Certes, dient cil baron il B , se devons nous bien croire, car bien savons que, ce nul chevalier peust faire ceste chose, que Dorus l’a faite, car il en B de ce faire X2 est bien puissans de sens et de chevalerie.
– Certes, dist chascuns, veritez dites. »

§536 Dont assembla mist X2 ensamble B X2 Helcanus son conseil et leur demanda d. conseil V3 quele response il pourroit arriere mander de cele chose. Lors esgarderent tout que bonne chose seroit que li prison fussent amené en Constentinonble porce que le principal du fet meffait B avoit esté meffet fait B en la terre et ou paÿs💬porce que... paÿs: Remarquer l’allusion à une juridiction différente pour les crimes commis en fonction du territoire sur lesquels ils sont perpétrés., et il meismes amenast le duc son seingneurBorleuz. Adonc avroient conseil que on en pourroit faire. Ainsi conme il il le B deviserent fu escript, et se remist le mesageMessager de Dorus a voie en son chemin B X2 et ne fina si vint a Lucembourc Lembourc G [11]le chastel. Dorus n’estoit mie en la villeLucembourc, mes il ne demoura que .ii. jours que il repera revint G et sot so›i‹[t] i V3 le mandement de Helcanus son frere.

§537 💬Pas de nouveau § BQuant il oï ce B que la les couvint couvenoit B X2 envoier, si le fist savoir le ducBorleuz, sanz qui💬Comprendre qui = cui. conseil il ne volt voloit B riens petit B X2 fere. Li dusBorleuz li manda que tout ce estoit resons et que il seroit prest de ce qu’il vodroit faire B de quele heure qu’il voudroit ›li‹[v]oudroit V3 mouvoir. Si ne demoura guieres qu’il orent leur affaire apresté, et furent .c. armeures de fer qui et B ne finerent, .i. jour plus, l’autre mains, sanz nul empeeschement, tant qu’il vindrent en la cité de Costentinoble; et trouverent Helcanus et moult d’autres, dont li contes ne fet nule mencion.

§538 Quant Helcanus vit le ducBorleuz et son frereDorus, si leur fist si grant joie que grans anuis seroit du recorder racompter G . Et sanz faille aussi firent tuit li autre baron. Mirrus, qui touzjours estoit a cort, et Clyodorus ne s’en porent pooient B rasazier. Quant il se furent ainsi conjoui, Helcanus volt que on li amenast Peliarmenus, et on si fist. Et quant il vint devant lui, si se lessa cheoir a ses piez devant touz t. ceus qui i estoient V3 et dist :
« Frere, moult m’avez donné par maintes fois a souffrir, et je a vous aussi. Or est du tout ainsi que vous estes venus au desus de moi. Si vous requier merci, conme frere courpable envers autre. »
Lors dit [b]Helcanus :
« Lieve toi, ou autrement je ne parlerai de riens a toi. »
💬En refusant d’échanger avec Pelyarmenus ainsi à ses genoux, Helcanus met en lumière la dimension théâtrale, et surjouée, de l’intervention de Pelyarmenus, et de sa fausseté ce faisant. Dont le firent drecier li baron b. qui la estoient B . Helcanus Et quant il ce fu dreciez, H. V3 li dist :
« Par Dieu, Pelyarmenus, voirement dites vous verité que moult avons donné a sousfrir li un a l’autre. Mes je ne sai ne ne voi que toute la soffrance vous n’aiez pourchaciee. Et qui moult vous en eust lessié couvenir, vous en eussiez ouvré B X2 ordement et feussent les choses alees autrement qu’i ne sont B X2 .
– Frere, dist Pelyarmenus, de riens que vous vueilliez dire sachiez que jamés ne vous en vueil desdire. Et sachiez que vous du tot tot en B X2 dites verité, car je du tout y ai mise la descorde. Et oncore💬Sur cette forme pour encore, cf. Note linguistique., qui se il X2 le B X2 me lessast loisist B X2 le feisse, je ne ne feusse encore venus B au repentir, mes que vous me creez. Je veil que vous sachiez que je du tout en sui vrai repentant et appareilliez de fere l’amende tele conme vous la voudrez prendre. Et se je ne la puis fere, si querez qui la face, car mon pooir ne s’estent plus avant. »

§539 Quant il ot ce dit, si orent tuit pitié de li fors que B Dorus, qui dist :
« Par Dieu, Pelyarmenus, qui vos parolles voudroit metre a oeuvre et vos fais, moult avroit grief B X2 grant G chose B oeuvre X2 a fere X2 , car vos parolles elles B X2 sont contraires les unes et les autres !
– Conment ! ce dist Helcanus. Faites moi entendre ce que vous dites B X2 .
– Par foy, dist il, [c]volentiers. Je di que en ses fais puet on trouver petit de foy et de loiauté, et en ses parolles a a la fois du sens et du refui, par coi je di que en li a moult grant estrif souvent. »
💬La lucidité de Dorus, qui semble aller de pair avec sa grande combativité et peut se comprendre en raison du caractère très personnel des méfaits de Pelyarmenus à son égard, met en lumière la propre naïveté d’Helcanus face aux ruses de leur vil demi-frère. Dont y ot pou de ceus qui moult volentiers n’eussent sourris s’il osassent l’o. G 💬Dont y ot... osassent: La réaction des barons autour de Dorus, Pelyarmenus et Helcanus témoigne de l’audace, bienvenue, de Dorus, pour contrer le manque de lucidité et d’action face au vil Pelyarmenus. Leur sourire, même retenu, participe d’une approbation de l’aplomb du jeune homme pour se défendre face à son demi-frère.. Mes le duc de LembourcBorleuz se feri es parolles Dorus, et fu Peliarmenus menez en la prison, qui moult fu couvenable pour lui. Si parlerent parloient B ensemble li baron conment par quoi B il pourroient trouver une voie par pour G quoi la venjance fust prise faite B couvenable et que li frere peussent demourer bon ami ensemble. Dont n’i ot nul d’eulz qui la voie peust trouver, car il n’i avoit cil qui nulz ne B X2 pleiast Pelyarmenus, si l’avoient trouvé faus et traïteur et plain de mal enging, car il ne tenoit chose qu’il eust en couvent, car et B bien savoient que ainsi le B X2 feroit il qu’i les en se on le B X2 lesseroit laissoit B aler. Si distrent tout de conmun que bon seroit que il fust forment G tenus deci adonc que Fastidorus et autres s’en mellassent, par quoi on fust seürs de lui et des autres que, lequel qui jamés forferoit forfeist B X2 l’un B vers l’autre, que il perdist la B X2 chose par quoi il fust desheritez a touz les jours de sa vie.

§540
« Biaus seingneurs, dist Dorus, je di de ma partie de tant conme a moi en apent apartient G que car B , par cele foy que je doi a touz bons X2 chevaliers et B au cors et a l’ame mon [d]pereCassidorus et que je doi a Helcanus mon frere qui ci est est et foi que je doi a tous chevaliers B , Pelyarmenus ne Dyalogus n’istront de prison tant com que B X2 je les les y B X2 pourrai tenir devant d. ce B que cil i seront s., se il sont en vie B X2 , qui a l’autre fois i furent. Quant il de la pais et de l’amende distrent leur volenté, et par ceus derechief l’amende en iert jugiee et faite faire G si couvenablement que je X2 m’en tenrai a paiez. »

§541 💬Pas de nouveau § BQuant li baron qui la furent il B oïrent ce, si furent tout lié de celui serement et distrent :
« Sire, sachiez que de ceste chose ne faites vous pas a blasmer, et nous tous l’acordons nous y a. B . »
Et adonc furent li prisonnier conmandé X2 fort a tenir, et meismement Dyalogus fu a tel meschief que grant pitié fust de lui se il feust honme de qui dont B de quoi X2 on le la X2 deust avoir. Quant Pelyarmenus sot ce, si pria a Helcanus que il feist savoir a Rome que il feust secourus, car il B X2 savoit bien que on ne savoit nule nouvelle de lui. Dont li dist Helcanus que ce feroit il volentiers et en feust a pes, que car B il n’avroit pis B que le cors de lui, mes qu’il vousist fere droiture💬Dont li dist... droiture: Comprendre "Helcanus lui dit qu’il le ferait volontiers et qu’il [scil. Peliarmenus, et après] en soit rassuré, car il n’aurait d’autre dommage que de son propre corps, à condition qu’il veuille se comporter justement/respecter l’arrangement".. Il dist que de ce seroit il prest en toutes les manieres que on il G le G vourroit mener G .

§542 Ainsi demoura ceste chose. Dorus et li dux dux de Lembourc G Borleuz s’en vodrent partir deci adonc qu’il avroient oï nouvelles de Fastidorus. Il apresterent leur voie pour aler veoir le duc?Leus et la duchesse?Cassidoire. Helcanus ne volt mie lessier que il ne [e]feist escrire sa volenté, si prist .i. mesageMessager d’Helcanus, si l’envoia a Rome. Cil ne fu mie lens, ainz car il B X2 ne fina deci a se au mains non que il pot B X2 fist G tant que il vint en la cité de a G Rome. Lors enquist cist G se Fastidorus estoit en la villeRome, et on li dist que voirement i estoit il, mes moult estoit courrouciez et plains de grant maladie. Cil demanda de quoi il estoit courouciez.
«  Amis Amis, dist il B Et on li dist que G , de son frere qui est estoit G mis a mort, si conme il cuide. »

§543 💬Pas de nouveau § BLors ne volt plus le mesageMessager d’Helcanus enquerre de ceste chose, ainz en vint au Palais Majour, ou il avoit grant baronnie. Cil fist tant qu’i parla a un chevalier qui Gasus avoit non. Et cil Gasus B X2 estoit si bien ami au damoisel damoisiaus B de Costentinoble?Fastidorus/Pelyarmenus/les deux comme le laisse entendre B?. Et quant Gasus vit le mesageMessager d’Helcanus, si li fist moult grant joie feste B , et cil li bailla donna B X2 unes lettres que Helcanus envoioit li e. par lui B X2 . Il froissa la cire et trouva ens B escript :

§544 💬Pas de nouveau § B" Helcanus, ainzné filz a noble honme et couvenable G Cassidorus de Costentinoble, a son tres chier et feable ami Gasus, seingneur de Durmont et baillif de Rome, salut💬Sur la structure averbale en début de lettre, cf. n. au §199. et appareillié de servise. Conme il soit ainsi que discorde ait eu entre nous et la devantdite ladite B citéRome et les damoisiaus de Rome et que les choses venissent a ce que pais et concorde en B fust faite par le B dit de vostre pereCassidorus et de maint vaillant chevalier, endroit de ce que Peliarmenus devant [f]nonmé ot eust eu B couvent par son serement que il nous rendroit Dyalogus, qui avoit esté trouvé en son tort, si conme il que bien B X2 est seu pour voir B X2 , il n’est venu ne n’a envoié ne couvenances tenues B X2 , pour ce fas je savoir a vostre vueillance vaillance B que, par l’aide de Nostre Seingneur et de vous, que Pelyarmenus et Dyalogus nous tenons est en nostre prison B par devers nous, en telle maniere que nous ne poons mie veoir que legierement il se puissent partir de nostre prison. Si en avrons eu nostre vostre G volenté et nostre droit, et Dieu vous tiengne en voie de verité, si conme je croi, que vous touzjours avez ayez B vescu et ferez tant com que X2 vous vivrez."

§545 Quant Gasus ot ce entendu, si fu si joians que moult le pot on bien veoir, car il couvoitoit moult que les damoisiaus de Costentinoble eussent leur raison de ceus de Rome. Meismement Meismemen›...‹[t] V3 quant il sot que Peliarmenus estoit en vie, si li plot moult, car il en estoit moult durement courrouciez. Lors conmanda que le mesageMessager de Helcanus feust fust fust B bien aaisiez et li enquist se il avoit nulles lettres qui alassent a Fastidorus ne ailleurs. Il dist que non. Dont s’en vint es chambres ou Fastidorus estoit a moult grant anui. Lors li dist :
« Sire, faites bonne chiere, car bonnes nouvelles ai de mon seingneur vostre frerePelyarmenus. »

§546 💬Pas de nouveau § BQuant Fastidorus oï ce, si se dreça en son estant [12]et dist :
« Chiers amis, dites moi queles elles sont. »
Lors li lut Gasus la lettre qu’il ot eue de Helcanus. Quant il ot ce entendu, si fu si esbahis qu’il ne sot que respondre autrement que il dist :
« Qui sont cil qui tel chose pueent avoir fait en ma terre ?
– Sire, dist Gasus, se n’ai je mie seu ne autre chose n’en sai que ce que B ceste lettre m’en chante. »
Dont dist fist X2 Fastidorus que on li feist venir le mesageMessager de Helcanus par devant lui qui avoit les lettres aportees G , et on si fist. Quant il le vit, si le salua et dist :
« Amis, dites moi se vous savez quant comment B X2 mon frerePelyarmenus fu pris et menez en Gresce. »
Cil dist que mauvessement le savoit, car car il estoit (sic) V3 n’avoit il pas esté au prendre, mes ce qu’il en avoit entendu li diroit il volentiers. Lors li conta auques pres l’afaire, ainsi conme il avoit alé, mes il onques ne le pot croire, si dist :
«  Il B ne puet estre ainsi avenu ! Bien sai de voir que mi honme meismes l’ont trahy, et ne puet estre qu’il ne soit seu en aucune maniere.
– Sire, dist Gasus, souffrez vous de ce dire, car je ne croiré croi B X2 ja mie B qu’il ait honme en ce païs qui de nule chose s’en fust mellez. Et bien sachiez que, se vous me m’en B voulez croire, ja tel chose n’en direz devant que vous miex en savrez sachiez B la verité. »
Adonc mescrut Fastidorus Gasus de maintenant, car il savoit bien que il amoit l’autre partie, mes il onques n’en fist semblant de riens, car il se le X2 doutoit pour le sens et pour le bien que [b]il avoit maintes fois veu trouvé B en li. 💬Le jeu de camps qui se dessine entre Rome et Constantinople est explicite ici avec la position de Gasus, bailli de Rome, mais allié de cœur des héritiers de Constantinople. La lucidité de Fastidorus sur la question est révélatrice de l’importance de ces lignes de tension, mais aussi de la forme d’impartialité de Fastidorus, qui peut valoriser la qualité de Gasus même s’il ne soutient pas son camp. Dont li dist :
« Chiers amis, moult vous ai trouvé feable par plusseurs fois. Il Il vous B couvient que vous me conseilliez, car car bien sai que B vous estes l’onme el monde de vostre pooir qui miex i puet besongnier. »

§547 Dont fist savoir a l’empereris sa mereFastige ceste nouvelle, qui moult estoit a grant meschief au dessous B X2 de corrous et de tourment. Quant ele le sot, si fu .i. petit plus aise B X2 a sa volenté, car on li fist savoir que que il B de leur volenté estoient alé en Gresce pource qu’il l’orent o. X2 en couvent. Lors furent tuit li prince a Rome mis ensemble et orent conseil qu’il envoieroient en Costentinoble Gasus pour savoir et pour aprendre conment on pourroit ceste chose metre mener B X2 miex a point. Dont s’apresta Gazus, et meismes Ysidore, la fame Pelyarmenus, qui ne volt lessier pour nullui que elle n’alast ne vousist B X2 veoir son seingneurPelyarmenus. Lors ne se pot tenir sa suer Affode qu’ele ne venist a lui et li dist en l’oreille : Par Dieu, vous i alez plus pour veoir B X2 Helcanus que vous ne faites pour vostre mariPelyarmenus.
Suer S., dist ele B X2 , vous ne faites B pas bien ne ne dites X2 voir, ainz estes pou sage, qui que vous X2 tel parolle ce B X2 dites ! »
💬L’affection que portent les quatre filles du roi d’Espagne au preux Helcanus, et la jalousie que cela suscite entre elles, est au cœur des épisodes relatés dans le Roman d’Helcanus, §169 et suivants. Lors s’en partirent atant l’une de l’autre, [c]et fu leur affaire prest, si se mistrent au en leur B chemin - si ne vueil fere mencion de leurs journees, car moult i avroit ot X2 a dire X2 ainz que je eusse tout conté X2 -, que il errerent G X2 B 💬Valeur consécutive: "de sorte que". tant t. firent par leur jornees B G X2 qu’il G vindrent venissent X2 en Costentinoble.

§548 💬Pas de nouveau § BQuant Helcanus sot la venue de la dameYsodore, si pensa penna B X2 de li fere moult grant honneur. Meismement Meimes B X2 de Gasus fu il moult joians. Si conmanda que li bourgois et les dames qui auques valoient ississent hors de la citéCostentinnoble contre eus. Mesmement Helcanus et mout d’autres chevaliers issirent hors, et i ot une joie mout merveilleuse, car quant B X2 Helcanus H. meismes B X2 et Nera, sa fenme, vinrent a l’encontre de la fenme PelyarmenusYsodore. Si la prist entre ses bras et la conjoui et la baisa devant voiant B X2 sa fenmeNera par moult grant signe d’amour. Lors L. aprés B X2 s’entracollerent les .ii. dames, que mie ne se porent taire qu’eles ne deissent :
« Ne soions mie courrouciee l’une l’u›il‹[n]e V3 vers l’autre pour pou›...‹[r] V3 chose que Helcanus ait fait. »

§549 Aprés fu Gasus conjoïs de Helcanus et des autres chevaliers qui la estoient G . Ainsi entrerent en la citéCostentinnoble, moult a m. G grant joie faisant G . Quant il furent descendu, si monterent amont ou palais. Et Ysodore s’apresta et volt aler veoir a B son seingneurPelyarmenus. Dont la prist Gasus et Mirrus et Nera et vindrent en la tour ou Pelyarmenus avoit entendu les nouvelles n. que sa fenmeYsodore et Gasus estoient venus V3 estoit G . [d]Quant il V3 vit sa fenmeYsodore, si fu moult joiant, si qu’il ne vousist pour par G nul tresor que elle ne fust venue. Lors se trestrent a une part et parlerent de plusseurs choses, et sot Pelyarmenus la volenté de Fastidorus son frere et du conseil de Rome. Et dont li enquist Gasus conment il avoit esté pris. Dont ne li volt riens B X2 celer, ainz li dit tout en tele maniere conme il li estoit avenu. Et quant Gasus il B oï ce, si dist :
« Sire, je loeroie que vous feissiez pes pes qui B X2 couvenable c. fust B X2 et feussiez bon ami ensemble e. ensemble V3 a touzjours mes B X2 . Mais Car B sachiez soiez s. (sic) V3 jamés que B l’une partie ne l’autre n’avra jamés pais ne B X2 repos se vous painne n’i metez.
– Certes, Gasus, verité dites, et bien sai que a la concorde avez bien pooir, et je du tot vous encharge en gete B la besongne sus vous, si en fetes tant que je vous en sache gré gré. - Sire, fait dist X2 il, j’en sui tous priez B X2 , mais que vous sachiez nous sachions B X2 que il voudront dire ne faire. »

§550 Dont se departirent d. tout B de lui, fors Ysodore, qui demoura avec son seingneurPelyarmenus sa femme G , et li autre s’en G revindrent ou palais, et fu li mengiers appareilliez. Puis ont lavé, si se sont assis et au mengier ou il B furent moult bien servi. Et quant se vint B aprés mengier, si mist Gasus Helcanus a reson et li dist :
« Sire, moult me puis esmerveillier conment vous estes en tele maniere saisi de mon seingneurPelyarmenus et de Dyalogus.
– Amis, dist Helcanus, 'touzjors li biens vient a son droit et li maus a son tort'💬touzjors li biens vient a son droit et li maus a son tort: Expression sentencieuse inconnue des répertoires.
– Et pour Dieu, ai[e]ez en en vous B bon conseil conment on puist ces choses mettre a point.
Gasus, dist il, la chose ne gist pas du tout en moi, ainz gist a Dorus mon frere. »
Adonc fu li jours et li termes mis que il devoient faire l’acordance en tele maniere que dedenz .xl. jours i seroient tout li prince qui avoient esté a l’acordance faire. Lors firent fere chartres et briez, et fu chascuns mandez moult couvenablement selonc ce qu’il estoient. Peliarmenus volt que Gasus demorast o lui et renvoia arriere a son frereFastidorus que il fust a sa journee qui mise i estoit. Si me vueil de ceste chose taire et vueil B repairier a l’empereeurCassidorus, dont je me sui une piece teus.

[33] Ci revient li contes a l’empereeur Cassidorus, qui est en l’ermitageRobur avec le lyonLion de Cassidorus comment le lyon le mena a l’ermite B .

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Enluminure sur 2 colonnes (e-f) et 13 UR. Cassidorus en armes rouges à ronds blancs dans la forêt devant l’ermitage où l’attendent l’ermite lisant et le lion assis à ses pieds.

§551 Or dist li contes que, quant li emperieres Cassidorus ce fu mis en la roche, si conme devant est dit, il fu moult obedient envers Nostre Seigneur, et sans [f]faille il B souffroit moult de griez grans B X2 penitances, conme cilz qui qui riens B X2 n’avoit de coi vivre, fors de B X2 ce que💬fors de ce que: Comprendre "si ce n’est grâce au fait que". li lyonsLion de Cassidorus li aportoit chascun jour sa porcion de quoi dont B il vivoit. Et si li avenoit que, quant il vouloit boivre, il aloit a la riviere qui couroit le fons du val. Cele vie mena bien .i. an que onques o. de la B ne s’en parti, et tant que .i. jour avint que li lyonsLion de Cassidorus demoura outre heure que il souloit venir. Dont s’esmerveilla moult li empereresCassidorus durement que il demoroit tant. Lors le regarda et le vit venir ausi conme .i. grant quartier de cheval chevrel B 💬La correction d’après B n’est pas indispensable, bien que sa leçon semble plus naturelle. en sa la B X2 bouche. Et quant il vint aussi conme a l’entree de la roche, si esgarda l’emperereCassidorus aussi com s’i li deist di me tu B X2 :
« Venez avant, se vous voulez avoir chose que j’aie ! »
Li empereresCassidorus s’en donna bien garde et vint a lui. Et quant li lyonsLion de Cassidorus le vit venir vers li, si se trait ensus. Li empereres emperes V3 Cassidorus vit qu’il se traioit ensus, si regarda quele part il aloit. Et lors B X2 le suivi li empereres X2 Cassidorus, et tant le suivi qu’il vint devant la meson a l’ermiteErmite d’EspiereRobur qu’il avoit tant quis quant il [13]vint premiers en la forestForest de Espiere. Dont regarda et vit que li lyonsLion de Cassidorus s’arresta a l’uis de du B l’ermite preudomme B Ermite d’Espiere. Quant il l’aperçut, il fu si joians qu’il loa Nostre Seingneur de tout son cuer. Lors hucha li empereresCassidorus que on le lessast entrer ens. Li preudomsErmite d’Espiere estoit en oroisons et n’estoit pas encore couchiez, si ot paor, car il n’atendoit mie tel oste, si dist :
« Qui estes vous, qui a tele ceste B X2 heure me huchiez ?
– Amis, dist il, je sui uns homs qui moult couvoite que je puisse a B parler a vous, et ne vous vueil se touz bien non. »

§552 Lors a l’ermite cil B X2 Ermite d’Espiere ouvert son huis, et li empereresCassidorus et li lyonsLion de Cassidorus entrerent ens. Et quant li hermitesErmite d’Espiere vit le lyonLion de Cassidorus, si ot en ot V3 grant paour et dist :
« Aide Deux ! Soiez moi anuit hui B aidant garant B que ceste beste ne me face mal ! »
Dont li dist li emperieresCassidorus :
« Amis, vous n’ avrez avez G garde se bonne non, car sachiez de verité que je croi quit B que ce soit miracle de Nostre Seingneur quant que B X2 il ceens m’amena m’a amené B .
– Ha ! sire, dist il il, pour Dieu B , dites moi qui vous estes, car je B X2 ai grant volenté que je le sache.
– Amis, dist il, tout ausint sui je desirrant que vous le sachiez. »
Lors s’asistrent li uns delez l’autre et li lyonsLion de Cassidorus entre ses leurs B X2 piez, sa proie entre ses les siens B pates pieds B . Adonc conmença li empereresCassidorus a dire son errement de chief en chief ch. comment il avoit esploitié B puis que li empererisHelcana avoit esté morte, et tot ainsi conme il avoit vuidié son empire et conment il avoit ouvré au Chastel [b]Mignot ; de la puceleCelidoine qu’il ainsi avoit menee par sa volenté ; aprés conment il s’en parti et conment il avoit trouvé sa terre empeeschiee, si conme devant est dit ; aprés conment ele avoit esté aquitee par la volenté de Dieu et de ses bons amis, qui aidié li avoient ; aprés li dist conment la volenté li vint en son cuer de faire sa penitence, meismement de l’avision la vois B qui li vint en en son B dormant, pour par B X2 quoi il avoit tout lessié et en estoit venus partis B pour venir a lui, conme cist qui bien cuidoit trouver son recet ; conme quant B X2 il trouva le chevalierChevalier de la tentation qui ainsi le mena, conme devant est dit ; meismement de la valee de l’yaue, du pont et de la roche du lyonLion de CassidorusTanière du Lion : il ne ne li B volt de riens B X2 mentir, car tout ainsi conme avenu li estoit li a dit e. dessi a la li dist B avoit dit li a X2 💬X2 transmet ici un texte fautif en raison d’un microsaut du même au même sur li, auquel le copiste a tenté de remédier sans pourtant proposer une correction satisfaisante (la phrase ne se construit pas). toute la pure verité💬Une fois encore, le récit témoigne du goût de revenir sur les derniers événements, nombreux et complexes, qui ont mené à la présente situation. La dépendance de Cassidorus au lion, pour manger comme pour trouver cet ermite dont il souhaitait tant la compagnie, joue de la dimension miraculeuse de tout l’épisode.. 💬Nouveau § BQuant li hermitesErmite d’Espiere oï ce, si loa moult Nostre Seingneur de tout son corage cuer B et dist :
«  Sire Par foi, s. B , moult puet on bien savoir que Nostre Sires vous ainme, que car B X2 voirs est que maint biau miracle a Dieu fet pour vous puisque vous venistes tenistes X2 a terre tenir B X2 , et il est bien resons et drois d. et raisons est X2 que vous faciez Sa volenté a ce que li cors soit traveilliez par coi a ce que B l’ame ne soit empeeschiee e. quant ce vendra B au grant jour du jugement salu B X2 .
– Sire, dist l’emperiereCassidorus, ainsi l’en li B X2 pri je qu’I le me consente jusqu’a la mort. »
Dont fist chascun s’oroison a Nostre Seingneur moult devotement. Et quant il [c]furent au chief de piece B X2 redrecié G , si li G demanda li hermitesErmite d’Espiere se il huimés h. il X2 voloit mengier. Li emperieresCassidorus dit li dit X2 que il n’avoit ne l’avoit B X2 mengié fait B X2 de tout le jour. Lors li donna de telz biens conme il avoit, mes li empereres il B X2 Cassidorus respondi dist B X2 que il ne mengeroit fors tele viande conme ce que B X2 son pourveeur l’avoit pourveu, c’est a entendre ce que que li G lion li avoit aporté B X2 .

§553 Maintenant prist sa proie entre les ses G piez du lyonLion de Cassidorus et puis la tordi torst B X2 aussi conme fere f. le B souloit et en B X2 menga par moult bonne volenté. Quant il ot ce fait, si fu alé moult grant piece de la nuit. Dont s’alerent reposer deci a l’endemain que il se leverent. Et quant li hermitesErmite d’Espiere ot son huis ouvert, li lyonsLion de Cassidorus si sailli hors tout aussi com s’il eust esté em prison. Et quant li empereresCassidorus vit oy X2 ce, si fu esmerveilliez ot merveilles B X2 porquoi il ot avoit B ce fait. Lors le hucha, mes mes il B onques ne ne se B retorna, ainz se feri en la forestForest de Espiere aussi conme s’il eust paour de lui. Dont demoura li empereresCassidorus avec l’ermiteErmite d’Espiere, qui moult estoit joiant de sa compaingnie. Quant se vint a l’eure de nonne, que li lyonsLion de Cassidorus souloit reperier en la rocheTanière du Lion ou li empereresCassidorus souloit estre, si cuida que il deust venir a lui tot aussi pourveus conme il souloit, mes mes mais X2 pour noient le fist, car il ne vint ne ala, ainz passa l’eure qu’il devoit soloit B X2 venir. Lors fu li emperieresCassidorus moult dolens, car [d]il cuida bien que Nostre Sires se fust courrouciez a lui de ce qu’il avoit vuidié laissié B son recet de la rocheTanière du Lion. Dont apela l’ermiteErmite d’Espiere, si li dist :
« Sire, moult sui dolens de mon lyonLion de Cassidorus qui ne repaire mes B X2 plus G .
– Sire, dist il, or ne vous anuit, car je cuit que sanz aucune bonne reson n’est ce mie. Si vous pri et requier que vous veingnez prendre avec moi telz biens conme Dieu m’a pourveu et consenti consentir G a avoir, car, pource que B je vueil bien croire que que pource que B vous n’avez de quoi vivre, si que ce B a esté fu B X2 sa volenté tele B X2 que il ça B vous amena et B envoia a moi et que vous B X2 preissiez ce que il vous voudroit prester. »

§554 💬Pas de nouveau § BQuant li empereresCassidorus l’entendi, si penssa que verité v. se B disoit et dist :
« Sire, je ferai vostre requeste. »
Maintenant ot li hermitesErmite d’Espiere pain d’orge apresté et clere yaue de fontainne, si mengierent par bonne saveur💬par bonne saveur: Comprendre "de manière si agréable", "avec plaisir".. 💬Il faut peut-être voir le départ du lion et le changement de régime qu’il occasionne chez Cassidorus comme une évolution dans sa pénitence, de la nourriture toujours carnée, chevaleresque, à celle plus propre à la vie érémitique, du pain et de l’eau. Ainsi demoura li emperieresCassidorus avec le preudonme G hermite B X2 Ermite d’Espiere, qui mout de biens li disoit, et metoit avant par plusseurs fois moult de choses qui bien fesoient a metre G en remembrance retenance B et qui orent puis mestier a lui et aus autres plusieurs gens et d’autres B de la contree. Si est drois que je B d’eulz me taise desi adonc que temps et leu G poins et heure X2 B X2 sera en V3 X2 , si revendrai aus barons qui mandez estoient par divers paÿs pour et B la concorde c. faire G des damoisiaus de Costentino[e]ble et de de ceulz de B Rome, dont je ai parlé devant d. et fait mention ariere B en mon ou G conte.

[34] Ci devise B X2 conment li prince B et li baron sont venus a la journee que Pelyarmenus et Dyalogus avoient encontre Dorus et Helcanus, et i vint Fastidorus F., le frere germain Peliarmenus G et toute sa baronnie o lui lui. Si comme s’en suit aprés G s’assemblerent pour faire la pais entre Peliarmenus et ses freres B vindrent au jour qui leur fu mis de la pais X2 .

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Enluminure sur 2 colonnes (e-f) et 12 UR. Rencontre des princes et barons pour le jugement de Pelyarmenus et Dyalogus par Helcanus et Dorus. Un groupe d’hommes ni armés ni couronnés en accueille un autre devant la ville.

§555 En ceste partie dist li contes que B X2 veritez est, si conme j’ai est B X2 dit devant, que, quant li baron sorent que la requeste du des B X2 filz l’empereeurCassidorusHelcanus estoit tele B X2 , il n’i ot nul qui endroit soi vosist ne voudrent B X2 lessier pour nule chose que il eussent a ffaire qu’il ne venissent au jour que mis i estoit. Sachiez que dont i ot maint bon chevalier qui qui joie et B feste s’entrefirent. Meismement Meimes B X2 Helcanus et Dorus connoissoient leurs bons amis, qui aide et confort leur avoient a. jadis B fait. De l’autre partie se tenoit l’autre partie ensemble, et conmencierent a traitier de la pais si conme selonc ce que B devant est a esté B dit. Mes il ne ne le B X2 sorent onques tant fere qu’i que il onques B X2 la peussent trouver, [f]car Dorus vouloit une merveilleuse amende avoir B X2 , mes Pelyarmenus ne s’i voloit acorder ou nuls ne pooit Peliarmenus amener B X2 , car je truis en B X2 escript que il vouloit que Pelyarmenus crevast les yeux a Dyalogus et li coupast les piez et les mains et encore plus : que B il li sachast le cuer du ventre cors B , qui acordez s’estoit a la traïson qu’il avoit faite et pourchaciee💬Le sort que souhaite réserver Dorus à Dyalogus et Pelyarmenus paraît signaler sa vigueur, mais aussi ses excès (l’insistance portée sur ses résolutions semble dénoter une forme d’ironie dans la prise en charge narratoriale). Il permet aussi de mettre en lumière la cause sous-jacente à la colère de Dorus, liée également à l’absence de son père pour faire respecter l’accord qui avait été conclu contre Dyalogus et Pelyarmenus..

§556 Quant Fastidorus sot ce, si fu moult courrouciez et esmeus en ire, et lors dist conme homs sanz joie que avant que son frerePelyarmenus feist tel chose en morroient il B plus que fet n’eust💬en morroient... n’eust: Comprendre "il y aurait plus de morts qu’il n’y aurait dû en avoir".. Dorus 💬On attendrait une proposition temporelle en début de phrase, comme ailleurs; la tradition est unanime.sot ceste parolle, si dist que son serement tenroit il conment que la pes en B X2 deust avenir. Lors s’en vint Daphus a lui et li dist :
« Sire, par pour B Dieu, quel fu vostre serement ? Et ne l’ avez a. vous B X2 gité par vostre volenté sus ceus qui autrefois furent a la concorde par coi nous feusmes departis et ala chascun en sa contree ?
– Par Dieu, dist il, voirement fis.
– Et conment! dist il. Ne voulez vous mie que nous vous apaisons ?
– Sire, dist il Dorus B , vous n’en avez pooir selonc mon se[14]rement.
– Pourcoi ? dist Daphus.
– Pource, dist il, que cil n’i est pas sanz qui je ne le puis faire, se du tout n’est a mon chois💬se du tout... chois: Comprendre "si tout ne se déroule pas comme je l’aurais aimé".. »

§557 💬Pas de nouveau § BQuant Daphus oï ce, si penssa bien qu’il s’escusoit par toute raison, si dist :
« Sire, voirs est que mon seingneur vostre pereCassidorus n’i est mie presens, par coi vous derriez poez detrier B X2 la pais et la concorde.
– Par Dieu, dist Dorus, voir dites verité est B , se il meismes en n’en B X2 fet sa volenté, que je la moie en avrai avant que Pelyarmenus ne li B autre issent de la prison. »
Quant il ot ce dist, si fu Daphus moult esperdus, car il sot savoit B soit X2 bien que li emperieresCassidorus estoit en aucun lieu ou il fesoit sa penitance, conme cil qui giehi li avoit aussi conme par en B confession. Si ne sot que faire, ainz vint au conte de FlandresRobert et au duc de LembourcBorleuz et a moult d’autres barons et leur dist que jamais il B n’i pooit avoir venir X2 acort B X2 se li cors de l’emperereCassidorus ne le la B X2 faisoit, qui mie n’estoit n’i e. B X2 presens.

§558 💬Pas de nouveau § BQuant cil l’ont entendu, si ont l’un l’autre regardé et furent tout mu. Dont parla li quens de FlandresRobert et dist :
« Conment ! Ne B poons nous nou›...‹[s] V3 mettre nul jour par quoi nous ne puissons tout aussi bien b. ore B fere concorde et pais conme que B X2 a .i. autre jour?
– Sire, ce dist Daphus, sauve soit vostre grace, si ferons, car li emperieresCassidorus n’est ore pas ci endroit, par coi Dorus dont on V3 G ne veult mie que la pais fust soit B faite ne confermee [b]sanz lui, car autrement il ne tendroit mie son serement. »
Dont rougist li quens de B X2 Flandres B X2 Robert de corrous et d’ire et ne se volt taire qu’il ne deist :
« Dont nous devons nous tenir pour fox quant ci sonmes venus et on ne nous velt croire ne que nous soions souffisans d’eus apaisier, selonc ce que li uns ne doit a l’autre porter hayne ne courrous ! »

§559 Quant le duc de LemborcBorleuz ot le conteRobert entendu, si vit qu’il fu courrouciez, si vint a lui et li dist :
« Ha ! gentilz sire, ne soiez de riens ce B X2 esmeus, car je vous di bien vous ai en couvent B X2 que, avant que de ci vous departiez, pes et concorde i sera, se jamés i doit estre ! »
Endementres En ce B X2 qu’il estoient ainsi en tel point entra en la sale le lyon a l’empereeurCassidorusLion de Cassidorus. Quant li baron le virent, si n’i ot nul si hardi qui joie voie B X2 ne li feist, et il tout maintenant ala chascun cerchant tout aussi conme cil qui queroit Daphus aussi conme par miracle de Nostre Seingneur. Lors ala tant de l’un a l’autre que il le trouva delez le conte de FlandresRobert et le duc de NiseKarus. Quant il l’ot trouvé, si li moustra .i. signe d’amour tel que tout li baron B s’en porent esmerveillier, car tout aussi com s’il me deist di me tu B X2 :
« Je sui a toi venus de loing pour grant besoing, si vueil que vous o moi veingniez »
, si fist signe la beste mue. Lors n’i ot il nul qui le veist qui qui a B ceste chose ne prisast pensast B . Dont li [c]dist li dux de NiseKarus :
« Daphus, Daphus, ci a moult grant aventure et belle ! Sachiez que moult ameroie qu’ele feust moie aussi conme ele est vostre. »
💬La réflexion de Karus, duc de Nise, se veut révélatrice du topos du départ pour une aventure merveilleuse qui se joue ici avec l’appel du lion et les préparatifs de Daphus pour y répondre. Dont mist Daphus sa main sus le chief au lyonLion de Cassidorus et le conjoui de ce que il pot. Maintenant se parti li lyonsLion de Cassidorus de lui et se mist touzjours B vers l’uis de la salle en regardant Daphus. Et quant le le bon B X2 chevalierDaphus vit ce, il demanda regarda B ses armes que on les i l’i B X2 aportast G , car il vouloit aler avec aprez B X2 le lyon lui B X2 Lion de Cassidorus en quel lieu que ce fust. Maintenant saillirent plus de .x. serjans, et furent ses armes aportees aprestees B moult tost, et l’ont adoubé li meilleur chevalier du monde qui a ce temps alors G estoient B X2 .

§560 Quant Daphus fu de ses armes aprestez conme chevalier ne le B pot miex estre G , si li demanderent li plusseurs se il vouloit avoir compaingnie. Il dit que non. Li chevaus estoit enmi la court, qui qui li B estoit aprestez. Lors vint au cheval a lui B X2 et monta se mist B X2 en la selle, si pendi .i. escu fort et pesant a son col et prist .i. .i. .i. B fort glaive en sa main a fer agu et trenchant. Dont se mist a la voie et prist congié aus barons et leur dist que pour Dieu il priassent pour lui. Il distrent que Deux le menast en tel lieu que il peust faire le preu de l’ame et l’onneur du cors. Quant il orent ce dist G , si leur pria a touz ensemble .i. don que il ne savoit mie se il jamés plus p. nul V3 en leur B X2 reverroit requerroit B X2 . Dont n’i ot nul quil ne fust sou[d]ples, et distrent que moult volentiers li otrieroient tout ce que il voudroit demander de raison, sauve lor honneur B X2 . Sa demande requeste B X2 si fu tele que il demourassent tous en la citéCostentinnoble jusques a tant qu’il avroient certainnes nouvelles de sa revenue ou de sa demouree. Ceste chose ne li vodrent refuser, ainz li otroierent, et il atant s’en partirent parti B , et si s’en ala B grant aleure le lyonLion de Cassidorus devant et Daphus il B X2 aprés, moult grant joie faisant. De ses journees ne vous B vueil v. je B fere lonc conte mencion G , car il B errerent alerent B X2 tant que il s’embatirent en la Forest de Espiere – ce estoit la forest cele B X2 la ou G ou li emperieresCassidorus estoit e. demourez V3 avec l’ermiteErmite d’Espiere B X2 .

§561 Quant il furent la venus, li lyonsLion de Cassidorus, qui le chevalierDaphus menoit aussi conme par miracle, se mist en une viez sente et conmença commencierent B a aler une grant piece du jor, et ne demoura guieres fors tant B que tant X2 que Daphus entendi la vois meismes que li emperereCassidorus avoit devant B X2 oïe, si conme je ai devant dit fait mention B X2 sanz l’aventure mettre a fin. Dont s’arresta Daphus, conme cilz qui savoir volt que c’estoit, si se mist cele part qu’il ot avoit B la vois oïe et la plainte que la damoiseleDemoiselle de la tentation faisoit. Quant li lyonsLion de Cassidorus vit ce le B X2 , si li anuia moult et donna .i. saut a Daphus et li fist aussi conme que X2 .i. signe qu’il n’i alast mie, mes cilz en qui chevalerie terrienne estoit plantee ne le volt lessier pour lui. 💬L’ennui du lion pourrait presque prêter à sourire: il semble souligner la répétition de ces aventures que propose le récit, entre celles de Cassidorus à l’entrée de cette forêt et celles qu’il relate maintenant pour Daphus. La caractérisation de la chevalerie terrienne semble quant à elle dénoter une orientation des préoccupations de Daphus, trop éloigné des enjeux spirituels qui se nouent dans cette forêt. Lors feri son cheval destrier B des esperons et vint au lieu ou ele crioit, si vit .i. chevalierChevalier de la tentation armé de toutes armes [e]et son cheval delez lui B , et tenoit une moult belle pucele damoisele B Demoiselle de la tentation par semblant et en vouloit fere sa volenté. Dont s’aprocha moult tost Daphus de X2 lui eulz B X2 et et en B conmença moult durement B X2 a blasmer le chevalier celui B X2 Chevalier de la tentation de ce qu’il vouloit cele a force violer💬et tenoit une moult belle pucele... violer: Cet épisode de tentation, à l’entrée de Daphus dans la Forêt d’Espiere, rejoue les épreuves qu’avait très exactement endurées Cassidorus, voir §507-510.. Quant cil entendi Daphus, si lessa la damoiselleDemoiselle de la tentation et vint a son cheval et monta en la selle si isnellement que moult s’en esmerveilla. Daphus si s’apresta de ce que il pot, mes onques si tost il ne pot faire que cilz li donna .i. cop si grant que que il B X2 onques mes n’avoit receu si grant, ce li sembla.

§562 Quant Daphus ot ce le B cop receu, si ne fu pas lens, ainz ot l’espee sachiee et mist l’escu avant amont B et vint a celui et li donna .i. cop et ou B X2 il mist moult de sa force. Tout aussi conme se il eust feru sus une enclume couvint il B X2 l’espee le cop B resortir et traire ensus. Dont le hasta cist c. aprés B et li le B donna rendi B .i. greingneur cop que cilz G devant n’avoit esté. Mes cil, qui au jour de adonc n’avoit honme douté G , li courut sus si esforciement que bien le les B cuida mettre au desous par force de chevalerie. Lors conmença escremie et bataille si grant que riens n’estoit ne fust B X2 , au regart de toutes celes dont que B j’ai encore parlé en mon conte, a ceste💬rien n’estoit... a ceste dont je me sui entremis de dire: Comprendre "rien... ne pouvait être comparé à celle que j’ai entrepris de décrire". dont je me sui entremis de dire. Et pource que li aucuns tenroient a trufle ce que li contes en tesmoingne, si venrai a la fin fin d’eulz B conment ne liquelz en B X2 fu outrez.

§563 💬Pas de nouveau § BVoirs fu que tant dura li estris de eulz .ii. B X2 que par [f]semblant pou pooit conquerre l’un sus l’autre, et leur cop estoient moult afebloié. Dont esgarda Daphus celui a qui il avoit la batailleChevalier de la tentation et vit bien que point n’isoit de sanc de lui, conme celui meismes B X2 qui armeure n’avoit empiriee. Dont Tout B X2 aussi vit il de lui, mes si se sentoit froissiez f. et blechiez B que a bien pou qu’il ne chieoit jus du cheval a terre, mes il nule volenté n’avoit de li B X2 requerre. En ce qu’il estoit en tel point, si esgarda vers le ciel et dist :
«  Biau G dous d. sire B Dex, Qui tout feistes de noient, secourez moi si vraiement que pour nule mauvaise volenté que je vueille ne fais a mon espoir ceste bataille deffense B ! »
Lors vit le ciel partir et fu aussi B conme en crois, et il maintenant se seingna conme en de la B X2 crois G et fist le celui B X2 signe sus lui de la crois B X2 , mes onques si tost ne l’ot faite quant un grant escrois et .i. grant cri si grant et hydeus oï que il B X2 , vousist ou non, l’estuet cheoir pasmé a terre t. jus B X2 de son cheval.

§564 Quant il fu revenus repairiez B de paumoisons, si regarda entour lui et ne vit que son cheval et le lyonLion de Cassidorus, qui l’atendoit en grant signe d’amour. Dont s’aperçut li bons chevaliersDaphus et vit bien que par son orgueil estoit il avoit esté B deceus. Lors se trouva si bleciez et si doulereus que por tout l’avoir du monde il ne fust montez sus son cheval, et le il li B X2 couvint estuet B X2 si tres grant piece reposer. Et estoit ausi conme soleil couchiez, car tant avoit duré la V3 bataille, si conme il a de nonne jusqu’a dessi a B celle [15]heure que je devant ai dit. 💬Nouveau § BDaphus, qui en tel point se vit que il en son cheval ne se pot mettre monter G - et d’autre part il estoit nuit -, si ne sot que il pot G faire. Lors esgarda, si vit que li lyonsLion de Cassidorus conmença a gronnoier et a fere semblant que il se dreçast por aler, et il si fist. Dont cuida monter, mes pour nulle chose riens B ne l’eust fait, car il estoit tel atourné que il ne se pooit aidier B X2 . Si prist son glaive et son escu et le B X2 pendi a l’arçon de sa selle et abati la resne du cheval B X2 et se mist m. a aler B tout a pié aprés le lyonLion de Cassidorus, qui le mena grant piece de la nuit, tant qu’il vindrent a la meson de l’ermiteErmite d’EspiereRobur. Lors conmença le lyonLion de Cassidorus a grater a l’uis de son des B pié moult forment. Quant li hermitesErmite d’Espiere l’oï, si ot grant paour et vint a l’empereeurCassidorus et li dist :
« Sire, je ne sai quele beste grate a nostre huis h. moult fort B , et bien sai que ele veult ceens entrer, mes je ne sai se c’est pour bien ou pour mal. »

§565 Dont sailli em piez B li empereresCassidorus et sot son V3 maintenant B que ce estoit son lyonLion de Cassidorus et vint a l’uis et li ouvri et trouva lui et Daphus, si conme j’ai devant conté. Lors prist li emperieresCassidorus le lyonLion de Cassidorus par la teste et le conmença a aplanier et dist d. a|aplanier et dist V3 a Daphus G :
« Biau sire, ce dist li emperieresCassidorus B X2 au B X2 a G chevalier Daphus G Daphus, qui estes vous v., dites le moi B , qui avec mon lyonLion de Cassidorus estes e. ci B X2 venus ? »
Lors l’entendi Daphus, si le connut a la parolle et li dist :
« Sire, je sui Daphus, vostre ami. »
Quant [b]li emperieresCassidorus l’entendi, si fi (sic) V3 fu moult joians qu’ il l V3 ne pot mot dire, ainz vint v. a lui B X2 en lermes et en pleurs, si l’embraça si fort que il le fist fremir, et ne failli guieres qu’il ne gita .i. cri de fine doleur de ses bleceures. Si dist :
« Ha ! sire, pour Dieu merci, souffrez que je puisse a vous parler tant que je vous aie conté m’aventure, car de la vostre cuide je estre sages. »
Dont sailli li hermitesErmite d’Espiere au cheval et s’entremist de lui aaisier. Li emperieresCassidorus et Daphus entrerent en la seule et s’asistrent li uns delez l’autre, car plus ne pot Daphus demourer em piez de fine lasseté lasseté. Si dist li empereres a Daphus B .
« Amis, ce dist li empereresCassidorus B , tart m’est que je sache dont vous venez, et par quele aventure mon compaingnon le B X2 lyonLion de Cassidorus s’acompaingna a vous. »
Lors li conta Daphus toute la verité, pourquoi par quoi B il estoit la venus et conment Dorus avoit esploitié de Pelyarmenus et de Dyalogus, que il avoit mis en sa merci du tout, et conment li baron estoient estoi›t‹[e]nt V3 mandé pour la pais asouvir, et Dorus n’en voloit voudroit V3 riens fere pour eulz autrement que devant a esté dit, et voloit que il meismes i fust ou a touzjours il les B G l’en X2 tenroit em prison. Et quant il li ot tout ce conté, si li dist conment li contes de FlandresRobert en avoit parlé, et en tieux parolles qu’il parloient ensemble B X2 li son B X2 lyonsLion de Cassidorus estoit entrez entra V3 G 💬estoit entrez: V3 et G donnent entra, ce qui pose un problème de concordance; la présence de estoit venus juste après nous incite à corriger cette forme d’après BX2. en la salle et estoit venus a lui faisant tel signe que il o lui s’estoit mis a aler partout ou il aloit iroit B , et li avoient en couvent li baron [c]qui la estoient que il ne se departiroient V3 G
– deci a tant que il savroient nouvelles de moi lui B X2 💬que il ne se departiroient... de moi: Passage subit du discours indirect au discours indirect sans marqueurs énonciatifs dans V3 et G. Notons en outre que l’omission de que il ne se departiroient dans V2GX2 pourrait dériver d’un saut du même au même non erroné sur -oient., fust de reperier ou de demourer sa demouree B . Et quant je oi pris a eulz congié, je me mis aprés G le lyonLion de Cassidorus, qui m’amena en ceste roche contree et en ceste forest B r., se mist devant et moi aprés G forest X2 Robur. Mes quant nous eusmes alé deci a nonne, si entendi .i. cri moult piteus, aussi conme d’une pucelle. »
Lors li conta Daphus tout ainsi conme il li estoit avenu de cele aventure la ou il estoit seoit B delez lui. 💬L’orientation, d’emblée, du récit de Daphus sur les enjeux politiques de la situation qu’a interrompue le lion à son arrivée à la cour souligne la direction que va prendre le récit, en-dehors des considérations spirituelles potentielles du miracle de l’appel du lion ou du repentir de Cassidorus auprès de l’ermite. La narration marque ainsi son retour aux questions politiques qui doivent continuer à animer Cassidorus.

§566 Quant li empereresCassidorus oï ce, si ot moult grant merveille de ce qu’il ot oï, et ne l’eust mie creu s’il ne le sentist l’eust seu B le seut G X2 a si loial chevalier. Dont dist V3 il B :
«  Amis a mis V3 , moult a a pensser a ce que vous m’avez dit conté B . Il vous couvient oster vos armes et vous aaisier de ce que nous pourrons avoir B X2 .
– Sire, dist il, a vostre volenté. »
Lors le desgarni l’a desgarni B li empereresCassidorus de ses armes et puis le vesti de telles robes conme il avoient, et fu tant avec eulz que il fu garis de ses plaies. Et quant il fu furent V3 sanez garis de ses plaies V3 garis G , si se mistrent mist B li emperieresCassidorus et Daphus a la voie ensemble B X2 a aler vers Costentinoble et pristrent congié a l’ermiteErmite d’Espiere. Se mistrent💬Verbe en première position, cf. Note linguistique. hors de la forestForest de Espiere, et touzjours le lyonLion de Cassidorus avec eulz, et ne finerent d’aler, l’un jor plus, l’autre mains, tant que il vindrent a une liue l. prez B de Costentinoble. Adonc firent savoir leur venue en la citéCostentinnoble, qui donc veist mouvoir chevaliers pour aler a l’encontre d’euls💬 qui donc... d’euls: Comprendre "que donc on put voir des chevaliers mouvoir et aller ainsi à leur rencontre"., et adonc vindrent en Costentinoble a grant joie. Quant se vint a l’endemain, si parlerent de la pes et B de la concorde [d]de Pelyarmenus et de Dyalogus le bastart.

§567 Dont se mist mistrent B chascune partie ensemble et troverent en leur conseil qu’il metroient tout l’afaire sus le conte de FlandresRobert et sus le duc de NiseKarus B et et le duc B Josyas d’Espaingne et Japhus le Frison et le duc de LucembourcBorleuz, cil .v. pour l’une partie ; et pour l’autre pristrent la seurté de l’une partie et de l’autre des deux parties G de tenir tout ce que il en diroient puis, si orent conseil de que B la pais et de B la concorde c. seroit B en tele maniere que Dyalogus seroit banys hors de l’empire de B Rome et et de tout l’empire et de l’empire B de Costentinoble, deci au rapel l’empereeurCassidorus et B Dorus, et ainsi que G Fastidorus ses freres F. B et Pelyarmenus obligeroient s’o. B cors et avoir a fere le conmandement l’empereeurCassidorus et son conseil, se il jamés a nul jour du monde i eust descorde ne male pais, ne de par eulz ne de par leur conseil. Ainsi fu acordé fu fait l’acort G de l’une partie et de l’autre par acort G B X2 .

§568 Atant demourerent les parolles, et fu la feste et B la joie j. el palais B si grant que devant n’i ot greingneur eue. Et fu Dyalogus mis hors de prison, qui bien cuidoit chascun jour estre mis a mort deshonneste. Lors s’en vint au conte de FlandresRobert et se lessa cheoir a ses piez, si ne fu onques honme qui tant se peust humelier conme il fist, et si li dist telz parolles B X2 :
« Ha ! sire, gentilz homs B X2 , jeté m’avez de la tres vilainne laide et v. G et cruele mort que je atendoie. [e]Si poez de moi fere conme de vostre serf. »
Adonc si li dist li quensRobert que, pour l’amour de Pelyarmenus, il vouloit qu’il alast avec li en Flandres, et il si fist, dont il en ouvra puis mauvessement et fausement envers le conteRobert, dont de quoi B vous en B X2 orrez bien parler avant que li livres faille💬Il ne sera pas question des méfaits de Dyalogus auprès du comte de Flandres, mais cette précision souligne encore toute la vilennie de ce personnage.. Et ainsi demorerent puis li prince .viii. jours touz entiers plains B X2 en cele joie et en si grant feste que jamés ne s’en queissent partir, ne fu ce que💬ne fu ce que: Comprendre "si ce n’est que". chascuns avoit a faire en son pais.

§569 Quan ce fu vint B que il il s’en B durent partir, si firent fist B li empereresCassidorus et li autre B Gasus venir v. par devant lui B , et il i vint moult appareillieement. Quant il vint par devant lui, si le trait a une part et li dist :
« Amis chiers, mout vous ai trouvé t. plain B de grant foy envers moi et envers ma dame l’empererisFastige. Si vueil ouvrer par vostre conseil, car j’ ai ai ma B volenté de li V3 G X2 rapeler avec moi, si conme il me semble que raison l’aporte. Si m’aprenez conment je le puisse faire plus couvenablement, par quoi je aie le gré et l’amour de ceus a qui la greingneur partie de l’afaire monte en tient G . »
Quant Gasus ot ce entendu, si ot si grant joie que il se lessa cheoir aus a ses B piez de l’empereeurCassidorus B et li baisa le soler. Et quant il le se G leva, si n’ot pooir de respondre fors en larmes et en pleurs, et dist :
« Ha ! gentilz sire homs G , conme gente requeste a ci ! Or Car G sai je bien que [f]Deux a oï priere que je ai tant desirree et covoitiee. Si vous en dirai mon avis selonc ce que tout le monde en iert joians et vous en prisera, si que bien le verrez. »
Lors li dist :
« Sire, et puisqu’il est ainsi que Nostre Sire Deux vous a donné tele volenté, je irai a mes damoisiaux de Rome en tele maniere aussi B X2 que je ne sache mie ceste chose, si leur prierai que il facent prier a leur freres que il viengnent avec eulz a vous, si vous charront aus piez et vous prieront pour Dieu que vous rapelez leur mereFastige, par quoi il soient plus couvenable, et que il li y B puist avoir reson et greingnor affinité. Et il vous prendra pitié de eulz, si serez si apensez que bien leur savrez respondre a leur requeste. »

§570 💬Pas de nouveau § BQuant li empereresCassidorus ot Gasus l’oy B ainsi parler B entendu G , si dist d. a V3 :
«  Gasus Amis G , bien avez dit ! Et je vous vou›...‹[s] V3 em B X2 pri que vous en faciez ce que que vous quidiez que B X2 bon soit. »
Maintenant s’est Gasus de lui partis et vint a ses damoisiaus, si les mist d’une part G et leur dist :
« Biaus seingneurs, je me sui d’une chose apenssez qui moult seroit couvenable a vous, se vous le la B poiez fere. Et je croi que vous le ferez, se vous jamés la devez faire, si en est poins G .
– Quel chose est ce B ? dist se V3 fait B Fastidorus.
– Sire, dist il, la merci de Nostre Seingnor, nous avons bien besoingnié selonc ce que les choses sont ont B X2 alé. Mes encore le B pourrez, se vous voulez, miex [16]faire une chose💬Mes encore... chose: Rupture de construction, cf. Note linguistique. que je vous dirai: vous ferez a chascun des barons qui ci sont une requeste et leur direz qu’'il vous aidassent aident B G a prier vos freres touz premiers et aprés vostre pereCassidorus que il vousist rapeler et venir avec vostre mereFastige par coi il fussent ensemble a touzjours', si en seriez plus prisiez. »
Adonc se sont avisié que q›...‹[u]e V3 il iront premierement a leur oncle o. Dyomarques G le roy d’ArragonDyomarques.

§571 Lors vindrent a lui et li distrent ceste chose, dont il fu moult joians. Aprés, il B vindrent au duc de LucembourcBorleuz, si li firent ceste requeste r. requeste X2 ; aprés au conte de FlandresRobert et a Japhus le Frison, et aussi a touz les autres, qui furent moult lié de ceste requeste ; et adonc s’en vindrent a Helcanus et a Dorus. Lors parla Daphus mout couvenablement pour les damoisiaus damoisiau›...‹[s] V3 de Rome. Maintenant vindrent tout ensemble a l’emperereCassidorus et se lessierent tuit .iiii. cheoir de freres G a ses piez💬se lessierent... piez: Comprendre "les quatre frères se laissèrent tomber à ses pieds".. Dont D. il leur G dist que il se dreçassent amont et G levassent sus et B X2 que il B deissent lor volenté. Dont dist Helcanus qu’il ne le n’en B X2 feroient mie se il ne leur otroioit leur requeste.
« Par mon chief, dist il, je savrai ainçois quele ele doit estre »
G
. Dont li G dist Helcanus :
« Je et mon frere Dorus vous prions, et il eulz B du tout avec nous, que vous vueilliez rapeler l’empereris nostre mere B X2 Fastige avec vous B et que vous B soiez li uns avec l’autre, si conme vous [b] devez si comme vous d. V3 , et nous touz vous a v. B X2 en requerons que vous le vueilliez il vous plaise a B fere. »
💬La leçon de B et X2, qui se passent de la précision qui fait de Fastige la mère d’Helcanus et Dorus: c’est bien la mère de Pelyarmenus et Fastidorus. On pourrait cependant voir cette dénomination comme une trace de la volonté des quatre frères d’agir de concert à la réunification familiale qui se joue ici. Nous maintenons donc la leçon de V3G. Quant Helcanus ot ceste raison dite, li empereresCassidorus se tut .i. pou, que il pou ne grant .i. mot B X2 ne respondi G . Adonc se mistrent tout li baron a jenous et distrent :
«  Sire Ha ! s. B X2 , la requeste de vos enfanz ne devez vous pas escondire se vous nous voulez servir a gré💬L’intervention des barons pourrait être lue aussi bien comme un conseil affirmé que comme une question pour inciter Cassidorus à prendre cette décision.. »
Lors parla li empereresCassidorus en haut et dist :
« Biaus seigneurs, fete est vostre requeste. Or levez sus apertement. »
Adonc se drecierent d. tout B X2 et i ot une joie feste B moult merveilleuse et grant B .

§572 💬Pas de nouveau § BMaintenant fu demandé a l’empereeurCassidorus conment il vouloit que ceste assemblee fust faite. Il respondi qu’il vouloit aler a Rome, car grant piece avoit qu’il n’i avoit esté. 💬Nouveau § BAdonc s’apareilla li empereresCassidorus, o lui ses .iiii. filz et tout li li autre B X2 baron qui la estoient, et se mistrent au chemin dedenz .viii. jours. Dont ce fu Gasus devant aprestez pour la nouvelle porter a l’empereris de RomeFastige et a ceus de la citéRome. Il ne fina par ses journees tant que il vint a Rome en la cité B et descendi entra B ou Palés Majour, ou l’empererisFastige estoit, o lui grant plenté de dames et de damoiselles.

§573 💬Pas de nouveau § BQuant il vint devant lui, si la salua de par l’empereeur Cassidorus de Costentinoble. Quant la dame elle B Fastige entendi Gasus l’e. B X2 , si ot moult grant joie de cest son B salut parole et s. G et dist :
«  Dites moi Amis Gasus B X2 : quelles nouvelles me direz dites B vous [c]de l’empereeur, mon seigneur lui B X2 Cassidorus ?
– Dame, dist il, bonnes nouvelles, se Dieu plest B X2 . »
Lors li mist la lettre que B X2 li emperieresCassidorus li envoioit B X2 en la main, et elle froissa ens la cire G et trouva escript ens e. G la pes de ses enfans et et aprés comment il li mandoit B conment il venoit a elle a pour B X2 fere li f. B toute sa sa plaine B t. sa plaine X2 volenté. Quant ele ot ce leu, si ot moult grant joie a son cuer B X2 , qu’ele tressailli toute de grant leesce, et puis loa Nostre Seingneur de tot son cuer moult devotement B X2 . Lors se dreça la dameFastige et dist oiant touz et toutes le mandement que B X2 son seingnor l’empereeur de CoustentinobleCassidorus li mandoit B X2 .

§574 💬Pas de nouveau § BQuant il orent ce l’orent B entendu, si ala ala maintenant B la novelle parmi Rome, et i ot une si tres perfaite joie que anui seroit du raconter. Pour En B X2 cele joie fist l’empererisFastige apareillier la citéRome pour recevoir B son seingneurCassidorus, si le fist fere fu fait B X2 si noblement com que B X2 on le pooit fere. Quant se vint que li emperieresCassidorus et li baron s’aprochierent a B X2 de Rome la cité B X2 , si fu l’empererisFastige aprestee, o lui grant plenté de dames et de damoiselles. Lors fu mise sus .i. tel palefroi com que B X2 il apartenoit covenoit B X2 a tel dame li B X2 et fu adestree de maint vaillant prince, et tout ainsi se partirent tout conmunement hors de la villeRome. Si encontrerent l’empereeurCassidorus, o lui grant plenté de gent et B X2 de barons. 💬Nouveau § BAdonc s’asemblerent a X2 l’empereeurCassidorus et l’empererisFastige et conjouirent li uns l’autre en tele maniere que tout conmunement en o[d]rent grant joie, et mervelieusement en fu furent B loez li uns et li autres de leur noble contenance. Mes il ne me plest ore mie que j’en face autre devise, fors tant que il vindrent a la grant eglise de Rome, et furent li empereresCassidorus et li empererisFastige reconsilié du papePape et des cardonnaus en tele maniere que comme B il cuidierent que Reson l’aportast. Aprés s’en reperierent ou Palais Majour, qui touz fu pourtendus de draps d’or et de moult d’autres aournemens plus chiers, et tout ainsi le firent f. il B , par coi on puet savoir que le prince devant nonmé furent pourveu p. de l’empereris chascun B de divers ascesmemens aournemens B et de leur armes et por eulz et B X2 pour leurs chevaliers, si que ce fu la chose de quoi li emperieresCassidorus fu plus joians et en sot gregneur gré a l’empererisFastige.

§575 💬Pas de nouveau § BLi baron, d’autre part, furent prié des damoisiaus de Rome que principaument que B il ne lessassent pour nul coustement a faire une feste qui a honneur leur de chevalerie B apartenist, car bien seust chascuns se pour avoir ou pour tresor peust on avoir mis guerre a fin dont i eussent la leur mise et assouvie, mes il virent bien aus amis que qui B leur contrepartie avoit que il n’i eust mestier. Et pour ce fu bien dit cist proverbes que 'mieux vaut amis que autre tresor'💬mieux vaut amis que autre tresor: Variante du proverbe Muez vaut amis an place que argent an borse (Morawski, 1240).. Dont Pelyarmenus dist a ceste fois au noble conte de FlandresRobert :
« Sire, de cest tresor que nostre vostre G chiere mereFastige a assemblé est en vostre conmandement c. pour B X2 [e]fere une noble feste par pour G coi nul de nous ne puist peust G entrer en nule male couvoitise aprés ce que vous serez partis de nous. »

§576 Quant li quensRobert ot entendu Pelyarmenus, si le prisa moult en son cuer et li dist :
« Pelyarmenus, or encore B voi je bien que la feste sera de ne puet demourer sans B grant coust. »
A cest mot fet fu B X2 fist G l’yaue corner cornee B X2 , et alors donnerent l’yaue laverent B X2 . Et quant il orent lavé B X2 , si se vont asseoir s’assistrent B X2 au mengier, et furent fu B chascun servis a son devis💬furent... devis: Sur l’accord du verbe au pluriel avec le sujet chascun, cf. Note linguistique. si noblement que grans anuis seroit du raconter r. touz les mes qu’il orent V3 . Que vous feroie diroie G je lonc sermon G ? Li jours passa, et vint au soir que chascun se trait a son repos. Li empereresCassidorus et l’empererisFastige s’entracointierent se furent entracointié B , conme cil qui autres fois l’avoient fait, si furent toute la nuitiee en soulas et en joie, conme ceus qui pou dormirent cele nuit.

§577 💬Pas de nouveau § X2Quant ce vint au matin, que li empereresCassidorus fu levez, si issi hors des de sa G chambres et trouva que .iii. chevaliers estoient en la sale venu et et cil B X2 estoient armez de toutes armes fors de hyaumes et d’espees. Si tenoient par la main .i. enfant de .x. ansCelydus, et cil G estoit garnis de toutes biautez. Et sitost com que B il virent l’empereeurCassidorus, il le connurent. Lors vindrent par devant lui lui et li presenterent l’enfant en tele maniere B , si li B distrent :
« Sire, a vous nous envoie la damoisele du Chastel MignotCelidoine et vous a vous B fet par nous asavoir B son [f]derrain salut, et si vous envoie autant de joie conme de vous li estoit remez. Or est V3 ainsi que Deux a fait de lui Sa volenté. Si vous mande par nous que 'vous priez a Dieu pour l’ame ›d‹[l]’ame V3 de B X2 li', car elle est de ce siecle departie pour l’amour de vous. Si vous prie que 'vous penssez de l’enfantCelydus et que vous ne souffrez que la terre soit mise a gast', car ele en met a geté B X2 sus vous toute la painne et le travail. »
💬Il s’agit donc du fils bâtard, fruit de l’union de Cassidorus avec Celidoine au château Mignot: Cassidorus y était resté sous les charmes de Celidoine avant d’en être libéré par Clyodorus, voir §295-316.

§578 Quant ce vit li emperieresCassidorus et oï G , touz li cuers li atendria, et prist l’enfantCelydus entre ses bras. Lors G ne se pot tenir que il ne le baisast en lermes et em pleurs B X2 . Dont apela Daphus et li B dist :
« Amis, faites ses chevaliers aaisier a. et estre B a sa lor B volenté G , et puis si repairiez a moi, car j’ai de vous a faire. »
Lors se leva li emperieresCassidorus a tout entre ses bras B l’enfantCelydus et s’en B X2 entra es chambres et vint la ou l’empererisFastige estoit et li dist :
« Dame, oncore est cist enfesCelydus miens, dont je vous prie que vous le X2 faciez garder conme le vostre. »
Quant la dameFastige oï ce, si sailli sus et prist l’enfantCelydus entre ses bras et le baisa moult amiablement et puis dit :
« Sire, je vueil bien croire que cist enfesCelydus soit vostres, car nul n’en avez qui miex vous resemble. Et je vous pri, mes qu’il ne vous anuit, que vous me dites dont il vient, car moult le couvoite a savoir. »
Adonc li dist d. a briez paroles B X2 li empereresCassidorus, conme cilz a qui il qui B en l’en B avoit autre fois parlé. Et quant ele sot ce, si fu moult joians pour .ii. choses : la premiere, pource qu’ele tenoit l’en[17]fantCelydus ; la seconde, pource que la damoiselleCelidoine estoit trespassee de ce siecle, par quoi ele doutast qu’ele perdist l’empereeurCassidorus et que il ralast a lui.

§579 Ainsi fu l’empererisFastige joiant de ceste chose et tint l’enfantCelydus en moult grant chierté. Daphus revint a l’emperereCassidorus et li dist :
« Par foy, sire, voirs v. est V3 G ce dist Celidoine Cassidore V3 G X2 💬voirs ce dist Celidoine: Comprendre "Célidoine dit vrai". C’est bien aux adieux de Celidoine, et non de Cassidore, à Cassidorus que le texte renvoie (cf. §321). Remarquer en outre l’erreur de V3G, qui placent les propos dans la bouche de Celidoine. quant elle dist que 'jamés ne vous verroit ne vous li'.
Daphus, dist il, voirement le dist ele. Mes or ce B X2 me dites : conment dient li chevalier qu’ele morut ?
– Sire, dist il, n’est il n’est B X2 pas grant besoing que vous le sachiez selonc ce que j’ai entendu.
– Par mon chief, dist li empereresCassidorus, savoir le vueil, ou je ne serai jamés a aise dusqu’a tant que je le sache. Car B X2 se vous m’ amastes amez B X2 onques de riens tant B X2 , que si B X2 vous B X2 me dites diez V3 conment Dyane le fet, car bien sai que vous en avez oïes nouvelles.
– Sire, dist il, Dyane ne le B fet se bien non, conme cele qui vous mande moult d’amistiez et de salus et moult volentiers vous verroit se estre pooit B X2 💬se estre pooit: Comprendre "si cela était possible"..
– Par Dieu foi B , dist ce respont V3 fait G li emperieresCassidorus, se feroie je li, mes je vous pri tant come je puis, se vous m’amastes onques de riens, ne par la foy que vous m’i devez, que vous B X2 me m’y G contez dites B X2 de Celidoyne, car j’en ai le cuer molt dolent.
– Sire, ce dist Daphus, verité fu que, ainsi com vous eustes otroié la requeste de vos enfanz, et meisment meimes B X2 de l’empererisFastige, que vous eustes fet l’acordance, car B X2 Celydoine elle B X2 le X2 sot par art, conme ce[b]le qui plus en savoit que touz les astronomiens toutes celes B X2 qui a son temps estoient du monde B X2 . 💬La magie de Celidoine, qui lui avait également permis de garder auprès d’elle Cassidorus, recherché dans tout l’empire, et qui avait été la cause de tracas politiques, est assumée au moment d’expliquer son trépas. Et tantost conme elle e. le G sot B X2 , elle acoucha malade de duel B X2 et ne vesqui que .iii. jours, et conmanda et encharga a sa gent que il vous deissent si a fait B X2 le mandement que elle mandoit B X2 , ainsi com vous le B X2 poez entendre se vous voulez B X2 G . Et moi G me B X2 couvient c. il X2 💬Et moi me couvient: Remarquer l’emploi pléonastique des pronoms dans V3G. mettre au retour, car Dyane me mande que, tout aussi tost conme que B j’avrai oï les B nouvelles de lui G , se je ne me mes au retour, elle que elle B que G ne me B cuide c. pas que ne me doive B jamés veoir. Si vueil a vous prendre congié, conme cil dont de qui B X2 vous n’avez pas moult a faire, pour coi vous ne B X2 vueilliez que je je ne B X2 trespasse ce conmandement et ceste requeste G .
– Par Dieu, dist li emperieresCassidorus, vous B X2 avez dit dites B verité G , car G ma volenté est que vous ne partiez partez G mie de moi. Mais puisque ainssi est que vostre volenté si est d’aler, je vous pri que vous demouriez jusqu’a tant si vueil que vous repairiez quant il vous plaira, mais B X2 que la feste soit passee. »
Ainsi demora Daphus par le conmandement de l’empereeurCassidorus jusqu’a tant que la feste fu passee et, aprés ce que ele fu passee, il vint a l’empereeurCassidorus et G li a l’empereeur G demanda d. Daphus G congié, et l’emperiereCassidorus li donna mout bonnement. Mes ainçois ainsi G li pria et requist que B X2 il se preist et soiez B X2 garde de la terre de Celydoine
– et de mon filzCelydus, car je le G vueil que vous en soiez garde conme de la vostre B X2 , et je vous en donrai mes chartres et mes seaus💬et je vous... seaus: Comprendre "je vous en donnerai les assurances requises"..
– Sire, dist Daphus, [c]je ferai du tout vostre volenté. »
Atant fu heure d’oïr messe, si que G , aprés ce que G la messe fu chantee G , il i en ot B aucuns li pluseur B X2 qui se vodrent entremettre de chevalerie. Et avoient fet fichier grans estaches aussi conme terraches pour eulz esbanier B X2 , et li autre avoient fet drecier quintainnes pour jouster B X2 , et li auquant avoient X2 entrepris joustes a cheval perdre ou a cheval gaaingnier.

[35] Ci devise G X2 conment les barons de Rome et cil G de Coustentinoble firent feste de l’empereeurCassidorus pour l’amour de l’empereris, qu’il avoit reprise, si qu’il en firent telle feste que elle dura .xv. jors j. sans faillir G quant il reprist sa femme X2 B .

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Enluminure sur 1 colonne (c) et 12 UR + un personnage dans la marge hors cadre. Fête des barons de Rome et Constantinople pour le re-mariage de Cassidorus et Fastige. Ils se tiennent la main avec deux autres personnages féminins derrière et un musicien de l’autre côté joue un instrument à cordes avec archet hors cadre.

§580 Ci endroit Or G dit li contes que B Dorus Porus B , qui moult avoit le cuer a ce que on parlast de lui en aucune chevalerie, atissoit l’afaire d’issir aus chans, si que tuit cil qui aucune chose voudront faire d’armes pristrent une souppe en vin; et aprés ce B G se sont fet ›p‹[f]et V3 G tost tout X2 G aprester apresté G pour issir aus chans. Les dames de Rome, ou il en avoit a celui temps plus de belles [d]qu’il n’avoit en tout le ou B remenant de Rome ne B de G l’empire, furent requises que elles ississent hors B avec l’empereeurCassidorus et l’empererisFastige aus chans en leurs chars, dont i ot tel bruit et tel frainte qu’il ne fust nul qui a merveilles ne ne les V3 ne le G X2 tenist les grans honneurs💬 qui a merveilles ne tenist les grans honneurs: Bien que les constructions disloquées et ruptures de construction ne soient pas rares dans le texte, nous préférons intervenir d’après B en raison de la discordance entre le pronom régime singulier (remarquer l’exponctuation de V3, qui nous incite à ne pas éditer ) et le complément direct les grans honneurs. des nobles chars de Rome. Dont il avint que l’ emperere empereris B X2 Cassidorus avoit fet faire .v. chars chl’rs G touz garnis d’orfaverie, et furent atournez de pierres precieuses et couvers de fins dras d’ or or finement doublez dedens et dehors B , de quoi il avint que, a cele journee, que B X2 l’empereris de RomeFastige si ne volt issir aus chans aussi conme por parolles. Mes Nera, qui fesoit quanque elle cuidoit que bon fust, la fist entrer o lui en son char, aussi com se B nul ne le B seust qui ele fust. Et ses autres .ii. sereurs se mistrent en leurs chars et les autres .ii. demourerent pource que la royne r. cele B d’ArragonHecube n’i fu pas, pource que on cuidoit que elle i deust estre; et l’autre demoura pource que il n’aferoit pas que l’empererisFastige i fust a cele journee.

§581 Lors fu l’eure e. B que toute Rome aussi conmunement issirent cil dedens la citéRome aus champs. Qui dont veist conment les princes desus dis s’estoient mis chascuns d’une part por soi soi miex B moustrer, dire peust que nule autre chose n’estoit si belle a veoir. Pelyarmenus, qui pas ne se volt mettre arriere, se mist premierement hors de la citéRome, o lui maint noble chevalier. Aprés se mist Dorus son frere, qui n’avoit mie de science mains, ainz ainsi B X2 s’ en B X2 issi[e]rent du tout aus champs, et aprés les dames, qui fesoient moult grant bruit. Pelyarmenus et Dorus avoient plusseurs rens aprestez, car li uns se devoient essaier e. a ferir B X2 en la quintainne, li autre a ferir de dars en l’estache une e. B et li autre a jouster de droit d’armes pour cheval perdre et pour cheval gaaingnier le ch. B X2 . Mes sus touz ses les G esbatemens, Pelyarmenus et Dorus s’acorderent a fere a l’endemain que li .iiii. frere par acort tournoieroient contre l’autre partie. Ceste nouvelle vint a l’emperereCassidorus, qui moult s’en esjoï, si dist entre ses dens : Je aie mal dehait se je ne le vodroie volentiers, mes que je ne me doutasse d’ autrui aucun B X2 meschief qui avenir i pourroit! Ainsi conme il le penssa, ausi le dist le duc d. de V3 G X2 BorleusBorleuz.
« Sire, que dites vous de ses damoissiaus qui a ce se sont acordé ?
– Sire dux, dist il, je me douteroie qu’il n’en avenist el que bien, car je sai si l’une partie et l’autre plainne de chevalerie que moult y G avroit fet d’armes avant que l’une partie et l’autre i preist se pou non.
Vous B X2 avez dit voir verité B X2 , sire », dist fait B li dusBorleuz.

§582 Que vous iroie je plus disant de ceste chose ? Il Quar il B n’i avoit nul qui qui ne B s’acordast s’y a. B autrement B qu’il ne couvenist que le au B que le X2 tournoiement ferist B ne f. X2 , mes il n’estoit pas encore ordené. Et de l’une l’autre V3 B G X2 part si veoient devant eulz le grant esbatement dont j’ai devant dessus B parlé; et de l’autre part💬Et de l’une part... Et de l’autre part: La répétition est commune à toute la tradition. Nous intervenons par conjecture pour rétablir la séquence attendue. les dames s’estoient mises es rens pour a B veoir ceus qui miex le feroient, dont il y avoit ja maint cop feru et d’uns et d’autres, dont [f]li contes ne fet pas mencion. Pelyarmenus, a ce qu’il qui B X2 avoit mise s’entente et a ce B X2 qu’il avoit et temps et veu B X2 leus Leus B de B X2 faire, s’est si B X2 habandonnez au ferir en la quintainne. Mes tout aussi conme aucun i avoit failli li couvint faire faute, si en fu trop courrociez, car il en fu escharni tout aussi conme avoient esté li autre.

§583 💬Pas de nouveau § BAprés Pelyarmenus i mist Japhus s’entente, mes se fu pour noient, et tout aussi fist Josyas d’Espaingne pour porter compaingnie a Pelyarmenus et pour donner a Leus l’onneur de ceste emprise, dont il en avint que Borleus son pere si li vint au devant et li dist :
« Biau filz, vous n’avez rienz fet se vous encore n’i ferez, car chascun dist que qu›i‹[e] V3 'se fu aussi conme par mescheance de la quintainne que vous l’assenastes'. Mes faites que vous i puissiez ausi droit ferir referir B encore B com vous avez fait. Adonc dirons nous que vous en avez l’onneur aportee. »
Et que fist Leus ? Il demanda denmanda V3 le plus fort espie que on pot trouver, et li dux son pereBorleuz vint a lui, si li dist :
« Biaus amis fix B , ne metez ore si grant painne en la quintainne mettre a terre que vous i failliez, je vous em pri B X2 .
– Biau pere, dist il, ne vous en doutez ja. »

§584 💬Pas de nouveau § BAtant fu li fu B a Leus B une lance aportee baillee G qui par semblant li deust estre trop fort, mes il iert entalentez de fere parfaire B ce que il ot avoit B em propos. Si prist la lance voiant maint baron, qui tout mistrent leur entente a veoir conment il se maintendroit. Aprés s’est aprestez et se molla en ses armes et et monta G el [18]cheval au plus affaitieement qu’il onques X2 pot, conme cil qui bien savoit que touz et toutes le regardoient, et il se maintint si noblement qu’il ot la grace de touz. Lors se mist au ferir des esperons petit et petit, et le cheval l’emportoit sus frain de merveilleuse maniere, que tuit cil qui l’esgardoient en orent grant joie. Il feri en la quintainne de si grant aïr qu’ il abati il l’a. B la quintainne B tout en .i. mont. Et au passer outrebrisa sa lance, si que li tronçon trouçon (sic) V3 en volerent en haut. Mes puis li avint a. li|avint V3 il B X2 grant meschief, car nous trouvons ou conte que il couvint Leus morir de la bleceure que il reçut au cop ferir, car avant qu’il peust estre ramenez en la citéRome cheÿ il mort de son cheval, dont il avint que, quant li dux ses peresBorleuz vit ce, si que il B X2 dist a l’empereeurCassidorus :
« Ha ! sire, ci n’a nul recouvrier. Et 'qui d’un donmage feroit .ii., tant vaudroit pis !'💬qui d’un donmage feroit .ii., tant vaudroit pis: Expression sentencieuse inconnue des répertoires. Elisabeth Schulze-Busacker révèle cependant l’existence d’un proverbe référant à deux dommages : Fous fet d’um damage deus (Proverbes et expressions proverbiales dans la littérature narrative du Moyen Age français. Recueil et analyse, p. 784), qu’on retrouve notamment dans le Roman des Sept Sages (3262-64).
– Sire dux, dist li empereresCassidorus, moult parlez sagement. Or gardez que vostre parolle ait fruit par quoi je vous tiengne a sage.
– Sire, ce dist li duxBorleuz, poi voit on d’onmes qui doivent estre ausi courrouciez conme je sui qui puisse puissent B 💬B utilise la forme du pluriel, qui semble plus naturelle (référence au groupe d’onmes). En revanche, les autres témoins utilisent la forme puisse, qui provient soit d’un effacement de la marque du pluriel (cf. Note linguistique), soit s’accorde avec le sujet singulier je. Comme dans d’autres passages du texte, cette variation pourrait s’expliquer par le choix d’interpréter comme sujet l’antécédent le plus proche, ce qui est tout à fait possible, particulièrement dans un contexte de discours rapporté. dire sens ne fere. Mes X2 tout si courrouciez conme je sui, je loeroie que pour B X2 le miex fust X2 que nul autre que vous ne seust huimés ce meschief ne demain, car de ce donmage pourrons nous greingneur avoir qu’il ne le voudroit faire f. savoir B X2 em point et en leu, car je sui touz certains c. que B X2 , se ma da[b]me vostre filleCassidore le savoit, qu’ele en avroit plus grant duel que je n’aie encore eu que je de mon filz n’ai eu que je n’atendisse de lui B .
– Par mon chief, dist li empereresCassidorus, je vous v. en B tieng a sage. »
💬La dissimulation de la mort de Leus, avant tout à l’intention de Cassidore, son épouse, tend probablement à dénoter la qualité de Borleus, perspicace – puisque personne d’autre ne semble s’apercevoir de cette blessure fatale –, mais aussi très altruiste envers sa belle-fille qu’il avait secourue enfant.

§585 Ainsi avint de ceste chose que on desfendi sus cors et sus avoir X2 et sus quanque on pot mesfaire a ceus qui ceste chose sorent, que il ne fust nesun si hardi qui descouvrist cest ce c. V3 afaire en lieu ou plus de gent le seussent. Lors fu moult soutivement apareilliez et ensevelis en .i. hostel dedenz Rome pour miex celer l’afaire, por laquele reson il me covient venir a ce que, quant Leus L. qui G ainsi conme j’ai devant dessus B dit ot la quintainne mise a terre, si conme vous avez oï, il n’i ot nule des dames dont je ai ai devant B fet mencion quil ne que X2 fussent moult esbahies de ceste aventure. Nera, qui sus toutes avoit le parler, embraça Cassydore, qui fenme estoit Leus, et dist :
« Conment, suer ! Moult avez hui faite mate chiere. Or la faites bonne et si aiez joie en vous que quar B X2 de plus noble vassal ne puet estre ne sai je B n’ai je je X2 dame honnoree que comme B vous estes aujourd’ui.
– Ha ! tres chiere dame, dist elle, merci. Or a primes me semble que je aie la pointe d’un coustel qui au cuer me doie ferir. »
💬Cette forme de clairvoyance de Cassidore paraît valoriser l’amour qu’elle porte à son époux défunt, Leus, qu’elle continuera en effet à chérir, s’opposant de toutes ses forces au mariage qui lui sera finalement imposé dans la suite de ses aventures. Sa fidélité à la mémoire de Leus sera cependant assurée par la conversion de son nouvel époux, Raimfort, qui accède à sa demande de garder leur union platonique. Voir le Roman de Kanor, chapitre 24. Lors n’i ot nule d’elles quil ne le tenist a grant folie, et dist chascune :
« Je ne sai si grant courrouz en moi que, s’il estoit avenu a mon seingneur tel honneur quil comme il B est faite B au vostre a vous et a vostre seigneur G , que je ne feisse toute autre chiere que nous ne veons que vous faites faciez X2 . »
Lors se reprist a soi meismes B X2 et sot bien que ele mesprenoit selonc l’avis de [c]chascun et de chascune. Mes li cuers, qui par nature ne se pooit esjoïr, atendoit ce que Nostre Sire li avoit pourveu. Et lors se cuida esjoïr efforcier B de joie fere et dist :
« Et ou est ore celui qui ceste proesce a faite ? Ne vendra il pas avant ?
💬Nouveau § BPar foy, dist chascune, de ce avons nous grant merveille, car il n’est pas usage que, quant on fet tel chose que on tient a bien faire et B a proesce, que cil ne se doivent doive B moustrer devant les dames. »
A ce mot est venus le roy d’ArragonDyomarques et autres barons qui furent avisiez, et distrent :
« Ceste quintainne est mise a mort. Or avant, dames, a une autre ! »
Lors furent f. d’iluec B menees a .i. autre a. la B ou il i avoit a. eu B X2 maint biau cop feru, mes si fort estoit que nul ne la pooit mettre a terre. Quant Pelyarmenus s’aati de lui verser que qu’il en deust avenir, a ce cop fu li emperieresCassidorus reperiez et vit que Pelyarmenus s’aprestoit de ferir en la quintainne. Si saisi l’espie la ou il le tenoit et dist :
« Biau filz, 'n’est mie grant mestier d’entreprendre chose dont on vous et autres B viengne veingniez B tart au repentir'💬 n’est mie grant mestier d’entreprendre chose dont on viengne tart au repentir: Expression sentencieuse inconnue des répertoires. La référence au repentir se retrouve néanmoins dans certaines expressions comme A tart se repent qui ai la mort antre les dent (Elisabeth Schulze-Busacker, op. cit., 154) ! Et si n’i ait huimés si hardi qui se mette en B X2 painne de mettre la quintainne a terre, car je ne vueil pas qu’il i ait honme quil soit pareil a Leus, mon chier filz, qui le los et le pris doit avoir des quintainnes aujourd’ui. »

§586 Quant Pelyarmenus oï ce, si fu touz courrouciez, car bien cuidoit acomplir ce qu’il cuidoit voloit B X2 entreprendre, mes il n’en osa aler plus avant. Adonc vint li empereresCassidorus devant les dames et les damoi[d]selles pucelles B , qui toutes demandent demanderent B 💬La leçon de V3 GX2, qui mélange les temps, pourrait dériver d’une haplographie demanderent > demandent. a .i. ton :
« Sire, que avez vous fet de nostre meilleur chevalier qui a ce fait que nul autre ne pooit fere ?
– Par la foy que je doi a vous vous toutes B X2 , je l’ai fet mettre en tel lieu ou nule de vous ne le verra huimés ne demain, car mal a m’a B mise ma la B quintainne a terre sanz mon gré. »
Quant ce ont entendu, les dames si en ont eu grant joie, car elles cuidierent que ce feust ou pour joie ou pour feste, si conme il leur donna a entendre. Et ce fu une tres bele voie pour couvrir ce qu’il avoient entrepris dit G .

§587 💬Pas de nouveau § BAinsi conmença la feste et l’esbatement a demorer en sa vertu, et les dames furent conmandees a mener en .i. renc qui fu atirez pour jouster. Si avint que Daphus D. le Grisois B et Josyas J. d’Espaigne B devoient par acort jouster li uns a l’autre. Et lors vint li emperieresCassidorus et leur dist :
« Biau seingneur, n’i ait nul de vous, se il ne veult perdre l’amour de moi, qui s’abandongne a nule vilainne emprise entreprise G ! Mes chevauchiez sagement, car on doit trop douter les perilz. »
Lors n’i ot nul quil ne s’apareillast a fere sa volenté. Et qu’en avint il G ? Il brisierent si bien et si bel leur lances B X2 que ce fu moult grant joie du veoir et greingneur grant B X2 deduit du raconter qui lieu et temps en avroit. Mes tout ausi com chascun n’est pas bien disposez a oïr volentiers ce que on doit et puet briefment conter, m’estuet il venir a ce qu’il m’est avis que on n’en puet pas si corrompre la matire, que cil qui volentiers l’oent ne m’en puissent blasmer, pour laquele raison je vueil a ce venir que Dorus s’en [e]vint a l’empereeur son pereCassidorus et li dist :
« Sire, il me semble que vous avez aussi conme desffendu que nul ne jouste a moi.
– Biau filz, sauve soit vostre grace, ains vous sent set B X2 chascun si plains de vostre volenté que il vous redoutent en toutes manieres B X2 .
– Et conment ! dist il. Ne demeure il pour autre chose ?💬Ne demeure il pour autre chose ?: Comprendre "N’y a-t-il aucune autre raison ?".
– Ainsi le cuidoie cuide B X2 je, dist li empereresCassidorus.
– Par mon chief, dist il, je n’i ferrai mes hui cop d’espie ne de lance ?
– Vien avant, fol sot B X2 ! dit li empereresCassidorus. Veuls tu fere chose dont on parolle em bien et dont tu seroies seras B X2 plus honnorez que se tu abatoies toutes les quintainnes de ceste place ?
– Sire, dist il, or me lessiez dont oïr que c’est.
– Volentiers, dist li empereres il B X2 Cassidorus. Leus, qui💬Comprendre qui = cui. sereurCassidore vous avez, si est .i. poi bleciez, par quoi il ne puet pas a la journee de demain porter armes. Si vous loeroie que vous feussiez armez de ses armes et la montrissiez conbien vostre valeur se B puet estendre.
– Sire, dist il, de ce que Leus mon frere est bleciez me doit d. il B moult anuier ! Mais de ce B que je seré soie B demain atournez au tournoi B pour lui me ferai je a merveille joiant. »
Et lors vindrent vint B X2 Helcanus et li contes de FlandresRobert a l’emperereCassidorus et li distrent :
« Sire, que avez vous fet de Leus ?
– Biau seigneurs, dist il G , je en ai fet ce que vous en poez oïr.
– Sire, dist d. dont B Helcanus, nous nous doutons qu’il ne soit bleciez.
– Biau filz, dist li empereresCassidorus, or ne vous en G doutez ja, car il est est encore B tout autrement que vous ne cuidiez, et si ne m’en enquerez huimés autrement a. de lui B que j’ai dit a Dorus vostre frere. »
Adonc s’est trait se trait B li quens de FlandresRobert vers l’empereeurCassidorus et li B X2 dist :
«  Sire S., dist il B , de ceste journee [f]ne puis je huimés veoir qu’il ne soit bien heure de reperier en la citéRome, selonc ce que je entens, a demain le tournoy. »

§588
« Sire quens, dist li empereresCassidorus, or avez voir dist. »
Adonc fist li empereresCassidorus sonner la retraite en la citéRome, et il B , tot aussi ordeneement conme il en B issirent, rentrerent sont rentré B il B 💬il, tot aussi... il: Sur la valeur de il avant l’incise et la répétition du pronom sujet, cf. Note linguistique. en la villeRome y B . Il fu temps et heure que vespres durent sonner, et on si fist, et puis les sont alees oïr li emperereCassidorus et li baron qui aprés l’esbatement vindrent tout a court. Et aprés a. ce B X2 si fu heure de souper, et on si fist plus tost que on ne souloit pource que li plusseur avoient pou mengié tout le jour.

§589 💬Pas de nouveau § BQui dont veist conment li keu s’estoient pené et traveillié B X2 du souper noblement appareillier aprester B X2 , dire peust que aussi bien se penassent d’eulz faire loer conme li chevalier se penassent B X2 de chevalerie fere. Ainsi avint que il firent l’yaue corner. Lors laverent lava B li empereresCassidorus et l’empererisFastige et puis tuit li baron qui aprés l’empereeurCassidorus sont assis tout a leur droit💬 sont assis tout a leur droit: Comprendre "s’assirent à leur place". . Cil qui de servir se durent entremettre le firent si ordeneement que moult fu bel bele chose B a veoir de ceus qui de tel mestier se connoissoient. Et sanz faille, qui que le tiengne a truffle, bele chose est en hostel de grant seingneur de servir ordeneement selonc ce que chascun vaut.

§590 A cele nuit ne fu nuls botez hors puis qu’il fust entrez dedens. La ne fist on nului lever du mengier puis que il fu V3 G X2 assis. La peust on veoir savoir B X2 toute honneur et toute courtoisie d’ostel a maintenir💬 toute courtoisie d’ostel a maintenir: Comprendre "toutes les qualités courtoises de bon accueil". Sur l’ordre des mots dans la proposition infinitive, cf. Note linguistique.. [19]Cilz soupers dura moult longuement, et fu parlé du tournoiement sus table💬sus table: Comprendre "à table, pendant le souper". En plus de son sens locatif, sus a également une nuance temporelle durative, signifiant ’pendant’, bien attestée dans les dictionnaires (cf. par ex. TL, sv. ’tempor. während, bei, gegen’; Mts sv.). a l’endemain. Mes je me vueil atant partir de cest souper, si vueil parler des dames, qui se sont mises aus karolles aprés ce que les tables furent ostees. Nera et Cassydore en G sont venues devant a B X2 l’empereeurCassidorus et le mistrent a reson que il avoit fet de Leus. Li empereresCassidorus se pourpenssa p. a ce B et dist :
« Mes belles filles, et li une et li autre G , il est usage en hostel de grant seingnor, si conme il B doit estre en hostel d’empereeur de Rome, se que quant B X2 il y a .i. chevalier, quel que il soit, et il fet ce que Leus a fait, que il doit estre mis d’une part tant que reson en soit faite aussi conme je vous G avoie hui dit.
– Sire, distrent elles, et nous ne cuidons pas que Leus ait fait chose dont il doie blasme recevoir.
– Par mon chief, dist li emperieresCassidorus, je ne cuit mie, se il avoit l’a. B fet chose B qui bonne ne fust B X2 , que je n’en feusse aussi courrouciez conme nule de vous seroit. Mes vous savez bien qu’il couvient tenir usage de pais. »
Atant se dreça li empereresCassidorus pource que il ne volt mie que elles B X2 le tenissent plus a plait de ceste chose. Si Si en B prist l’une a une main et l’autre a l’autre B X2 et s’en vint aus querolles et mist painne a ce que il et ses .ii. filles deissent .i. cest B X2 rondel :
Moult vaut miex amener
Joie que estre trop sus penser. souplet B X2

§591 Quant li emperieresCassidorus et ses .ii. filles orent leur chançon finee, si i en ot moult qui puis se penerent de chançons dire et de joie fere, et meismement l’empererisFastige fu moult courte tenue de chanter, ainz ne se volt fere tenir ne a folle ne a nice, car ele pria p. a B ses .ii. autres B filles, qui furent fames aus .ii. B damoisiaus de Rome dont ele estoit mere, que elles deissent ceste chançon :
Ne se doit nuls desconforter
Qui a vraie amour s’atent.
Rondel, je te vueil noter,
D’autre chançon que raconter,
Conment amours veulent monter moter G en haut touz
Ceus qui sont B de leur couvent.
Ne se doit nuls des conforter conter G
Qui a vraie amour s’atent etcetera B 💬Sur la teneur de ces rondeaux, voir la n. suivante, au §592..

§592 Quant li empereresCassidorus et ses .ii. filles orent alé lor tour💬orent alé lor tour: Le rondeau que propose de chanter Cassidorus avec ses filles se chante en alternance, comme semble l’indiquer le texte, dans une dynamique polyphonique qui joue probablement de l’esprit de célébration, de réunion de la lignée ainsi célébrée lors de ces festivités. Il est en effet notable que soient invitées à chanter toutes les filles de Cassidorus, son propre enfant, Cassidore, ainsi que ses belles-filles, Nera, Ysidore et Aphode, toutes réunies quel que soit le pan de la lignée auquel elles appartiennent. On peut néanmoins également voir une allusion à l’inquiétude latente pour Leus, que Cassidorus et Borleus cherchent à camoufler, en particulier à son épouse Cassidore. Le premier rondeau, au §590, est révélateur de leur volonté de laisser Cassidoire dans l’ignorance et la joie qu’elle est censée lui apporter, au contraire de suspicions douloureuses. Le second rondeau, au §591, célèbre pour sa part l’amour vécu, mais aussi, peut-être, avec l’allusion à l’amour à venir et au couvent, le prochain amour de Cassidore, pour Dieu (cf. le Roman de Kanor, chap. 24)., si fu heure de reposer selonc ce qu’il orent a faire [c]a l’endemain. Atant se sont li baron trait a l’ostel as hosteus B et pristrent repos, li uns plus, les autres mains. Dont il avint que Dorus ot moult a pensser que il peust a l’endemain fere chose dont li emperieresCassidorus se peust tenir a paié. Il avoit fet les chevaliers Leus venir devant lui et et il B leur dist qu’ comment B X2 il vouloit armes porter en la semblance de Leus leur son B seingneur, et qu’il ne s’esbahisissent mie, car il ne descroistroit pas son pris, mes qu’il i deust metre la vie se il i vouloient vouloi›t‹[ent] V3 aidier. Il respondirent que de ce ne s’esmaiast pas, car il li seroient en aide B X2 et menu et pres G , mes bien gardast que il fust bien montez a sa guise. Il leur respondi que de ce ne se doutoit il mie, car il avoit tel cheval qui cuidoit bien b. qu’en tout le mont n’eust son pareil et B que qu’en B tout le jour ne li fausist faudroit il mie se il ne li failloit B . 💬On peut noter l’intérêt de cette nouvelle scène d’incognito, de la part de Dorus qui vient ainsi affirmer sa valeur, tout en célébrant celle du défunt. Dans ce type de scènes de tournoi, on peut potentiellement aussi relever l’intertexte arthurien dans cet anonymat d’un chevalier de grande qualité.

§593 💬Pas de nouveau § BCeste parolle oï .i. Henuier, qui moult prisa le mot que Dorus dist, et dist :
« Sire, se je estoie aussi riche honme de valeur conme vous estes, moult ameroie .i. tel cheval. »
Lors esgarda e. celui B X2 Dorus, si le vit aournez de toutes biautez et de joenne aage, si li dist :
« Et je vueill que vous l’aiez, et puis si me B direz qui vous estes. »
Adonc ne fu pas celui esbahis, ainz se trait vers lui et li dist :
« Ha ! sire, la vostre franchise ne se puet couvrir, mes ma folle couvoitise m’a descouvert a ce que vous avez oï.
Bien Dieu G oï, dist Dorus, vostre a v. B raison, que vous n’estes pas du tout a aprendre. Mes vostre non vueil v. je B X2 savoir et en quel lieu vous fustes nés.
– Sire, dist il, je fui nés en la marche de Henaut, filz a .i. vavassour de povre renon et d’assez petit afaire, et je meismes sui apelez Henaut.
Henaut, dist Dorus, [d]je vous pri que vous me soiez demain pres au conmencier du tournoy. »
Lors le l’en B volt il aler au pié baisier B X2 , quant Dorus l’embraça et li dist :
« Alez huimés a l’ostel, car aussi est il temps. »
Adont prist chascun congié et sont atant departi.

§594 L’endemain A l’endemain B ot grant bruit aval Rome, car chascun s’aprestoit de ce qu’il pooit selonc ce que il estoit. Mes je ne puis ore pas de chascun parler ne B raconter son affaire, car ce n’est pas droit, ne reson ne l’enseingne mie. Si vueil venir au duc Borleus et a l’empereeurCassidorus, quil ne s’appareillierent pas de porter armes a cele jornee. Lors firent venir devant eulz touz les grans barons qui armes durent porter a celui jour. Si en y ot encore assez de ceus dont je n’ai faite nule mencion, car il vint nouvelles que .i. damoisel de PuilleGalyen, qui avoit esté filz au noble Synador, qui jadis fu compains d’armes au bon seneschal de Rome qui Marques fu apelez – cilz damoisiaus fu apelez Galyens –, et .i. autre, qui estoit filz au prince de Calabre, qui avoit a non Percemont - cil dui avoient esté nourri ensemble, car il estoient cousin et s’entramoient moult, conme cil qui n’estoient pas encore chevalier, avoient mes il a. V3 G 💬Nous corrigeons la leçon de V3G, dans laquelle la conjonction mes rompt la syntaxe, puisque les deux sujets .i. damoisel de Puille et .i. autre sont coupés du verbe avoient. en propos et en covent li uns a l’autre que il ne seroient ja chevalier se le du B X2 meilleur des meilleurs ne les fesoit B X2 , et il avoient tant enquis et demandé que on leur avoit fet asavoir que li emperieres de ConstentinonbleCassidorus avoit le non desus dit. Dont il avint que li [e]tournoiemens fu respitiez deci a l’endemain, que cilz i porroient estre plus couvenablement.

§595 Li empereresCassidorus et li dux Borleus, quil ne porent pas leur anui couvrir si bien conme il vousissent, orent conseil que il metroient Leus en terre au plus priveement que il pourroient. Dont il avint par pour B la fille a l’empereeurCassidorus, qui sa fenme estoitCassidore, que on feist entendant que ce estoit .i. povre chevalier qui estoit au conte de FlandresRobert, et, pour lui honorer, on en faisoit la greingneur sollempnité que on pooit, si que il fu mis devant l’autel saint MichielAutel Saint-Michel en la grant eglisse de Rome, et la le B pueent encore veoir tout cil qui garde s’en veulent donner.

§596 💬Pas de nouveau § BAinsi avint que ceste chose fu celee, pource qu’'il couvient a la fois couvrir son anui au plus bel que on puet quant on ne puet avoir autre recouvrier que il ot a cestui'💬 il couvient... cestui: L’expression sentencieuse, qui est révélatrice de l’enjeu de la dissimulation et du contrôle émotionnel, n’est pas répertoriée.. Et la plus grant reson de cestui si fu que, quant on mire mue B une tres grant joie en .i. B parfet duel, que trop de perilz i pueent avenir, et especiaument meesment B X2 de ame et de cors. Si ne vueil pas ore ci toutes dire les resons que on i pourroit dire, si vous sousfise atant fors que tant qu’il i ot encore une autre raison, qui pas ne fu petite. Car se tous seussent le meschief, riens il B X2 n’eust valu💬Le fait que le sujet explétif il n’ait pas été ressenti comme nécessaire est attesté par les manuscrits B et X2. Cependant, nous n’excluons pas une interprétation pragmatique du passage, avec riens en position de focus, détaché de il n’eust valu, jouant ainsi un rôle proleptique ou anticipatoire par rapport à ce qui suit (ne la joie ne la feste...). Cf. Note linguistique., ne la joie ne la feste que on avoit entrepris empris B a fere en l’onneur de l’emperereCassidorus et de l’empererisFastige, car 'joie faite en tristesce n’est autre chose que blanches chauces muees en [f]noires'💬 joie faite en tristesce... noires: Expression sentencieuse inconnue des répertoires. La formule, à portée proverbiale claire par son caractère imagé et son énonciation, se veut très explicite et quelque peu familière, avec un écho intéressant à la mutabilité d’apparence émotionnelle que vient notamment incarner la figure de Faux Semblant, blanc au-dehors, noir au-dedans. L’orientation de la morale émotionnelle est marquée ce faisant, la simulation de joie pour dissimuler la tristesse étant ainsi assimilée à des chauces blanches muées en noires.. Et pour ceste raison et pour autres fist l’empereeurCassidorus et le duc Borleus cest afaire chose G ainsi couvrir conme vous poez oïr.

§597 Li damoisel de PuilleGalyen et cil de CalabrePercemont chevauchierent tant et a si noble compaingnie que il estoit avis a touz ceus qui les veoient que touz li mondes deust estre enclins a euls, car je truis escript que il ot en leur compaingnie .xxx. chevaliers, dont les .x. portoient banieres si que entr’eus menerent tel harnois que a l’entree de Rome leur volt on veer l’entree, quant car G la novelle en vint a Gasus le seneschal, qui en fu trop courrouciez qu’i conmanda et dist que le chief de Rome n’estoit pas esbahis por la venue de tel gent. Lors entrerent ens en Romme B X2 a grant harnois, conme cil qui aprés eulz faisoient traire et mener le plus bel grant B charroy du monde, si qu’il avint que Ronmains, qui moult sont covoiteus d’avoir💬Ronmains... d’avoir: Remarquer l’allusion à la réputation de coinvoitise des Romains., distrent quant il virent tele te X2 richesce :
« De ces choses B X2 nous couvient avoir ! »

§598 💬Pas de nouveau § BLi damoisel, qui a grant bruit venoient derriere, ne finerent de chevauchier tant que il encontrerent les .iiii. filz l’empereeurCassidorus et maint autre baron en lor compaingnie, qui leur firent moult grant joie et merveilleuse honneur. Il entrerent en Rome et furent bien regardez de touz, conme cil qui bien et bel se maintindrent, et ne descendirent deci au au perron du B Palais Majour. Puis sont monté amont tout .vi., main a main, et tout ainsi vindrent devant l’empereeurCassidorus, quil ne fu pas lens de bel B apeler parler G les damoisiaus quant il [20]l’orent salué G .

§599 Aprés ce G , que vous feroie diroie G je lonc conte G de chose que li emperereCassidorus leur demandast ne qu’il en B X2 respondissent a l’encontre de la demande B X2 ? Assez le B X2 vous ai dit entendanment par devant pourquoi il estoient venu venoient B X2 a la court l’empereeurCassidorus B X2 . Si ne furent pas aprentis a aprendre B X2 de moustrer leur besongne a l’empereeurCassidorus, ne li empereresCassidorus du respondre. Lors fu fu il B temps et heure de l’yaue corner, si i coururent l’ont fait B X2 ceus qui s’en durent entremettre et ils si firent G . Li empereresCassidorus lava et l’empererisFastige et G tout li autre aprés moult ordeneement, et puis s’asistrent aus tables B . Si ne truis pas ou conte que, se on avoit a. par devant nul jour B a. par devant X2 servi noblement, que encor le feist on plus seingneuriement de grant seignourie B X2 soigneusement G cil qui vint a mout amont ot G grant merveille aus bons mieus B entendans conment on puet si grant pueple servir si paisiblement paisib|blement V3 et a si grant aise, si que cil qui bien connurent l’estre de ceus qui ce avoient fait ordené B respondirent respondoient B :
« Biau seingneurs, 'par .i. honme est .i. hostel maintenu en honneur et par .i. autre est il mis a destruction destruit B X2 '💬 par .i. honme... destruction: Expression sentencieuse inconnue des répertoires. Elle dénote un jugement moral de nature proverbiale sur les mauvais effets et le mauvais gouvernement qu’incarne Pelyarmenus. »

§600 💬Pas de nouveau § BVez ci Gasus, le senechal de Rome, qui ne chace mie a mettre avant B ses parens ne ceus qui acquierent par dons les servises des grans seigneurs qui ne sont digne de servir ne eulz ne autrui. Mes touz les meilleurs et les miex esprouvez que il puet avoir ne tenir, ceus ceus|acoince c. V3 acointe il et a acointié G touzjours el servise de son seingneurCassidorus. Et par ce poez vous veoir la noblesce de la cort, ainsi com vous la demandez💬L’adresse directe du narrateur au lecteur à propos de la noblesse de la cour souligne la lecture et la valeur du roman dans un contexte curial.. En ceste chose se devisoient li [b]auquant, non mie sanz plus em boivre ne en mengier. Et par pour G ce est il a savoir aujourd’ui au💬Comprendre "par", cf. Ménard, §316, 3, rem. et n. aux §163 et 493. plus gentilz honmes que il sachent que 'uns homs destruit .i. hostel et .i. autre le maintient'💬 uns homs destruit... maintient: Expression sentencieuse inconnue des répertoires, de sens similaire à l’expression ci-dessus (cf. n. au §599), ce qui en accentue la portée proverbiale.. Tout ainsi fu de B ceste court desus nonmee servie et honnoree de touz. Si avint que, quant on ot ot ensi B servi et les tables furent ostees o. que B X2 , dui menestrel furent apresté s’apresterent de vieler B souz prouvinciaus et en la fin distrent une chançon de court en chantant en leurs vielles de si noble maniere et de si merveilleus m. bons B estrument que tout cil qui les entendirent n’avoient onques mes si bien oï chanter.

§601 💬Pas de nouveau § BAinsi com que B X2 il orent avoient B X2 leur chançon finee et il disoient leur issue, estes vous que uns lyonLion de Cassidoruss s’ estoit e. d’iluec B desliez, qui avoit esté mis en .i. travail pour ce que il ne feist a nullui mal. Et lors se sont tot arriere trait pour la paour de lui. Li empereresCassidorus, qui amoit B le lyonLion de Cassidorus et qui l’avoit avoit B fait amener de Constentinonble a Rome, ainsi conme dist est en l’ystoire devant, sailli em piez et vint a la court a c. aval ou il avoit B .i. chevalier qui ne savoit pas que li empereresCassidorus l’amast tant conme il fesoit, qui avoit une espee traite et maintenant B gita son mantel entour son bras et voloit devoit B X2 aler au lyonLion de Cassidorus et li lyonsLion de Cassidorus a lui, quant li empereresCassidorus s’escria li e. B et dit :
« Compains, compains, mal vous seroit avenu avendroit B X2 se vous occiez mon lyonLion de Cassidorus B X2 ! »
Lors se regarda mist B X2 le lyonLion de Cassidorus et entendi l’empereeurCassidorus et B X2 vint a lui l’empereour B X2 a merci grant aleure et se mist a ses piez si humblement conme il pot miex miex. 💬Nouveau § BCeste chose esgarderent li baron trop volentiers et li empereresCassidorus s’abaissa et le prist par le chief, puis li frota les orelles et li dist aussi comme il eust fait a un serjant le roy : «Je vous commant que vous a nului ne faiciez vilonnie dont vous me puissiez courecier.» Lors se dreça li lionsLion de Cassidorus aussi comme s’il eust entendu et vousist faire sa volenté, et li empereresCassidorus fist crier par toute la court que nuls ne fust si hardis qui au lyonLion de Cassidorus feist vilenie se il ne voloit perdre s’amour. De ceste chose s’esmerveillierent li plusor, qui du tout ne savoient pas ceste aventure dont l’estore devant fait mention. Si avint que li lyonsLion de Cassidorus sivoit l’empereourCassidorus aussi comme un levrier sieut son souvrain seigneur B 💬Remarquer la longue variante de B. Aucun élément ne permet de déterminer dans quel sens va l’innovation: ajout de B ou omission dans V3GX2 (dans ce cas, exactement d’un paragraphe)..

§602 [c] Adonc Ci vous vueil ore atant laissier a parler de cest lyon et venir a ce qu’il couvient ordener comment cis tornoiemens peust venir par acort et que l’une partie n’en eust si le meilleur que l’autre s’ele se vousist deffendre que il ne peussent estre foulé par nule male covoitise. A. B se sont mis ensemble ceus a qui il en B apartenoit. Si trouvons que li .iiii. frere furent mis B d’une part ; li roys d’ArragonDyomarques, Japhus de Frise, Josyas d’Espaingne et li quens de FlandresRobert de l’autre. Et chascune partie si ot chevaliers de grant renon qui ci endroit ne sont seront B X2 mie nonmé. Mes quant se vendra aus batailles du tournoy, si pourrez adonc oïr de ceus qui miex le firent f. si comme ce sera raisons et drois B , pour coi nous voulons certefier le nombre de la chevalerie qui a ce tornoi sera savna (sic) B sara X2 . Si trouvons qu’il en y ot, que riches que povres, .xviiic. et .xlvi. dont il en y ot plus d’une part que d’autre jusqu’a .xxv., si que cil qui plus en orent, se fu le roy d’ArragonDyomarques et cil de sa partie. Cest acort octroi B et ceste partie fu faite et confermee entr’eulz. Lors approcha la nuit que li joenne damoisel qui chevalier devoient estre se moustra moustrent B , lui et son compaingnon qui devant avec X2 lui lui le X2 fu B , par devant l’empereeurCassidorus.

§603 Gasus, dont nous avons devant parlé en assez bonne maniere, avoit .i. filzGanor qu’il amoit a merveilles pource qu’il li estoit avis qu’il avoit eust B biau conmencement, et sanz faille si avoit il, car il iert biaus et bien tailliez de touz membres et joennes G de l’aage B X2 de .xxv. ans et sages pour .i. royaume empire B X2 maintenir, et estoit B X2 moult gracieus sus touz autres. Icestui amena Gazus par devant l’empereeurCassidorus et li dist :
« Sire, vez ci .i. mien filzGanor que💬Sur la nature polyvalente de que, cf. Note linguistique. je couvoite moult que il vous puisse faire servise, et autresi a vos enfans qu’il vous puisse plaire, et pour ce ce le X2 vous requier je que vous le faciez chevalier [d]a la loenge l’onneur B X2 de Dieu et de Sainte Eglise. »

§604 💬Pas de nouveau § BLi empereresCassidorus regarda l’enfantGanor, si vit qu’il estoit plain de que n’avoit il pas failli a X2 grant biauté et qu’il n’avoit pas failli a ses membres B X2 . Et lors li demanda li empereresCassidorus B X2 son non, et il cil li B il lor X2 dist qu’il avoit ot B X2 a non Ganor X2 .
« Ganor, dist li empereresCassidorus, moult sui liez de la bonne B X2 requeste que vostre v. bon B X2 pereGasus m’a faite. »
Lors dist li damoisiaus Ganor G Ganor :
« Ja a G Dieu ne place, sire, que se B X2 je ne ne V3 puisse faire chose ainz que je muire qui vous puisse encore aidier et B valoir, si vraiement que je a touzjours mes m’en voudrai mettre en painne. »
Et lors li volt aler au pié, quant li empereresCassidorus l’en le X2 leva et G dist li d. G :
« Amis, or soiez prest demain au matin avec les autres. »
Aprés cestui c. en B revindrent maint autre dont li contes ne fet pas orendroit mencion. Adonc fu heure de vespres, que li empereresCassidorus et li autre baron G les ont oïes aprés puis alerent B souper, si conme il leur couvint et furent servi si qu’il couvint. Et aprés souper B G . Li damoisel de PuilleGalyen et cil de CalabrePercemont et plusseurs autres alerent veillier v. si comme il durent B avec eulz et maint filz de prince G a l’eglise de Rome, qui G a l’endemain furent apresté G . Quant li emperieresCassidorus ot oï messe en la chapelle saint Michiel B X2 Autel Saint-Michel, et les joennes damoisiaus orent veillié, si B X2 si G 💬et les joennes... si: La leçon de V3 est supérieure; il semble plus plausible de supposer une chute indépendante de la proposition coordonnée (favorisée par la présence de si juste après) qu’un ajout de V3. leur conmanda l’empereeurCassidorus que il venissent par ›d‹[p]ar V3 devant lui B X2 , si leur a chascun B X2 donroit B X2 l’ordre de chevalerie.

§605 Et quant il leur ot donné, adonc ce B X2 avint que li damoisel de Puille et de Calabre et de mainte autre region furent venus devant l’empereeurCassidorus, si lor donna a touz [e] garnemens garne›ns‹[m]ens V3 selonc ce que chascun estoit. Ici ot noble compaingnie, quant car G il furent .iiiixxx.💬.iiiixxx.: C’est-à-dire 90. Sur le système vigésimal, cf. n. au §328. chevaliers nouviaus entre l’aage de . xx xxx B . ans et de trente, dont le maint puissant si porta le jour baniere. Ceste belle compaingnie retint toute li damoisiaus de PuilleGalyen et cil de CalabrePercemont. Qui dont veist conment chascun se trait a sa partie, dire peust cest proverbe qui est escript en latin l. qui dist en tele maniere B X2 : 'Similis similem sibi B querit'💬Ce proverbe est répertorié dans le Liber proverbiorum vulgarium et sapientum (1333) de Bernart Amoros, cf. Cultura latina, 2010, p. 96., c’est c’est adonc V3 X2 a dire que chascun franc honme se mist a son franc labour et li autre, qui de ce n’avoient cure, se mistrent de l’autre part. De leur boivre ne de leur mengier ne me m’en X2 couvient fere mencion, car je cuit que il furent assez largement legierement B servi, car chascun ne penssoit pas a emplir son ventre mes a faire chose dont on peust il porroient B savoir qu’il seroient serjant de Sainte Eglisse entre ceus qui adonc le vodrent fouler, et tel estoit leur entendement au temps d’adonc ; je ne sai quel il est ore aujord’ui.

§606 Pour ceste chose faire asavoir, Helcanus, Dorus, Pelyarmenus se firent moult richement r. et moult seurement B aprester et leurs batailles d’autre part, ou Daphus li Gris💬 Daphus li Gris: Il s’agit de la seule occurrence de cette appellation pour Daphus. estoit, a .ii. banieres b. de ses armes B et .x. chevaliers de ses armes a. et y estoit Mirus le Fier B . Gazus G. de Rome B et Clyodorus C. de Grece B firent B X2 en tele maniere. Aussi avoit fet B X2 chascun des .iiii. freres une bataille avec la seue s. qui li venit au secours se mestiers fust. Et pour ce ne demourroit mie qu’il n’eussent autres chevaliers sans escuiers sans lesquelz il ne peussent longues durer, et tout ensi ravoient cil a qui il avoient a faire B . 💬Nouveau § B Dorus Dorus Dorus X2 avoit fet adouber Karus de Nise N., le bon chevalier de ses armes B de Nise X2 , et il meismes s’estoit mis es armes Leus L. son frere et avoit une bataille de .x. chevaliers esleus B . Dont li vaillans chevaliersDorus dist une moult fiere parolle, car il dist :
« [f]Biau seingneurs, je vous ai esleus en l’onneur d’un mort chevalier sauver son non. Et vous savez que, quant li homs muert, ses nons ne puet ne ne doit mourir. Et pour ce vous pri je a touz ensemble que vous m’ aidiez a. hui B son le sien B non a retenir metre en retenance B en retenance X2 , tout t. pour ce G pourrisse le sien G cors en terre, dont Envie est joieuse de ce qu’il est trespassez t. et mors, qu’ele nous pardonra tous mautalens ja soit ce chose que nous vueillons le sien non essaucier. Q (sic) B .
Sire S., sire B , dist cil Hanuiers Henaut B X2 dont j’avoie devant parléHayno, ne nous preeschiez mie, car nous le sonmes tout t. et bien devons chascun de nous savoir que nous devons faire pour vostre honneur sauver et la vostre.» Quant Dorus ot entendu Henaut qui ainsi avoit respondu, si li dist B .
Henaut, dist Dorus il B , je nel di pour autre chose ce B fors que vous savez sachiez B que Leus doit avoir aujourd’ui chevaliers esleus esleus.» Quant tout li autre l’orent entendu, si dist chascuns B .
– Sire, dist chascuns B , nous B entendons avons oÿ B moult bien a B ce que vous nous avez dit. Si Si loons et vous requerons chascuns de nous que nous B soions li premier au conmencier ! »
Or avint que il fu heure que on issi aus chans, par quoi il furent li premier issu.

§607 Aprés ne demoura pas que X2 Helcanus et cil de sa partie issirent moult ordeneement. Li roys d’ArragonDyomarques et li sien de l’autre part si ne furent pas a aprendre. Si ne vous puis ore fere du tout entendre liquel furent d’une part ne liquel d’autre autrement que se B G que je G desus vous ai touchié, et a vous, qui savez conment tel affaire doit estre racontez, si vous en souffise ce que j’en savrai s. dire et B conter.

[36] Ci devise .i. tournoiement moult grant, dont les uns fierent encontre une quintainne et li autre tournoient ensemble a cheval perdre et a cheval gaainginer gaaignier. Comme s’ensuit G parole li contes des princes qui furent au tournoiement B vient li contes a Dorus qui fu au tournoi es armes Leus et des princes et des chevaliers qui y furent X2a vient li contes a Dorus qui fu au tournoy es armes de Leus avecques les princes et les chevaliers qui furent au tournoy. Et fu Dorus un des miex faisans X2b .

[21]

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Enluminure sur 2 colonnes (a-b) et 13 UR. Tournoi de chevaliers s’affrontant en armures et à cheval dans une grande mêlée.

§608 💬Ce paragraphe est donné deux fois dans X2, au f.105rb, de manière incomplète (le texte s’interrompant à la moitié de la colonne f.105rc, sans que suite ne soit donnée sur ce folio ou son verso) et au f.106ra, respectivement présentés sous X2a et X2b. Ci endroit dist li contes que, quant li prince et li baron se furent mis tout hors de Rome, ainsi conme il est j’ai B X2a devant dit, li empereresCassidorus et li dux de LambourcBorleuz alerent de l’une partie a l’autre pour savoir l’acordement d’euls. Si ne troverent chose qui les peust empeeschier fors tant que moult leur demouroit ce que il n’i erent assemblé piece avoit, car il en y ot de telz qui ja ja assez X2a a temps n’i ne le B X2a X2b ne G cuidoient quidierent B X2b estre faire a qui que il sambla puis que la journee leur fu trop longue B faire X2a X2b . Dont ne demoura guieres que leur batailles ne fussent ordenees. Et a qui chascun devoit assembler, si vueil dire lesquelz furent li premier. Dorus, qui avoit le cuer de touz, aussi conme cil quil ne se vouloit partir de nul lieu nului B se le meillieur n’en feust sien, fu contre la partie ses freres, si fist ses banieres conduire ou premier chief de leur gent. Et cilz qui de l’autre part vint ou premier front si fu li damoisiaus de PuilleGalyen, qui ja assez a temps ne cuidoit cuida B venir aus cops donner. Cilz si avoit avec lui des meilleurs chevaliers du monde. Lors ont cil dui prince avisié l’un [b] l’autre dernier mot de X2a X2a 💬Ici s’interrompt la main a de X2. Fin du dédoublement de X2 en X2a et X2b en apparat.. Adont ferirent chevaus des esperons, car je truis en escript que si ataingnaument feri li uns l’autre que moult s’en pooit on esmerveillier. Et puis aprés s’asemblerent les autres parties ensemble. Qui dont veist les maint B grans cox donner ferir B les uns sus les autres et chevaliers abatre de chevaus et puis remonter, dont peust dire que onques mes jour de sa vie n’ot veu ne vit G si bele chose ch. qui fust bonne a esgarder B pareille G .

§609 Moult dura longuement cilz tournoiement et d’une part et d’autre, si que li soleus avoit ja tant alé que que il fu venus d’Orient jusques en Occident, et avoient tant feru les uns et les autres que B mal fust de celui qui volentiers ne ne vousist que il B feust reperiez. Li emperieresCassidorus et li duxBorleuz fist firent B sonner la une B retraite r., si se commencierent a retraire petit et petit B . Et Mais B quant ce vit sot B Dorus, qui qui adonc se fu raliez a sa bataille et B montez estoit fu B sus un fort cheval, lors se feri es plus fors grans B batailles que il veoit, si qu’il li avint a cele fois que si chevalier le tindrent plus pres que il n’avoient fet en tout le jour, si que en la fin n’ot a qui B avoir l’estrif fors que G au conte de FlandresRobert, qui estoit de sa partie partie. A celui se prist il, mais en poi d’eure eust cousté l’afaire quant li empereres et li dus les departirent. Lors s’en repairierent en la cité a merveilles tart B . 💬Nouveau § BQue vous iroie diroie je G desoremés G plus alongnant autre chose disant B G disant X2 que tout conmunement vindrent a la B court souper ? Quant il se fu[c]rent retrait B qui faire le volt, la peust on veoir nés et sorcilz rompus et plusseurs autres bleceures qui puis furent garies. Lors garies. Et d’autre part, moult y ot de ceulz qui les couvint demourer as hostelz et les couvint faire garder que il ne cheissent en pieur point. Mais de ceulz ne me couvient ore pas faire lonc conte fors de venir a ce que B quant il orent soupé, si se mistrent traistrent X2 li grant seingneur d’une part et enquistrent les fais de chascun, si trouverent tout de conmun absens que Leus avoit le pris du miex faisant des quintainnes et du tournoiement. Ceste chose fu partout seue, et distrent entr’eus que c’estoit reson que car B X2 li pluseurs en estoient certains et sages. Aprés il avint de ce que il couvint a l’empereeurCassidorus querre maniere de fere f. entendre et B savoir a touz ensemble l’aventure du bon chevalier Leus. Lors n’ en B y ot nul d’euls qui n’en eust grant pitié et quil ne n’en B feist pour lui B mate chiere. Aprés ce vint v. que G li emperieresCassidorus a sa fille, qui fame avoit esté au bon chevalier LeusCassidore, et li dist tant d’un et d’el que il li fist savoir au plus amiablement que il il onques G pot.
« Ha ! biau pere, dist ele, conme ceste c. fin et ceste B mort me doit estre mise en retenance quant q. je B X2 onques o. en B X2 jour de ma vie n’oi .i. seul jour de joie !
– Fille, dist li emperieresCassidorus, ainssi couvient c. il X2 vivre en cest siecle. Mes atant me couvient c. me|couvient V3 mettre m. ore B fin en ceste chose et venir a ce que il covient muer ce duel en mener et m. ce d. en V3 mener G joie de quanques on puet. Mais en la fin couvient a autre chose entendre. »

§610 💬Pas de nouveau § B Quant Car B li prince et li baron qui furent aussi conme anuié de festoier f. et de faire joie B vindrent a l’empereeurCassidorus, et li distrent aussi comme tout ensamble B 💬et li distrent: Sur et en tête de proposition après une temporelle, cf. Note linguistique. :
« Ha ! sire emperieres, conme Nostre Sire Deux vous ›n‹[v]ous V3 a fet grant honneur en cest siecle quant Il vous a mis en la haute roe de Fortune ! Car vous [d]avez seurmonté touz ceus que on puet savoir qui contre vous ont esté, et encore plus, si conme on puet veoir. Vous avez fait de vos anemis vos meilleurs amis. Et vous a mis Deux en ce siecle au derrain a parfaite honneur. »

§611 Quant li baron orent ce dit, si parla li empereresCassidorus moult humblement a eulz G et dist :
« Ha ! biau seingneurs, de ce vous doi je moult hautement mercier, si conme cil qui ne sui que un seul honme d’assez povre sens et non mie de trop grant valeur, car, ce n’eust esté la vostre grant proesce qui s’est estendue a parfaite chevalerie, ja n’en feusse venus a ce que vous em B X2 poez veoir.
– Sire, distrent il, autant y a il de l’un conme de l’autre, car, se vostre chevalerie et et la B X2 vostre proesce n’eust esté, ja ne nous feussions mis en painne de ce que nous sonmes fait, pour laquel chose 'on ne voit mie sovent avenir aujourd’ui que povre chief viengne a bonne bon›...‹[n]e V3 besongne fere'💬Expression sentencieuse inconnue des répertoires. On peut néanmoins considérer qu’elle s’approche d’une autre expression sur la faiblesse : "Chevaliers sens espee, clers sens livre, menestrés sens outil ne pueent feire bonne besongne" (Morawski, 376)..
– Ha ! Deux, ce dist fait G li empereresCassidorus, conme ceste parolle doit estre couvenable a ceus qui les honneurs ont a maintenir ! »
💬Ce passage, tant dans l’échange entre Cassidorus et sa fille que dans celui avec les barons, dénote la dimension de miroir aux princes dont peut être investi le roman.

§612 Ainsi ont moult longuement parlé de ceste chose ou je ne me vueil ore plus arrester fors que de ce que tout li prince dont j’ai devant B fait mencion parlé G s’apresterent de congié prendre et de raler chascun en en son paÿs et en B 💬Possible saut du même au même non erroné de V3GX2 sur en. sa terre. Si le💬Le pronom renvoie au congié. pristrent moult couvenablement. Et avint que li emperieresCassidorus dist :
« Biaus seingneurs, je B X2 me part moult a envis de vous. S’il peust estre que nous feussions peussions estre B touzjours ensemble! Mes il ne puet avenir. Et pour ce pri je [e]a celui de qui nous devons devos V3 estre serf que je li B puisse fere servise qui li plaise puisse plaire B et ou que B vous v. y B puisiez touz partir en maniere qu’il que je B vous sache gré du servise que vous m’avez fait. »
Lors Il respondirent tout que il leur estoit bien meri, quant la chose estoit venue a ce que on pooit veoir. Dont il avint que aprés cest congié B fist li empereresCassidorus donner a chascun leur B de moult riches dons selonc ce que chascuns estoit, dont li plusseur s’en esmerveillierent moult dont si riche jouel estoient venu, qui porent souffire a si riche B baronnie et a si grant com il avoit estoient la B assemblé, pour coi aucun distrent que nule chose ne pooit tant proufiter que comme B sagement garder ce qui en temps et en lieu pooit avoir mestier. Et sans faille, ceste chose avoit l’empererisFastige fet, qui avoit en lieu et en temps ceste chose ce B mise ensemble qui puis li tourna a joie et a loenges. 💬Comme pour valoriser celle qui est redevenue l’épouse de Cassidorus, le récit insiste sur les qualités de Fastige, en particulier sur sa largesse, déjà lors de l’arrivée de Cassidorus à Rome, mais aussi au début du tournoi et ici encore. Si avint ainsi qu’il se mistrent en lor chemin, et s’en ala B chascun vers son paÿs p., et ne finerent l’un jour plus, l’autre moins tant que B , et il y X2 vindrent v. en leur contrees B sainz s. et saus B et liez et joians de ce que avenu leur estoit. Si me vueil tere atant de eulz et venir a l’empereeurCassidorus et a l’empererisFastige et dire conment il se maintindrent aprés ce qu’il furent ainsi assemblé.

[37] Ci devise X2 conment li empereres e. Cassidorus X2 Cassidorus et l’empererisFastige jouent j. ensemble X2 as eschés e. comme vous orres G Comment li baron se partirent de l’empereeur de Romme et de l’emperris B .

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Enluminure sur 1 colonnes (e) et 13 UR. Cassidorus et Fastige couronnées jouent aux échecs avec des barons derrière eux

§613 [f] Or Or nous B X2 dist d. ci endroit B li contes que, aprés ce que li baron et li prince de Rome mainte region B se furent partis de de Rome de B l’empereeurCassidorus et de l’empererisFastige, il demourerent ensemble en bonne pes et a grant joie a Rome R. si comme cil qui avoient grans prosperitez et moult de leur desiriers acomplis B . Et fu estoit B ainsi qu’il alerent par plusseurs fois de l’un empire a l’autre, et menerent bien ceste vie .x. ans. Aprés ce, avint .i. jour que li empereresCassidorus et l’empererisFastige se jouoient aus eschés, et avint ainsi com par aventure que que li gieus tourna a ce que B 💬Possible saut du même au même non erroné de V3GX2 sur que. li empereresCassidorus en ot le pieur, pour par B coi l’empererisFastige li B X2 dist en grant joie et en amour :
« Sire, or sachiez que vous ne chevaucherez pas touzjours a lorain qu’il ne vous coviengne perdre en aucune maniere. »
Li empereresCassidorus entendi l’empererisFastige et nota en son cuer B X2 ce que ele dist ot dit X2 en autre maniere que elle n’avoit fet. Lors si li dist en sourriant :
« Dame, dame, il n’est pas merveille se ›l‹[s]e V3 il est ainsi conme vous avez dit, car ainsi est est il B de ce siecle dont il avient que, 'quant on s’i asseure plus, que on y est plus tost tourné ce desus desous' 💬 quant on s’i asseure... desous: Expression sentencieuse inconnue des répertoires. Elle fonctionne sur le modèle d’autres proverbes qui lient des contraires comme Qui trop demande petit prent ou Qui trop embrasse pou estraint (Morawski, 2174, etc.). »
.

§614 Quant l’empererisFastige ot oï l’empereeurCassidorus ainsi parler, si mua couleur a grant merveilles et dist :
« Ha ! sire, ore amasse je miex que je me fusse teue !
– Dame, dist il, ja, se je puis, ne vous en repentirez que car B X2 touz les temps et les heures si ont leur saison. Et je ne croi quit B X2 pas que ce que vous avez dit doie porter fruit f. fructefiant B en leu et en temps, dont il nous sera de mieux quant nous serons trespassez.
– En non Dieu, sire s., dist elle B , [22]dont vueil je que vous me dites ce dont je ne sui pas sage s. comment B ne a quoi vous avez notee la parolle que j’ai dite, car sachiez que je ne l’ai dite la dis B X2 fors X2 que B par amours en a. et en feste B X2 . Si Et me vola ensi de la bouche, pour quoi je B vous pri en amour et en guerredon que, se je ai dit chose qui vous anuie ait anuié B X2 , que vous le la B X2 me pardongniez, et, se elle vous a esté belle, que vous m’en faciez sage pour coi vous l’avez ainsi reprise.
– En non Dieu, chiere amie ma chiere dame et ma bonne amie B , or m’avez vous B demandé une chose dont je vueil que vous sachiez la verité, et je la vous dirai, mes mes que B ce ne sera pas ore, ainz sera une autre fois quant point et lieu en B sera. Et Et ce sera quand verrai et B je savrai en vous autre volenté qu’ele n’i est que je n’i voie B ore.
De par Pour B X2 Dieu, sire s., merci, dist la dame B , or soit quant il vous plera, que car je ne cuit pas que vous ne le me doiez bien dire avant que il m’en soit gaires de mestier ne B ja ci endroit n’avrai la maniere d’aucunes dames qui ja a temps ne cuident cuideront B savoir ce qui lor puet tourner t. aussi tost B X2 a anui ou comme B X2 a joie.
– Dame, dist il, sauve la soit B X2 vostre reverence, je ne cuit pas que ceste chose vous doie tourner a anui se a grant proufist non. Je vous dirai une partie de ce que vostre parolle m’a donné a entendre. Il est voirs que on dit que, tant que li giex est biaus lessier le doit on, aussi conme il avient que cil qui est en vertu d’abstinence, quant il mengue volentiers d’une viande, il n’en doit mie tant prendre que par abhominacion li couviengne lessier, ainz se doit refraindre et mettre le arriere pource que elle li face meilleur digestion d’aquerre meilleur naturel B G apetit. Tout autresi, ma chiere dame d. et ma bonne amie B , m’avez vous mis en voie de ce qu’il me puet faire me[b]lieur digestion. En lieu et en temps vous de v. V3 dirai pourcoi et conment. »

§615
« Conme il soit ainsi que Nostre Sires m’ a ait B X2 presté tant de grace honneur B qu’Il m’a mis ou plus haut estage de la roe de Fortune, si conme il fu dist .i. jour qui passez est, il ne puet avenir que par droit ne par nature ne B je puisse puis B touzjours vivre en l’onneur de l’empire de Rome et de Coustentinoble, car il sont né qui a ceste honneur s’atendent. Si me sembleroit reson et droiture droit B X2 que, tant conme que B X2 li gieus est miens et que je l’ai d’apetit, que je le lessasse, car je ne puis je sai de voir que je ne porrai B pas touzjours vivre en daintiez ne chevauchier a lorains, c’est a dire en ceste seinourie. Et pour ce vous dis je, tres douce dame, que, se je ne laisse ceste deintié en quoi je me sui pluseurs fois delitez et orgueillis, et je puis moult priveement faillir a greignour dentié que cist ne soit. C’est a plus haute honnour que ceste n’est ou je ne puis pas tousjours demourer B G 💬La longue variante de B, en concomitance avec l’omission de G, pourrait indiquer un lieu problématique. La répétition de deinté dans B pourrait être en cause, mais il n’est pas possible d’identifier un éventuel pivot à partir duquel un segment aurait été omis. Par ailleurs, le texte fait sens et une correction ne s’impose pas.. Et pource que je n’i puis pas touzjours demourer ne chevauchier a lorain, si me couvient aquerre perfaite honneur. »
Quant l’empererisFastige ot ce entendu, si dist :
« Ha ! sire, que comme B je dis a bonne hore la parolle que vous avez mise si bien a moralité ! Se il avient que Nostre Sire vous mete en voie de perseverer, si conme vous le m’avez donné a entendre, par pour B X2 quoi j’en puisse estre perçonniere aussi, com j’en aroie la volenté du deservir !
– Dame, dist li empereresCassidorus, la deserte si n’en ne B tenrra se a vous non.
– Sire, dist elle, moult grans mercis. »
💬La réflexion de Cassidorus est bien détaillée, sur la base des remarques tour à tour des barons qui vantent sa position dans la roue de Fortune et de son épouse qui valorise sa bonne fortune. Elle semble une fois encore tenir de la tendance du récit à se rapprocher du miroir aux princes et valorise une forme de lucidité, de juste milieu et d’humilité dans l’exercice du pouvoir.

§616 Ceste chose ne mist mistrent B pas ne li uns ne li autres en oubli, car il avint aprés en assez en assez aprés (sic) V3 en assez G petit de temps terme B X2 💬Nous rétablissons l’ordre des mots d’après B+X2. Il est probable que l’omission de G soit une réaction à la faute qu’il hérite de son modèle commun avec V3. qu’il s’apresterent d’une chose dont il furent puis merveilleusement prisié, 💬Cette "chose merveilleusement prisié" peut relever du mouvement de pénitence que vont entamer Cassidorus et Fastige mais aussi de la remise officielle du pouvoir par Cassidorus. En effet, il ne laissera cette fois plus son trône sans défense, au contraire de ce qu’il avait fait lors de ses précédents départs de la cour, ouvrant ainsi la porte aux vils stratagèmes de Pelyarmenus. car li empereresCassidorus vint en l’empire de Costentinoble et mena a ce les barons de l’empire qu’il assemblerent asseurerent B Helcanus son filz et le reçurent [c]a seingneur, et puis donna a Dorus le royaume de Grece, si que il du tout se demist de l’empire et prist congié a eulz et vint arriere a Rome a l’empererisFastige, qui tout en autel maniere m. comme il s’estoit demis de l’empire de Constantinople B se demistrent il demist elle B de l’empire de Rome R. et de toute la terre que onques ne li uns ne li autres n’en retindrent denree B 💬Possible saut du même au même non erroné de V3GX2 sur et., et puis atornerent si soutivement leur afaire que, sanz le seu de nulli, il se mistrent hors de Rome, si si desconneument B que nul ne puet connoistre leur affaire. Mes je ne sai pas pas ne ne truis en l’istore B s’il enmenerent e. ilec G avec eulz nul ame G en qui il se fiassent f. tant comme a ceste afaire appartenoit B . Mes d’une chose ch. merveilleuse B fet li contes mencion, car aussi conme j’avoie touchié en mon conte du lyonLion de Cassidorus qui avoit porté a l’empereour compagnie mon compaingnon V3 G , si com devant a esté dit, il gisoit en .i. lieu disposé du palais a l’empereeurCassidorus, si que, quant ce venoit au matin acoustumeement, il s’en venoit en la sale sanz fere mal a nullui et pour faire entendre a l’empereeurCassidorus aussi conme dis me tu :
« Je doi mon seingneur garder et lui porter compaingnie. »
Il ne s’oublia pas a celui jour dont l’empereeurCassidorus et l’empererisFastige s’estoient parti la nuit devant, car il vint en la sale, aussi conme il souloit. Dont il avint, quant les chambellens se furent aperceus de ceste chose, que il furent a merveilles esbahi et ne sorent que fere ne que dire. La nouvelle en ala par tout l’ostel, conme cele qui ne pouoit estre celee legierement l. et sans faille la court avoit esté vuidié a cele heure et a cele jornee de grans seigneurs plus qu’ele n’avoit esté pieça et a privee maisnie B , et avint que li mestre de l’ostel se mistrent a conseil que il pourroient fere de ceste chose, tant qu’il i ot .i. chevalierChevalier du départ de Cassidorus, qui moult iert sages, qui li B X2 dist :
« Je ne puis veoir que une seule chose qui [d]tant face fait B a douter conme de nostre nouvel empereeurFastidorus que il ne nous vueille demander son pereCassidorus et sa mereFastige que il nous lessa en garde. Car, sanz faille, de si grant chose conme c. est B de l’empereeur de Rome avenist il bien que il feust si sagement gardez que il ne peust issir des chambres sanz le seu d’aucuns, dont il me semble, se il n’i a aucuns de nous qui parler en sache, que je me doute que nous n’en aions a souffrir. »
Mes il n’i ot nul qui bien ne deist d. vraiement B X2 que il n’en avoient riens seu.

§617 En ce que cil estoient a ce conseil, li lyonsLion de Cassidorus, qui pas n’avoit apris que li empereresCassidorus demourast tant que il n’issist des chambres, conmença c. forment B a grondir et a rungier, si qu’il n’i ot nul si hardi en la salle qui y osast demourer, ainz s’enfouirent touz qui miex miex pot B X2 . Et lors vint li lyonsLion de Cassidorus a l’uis de la chambre ou li empereresCassidorus avoit geu, si la le B X2 trouva fermee et conmença fort a grater.

§618 💬Pas de nouveau § BCil dont que G j’ai devant parlé, qui tenoient leur conseil de l’empereeurCassidorus, ont oÿ le lyonLion de Cassidorus qui merveilleusement metoit grant painne a ce qu’il peust en la chambre entrer e. et il ne trouvast l’empereur que il ne leur donnast a souffrir B . Dont n’i ot eust X2 nul qui seust que fere fors que le chevalier qui devant avoit parlé fait mention B Chevalier du départ de Cassidorus de l’empereeurCassidorus, qui vint a l’uys de la chambre et li ouvri. Et quant il fu dedens, il cercha amont et aval, mes il ne trouva pas ce que il queroit. Et que fist la mue besteLion de Cassidorus ? Tout aussi en autele maniere B conme li bons levriers aumiers B qui B suit le senglier et le cerf quant il a trouvé leurs voies, tout en autele maniere poursuivoit il l’em[e]pereeurCassidorus, et trouva qu’il estoit issus par une fenestre qui estoit en une garde robe, et de la estoit issus par .i. faus huys et passé a une large B nacele parmi X2 .i. grant fossé qui bien avoit .iic. piez de lé B , et de la se mistrent en la cité de Rome et puis issirent se mistrent B hors par la porte oriental par devers Orient que on apele la porte o. B . Et tout aussi conme je dis s’est mis se mist B G li lyonsLion de Cassidorus aprés eulz que il n’espargna onques riens qui tenir le peust💬La scène rappelle la fuite de Tristan avec Iseut, suivis par Husdent, si ce n’est que l’objet de la fuite est mu par la sagesse plus que la passion..

§619 Quant ce orent ont B X2 veu veu et seu B la mesniee, si orent moult grant paour du nouvel empereeurFastidorus que il ne les vousist achoisonner de son pereCassidorus et de sa mereFastige. Dont il avint que il y ot aucun quil vindrent voudrent aler B avant pour eulz metre a voie B avec aprez B X2 le lyonLion de Cassidorus, mes il leur fu desfendu des plus souverains, et qui B distrent que qui aprez eulz se metroit a la voie que ja gré n’en recevroit de l’un ne de l’autre quar B il chascun B pourroient pooit B bien savoir que, pource qu’il ne vouloient pas que on seust quel part il tourneroient, s’estoient il ainsi partis de Rome R. et de l’onneur B . Lors n’i ot nul qui i osast vertir, ainz ont fait asavoir a touz leurs enfans en quel lieu que il fussent, ou loing ou pres, conment il il lor B estoit avenu de l’empereeurCassidorus et de l’empererisFastige.

§620 💬Pas de nouveau § BQuant il oïrent la novelle, si furent touz esbahis et n’en firent sorent B autre chose fors que il sorent aussi conme par avis qu’il estoient alez en essil aussi conme l’empereeurCassidorus avoit autrefois fait. Li autre dient dist B X2 :
« Or couvient que nous soions aions esté B X2 filz d’un hermite qui ne set vivre v. ne mourir B se en hermitage non. »
Li autre disoient qu’il ne cuidoient pas qu’il fust en son bon sens quant ainsi s’estoit partis. 💬Nouveau § B[f]Ainsi ont tourné a l’empereourCassidorus et a l’empererisFastige B a mal ce qu’il avoient avoit B fet pour bien. Dont il avint que uns preudoms qui entendi a›t‹[e]ntendi V3 a ce que on il B parloit ainsi sus la partie de l’empereeurCassidorus, il B X2 ne se pot pooit B tenir qu’il ne deist oiant touz :
« Vrais Dieux, dist il, conme est diverse chose d’estre de vivre B en cest siecle a la loenge de chascun ! Car je voi que nuls si n’i ne B puet vivre ne faire chose por si grant gr›...‹[a]nt V3 bien que li envieus n’i puissent mal noter. »
Quant il ot ce dit, si n’i ot nul qui osast autre chose dire fors que moult avoit esté sages li empereresCassidorus quant il au derrain s’estoit mis ou servise Dieu Nostre Seigneur B . Aprés avint que .i. damoisel dont j’ai devant fet mencion, qui B avoit ot B X2 non Celidus – icelui avoit engendré li empereresCassidorus en la damoisele du Chastel Mignot M. dont j’ai devant parlé B Celidoine ; cilz estoit tant biaus et et tant gent et B tant sages avoit sens B de son aage que on ne savoit son pareil en nul son B paÿs –, quant il sot que li emperieresCassidorus s’estoit ainsi partis de Rome, si que il B ne fina et tant que il B vint la ou li joennes Fastidorus empereres qui F. estoit apelez B estoit. Quant il vint devant deva›...‹[n]t V3 lui, si ne se pot tenir qu’il ne plorast moult tendrement. Lors dist en soupirant :
« Sire, il me couvient a vous prendre congié en maniere que aventure sera se je jamés vous voi💬 aventure... voi: Comprendre "ce sera un hasard si je vous revois jamais" ou, moins littéralement, "le hasard nous amènera peut-être à nous revoir".. »

§621 Quant Fastidorus entendi le damoiselCelydus, si vit que il lermoioit des yeux B X2 , si en ot pitié et li dist Dieu V3 :
«  Biau Comment biau chiers B dous frere, ja Dieu ne place que je X2 puisse .i. seul jour j. em pes vous G vivre em pes quant par ma volenté vous partirez de moi, si vous avrai plus de bien b. fait B X2 que je n’ai encore. »
Li damoisiausCelydus respondi li r. B :
« Sire, la vostre merci. Mes une chose [23]me grieve: de ce que j’ai mon seingneur de mon B pereCassidorus perdu, de qui j’atendoie a recevoir l’ordre de chevalerie. Mes il m’est avis que l’atente m’est trop longue avant que ce soit mes fet.
– Biau frere, dist Fastidorus, ne cuidiez pas que vous a ce ne puisiez p. ne puisiez G encore bien venir, car nous n’avons vous n’avez B encore pas tant atendu que nous n’ oïons o. procainement B aucunes nouvelles par quoi nous ferons vostre volenté.
– Sire, ce dist Celydus, ja sauve soit vostre grace, ja B ce ce je B n’atendrai n’i a. B , car je sai de voir que trop longue seroit ceste atente. Si pri a Dieu que je ne puisse jamés armes a. de chevalier B porter jusques a tant que je de lui les recevrai. Et pour ce ne vueil je B ore ci fere X2 plus longue demorance, ainz vueil B prendre congié c. a vous B , conme cil qui ne vous cuide jamés reveoir deci adonc que aventure le face. »

§622 Lors ne valut riens chose que li li jones B X2 empereresFastidorus Fastidorus G peust deust B dire d. – c’est a dire Fastidorus V3 💬La précision isolée de V3 dénote le souci de rendre plus lisible la passation de pouvoir qui a été effectuée, ainsi que l’identité de ce nouvel empereur qui n’aura qu’un règne très éphémère. que💬Sur la valeur polyvalente de que, cf. Note linguistique. Celydus ne se partist de lui lui, vaust B X2 ou non, et se mist en son chemin B vers son paÿs entre lui et son mestre et sa mesniee. Si se test ore li contes a parler de lui et retourne a l’empereeurCassidorus et a l’empererisFastige, qui se furent partis de Rome pour aler ou servise de Nostre Seingneur. Et si parolle ausi X2 du lyonLion de Cassidorus, qui aprés X2 les suivi B , ainsi conme devant est dit avez oÿ B ou conte G .

[38] Ci devise B X2 conment l’emperiere Cassydorus B et l’empererisFastige s’en issirent se partirent de Romme, et comment il encontrent le lyon B se mistrent en l’ermytage la ou li lyons les mena X2 hors en tapinage et alerent en une forestPatras a un hermiteErmitePatras, et aprés conment li empereresCassidorus devint ouvrier gaaingne pain💬ouvrier gaaingne pain: Comprendre "ouvrier qui gagne un salaire minime", cf. Glossaire., et l’empererisFastige demoroit en la ceule avec le lyonLion de Cassidorus B X2 .

[b]

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Enluminure sur 2 colonnes (b-c) et 12 UR. Cassidorus en armes bleues à ronds rouges rejoint, dans la forêt, Fastige couronnée devant leur grotte avec le lion à ses pieds.

§623 Ci endroit Or ci e. B X2 Or G dist nous d. B X2 li contes que, quant li emperieresCassidorus et l’empererisFastige se furent fu B partis de Rome, il n’orent pas alé une journee assez petite que que ce vint au matin que B il avoient orent B jeu en une petite vilette ou il avoit pou de gent. Si trouverent a l’issir de l’ostel le lyonLion de Cassidorus, dont nous avons j’avoie B X2 devant parlé. Quant li emperieresCassidorus li uns B X2 vit le lyonLion de Cassidorus l’autre B X2 et le lyonLion de Cassidorus le vit B X2 , onques honme ne fist greingneur tele B joie de beste ne beste de honme B X2 .
« Ha ! sire, dist l’empererisFastige, que avez vous empenssé de ceste besteLion de Cassidorus, qui ainsint vous a suivi et veult encore faire f. feste G ?
– Dame, dist il, moult ai noble compaingnie en lui. Je ne sai chevalier en Gresce B pour cui je le chanjasse pas G 💬je le chanjasse pas: Cf. R. Martin-M. Wilmet, Syntaxe du moyen français, Bordeaux, Sobodi, 1980, §17, rem. 2, pp. 23-4, cit. à la p. 23: «Il n’est pas rare que ne explétif s’accompagne d’un forclusif»., car je sui touz certains que Dieu le m’a envoié pour nous moi B X2 fere tenir B compaingnie. Et puisque il plaist a Nostre Seigneur, il le me couvient souffrir, et a moi vous B X2 d’autre part G 💬et a moi d’autre part: Comprendre "et à moi par ailleurs"..
– Sire, dist ele, je me douteroie de lui que il ne nous courrouçast en aucune maniere ou feist destourbier.
– Dame, dist il, ne vous en doutez de nule rien ja B X2 . »

§624 Ainsi avint que il se mistrent au chemin, et le lyonLion de Cassidorus avec eulz B X2 , qui aussi paisiblement [c]les suivoit conme .i. petit chiennet et ne feist jamés mal a nullui qui mal ne li vousist faire. Moult alerent longuement et moult trouverent en aucunes villes qui moult a envis les herberjoient hebergoit B pour le lyonLion de Cassidorus, dont li plusseur avoient paour. Dont il leur avint que, quant il orent ainsi alé tant que il s’embatirent en la terre de Patras, ou il avoit une moult merveilleuse forest, et en cele forest avoit .i. honme ancien et de sainte vieErmitePatras, dont alerent tant et quistrent que il le trouverent et s’acointierent de lui. Et li emperieresCassidorus G li dist distrent V3 G une B partie de son afaire. Et quant li preudomsErmitePatras l’ot entendu, si en ot moult grant merveille et dist :
« Sire, j’avroie assez greingneur mestier de vostre conseil que vous n’avez du mien. Si vous requier que vous priez Dieu Nostre Seigneur D. B pour moi. »
Adonc dist li emperieresCassidorus a l’ermiteErmitePatras que por Dieu il li enseingnast aucun lieu ou il pourroit vivre de son labour en aucune maniere,
« ausi conme li plusseur qui ne sont neent plus ne de fer ne d’acier que je sui.
– Ha ! sire, dist li hermitesErmitePatras, conment pourriez vous endurer le labour de travail, qui onques riens n’en feistes ?
– Amis, dist li emperieresCassidorus, 'qui de [d]bon cuer fait la chose, il ne li grieve auques neent'💬 qui de bon cuer... neent: Expression sentencieuse inconnue des répertoires. Sa portée proverbiale est assurée par sa dimension sapientiale qui valorise surtout la vertu de Cassidorus.. Et de l’autre part, j’ai entendu que Nostre Sire Deux si dist d. que B X2 : ''Qui ne labourera ja, es cieus n’enterra'💬 Qui ne labourera... n’enterra: Expression sentencieuse inconnue des répertoires mais de sens similaire à Qui ayme labeur parvient a honneur. Son énonciation comme sa portée morale dénotent une formule proverbiale, assez proche de celle qu’on rencontre dans la Deuxième Épître de Paul aux Thessaloniciens (3,10), sur le fait que celui qui ne laboure pas ne mange pas, même s’il n’est pas questiond de manger dans notre extrait.'. Et pour ceste reson, je n’en vueil pas estre hors mis, car je B X2 sui assez grans et fors pour porter .i. grant fais ou pour autre labour fere.
– Sire, dist li preudomsErmitePatras, bon cuer et vrai avez. Or vous doint Deux venir a si tres vrai labour qu’I vous maint ou regne de paradis ! »
💬Cassidorus prend ici une décision importante, renforce explicitement la portée spirituelle et symbolique de leur pénitence, par sa volonté de dénuement et de travail manuel qu’il souhaite ainsi valoriser, selon une tendance philosophique et dévotionnelle bien établie.

§625
« Or me dites, dist li empereresCassidorus, en quel lieu je pourroie miex demourer pour tele vie mener et pour mon pain gaaingnier B X2 .
– Sire, dist il, il B X2 a .ii. liues de ci a .i. chastelChastelGomor ou il a une bonne ville, et sai se de voir|et sai V3 de voir que on i fait une nouvelle eglisse de saint NicholasEglise de Saint Nicholas ou vous avrez a fere se il iert ainsi que il vous venist fust B X2 a plessir que vous i vousissiez traveillier a aidier a aporter a. les G pierres p. blanche et bise B et mortier et autres choses de quoi dont B maint i sont soustenu.
– En non Dieu, ce dist li emperieresCassidorus, bien ira la besongne, mes que il plaise a Dieu Nostre Seigneur B . »
Lors s’apenssa li preudomsErmitePatras d’un lieu qui est pres de yaue, mes que moult i avoit lieu estrange. Et ce demandoit li empereresCassidorus pource qu’il ne avoit pas moult a faire que nuls s’i embatist qui le peust grever ne nuire B .

§626 Li empereresCassidorus et l’empererisFastige, ainsi com j’avoie je vous a. B devant dit que li hermitesErmitePatras si s’estoit apenssez d’un lieu couvenable qui est a demie une B X2 liue de Gomor, .i. chastel de merveillieus pooir – c’estoit cil dont li preudomsErmitePatras avoit fet mencion, et cilz chas[e]tiausChastelGomor si estoit assez pres de la voie qui venoit vient B de l’ermitage au leu ou li empereresCassidorus devoit avoir son herberjageRobur, dont nous trouvons en l’ystoire que .xxii. liues avoit de Patras jusques B X2 au chastel de Gomor, et est a savoir que aucuns veulent dire que li benois cors de monseingnor saint Nicholas le confés avoit une fois B atouchié a une dame qui avoit une maladie moult crueuse dont nulz homs ne cuidast pas💬nulz homs ne cuidast pas: Présence redondante du morphème de négation pas en cooccurrence avec nulz homs, cf. Note linguistique. que jamés en B deust peust B garir mgarir V3 , et pour ce glorieus miracle fist on fere cele une B X2 egliseEglise de Saint Nicholas en l’onneur de monseingneur saint Nicholas B X2 , qui mout cousta d’avoir. Cilz chastiausChastelGomor si estoit aussi conme sus la marine💬Li empereres et l’empereris... marine: La phrase est averbale, sans doute en raison de la longue digression à propos du château de Gomor. Pour d’autres cas similaires, cf. Note linguistique.. La endroit, ainsi conme je vous ai dit, fist li empereresCassidorus fere une ceuleRobur💬 fere une ceule: La formulation "construire une grotte" pourrait dénoter une forme de naturalisation construite, un retour souhaité à un mode de vie plus fruste. pour lui et pour l’empererisFastige demourer, dont il avint que, quant il ot sa besongne chosete B X2 atiriee ainsi conme il li plot miex, et tout ensement conme uns homs diroit a .i. autre, l’emperereCassidorus conmanda au lyonLion de Cassidorus a garder l’empererisFastige et qu’il ne se meust de devant lui tant que il fust revenus repairiez B X2 ; et ainsi le fist le lyonLion de Cassidorus B X2 . Tout Sans faille, t. B X2 aussi sagement s’ala jesir a l’uys de la ceuleRobur conme se ce fust .i. honme qui eust dist :
« Je ferai tout vostre conmandement commandement.» Li empereres et l’empereris et li hermites qui la erent s’esmerveillierent moult de ce que li lyons l’ot si bien enten (sic, changement de colonne) et que si bien fist sa volenté, et s’en tint li empereres a bien payez B 💬Il est probable que la leçon de V3GX2 dérive d’un saut du même au même non erroné, sans que l’on puisse déterminer avec certitude le pivot, et donc réintégrer la partie manquante. Les sections Li empereres et l’empereris et li hermites qui la erent (§626) et Lors li empereres et li hermites (§627) ne se répètent pas à l’identique dans B.. »

§627 Li empereresCassidorus Lors li e. B et li hermitesErmitePatras qui la erent B se sont parti de la ceuleRobur et tournerent leur voie au Chastel de Gomor. Et Gomor avoit non li sires a B qui li chastiausChastelGomor estoit, qui assez nouvellement l’avoit fet fermer, non pas pource que li chastiausChastelGomor ne fust de [f]grant antiquité, et i avoit marchié une fois la semainne. Li hermitesErmitePatras desus dit estoit ouvrier de fere coffins et B X2 estuis a hapnas. Et quant il les avoit fes, il les portoit au chastelChastelGomor pour vendre, si que de ce vivoit li preudomsErmitePatras de jour en jour et moult saintement, et du seurplus que il pooit espargnier il le faisoit donner ou que il p. e. B X2 G il G le B donnoit a edefier l’eglise du chastelChastelGomor, qui ert de saint NicholasEglise de Saint Nicholas. Li emperieresCassidorus, que que li hermites que V3 li hermitesErmitePatras avoit amené au chastelChastelGomor ainsi conme je vous ai dit vous avez oÿ B , fist tant qu’i l’acointa a ceus qui avoient l’ueuvre entre mains et leur dist que, pour l’amour au glorieus confessor, il le meissent en l’ueuvre, et il se traveilleroit tant que il B se s’en B X2 loeroient de lui et de sa besongne B X2 .

§628 Quant li mestre oïrent l’ermiteErmitePatras qui demandoit de l’ueuvre pour l’empereeurCassidorus B X2 , si li B X2 demanderent de quele ouvrage chose B X2 il savoit voudroit B vouloit X2 ouvrer. Il dist leur a respondu qu’il n’estoit pas ouvriers de maçonnerie, mais B qu’il savroit savoit G bien porter chaus et mortier et sablon. Lors esgarderent l’empereeurCassidorus et virent a lui parfaite biauté et distrent :
« Sire, il il nous G semble que se soit une moquerie m. de ce que vous dites B , car nous ne veons pas en vous que vous soiez pour tel pour faire B tel afere conme vous avez dit, car vous estes miex fes tailliez B a tenir .i. empire ou .i. royaume, dont li pluseur sont aujourd’ui moult deceu, car par la defaute d’eulz font leurs menistres moult de torfais torçonneries et de meffais B X2 . »
Quant li empereresCassidorus ot celi ce B entendu, si mua coleur une merveilleuse c. B X2 et dist :
« Ha ! biau seigneur, il ne pueent pas estre tous roy n’empereeur, et si ne doit on pas avoir en despit les laboreurs de pluseurs pslors (sic) V3 mestiers, [24]car miex aime a mes membres gaaingnier mon vivre a painne et a travail et a sauver l’ame mon ame G de moi en paradis G que avoir .m. livrees de terre t. et de rente a perdicion G . »
Lors quant li empereresCassidorus ot ce dist, si sorent bien li mestres que il estoit preudoms. Si li ont dit :
« Biau sire, or ne vous anuit pas, car nous avons pou veu de telz ouvriers conme vous estes. Si vous prions que vous veingniez quant il vous plaira et si faites a vous entremetez de faire B vostre volenté, et nous ne detenrons pas vostre labour💬nous ne detenrons pas vostre labour: Comprendre: "nous ne vous refuserons pas votre travail"..
– Biaus seingneurs, dist il li empereres B , grans mercis. »
💬Les doutes que laissent entendre les maîtres ouvriers font écho à ceux que formulait également l’ermite face aux capacités de Cassidorus à endurer ce travail manuel. Ils dénotent surtout le contraste entre les précédentes fonctions de Cassidorus, dont il ne peut véritablement se cacher: selon la théorie de concordance entre intérieur et extérieur très prégnante alors, celles-ci semblent inscrites directement sur son visage. L’impossibilité pour Cassidorus de dissimuler son statut sera au cœur de ses dernières aventures, mais l’affirmation de son souhait de mener à bien son nouveau travail symbolise avant tout sa bonne volonté pour accomplir sa pénitence, affirmée nettement dans sa préférence pour le bien de son âme face aux biens temporels dont il était jusqu’alors investi.

§629 Lors avint que li empereresCassidorus se mist a fere ce que vous poez ouyr avez oÿ B a quoi il beoit, par quoi il se mist a lui traveillier et en B servir maçons de porter pierres a la fois en une civiere et a la fois en une hotte, si que il n’estoit pas oiseus que il ne feist ce que on li conmandoit, aussi debonnerement conme li aingniaus sueffre que on le porte vendre. Et d’autre part, il n’i ot mie moult esté que il sot fere quenque il il y B apartenoit.

§630 💬Pas de nouveau § BAinsi demoura li empereresCassidorus en cest labour une B grant piece et repairoit en sa ceulleRobur toutes les nuis avec l’empererisFastige, a qui il anuioit moult de si grant travail conme que X2 il avoit empris, car touz les jours il se levoit au point du jour pour aler labourer, ainsi conme il a esté dit, et au vespre reperoit, et lassez et debrisiez et povrement peüs de boivre et de mengier, pour quoi il avint que en cest afaire plot a Nostre Seingneur B que li lyonsLion de Cassidorus, en qu’en B autel manie[b]re conme il s’il B X2 ot eust B X2 sens et entendement d’onme, aloit il il la nuit B X2 em proie et puis si s’en B reperoit, ainsi conme li empereresCassidorus se devoit lever pour aler en son labour.

§631 Ceste vie maintint li emperieresCassidorus moult longuement. Et toutes ses choses ainsint maintenues saintement, il B avint, si conme que B il plot a Nostre Seingneur, que l’empererisFastige se senti grosse d’enfant, si ne le volt pas celer a son seingneurCassidorus pour par G moult de raisons. Quant li emperieresCassidorus sot ce, si en fu moult joians et en loa Nostre Seingneur de tout son cuer. Si ne demoura guieres que li emperieresCassidorus vint a l’ermiteErmitePatras desus dit et li a confessee sa volenté tout ainsint conme il cuida que bon fust. Cilz hermites B X2 ErmitePatras s’apenssa d’une puceleNichole qui vivoit em povreté pour l’amour de Nostre Seingneur. Cele pucele B X2 Nichole estoit de sainte vie et de bon sens💬L’emphase mise sur la sainteté de chacun des protagonistes est révélatrice de l’importance symbolique dont seront revêtus les événements à venir, la fin de l’empereur comme la destinée de cette progéniture et de la jeune fille qui en aura la charge.. Si fist li hermitesErmitePatras tant t. en poi de temps B X2 que elle vint demourer avec l’empereeurCassidorus et avec l’empererisFastige pour p. lui G tenir a l’empererisFastige G compaingnie B X2 . Et quant B l’empererisFastige la connut, si li plot moult sa maniere, et ot la pucelle a non Nichole. Si dist vint B X2 a la pucelleNichole a V3 l’empererisFastige a l’e. et li dist B X2 :
« Dame, je ne savroie estre oiseuse que je ne feisse aucune chose, pour quoi je vous pri que nous nous entremetons de quelle chose aucune ch. de B X2 que quoi que B X2 ce soit.
– Amie, dist l’empererisFastige, moult me pleroit, mes que mon seingneurCassidorus le vosist souffrir. Si nous en B X2 couvendra a lui prendre congié. Or me dites, pucelle, ce dist fait G l’empererisFastige B X2 , de quoi vous savriez ouvrer.
– Dame, dist elle, je sai .i. pou ouvrer d’or et de soie, et en gaain[c]gnoie gaigneroie G mon vivre avant que je venisse a vous G . »

§632 💬Pas de nouveau § BQuant l’empererisFastige entendi la puceleNichole ce B , si dist :
« Tout ausi ai je veu tele heure que j’en savoie aucune chose faire B X2 , si nous i couvient entendre. »
Lors quant li emperieresCassidorus revint de son labour, si le mistrent a reson l’empererisFastige et la pucelleNichole B X2 et li X2 distrent requistrent B X2 que il leur donnast congié de laissast B fere leur volenté, et il respondi que il le voloit en bonne heure B X2 . Si firent tant que elles orent les instrumens telz conme a leur oeuvre couvenoit. Lors conmença l’empererisFastige a ouvrer et a fere joiaus d’or ou de soie. Si avenoit il avint B que, quant elle les avoit fes, la puceleNichole les portoit vendre au Chastel de Gomor. Et fu li ouvrages si bons et si biaus que on ne s’en le B X2 pooit saouler du trop B X2 regarder. 💬Nouveau § BAdonc le convint savoir a G la dame du chastelChastelainne, qui vit .i. parement d’une aube ou il avoit une B X2 ymage d’un myracle de saint NicholasSaint-Nicolas. Lors demanda la dame du chastelChastelainne B X2 qui ce cele B X2 pooit estre qui ce avoit fet. Dit li fu conment une fameNichole aportoit ces choses tele chose B a X2 vendre chascun jeudi ou marchié.
« Par Sainte Crois, dist elle, je veil que on la le B me face venir. »
Et on si fist. Quant cele la pucele B ce G vint fu venue B devant la chastelainneChastelainne, si la dame B li demanda d. et enquist B qui ce teles choses B faisoit, et cele ne li volt dire, que quar X2 deffendu li estoit comme cele a qui il avoit este deffendu que ele n’en feist nului sage por ce que nule parole n’en fust B . Et quant la chastelainneChastelainne oï que cele celoit sa dame ainsi, adonc a. en B fu fu ele B plus engrant de savoir le B , mes onques on ne li sot tant dire ne d’un ne d’el que elle reconnoistre le vousist.
« En non Dieu, dist la chastelainneChastelainne, je sé de voir que cilz ouvrages ne vous [d]vient pas de bon lieu, car je sé bien que vous ne l’avez pas fait fait.» Quant la pucele ot entendu la dame qui ainsi parloit, si li dist B .
Dame Dame, pour Dieu merci B , dist la pucelleNichole B , je ne di pas que je l’aie fait, mes il m’est deffendu que je ne ne le B die pas a nullui B que je l’aie qui l’a B X2 fet.
Dont Par ma foy, d. B vous demourrez vous ! »
, dist la chastelainneChastelainne.

§633 💬Pas de nouveau § BAinsi demoura cele damoiselle B X2 Nichole jusques et fu detenue j. B X2 a tant que li chastelainsGomor fu revenus, qui n’estoit pas en la villeChastelGomor. Li empereresCassidorus, qui estoit a l’ueuvre et avoit veu la puceleNichole au marchié a toute son ouvrage sa besoigne B X2 , fu touz tousdis G esbahis quant il vit que elle ne revenoit repairoit B X2 aussi a lui aussi B conme elle souloit, si ne sot qu’i li fu avenu. Adonc vint s’en v. arriere B il B a l’empererisFastige et li dist que la sa B puceleNichole ne savoit il pas qu’ele iert devenue. Lors fu l’empererisFastige esbahie moult durement B X2 et ne sot que pensser, conme celle qui moult l’amoit, si dist :
«  Ha et Ha V3 ! sire, si ne serai je aise si en avrai eu savrai B X2 bonnes nouvelles. »

§634 Celle nuit passa, et vint a l’endemain, que li emperieresCassidorus vint a l’ueuvre. Si coururent parolles d’une fenmeNichole qui estoit arrestee chiez le chastelain la chastelaine G Gomor 💬G semble avoir raison de préciser qu’il s’agit de la châtelaine. Contrairement au châtelain, qui cherche à s’élever au contact de l’empereur en particulier, la châtelaine, par l’ensemble de ses mauvaises actions, cherche constamment à lui nuire, ainsi qu’à ses proches. Cet épisode se veut ainsi indiciel de la vilennie et de la curiosité dévorante de la châtelaine., qui avoit aportee aporte B G X2 💬La tradition ne lit pas unanimement aportee. Dans le cas des verbes transitifs, l’accord du participe passé avec le sujet est très rare. Ici cependant, le participe suit de près un premier participe d’un verbe inaccusatif accordé avec le sujet féminin (arrestee). Outre la similarité des formes, l’accord au féminin de aportee pourrait avoit été influencé par l’ambiguïté de l’interprétation de l’antécédent du pronom relatif sujet qui, ainsi que par un contexte général de référence féminine. joiaus en la villeChastelGomor a por B vendre et on li metoit sus que elle les avoit emblez. Quant li emperieresCassidorus oï ce, si fu moult esbahis et ne sot que qu’il peust B X2 faire ne que B dire d. de tel afaire B . Dont vint au mestre des ouvriers et prist congié c. a lui B d’aler en .i. pou de lieu, et adonc vint chiez l’ermiteErmitePatras et li conta l’afaire de la puceleNichole la pucele. Quant li hermites l’ot entendu, si li dist : «Sire, nous irons au chastel et si savrons que l’en li demande. - Par foi, dist li empereres, ensi le vueil je et je vous en pri B 💬Remarquer la longue variante de B, dont celle de V3G X2 ne peut dériver par saut du même au même.. Lors L. se mistrent a la voie et B s’en vindrent amdui B vers a B le chastel ch. de Gomor B ChastelGomor. Et quant il vindrent a l’entree de la villeChastelGomor, si encontrerent la pucelleNichole, que l’en avoit delivree, et l’enmenerent a l’empererisFastige l’e. et distrent : «Dame, vesci vostre pucele, que nous vous amenons B . Et quant l’em[e]pererisFastige la vit, si en fu moult joians j. et moult lie. Puis li demanda et enquist la cause pour quoi ele avoit tant demouré, et la pucele li dist tout en la maniere que devant est dit B liee G .

§635 💬Pas de nouveau § BUn jour avint que li chastelainsGomor parler conter B d’un tel honme qui tant estoit biaus et fors que chascun s’en esmerveilloit conment il pooit tant de labour fere com il faisoitCassidorus. 💬À la beauté déjà louée par les maîtres ouvriers se superpose la force aussi démontrée par Cassidorus à son travail, dans une nouvelle valorisation de ses qualités et de celle de sa pénitence. Lors conmanda li chastelainsGomor que on le feist venir par devers lui, et on si fist. Et quant li emperieresCassidorus fu venus vint B devers le chastelainGomor, si le salua moult humblement hautement et moult h. B et li demanda qu’il li plaisoit. Adonc Quant li chastelains le vit, si B le regarda moult li chastelainsGomor B et li sembla moult tres bien que autre fois l’avoit veu, et si ne savoit se pooit pas bien aviser B en quel lieu. Adonc li dist d. il B :
« Dous amis, de Nostre Seingneur je vous pri et conjur B X2 a jointes mains que vous ne me celez pas ce que je vous demanderai, car je vueil que vous me dites en quel lieu vous feustes nés, et lors me souffira ce que je vueil de vous savoir. Car je sui touz certains que je vous ai autre fois veu, mes je ne sé pas pas ou ne B en quel lieu ce fu B X2 . »
Quant li empereresCassidorus vit G que il estoit si engrant de savoir ou il avoit esté nés, si dist :
« Certes, biau sire, je ne vueil pas mon non lieu B X2 celer puisqu’il est ainsi que savoir le voulez. Je fui filz d’un povre laboureur et fui nés nés droit B X2 en la cité de Costentinoble. »

§636 💬Pas de nouveau § BQuant li chastelainsGomor ot l’empereeurCassidorus entendu, si se lessa cheoir a ses piez et dist :
« Ha ! emperere de Rome et de Costentinoble, je savoie bien que je vous avoie veu veu autre fois B ailleurs que ci ! »
💬La réponse du châtelain révèle toute l’inefficacité du pieux mensonge de Cassidorus et une fois de plus les limites d’une forme d’incognito, dans une portée qui devient presque ridicule. Et adonc li baisa le chastelainGomor son le B soler, [f]vousist ou non, dont li emperieresCassidorus fu touz courrouciez et dist :
« Je ne voi pas en vous tant de sens com je cuidoie qu’il i eust. Et ne vous anuit ore pas de ce que je vous ai dit, et vous dirai pourquoi: ce n’est ore pas grant honneur a vous ne a moi quant si hastivement voulez dire que je sui empereeur de Rome et de Constentinonble Constentinonble.» Quant li chastelains l’ot entendu, si li demanda B .
– Et pourquoi p. dites vous ce B , dist li chastelainsGomor B , quant je vous en dirai bones enseingnes ?
– Ore donc ! dist li empereresCassidorus.
Sire S., dist cil B , je le diré moult B volentiers. »

§637 Lors li conta commença B le chastelainsGomor et dist :
«  Sire B , il fu jadis .i. jour avant que vous fussiez mariez que vous venistes en Galille en une cité que on apele qui est apelee B X2 Bethsaïda, de laquele Edypus estoit sires a celui temps, et la demourastes vous B avec lui une piece. En cele acointance a. il G avint que Helcana sa fille vous ama sanz ce que que jamés G a lui n’aviez penssee, ne riens n’en saviez. Aprés il avint que Edypus avoit eu guerre au prince de Tyberiade, qui avoit a non Lapsus Japhus B . Edypus, qui estoit chevalier de grant renonmee, vint a vous, qui avez a non Cassydorus, et vous pria en amours que 'vous li vousissiez aidier et a B X2 mettre celui Lapsus Japhus B en sa merci, qui son honme devoit estre'. Et vous li aidastes en tel maniere que bien i parut, car vous li donnastes conseil qu’il feist sa gent ensemble mettre, et il si fist, et ala Edypus sus Lapsus, qui auques sot sa venue. Et sé de voir que vous et vostre [25]bataille feistes tant d’armes es premieres venues que cil dedenz qui issirent i. fors B furent mis en la citéTyberiade arrieres par force, et preistes terre a vostre volenté et vostre gent aussi. Et vous sé bien a dire que sus touz chevaliers ch. qui onques i furent a cel tamps B vous i feustes li plus p. renommez et li plus B doutez, et vous en dirai bonnes enseingnes, car il avint a l’assaut que vous i feustes navrez et emportez, et cuidierent cil dedenz que vous fussiez mors. Et fu une biere levee par ainsint que cil dedenz issirent hors conme cil qui moult furent joians de vostre mort. Mes avant que la jornee passast tourna lor joie j. un poi B en duel, car quant B il furent tel mené que, quant il entrerent cuidierent entrer B X2 en la cité, vous leur venistes au devant et feistes tant que a painnes en y ot nul quil ne fust fust malement B X2 navrez. Lors en y ot tant des mors que li fossé en furent tuit empli.
– Sire chastelains, dist li emperieresCassidorus, vous n’estes pas li premiers de ceus qui m’ont encercié pour celui que vous m’avez ci conté avez dit G .
– Non, sire ? ce dist li chastelainsGomor
Non, par Dieu, dist li empereresCassidorus V3 G X2 .
– Et conment ! dist li chastelainsGomor. N’estes vous pas li empereres Cassydorus ?
– Sire, dist il, voirement ne le sui je pas.
– Non, sire ? dist il. Encore en ai je bonnes enseingnes.
– Mais or me dites avant ce qu’il vous plaira.
Sire G , dist cilz, volentiers. »

§638
« Quant cil de Tyberiade s’en furent reperié en la cité, la concordance fu faite en tele maniere qu’il s’en se B metroient sus .ii. chevaliers, dont cil qui devoit faire la bataille pour Lapsus fu ap[b]pareilliez estoit li plus doutez de toute sa chevalerie et avoit a non Ascanus B . Et il B n’ i G ot chevalier de la partie Edypus qui osast porter armes contre lui fors que vous, biau sire Cassydorus, que je voi ci en ma presence. Vous feistes la bataille et meistes Ascanus au desous, et par vous fu la pes faite entre Edypus et Lapsus. »
💬Ce dernier épisode, qui apporte une nouvelle confirmation de l’identité de Cassidorus, est la suite des aventures relatées dans le Roman de Cassidorus, jusqu’au §72. Le texte joue ici avec le cycle, reprenant non seulement des épisodes antérieurs mais réactivant brièvement le fondement du cycle. Au répit que demandait les sages se substitue ici un échange dans lequel l’un ne veut se révéler et l’autre lui narre les "enseignes" et non plus les "exemples" de son identité. Le cycle fait porter la question de la sagesse sur l’identité plus que sur le juste jugement. Sur le répit, voir Prunelle Deleville, "Un peu de répit le temps d’un récit", Cahier de narratologie, 46, 2025.

§639 💬Pas de nouveau § BQuant li empereresCassidorus ot entendu le chastelainGomor, si si li B dist :
«  Je Certes, sire, que je B croi bien que vous feustes a la bataille si com a ce que B je l’ai le vous ai B oï dire et B retraire.
– Ce savez vous bien b., sire B X2 , dist li chastelainsGomor.
– Sire, dist li emperieresCassidorus, or soit ainsi com que B X2 il vous plera. Mes or dites se vous B voulez autre chose dire.
– En non Dieu, sire, or a primes vous vueil je dire plusseurs choses qui prouffist conquest B X2 a l’ame vous pourront porter et tout aussi a moi.
– Vraiement ? dist li empereresCassidorus. Se vueil je bien oïr.
– Sire, dist li chastelainsGomor, dont me dites conment je serai si privez de vous que je i puisse p. aucune fois B X2 parler a lesir.
– Sire chastelains, dist il, quant je savrai que poins en sera, je revendrai a vous. Si vous pri que vous m’en me B lessiez l. de vous B partir atant.
– Sire, dist il, ce ne vous puis G je escondire, mes que vous m’en couvenenciez que vous revendrez a moi au plus tost que vous porrez en bonne maniere.
– Ainsint le vous ai je en couvent », dist li emperieresCassidorus. Lors s’en parti atant et vint arrieres a son ouvrage oeuvre B , et li chastelainsGomor demoura d. espris et B esbahi si durement B X2 qu’il ne sot se il fu ou en ciel ou en en la X2 terre. 💬La résistance de Cassidorus à être reconnu est tout à fait vaine et ne semble qu’alimenter le récit des précédents exploits du tout jeune Cassidorus. Les aventures relatées ici datent en effet d’avant son mariage avec Helcana, cf. le Roman de Cassidorus, §10-72.

§640 💬Pas de nouveau § BLa chastelainneChastelainne, qui iert en aguet que li chastelains son seingneurGomor ne venoit [c]a lui pour lui dire nouvelles de celui a qui il avoit tant parlé, ele B X2 atendi a. a lui B .i. pou, mes il ne vint pas, car G il conmença moult fort a pensser a l’empereeurCassidorus, qui si avoit tout deguerpi pour l’amour de Nostre Seigneur Dieu et por son cors metre a destruction comme j’ai traitié dessus B . Si dist li chastelainsGomor a soi meismes : N’as tu aussi une ame a sauver garder G conme aussi c. B il a ? Par Dieu, oïl, et quit que elle soit est B X2 plus empeeschiee que la ton seingneur💬la ton seingneur: Comprendre "celle de ton seigneur", cf. n. au §205. ne soit, et si est elle sanz faille, et bien m’en reprent ma conscience.

§641 En ce que li chastelainsGomor estoit en tel point, estes vous venir la chastelainneChastelainne, qui qui a cel cop B s’embati sus lui et le trouva moult fort soupirant. Or escoutez e. une male aventure et B de la male aventureuse fenme qu’ele fist qui son seigneur trouva en tel point comme vous avez oÿ, et li enquist et dist B .
« Conment, sire ! Il me semble que ce paÿsantCassidorus ne vous a pas lessié en bon point, car il ne vous a pas dit chose qui vous doie puist B releescier.
Dame D., dame B , dist li chastelainsGomor, conment parlez vous ! Li paÿsantCassidorus ne m’a dit guiere chose qui apartiengnie a a vous n’a B vostre personne, car je croi et sai que c’est .i. saint honme et de bonne vie.
– Conment ! dist elle. En ferez vous dont .i. saint hermite ? Dites moi qui il est, que je le vueil savoir💬Sont ici posés tous les éléments essentiels à la fin du récit : les mauvaises intentions de la châtelaine, reboublées par sa curiosité maladive (selon un retour notable aux stéréotypes misogynes qui ont longtemps instillé le cycle), en contraste avec les propres états d’âme du châtelain de Gomor, qui se montre, dès sa rencontre avec Cassidorus, soucieux de suivre sa voie vertueuse. Notons d’ailleurs la nuance très révélatrice posée entre ces deux lectures du personnage de Cassidorus que le châtelain fait saint ermite là où son épouse ne voyait en lui qu’un paysan. Il s’agit donc de la seule personne que Cassidorus parvient à duper, cette interprétation se voyant malheureusement directement corrélée à sa perte..
– Dame, dist il, or ne m’en demandez plus, car vous n’en savrez orendroit plus par de B X2 moi moi qui il est G .
– Conment, sire ! dist elle. Avez vous donc couvenances a lui que qui B vous ne voulez pas que je sache s. qui il est B ?
– Dame, dist il, voirement les y ai je.
– Voire, dist elle. Par monseingneur saint Nicholas, mar les le B X2 celerez pour moi ! Et se se il B X2 ainsi est que je n’en sache la verité, mal ira li asfaire !
Dame D., dame B , sousfrez vous de ce dire, que par la foy que doi doi a B l’ame mon pere, se je savoie que [d]vous ne en B X2 feissiez f. ne desissiez B chose qui a courrous me tournast, je vous courrouceroie du cors ! Conment donc deable B X2 ! Se dist il, couvient il que B que X2 .i. preudom ou une preudefame ne pourra puist B pas estre vivre B en ceste villeChastelGomor que vous ne vueilliez savoir sa confession c. ne qui il est B ?
– Sire, dist elle, si puet bien b. faire B , ce me semble. Mes je ne cuidoie pas qu’il i eust si grant confession conme il vous faites samblant qu’il B y a. »

§642 💬Pas de nouveau § BAinsi demoura atant li afaires. Mes li deables, qui par le mauvés conseil B X2 conchie a la fois le les B bon, mist en la chastelainneChastelainne une une male B penssee dont moult fist puis d’anui, car il li fu avis que cilz homs qui la avoit esté mandezCassidorus eust une acointe qui son seingneurGomor vousist veoir avant que il ele B X2 sceust qu’elle qui e. B X2 fust. Et de ceste pensee ne la meist nul hors, tant estoit elle mal penssant. Et qu’en avint il ? Il ne demoura mie .ii. jours aprés que la chasteleneChastelainne mist son seingneurGomor a reson, si li demanda :
« Sire, ne demandastes vous mie a cele honmeCassidorus qui cele besongne ces beles oevres B avoit fait f. que cele pucele aporte a vendre chascun joesdi B ?
Dame Certes, d. B , dist il, nennin, je ne li demandai autre chose que ceste. Mes bien i cuit recouvrer dedens leur termine qu’i💬Il s’agit bien de Cassidorus. m’a dit brief terme B X2 .
– Sire, dist elle, bien vous en croi. »

§643 💬Pas de nouveau § BCeste chose demoura ainsint. Assez pou aprés anuia au chastelainGomor de ce que li emperieresCassidorus demoura tant que il ne reperoit a lui, si conme il vousist. Dont il avint qu’il ne se pot tenir qu’il ne venist la ou il ouvroit touz les jours. Lors si li dist qu’il ne s’en peust aparcevoir:
« Sire, je sui a grant meschief que vous ne venez a moi parler.
– Chastelain, dist il li empereres B , je ne puis pas a vous parler a ma [e]volenté, car j’ai si grant doute que je ne soie conneus que trop en sui en male penssee.
– Sire, dist il li chastelains B , n’en ne X2 doutez ja que par moi nulz en sache riens. »
💬Nouveau § BAdonc pristrent .i. jour entr’eus .ii. que il se mistrent ensemble secreement, par quoi li chastelainsGomor sot la ou li emperieresCassidorus demouroit. Lors li dist li chastelainsGomor qu’i que B X2 mout avoit grant couvoitise qu’i peust estre ses compains en aucun lieu ou il peust pour B fere f. ces B f. les X2 bonnes oeuvres, aussi com que B X2 il fesoit.
« Chastelains, dist il, je vueil vous acompaigne a moi B bien que vous en soiez compainz en bonne maniere, et touz ceus entour qui que B je pourrai perseverer et fere chose quil plaise a Nostre Seingneur.
– Sire, dist il, Deux le vous rende ! Mes je di encore en autre maniere que j’ai entendu. Je couvoite que je peusse mener ma fameChastelainne a ce qu’elle me vousist croire en bonne maniere conme j’ai entendu que la vostre fait.
– Par Dieu, dist li empereresCassidorus, aussi voudroie je de par Nostre Seigneur.
– Certes, dist li chastelainsGomor, j’en seroie moult joians. Mes ele m’est moult contraire en pluseurs manieres, si ne sé quel conseil j’en puisse avoir. »

§644 💬Pas de nouveau § B Lors L. li B conta li chastelainsGomor a l’empereeurCassidorus B une partie de la sa B maniere de sa fenmeChastelainne B , et li emperieresCassidorus li dist :
« Dous amis, touzjours ai je oï dire que li preudoms si fet fet volentiers X2 la preudefenme, et la preudefenme le prodome. Et se vous savez chose qui meilleur li B soit a fere, si li enseigniez debonnerement, et nous prierons a Dieu qu’i la convertise et li doint sens et [f]entendement du retenir.
– Et Dieux vous en oïe, sire. »
, dist li chastelainsGomor. 💬Nouveau § BLors se departirent atant li empereresCassidorus et li chastelainsGomor, et ala puis li chastelainsGomor souventes fois la ou li emperieresCassidorus estoit ouvroit et traveilloit, si comme j’ai devant dit B pour savoir se par aventure li deist aucune chose qui bonne li fust. Mais sanz faille il parloient si couvertement li uns a l’autre que nuls ne se peust apercevoir qu’il eussent riens a fere ensemble, pource qu’il ne vouloient pas que nuls peust cuidier que ce fust si grant chose que comme B X2 de lui connoistre. Et de ce li savoit li emperieresCassidorus moult bon gré, car il veoit apertement que il n’estoit chose, se il li requeist, qu’il ne fust appareilliez aprestez B X2 du faire. Et qu’en avint il ? La fame au chastelainGomorChastelainne, que li deables avoit en cure prise, 💬La précision redoublée de l’emprise diabolique que subit la châtelaine ne peut laisser aucun doute sur l’issue des événements, dans une portée très manichéenne de cet affrontement entre inspiration divine et diabolique. qui ne pooit venir a chief de ce qu’ele avoit en propos, se ce n’estoit par la jalousee .i. sien escuierFastre qui trenchoit au mengier devant lui et li dist💬La fame au chastelain... dist: La phrase est averbale dans toute la tradition, puisque La fame au chastelain n’introduit aucun verbe. Sur d’autres ruptures de construction dans le roman, cf. Note linguistique. :
«  Il Amis, il B couvient que tu me faces une chose que je te dirai, en maniere que il ne sera chose neis de mon cors vergonder que je ne face por toi se tu m’en requiers, et je te dirai quele q. chose tu me feras B . Je sui certainne que cilz paÿsans qui a mon seingneurGomor parla l’autre jour j. si longuement B Cassidorus, si croi que c’est est B X2 💬Je suis certainne que... si croi que c’est: Remarquer l’hésitation du locuteur après une incise. Cf. aussi n. au §319. .i. truant et .i. ypocrite faus y. B X2 et vient v. a B mon seigneurGomor atraire pour je ne sé quele truande ou B X2 chanlande que il tient. Je ne sé en quel lieu l. et est cele B qui a fet cel ovrage de qui dont B tu nous oïs parler, qui est si bien faite que nuls ne la pourroit miex faire se ce n’estoit par l’art de l’anemy. [26]Si vueil que tu te donnes garde se tu peusses savoir riens de leur couvine par quoi il peust avoir aucune chose qui contre moi peust estre e., et se tu le pués en nule maniere savoir B , si le me di, et je ferai du tout ta volenté. »

§645 Cilz Quant cil ot entendu sa dame qui B ne fu pas loiaus serjans, ainz fu couvoiteus de faire la sa B volenté sa la B dameChastelainne, qui estoit plus engrant de faire et d’oïr males nouvelles que bonnes. Li si li B dist💬Sur la place du verbe en début de phrase, cf. Note linguistique. au conmencement :
« Dame, s’il estoit ainsi que je traïsisse mon seingnorGomor pour par G vostre volenté acomplir, ce seroit chose moult estrange, car vous savez bien qu’il que mon seigneur B n’a serjant en son hostel qu’il croie autant com il fet moi. Et si ne cuidiez pas qu’il ne l’et lez G 💬La forme et pour ait indique l’équivalence des graphies ‹e› et ‹ai› en contexte tonique. Pour la monophtongaison de [ai] > [ɛ], cf. Note Linguistique. trouvé en moi en aucune maniere. Et s’il ne l’i a trouvé, si en ai je grace conment que ce soit, pour laquele chose X2 je vous dirai d. une chose B X2 , ma tres chiere dame, a coi vous vous acorderez, et tout par couleur de verité. On dist em proverbe que qu›i‹[e] V3 'quiconques ainme miex de mere, si est fausse nourrisce'💬"Qui aime plus de mere il est fause nourrice" (Morawski, 2078). Ce proverbe se trouve aussi dans le Roman de Cassidorus et dans la version M (Male marrastre) du Roman des Sept Sages. Les deux textes s’en servent à propos d’un conte enchâssé intitulé « nutrix » par Hans R. Runte : « C’est li exemples de la fole norriche » (Li Ystoire de la Male Marastre, éd. Runte, p. 39-44) pour avérer ce proverbe : les parents tenaient trop à leur fils présumé (pour de mauvaises raisons). Ce conte est aussi présent, sous une forme un peu différente, compliquée par contexte incestueux, dans le Roman de Cassidorus, §480-485, où il est placé dans la bouche d’Helcanus qui se compare à la "fause nourrice" pour soutenir qu’il serait bien imprudent de sa part de préférer la vie de son père à la sienne. Dans ce cadre, on note, une fois encore dans ce Roman de Pelyarmenus, une certaine récursivité des thématiques. La "fause nourrice" incarne une nouvelle version de la mauvaise femme, qui est aussi une mauvaise mère, trafiquant la légitimité des enfants., pour quoi je di que vous devez estre mere de mon seingneur amer. Si vous pri, quele que la vostre volenté soit, que vous i gardiez gardez B X2 vostre honneur et la moie, car sachiez que, qui m’en doie avenir, je ferai vostre volenté par ainsi que je tout premierement ferai aie B ma volenté de vous par quoi je soie asseur de vous.
Fastre Frere G , dist la dameChastelainne, sages estes et apenssez, et je vueil bien faire vostre volenté pource que vous soiez mieus m. apensez et miex B entalentez de fere ma requeste. »
💬Le nom de ce personnage, adjuvant de celle qui se fera la plus grande et la plus notable ennemie de Cassidorus, est évidemment symbolique : Fastre, associé, de manière explicite dans l’appellation que lui donne le châtelain ci-dessous, au fatras, dénote ainsi les sens donnés à ce substantif en mfr : ’ramassis d’idées confuses’, ’balivernes’, mais aussi ’tour, ruse, artifice’ (DMF, sv.). L’onomastique se veut une fois encore révélatrice, comme pour pallier l’absence de nom conféré au personnage de la châtelaine, dont l’anonymat n’est pas sans rappeler celui de la vile impératrice du roman souche. Le nom de l’écuyer offre ainsi un indice supplémentaire de sa vilenie, au-delà de la précision déjà donnée de son manque de loyauté et de sa prise de position bien affirmée dans cet échange avec la châtelaine.

§646 Que vous iroie diroie je G plus celant de B leur affaire G ? La [b]dameChastelainne n’i regarda honneur ne foy ne loyauté, ainz se mist en servage envers celui a qui elle ne vouloit deveoit B veoit X2 chose qu’il eust vousist avoir de lui B X2 , si que il avint que li escuiersFastre meist volentiers chose sus a B X2 son seingneurGomor par quoi il deservist a estre bienvenus de sa dameChastelainne. Si dist a son seingneurGomor que moult avoit grant merveille de ce qu’il se celoit envers lui de cel honme a qui il parloit si souventCassidorus et si ne savoit que ce vouloit dire dire. Et quant li chastelains ot entendu Fastre, si li dist B .
« Fastras, dist li chastellains il B Gomor, par temps le savrez. »
Lors ne demoura pas longuement qu’il s’en vint a l’empereeurCassidorus la ou il traveilloit a l’ueuvreEglise de Saint Nicholas, et dist tant que il li empereres B li otria a l’endemain de venir a lui en son recetRobur, car aussi estoit il dymenche, que on ne devoit pas fere labour de mains. Si avint que li emperieresCassidorus s’en vint oïr messe au chastelChastelGomor et amena o soi le chastelainGomor et son escuierFastre, en qui il se fioit moult. Lors n’ont finé, et tant qu’il vindrent en son recetRobur, qui estoit merveilleusement bel B com en tel lieu G .

§647 Quant l’empererisFastige vit le chastelainGomor, si mua une merveilleuse couleur, et nonpourquant l’apela elle moult courtoisement et l’embraça moult humblement. 💬L’émotion de Fastige est doublement révélatrice du danger de cette irruption du châtelain, mais surtout de l’écuyer qui l’accompagne, mais aussi de ses qualités, elle qui parvient à dépasser son étonnement pour faire preuve de la courtoisie attendue. Et dist :
« Ma tres douce dame, loez soit li Glorieus Pere B X2 du ciel Qui tele honneur m’a faite quant Il qui B X2 vous a amené en ses parties et me doint fere chose a vous et a vostre compaingnie qui vous puisse plaire embelir B X2 .
– Sire, dist elle, de la vostre grant humilité vous sache Dieu gré. »
Lors se sont assis touz .iii., l’un asez pres de [c]l’autre, et tant que li emperereCassidorus fist signe au chastelainGomor que il feist trere arriere son escuierFastre pour dire plus priveement ce qu’il leur plairoit, et il si fist fu B . Et quant il fu hors de la meson, si vint aussi conme cilz quil ne s’en donnoit de garde. Se trait B X2 💬Sur la place du verbe en début de phrase (ici seulement dans V3 G), cf. Note linguistique. ensus le lyonLion de Cassidorus, qui senti que cilz n’estoit pas venu pour l’amor de l’empereeurCassidorus ne de l’empererisFastige. Lors se dreça et fist moult laide chiere, conme cilz qui l’eust devouré se ce n’eust esté pour l’amour de l’empereeurCassidorus, car il savoit de sa nature que il ne l’en savroit ja gré. Si conmença moult forment a grondir, et cil vint arrieres criant :
« Aide Deux ! Que ferai ? »
💬Plus encore que celle de l’impératrice, la réaction du lion est significative, à travers un jeu d’échos d’ailleurs notable, du caractère peu fiable de cet écuyer dont le châtelain ne se méfie pourtant pas (Cassidorus non plus d’ailleurs, malgré toutes ses précautions antérieures) et s’ajoute aux effets d’annonce de l’issue de l’histoire.

§648 💬Pas de nouveau § BDont sailli li empereresCassidorus avant en piez B X2 et vint en l’encontre du lyonLion de Cassidorus et dist :
« Conment, sire compains ! Ja ne savez vous qu’il est venus vint ceens B avec moi ? »
Dont prist une vergette et le feri sus la croupe, mes onques pour ce n’en ne B lessa le a B grondir, ainz prist ne B X2 a faire moult laide mauvaise B chiere. Mes li emperieresCassidorus li conmanda que il se tenist em pes, et il se lessa cheoir a ses piez aussi debonnerement conme uns aniaus. Lors s’en vint li emperieresCassidorus raseoir arriere seoir B X2 delez l’empererisFastige et B X2 le chastelainGomor, et parlerent longuement ›b‹[l]onguement V3 ensemble de leur affere.

§649 💬Pas de nouveau § BAtant prist le chastelainGomor congié a l’empereeurCassidorus et a l’empererisFastige et revint a GomorChastelGomor a heure de vespres, si trouva la chastelainneChastelainne qui l’atendoit et qui qui ne B vouloit qu’il seust que elle estoit fust si B X2 engrant de savoir dont il venoit et ou il avoit esté comme elle estoit B X2 . Si avint que, quant il fu reperiez, elle dist :
« Il me semble a vostre aler que vous estes soiez B X2 [d]lassez.
– Dame, dist il, ce n’est pas merveille, car je n’alai mes pieça tant a pié conme je ai hui fait.
– Et dont venez vous ? ce dit elle.
– Dame, dit il, couvient il que vous le sachiez sachiez ? - Sire, dist ele, non s’il ne vous plast. Mais je vous pri tant com je puis que vous le me diez B ? »
Lors la la chastelaine B prist par la main et l’enmena en sa chambre et li dist :
« Dame, on vous mande par moi salus, et si vous envoie l’en une aumosniere qui moult est de grant valeur. »
La chastelainneChastelainne prist vit et prist B l’aumoniere et connut bien que ce estoit de l’ouvrage dont elle avoit tant couvoitié a avoir a., si dist B .
« A non Dieu, sire s., dist G , cil ou B cele pour qui amour on la le B m’ envoie e., cil ou cele qui que ce soit B ait bonne aventure ! Or me dites donc d., dist la chastelaine B qui est cil ou cele c’est B X2 qui la le B X2 m’envoie m’a envoiee V3 .
– Dame, dist il li chastelains B , ce est une dame que💬Sur la valeur polyvalente de que, cf. Note linguistique. je couvoite moult que vous l’aiez veue et que vous feussiez de sa maniere en touz biens et B X2 en touz bons poinsFastige.
– Et sanz faille, dist la dameChastelainne, vous ne deistes hui parolle dont si bien vous creusse. Ha ! sire, si vous semble ore cele dameFastige de si noble maniere tant miex que moi ? Certes, sire, or gardez l’aumosniere pour la seue maniere, puisque qui B tant vous plest, car ja la moie je ›n‹[je] V3 B X2 ne quier quit B X2 changier pour chose que je voie sache B qu’il y ait a reprendre ! »

§650 Atant rejeta la chastelainneChastelainne l’aumosniere au chastelainGomor, et il en fu touz courouciez et dist :
« Dame, touzjors ferez vous des vostres💬touzjors ferez vous des vostres: Comprendre "vous jouerez toujours des tours", dans l’esprit d’en faire des siennes.
– En non Dieu, sire, dist ele, mes vous, car onques foy ne honneur ne loyauté vous ne me portastes, ne ja ne ferez. Mes que B X2 une chanlande chan›d‹[l]ande V3 , quele que ele soit fust B X2 , ne vous semblast touzjours meilleur de m. maniere B de que B moi ! »
Lors ne se pot tenir le [e]chastelainGomor qu’il ne deist :
« Ma tres chiere dame, cele B X2 qui l’aumosniere vous envoie envoioit B Fastige n’est pas chanlande, car je ne cuit dame ne pucele de sa valeur en toute ceste contree. Et si me prissiez ore moult pou quant vous avez tele penssee envers moi, qui cuidiez que d’une chanlande vous aportasse tel present. »
Lors jeta la chastelainne dame B X2 Chastelainne une grant rafarde et dist :
« Or poez oïr du saint hermite qui hui a esté convertis en .i. pas d’asne. »
💬La réplique de la châtelaine laisserait presque attendre un récit enchâssé à la manière de la technique narrative bien cultivée dans les premiers temps du Cycle surtout. Il offrirait un écho notable au mauvais conte que sert également Pelyarmenus à son frère, dans une démonstration frappante de l’orientation prise par ces discours à la portée sapientiale détournée.

§651 Quant le chastelainGomor oÿ que la chastelainneChastelainne prisoit si poi ses dis et tournoit tout a truffle, si sailli a l’uys de la chambre et le ferma et puis revint a la chastelainneChastelainne et dist :
« Dame, aucune fois ai je oï dire que 'li preudoms si doit fere la preudefame'💬Sur la bonne influence du preudons, voir Morawski, 414 et 546 : Conseil de preudomme doit l’en croire ; De prodome doit l’en amender., et je ne cuide se touz biens non en ce que je vous ai fet et dit, et vous puis B le chose que je puisse dire B prisiez moult pou, pour coi je vueil que vous sachiez que je sui chastelains et vous chastelainne, qui estes mal chastoiee. Mes par la cele B foy que je vous doi, se je plus que mieux de B X2 vous plus vous oÿ parler G , je vous doi chastier chastieray G conme chastelains doit faire fet V3 chastelainne. »
Lors la prist a une main, et a l’autre l’en donna tant et desus et desous que elle dist :
« Ha ! sire voir se dit qui dist B X2 , 'a tart bat cul qui ne bat culet'💬a tart... culet: Expression sentencieuse inconnue des répertoires. L’insertion de ce proverbe, à la connotation vulgaire, offre un contraste saisissant avec le propre jeu de citation auquel recourt le châtelain, qui reprend la leçon de Cassidorus, via un plaidoyer remarquable sur le sème de châtelain. ! »
Atant la lessa li chastelainsGomor, et elle demoura en sa mauvesse pel, qui estoit moult esprise de mauvés art. 💬 mauvesse pel... art: La mention de la peau et du mauvais art offre une référence assez explicite au héros éponyme du Roman de Renart, réputé pour sa fourrure rousse et l’art auquel il a élevé la ruse. Lors ne fu n’ot B X2 onques em B X2 pes ne ne fina cesse B X2 devant tant B que elle ot parlé a celui Fastre a qui elle enquist moult s’il avoit veu chose ou il eust point de soupeçon. Cilz, quil ne se B X2 doutoit qu’il ne deist chose dont [f]il fust aperceus, dist :
« Dame, sus m’ame l’ame de moi B , vous avez trop grant tort, qui mon seingneurGomor avez en soupeçon, car je ne vi onques en lui chose qui a reprendre feist. Et de l’autre part vous estes trop hastive, car encore est la chose si nouvelle que trop seroit la fenme habandonnee ou il avroit si tost vilonnie.
– Par Dieu, tu dis voir, dist elle. Mes or me di ou li paÿsans il B X2 Cassidorus demeure demeurent B et quele fame ce ele B est.
– Dame, dist il, foy foy que V3 que je doi a V3 vous, que je cuit que, se toutes les dames et les damoiselles qui onques furent estoient toutes en une piece de terre et cele y feust dont vous me B demandez, que de valeur, que de sens, que de biauté, que de parler, que de toutes graces elle en enporteroit avroit B X2 l’onneur et toute la seingneurie.
– Je ne sé, dist la chastelainneChastelainne, que ce est, mes aucune chose vous donne elle qui si la loez avez loee B . »
Lors li moustra cil l’aguilier que elle li ot donné et dist :
« Dame, voirement m’a ele donné cest aguillier, et si vous envoia une aumosniere par mon seingneurGomor et dist que on le vous donnast B X2 , mes B X2 je ne sé se vous l’avez eue.
– Et que donna elle a vostre seingneurGomor ?
– Si m’eïst💬Sur eïst pour aïst, dont on rencontre sept occurrences dans le texte, cf. Note linguistique. Dieux, dist il, neent. Mes son seingneurCassidorus li en donna une autre a merveilles riche, et a moi donna elle cest un B aguillier en amende de ce que leur lyonLion de Cassidorus me dut avoir devouré. »

§652 Quant la chastelainneChastelainne oï ce, si dist :
« Ont il dont .i. .i. tel B lyonLion de Cassidorus avec eulz qui les gens veult devourer ?
– Par foy, dame, oïl, qui envers euls avroit male penssee aussi conme je oi💬La relative introduite par qui développe les gens, en explicitant le type de personnes que pourrait dévorer le lion..
– En non Dieu, dist elle, dont n’i[27]roie je mie volentiers selonc ce que je n’ai mie bonne oppynion ! Et nonpourquant, si me couvient il veoir cele dame que tu m’as tant prisieeFastige.
– Je ne puis veoir, dist il, que ce puist estre tant que vous aiez la maniere qui est en vous que vous avez B .
– Or m’en lesse l’ai B covenir », dist elle.

§653 💬Pas de nouveau § BAprés ce passa li courrous du chastelainGomor, qui moult volentiers queist tour par coi il peust tourner la chastelainneChastelainne de hors de B X2 sa male erreur. Cele, d’autre part, ne chaçoit mes fors B X2 que elle le peust decevoir. Et il estoit trop legier a fere, pour quoi il avint que la le B chastelainneChastelainne vint au chastelainGomor et li fist .i. faus ris et dist :
« Sire, or sai je bien qui liquelz B a tort de moi et de vous.
– Dame, dist il, il me plest moult bien que vous le sachiez.
– Aussi fet il a moi, dist elle. Frastres Car F. B X2 m’en a mis tout em pes, qui aussi a des joiaus com vous avez X2 les autres B .
– Dame, dist li chastelainsGomor, car il les a l’a B les X2 aussi bien deservi conme vous avez or B fet.
– Taisiez vous ! dist elle. Touzjours a on tort a vostre dit. »
Lors li mist la fausse chastelainneChastelainne les sus lui les X2 bras au col et le cuida besier, mes il se trait arrieres et dit :
« Dame, riens B X2 ne vous vaut, car avant avrez vous conneu vostre fol cuidier que vous preingniez pes a moi.
– Sire, dist elle, en non Dieu, je le connois, mes que je aie l’aumosniere que ma bone amieFastige m’envoia que je onques ne vi.
– Dame, dist il, elle ne vous est pas moult eslongniee, mes que vous vueilliez croire bon conseil.
– En non Dieu, [b]sire, de vostre conseil croire c. que V3 G ne me quier cuit B X2 je ja departir. »

§654 Atant aporta li chastelainsGomor l’aumosniere et li B X2 dist :
« Dame, ne cuidiez pas qu’ele que ceste B viengne de vilain lieu, car je cuit que de meilleur dame ne fu onques aumosniere faite.
– Sire, dist ele, si bonne et si belle conme ele est me plaist il que vous l’aiez, puisque vous n’en eustes nule.
– En non Dieu, dame, sauve soit s. la B vostre grace, je n’i failli pas, car messires son mariCassidorus m’en donna une qui n’est une mains vaillant.
– Sire, dist la chastelaine dame B Chastelainne, en la bonne heure ce soit ! »

§655 💬Pas de nouveau § BUne fois entre les autres avint que li chastelainsGomor fist venir l’empereeurCassidorus et l’empererisFastige en sa mesonChastelGomor priveement, si qu’il ne fu nuls qui riens en seust fors le chastelainGomor et Fastres, sanz qui il ne pooit estre asouvis. Et adonc fist li chastelainsGomor fermer la meson a l’empereeurCassidorus. La chastelainneChastelainne, quil ne queroit avancement de nullui fors que por sa volenté acomplir, sot et entendi que li ouvrier estoient en la forest pour fermer fere V3 G X2 B 💬L’omission de B souligne une difficulté à l’endroit du verbe fere, à moins que B ne conserve une lacune, que V3G+X2 tentent de pallier en introduisant le verbe fere. Ce verbe semble une erreur, dans la mesure où il reprend un peu trop vaguement l’idée de fermer la cele, exprimée juste avant et juste après par la châtelaine. Nous intervenons donc par conjecture. la G celeRobur a l’empereeurCassidorus. Dunt s’en vint a celui Fastres et li dist :
« Tres mal aventureus gars, ja ne m’avoies tu pas dit que li ouvrier fussent a fermer Robur, la maison a cel hermiteErmite d’Espiere ? Si me di ou il sont ore tant que on met a ce faire G .
– Ha ! dame, souffrez vous tant que je sache a quel fin se pourra venir torner B , car je vous di que cele dameFastige est ceens, et ne ne le B veult v. enseignier B mon son B X2 seingneurGomor que nuls on B l’i sache por le meschief qu’il en B porroit avenir de cel deable de lyonLion de Cassidorus qui [c]nulluy n’espargneroit tant que son seingneurCassidorus n’i ne li B seroit fust B present. Et pour ce cuit je vraiement que on le vous cele, car vous i G voudriez aler et li lyonsLion de Cassidorus vous voudroit devourer se vous aviez vers eulz nule male penssee.
– Voire, dist elle. Est ce dont la raison ?
– Certes, dist il, je n’i sé autre a. chose V3 X2 que ceste B , et ainsi le m’a dit mes siresGomor.
– Ce ne vaut riens, dist elle, car je la verrai avant que que je B de ceens me departe.
– Dame, dist il, pour Dieu merci, ne faites nesun semblant que vous riens en sachiez, car il seroit seu que je le vous avroie dit.
N’en Ne G dotez ja, sire chietis G . Je ne sui pas si nice ne si folle que je G ne quiere bien achoison que par quoi B je vendré a ce que je voudré G . »

§656 Lors vint la nuit, que li chastelainsGomor vint de Robur R. - c’estoit li lieus ou il faisoit fermer la celle a l’empereour B 💬La précision de B nous semble procéder d’une réflexion sur la saturation des informations liées aux noms de lieux et de personnages dans l’ensemble du Cycle. Ce manuscrit témoigne fréquemment du souci d’expliciter les identités et les lieux mis en présence., et la chastelainneChastelainne si li vint a l’encontre moult amiablement, et qui V3 X2 li dist :
« Sire, encore n’eussiez vous pas conmencié cest afere dont je cuit que vous venez se je ne fusse.
– Dame, dist il, vous avez voir dit.
– Et conment est, ce dist ele, que vous ne les avez ceens amenez ?
– Dame, dist, je le vous dirai. »
Lors li conta l’achoison du lyonLion de Cassidorus, conment il vouloit touz ceus devourer qui avoient vers eulz nule male penssee.
« Ha ! sire, dist ele, pour Dieu, truffles sont; autre chose y a. Ne puet la dameFastige la d. et il B X2 nul lieu aler sanz ce lyonLion de Cassidorus, en nul lieu B X2 de coi on me fet si grant mencion ?
– Dame, dist li chastelainsGomor, si feroit bien. Mes cil qui touzjors se doute, n’est pas merveille s’i se tient volentiers sus sa garde💬Mes cil... garde: Thème suspendu: dislocation du sujet de la proposition interrogative indirecte et passage à un verbe impersonnel. Comprendre, littéralement "Mes celui qui a toujours peur, ce n’est pas surprenant s’il est volontiers sur ses gardes". Il n’aurait pas été impossible d’éditer également n’est pas merveille en incise, ce qui aurait rendu la syntaxe plus alambiquée.. Et pource que je veil que vous voiez la bonne dameFastige [d]et sa maniere, je la vous ferai veoir ›s‹[v]eoir V3 , se je puis, sanz le lyonLion de Cassidorus.
– Sire, dist ele, moult grans mercis. »
💬Nouveau § X2Atant se faint fenist B le chastelainGomor et vint v. a l’empereour X2 en une chambre ou l’empereeurCassidorus et l’empererisFastige estoient X2 loing de son hostel l’h. B ChastelGomor et li dist :
« Sire, conment que ce soit, j’ai en couvent a la chastelainneChastelainne que je li ferai veoir l’empereris ma dame l’e. B X2 Fastige. Et vous savez bien que, quanque ce X2 soit, li convient il a G veoir.
– Amis, dist li empereresCassidorus, puisqu’il le couvient, si la verra, mes vous savez bien que ces fenmes sont si merveilleuses que, quant il💬 Sur il pour el, cf. Note linguistique. sevent aucune chose qui face a celer, que adonc seront elles plus engrant de la descouvrir que cele ne fesoit mie a celer. Aucunes en i a X2 ; je ne di mie toutes, car ce seroit meschiez se toutes estoient tochiees d’une tele tache, mes X2 B je ameroie miex que elle il B la veist hors de ceens en nostre ceuleRobur que ailleurs, et vous dirai la reson pour quoi. Il me semble que, se ele aloit ja en vostre chambre ou en aucun lieu ou la chastelainneChastelainne fust, que ce seroit une chose moult diverse. Et je ne vueil que en nule maniere la dameFastige aille voist B X2 en nul lieu que mon lyonLion de Cassidorus ne soit o lui, car je m’aseure de touz ceus a qui il fet bele chiere. Et vous lo que que se B X2 vous ne cuidiez en bonne foy qu’ele soit en nulle soupeçon de nous ne de nostre affaire que vous ne vous penez d’amener la G ci, car je me doute que mal n’en venist.
– Sire, dist li chastelainsGomor, foi par la foi B que je vous doi, ja ça sus ne la ferai venir, car il n’est nul qui sache mie bien que male fenme pensse.
– Ja ne set elle pas que [e]nous soions ceens ?
Sire S., dist il B , sachiez que ci fait.
– Or vous soufrez, dist il, et je vous savrai a dire d. assez tost a dire V3 quant je voudrai G que elle la ma dame G viengne veoir voie B . »

§657 Atant se parti le chastellainGomor de l’empereeurCassidorus et revint a la dameChastelainne, qui mout bien sot savoit B dont il venoit. Et ele li dist :
« Sire, j’ai grant merveille que vous alez chaçant, car vous me semblez aussi conme touz esfraez.
– Dame, dist il, si sui je, car B X2 je ne ne vous B X2 vueil ore plus celer que ces bonnes gens sont ceens en tele maniere que que il ne vuelent que B X2 💬Possible saut non erroné de V3G sur que. nuls ne nule les i seust sachent B . »
Lors Non, sire, dist ele, et pour quoi le font il ? - Dame, dist il, je le vous dirai.» Lors B li conta c. li chastelains B pourquoi la raison pour quoi c’estoit B .
« Sire, dist elle, je m’en souffrerai, puisqu’il en font si grant hernois aussi bien conme il font G .
– Dame, dist il, et je vous em pri, car vous les le G verrez ailleurs ou il ne vous coustera pas tant conme il feroit ci.
– En non Dieu, dist elle, bien pourra avenir. »

§658 Moult cuida bien avoir li chastelainsGomor mis en bonne pais la chastelainneChastelainne, mes non fist, car elle se penssa qu’ele les iroit l’i. B veoir, que qui💬Comprendre qui = que. il il li en B il li X2 deust couster avenir B . Adonc s’ en B X2 embla de son seingneurGomor et fist semblant qu’ele feust .i. pou deshestiee. Si fist venir Fastres a lui et li dist :
« Je ne puis faire en nule maniere que je voie puisse veoir B X2 cele dameFastige que tu m’as tant prisiee. Mes foy que doi a Nostre Seingneur, je la verrai avant que je dorme, mes que j’en deusse recevoir grant honte. Si couvient que tu viengnes avec moi, et je la verrai au dehors de la chambre par aucun lieu.
– Dame, dist il, je vous jure [f]que, se vous i alez en tele maniere, que il sera seu. Et se je i aloie et a X2 mon seingneurGomor le savoit, je seroie deshonnorez.
– Va au deable ! dist elle. Tu ne vaus pie ne autre oissel💬Tu ne vaus... oissel: Les oiseaux semblent ainsi négativement connotés comme de peu de valeur, peut-être en regard du chant, en particulier de la pie, qui peut servir de terme de comparaison dépréciatif. Cf. DMF, sv. pie. Cf. aussi n. aux §269, 366, 418 pour les analogies ornithologiques. ! Or saches que je irai avant toute seule s. que je ne la voie B . »
Dont s’en vint la chastelainneChastelainne en une garde robe, si s’apresta et s’escourça haut pour miex m. veoir et G atourner faire B X2 son afaire qu’ele avoit empris, puis prist une de ses chamberieresChambrière o lui et vint la cele part B ou li emperieresCassidorus estoit parmi .i. jardin, et n’arresta onques, conme cele qui avoit le deable ou cors, tant que elle vint en la chambre ou li empereresCassidorus et l’empererisFastige soupoient, et tant que ele vit parmi .i. pertuis la dameFastige qui se seoit delez son seingneurCassidorus en signe de moult grant amour. Et ainsi conme ele guetoit a ce B X2 , li lyonsLion de Cassidorus senti la chastelainneChastelainne au dehors ou ele veoit l’empererisFastige moult volentiers. Lors sailli cele part, aussi conme touz hors du sens, et la chastelainneChastelainne ot si grant paour que ele cuida estre maintenant devoree, si se mist a la voie le plus tost que elle pot, et tant qu’ele vint trebuchant en une fosse, le chief avant, si que l’yaue reclost desus lui. Sa puceleChambrière, qui venoit aprés a. li B , vit que sa dameChastelainne gisoit ou fossé, si conmença a crier :
« Haro ! ma dame noie se n. B ! »
Et Frastres, qui en aguet estoit si conme cil qui vouloit savoir conment li affaires iroit, vint a ce cop cop la B que li deables l’emportoit li aportoit B X2 et vit sa dameChastelainne ou fossé, si sailli aprés, si cuida sa dameChastelainne rescourre, mes assez ot ot il B X2 avant beu. Si les cuida [28]uns deables noier entr’eus eus X2 eus tous B .ii. quant .i. autre deable B vint, qui leur aida, par quoi cilz Fastres vint a la chastelainneChastelainne. Si l’embraça et la B X2 mist hors du fossé au miex que il pot. Lors cuida c. il B bien que sa dameChastelainne fust noiee, si ne sot que fere, car il n’osoit faire noise chose dont n. fust oÿe B pource que li chastelainsGomor l’ oïst o. et le seust B . Il cuidast estre et qu’il ne fust G honnis, ainsi conme se ce feust par lui.

§659 La chastelainneChastelainne, aussi conme vous avez desus oï, avoit tant beu par bouche et par nés de l’yaue X2 du fossé G X2 que elle eust esté noiee se ce B ne feust uns deables qui avoit esperance que par lui avendroit encore pis pis se il pooit B , dont il avient a la fois que aucuns eschapent de aucun peril que il veulent dire que ce fet Dieux, Qui le consent c. et qu’il les en gete et sauve B 💬On note l’emphase mise sur l’emprise du diable, dont le nom apparaît à sept reprises sur ces deux paragraphes, et ce en contraste avec la promesse que la châtelaine prononce en invoquant Dieu. Son erreur d’interprétation paraît ainsi résumée, et éclairée par ce commentaire à portée morale. Cela joue aussi de l’effet d’annonce, en soulignant la fatalité de la fin de Cassidorus que cette curiosité excessive finit par occasionner.. Et Mais B nous trouvons ci endroit e. en escript B que ce fet aucunes fois le deable qui les sequeurt pource que il ont a B X2 esperance que il facent encore pis, pour par B quoi il y a aucuns qui pas ne se chastient quant il eschapent d’aucun peril, neent plus que fist la chastelainneChastelainne, que li deables secourut ainsi com vous avez oï X2 , que car B X2 , quant cilz Fastres l’ot ainssi sachiee du fossé f., si cuida B X2 qu’ele fust noiee, elle B X2 s’en volt fouir. Quant Car G il senti en lui qu’ele ne fu estoit B X2 pas morte, si en ot moult grant pitié, conme cil qui moult l’amoit par nature n. moult grandement B . Dont s’apenssa d’une chose, qu’i li leva amont les rains et la teste contreval et rendi l’yaue que elle avoit beue par la bouche G , si que elle revint aussi conme a lui meismes B X2 . Dont l’emporterent cilz Fastres et la puceleChambrière en une la B garde robe qui la iert, si conme j’ai desus G dit.

§660 [b]Aprés que ce fu avenu, les tables furent mises, et se devoit li chastelainsGomor asseoir au souper. Si demanda la chastelainneChastelainne, et l’en li dist que elle estoit e. un poi B deshestiee. Lors ne se B volt tenir laissier B que il ne venist a lui, si la trouva tele conme cele qui ne pooit mot dire. Si Lors B li demanda d. li chastelains B conment ce li pooit estre estoit B X2 avenu en si pou d’eure. Nuls ne La chastelaine ne sot que respondre, et ne fu nulz qui B li osa giehir cel afaire, et il s’apenssa lors maintenant B que ce estoit de paour qu’ il elle B X2 💬Comprendre il = elle, comme dans B et X2, cf. Note linguistique. avoit eu. Si Lors B li enquist et demanda se ele avoit esté le jour en nul lieu.
« Sire, dit une damoisele, ma dameChastelainne ala fu B anuit en ce jardin, si si en B revint moult si B atainte de mal et si malade B X2 , si qu’ele B se coucha ainsi conme vous poez veoir. »

«  Ha ! dist il, bien est Quant li chastelains ot entendu la damoisele, si s’apensa et dist que bien savoit que ce pooit estre B ! »
Atant s’en vint li chastelainsGomor la ou li empereresCassidorus et l’empererisFastige estoient et les trouva moult courrouciez, et Lors X2 leur demanda qu’il avoient et B X2 quele chiere il faisoient.
« Chastelains, dist il li empereres B , si je la fais tele B conme li temps l’aporte, et dont venez vous ore a ceste heure ?
– Sire, dist il, je vieng d’un lieu ou aucun avroient bien mestier de miex qu’il n’ont. »

§661 💬Pas de nouveau § BLors ne volt li chastelains B Gomor celer conment il estoit a sa fenme la chastelaine B Chastelainne et et dist B qu’il cuidoit bien que ele eust la esté, par quoi ce li estoit avenu.
« Chastelains, dist il, pour ce ai je aucune fois veu💬Cas de parataxe, cf. Note linguistique. 'qui conseil ne croit son conseil ne fait a resoingnier'💬 qui conseil... resoingnier: Variante du proverbe Qui conseil ne croit dolent s’en voit (Morawski, 1872) avec une orientation intéressante sur les effets du conseil en question.. Encore me venist il assez miex a estre en ma petite mesonnette et prendre ce que Deux m’ a eust B X2 pourveu que ci feusse venus pour nul mal G destourbier.
– Ha ! sire, dist li chastelainsGomor, tout ce est veritez v. que vous dites B . Et pour Dieu, puisque ainsi est que autre chose ne puet estre, dites moi ces[c]te aventure, car je ne truis chiez moi qui la verité le voir B m’en die vueille dire B .
– Sire, dist li empereresCassidorus, du voir vous en dirai je ce que j’en sé. »

§662 💬Pas de nouveau § B
« Veritez est il est B que nous soupions anuit bien et em pais, conme ceus qui ne se donnoient donnoit B garde de nullui qui ceste part deust venir, mais que nostre lyonLion de Cassidorus sailli a cele fenestre et senti, mes je mais je (sic) G X2 ne sé ce se fu la chastelainneChastelainne ou autre B . Mais tant vous di je bien, si m’eïst Dex, que je cuidai de la male vie que il menoit pour issir issi B hors qu’il nous deust ceens devourer, si que je ne soi que faire. Si fors que je B X2 sailli a m’espee et me m›i‹[e] V3 mis entre lui et ma fenmeFastige pour lui occirre, se je peusse. Et quant il vit ce, si se mist a merci devant contre B moi, dont je lo le Glorieus Roy de paradis, Qui ainsi anuit B nous a garanti de mort. »

§663 Quant li chastelainsGomor ot entendu l’empereeurCassidorus, si se mist a ses piez et dist :
« Ha ! sire, pour celui Dieu Que vous creez servez B vous cri je merci.
– Chastelains, dist il li empereres B , levez sus et si ne le faites jamés.
– Sire, dist il, je ferai la B X2 vostre volenté. Mes de ce qui est avenu a la chastelainneChastelainne ne sui je pas dolens, car je li avoie conté toute la nature du lyonLion de Cassidorus, conment il ne puet nullui soufrir qui male volenté ait vers vous. Or Mais or B puet elle bien savoir la verité, si par quoi elle B s’en se B X2 puet chastier.
– Mais or me dites, dist li emperieresCassidorus, qui li avoit dit B que nous estions ceens ?
– Ce vous dirai je, dist li chastelainsGomor. Il est verité que elle savoit bien que li ouvrier estoient en vostre ceuleRobur. Et Et que B pour ce covenoit il que, tant que li ouvrier i estoient, que vous feussiez ailleurs, si li dis que vous estiez ceens. Et pource que je li eusse celé [d]et ele le seust par aucune aventure qu’ele n’i eust nule male penssee, ainz li dis aussi conme en confession.
– Je m’i acort bien », dist li empereresCassidorus.

§664 💬Pas de nouveau § BAtant prist li chastelainsGomor congié et s’en B est reperiez aussi conme s’il n’en seust riens et s’asist au souper. Et fu mout tart avant en la nuit B avant que il fust fais. Et quant ce vint aprés souper, si vint a la chastelainneChastelainne, ausi conme s’il ne seust dont ce li fu venus. Si trouva qu’ele estoit revenue a lui, et li dist :
« Ha ! sire, conme j’ai esté malade et conme vous m’avriez tost pleuree se j’estoie morte !
– Dame, dist il, 'les mors aus mors, les vis aus vis'💬 les mors... vis: Cf. Morawski, 1098. Le proverbe se rencontre aussi infra, §740. !
– En non Dieu, mauvés homs, ainsi est il.
– Or me dites, dame dist li chastelains B , que vous avez eu.
– Ha ! sire, je oi ai B tel paour de ce lyonLion de Cassidorus ou je m’estoie alee esbatre en ce jardin ! Si l’oÿ et cuidai qu’il me deust devorer, pour quoi il me prist tel paour dont je cuidai qu’il me couvint B perdre la parolle.
– Dame, dist il, ce poise moi. Je amasse miex que celui qui y ala fust volez ou fossé, si qu’il eust tant beu que deables l’eust emporté. »
Lors se parti atant li chastelainsGomor de la chastelainneChastelainne et vit qu’ele li mentoit apertement.

§665 Ainsi avint a l’empereeurCassidorus conme de ce que B vous avez oï, car il demoura tant leens avec l’empererisFastige que sa ceuleRobur fu forment fermee de parfons fossez, si que l’yaue couroit entour d’un glaive de parfont et de .xxv. piez de lé, et y ot haut palis, que nulz n’i pooit peust B monter sanz eschielle, et une porte desfensable, que nul n’i peust entrer sanz congié. Et Et ce G quant ce fu fet, dont repera li empereresCassidorus et l’empererisFastige, qui moult [e]furent asseuré quant leur celeRobur fu atyree, ainsi conme vous avez oï G . Si me vueil ore taire atant G de eulz et retourner a Celydus, qui de Rome estoit s’e. B partis ainsi com j’ai dit fait mencion B X2 ça en arriere en l’ystoire en l’y. B G 💬ça en arriere en l’ystoire: L’accord entre B et G sur l’absence de ça en arriere n’est qu’apparent, puisque G omet également en l’ystoire, qui remonte à l’archétype. Le stemma ne permet donc pas de déterminer si ça en arriere est une innovation de V3 +X2. Nous maintenons donc le texte de V3..

[39] Ci devise li contes G conment Celydus vint a Daphus aprés ce qu’il se fu partis de Fastidorus son frere, qui mors estoit, et conment il vint a son pere l’emperereCassidorus ou il estoit avec le chastelainGomor Comment li empereres se parti de Romme et comment la nouvele en vint au roy Celydus B Ci vient li contes du roy Celydus de Jherusalem X2 .

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Enluminure sur 1 colonne (e) et 11 UR. Celydus à genoux devant un chevalier en cotte et heaume et Helcanus couronné sur son trône après la mort de Fastidorus alors qu’il cherche Cassidorus.

§666 Or nous G dist ci endroit G li contes que, ainsi que comme B li empereresCassidorus fu partis de Rome si conme j’ai devant dit ou conte G , que la court fu moult esmeue ainsi conme il B fu drois. La nouvele en vint au damoisel Celydus, dont je fis devant mencion conment il prist congié a son frere Fastidorus, puis s’en vint a grant anui en Espaingne, dont il avoit esté de par sa mereCelidoine. Daphus, dont j’ai devant traitié G , si avoit esté garde de sa terre t. moult grant piece B , et avoit eu grant discencion a la ligniee Calcas💬et avoit... Calcas: Il est ici question de dissenssions qu’aurait connues Daphus, en tant que responsable des terres du Château Mignot, avec les descendants de Calcas, qui aurait tué l’un des compagnons de Cassidorus, selon les rares informations qui fournies à ce sujet au §293. Par ailleurs, les dissenssions en question ne sont pas relatées dans le récit.. Mes il avoit si mis au bas touz ceus qui grevé l’avoient qu’il n’i avoit nul quil li le B X2 peust grever ne aidier. Et de ce li estoit moult bien avenu. Mes une maladie li es[f]toit avenue prise B en une de ses mains, qu’il ne s’en se B pooit mes aidier, ainz estoit trop forment abatus.

§667 💬Pas de nouveau § BQuant Celydus sot ceste aventure a. dont je fis devant mention B , si si en B fu trop dolens. Il vint la ou Daphus estoit et li dist :
« Ha ! sire, or puis je bien dire que je sui cil qui a perdu le destre poing et le senestre. »
Quant Daphus oï ce, si dist :
«  Dous Biaus d. B amis Celydus, vous soiez li bienvenus. Conment Or me dites c. B le fet mon tres chier seigneur vostre pere li empereres de Romme B Cassidorus ?
– Sire, fet dist B li damoisiausCelydus, de lui vous X2 ne ne vous B sai je dire autre chose fors qu’il s’est est X2 partis de Rome sans le seu de nullui fors que de l’empererisFastige, qu’il en a menee avec lui sanz nulle autre compaingnie fors que de son lyonLion de Cassidorus, qui le suivi l’endemain que il s’en ala la nuit devant aprés B . »

§668 Quant Daphus oï ce, si fu moult esbahis et dist :
« Ha ! Celydus, or puis je bien dire que je sé auques l’achoison pour quoi vous v. avez dit que vous B avez perdu le G bras destre et le G senestre. Et vraiement, du destre ne sui je pas certains, mes du senestre me poise p. il B que vous l’avez ainsi perdu.
– Sire, dist Celydus, pour ce dist voir qui dit que ' qu’avient une, n’avient seule'. »
💬qu’avient une, n’avient seule: Le proverbe référencé par Morawski, 1732, est Quant avient, n’avient sole. Une main postérieure est intervenue dans V3 en ajoutant un tilde, faisant de la conjonction qu(e) un quant temporel, et en ajoutant fortune dans l’interligne, qui oriente le sens du proverbe.
« Or ne vous esmaiez, dist Daphus, car il ne puet estre que ceste chose ne tourt t. a honneur B X2 a plusseurs, et vous diré en quele maniere. Touzjours avez oï dire : 'Qui soi oublie ne s’avance' 💬 Qui soi oublie ne s’avance: Expression sentencieuse inconnue des répertoires. L’oubli de soi est souvent associé à la folie, cf. Morawski, 780 Fol est qui se oublie. ; et d’autre de l’a. B part, li philosophe dist : 'Fai si la besongne ton seingneur que tu ne mettes la teue en oubli' 💬 Fai si... oublie: Expression sentencieuse inconnue des répertoires., por quoi je di par le phylosophe ph. que B : 'Mesire n’a pas si faite la besongne son seigneur' 💬 Mesire... seigneur: Expression sentencieuse, de sens similaire à la précédente, inconnue des répertoires., c’est a dire fés faire droiture et et procurer et B fere venir [29]le tort a droit que il meismes n’ait esgardé esgarde de G sa besongne a faire, par quoi il s’est mis a la penitance faire - ce G est a l’ame sauver -, qui est tresors et et garde B perpetuele joie sanz fin. »
💬L’interprétation de Daphus, ami cher à Cassidorus et témoin de l’un des précédents épisodes de souhait de retrait du monde de Cassidorus, se voit évidemment approuvée par le jeune Celidus, déjà vanté pour sa sagesse. Cette valorisation contraste avec le regard porté sur le départ de Cassidorus par ceux qui sont associés aux médisants incapables de percevoir les louables intentions de l’empereur. L’insertion des formules sentencieuses joue de l’esprit moralisateur ainsi conféré à cet échange pour éclairer et vanter le départ de Cassidorus à rebours des critiques proférées par ses détracteurs face au fait qu’il délaissait son trône et ses terres, voir §620.

§669 💬Pas de nouveau § B Quant li joennes damoisiausCelydus Li joennes damoisiaus, quant il B ot entendu de Daphus Dadaphus (sic) V3 D. B X2 , il fu plus a sa bonne pes qu’il ne avoit esté devant. Lors dist :
« Sire, 'voirement se repose qui a B a preudonme a faire parole B '. Or sachiez de voir que tout cil qui ont oï parler de l’alee B l’empereeurCassidorus n’ont pas espons la seue emprise en aussi bonne maniere com vous avez. Et pour ce m’en anuie il, si que je voudroie que tuit cil qui en dient chose qui a dire ne fet en eussent leur deserte.
– Ne vous chaut, amis ! dist Daphus. Touzjours a on assez volontiers B X2 parlé sus les preudeshonmes quant il ne font au gré des mesdisans. »
Moult parlerent ensemble entre Daphus et Celydus. Si avint aprés a. ce B qu’il ne demora guieres que Celydus atourna son affaire et s’en vint a Daphus et li dist qu’il voloit aler en la queste de l’empereeur son pereCassidorus, car il estoit voir qu’il ne pooit estre chevalier d’autre que de lui celui empereour son pere B , et il en estoit bien temps d’ore en avant. Lors li dist Daphus que a ce s’acordoit il bien. Dont il G li X2 dist que B X2 , se Dieu ne li eust envoiee l’essoinne que il avoit, il alast que il fust alés G o lui pour savoir son estre et sa volenté. Aprés ce avint que Daphus avoit .i. damoisel a filz, qui avoit a non le non de Dyanor sa fenmeDyane, aussi conme estrait du non sa la B et G mere m. du damoisel G . Cil, qui estoit pou mainsnez de Celydus et n’avoit pas mains de cuer, [b]se pourpenssa qu’il n’avroit pas congié de la l›...‹[a] V3 mere d’aler avec son cousinCelydus. Si dist a lui meismes que ja pour ce ne demourroit.

§670 Quant Celydus ot pris congié a Daphus, Dyannor fist aussi com s’il le convoiast. Et quant Celydus vit G qu’il fu temps du retourner, si vint a lui et l’embraça et puis B G li dist :
«  Dous Ha ! d. B amis et biau cousin, je vous conmant a Celui qui donne asens sens X2 a moi et a vous et entendement de Lui croire et amer. Si Pour quoi B vous pri que vous priez Dieu pour moi, et je de l’autre part Li pri que, se je puis fere chose qui Li plaise, que vous en soiez perçonniers. »

§671 💬Pas de nouveau § BQuant Dyanor cil B , son cousin, l’ot ot B entendu, qui le cuer avoit debonnere, si ne se pot tenir qu’il ne soupirast, et li vindrent les lermes aus yeux, qui li coulerent aval sa tendre face, et et li B dist :
« Conment, biau cousin Celydus ! Vous cuidiez vous ainsi departir de moi en tele maniere G ?
– Amis, dist il, quant fere le couvient, nul ne n’en B X2 puet aler au devant.
– Certes, biaus cousins, dist Dyanor, je n’en veil autrement aler au devant fors que sanz moi vous n’irez en nul lieu que je ne voise avec aprez B X2 vous. »
Quant Celydus oï ce, si ot moult grant joie a son cuer. Et nonpourquant li dist il :
« Ha ! Dyanor, biaus dous cousins, ce ne seroit pas bienfait bien B que vous B sanz le seu B de vostre pereDaphus et de vostre mereDyane feissiez tel chose. »
Que vous iroie je racontant diroye je G toutes leurs B parolles ? Li dui damoisel si furent qu’ilz G se mistrent en leur chemin ch. et vindrent G a Rome. Si ne vueil ore pas tenir conte de leur affaire deci adonc qu’il fu[c]rent venus en la cité de Rome G , car que B il avoient entendu entendirent B que li emperieres Fastidorus avoit grant piece jeü d’une grant maladie et n’atentoit on se l’eure non que l’ame s’en partist. Si avoit si grant pueple a Rome que il sembloit que touz li mondes y feust.

§672 💬Rubrique dans B : Comment Celidus et Dyanor son cousin vindrent a Rome pour savoir nouveles du pere Celydus. Li Or dist li contes que, quant Celidus et Dyanor son cousin furent venu en la cité de Romme, li B 💬La variante de B va de pair avec l’insertion d’une rubrique supplémentaire et vise à mettre en exergue l’entrelacement des aventures de Celydus avec Dyanor. damoisiaus Celydus, qui n’estoit pas nices ne a aprendre, et d’autre part qui bien estoit conneus des grans seingneurs, vint entr’eus, si fu moult conjoïs. Et fist on B tant qu’il vint devant Fastidorus son frere. Si le connut il si B X2 malades com il estoit cil qui moroit B et li dist :
« Ha ! Celydus, biau frere, je me muir !
– Sire, dist il, ja Dieu ne place que je la vostre mort puisse veoir ! »
Atant conmanda li empereresFastidorus que on feist vuidier la chambre fors que G de Celydus son frere B , et on si fist. Lors mist li empereres Fastidorus B X2 son frere B X2 Celydus a raison et li B dist :
« Frere, or m’avez vous trouvé en tel painne conme Dieu veult. Or me dites conment vous le faites et se se vous B puis oïstes nouvelles de nostre chier pere l’empereeurCassidorus. »
Celydus dist a briez mos que nennin, ainçois s’estoit esmeus de son païs pour lui querre. Et lors li dist la raison que j’ai desus dite. Et quant Celydus li ot tout dit, si il B X2 li dist :
« Ha ! frere, ce dist Fastidorus, conme vous estes entrez en une bonne painne ! Or vous vueil je B prier conme a mon chier frere et ami que, quant vous le pourrez veoir, que vous le me saluez et li portez nouvelles de ma mort, en tel maniere qu’il ne plaise a Nostre Seingneur que je ne soie en vie et que je n’ai nul hoir de ma [d]char qui aprés moi doie la terre tenir, ainz vendra la terre a a mon frere B Pelyarmenus, duquel on me donne m’a fait B a entendre que 'il a m’a B ma mort hastee plus qu’il ne deust'. Et pource que je je le B doute qu’il ne face encore pis de quele hore qu’il soit entrez en l’empire, si voudroie moult qu’il s’en reperast, et vousist mettre les choses qui par sa defaute pourroient estre mal ordenees, car je sui tous certains, se il ce ne fet, il pourroit bien pis faire. »

§673 💬Pas de nouveau § BQuant Celydus vit oÿ B X2 ce, si dist vit et sot B vit bien X2 qu’il estoit prodoms et de bonne conscience. Si ne vueil ore ci plus arrester pour chose que il plus B deissent, mes moult apaisa Celydus son frereFastidorus et moult li ot en covenant de a B X2 fere f. tot B X2 ce que il conmanda. Aprés ce avint que il morut dedenz .iii. jours. Si fu mis en terre a si grant honneur conme que B il apartenoit a lui B X2 . Pelyarmenus saisi l’empire, mes ne cuidiez pas que Celydus se lessast a B acointier de a B X2 lui de parolles. Mes Peliarmenus li otria li et son conseil assez faussement, par coi il se departi de lui au plus tost que il pot. Si ne demora pas que il se mistrent en lor chemin, lui et Dyanor, ainsi conme il cuidierent que li emperieres son pere B Cassidorus s’en feust alé.

§674 Moult traverserent li dui cousin le paÿs en divers liex, qui grant desir avoient d’oïr nouvelles de ce qu’il queroient, mes riens ne leur valut v., car il ne se mistrent pas en chemin ou il en peussent oÿr nouveles B . Si Car nous B trouvons ou conte qu’il se mistrent au repairier en Gresce pource qu’il autre[e]fois avoit esté en hermitageErmitage d’Espiere ou paÿs et en la terre. Lors ont tant alé d’une part et d’autre qu’il vindrent en Constentinonble et trouverent Helcanus H., l’emperaour B , qui les reçut a tres grant honneur, et avoit ja entendu la mort de son frere Fastidorus, dont il avoit si grant anui, car il avoit ja entendu B 💬Remarquer l’omission de B, qui pourrait dériver d’un saut non erroné sur entendu. que Pelyarmenus avoit mis hors de lui touz ceus qui avoient esté au conseil et a l’ordenance de la pais de lui et de ceus de Costentinoble. Si pria mout a Celydus et a Dyanor D. aussi B qu’il demorassent avec lui.

§675 💬Pas de nouveau § BLi damoisel qui s’estoient parti de leur paÿs pource que vous avez oï s’escuserent en tele maniere que il ne pooient lessier ce pour coi il estoient meu, mes ja B si tost ne savroient la fin de leur besongne qu’il repereroient vers a B lui sanz contredit.
« Biaus seingneurs, dist Helcanus, je vous tenisse compaingnie, mes que je le peusse fere aussi conme li uns de vous. Mes je sui touz certains que, se je lessoie ja l’empire en autel point conme nostre mon B pereCassidorus fist, que je n’i rentreroie venroie G jamés sanz plus grant donmage que nous n’en ne G receusmes💬La réflexion d’Helcanus assume une portée métanarrative à l’issue de ce long cycle de guerres intestines qui ont éprouvé le royaume de Constantinople. Est ainsi mise en lumière la cause prêtée à tous ces déboires, associée à l’absence de Cassidorus, à son refus d’assumer sa position sur son trône, mais aussi en tant que père de Pelyarmenus, qui a trouvé, dans l’obstination de son père à conserver son anonymat, un argument de taille pour prétendre sa mort et convoiter son empire. Tirant leçon de ces écueils, Helcanus se veut souverain plus avisé, par sa simple présence sur le trône. Une fois encore, le Roman de Pelyarmenus semble donc procéder plutôt du miroir aux princes en creux, au contraire de la tendance du reste du cycle à dresser avant tout le portrait du bon souverain. La précision comme mon pere fist ne laisse en effet aucun doute sur le lien de cause à effet entre l’absence de Cassidorus loin de son empire et le grant dommage qu’elle a occasionné..
– Sire, distrent font G li damoisel, il vaut miex que vous demourez. Mes, le plus tost que nous pourrons, nous G revendrons a vous et ferons f. du tout B X2 vostre volenté. »

§676 Lors pristrent congié li dui damoisel B , si se mistrent en leur chemin a aler cele part ou li empereresCassidorus avoit jadis conversé en l’ermitageEspiere. Si n’arresterent tant qu’il vindrent la v. la V3 v. en la forest qui moult estoit grant et horrible B y v. X2 💬vindrent la: L’éclatement de la tradition dérive sans doute d’une omission du locatif, comme dans V3, à laquelle les trois autres témoins ont réagi indépendamment en ajoutant un complément circonstanciel de lieu, sous la forme d’un pronom, d’un adverbe ou d’un complément prépositionnel.. Cil qui joenne et de grant biauté estoient e. plain B se mistrent en la forestForest d’Espiere a chevauchier, si conme il leur fu avis que il trouverent trouveroient G [f]l’ermitageEspiere au saint honmeErmite d’Espiere dont il avoient enquis. Si alerent tant qu’il s’ambatirent en .i. val ou il courroit une riviere large et parfonde qui d’une montaingne descendoit, et estoit si roide que nul carrel d’arbaleste ne se peust prendre a si tost aler. En ce qu’il estoient iluec, si virent venir une nef ou il avoit marcheans de Perse. Si firent tant par leurs prieres qu’il entrerent en la nef nef avec B et alerent tant que, par le B X2 miracle saint Nicholas, il que il B arriverent au port, que on apeloit Cleodor – ce fu a demie liue de Gomor, le chastel dont j’ai ci G devant parlé en mon au G conte💬En dépit des difficultés posées par la forme d’agglutination des deux ermitages fréquentés par Cassidorus, il nous semble ici possible d’identifier cet ermitage comme étant celui d’Espiere, se distinguant donc de celui auquel Cassidorus se trouve effectivement à ce moment du récit avec Fastige, à savoir celui de Robur. Voir §509-511 l’arrivée finale de Cassidorus au recet "ou fons de ce val" dans lequel court "une moult grande riviere qui descendoit d’une montaingne qui n’estoit mie mains roide", pour éclairer le rapprochement de ces descriptions. Il semblerait donc que la quête de Celydus et Dyanor vers l’empereur, via l’ermitage qu’il a déjà occupé, les met efficacement sur la voie de l’ermitage, pourtant différent, auquel il réside à présent. L’élément déterminant de leur recherche, la dévotion et le repentir qui anime le retrait de Cassidorus, semble donc les guider de manière plus assurée que la situation géographique même de cet ermitage..

§677 Quant il furent la arrivé, si entendirent descendirent G que li marchis d’OstracMarquis d’Ostrac avoit mandé au chastelain de GomorGomor qu’il venist en sa prison pour faire sa volenté, pource qu’il avoit saisi les biens d’un sien chevalier que il ne vouloit delivrer; et et que B ce que li chastelains il B Gomor avoit en a. B X2 fait, ce B fu pour le droit sauver de l’eglise de saint NicholasEglise de Saint Nicholas. Lors n’i ot nul qui ne s’afichast que de la ne se partiroient jusques a tant qu’il avroient fet secours a l’egliseEglise de Saint Nicholas. Celydus et Dyanor, qui ceste chose oïrent, furent moult joiant, si s’apenserent que il s’acointeroient du chastelainGomor. Il vindrent a lui ou il estoit. Et quant il les aperçut, il vint contre eulz et les salua moult doucement. Quant il se furent entresalué G , il li chastelains B leur enquist dont il furent estoient et G . Il distrent qu’ il erent G d’Espaingne et s’estoient partis de leur paÿs pour une merveilleuse aventure, et le benoit [30] cors confessor B X2 saint Nicholas les avoit la arrivez par miracle. Si distrent qu’il demourroient tant que l’egliseEglise de Saint Nicholas en avroit sa raison.

§678 💬Pas de nouveau § BQuant li chastelainsGomor oï ce, si sourrist de joie et li lor B X2 mist ses les B bras au col et dist :
« Dont vueil je que vous demourez o moi, car encore ai je B moult pou de confort de serjans que je prise autant conme je fas vous.
– Sire, distrent li damoisel, la vostre merci. Et nous ferons volentiers vostre volenté.
– Or me dites, amis, conment vous estes apelez. »
Il respondirent ont respondu que B distrent G :
«  Sire, j’ai non il avoient non li uns B Celydus et cilz li B autres Dyanor. »
Adonc demanda li chastelainsGomor a Dyanor pourcoi il n’estoit chevalier.
« Sire, dist il, quant il plaira a Nostre Seingneur, je B X2 troverai trov›i‹[e]rai V3 celui qui fere le me B doit, dont je pri au benoit confesseur saint Nicholas qu’il me lesse tant vivre que je le puisse trouver sain et sauf et entier G .
Celydus, biau sire, dist li chastelainsGomor, se je pooie savoir par vostre volenté qui cilz est, je ne cuit pas que pis vous en fust. »
Dont li a reconnut tout leur afaire son a. et le son compaignon aussi B , si com vous avez oï B X2 .

§679 💬Pas de nouveau § BQuant li chastelainsGomor les ot entendus entendi ce B , si dist :
« Ha ! beneuré enfant, voirement vous a le benoit cors confessors B saint Nicholas ci G amenez ! Et croi tout apertement que ja la besongne de l’egliseEglise de Saint Nicholas ne venist au desus se ce ne feust par vous et par celui que vous alez querantCassidorus.
– Ha ! sire, distrent li damoisel, dont en savez vous aucune chose quil nous eleescera, s’il plest a Dieu et a vous ?
– Verité avez dist », dit li chastelainsGomor. [b]Lors li demanderent pour Dieu que, se il en savoit riens, que il leur en deist aucune chose.
« Biaus seingneurs s., dist il B , je ne vous en puis ore plus dire que vous en avez oï. Mes encore nuit parlerons nous ensemble, et demourrez revendrez B X2 o moi, se il vous plest, au souper, et je vous en G dirai ce que j’en pourrai savoir sçay G . »

§680 💬Pas de nouveau § BAtant ont pris congié li dui damoisel au chastelainGomor, et li chastelains il B X2 Gomor s’en vint a Robur, ou li emperieresCassidorus et l’empererisFastige estoit estoient B , car li empereresCassidorus ne fesoit oeuvre pour la discencion que vous avez oï, car il se pourveoient de jour en jour pour le marchisMarquis d’Ostrac, qu’il atendoient. Quant li empereresCassidorus vit le chastelainGomor, si li demanda :
« Quelz nouvelles ?
– Sire, dist il, vostre honneur croist de jour en jor. »
Lors li conta l’aventure de Celydus et de Dyanor et conment saint Nicholas les avoit avoiez aussi conme par miracle.
« Chastelains, dist li empereresCassidorus, ' cui a qui G Deux veult aidier, nul ne li puet nuire'💬"Cui Deus velt aidier, nus ne li puet nuire" (Morawki, 440 et Lincy).. Et sachiez que ceste aventure me plaist quant il plest a Nostre Seingneur, et vous di que je vueil armes et veil B fere Celydus et Dyanor D. son cousin B chevaliers. »
Quant li chastelainsGomor oï ce, si fu moult ne fu onques mais si B joians, en tel maniere qu’il ne pot mot dire de joie X2 B . Et lors li empereres B li G dist :
« Chastelains, alez, si m’ aprestez a. que j’aie B robe emperial, et gardez que nul ne sache qui je sui fors que li pluseur cuideront que je soie issus hors B de la nef pour faire a vostre gent aide. »

§681 Ainsi conme li empereresCassidorus devisa fu fait. Et Celydus, ainsi conme que B X2 j’ai desus dit, estoit reperiez au chastelainGomor et [c]avoit soupé avec lui la nuit devant. Il vint a court, entre lui et Dyanor, et li chastelainsGomor vint a eulz lau ou il l’atendoient B et les prist par les mains et les mena devant l’empereeurCassidorus en une chambre. Quant Celydus vint devant son pereCassidorus, si le connut. Lors se lessa cheoir ch. a ses piez B X2 et li dist :
« Ha ! biau pere, recevez moi a amy, qui par tantes contrees vous ai quis. »
Dont le leva li empereresCassidorus, et et le baisa B son cousinDyanor aussi. Lors les trait d’une part et dist :
« Biau seingneur, pource que j’ai entendu que Nostre Sires vous a ci amenez aussi conme par miracle me sui je fet a vous connoistre pource que je vous vueil donner l’ordre de chevalierie et vueil que vous soiez chevalier Jhesucrist pour essaucier Son non et pour mettre foy et loyauté au deseure et orgueil et felonnie au desous B .
– Pere, dist Celydus, ainsint l’ai je l’avons nous B en couvenant c. a faire B , et et moi et B mon cousinDyanor aussint B . »

§682 Atant mist Celydus l’empereeurCassidorus a reson et li dist :
« Peres, mon frere Fastidorus, li B X2 vostre filz, vous salue, et ma dame l’empererisFastige, de qui je deusse avoir premierement parlé. Si B me dites conment il li est.
Ha B X2 ! biau filz, dist li empereresCassidorus, ele est toute hestiee. Grace a B X2 Dieu avons .iiii. biau filz filz, ce dist li empereres V3 filz, fait l’empereur G 💬V3G opèrent un saut régressif sur filz., il qui X2 a ont X2 ja .i. an a ceste Penthecouste B que je ne vous vi B X2 .
– Biau sire, Deux glorieus g. peres B X2 , vous en soiez puissiez estre B avourez aoez V3 , dist Celydus, car bien em pourra estre encore l’empire de Rome essauciee, qui aujourd’ui est povrement porveue !
– Conment se tient Fastidorus donc B ? dist li empereresCassidorus.
– Sire, dist il, ainsi conme il plest a Dieu, car il est trespassez de ce [d]siecle. Et croi que 'Pelyarmenus hasta sa mort', ainsi conme Fastidorus le B X2 me dist avant qu’il fust mors. »
💬La collusion sur ce court paragraphe des nouvelles de la naissance des quadruplés et de la mort de Fastidorus, ainsi que du tort que l’on peut prêter à Pelyarmenus à ce sujet, paraît annoncer le rôle des jeunes enfants pour rétablir l’ordre dans l’empire de Rome.

§683 💬Pas de nouveau § BQuant li empereresCassidorus entendi ce, si fu moult courrouciez, et li vindrent les lermes armes X2 aus yeux et dist li distrent B :
« Ha ! sire B , vrais Deux, conme il a de couvoitise en ce monde siecle B X2 ! Et que com B je cuit que Rome avra encore a sousfrir se je Dix B X2 n’i met autre conseil ! »
Lors enquist li emperieresCassidorus se Fastidorus avoit nul hoir de sa fenmeAphode. Celydus dist que nanil Certes, sire, non B . Et d’Elcanus li dist tot l’afaire conment il fust volentiers venus o lui se ce ne fust pour son empire destourber.

§684 Moult parlerent moult longuement B ensemble li empereresCassidorus et li damoisel li doi d. B X2 Celydus G Celydus. Lors vindrent vint V3 nouvelles que li marchizMarquis d’Ostrac estoit meuz venus a m. V3 venus G 💬V3 pourrait transmettre une double leçon (cf. aussi n. au §511 et Introduction), mais la proximité graphique entre les termes venus et meus est peut-être en cause. Il n’est pas exclu que G corrige une faute de son modèle, comme ailleurs, cf. Introduction. a tout .x. mile escus, et venoit sus le chastelain de GomorGomor. Si veillierent cele nuit .xx. damoisel a l’eglisse monseingneur saint NicholasEglise de Saint Nicholas, qui l’endemain furent tuit chevalier de la main a l’empereourCassidorus por l’amour de Celydus et Dyanor. Que vous feroie plus lonc conte ? Il avint que cil de la nef s’alierent a Celidus quant il sorent que il fust chevalier et furent en sa bataille .lxx. armeures de fer tout a cheval. Li chastelainsGomor en avoit .v. cent et li empereresCassidorus, qui ne vaut pas estre conneus, ainz fu aussi comme chevaliers banerez issus des nez et fu seigneur du clergié et ot en sa baillie que prestres que chanoines que clers qui tous s’afichierent de morir avant que nuls d’eulz deust ja fuir. Si furent .iiii. cent. Li empereresCassidorus, quant il vit que il avoit tele maisnie a conduire, si se mist entre eulz et dist :
« Biax seigneurs, ne quidiez pas que je n’aie autre fois esté en bataille, et vous avez bien apris a boire et a mengier et estre bien a aise, si ne cuidiez pas que il ne couviegne le cors traveillier. Et j’ai souvent oÿ dire que clerc sont hardi: or porra l’en savoir la verité. Veez ci le marcis qui vous vient tolir vostre vivre; et ci a moult d’autre bonne gent qui vous viegnent aidier a deffendre. Vous avez droit et il ont tort. Si soit desordené qui aujourd’ui suivra ne pour mort ne pour vie. »
Adont distrent :
« Sachiez pour voir, nous sommes toz convertiz. Chevauchez, nous vous sievronz et ne vous faudrons ja por mort ne pour vie »
chevalier V3 G X2
💬V3G X2 opèrent un macrosaut du même au même sur chevalier (cf. §685), qui prive le texte de sens. En effet, ce segment précise la composition des bataillons et le nombre des combattants, logiquement suivis par la mention .iii. mile. Ce segment se retrouve plus tard, au §685, sans cohérence narrative puisque le combat est déjà amorcé, ce qui témoigne peut-être d’une tentative maladroite ou non aboutie d’amender un texte problématique. Dans notre proposition de correction, nous suivons le texte de B pour éviter de proposer un texte hybride, mais renvoyons à l’apparat pour les variantes. Nous avons suivi la macrostructure de V3.. Atant sont issus de Gomor bien jusqu’a .iii. mile, que a pié que a cheval, li marchisMarquis d’Ostrac d’autre part, tot aussi orgueillieux fier B conme lyon encontre .i. B X2 mouton, et venoit contre eulz conme ceus qui bien estoient .x. mille contre .iiim.. Celydus, qui avoit veu la premiere bataille, trait avant sa gent, si ne choisi pas le marchisMarquis d’Ostrac, conme cil qui cuidoit avoir tout gaaingnié.

§685 Dyanor, qui avoit cuer volentif, vint a Celydus et li dist :
« Biau cousin, ceste premiere jouste vous requier je.
– Et je la vous otroi », dist Celydus. Atant se desrenga Dy[e]anor et vint, les saus menus aussi conme arondelle. Et quant le filz au marchisMarquis d’Ostrac le vit venir si noblement qu’il si B n’i ot nul qui osast habandonner son cors B fors il, qui point son bon cheval d’Espaingne et li vint si aigrement qu’il ne feust nul qui le veist venir qu’il en son venir B ne le deust doter, Dyanor, qui a ce G avoit mise s’entente, li vint a l’encontre si acesmeement que tuit cil qui le virent venir B prisierent son afaire, car aussi conme dis me tu
« Vous ne me poez eschaper »
G
l’acueilli en tele maniere de l’espie, que le fer tresperça le blazon et tout ce que il consuivi et que parmi le cors passa li fers, si que l’arçon derriere ne pot le cuer cop B X2 endurer, ainz rompi, et cil cheï enmi le champ. Celydus feri .i. autre B aprés Dyanor et toute sa compaingnie. Qui donc les veist tenir tres esforcieement ou Celydus se feri, dire peust que tout li .xm. n’eussent pooir a lui. Dyanor, qui avoit ja fet son poindre, vint ferant li v. a senestre, qui enchargié avoit li et son cors en tele maniere qu’il feroit B a destre et a senestre, que moult estoit grant merveille m., car il estoit trop bon chevalier. Et pource que l’emperere l’avoit fet chevalier X2 en avoit il trop bon greigneur B X2 cuer, et tuit cil aussi qui chevalier avoient esté fet pour l’amour de Celydus et de Dyanor. Que vous feroie je lonc conte diroie je G ? Il avint que cil de la nef s’alierent a Celydus quant il le sorent si bon chevalier. Et furent de sa bataille .lxx. armeures de fer tout a cheval. Li chastelains en avoit en avoit .v. cens d’esleus, qui bien le firent aus cops donner. Et li empereres, qui ne volt pas estre conneus, ainz G fu aussi conme [f]chevalier banerés issus des nés et fu seingneur du clergié et ot en sa bataille prestres, chanoinnes et clers, qui touz s’afichierent de mourir avant que nul d’eulz deust ja fouir. Et furent .iiiic., qui que G touz furent bonne gent et qui bien aidierent a l’empereur et aus autres si conme il aparut V3 G X2 .

§686 💬Pas de nouveau § B Que Quant li emperieres vit qu’il ot tel gent a conduire, si se mist entr’eus et dist : "Biaus seingneurs, ne cuidiez pas que je n’aie autrefois esté em bataille. Et vous avez apris a mengier et a boivre et a estre tout a aise, car ce n’est pas vostre mestier ne acoustumance de porter armes ne d’estre es batailles. Si ne cuidiez pas qu’il ne conviengne le cors traveillier. Et j’ai souvent oï dire que clers sont hardi. Or pourra on savoir la verité. Vez ci le marchis qui vous vient tolir vostre vivre, et ci a moult de bonnes gens V3 💬Une main postérieure ajoute ici gens dans l’interligne de V3, proposant une conjecture heureuse qui rejoint la leçon des trois autres témoins. qui vous veulent aidier a desfendre. Vous avez droit et il ont tort. Si soit desordené qui aujourd’ui fuira ne pour mort ne pour vie." Adonc distrent il : "Sire, or sachiez, pour voir, nous ›...‹[n]ous V3 sonmes convertis. Chevauchiez, et nous vous suivrons ne ja ne vous faudrons ne pour mort ne pour vie." Que V3 G X2 vous feroie je lonc conte diroye je G ? Li empereresCassidorus desrenga et ses clers ausi tant i refist, a l’ayde des clers B , qui si bien le firent B que l’empereres il B Cassidorus prist le marchisMarquis d’Ostrac et le livra au chastelainGomor, qui maintenant l’envoia ou chastel de Gomor.

§687 Celydus et Dyanor, quant il sorent que li empereresCassidorus avoit pris le marchisMarquis d’Ostrac a l’ayde [31]des clers qui si hardiement l’avoient fait B , si en orent ausi conme .i. pou de confusion💬L’exploit réalisé par Cassidorus, menant la compagnie, toute symbolique, des clercs, paraît fonctionner comme un levier de sens important en cette fin de roman. Le Cycle procède en effet d’une réflexion importante sur les qualités clergiques des héros; celles-ci se trouvent ici à nouveau valorisées, dans un roman qui a pourtant longtemps mis de côté ces considérations, emporté par la nature très chevaleresque du récit. Il paraît donc très significatif que Cassidorus remporte son ultime bataille en menant des clercs au combat. L’épisode gagne ainsi en importance, pas tant, au contraire des nombreuses autres batailles du roman, en regard des enjeux de la bataille (quoique, il s’agit d’une bataille livrée pour la défense de saint Nicolas), mais pour sa portée métanarrative. Il renoue ainsi avec les premières valeurs du Cycle pour louer un héros aux qualités avant tout clergiques, mais aussi chevaleresques en sa fin de vie (non sans faire coexister avec cette valorisation les critiques qui peuvent être émises quant à ces qualités de gouvernant, comme l’indique notamment la réflexion d’Helcanus à ce sujet).. Lors se sont esvertué et euls mis en habandon de leurs anemis mettre au desous. Mais, tout aussi conme que B j’avoie je vous a. B dit, tant en y avoit que, selonc ce que il estoient, que, se leur pooir ne feust si grans et li benois sains monseingneur saint Nicholas B X2 ne les confortast, il n’eussent duree a eulz, qui estoient si grant plenté et avec ce chevaliers esleus et plains de grant volenté pour confondre le chastelainGomor, qui tel honte leur fesoit. Mes riens ne leur valut, car X2 il il les B X2 escouvint qu’il feussent estre B X2 occis o. et mehaigniez B et ne porent de nule part avoir duree. Et trovons que des .x. mille personnes que il estoient, il en i ot la moitié que ocis que pris p. que afolez B , et le remanant se mistrent mist B X2 a garant au miex qu’il porent.

§688 💬Pas de nouveau § BAinsi fu pris li marchisMarquis d’Ostrac et sa gent maumenee. Lors s’en retourna arrieres li chastelainsGomor et touz ceus de sa compaingnie. Et trouvons en l’ystoire que que, pour plus briesment outrepasser que B 💬Possible saut du même au même non erroné de V3GX2 sur que. li marchisMarquis d’Ostrac fu touz liez et touz joians quant il pot estre honme de l’eglisse et faire pes ferme et estable par touz les plus grans seingneurs du paÿs, car il fu ainsi esgardé que ce avoit esté venjance de Nostre Seingneur et miracle du bon saint monseingneur de B saint Nicholas, qui fu puis si essaucié ou paÿs et aillieurs que bien le pueent savoir li pluseurs. Si me veil ore atant taire de ce et venir a Celydus et a Dyanor, ainsi conme il se partirent de l’empereeurCassidorus💬L’emphase mise sur la portée miraculeuse de la venue de Cassidorus, de celle de Celydus et de Dyanor à Gomor, puis de la victoire remportée contre le marquis d’Ostrac dénote l’orientation très forte que connaît le récit au contact de Cassidorus. La conjonction des présences de Cassidorus et Celydus éclaire aussi l’importance conférée ainsi à ce personnage qui, comme en gommant les origines merveilleuses que lui confère sa figure maternelle féérique, va endosser une fonction presque célestielle dans le récit, plus encore dans celui du Roman de Kanor qui suit..

[40] Ci devise conment li empereresCassidorus [b]mena Celydus et Dyanor veoir l’empererisFastige et ses .iiii. enfans, et aprés conment il se partirent de lui pour aler en Jherusalem, et devise conment il alerent par Antyoche et le princeMelchis les detint Comment Celydus et Dyanor vindrent a l’empereor et comment il les mena en son recet B Ci vient li contes a Celydus et a Dyanor son cousin, qui se partirent de l’empereeur et se mistrent en leur voie X2 .

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Enluminure sur 1 colonne (b) et 12 UR. Cassidorus mène Celydus et Dyanor devant Fastige et les 4 enfants.

§689 En ceste partie dist li contes que, quant ceste bataille fu ainsint outree et les choses mises a point ainsint conme j’ai dit G , Celydus et Dyanor vindrent vin|drent a l’empereeur v. V3 a l’empereeurCassidorus, qui au plus priveement que il pot les mena en son recetRobur et trouverent l’empereris ainsi com j’ai fet et V3 troverent l’empererisFastige, ainsi conme j’ai devant fet mencion en mon conte l’ystoire B conment G elle avoit esté delivree a grant pais et a grant honneur .i. an avoit a. pres B de .iiii. damoisiaus a filz, ainsi conme il nasquirent en .iiii. jours l’un aprés l’autre, dont li premiers ot a non Canor, le secont Sycor, le tiers Domor, le quart Rusticor. Et touz ces .iiii. nons furent pris ou non et par la volenté v. a l’empererys B de l’emperere leur pere, qui avoit a non G Cassydorus💬Et touz... Cassydorus: Les premières syllabes des quatre prénoms forment le nom du père, comme l’explicitera l’impératrice au §691.. Ces damoissiaus nourrissoit l’empererisFastige si amiablement que pour riens ne vouloit ›p‹[v]ouloit V3 sousfrir que nulle autre fenme les alaitast que elle, [c]car elles elle B dient disoit B que nul lait d’autre fenme n’estoit si couvenable a la nature de l’enfant conme de la vraie mere💬Cette remarque de Fastige dénote une réflexion intéressante sur le pouvoir maternel de l’allaitement, qui n’est pas sans annoncer les enjeux de l’allaitement des quadruplés, mais aussi du fils de Nera, dans le Roman de Kanor. La question de l’allaitement maternel est en effet cruciale dans les fictions médiévales. Ici, la préférence donnée au lait de la mère s’inscrit dans la droite ligne de ce que l’on peut lire dans les Enfances Godefroi, chanson de geste du Cycle de la Croisade qui met en scène la mère de Godefroi de Bouillon, Ide de Boulogne, veillant jalousement sur un allaitement exclusivement maternel de ses enfants. On verra qu’au début du Roman de Kanor, les quadruplés refusent obstinément le lait de biche que tente de leur offrir l’ermite qui les a recueillis après leur enlèvement providentiel par le lion de Cassidorus. Le lait de la vierge Nicole permettra de les alimenter en l’absence de leur mère. Voir Yasmina Foehr-Janssens, Francesca Prescendi et Céline Venturi, « Animaux nourriciers – nourrices animales : mythes et récits d’enfance des héros (antiquité/moyen âge) », dans Allaiter de l’Antiquité à nos jours. Histoire(s) et cultures d’une pratique en Europe, éd. Yasmina Foehr-Janssens et Daniela Solfaroli Camillocci, Turnhout, Brepols, 2023, p. 747-764..

§690 💬Pas de nouveau § BQuant la dameFastige vit Celidus, si le connut et sailli em piez B et l’embraça par grant amour et dist :
« Ha ! tres dous d. filz et bon B amis. Jamés ne vous cuidai veoir v. ne oÿr B ! Conment Dites moi c. B vous est il il et que l’en fait ou paÿs dont vous venez B ?
– Dame, dist il il, moult vous ai a dire de toutes choses B , assez a. tost G le en B vous diré. Mes encore desirre je plus a veoir et B a savoir s. de B vostre estre se il pooit avenir.
– En non Dieu, biau filz, vez ci tout mon estre, et le plus de mon desirrier est B que je puisse nourrir vos .iiii. freres vos .iiii. V3 ces .iii. enfans voz G 💬Une main postérieure a ajouté freres dans la marge, proposant une conjecture heureuse qui s’accorde avec la leçon de B et X2., que vous poez ci G veoir, tant qu’il puissent vivre sanz moi et sanz le pereCassidorus.
– Dame, dist il, Nostre Sires vous otroit fere tel chose et tel nourreture que Sainte Eglise en soit essauciee et lor lignage en puisse estre honorés! »
Lors les esgarda moult Celidus. Et tandis s’acointa l’empererisFastige de Dyanor, que ele n’avoit onques mes veu, et il li dist qui il estoit, et adonc li fist elle G moult grant joie.

§691 Celydus, quil ne se pooit rasazier des enfans regarder, qui moult estoient gracieus a veoir que nul ne les veist quil n’en fust esjoïs, les esgarda tant que jamés d’eulz ne se vousist partir. Et en ce qu’il s’esjoïssoit en eulz veoir v. s’esjoui car il V3 v. s’esjoui car car il (sic) G choisi que chascun avoit a son col pendu p. aussi comme B X2 une filatiere de fin or a une cordelette cordele B X2 de soie, dont il vit qu’en chascune estoit entailliés le non de l’enfant ainsi conme je les ai desus nonmez. Et quant se vit Celydus, si s’esmerveilla pourcoi par quele raison B ce fu et le demanda a l’empererisFastige.
« Biau filz, dit elle, la reson [d] pour p›a‹[o]ur V3 quoi je l’ai fet si n’est autre que car B , se vous ne le la B X2 savez, regardez l’un et puis l’autre, et vous trouverez que tous sont pris a .i. regart l’un et l’autre.
– Certes, voir avez dit, ce dist fait G Celydus.
– Et pource, dist l’empererisFastige, que je ne puis pas bien connoistre l’un de l’autre ai je fait ceste chose pour toutes aventures. Et et si sachiez. Et V3 si sachiez que vez ci l’ainsné, qui a non Canor ; le secont aprés Sydor Sycor B X2 ; le tiers Domor ; le quart Rusticor Rusticot G . Et ces .iiii. propres nons a il en mon seingneurCassidorus ou il a .iiii. sillabes. Li ainsné si a la premiere et li autres les autres l’autre a la seconde, le tiers a la tierce et le quart la quarte B . Et ce n’ai je pas fet en sans B X2 senefiance, 💬L’expression en senefiance dans V3G est habituellement suivie de l’objet de l’interprétation (en senefiance de/que), même s’il n’est pas inhabituel que celui-ci ne soit pas précisé (voir DMF, sv. senefiance). car li cuers me dist que encore en aucun temps leur pourra porroit B ce avoir mestier. »

§692 Quant Celydus ot entendu l’empererisFastige, si la tint trait G a moult sage et dist :
« Dame, vostre sens parra B G encore aus damoisiaus et leur B G pourra encore avoir mestier💬 vostre sens... mestier: Il nous semble plus plausible que B et G interviennent indépendamment pour supprimer la redondance induite par le parallélisme de la construction que de supposer que V3+ X2, dont la leçon semble supérieure, innovent. . Et je sé vraiement que Nostre Sires les a fet naistre aussi conme pour lui soulacier, tout soit il ainsi que il ne puet avoir plus de joie qu’il a. »
Moult longuement se sont desresnié iluec en moult maintes manieres B X2 de parolles, dont je trop aroie a desresnier traitier se je toutes les voloie raconter B . Mais a ce vient ore li contes que, quant il orent tant parlé et d’un et d’el, li empereresCassidorus s’estoit pourveus tandis d’eulz donner a mengier et a boivre et i fu li chastelainsGomor, sanz qui il ne volt pas estre a cele fois, et tant que parolles coururent entre les .ii. damoisiaus qu’il distrent qu’il erent entrez en mer et qu’il avoient a. en B volenté d’ entrer aler B X2 en Jhe[e]rusalem pour aourer le sepucre ou Deux avoit esté mors et vis. Li empereresCassidorus leur conmanda que ce ne lessassent il pas et, au plus tost qu’il quant il B X2 pourroient pourroient pourroient repairier B , que il B X2 , reperassent en l’empire de Rome et de Coustentinoble et, s’il y avoit chose descouvenable, que il B aidassent au droit maintenir a lor pooir B X2 , qui sovent a mestier que il soit sostenus. Lors ont pris li li dui B X2 damoisel congié et sont venus a leurs compaingnons, qui B les atendoient aussi conme li X2 enfant font leur le B X2 pere, que car B X2 tout ensement li marcheant dont j’ai devant parlé les avoient pris en amour pour la grant proesce dont il estoient B X2 et pour le grant B X2 sens qui estoit en de B X2 eulz e., comme l’enfant fait la mere qui doucement le norrist B .

§693 Quant li dui damoisel et leur compaingnie furent ensemble, si se mistrent arrieres en mer au plus tost que il porent, car il orent vent a leur devise. Et leur aida tant Dieux l’un jour aprés l’autre que il vindrent em brief terme la ou il vodrent venir. Il descendirent a terre et se mistrent tot a une com par B compaingnie ou chemin devers Antyoche, dont je ne veil ore ci faire mencion conte B X2 de chose qui leur avenist en la voie, mais tant esploitierent e. que poi firent de sejor tant B qu’il vindrent devant en B X2 la cité d’Antyoche B .

§694 💬Pas de nouveau § BA icel temps dont je parolle avoit .i. prince en la ville qui avoit a non Melchis et avoit le los d’estre le plus riche sage B X2 Sarrazin qu’il feust en la terre. Il estoit joennes et biaus et plain de tres grant proesce. Li dui cousin Celydus et Dyanor oïrent moult de bien retraire de lui et furent tempté de lui veoir, si firent [f]tant que il le virent .i. jour en sa la G sale ou il parloit a .i. chevalier de la terre de Jherusalem, qui avoit aporté nouvelles du royHainfroy, qui avoit fet prendre de ses honmes pour aucunes raisons dont li contes ne fet ci mencion. Li princesMelchis regarda et vit les .ii. cousins, qui bien sembloient semblerent B X2 estre ce qu’il estoient, si lessa le chevalier a qui il parloit et vint a eulz aussi debonnerement conme s’il les conneust et les salua en françois, conme cil qui bien le parloit. Cil, qui ne furent pas esbahy, li ont rendu son salu. Lors parla a eulz si gracieusement qu’i leur enquist de leur estre. Sil tant qu’il B 💬Comprendre sil = cil. nel vodrent celer, ainz leur en conterent qu’il ne l’en deissent B X2 grant partie.

§695 Quant li princesMelchis les ot entendus, si les detint, vosissent ou non, mes ce fu ausi com par grant amour signe d’a. B , et tant que li princesMelchis prisa moult les .ii. chevaliers pour la biauté et pour le sens que il trouva en eulz et cuida bien que il fussent preus et hardis de leurs cors. Si s’apenssa conment que B X2 il trouveroit achoison par quoi il les peust detenir. Si leur dist quant il s’en cuidierent aler et prendre congié :
« Biau seingneurs, or ne vous anuit, car vostre gent ont .i. pou vers moi mespris. Et se j’en pooie par vous avoir l’amende, de ce ne vous seroit s. il B X2 mie pis. »
Quant Celydus ot entendu oÿ B le princeMelchis, si cuida c. si cuida X2 que aucuns de sa compaingnie eust vers lui mespris, si dist :
«  Sire S., je ne di pas V3 B G X2 , se nulz de nous a mespris vers vous, nous le vous ferons amender. »
Lors li B dist le princeMelchis :
« Amis, je ne di pa que vous sachiez rienz de cest [32]meffait, ainz apartient au roy de JherusalemHainfroy, qui a fet prendre de mes honmes sanz raison, si conme il m’est avis. Et pource que je n’en sé pas la verité me plest il que vous demourez demouriez V3 avec moi jusques a tant que j’en savrai autre chose💬Remarquer le parallèle avec Cassidorus, qui avait semblablement été retenu par Edypus, père alors..
Sire Biax s. B , distrent il, de nous poez vous fere vostre volenté, car la force en est vostre.
– En non Dieu, biau seingneurs, voirs avez dit. Et ainsint est il de guerre. Mes ne cuidiez pas que je vous doie fere tenir vilainne prison, mes vous B m’avrez en couvent que vous ne partirez de ma court pour nule chose mengier ne pour boire ne pour dormir B jusqu’a tant que je vous donrai congié.
– Sire, distrent il, et nous l’otrions, puisque faire le couvient. Mes pour Dieu, que nostre compaingnie puisse aler quele part qu’ele voudra.
– Et je l’otroi », dist il.

§696 Ainsi furent retenu li dui damoisel, et tant qu’il reperierent a leur compaingnons et leur conterent de ceste chose la verité. Quant il orent ce oï, si furent moult esbahi et distrent :
« Biaus seingneurs, ne cuidiez pas que pour avoir que nous puissions esligier vous doiez demourer en la prison du princeMelchis. »
Lors les en B ont mout merciez, puis vindrent li marcheans païsant V3 G au princeMelchis et li ont prié que pour amour avoir B X2 il B G lessast aler leurs .ii. compaingnons les B X2 .
« Biaus seingneurs, dist li princeMelchis, ne cuidiez vous B pas que pour avoir le face et B que je G n’aie avoir assez. Mes je ai pou de tiex prisons conme je cuide que vous estes. Si ne m’en offrez nul autre B avoir que le vos B cors que car B je n’em prendroie autre avoir [b]ne B autre tresor. »
Rien ne valoit valut chose B X2 qu’il deissent, car demourer couvint les .ii. chevaliers devers le princeMelchis. Et avint ainsint conme l’estoire le conte que tout li grant seingneur sarrazin si ont plusseurs fenmes et touzjours en ainment a. il B plus l’une que toutes les autres, et de cele sont il trop volentiers jalous, dont il en avoit avroit V3 .iii. entre les autres qu’il avoit fet mettre en une tour, et li autre, dont il en y avoit .xxx., estoient en .i. hostel appareilliees, et la estoient li chastré qui les servoient et gardoient B . Aucunes fois li princes Sarrazins B Melchis venoit et B X2 menoit les .ii. chevaliers veoir ses fenmes et leur conmandoit a toutes qu’eles leur G feissent feste, et elles leur le B G fesoient firent G de tout leur pooir. Et dist li contes que, s’il se toutes B X2 peussent fere toute lor volenté, qu’il feussent tout autrement conjoui qu’il n’estoient. Mais il conmença a anuier aus damoisiaus, qu’il n’avoient cure de ce qu’eles couvoitoient. Et li princeMelchis s’en aperçut moult bien et dist :
«  Ha B X2 ! biau seingneurs, je me painne de tout mon pooir de vous B fere joie et B chose quil vous peust plaire, mes je ne puis, car il me semble qu’il ne vous est de nul deduit dont il est a moult d’autres G . Si vous pri que vous me dites aucun lieu giu B X2 qu’il vous puist esleescier, car, s’il vous plest a avoir a. de B dames ou pucelles, je vous ferai cuit faire B avoir des plus nobles de cest paÿs et, se il vous plaist, deduis de chiens ne de oissiaus ne de chevaus courre ne berser, traire ne lancier, ne chevaliers verser, ne lances brisier, escus fraindre et troer, [c]quintainnes rompre, haubers despaner, je le vous ferai avoir, ne sé que plus vous die. »

§697 Quant li dui B chevalier oïrent ainsi le princeMelchis deviser parler G pour eulz atraire a ce que vous avez oï, si l’en mercierent moult durement B X2 et distrent :
« Sire, voirs est que moult avez quis de nostre deduit. Mes encore n’avons nous riens trové de ce que nous couvoitons, car nous savons de verité que nostre loy est contraire a la vostre. Et pour ce ne couvoitons nous pas que nous aillons vous ailliés B X2 sus vostre nostre B X2 gent, car nous n’ irions irons B X2 mie sus la vostre en v. aide B moult volentiers. Et s’il avenoit que nous ailleurs eussions a fere, volentiers nous essaierons d’armes en ce paÿs. »

§698 💬Pas de nouveau § BLi princeMelchis, qui ce entendi, si sot maintenant qu’i furent chevalier adroit. Et que fist il ? Il vint v. maintenant B X2 aussi conme d’aventure en la tour ou les les .iii. B dames estoientTour des Dames, dont j’ai desus parlé; si dist l’une d’elles .iii. B :
« Sire, il nous est avis qui💬Comprendre qui = que. vous nous avez oubliees mises en oubli B pour .ii. vassaus musars B X2 que vous avez arresté aussi com pour leur biauté, dont nous nous doutons moult que vous n’en soiez entrez en male boisdie voye G . »
Quant li princesMelchis oï ce, si conmença a sousrire et dist :
« Moult avez ore fole cuidance aventure G , qui cuidiez que je aie tel avis et qu’il d’autre part soient tel com vous donnez a entendre.
– Sire, sire G , dist l’autre, je ne sé pas ne ne pourroie croire que vostre penssee fust male. Mes ne nous creez jamés s’il ne sont de male nature, et le le vous B X2 prouverai.
Et Or me dites dont B conment ? dist li princesMelchis.
– Non ferai, dist elle, que [d]vous n’avez que fere du savoir. »

§699 Or entendez du deable conment il cuida fere les .ii. chevaliers destruire. Li princesMelchis, qui estoit preudoms en sa loy, fu V3 G 💬qui estoit... fu: V3G opèrent probablement un saut du même au même sur estoit-fu; la réintroduction du passage permet de mieux respecter les mécaniques du texte, mais la présence inhabituelle de et en tête de proposition après une incidente nous incite également à intervenir. temptez du savoir se li chevalier estoient tel conme cele li donnoit a entendre, et que il B volt savoir se que›...‹se V3 la dame l’en pourroit fere sage et li dist :
« Dame, riens B X2 ne vous vaut, car savoir vueil des .ii. chevaliers la verité.
– Sire, dist elle, par amours Dieu B souffrez vous, car que B je me doubte que vous ne le sachiez plus tost que vous ne voudriez. Et d’autre part je croi que vous ne m’en leriez pas couvenir, car vous estes trop merveillieus.
– Dame, dist il, je vous en lerai bien couvenir, sauve mon honneur et la leur, mes que ce soit de leur droit.
– Or les nous feites f›r‹[e]ites V3 venir amont, dist elle. Et quant vous les avrez amenez, si vous destournez de ceens, mes que vous veez que nous ferons, car autrement ne seriez vous pas em pes, ce savons nous bien.
– Dame, dit li princesMelchis, je ferai vostre volenté. »
Atant s’en vint aus .ii. chevaliers et leur dist :
« Je vous vueil mener la ou vous ne feustes onques onques. - Et ou est ce ? distrent il B X2 . »
Lors les mena la ou les dames estoientTour des Dames, qui de biauté avoient le pris. Et ceus, qui furent esbahis de leur acesmement et du seurplus, saluerent les dames et elles eulz, et ne cuidiez pas que toutes .iii. ne prissassent les chevaliers moult et leur noble contenances. Mes fenme qui ne fie V3 sie G fu faite que pour honme decevoir fist asavoir a chascun en esgardant que moult leur plaisoit lor estre.

§700 💬Pas de nouveau § BLi princeMelchis, qui volt acomplir la volenté de la B X2 fame et sa [e]musardie confermer, se trait ensus et se mist en une garde robe et veoit auques ce que elles pooient fere. Mes il ne pooit pas oïr leurs parolles. Lors prist cele qui plus ovroit souvent B de tricherie et qui plus en B savoit les .ii. chevaliers et ses ses .ii. B compaingnes, et elle fu la quinte. Si mist leurs .v. testes ensemble et dist :
« Voirs est que sens de fenme est moult pou prisiez. Et nonpourquant trop pou de choses entreprent elle a fere qu’ele n’en ne G viengne au desus, car nous avons tant B fet par nostre art que nous vous avons fet venir ça sus, car B X2 nous vous B X2 veions que vous estiez pour tiex comme v. B et bel et gent et couvoitiez de dames et de damoiselles. Si vous prions de conmun absent toutes ainsi comme nous ci sommes, dont il n’y a nule dont vous n’eussiez tost vos volentez se il puet estre B que vous nous moustrez s’il a tant de bien proesce B en vous et d’onneur B conme il apert y a de biauté B X2 . »

§701 Lors esgarda l’une l’autre et furent aussi conme toutes prises, que l’une pour l’autre n’osoit dire sa volenté. Et nonpourquant dist une :
« Sire, il ne vous vouss V3 anuie pas se nous avons amusé mon seingneur, car il nous fet ça sus garder ceste tour dont nous nous souffrissions bien se il vosist, car 'li homs qui fenme enferme ne destraint B : il tient le [f]cuer et le cors enferme'. 💬 li homs qui... enferme: Expression sentencieuse inconnue des répertoires. Et tot en tele maniere ainsi B est il de mon seingneurMelchis, car il tient nos cors et met nos cuers a meschief, pour laquele chose quoi B il n’en est pas amez de touz, car nous vous couvoiterions plus a avoir .i. jor en nostre recreacion que nous ne ferions B lui cent. »
Iluecques avoient les dames .i. pou de de leur B X2 deduit a parler a Celydus et a Dyanor son cousin aus chevaliers B . Et li prince leur seingneur B Melchis si musoit autour B conme musart et abotoit B par .i. petit pertuis et ou il B veoit les dames d’eures en autres rire moult debonnerement.

§702 💬Pas de nouveau § BLors quant li siresMelchis vit ce B , si penssa qu’il seroit ert B escharnis et que il estoit ja B X2 qui en tel point creoit celes qui G ne faisoient que moquier le B , ausi conme maintes fames B font maint preudonme. Lors vint le princeMelchis et dist aussi conme por feste :
« Biaus seingneurs, assez en eussiez de .ii., mes que l’autre eust son pareil.
– Sire, dist l’une, or venez avant, si avra chascun sa chascune. »
Dont se lessa li princesMelchis cheoir entr’elles, si en bleça une .i. pou, dont elle dist :
« Je amasse encore miex que vous feussiez dont vous venez! »
De ceste parolle que la dame dist ce B se courrouça moult durement B forment X2 li princesMelchis, et li donna une moult grant pasmee et li B X2 dist :
«  Dame B , 'touzjours ne fait il pas bon voir dire'💬 touzjours... dire: Proverbe de sens similaire à Tuit voir ne sont a savoir (Morawski, 2437). ! »
Atant sailli il s. V3 X2 em piez et prist les .ii. B chevaliers Celydus et Dyanor B par les mains, si les mena aval et puis si leur B dist :
«  Biau seingneurs B , que vous semble il de moi ? Sui je .i. B X2 fol sot B ?
– Sire, dist Celydus, pourquoi dites vous X2 ce ? Telz est li usages de ce paÿs. »
[33]Moult le paia bien Celydus, et il dist G :
« Celydus, par foy, se vous saviez pourcoi je vous menai a elles, vous en avriez grant merveille.
– Sire, ce dist Celydus, moult i puet avoir de raisons, mes cele ne cuit je pas savoir.
– Assez a temps, dist li princesMelchis il B , le la B savrez. »
Adonc ont lessié de ce a ce|les V3 celles a G ce le X2 parler et fist tant li princeMelchis que il vint en la tourTour des Dames sanz le seu d’eulz.

§703 Les dames, ainsi com je je vous B X2 avoie dit que li princesMelchis s’estoit partis de elles et en avoit donné a une une buffe, cele💬 Les dames... cele: Rupture de construction, cf. Note linguistique. conmença a faire son duel et dist a ses compaignes :
« Se vous ne metez painne que je je ne G soie puisse estre B vengiez des oeuvres B X2 de ce jalousMelchis, je n’avrai jamés joie a mon cuer !
– Certes, ce dist respont V3 X2 chascune de elles B , serions nous moult liees se nous poyons eschaper issir B de ses las des las de lui G par quoi il ne nous tenist prises conme il fet. »
Atant vint li princesMelchis amont et dist :
« Or vueil je fere la pais de moi et de ma ma chiere B X2 dame femme B X2 . »
Cele qui savoit du jeu dist :
« Sire, de nostre pes avez pou a fere, et bien parut a vostre courrous que pou prisiez amour de fenme ! Mes B X2 je ne ne le G sé pas se que B cele d’onme fait aussi vous B X2 . »
Lors embraça le princeMelchis celle et se pena mout de dire et de fere chose qui li peust plere pleust B . Aprés volt li princesMelchis savoir que elles avoient trouvé es .ii. B chevaliers et pourcoi il les a les V3 avoit fet venir a elles. Cele dont j’ai par desus fait mencion respondi :
«  Par foy, sire, se vous ne feussiez ore si tost venus, tost les eussions eusse B pris de ce que je vousisse. Mes vous estes si hastis que on ne [b]vous puet chose dire ne fere que vous n’entrez ne venrés B maintenant en male voisdie. »
Li princesMelchis se penssa que voir se dissoit, et tant que il dist :
« Foy que je doi a vous .iii., je vous en lerai couvenir que qu’il m’en doie avenir.
– Bien avez dist dites G  », font elles.

§704 Ainsi demoura li affaires B a cele fois, car il fu tart et fu G heure de souper. Si revint li princesMelchis aus compaingnons pour eulz leur B tenir compaingnie, conme cil quil ne pooit p. faire V3 p. faire G croire qu’il ne fussent de trop grant pris. Dont il avint que Dyanor ne pot mettre les dames en oubli que il avoit veues en la tourTour des Dames, dont la plus joenneFauque l’avoit si detenu par la main, tant conme il avoit la esté, que B X2 il estoit ausi auques B X2 disposez en amer dames et damoiselles. Et tout aussi iert Celydus, mes il estoit plus avisez, et d’autre part il avoit un cuer si B orgueilliex que il pas ne meist son cuer sa cure B en autrui autre B G fenme. 💬Celydus endosse ici, de manière très assumée, la figure de l’orgueilleux d’amour, un topos bien connue de la littérature médiévale, mais aussi bien intégré dans le Cycle, avec les figures de Marques, de Cassidorus, d’Helcanus. Et Dyanor ne s’apenssa de riens ce B X2 , conme cilz qui dist en son cuer que ja cele n’espargneroit se il la tenoit en lieu ou il il il V3 eust pooir. Cele de l’autre part penssa a lui en tele maniere que elle dist a lui meismes que avant feroit elle merveilles de son cors que elle ne parlast a lui en lieu et en temps. Les autres .ii. pensserent a Celydus. Et avoit a non l’une Alyenor et l’autre Leodore et la tierce Fauque. Ces .iii. dames furent compaignes de pignons💬compaignes de pignons: Le terme pignon désigne la ’partie supérieure d’un mur, terminé en triangle dont le sommet porte le faîtage du comble’ (cf. DMF, sv.); il faut donc sans doute comprendre que les dames logent chacune dans une partie de la tour délimitée par ces pignons.. Si pensserent a ce qu’eles ameroient les les .ii. B chevaliers, mes pource que elles furent .iii. et il eulz X2 ne furent que .ii. si distrent que ja nulles d’elles ne giehiroit a l’autre lequel elle ameroit.

§705 [c]💬Pas de nouveau § BAinsi avint ce qu’il ne pot estre destourné par l’anemi, qui cuida par ce destruire les jouvenciaus par les jouvencelles. Lors demourerent tant chiez le princeMelchis que la novelle des des .ii. B chevaliers vint en Jherusalem, et tant cuit V3 G qu’il s’acointierent au royHainfroy. Et ceus qui aporterent la nouvele distrent que .ii. chevaliers erent venus en Antyoche qui erent li plus soufissant d’armes qui fussent en nulle terre. Quant li roysHainfroy oï ce, si demanda conment li chevalier avoient non estoient apelez B et dont il estoient né. Cil distrent leur non et dont il estoient. Li roisHainfroy, qui engrant fu des chevaliers avoir, manda en Antyoche parlement au princeMelchis et qu’il vouloit a eulz lui B parler aussi com cil ne seust riens d’eulz. Li princesMelchis de l’autre part p. li B remanda au royHainfroy B qu’il vouloit bien prendre p. le B parlement a lui. Si assemblent li royHainfroy et li princeMelchis en la cité de Rohais.

§706 Celydus et Dyanor demorerent en la cité d’Anthyoche, car li princesMelchis ne volt soufrir que il alassent avec lui. Et quant les dames desus dites le sorent, si pensserent que mal iroit leur afaires se elles il B ne pooient parler aus chevaliers. Et lors firent fere B X2 une lettre et l’enveloperent la geterent B X2 en .i. luiselet de soie retors en .i. vergierVerger, ou elles virent Celydus et Dyanor. 💬Le lieu seul de cette rencontre qui s’organise entre les trois dames et Celydus et Dyanor suffit à indiquer la dimension amoureuse des aventures qui s’y déroulent. Il s’agit en effet d’un locus amoenus typique dans la littérature médiévale. Il vindrent cele part et pristrent la lettre et trouverent ens B escript ce que vous pourrez savoir. La nuit vint X2 , et li dui damoisel cosins B firent tant X2 que il entrerent en ce B vergierVerger. Si ne demoura pas que les dames ne meissent leur compaingne en une cor[d]beille, puis l’ont avalee jus de la tourTour des Dames en tele maniere com B X2 il furent tout apresté, si qui B troverent que ce fu Fauque dame F. B , que Dyanor couvoitoit. Et ce il la vit volentiers, ce ne fait pas a demander. Entre Adont B A X2 Dyanor et la joenne dameFauque ce sont trait traistrent B a une part, si trouvons ou conte que moult anuia a Celydus ceste aventure. Mes il en vit Dyanor tel atourné que il ne li osa escondire a fere sa volenté. Et tandis com que B il menerent leur joie et leur volenté ensemble, Celydus se mist ou vergierVerger a cueillir roses et fleurs f. yndes et bloies B , et tant en cueilli que, quant il fu temps que il orent assez esté ensemble, que cele Fauque B X2 se remist arriere en sa la B X2 G corbeille et Celydus i mist tant de roses avec que ele fu toute plainne. Et celes qui furent en la tourTour des Dames amont G l’ont resachiee a eulz B amont X2 . Et quant ele fu amont, si en menerent grant joie ensemble, conme celes qui bien cuidierent cuidoient B recouvrer a leur volenté faire chascune a son tour sa fois B .

§707 Celydus, qui estoit mout sages, blasma Dyanor de ceste chose et dist que mout les metoit en grant aventure des cors et des ames armes B se il estoient aperceu.
« Cousins, ce dist fait G Dyanor, je n’en puis mes, car se on m’en deust pis fere que je n’en oy, si ne m’en fusse je pas tenus.
– Or ne vous aviengne plus ! »
dist il. Il respondi que non feroit il. Que vous diroie je de Dyanor ? Il se cuida garder de ceste chose, mes fenmes, qui du tout ne couvoitent pas la pais de chascun, ainz veult veulent B 💬Dans V3GX2, les verbes passent d’un accord au pluriel à un accord au singulier. Plutôt que d’y voir une erreur ou l’effacement de la marque du pluriel (cf. Note linguistique), nous comprenons que le narrateur propose un commentaire misogyne sur la femme en générale. acomplir sa lor B volenté, pour coi coi a B [e]l’autre nuit aprés la seconde des damesAlyennor se mist jus de la tourTour des Dames en tele maniere conme l’autreFauque avoit fet la nuit devant. Dyanor s’embla de Celydus et vint ou vergierVerger et trouva Alyennor, qui cuida trouver Celydus. Dyanor, qui pas ne fu a aprendre, escusa son cousin compaignon B Celydus et se contint vers cele en autele maniere conme il fist vers la premiereFauque la premiere. Que vous feroie je lonc conte V3 . Ausi conme Ce que B X2 il fist des .ii. pareillement G fist il de la tierce.

§708 💬Pas de nouveau § BAinsi se contint Dyanor tant qu’il fu aperceu de la guaiteGuetteur qui guaitoit par nuit chiez le princeMelchis, et tant que Dyanor il B l’ocist et le gita en une yaue parfonde. Et ne pot estre celé que l’en ne B s’ en B X2 aperceust de celui qui mors estoitGuetteur, que on ne sot qu’il fu devenus. Si en fu grant parole aval la meson. Mes de ce me couvient taire et venir a ce que li princesMelchis avoit une sereurAlerie, qui a celui temps estoit la plus requise de grans seingneurs que pucele de toute payennime, car tant estoit bele et gente g. et sage B que on ne trouvast sa pareille, et si n’avoit encore pas plus de . xv xvi B . ans. Si estoit a ce menee qu’ele avoit ja tant de sens en lui qu’ele estoit en sa loy une des plus sages pucelles d’ilec environ B , et avoit oï parler de ces .ii. chevaliers. Si fist tant que il vindrent devant lui a .i. chastel assez pres d’Antyoche ou ele sejournoit. Et quant ele les ot acointiez et lor nons demandez, si les prisa moult en son cuer, car connut en son cuer que B Celydus fu qui fu G sages et bien apenssez G , si li enquist de la loy crestienne. Cil, qui bien estoit endoctrinez, li respondi [f] si sagement que ele dit G :
« Celydus, je vueil de vous fere mon grant G amy. Et ne cuidiez G pas que ce soit G pour nul male volenté ne fors G pour nul male voleté ne V3 B l’amour de B X2 nulle male couvoitise que l’amour de G Jhesucrist ne soit la principal G . »

§709 💬Pas de nouveau § B et GQuant Celydus ot B X2 oÿ la pucele pule V3 Alerie ainsi parler, si ne fust mie si plus B X2 liez qu’i l’eust fet pour estre B X2 roy de Jherusalem. Lors se mist a jenous devant lui elle G et joint ses mains et et li V3 dist :
« Pucele, mes que ce soit voirs, j’en merci moult hautement Celui qui pour nous vous com pour moi B mourust en la crois B . Et vous doint perseverer en cest estat en tele maniere que Sainte Eglisse en puisse estre essauciee !
– Amis, dist elle, a mon pooir vostre requeste iert essauciee et B X2 asouvie G , mes il couvient ceste chose celer c. forment B jusqu’a tant que Nostre Sires nous donra maniere par quoi il en soit sera B autre chose faite.
– Damoisele, dist il Celidus B , je je ai entendu et B voi que vous estes sage, et G j’en feré serai B du tout en fait et en dit B a vostre volenté.
– Bien avez dit, dist ele. Mon frereMelchis si repairera de ce parlement, si savrons que il avra fet. Et selon ce G qu’i fera B X2 , je vous ferai savoir ma volenté. »
Ainsi prist Celydus congié a la puceleAlerie, qui avoit a non Alerie. En ceste acointance Ainsi G furent amdui li uns a l’autre G loyaus amans, dont il avint puis grant honneur a toute Sainte Eglise et a toute la contree de Jherusalem. Si me couvient ore atant G taire souffrir B X2 de la puceleAlerie et des .ii. chevaliers et venir au princeMelchis, dont li contes a ci devant conmencié a conter devantdit G .

[41] Ci devise conment le princeMelchis oï nouvelles de sa guaiteGuetteur, que Dyanor avoit ocis, et en fu mis en prison, et Celydus l’en delivra d. si comme s’ensuit G Comment li Ci vient li contes au X2 princes d’Antioche ala comment il ala X2 contre le roy de Jerusalem X2 au parlement parlement a Rohais X2 B X2 .

[34]

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Enluminure sur 1 colonne (a) et 15 UR. Dyanor mis en prison pour avoir tué le garde, délivré par Celydus.

§710 Or dist li contes ci endroit que, quant le princeMelchis ce fu partis d’Antyoche, que il ne fina d’errer si tant que il B fu a Rohais. Et l’endemain vint li rois de JherusalemHainfroy de l’autre part. Si avint ainsint que lor parlement ne se prist pas💬lor parlement ne se prist pas: Comprendre "la négociation ne se fit pas"., si qu’ il il ne B se departirent departissent B aineusement anuieusement B X2 G li uns de l’autre, par quoi li .i. desfia l’autre. Si s’en repaira le prince en AntyocheMelchis au plus tost que il pot. Si avint ainsi que li filz a la guaiteGuetteur vint a lui et li dist :
« Sire, malement va li affaires, car vostre gaiteGuetteur est perdue, et cuidons vraiement que uns de vos FrançoisDyanor l’ait occis pour aucune male volenté, car moult volentiers aloient joant aval avant V3 le cel B vergierVerger au de costé le B X2 pié de cele tourTour des Dames en regardant contremont d’eures en autres. Mes je ne sé pas por quoi ce fu, ou pour bien ou pour mal. »

§711 💬Pas de nouveau § BA cest mot fu li princesMelchis espris de jalousie, si vint en sa tour amont amour (sic) V3 Tour des Dames et trova les dames taintes et pales💬 taintes et pales: Le verbe taintes se comprend, dans son emploi intransitif, comme ’qui a changé de couleur, pâli, altéré dans son teint’ et redouble le sens de pales. Cf. DMF, sv. teindre. et leur demanda enquist B X2 conment [b]il leur estoit. Celles, qui bien furent apenssees de respondre B X2 , si ont li ont B X2 dist respondu B X2 :
«  Si Sire B X2 ne nous vous B doit il pas moult anuier de ce que vous avez tant demouré que n’eusmes puis recreacion de vous ne d’autres ?
– D’autres ? dist il. De qui avriez vous eu recreacion r. ? De mes François B X2 ?
De vous, sire B X2 . De vos François, sire, n’avons nous pas eu moult de recreacion que tant qu’il ont esté en ce vergierVerger ou il nous ont tramis des roses.
– Conment ! dist il. Et en quele maniere ? »
Lors li ont aportee la corbeille, mes il il li G ont avoient B osté la fort corde de soie par coi elles s’estoient avalees et i B avoient mise une plus B X2 foible corde qui en nule maniere ne peust avoir soustenu nules d’elles. Si li distrent :
«  Sire B , par ci avons nous eu des roses de ce B vergierVerger, et nous a a toutes semblé ensemble G que elles eussent moult perdu de leur coleur avant que elles venissent amont, si que ce est le plus bon exemple experiment B par quoi nous cuidons que vos vostre B François si soient de male nature. »

§712 💬Pas de nouveau § BAdonc ot le princeMelchis moult grant joie et se mist hors de la soupeçon ou cilz l’avoit mis, car, s’il eussent mostree eust trové B e. tro m. X2 la corde par ou elles estoient s’e. V3 X2 devalees, touz li mondes ne li feist mie croire que cil ne fust fussent B montez amont ou celles devalees G aval. 💬Nouveau § BDont fu li deables dolens que il ne pot trover art par quoi que B X2 il fussent destruit. Si penssa que en aucune maniere diroient les fames aucunes choses par quoi elles s’empescheroient. Et nonpourquant avint il que .i. peschierres trova la guaiteGuetteur en l’yaue ou Dya[c]nor l’avoit gité. Quant ce vit li princesMelchis, si fu moult courrouciez, car il ne le sot sus qui mettre, car que B il n’i ot nul qui li B seust a dire qui que nul B X2 le heist ne qui mal li vousist B X2 , et si estoit il tout pourfendu jusques ou pis. Or avint une B X2 avision B que li princesMelchis en fist d’une une B X2 chose qui li fu loee a fere, car il fu mis en .i. lieu secré, et fist on aler chascun de la mesniee meismes B la ou il estoit e. pour B X2 savoir s. mon (sic) V3 G se💬savoir se: Comprendre "pour savoir si". il seingneroit, mes il n’i ot nul pour qui il seingnast que pour Dyanor.

§713 💬Pas de nouveau § BQuant li princesMelchis vit ce, si dist :
« Conment ! Dyanor, pourcoi avez vous occis ma gaiteGuetteur ?
– Pource, sire, qu’il me desfendoit les roses a cueillir cueillir. - Queles roses, dist il, furent ce ? - Sire, dist il, ce furent des roses que je cueilli en cest vergier B X2 💬Remarquer la relativement longue variante de B, dont ne peut pas dériver celle de V3 GX2 par saut du même au même. por tramettre aus dames de vostre tourTour des Dames dedenz une corbeille que elles avaloient ou vergierVerger. »
💬Nouveau § BLi princesMelchis s’apenssa a ce que il pooit dire voir et de l’autre part mentir. Si dist :
«  Sire B vassal, si si il G vous est moult mal avenu de ce que vous onques l’occeistes sanz autre courpe, car je ne puis pas veoir legierement que il ait esté occis pour ceste tele B reson que com B vous m’avez ci dite. »
Et lors fu pris Dyanor et mis em prison.

§714 💬Pas de nouveau § BCelydus, quant il vit ce, si ne sot que faire, car il savoit bien que, se G li princesMelchis savoit la verité, que donc seroient il destruit. Si s’apenssa que il couvenoit painne mettre a ce qu’il peust plaire au princeMelchis. Lors vint a lui et li dist :
« Sire, mal nous est avenu de vostre guaite guerre X2 Guetteur, qui nous a mis en tel dangier conme nous sonmes pour pou d’achoison !
– Vassal, dist li princes il B Melchis, riens B X2 [d]ne vous vaut, car que B autrement est alez li affaires que vous ne me dites. Si ne cuidiez pas que je autre chose n’en sache avant que il m’eschape.
– Sire, dist il, vous poez de nous fere vostre volenté, conme cilz qui bien en y B X2 a le B pooir.
– Je n’en ferai riens B X2 , dist li sires princes B X2 Melchis, fors que B X2 toute raison. »

§715 💬Pas de nouveau § B Endementres En ce B X2 qu’il parloient ainsi, estes vous .i. mesage qui vint de son chastel prevost B Dyerlo – c’estoit .i. chastel qui marchissoit en la terre au roy de JherusalemHainfroy -, et li aportoit cist c. de G nouvelles que li roysHainfroy avoit fet siege devant cest chastelDyerlo B et fait grant donmage a merveilles entour. Quant li princesMelchis oï ce, si fu a merveilles merveilleusement B moult courrouciez et esmeus en ire. Lors conmanda a a plusors a B 💬Possible saut du même au même non erroné de V3GX2 sur a. envoier querre gens pour fere secors au chastelDyerlo. Endementres En ce B vint Celydus au princeMelchis et li dist :
« Sire, se il vous plaisoit que l’amende de vostre guaiteGuetteur peust estre restoree par ce que nous vous aiderions a avoir vostre reson du royHainfroy, et nous nous em penerons penerions B X2 .
– Et conment, dist li princesMelchis, m’i pourroie je fier ?
– Sire, dist il, le dangier ou mon cousinDyanor est entrez aussi conme par mescheance nous mainne a ce que nous facions façons B X2 ceste chose.
– Voire, dist le princeMelchis, se il vous plaisoit a faire B X2 .
– Par foi, dist Celydus, voirement nous pleroit il avant a faire que nous feissions pis. »
Que vous diroie je plus lonc conte p. B G ? Ainsi fu que li princesMelchis se fia en Celydus et en Dyanor et leur charga .vc. Sarrazins; et il meismes d’autre part en ot .x. mille. Si se mistrent a chevauchier devers le chas[e]tel devant nonméDyerlo. Novelles vindrent en l’ost le royHainfroy que li princesMelchis venoit pour li lever du siege. Lors s’appareillierent de eulz armer, et ne demoura pas moult qu’il n’asemblassent ensemble a moult grant effort.

§716 Celydus, qui pas ne volt lessier que il ne tenist son couvent, conduit sa gent d’une part pour miex soi fere connoistre, si que li princesMelchis seust qu’il feist d’armes pour la seue amour. Si vint Dyanor a lui et li dist :
« Conment, sire ! Nous estuet il fere contre nostre G loy chose qui moult nous est descouvenable ?
Dyanor, dist d. il B X2 , contre ce ne poons nous aler se nous ne voulons fausser nostre couvenant.
– Par mon chief, dist Dyanor, ja n’avendra a faire pour tel affaire B X2 que nous B soions contre nostre loy V3 se vous me voulez croire.
– Ja par Dieu, dist Celydus, ne m’avendra que je fausse le mon B couvennant que j’ai fet B pour donmage que je y voie que je ne ne le B doie restorer en autre maniere. »
Quant Dyanor oï ce, si ne dit mot, ainz tourna le destrier cele part ou il choisi la greingneur presse. Si ne cuidiez pas selonc ce que l’estoire le devise que tant ne feist a l’aide de ceus qui alerent aprés que par force trespassa les rens de batailles a nos crestiens💬nos crestiens: Le narrateur s’implique de manière inhabituelle, en faisant sien le camp des chrétiens, et infra. Cf. aussi n. au §360. et assembla au roy desus nonméHainfroy. Celydus ne volt pas lessier seul son cousinDyanor couvenir, ainz s’en B X2 tourna aprés lui, et tuit cil de sa partie. Qui donc veist conment li dui chevalier se contindrent en la bataille, des autres eust G lessié le regart et le resort, car il se pristrent si aigrement [f]a nostre gent que mal de celi qui desfensse meist en lui qu’il ne couvenist reculer le nostre B royHainfroy et sa nostre B gent, si que tel cuer et tele si grant B force donnerent aus Sarrazins qu’il ocistrent tant des nos que li remanans se mist a la voie. Et trouvons en la fin que li roysHainfroy eust esté detenu se Dyanor n’eust esté, qui pas ne s’en se G mist volt metre B en painne.

§717 💬Pas de nouveau § GLi princesMelchis, qui ceste besongne vit et sot, vint aus .ii. cousins et leur dist :
« Biaus seingneurs, j’ai eu victoire par vostre esfort. Et li guerredons la guerre B est moult grant qui a rendre vous en est.
– Sire, ce dist Celydus, 'em pou de donmage gist a la fois grant conquest'. 💬 em pou... conquest: Expression sentencieuse inconnue des répertoires.Et en celui conquest parfaite confusion i B puet on B avoir. »
Ore dist li princesMelchis :
« Il n’est pas poins que vous m’en diez ore la reson. Mes or nous en retraions, et puis si parlerons parlez B parlons X2 ensemble d’autre chose d’el B X2 . »

§718 💬Pas de nouveau § BAtant se retraitrent li Sarrazin, et li princeMelchis se mist ou chastelDyerlo, o lui ses les B X2 .ii. cousins et plusseurs autres barons. Quant touz furent desarmez, si en i ot de bleciez et de navrez, et meismement Celydus et Dyanor le furent si conme cil qui pas n’avoient esté oisseus touz .ii. B X2 , selonc ce que j’ai fet mencion. Li mire, qui pas ne furent a aprendre, les mistrent en tel point que il furent mis B X2 a couvenable garison. Quant il furent a lor volenté et il furent emparlez orent parlé B X2 parlerent G de plusseurs aventures, si mist li princesMelchis Celydus a reson et dist :
« Vassal, or est il poins que vous me dites en quele maniere ne pourquoi vous me deistes au departir de la ba[35]taille qu’en pou de donmage jesoit a la fois grant conquest et en celui conquest parfaite confusion.
– Sire, dist il, je le pooie dire par plusieurs raisons, et vous en dirai mon avis. Nous sonmes entrez en vostre dangier pour acomplir la volenté d’aucunes G de vos fenmes, lesqueles mistrent en volenté a mon cousin V3 G qu’il💬mistrent... qu’il: Nous intervenons d’après BX2 en ajoutant le complément prépositionnel a mon cousin , sans quoi le pronom il, commun à toute la tradition, ne se comprend pas. occeist un musart a pou de donmage, pour lequel nous vous avons aidié a sormonter le nostre B X2 roi de JherusalemHainfroy. Et de ceste victoire qui a conquest vous ›n‹[v]ous V3 tourne doit estre tournee d’autre part a parfaite confusion.
– Ha ! Celydus, biau sire, ce ne voi je pas que il n’ait reson en ce que vous avez dit. Mes ce ne me doit pas tourner a donmage ne a confusion se je pooie trouver maniere par quoi je vous peusse tourner G a mon confort et en m’aide, en maniere que vous o moi vousissiez demourer, et je vous ferai seigneur de moi et de toute la princee d’Antyoche.
– Sire, dist il, la vostre grant mercis. Mes ne cuidiez pas que, pour estre prince sire B X2 de toute paiennime, je ne seroie serai B demain contre nostre gent, aussi conme je fui hier, et je n’en deusse fere l’amende. »
Li princesMelchis, qui moult iert preudoms en sa loy, penssa que cil n’iert pas en volenté de demourer en lui tant qu’il com il B en peust partir. De l’autre part, il se penssa que, se crestien l’avoient par devers eulz, que moult li pourroient fere de donmage. Si penssa une chose qui bele fu, en ce que il le detint en tele maniere conme je vous dirai.

§719 Celydus, qui sages et apensez estoit, vint v. en cest afaire B au princeMelchis et li dist :
« Sire, la renonmee et le sens dont j’avoie oï parler de vous me fist venir en vostre presence par si que mon cousinDyanor et moi je B X2 avons esté detenu par devers vous. Or en B soit ainsi conme il plaira a Nostre Seingneur que vous aiez em partie fet la B vostre volenté, que vostre [b]courtoisie s’estende a ce que nous puissions aler la ou nous avons voué et G promis.
Celydus, chier biaus ch. B sire, vostre requeste ne quier je pas refuser. Mes de ce ne me porroie je pas apaisier que vous partissiez de moi fors sain et sauf et entier, pour coi il vous couvient entendre a garir, et puis pourrez aler irez G quel part il vous plaira. »

§720 💬Pas de nouveau § B Que vous diroie je G ? Ainsi demoura ala que couvint sejorner demourer X2 B X2 Celydus et Dyanor les .ii. cousins B X2 avec le princeMelchis, quil ne faisoit que pensser en quele maniere il peust ceus prendre par quoi il demourassent avec lui et n’alassent en Jherusalem. Si avint .i. jour, ainsi conme aventure l’aporte a. B X2 , que li princesMelchis manda sa suerAlerie, de qui je ai fet devant mencion, qu’ele ne lessast pour nule riens qu’ele ne venist en Antyoche le plus honorablement de dames et de damoiselles que ele pourroit. La puceleAlerie, qui bien avoit oï et entendu conment son frereMelchis avoit mis arriere le roy de JherusalemHainfroy par la proesce de Celydus et de Dyanor son cousin B X2 , ele B X2 entendi au mant que son frereMelchis li avoit fait💬ele entendi... fait: Comprendre "elle comprit la demande que son frère lui avait faite".. Et que fist elle ? Elle fist maintenant son atrait et se mist dedenz .iii. jour a la voie, et ot avec lui toute la fleur de la biauté des dames et des pucelles du païs. Et quant ce sot li princesMelchis, si fu moult esmeus de joie fere, conme cilz qui grant los avoient conquis en ce qu’il avoit levé le roy de JherusalemHainfroy du siege.

§721 Nouvelles vindrent en Antyoche que la pucelleAlerie venoit. Li princesMelchis avoit fet crier parmi la villeAntyoche qu’il n’i eust honme qui a cheval peust monter quil n’isist aus chans en aucuns acesmemens encontre sa la B suerAlerie, qui n’avoit esté en la villeAntyoche grant temps avoit. Adonc n’i ot nul qui cheval eust qui n’ait fet son pooir de joie fere. Et mistrent Sarrazin tel painne a ce [c]que on parlast d’eulz de joie faire que il en durent estre a touzjours grevé, si conme de richesces et de nobles paremens. Celydus, de qui je tieng mon conte G , 💬de qui je tieng mon conte: L’affirmation du narrateur, de l’ordre du topos, d’avoir reçu l’information de première main par Célidus lui-même, est omise dans G, peut-être pour rendre le texte plus crédible. ne se mist pas en oubli, entre lui et son compaingnonDyanor, car il estoient montez B es chevaus couvers de paremens a la guise françoise. Si ne furent onques .ii. chevaliers acesmez si tres noblement conme il furent. Et sachiez que li princesMelchis l’avoit fet faire pour plaire a touz, et meismement pour sa sereurAlerie mettre en voie de conjoïr le les B X2 ainsi com ele fist, a. B conme vous le B pourrez oïr ou conte.

§722 💬Pas de nouveau § BEn ce que li baron d’Antyoche vindrent encontre la pucelleAlerie, elle vit que touz se penerent de li fere honneur, car si merveilleusement se penerent en leur guise de fere divers esbatemens qu’il ne fust nulz quil n’en deust avoir grant joie. Et meismement la pucelleAlerie avoit grant merveille de son frereMelchis, qui tel chose joie G avoit emprise pour lui conjoïr. Si cuida vraiement que il le feist pour lui decevoir et pour lui donner a B aucun prince de qui il eust confort et aide pour destruire et mettre au desous le royaume de Jherusalem. Si s’aficha en lui meismes que pou li valut valoit B X2 a fere f. ceste B X2 feste et que car B ja jour de sa vie n’avroit honme a seingneur se il n’estoit honme de la loy crestienne et de tres grant valeur. En ceste penssee ou elle estoit vint li princesMelchis a son encontre, et li dui cousins, li uns d’une part et l’autre d’autre, si l’ont moult gentement saluee. Elle choisi Celydus en ces acesmemens françois, si se dreça en son estant et dist :
« Encore puisse je veoir en joie et en grant honneur tant de valeur et de confort conme mon frereMelchis a eu en victoire, si conme j’ai entendu oÿ G envers le roy de JherusalemHainfroy. »

§723 [d]Quant ce entendi li princesMelchis, si ot moult grant joie et s’aclina vers lui et dist :
«  Tres Ha ! t. B X2 chiere suer, or voi je bien que li vostre Dieu a seurmonté la loy aus François en ce que je vous dirai. Car pour cestui atraire et lui honnorer a faire vostre volenté vous ai je mandee en tele maniere que j’ai fait issir contre vous touz ceus de la cité d’Antyoche et pour vous moustrer cestui ou il a plus de valeur et de proesce que en nul qui aujourd’ui vive soit en vie B . »
Quant la puceleAlerie oï ce entendi ce et l’oÿ B , si ot moult grant joie et loa Jhesucrist en son cuer et sot bien que tout ce estoit miracle de Dieu que tout ce avenoit, car or vit elle bien qu’ele pourroit venir a tout ce que ele couvoitoit et dist :
« Vous estes bien apensez de tout ce que vous avez a ffaire, et bien me plaist ore tout ce que vous en avez fait dit B , mes que vous me lessiez des ore en avant couvenir.
Ne N’en B X2 doutez ja, dit il, que autrement sai je bien que la terre d’Antyoche seroit perdue se il nous eschapoient. »

§724 💬Pas de nouveau § B Li princesMelchis Atant ont laissie ester. Et li p. B vint aus .ii. chevaliers et leur dist en grant signe d’amour :
« Par foy, biaus seingneurs, je vueil bien que vous sachiez que c’est ici ma suerAlerie que vous avez veue, que on tient a la plus sage s. que X2 fenme B qui soit en la Superiour Galille. Et se elle n’est bele et franche, dont n’en sé je nule, et vraiement que B X2 je veil que vous sachiez que pour l’amour que j’ai en vous et pour vous plus honnorer ai je fet ceste chose que vous poez ci G veoir. Si vous vodroie prier en aucune maniere que vous vousissiez honnorer la puceleAlerie, qui bien le vaut, et pour vous, de l’autre part, faire miex connoistre. »

§725 Celydus, qui moult fu joiant de ceste requeste, dist :
« Biau sire, ne cuidiez mie que, en toutes [e]les manieres que nous pourrions fere chose qui peust plaire a la puceleAlerie, qui tant a de valeur en soi selonc Nature, qui son pooir a fet de lui ordener de ce que elle a grace de biauté et de sens selonc l’avis de ceus qui la connoissent, que nous n. ne B ferions feissons B volentiers chose qui a son B gré li venist. »
Lors vint li princesMelchis a lui et li dist :
«  Ma B X2 suer, ne vous plairoit pas chose que li François feist feissent B qui vous venist a gré ?
– Frere, dist ele, je ne voi ore pas qu’il en B soit mestiers selonc ce que j’ai entendu qu’il ont esté navrez n. et blecié B en la bataille que vous avez eue. Et d’autre part, nul jeu ne nul esbatement si ne vaut riens a ce que il sont crestien. Et d’autre part B , nostre gent g. sarrazin B si ne pourroient pourroit B tourner a amor et a joie les uns contre les autres.
– Ha ! suer, dist il, voirement ne puet li cuers, qui bien n’est a lui dire sens qu’il n’i ait aucun aucunes V3 regart de folie. Sachiez que encore ne sont il pas bien gari de la bataille, mes il ne m’en souvenoit. Et nonporquant les ai je tenus pource que je ne vouloie pas qu’il se departisissent de moi fors que sain et sauf et entier. Et pour ce vous ai je B mandee m. avant B , que je vueil que vous les m’aidiez a detenir.
– A ce m’acorde je bien, dit elle. Mes je vueil que vous les me💬Datif éthique, qui marque l’intérêt, cf. Ménard, §126b, rem. faciez venir touz .ii.. »
Et il si fist. Et lors s’enclina la puceleAlerie devers Celydus, qui moult mist grant entende a d’oÿr B X2 ce que elle diroit voloit dire B , et elle li B dist :
« Biau sire Celydus, grans mercis V3 G quant pour l’amour de moi vous et vostre cousinDyanor voulez fere chose qui me tourt a joie j. et a honneur B , mais sachiez de voir que oncore en aucun temps en meilleur point et quant greigneur mestier en sera B me feré vous chose dont il me sera plus grant mestier et B pourfit. »

§726 Quant Celydus ot ce, si li plut moult ceste parolle et dist :
« Damoiselle, se Dieu me doint d. ja B X2 bonne aventure et B X2 tant d’eur que je peusse pour vous fere chose qui vous [f]tournast au salu de l’ame, moult en seroie desirrans et en vendroie plus seurement a ma fin. »
Ceste Veez ci une B chose ch. qui B tourna moult a pris et en honneur a celui qui ne chaçoit se l’onneur non de Dieu, car il avint que la puceleAlerie, qui ert entree en la voie que ele peust venir a parfaite honneur, que elle💬 que la pucele... que elle: Il faut considérer que que elle répète que la pucele après la proposition incidente, sans quoi la phrase ne se construit pas, cf. aussi n. ci-dessous. et celui dont j’ai desus parlé firent V3 G tant qu’il sans faille B vindrent v. arriere B en la citéAntyoche💬À moins que X2 ne transmette la leçon héréditaire, il semble y avoir eu un problème en amont (peut-être la répétition de la conjonction et du sujet, cf. n. ci-dessus): B donne sans faille, mais la phrase ne se construit pas; X2 donne, seul, le verbe firent, sans quoi il manque un verbe à la phrase principale. Nous suivons la leçon de X2, qui permet de sauver la syntaxe.. Quant la puceleAlerie fu de son char descendue, si ne volt onques souffrir que son frereMelchis ne autre la destrassent fors Celydus et Dyanor, qui en furent fu G moult esgardé pour leurs nobles contenances, et meismement la puceleAlerie, qui bien se contint a loy de fenme, qui bien sembloit qu’ele se meist en painne d’aprendre les a faire sa volenté, et il d’autre part se remetoient en paine V3 G X2 qu’ele leur pleust plaisoit B . Et estoit avis a chascun de ceus qui les esgardoient que leur Dieu eust fet ses .ii. personnes pour touz eulz aourer. Si n’i ot nul qui bien ne se paiast de ceste chose, et ot chascun la penssé au princeMelchis, de coi li contes est assez plus biaus. Si vueil a ce venir que li dui chevalier enmenerent ainsi la puceleAlerie en la plus haute chambre du palais, qui moult estoit noble et bien atournez car li princes l’avoit a merveilles hautement fait amender B X2 .

§727 Les .iii. dames G de la tourTour des Dames, dont j’ai desus fet mencion, pour plus honnorer la pucelleAlerie vindrent en grans acesmemens contre lui. Et quant elles ont choisi les .ii. chevaliers aprés si furent moult esbahies, et nonpourquant saluerent eles mout gentement la pucele et tout aussi les .ii. cousins chevaliers aprés X2 B X2 , et eulz d’autre part ne se maintindrent pas nicement - car il reconnurent les dames, si que il firent grant joie que qui B pas ne le vodrent lessier pour le princeMelchis, qui fu pres d’eulz, qu’il ne s’en se B tenist pas mal a paié pource qu’il ne firent pas les mesconneus pour nule male soupecon G .

§728 💬Pas de nouveau § BLa pucele Alerie, qui moult estoit bien aprise apensee G , se prist garde de ce que li dui chevalier connurent les dames. Lors trait a une part Celydus et li dist :
« Conment, chevalier sire ch. B ! [36]Connoissiez vous le grant tresor de mon chier frere le princeMelchis ?
– Damoiselle, dist il, or sachiez que je n’ai pas mis moult grant painne en elles connoistre, mes autres fois les avons nous veues. Si nous en couvient contenir a la guise du païs.
– Par mon chief, dist elle, je ne cuidoie mie que vous feusiez si creables !
– Damoiselle, dist il, si sonmes encore plus.
– Je ne le cuidoie pas, dist elle, a ce que je ai veu a telle y a💬a telle y a: Comprendre "chez certaines"..
– Conment ! dist il. A quoi est ce ?
– Je le sé bien, dist elle. Mais je ne vous en B vueil ore pas ci fere conte : assez ai a parler d’autre chose. »
Lors fu heure que l’en se deust asseoir au disner, et fu l’yaue cornee. Li baron et la pucelle meismesAlerie et tout li autre cil qui durent mengier B G se sont assis s’assistrent a la table G et mengierent G a la guise du paÿs si ordeneement conme merveilles G . Aprés mengier se mistrent ensemble les puceles li princes B et li li autre X2 baron pour parler de plusseurs choses. Si avint que li baron d’Antyoche se mistrent traistrent B X2 d’une part et conmencierent une raison a mettre B avant💬conmencierent... avant: Sur l’ordre des mots dans les propositions infinitives, cf. Note linguistique., car li plusseur distrent que li roys de JherusalemHainfroy estoit moult au desous de sa force de ce que il avoit perdu moult de ses mieudres chevaliers, et il meismes estoit navrez en tele maniere que il l’en B cuidoient cuidoit B vraiement que il deust morir et que bonne chose seroit que on alast sus lui tandis conme il estoit en povre point si bas G .

§729 💬Pas de nouveau § B Endementres En ce B X2 qu’il estoient en ceste matire, la pucelleAlerie tenoit Celydus a conseil et desfesoit bien ce que son frereMelchis et li autre faisoient cuidoient faire B , et vous dirai conment. 💬Nouveau § BCelydus, qui estoit moult sages de la loy Jhesucrist, avoit a ce mis la pucelleAlerie que l’amour Jhesucrist estoit s’e. B conjointe en l’amour humaine huaine V3 , et non pas que ce fust en pour B X2 nul mauvés B X2 vice ne B X2 vilain que li uns uns d’euls B ne li autres vousist acomplir chose qui tournast a nul conchiement [b] d’ame de dame G 💬La leçon de G dénote peut-être une mécompréhension ou une sortie de la dimension morale chrétienne qui émerge des échanges de Celydus et Alerie.. La pucelleAlerie tenoit Celydus en ce que il disoit :
« Tres chiere damoiselle, ne cuidiez pas que la vostre grant valeur, qui a ce ataint, me fet en vous connoistre parfaite honneur de science, grace de biauté b. de valeur G , valeur de franchise, permenableté permenable V3 G X2 💬En plus de gâter le sens, l’erreur de V3 GX2, qui pourrait dériver d’une haplographie, rompt avec la structure anaphorique subst. + de + subst. de ferme creance et fin desirrier de perseverer en toutes bonnes B vertus ?
– Ha ! Celydus, biau dous amis, ne q ne V3 cuidiez pas que je ne covoite moult l’eure que je vous puisse tenir en lieu ou conscience me reprengne de ce que j’ai tant atendu de moi mettre a fere ce qui tournast a au profit de B ferme creance et que je G puisse fere encore conscience et B penitance qui me tournast au proufist de de l’ame et de G salut. »

§730 💬Pas de nouveau § B
– Or regardons donc, dist elle, maniere G conment nous en puissons mieux a chief venir, car voirs est que mon frere le princeMelchis cuide vraiement - et pour ce m’a il mal G envoie querre B -, que ci endroit que B X2 je vous mette a ce que pour l’amour de moi doiez o lui demourer, et encore plus, que il s’acorderoit a ce volentiers que vous me preissiez eussiés B X2 a fenme avant que que vous B de lui departissiez.
– En non Dieu, dist Celidus, et j’en loe et regraci le Benoit Filz de Dieu quant j’ai de lui tele grace que je en sui a ce venus ! »

§731 💬Pas de nouveau § B
– En non Dieu, dist il, je le l’ai B la X2 pensse bien fere B X2 selonc ce que j’ai entendu de vous. Il couvient que nous faingnons nostre volenté a ce que nous puissons venir a chief [c]de ce que nous voulons fere. Je vous mousterrai grant signe d’amour et vueil que li princesMelchis sache que il ne soit riens que vous conmandez sus moi que je ne n’en B soie appareilliez du faire, pour quoi vous v. li B X2 pouez porrez B X2 dire que je o vous m’en en B X2 irai de quele heure que vous vous B en ailliez. Et quant vous m’avrez pris ainsi conme a vostre loy, si me porrez conmander vostre bonne volenté. Aprés si querrons et lieu et maniere de faire nostre vostre B volenté.
– Ainsi l’otroie je », dist la puceleAlerie.

§732 Ainsi com En ce que B X2 il avoient ont G li uns et li autres G devisié, Dyanor si avoit bien eu son temps, car les B .iii. dames qui orent bien lesir de dire ce que il leur plaisoit, pour quoi il n’i ot nule quil ne li deist en l’oreille :
« Sire, je sui ençainte de vous. Et bien sachiez que, de quele heure que nous departirons vous partirez B X2 de vous et vous vous en voudrez aler au gré de B X2 mon seingneurMelchis, sachiez B X2 que nous irons aprés vous en quel lieu que nous vous sachions sachons B X2 .
– En non Dieu, dist il, ce me plera plaist B moult bien, mes que vous le puissiez fere sanz moi vous B X2 grever.
– Oïl, distrent elles, mes que vous nous diez dites nous B X2 en quel lieu vous irez quant vous departirez de ci.
– En Jherusalem, dit il, nous couvient traire avant que nous partons de ceste terre G . »

§733 💬Pas de nouveau § BAtant c’est li princesMelchis embatus es en lor B parolles des .iii. dames et de Dyanor B , qui dist aussi com par jalousie :
« Dyanor, je vueil que vous v. me B X2 dites de quoi vous parliez quant je m’embati sus vous V3 .
– Sire, dist il, ce estoit de vostre guaiteGuetteur, qui me ledenga de ce que je cueilli les rouges B roses du rosier vergier B sanz son vostre B G congié.
– Amis, dist il, or ne vous en B chaut, car il a chier comparé et nous en avons eu riche marchié ! »
Aprés En B ce revint li princesMelchis a Celydus et a sa sereurAlerie, et il se drecierent contre lui, et il dist :
« Or voi je bien que ma suerAlerie voudroit avoir .i. tel chevalier [d]de mesniee.
– En non Dieu, frere, si l’avrai, se il veult et vous aussit💬Restitution incohérente de la consonne finale, cf. Note linguistique..
– En moi, dist li princesMelchis, ne demourra il pas.
– Non fera il en moi, ce dist Celidus ».

§734
« Par mon chief, dist Celydus, bien va li affaires et hautement, et j’en doi bien loer Celui qui tous nous fist a S’ymage. »
Moult ont parlé et avant et arriere, mes en la fin prist B le princeMelchis la puceleAlerie et la B mist a conseil et dist :
« Ma tres chiere suer, je me fie moult en vous, car ces .ii. François vous ai mis en main pour ce que je vous ai dit.
– Frere, dist elle, ce est si grant chose d’eulz. Ce Ce me semble qu’il B m’est avis que trop avroit a faire qui de leur propre volenté les voudroit jeter, pour quoi il me semble que ce seroit bon bon que ce seroit bon X2 que vous lor donnissiez franchement congié d’aler en quel lieu que il voudront lor pleroit B X2 , et vous dirai pourquoi. Il est voir que mon cuer s’adonne a ce que que il m’est avis que B X2 , se moi je B X2 et Celydus feussions tout d’une creance, que nous serions moult tost acordé li uns a l’autre. Et pource que li homs et la fame si ont naturel entendement de couvoitier ce qu’il ne pueent pas avoir legierement m’est il avis que, se li uns uns de nous B se departoit d. ja B de l’autre, que em brief terme seroient moult engrant l’un de l’autre veoir son pareil. Et pource que Reson demande toute ordenance de ceste honnesté de chose honneste B G ai je esperance que Celydus revendroit vers moi au plus tost que il pourroit selonc le semblant que il me moustre et je a lui. Et vez ci la raison pour quoi je voudroie miex que nous peussions p. miex B X2 a ce venir que nous couvoitons.
– Par mon chief, dist li princesMelchis, et je l’otroi ainsi, car moult y a belle raison et bonne, mes que vous vueilliez venir a ce que mon cuer desirre.
– Ja Dieu, dist elle, ne place, Qui tout fourma, que pour amor que je puisse avoir en vous ne envers lui puisse fausser Celui envers [e]Qui je me sui vouee et promise💬Ja Dieu...promise: Il semble y avoir une conjonction entre l’amour de Dieu et l’amour de Celydus dans le discours d’Alerie qui atteste ainsi tout à la fois la force de son amour et sa vertu..
– Je ne le voudroie pas », dist li princesMelchis, qui n’entendoit pas a ce qu’ell💬La chute de -e, que l’on rencontre ailleurs (cf. Note linguistique), a sans doute été favorisée par la succession elle entendoit entendoit.

§735 Ainsi fu la chose prise en tele maniere B X2 entre le princeMelchis et la puceleAlerie. Et aprés ce revindrent ensemble la puceleAlerie et Celidus, et li dist la damoiselleAlerie qu’ele avoit ainsi dist a son frereMelchis f., com vous avez oÿ B X2 . Celydus Cele B respondi :
« Ha ! conme ce est une voie, tres douce amie, par quoi li royaumes de Jherusalem pourroit estre essauciez !
– Ce sai je bien, dist elle. Et pour ce vueil je que ce soit au plus tost que on pourra. »
Lors dist Celydus :
«  De que de B quele heure que vous departiez departez B X2 departirez G de ci voudrai je prendre congié d’aler en Jherusalem, et aprés ferai tant que je reviengne veoir le princeMelchis le prince et vous B X2 a plus d’ amis anemis B X2 et a mains d’ anemis amis B X2 . Se vous vous et lui B X2 ainsi ne voulez croire mon conseil, je feré du miex que je pourré B X2 . »
Adonc estoient cil dui amant en tel lieu que la puceleAlerie li mist ses bras au col et l’eust, ce cuit, baisié se elle ne l’eust lessié pour .ii. choses : l’une fu pource que confusion de de ce que B fenme ne doit pas estre si habandonnee, et l’autre pource que elle n’estoit pas encore baptiziee en humanité, tout le feust ele esperituelment. Si dist :
« Dous amis, et je vous otroi par ceste couvenance mon cuer et toute ma penssee, car ce sera miex que se je m’en aloie avec vous ausi conme en larrecin a larron. - Et je l’aime assez miex, dist il, donques B a larron X2 . »

§736 Moult parlerent longuement G ensemble entre G Celydus et la puceleAlerie. Aprés ce demoura la pucelleAlerie en Antyoche .iii. jours et puis prist congié au princeMelchis et aus .ii. cousins et s’en ala de la ou ele estoit venue. Celydus demoura avec le princeMelchis tant que il fu touz garis, puis s’en vint a lui et li dist :
« Sire, a vostre congié nous couvient paier nostre veu, ainsi conme il est a faire a tote maniere de gent. »
Quant li princesMelchis oï ce, si respondi moult debonere[f]ment et dist :
« Celydus, biau sire, quant il ne vous plera plus a demourer avec moi, vous irez quel part que il vous plaira. Et sachiez que, se je ne cuidoie que vous prochainnement ne deussiez revenir repairier B , que moult a envis vous lerai de moi departir.
Sire S., ce dist il B X2 , ne cuidiez pas que je feusse si engrans de la departie d. de vous G se je n’eusse vraie esperance de retourner en cest païs ou je lessié mon cuer et toute ma penssee. »
Et quant B li princesMelchis entendi ceste parolle de Celydus de ceste chose B , sachiez que mout en B ot grant joie et li B dist :
« Biau sire Celydus, moult dist li princesMelchis, m. V3 X2 vous devez ore prisier et amer, car que B je sé bien que d’autrui l’estes vous, dont je ne vueil pas tenir conte devant ce que je verrai que vous ferez. »

§737 💬Pas de nouveau § BAtant ont leurs parolles a ce menees que Celydus atourna atira G son affaire, et prist congié, il et Dyanor, et orent sauf conduit du princeMelchis parmi la terre des Sarrazins jusques a tant que il vindrent furent X2 B en la terre des Crestiens. Si me vueil ore atant G taire d’eulz et vueil G venir a Pelyarmenus, dont li contes fet ici ci endroit B X2 mencyon dessus dit G .

[42] Ci devise li contes G conment Pelyarmenus tint l’empire de Rome aprés la mort de Fastidorus son frere pource qu’il n’estoit demouré nul hoir de lui, et devise G conment Pelyarmenus ala veoir Helcanus et Dorus son frere en leur paÿs G Ci vient li contes a Peliarmenus, nouvel empereour de Romme B Ci se taist li contes de Celydus et parole de Pelyarmenus X2 .

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Enluminure sur 1 colonne (f) et 14 UR. Pelyarmenus, empereur de Rome, voyage couronné à cheval suivi de trois personnages vers Constantinople pour voir Helcanus et Dorus.

§738 [37]Ci endroit dist repaire B X2 li contes, ainsi com vous avez devant oÿ, si conme que B X2 il plut a Nostre Seingneur, que 'li preudonme vont plus tost a la fois a la mort que ne font cil de qui on ce soufferroit moult volentiers bien B '💬 li preudonme... volentiers: Expression sentencieuse inconnue des répertoires., tout aussi conme je vous B ai conté de Fastidorus, qui assez tost morut. Aprés ce que li bons emperieresCassidorus ce💬Comprendre ce = se. fu hors mis de son empire, Pelyarmenus, ainsi conme je vous ai conmencié commençai B X2 a dire, vint a l’empire pource que Fastidorus n’avoit nul hoir de sa char. Cilz, qui n’estoit pas de mal vuidiez, penssa a la male racine dont onques o. il B ne se volt pot ou ne v. B retraire, 💬Comme toujours, la narration est explicite quant à la vilennie de Pelyarmenus, lui qui est plein de mal et dédie même ses réflexions à ce qui est présenté comme sa mauvaise racine. Sa mauvaiseté, répétée, se fait ainsi proprement organique. dont il avint que, dedenz le moys, qu’il il B fu asseurez de ses B barons de l’empire et osta tous ceus que il avoit trouvez en office, et il y B X2 mist autres tieux conme il cuida qu’il fussent miex ne m. V3 a son acort tort soutenir G . Et qu’en avint ? Si li empires empereres V3 G X2 fu a ce menez que touz les baillifs, en quele maniere qu’il peussent porent B avoir deniers, fust a tort, fust ou B X2 a droit, si ils G aportoient tout au tresor l’empereeurPelyarmenus. Vez ici empire malmené, car nul ne ne se B pooit marcheander ne B chevir ch. dedens Romme B de loial marcheandise ne de loyal aquest, si que barat et tricherie fu partout ci au desus que droiture et loiauté aloient mendiant tout aussi conme elle fet maintenant en aucun lieu que je bien diroie, et tout par defaute de bon seingneur et de ses mauvés menistres B 💬tout aussi... menistres: Remarquer l’analogie que le narrateur met en évidence avec la situation politique de son temps.. Et pource que chascun ch. preudoms B X2 puet bien savoir se je di verité m’en vueil je je maintenant G taire atant.

§739 💬Pas de nouveau § BLors avint en celui termine a Rome que aus preudonmes anciens G et aus dames de bone vie et aus pucelles de valeur, qui cure n’avoient de vilonnie, li jovencel, qui de naturel entendement se devoient mettre au bien fere, et li mal ordenez qui ne chaçoient fors hustin et laidir ceus dont j’ai dessus [b]dit et se prenoient a eulz pour avoir💬Une main postérieure ajoute dans la marge de tête de V3 la mention Et se prenoient a eulx pour, qui reprend textuellement une portion déjà copiée. Une autre mention est également effacée, dont les premiers mots semblent être les mêmes. Il s’agit peut-être de résidus d’essais de la plume. achoison de malfaire, cil💬Le pronom est topicalisé pour marquer le contraste entre les jeunes écervelés et les gens de mauvaise vie, qui devraient payer les conséquences de leurs actes, et ceux qui se retrouvent effectivement sanctionnés, à savoir les preudonmes et dames de bone vie et les pucelles de valeur. estoient batu et encusé laidengié B X2 et trait en cause cause|et trait en c. V3 devant baillis et devant prevos et devant touz ceus qui estoient establi pour emplir la bourse a l’empereeurPelyarmenus, si que li mesdisant et ceus qui mellee fesoient, dont deniers pooient naistre, estoient bienvenus entre les baillis et entre les prevos a l’empereeurPelyarmenus G . Et ceus apele je ahaniers au deable💬Remarquer de nouveau l’association diabolique de Pelyarmenus, ses prévôts étant qualifiés de cultivateurs du diable, ses propres ouvriers en effet., c’est a dire a touz mauvés princes pour laquele chose cil de Rome quil ne voloient que pais et droiture se metoient en leur chambre priveement quant on leur avoit tolu le leur ou batus ou malmenez et disoient en lermes et en pleurs tres piteusement :
« Ha ! sire emperieres Fastidorus, de la vostre mort nous est il mal avenu ! Sire, petit avez regné aprés celui qui ne cuidoit pas que vous deussiez si pou vivreCassidorus. Sire, a mort ne vous tenons veons B pas nous pas G , mes encore atendons nous de vous aucun secours et B aucun recouvrier. Sire, voirement disoient se distrent B X2 voir li pluseur qui distrent qu’'en bon hermitage entre cil qui en loyauté de justice demeure'💬 en bon hermitage... demeure: Expression sentencieuse inconnue des répertoires., car sire B encore ne poons nous veoir que, se vous feussiez demouré tant que Nostre Sire vous vousist donner santé, que ja pour ce mains de bie💬Lire bien, cf. Note linguistique. feust demourez a faire. »

§740 Ainsi plaingnoit en Rome chascun son donmage endroit soi B de leur nouvel empererePelyarmenus, qui a nule droiture ne vouloit venir por tant que deniers li peussent estendre💬Il s’agit d’une orientation intéressante de la vilenie de Pelyarmenus une fois sur le trône: son vice s’incarne cette fois dans ses penchants matérialistes qui participent de son mauvais gouvernement.. Et qu’en avint il ? Il aüna amassa G si grant avoir et mist si grant G en tresor ensemble B t. G que il couvoita l’empire de Costentinoble a joindre💬il couvoita... joindre: Sur l’emploi de l’infinitif prépositionnel, cf. Ménard, §167 et n. au §289. avec le sien. Mes tant doutoit ses freres Helcanus et Dorus qu’il ne les osoit envahir sanz pensser traïson, dont il avint que il fist sa voie aprester au plus noblement que il pot et vint en Gresce et fist savoir a son frereHelcanus sa venue. Cilz, quil ne se dotoit doutoient V3 G [c]de nule traïson qui nuire li peust, vint contre lui a moult grant joie et conjouy l’un l’autre par grant signe d’amour. Pelyarmenus, qui savoit moult plus que nul autre B couvenablement parler, li dist :
« Frere, je vieng a vous em partie de grant amour, et pource que vous estes mon ainsné frere le dis je💬Il est évidemment ironique que ce grant amour soit à la fois justifié (il est dû à son frère) et comme minimisé d’emblée par le em partie. Ceci participe de mettre en lumière la tension qui entoure la trahison de Pelyarmenus. Celle qu’il prétend, très ironiquement, ne pas oser envisager, et surtout celle qu’Helcanus ne peut imaginer, de manière très naïve en regard de leurs précédentes confrontations. Transparaît aussi un jeu sur le semblant d’amour que les deux frères se renvoient : celui que Pelyarmenus souhaite clamer, celui qu’Helcanus prête à son demi-frère (de manière cependant là aussi orientée, puisque seule la couleur d’amour est évoquée), et la parfaite compréhension, au final, des mauvaises intentions de Pelyarmenus pour Helcanus qui n’en affiche rien pour autant.; et d’autre part, j’ai moult grant desir de savoir novelles de nostre bon pereCassidorus, qui se parti de Rome si conme vous savez.
– Biau frere, dist Helcanus, vous m’estes moult honnestement venus veoir. Que vous soiez li bienvenus ! Et les raisons por quoi vous l’avez fet si a ont B X2 couleur d’amour. Et une autre fois vous irai ausi veoir quant je savrai que poins et lieus B X2 en B sera. Si me dites conment il vous est, que a moi, Dieu merci, n’est il se G tout bien non G .
– Tout aussi vous puis je dire, dist de B Pelyarmenus. Et de nostre chier frere Dorus, quant en oïstes vous nouvelles ?
Il B n’a pas .iii. jours, dist Helcanus, que je le vi B . Il B est touz sains et touz hestiez. Mes li dux ses siresBorleuz est mort, dont il est moult courrouciez.
– Ainsi avient il B X2 il G , dist Pelyarmenus Pelyarmenus dist V3 Pelyarmenus G , de ceus qui plus ne pueent vivre !
– Ainsi va, dist Helcanus, 'le mort au mort, le vif au vif'💬 le mort... vif: Cf. Morawski, 1098. Le proverbe apparaît déjà au §664..
– Et pour ce feroit bon bien fere qui bon seroit, car aprés nostre mort trouverons nous qui pou de bien fera pour nous. Et pource que je ai encore eu pou d’espace de respondre vous de mon seingneur vostre pere p. et le nostre V3 Cassidorus vous puis je dire que j’ai envoié .iiii. mesages par toutes les .iiii. parties du monde💬 les .iiii. parties du monde: Le monde se conçoit usuellement au Moyen Âge en trois parties: l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Les quatre parties auxquelles le texte fait référence évoquent peut-être plutôt les quatre points cardinaux, ou bien désignent l’Asie, l’Europe, l’Afrique et le grand Océan qui les entoure. por savoir et enquerre de lui, mes onques puis n’en oï nouvelles.
– Et de Celydus nostre vostre B X2 frere, dist Helcanus, en oïstes vous puis nule chose ?
– Certes, dist il, nenil. »
Que vous iroie diroie G je faisant plus lonc conte c. de chose ou il n’avroit deduit a l’escouter B G ? Helcanus conjoÿ son frerePelyarmenus et le mena de lieu en lieu, et il fu soutilz et vit bien que Pelyarmenus n’estoit venus pour nul bien b. ne pour nul avancement de lui B en son empire. Et nonpourquant il n’en daingna onques semblant fere. Et li traitresPelyarmenus si sot si couvertement [d]parler de ce que il volt que ja n’en fust aperceus de ne s’en aperceust B nuls qui bien ne le seust. 💬La relation des deux frères prend des proportions proprement guerrières, dans une perspective rusée qui débute donc au niveau des émotions qu’ils choisissent de se manifester ou de se dissimuler. À la prétendue joie et au prétendu amour qu’ils expriment de prime abord s’oppose donc une dissimulation de part et d’autre, ce qui fait ressortir surtout la prise de conscience d’Helcanus, sa subtilité, mais aussi la noirceur de Pelyarmenus qui ne peut plus leurrer que celui qui bien ne le seust.

§741 Cil qui demouré estoient hoir de ceus qui la bonne dame, mere HelcanusHelcana, avoient traÿe💬Cil...traÿe: Comprendre "Ceux qui étaient restés les descendants de ceux qui avaient trahi la bonne dame, mère d’Helcanus". Le texte fait ici allusion aux barons qui avaient trahi Helcana et prétendu sa mort à Cassidorus. Voir le jugement qu’il leur est rendu en conclusion du Roman de Cassidorus, en particulier §496-507 pour leur confession et leur condamnation. Le terme demouré laisserait presque entendre que la traîtrise n’est pas seulement transmise par la lignée, mais aussi intégrée, par choix de la conserver ou non, selon une réflexion poussée sur la lignée dans ce roman., lor estoit💬Cil qui demouré... estoit: Thème suspendu, cf. Note linguistique. encore une estincele demouré dedenz le ou B X2 cuer qui bien voloit el tyson ardoir de celui qu’il ne queroit el fors que il trouvast par quoi il fust alumez. Et cel tyson estoit Pelyarmenus, qui acquist ce que cil li orent en couvent que, se il savoit nul droit en en l’empire de B Constentinoble, que il y demandast son droit et que ja por eulz ne le lessast, car il amoient miex son droit que le tort leur seingneurPelyarmenus.
« Par foy, dist il, biaus seingneurs, vous B X2 avez moult sagement respondu. Et je ne voudroie chose demander a mon frereHelcanus ou je n’eusse bonne reson, et vous dirai quele. Il est voir que anciennement Rome si a esté souverainne de toutes villes que on doit apeler cités, et bien le vous moustre nostre pere esperituel, ce est li pappes, qui a Rome demeure, a qui nous devons touz reverence. Et a ce s’ensuit il B que quiconques soit emperere de Rome G 💬La leçon de G gomme les arguments séditieux de Pelyarmenus en ne conservant que la supériorité papale, et non celle que Pelyarmenus semble vouloir tirer de sa position de souverain de Rome sur le reste du monde., tout autre seingneur terrien doivent estre a celui aclin. »
Chascuns dist que bien y a avoit B X2 reson pour quoi B X2 . Aussi ot Pelyarmenus achoison de soi meller a son frereHelcanus, si conme vous orrez avant a. mes V3 que je laisse se V3 mon le B conte G .

§742 Quant Helcanus ot conjouy Pelyarmenus, si ne pot plus demourer ou paÿsGrece, ainz prist congié, si repaira a Rome, qui moult estoit vuide de loyauté, de droiture, si conme j’ai devant dit touchié B X2 , pour quoi il ne demoura se pou non que Pelyarmenus prist .i. chevalier, qui avoit non Mainfroy – celui avoit fausseté et traïson en soy plus que nul autre –, si li dist Pelyarmenus que il alast en Constentinonble et deist a son frereHelcanus ce que vous pourrez oïr. Mainfroy, qui ne mist pas en oubli ce qui li fu enchargié, [e]ala tant, l’un jour plus V3 , l’autre mains, que il vint en Constentinonble a .i. jour de Pasques que Helcanus avoit compaingnie o soi des barons de la terre. Il vint devant lui, et fu ainsint com que X2 li baron avoient mengié. Lors li bailla une lettre en sa main de creance. Helcanus la lut, puis esgarda celui, mes il ne le connut pas, si dist aussi conme celui que💬Sur la valeur polyvalente de que (ici "dont"), cf. Note linguistique. li cuers dist que il n’aportoit pas nule B bonnes nouvelles n. a celui B :
« Que veulz tu dire ? »
, aussi conme en courrous. Cilz, qui l’esgarda ou vis, ot grant paour, car moult avoit Helcanus fier regart quant il estoit courrouciez; et de l’autre part, il n’aportoit pas nouvelles qui qui li B deussent plaire. Si dist en tele maniere que mesage doit fere le conmandement son seingneur ne ne doit mal reçoivre ne pis oïr. Et quant il ot ce dit, si conmença a dire :
« Par foy, tres chier sires, voirs est que mon seingneur vostre frerePelyarmenus si m’envoie a vous pour vous fere asavoir une chose que miex amasse qu’i la vous eust mandee par escript escr›p‹[i]pt V3 que ce qu’i la le B m’escouvenist dire💬Ces scrupules, dans la bouche d’un messager dépeint d’emblée pour ses vices, trahissent combien sont vils les plans de Pelyarmenus..
– Dis hardiement ! dist Helcanus.
– Sire, dist il, volentiers, puisque vous le voulez B X2 . »

§743 💬Pas de nouveau § B
« On a fait entendant a mon seingneurPelyarmenus que anciennement Constentinonble estoit a esté B subgiete a Rome et que li emperieres de Costentinoble fesoit fait B honmage a l’ empire empereour B X2 de Rome. Et pour ceste reson vostre frerePelyarmenus vous mande que 'vous ne le teniez tenez B X2 mie a orgueil ne a felonnie, ainz vous fet en guerredon et en amour savoir que vous veingniez a Rome aussi conme pour lui veoir, et la li pourrez faire honmage'. »

§744 Quant Helcanus ot ce celi B entendu, si ne respondi pas moult hastivement, ainz se refraint en son ire💬 se refraint en son ire: Comprendre "se modère dans sa colère". ou il estoit G et puis conmença a faire aussi conme .i. faus ris et dist a celui :
« Veulz tu plus nule chose dire ?
– Sire, dist il, nenil, jusques [f]a tant que je aie oï autre B X2 response de vous. »
Lors fist Helcanus venir touz les barons qui la furent entour soi et fist a celui redire tout ce que vous avez oï.

§745 💬Pas de nouveau § BQuant chascun ot ce entendu, si dist Helcanus :
« Ore, biaus seingneurs, avez vous entendu B de de mon tres chier frere B Pelyarmenus. Vous semble il que il ait reson en ce que il dit vous ayez oÿ B ? »
Aucuns y ot quil ne se porent taire qu’il ne deissent :
« Sire, il nous semble que nous aions une terre couvoitiee du deable et que nous ne puissons jamés vivre em pes !
– Biau seingneurs, ce dist il, couvoitise et envie ne peut peuvent B jamés B assez avoir💬L’association, une fois encore, de Pelyarmenus avec le diable, vient caractériser le personnage au moment de le voir se lancer dans cet énième temps de guerre qui le confronte à sa fratrie. En belle démonstration des qualités dont son intronisation l’a investi, Helcanus se montre tout à fait lucide, capable d’identifier les deux vices que son demi-frère incarne, en symbole du mauvais gouvernement.. Et ne vous merveilliez pas de Pelyarmenus, car il resemble l’ueil que j’ai oï conter que que le couvoiteus B Alixandre trouva souz le perron de marbre💬l’ueil... marbre: Cette allusion au motif de l’œil, fait symbole de l’ambition et de la convoitise dans la légende d’Alexandre le Grand, permet une comparaison pertinente avec Pelyarmenus. Le perron de marbre fait référence au tombeau, et donc à la mort., quil li moustroit moustre B par senefiance qu’il ne seroit ja plains, tout fust il ainsi que nuls ne peust contre lui contrester. Ausi ne puet sousfire a Pelyarmenus chose ou il ne doit riens avoir. Et pource que je cuit que Pelyarmenus ait pris cuer en aucun de vous, me couvient il B X2 que sanz le conseil de mes anemis li remande tele response. Os tu, vassal qui m’es ci envoiez de par Pelyarmenus de Rome ? Di a ton seingneurPelyarmenus que je li mande que, de l’empire dont mon pereCassidorus fu heritez et reçut les honmages, que il ne soit tant osez que, puis que l’eure que B tu li avras dit, demoure en lieu ou je sache que il tiengne denué de terre seignorie B . Et se il ce ne fait et il vient en lieu ou je le puisse trouver, la pourra recevoir l’onmage de moi tel conme je li voudrai faire ! »
💬L’intervention d’Helcanus rappelle son opposition aux sages dans le Roman de Cassidorus (voir cet échange de contes aux §435-495). Elle renoue en effet, sous forme condensée, avec le motif du conte enchâssé avec cette référence à Alexandre le Grand, qui n’est cependant ici pas développée (les seuls contes proprement insérés dans ce roman dédié à Pelyarmenus n’étant plus qu’associés à cette vile figure).

§746 💬Pas de nouveau § BAtant fu cil touz liez quant il se pot partir de Helcanus et vint a Rome et conta a son seingneurPelyarmenus de que il avoit trouvé. Pelyarmenus la response Helcanus G , qui ne s’effrea pas, moult manda partout a ses ses a ses B amis ce qu’i li plot, et non pas du tout t. que l’en li aidast B par amors ne par lignage, mes pour le sien💬Cette précision quant aux raisons qui poussent l’ensemble des traîtres, passés et présents, à se rallier à Pelyarmenus est révélatrice du renversement qu’opère Pelyarmenus, notamment en regard de la logique lignagère posée au cœur du récit du Cycle. C’est cependant cet argument lignagier qui perdure, au contraire du moteur affectif qui se voit renversé en peur, comme pour bien manifester le régime de terreur qu’instaure Pelyarmenus., [38]dont il avint que li couvoiteus couvoitierent l’avoir, et li autre le vodrent faire par lignage, et li autre par cremeur. Si n’avint onques a nul empereeur qui fust a Rome qu’i meist tant de gent ensemble conme fist Pelyarmenus pour aler en Gresce.

§747 Helcanus, d’autre part, avoit mandé a son frere Dorus ceste chose et a touz ceus ou il cuidoit avoir secours que il li vousissent aidier son regne a desfendre. 💬Nouveau § X2Dorus, qui grant despit avoit de celui que il avoit jadis mis en telle merci, conme devant a esté dit est contenu B , jura que, se se il B jamés puet avenir que il en soit fust B au desus, que il ne conchieroit jamés ne lui ne autre a. ne conchieroit B . Il ne fu pas pereceus, que B partout la ou il cuidoit avoir secours et aide il envoia B . A celui temps estoit mors le bon conte Robert de Flandres, qui la concorde avoit faite, si conme devant a esté dit il est contenu en cest livre B . Mes .i. autre prince qui avoit la fille au bon conteRobert, qui Mardocheus estoit apelez, regnoit a celui temps en Flandres et estoit filz au bon preus B duc duc, Karus B X2 de NiseKarus, qui encore regnoit en Grece. Cestui Mardocheus si fu moult couvoiteus de faire secours au bon Helcanus, si prist tant pou💬tant pou: Comprendre "le peu que", cf. DMF. de bonne chevalerie conme il avoit et vint v. sans sejor B en Grece.

§748 Japhus Daphus V3 B X2 li Frizons💬G est le seul à corriger une incohérence qui remonte à l’archétype: c’est Japhus qui tient le trône de Frise, et non Daphus, associé aux terres espagnoles du Château Mignot de Celidoine. C’est d’ailleurs de Japhus et non de Daphus qu’il est question plus bas dans la liste des combattants en présence au §751. et maint autre baron que il amena o lui ne se mistrent pas derriere. Josyas d’Espaingne, qui autre fois avoit esté ou paÿs, si avoit mis son cuer en la femne Leus Leris B , fille a l’empereeur Cassydorus, qui avoit a non Cassydore 💬Il n’est plus question ensuite de cet amour, Cassydore étant remariée, contre son gré, à Raimfort, fils de Dyomarques d’Aragon, sans que soit mentionnée une relation avec le fils du roi d’Espagne.. Cil B n’avoit voulu aidier au couvoiteus Pelyarmenus pour nul denier, ainz vint en l’ayde Helcanus moult esforcieement.

§749 💬Pas de nouveau § BMoult ot Helcanus grant confort et d’uns et d’autres et assembla ses oz es plains de Tabour, ou ou|ou V3 [b]il avoit par conte .cm. combatans. Pelyarmenus, qui d’autre part revint, en avoit trop plus, car ainsi conme l’ystoire le tesmoingne il en avoit .c. et .l. mille, que a pié que a cheval. Ci endroit puet on auques savoir que, selonc ce qui a esté ailleurs contenu, que moult y avoit de bons chevaliers, et ne cuidoient ja assez venir a temps ensemble, pour coi il chevauchoient si asprement que il sembloit a chascun que il eust tout gaaingnié.

§750 💬Pas de nouveau § BPelyarmenus, qui a ce avoit mise sa cure que il ne li chaloit que la chose coustast, mes qu’il peust mettre ses .ii. freres a mort m., car le cuers y avoit mis B , si fist faire trente paire de lettres que il tramist a divers princes que, qui li pourroit rendre Helcanus et Dorus mors ou vis, il li donroit l’empire de Costentinoble et et li donroit s’amor et B devendroit son honme tout ligement. De ces lettres ot il .x. paire en l’ost Helcanus et ou sien .xx. paire. Ha ! Deux, conme ci avoit cruel traïson quant li vaillans princes ne savoit le mortel encombrier qui leur estoit a avenir de ceus meismes qui plus pres li lor B X2 estoient ! Ha ! Traïson, conme tu es invisible quant il n’est nuls qui de toi se puisse garder ! Et vraiement, ci le puet on bien veoir, car li faus Pelyarmenus ne cuida ja assez avoir ne B veoir G a le G temps venir G a sa grant confusion ne l’autre partie a son grant martire. Lors ont tant chevauchié li uns sus les autres que les os ce sont entraprochié, et virent l’un l’autre qui a V3 merveilles faisoient a redouter.

§751 Dorus, qui la rage avoit dedens soi, et ne li chaloit quel painne p. ne quel ahaut B il souffrist, mes qu’il peust acomplir sa volenté, pour quoi il mist sa gent a une part ; Mardocheus, d’autre part G , et Japhus aussi, Josyas d’Espaingne, Karus de Nise, Mirrus et Heleas, Nestor [c]et Lycorus et maint autre baron, dont li contes fet assez pou de mencion. Pelyarmenus, d’autre d’a. d’autre X2 part, avoit mainte bataille, dont li contes ne touche pas moult, fors d’aucuns de qui li contes s’est teus deci a ore, et vous dirai desquelz le premier G : li roys d’ArragonDyomarques i fu tres efforcieement G , li marchis de FabonneThabor, li vassaus de Terre LabourSeigneur de Terre de Labor, li princes d’AquileePrince d’Aquilée, le duc de PuilleDuc de Puille, le marchis de MontyrMarquis de Montyr, le roy de SezilleRoi de Sezille, li quens de PyseComte de Pise, li viquens de NaplesVicomte de Naples, li princes de LamoreePrince de Lamorée, et tant d’autres que nulz ne le pourroit peust B pensser.

[43] Ci devise G X2 conment Pelyarmenus assembla ses oz pour aler en Costentinoble et mettre le preus Helcanus et Dorus son frere a mort par traÿson, et aprés devisse conment Mirrus ala en mesage a Pelyarmenus de par Helcanus X2 B .

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Enluminure sur 1 colonne (c) et 12 UR. L’armée de Pelyarmenus attaque Constantinople pour mettre à mort Helcanus et Dorus.

§752 Ci endroit dist li contes que B , quant en ce que B X2 les .ii. parties se furent aprestees de ferir ensemble, vint .i. sage prince de Grece qui avoit a non Karus, le estoit B duc G de Nise, qui B avoit servi d’ armes a. a B l’empereeur Cassydorus. Cil vint a Helcanus et li dist :
« Sire, si vraiement m’eïst li Sires Qui tout fourma que moult devez grant paour avoir, je B nel leré ja B que je ne le vous die. Il est voir que la vostre force si est moult grant selonc ce que nous cuidons bien avoir droit, ainsi comme on le B nous donne a donné G a entendre ici B X2 . [d]Mes les aventures si sont moult merveilleuses, si ne vous doit pas anuier. Et se vous metez vostre frerePelyarmenus de vostre droit en son tort le plus tost que vous poez, je irai parler a vostre frerePelyarmenus et savrai quel onmage il veult avoir de vous. Il puet bien avenir que on li a donné a fait B entendre chose ou il a ait G droit a ce qu’il a entrepris. Si l’en blasmerai de par vous de ce que je cuiderai ou il ait reson, et du seurplus vous en ouverrez💬Métathèse, lire ouvrerez, cf. Note linguistique. par conseil.
– Ha ! sire dux, de conseil ne me verrez vous ja retraire. Vous m’avez maintes fois bien servi, et ferez encore tant com il vous plaira. Si en ferai faites B vostre volenté, mes que Dorus mon frere s’i acort. »
Il li X2 fu mandez, si li dist on ceste chose.
« Fi ! dist il. Quant ja a ceste chose ne B X2 m’acorderai que li sires requiere son serf, ja par celui Dieu qui de ma mere me fist nestre ! Se vous premiers envoiez a lui que il a vous, ja puis n’i ferrez cop en vostre avancement.
– Ha ! chevalier de tres grant cuer et de parfaite puissance, dist Helcanus, ne cuidiez pas que je sanz s. vous et G vostre conseil en oeuvre. Mes Karus ne le dit a mon avis que pour droiture, et pource que 'qui s’umelie, il se souhauce'💬 qui s’umelie, se souhauce: Variante du proverbe Qui s’abesse eus l’essauce (Morawski, 2118)..
– Voire, dist Dorus, vers honme de value. Voire B X2 , mes ci ne voi je que orgueil et felonnie. Et quant plus s’umelie le preudonme vers le felon, et plus💬 plus... et plus: Expression de la variation proportionnelle avec le ligament et en tête du deuxième terme, cf. Ménard, §261c, rem. li donne cuer de confondre celui que il veult destruire !
– Frere, dist Helcanus, il avient souvent. »
Quant Karus oï ce, si ot grant despit de ce que son conseil ne fu creus et dist :
« Sire, ne cuidiez c. vous B pas que pour nulle male couvoitise je vous aie dit ce que vous avez oï, car je ne me doute pas que, quant ce vendra as cops donner, que je m’en traie ensus.
– Biau sire Karus, ce dist Dorus, de ce n’avons nous nule doubte, mes je m’apensse d’une chose que [e]j’ai entendu : que il ont la .l. B mile honmes plus que nous n. n’avons B . Et pource que le fol serf en qui n’a nule foi ne B merci set que la force en est seue me doubteroie je qu’il ne nous eust en despit.
– Sire, dist Karus, je vous tieng a moult sage et non pas si que je je ne B X2 prise plus la vostre chevalerie et le hardement qui en vous est que nulle autre chose. Et ne vous anuit .i. mot que je vous vueil encore dire, et puis ira chascun de nous a sa bataille, conme ceus qui n’avons que ester. Il est voir tout ce qu’avez que vous a. B enpenssé et dist endroit, de ce que quiconques s’umelie envers felon, que il li donne cuer de soi confondre.
– En non Dieu, ce dist Dorus, ce ne di je pas, ainz dis que il li donne cuer de confondre celui que il veult destruire.
– Sire, dist il, ainsi l’ai je entendu. Mes je le vouloie dire par autres parolles. Et pour ce n’ai je pas oublié ce qui contraire est a celui qui cuer prendroit contre douce requeste. Les mescheances aviennent par orgueil. Et vous ne verrez ja venir honme au dessus de refuser reson et droiture que, s’il en vient au desus, que ce ne soit victoire au deable. Et pour ceste reson ai je souvent oï dire que plusseurs en ont esté maumis quant il avoient bon droit et il se metoient hors de conseil qui a humilité et raison s’acordoit. »
💬Une fois encore, le récit se fait sapiential et se rapproche de la veine des miroirs aux princes au sujet de ces critères de bon gouvernement, éclairé par les conseils dispensés et par les vertus de raison et de droiture, par opposition à l’orgueil (la "victoire au deable"). L’orgueil paraît ainsi à la fois associée à la victoire des vices et à celle de Pelyarmenus, incarnation du mauvais gouvernement.

§753 Quant Karus ot ce dit, si n’i ot nul qui ne die ait dit B a lui meismes que moult est sages et parfés en chevalerie. Mes il n’i ot nul si hardi qui osast respondre pour Dorus, qui dist aprés le ducKarus :
« Il me poise du serement que j’ai fet, car je ne me donnoie garde de ce point, ne je ne vueil pas que ce conseil demeure pour moi, car il qui B est droituriers. Et Deux le me pardoint, si vraiement que com B je n’i gardoie que droiture a mon avis. »
Lors [f]s’est trais Karus a sa bataille sanz plus dire. Et .i. autre prince prin|prince V3 , qui ot non Myrrus, si vint a Dorus et li dist :
« Sire, ne vous anuit de vostre serement, que sachiez Nostre Mon B Seingneur connoist bien B vostre maniere, car on dit je li oÿ dire B que serement qui n’ est estoit B fet par conseil n’estoit pas a tenir a celui qui veoit qu’il n’i avoit bonne reson. Et d’autre part, mon seingneur vostre frereHelcanus n’i envoiera pas, ainz irons et moi je B et ou B Karus de nostre plainne volenté.
– Amis, dist il, je vois a ma gent, car il m’est avis que je les voi ci venir sus nous. Si alez quel part qu’il vous plera, car je m’otroie a touz conseus, mes B qu’il ne soient de felon ne de traïteur B . »

§754 💬Pas de nouveau § BAtant vint Mirrus a Karus et li a dit :
« Sire, de vostre conseil ne se doit nuls retraire. Aler nous vous B couvient el mesage.
Myrrus M., Mirrus B , dist Karus, ce est a tart ! Vez ci nos anemis ou il viennent, fier et orgueillieux, pource que il sevent lor victoire. Mes nous, qui avons a souffrir ce que vous pourrez encore anuit savoir, nous dotons. Et .i. seul jour de respit vaut cent mars. Et a la journee d’ui perdre nous couvient, mes je ne sé pas combien. Sire, tournez a vostre gent G , car je me doute, se vous outre passez, que vous ne soiez retenus. »

§755 💬Pas de nouveau § BAtant se mist Mirrus a la voie en guise d’onme qui vouloit aler en conter B mesage, et on li fist voie jusques a Pelyarmenus, qu’il conmanda a B sa gent a B X2 eulz B ester jusques a tant que il eust dit son mesage m., et on li fist voie jusques a Pelyarmenus V3 . 💬Nouveau § B Mirrus, qui sages homs estoit, vint a Pelyarmenus et li dist G :
«  Sire S., dist il G , je vieng a vous [39]de par Helcanus vostre frere, qui est moult esbahis de ce que vous venez en tel maniere sor lui.
Myrrus, dist il, bien savez la raison, et encore me plaist il que vous miex le sachiez. Il est voir que je mandai a vostre seingneurHelcanus par grant signe d’amour qu’il me venist veoir a Rome aussi conme que X2 j’estoie lui, et il me remanda et orgueil et felonnie, en tele maniere que je sa terre et l’empire, dont son pereCassidorus avoit esté herité et receu les hommages donmages V3 X2 , vuidace ou je venisse en lieu que je et li il B le le le V3 peussions desresnier, car je n’i avoie droit, conme cil qui pas n’avoie esté engendrez de son pereCassidorus. Et de ce ne me doi je pas mout courroucier, car on set bien que sa mereHelcana en B fu chaciee de l’empire pource qu’elle s’abandonnoit aus garçons et ailleurs, dont il fu engendrez. Et cele, qui tant B X2 sot de l’art de nigromance, fist tant que le deable la gari a ce que elle s’acorda puis a mon pereCassidorus, qui ma mereFastige en a menee, ainsi com l’en V3 set le set X2 bien. Si le comparra vostre seingneurHelcanus, si m’eïst Deux Nostre Seigneur B , avant que je B retourne repaire B X2 jamés en mon paÿs ne B en l’empire de Rome ! »
💬Il s’agit d’une déformation importante des faits, en tout cas en ce qui concerne le début de ce nouvel épisode de guerre. Ce n’est évidemment pas une invitation de courtoisie qu’avait fait parvenir Pelyarmenus à son demi-frère, et Helcanus ne l’a en aucun cas accusé de ne pas être de son sang. Pelyarmenus semble une fois encore animé du ressentiment que lui a inspiré la dénégation de Cassidorus, alors sous des traits (pseudo)anonymes, d’être son père. Or, si la position bâtarde de Pelyarmenus a en effet été avancée par Helcanus, ce n’est nullement en regard de la paternité de Cassidorus, mais plutôt de la légitimité de son union avec Fastige tandis que sa mère, Helcana, n’était en réalité qu’exilée et non décédée. Non content de prêter une vile accusation à Helcanus pour légitimer ses envies guerrières, Pelyarmenus avance pour sa part des accusations très malhonnêtes à l’égard d’Helcana et des raisons aussi bien de son exil, qu’il associe aux mauvaises mœurs d’Helcana, que de son retour sur le trône, favorisé par ses origines diaboliques à la source de son art de nigromance (qui ne peut pour sa part être réellement remis en question, Helcana ayant orchestré son union avec Cassidorus par le biais de visites qu’elle lui rendait en rêve pour le convaincre de se marier). Cette forme de distorsion des faits nous paraît relever de l’esprit de ruse qu’incarne Pelyarmenus tout au long de ses aventures.

§756 💬Pas de nouveau § B
– Dites tost, dist il, que car B X2 je n’ai que fere de votre sermon.
– Sire, dist Mirrus, ainz mais pas je ne B vueil que vous vous ne B sachiez la verité de ce que je vous vueil dire. Il est voir, aussi conme vous avez dit, que vous li mandastes assez courtoisement que il venist a Rome et que vous aviez entendu que li emperieres de Constentinonble devoit estre honme a l’empere[b]eur de Rome et que vous vouliez que il fust vostre honme. Mes siresHelcanus, qui pas ne cuidoit que vous ce li deussiez mander que autres n’avoit fet a ces devanciers, li dist et B X2 respondi aussi a ce B X2 conme homs corrouciez que 'vous avant tenriez l’empire de lui que il de vous le sien, et s’il estoit ainsi que vous ces choses vousissiez vousissez G mettre a point, si feissiez respitier ceste journee, et mon seingneurHelcanus le feroit de l’autre partie.'
Myrrus, dist il, vous dites merveilles ! Se Sire, se B vostre seingneurHelcanus se veult mettre devers moi tant que j’en l’en B je X2 sache la verité, je le sousferrai venir a amende; et se ce non, si l’ait en ait B qui bien l’a deservi ! »
Myrrus, qui bien fu apenssez, dit :
«  Sire S., bien avez dit B X2 , je le ferai a mon seingnorHelcanus ainsint a. savoir B X2 .
– Alez ! »
, dist il.

§757 Ainsi se parti sagement Mirrus du traitrePelyarmenus, car autrement l’eust il detenu. Et quant il revint arriere, il leur conta la felonnie que il avoit trouvé, et dont il avint que chascun preudonme ot de V3 G cuer de lyon💬cuer de lyon: L’expression de cœur de lyon est référencée notamment par le DMF, sv. coeur., et li autre orent paour, et li tiers couvoitierent la destruicion de leur seingneur droiturier. Hé ! las, com grant pitié de si tres noble vassal ! Et Nostre Sires, qui G ne volt fors les siens, a par B X2 💬La préposition a exprime la manière. glaive souffri souffrir V3 G X2 💬Nostre Sires... souffri: La varia lectio semble indiquer qu’il y a eu un problème en amont, auquel G a réagi en omettant le pronom relatif qui, qui remonte à l’archétype. Nous intervenons d’après B. que ses .ii. os s’esmurent a venir ensemble, et vous dirai conment. Dorus, qui cuidoit bien sormonter a fere f. d’armes B cel conmencement, ne volt sousfrir que nuls eust la premiere bataille se il non ; Mirrus, la seconde ; Karus, la tierce ; Josyas, la quarte; Japhus, la quinte ; et Helcanus fu li estandars.

§758 💬Pas de nouveau § BMardocheus fist l’arriere garde, qui ot maint vaillant chevalier en sa compaingnie. De l’autre part ot li marchis de FabonneThabor la premiere ; li vassaus de Terre de LabourSeigneur de Terre de Labor, la seconde ; le duc de PuilleDuc de Puille, la tierce ; li roys de SezilleRoi de Sezille, la quarte; li vassaus visquens B de NaplesVicomte de Naples, la quinte ; li marchis [c]de MontyrMarquis de Montyr, la sixte ; li quens de PyseComte de Pise, la septiesme ; li princes d’AquileePrince d’Aquilée, la huitiesme ; Pelyarmenus fu li estandart en l’e. B , et li roys d’ArragonDyomarques l’arriere fu en l’a. B fu l’a. G garde, qui moult s’aati de mettre au desous ceus qui jadis l’avoient mis au bas.

§759 💬Lettrine manquante BLi marchis de FabonneThabor, qui joennes et plains de chevalerie estoit, vit venir Dorus, o lui grant esfort de chevalerie baronnie B X2 , et non pas a loy de gent esperdue, et il meismes d’autre part ne se contint pas a loy d’onme marri, ainz envoia au vassal de Terre de LabourSeigneur de Terre de Labor que il ne lessast pas, conment que la chose preist, que il n’assemblast assez tost aprés a. ce B que il verroit qu’il ce B X2 seroit mis en la bataille, car se se il B iceulz pooient outrer aus autres n’avroient il que fere. Lors ne demoura pas que il s’entraprochierent d’ambe .ii. pars. Qui donques oïst cors, arainnes sonner, tabours et tymbres tentir et freteler G , ces armes resplendir, enseingnes venteler, le soleil ou fin or reluire et alumer, ces destriers en argueil par orgueil B X2 brandir braidir B X2 et traverser, ces chevaliers en armes, ces escus acoler, ces fors espiez estraindre, brandir et aviser, souvent d’eures en autres sousfauchier et combrer, ne fust coart el monde💬Qui donques oïst cors... monde: Rupture de construction, cf. Note linguistique. qui ne deust recouvrer cuer et force B et vigor et soi asseurer en soi B .

§760 En ceste maniere assemblerent Dorus et le marchis m. de Fabonne G Thabor si aigrement que le plus tost qu’il porent venir ensemble s’entreferirent des espiez en telle maniere qu’il n’i ot si fort qu’il ne volast em pieces, dont du plus foible deust estre mis .i. au maçour💬Le substantif maçour semble désigner une arme qui permette de mettre à terre l’assaillant. Dans au maçour comprendre au "avec le". a terre. Et pour ce ne demoura qu’en celui [d]poindre ne meissent touz mains aus espees, et s’entrevindrent de si merveilleus aïr qu’il n’i ot celui G escu qu’il ne fendisist fendissent B X2 jusqu’en la boucle, et descendirent les cox sus les hyaumes, qui furent aduré. Et nonpourquant, cil qui le plus fort fu B ne pot le cop soustenir qu’il ne soit entrez en la coiffe et le bacin faussé. Aprés ces coups ont les autres referus, si que en la fin Dorus avoit si mis le marchisThabor au sousfrir. Mes ce ne li valut riens, car le vassal de Terre de LabourSeigneur de Terre de Labor revint de l’autre part, qui touz iriez feri sus. Et cil iert trop t. grant et B fort et le cuida prendre aus mains, et mais B X2 cil, qui en proesce florissoit, li vint en telle maniere que la ou le vassal se le B X2 cuida ferir se hasta Dorus et li lança l’espee si a point que il li mist par dessous l’esselle ou corps. En ceste maniere recouvra Dorus au marchisThabor, qui l’eust mort se Dieux le vousist avoir souffert. Mais quant quat V3 li vassausSeigneur de Terre de Labor fu cheus, de B si tres grant force vint sus lui que Dorus n’ot pooir de plus faire et dit a soi meismes que il se trairoit ensus en desfendant soi de l’espee en si ruiste maniere qu’il n’i avoit celui quil ne feust touz liez quant il fu porent B eschapez.

§761 Li marchisThabor, qui ert venus de mort a vie, si vit que le vassalSeigneur de Terre de Labor fu occis, si dist :
« Biaus seingneurs, moult a si grant meschief! Alez, et si emportez le vassalSeigneur de Terre de Labor, et si ne cuidiez pas que, devant que Dorus iert lassez l. si|iert lassez V3 , ne pourroit avoir a lui nulz duree. Si le me couvient tant gaitier que je le prendrai a point, se je onques puis. »
Ainsi com que B X2 Dorus aloit les grans presses cerchant, si ne cuidiez pas que ses chevaliers feussent oisseus o., car B : [e]sachiez que non, car li contes dist que li B uns en avoit a ffaire aussi conme a .ii.. Mes Dorus, qui par la bataille regardoit gardoit B X2 les siens et reconfortoit en decoupant et en abatant ses anemis, leur donnoit cuer et hardement de fere ce que il devoient faisoient B . La gent au vassalSeigneur de Terre de Labor emporterent leur seingneurSeigneur de Terre de Labor devant Pelyarmenus, qui conmanda au duc de PuilleDuc de Puille que il s’abandonnast, et il si fist, entalentez de chevalerie faire, si que li B X2 Grieu en orent le pyeur en pou d’eure, quant Mirrus vint, il et li sien, qui ne furent pas a aprendre a qui il devoient avoir le tournoy, car nous trouvons ou conte, qui assez briefment em parolle pource que il ne puet pas raconter le fet de chascun, que Mirrus et li sien mistrent ci au desous en leur premiere venue premieres venues B le duc de PuilleDuc de Puille et le marchisThabor qu’en pou d’eure resortirent de ci a leurs gens et perdirent terre.

§762 Quant se vit Pelyarmenus, si ot paour de son sort et conmanda que le roy de SezilleRoi de Sezille et le marchis de MontyrMarquis de Montyr se meissent en la G bataille. Cil, qui grant force avoient, le firent si aigrement que bien le pot on veoir, car li marchisMarquis de Montyr et li sien estoient une gent de tres grant vertu. Et avec ce, il avoit eu proesce promesse B de bien fere la besongne, pour par B coi il se mistrent tant avant conme il il y B X2 parut. Car li contes dist que li marchis m. dessus dit B Marquis de Montyr avoit choisi Dorus ou il avoit occis .i. sien ami. Si tourna le destrier sus quoi il sist et vint a lui de si tres grant vertu que, vousist ou non, le preus Dorus feri le f. B le marchisMarquis de Montyr le m. avant que il s’en fust donne garde B .i. si grant cop que il li fist guerpi B ambedeus G les estriers vuidier B , et s’aclina G sus le col de son destrier, si que avant que il feust redreciez li revint li marchisMarquis de Montyr de si pres que que il V3 , vousist ou non, le mist a terre du cheval. Iluec fu mis a terre li bons chevaliersDorus, qui onques mes jour de sa vie n’ i B avoit esté mis mis a terre B pour coup [f]qu’il eust receu. Lors fu il B si courrouciez que la ou il vit le marchisMarquis de Montyr li courut sus conme lyon et li pourfendi son destrier du d’un X2 grant coup dont il cuidoit ataindre le marchisMarquis de Montyr que il li mist l’espee B jusques en la coraille.

§763 Li marchisMarquis de Montyr, quant il se vit a pié d’encoste le preus Dorus, ne s’esmaia pas, ainz fist semblant que si que se B il il ne B venist en sa presence. Et la s’entracointierent en tele maniere que ce sembleroit fable du dire et longue chose du recorder, mes en cele escremie l’eust maté Dorus. Quant li marchis de FabonneThabor, qui estoit en aguait de lui sorprendre, li vint tout a demis, et Nostre Sires, qui pitié ot du bon loial B chevalierDorus, li li fist tant de remede que il li B envoia e. Mirrus B en tele maniere que, quant le marchisThabor cuida ferir sus Dorus, Mirrus li donna .i. cop si grant qu’i l’abati du cheval a terre jus B X2 , entre Dorus et le marchisThabor. Et quant ce virent li uns et li autres, si furent aussi conme tout esbahi. Lors descendi Mirrus a pié et vint au marchis m. de Montir B Marquis de Montyr et li dist en reprouche :
« Mal vous est avenu quant q. vous B onques o. vous B fustes si hardis que vous au meilleur aus meilleurs V3 X2 des bons vous osastes emprendre ! »
A ce mot sesi Dorus le un B FabonnoisThabor et li dux B X2 Mirrus le V3 G marchis de MontirMarquis de Montyr, si firent d’ entr’eus eus B X2 .ii. la dessevree. Lors monta Dorus ou cheval au FabonnoisThabor et Mirrus ou sien. Meismes ainsint n’eussent eu garde nos frans françois B chevaliers tant conme que B li autre se fussent ainsi prouvé G 💬Remarquer l’implication inhabiuelle du narrateur dans le nos. Cf. aussi n. au §360 et ci-dessus.

§764 Quant Fabonnois et cil de Montyr sorent que leurs seingneurs furent ainsi mis a mort occis G , si furent moult esbahy et n’orent cuer de puis faire bien. Adonc ont tourné les dos, et ceus les ont menez jusques a leur gent, qui a ce ont recouvré, car que B li quens de PiseComte de Pise et li quens de NaplesVicomte de Naples et meismes l’estandart Pelyarmenus se sont ferus entre e. les G Grejois si a une envaïe que en V3 ot G [40]moult en y ot d’occis et d’asfolez. Que vous diroie je ? Je B ne ne vous B puis pas raconter touz les fais de chascun, mes tant que des miex faisanz me couvient fere mencion, car en ce vint Karus en la bataille ausi fier conme .i. lyon, conme cil qui mil chevalier n’encontroit qu’il ne meist jus du cheval, ou mort ou afollé. Josyas d’Espaingne revint de l’autre part, qui moult gentement s’i se G prouva.

§765 💬Pas de nouveau § BHelcanus, quant il sot que Pelyarmenus estoit en la bataille, ne se volt targier que il ne venist tout aussi conme honme sanz mesure, et a qui il ne chaille que il deviengne, si feri le destrier par ambedeus les costez si aigrement que touz ceus qui entour lui furent en orent grant merveille. Et le cheval, qui grant et fort f. et roide B estoit et avec tout ce li mieudres du monde, si se mist a la voie en tele maniere que tuit cil qui voie ne li firent porent bien mal encontre faire. Et quant cil en qui il se fioit ont ce veu, si ne vodrent demourer que il ne le suivissent suissent G . Et cil, qui avoit ou corps l’ardure de la honte et du lait que on li fesoit, s’abandonna trop a ce qu’il estoit guaitiez de traistres qui le vouloient sorprendre, dont il avint que, quant il vint entre ses anemis, qu’il se feri entr’eus tout ausi conme uns espevriers l’e. B entre les menus oissillons, et il le vont fuiant ; autresi li fesoient voie li pluseur. Et cil qui contre lui se metoient n’i avoient duree. Si avint que tuit li firent voie joie V3 par partout B la ou il vouloit aler. La fesoit li gentilz empereresHelcanus merveilles si tres grans que tuit cil qui le veoient, fust des siens ou des autres, en trembloient de paour, et il le fesoit pource que il li estoit bien avis qu’il n’eschaperoit ja de la journee sanz mort, et pour ce se X2 vengoit il tant com il avoit d’espace e. X2 sa honte afin que l’en n’en [b]peust recorder males nouvelles, car il amoit miex mourir a honneur que vivre a honte B 💬Cf. Hassell, M. 228: mieux vaut mourir à honneur que vivre à honte.💬Plutôt qu’un refus d’annoncer la fin d’Helcanus avant qu’elle ne survienne, de manière à préserver le suspense de la bataille, il faut sans doute voir dans la leçon de B une omission, qui entraîne un problème de reprise anaphorique avec se contenoit en tele maniere au début du §766 (B n’introduit pas de nouveau §)..

§766 💬Pas de nouveau § BEn ce que il se contenoit en tele maniere, si esgarda .i. chevalier cest afaire. Si en B vint au plus tost que il pot a Mirrus, le fier, et li dist :
« Ha ! sire, tout avons perdu se vous ne secourez mon seingneurHelcanus ! »
Adonc li conta conment li emperieresHelcanus se contenoit folement. 💬La précision qui était donnée quant au manque de mesure d’Helcanus se veut presque prophétique, en cet instant qui annonce l’aveuglement de son opposition avec Pelyarmenus et sa perte qu’elle vient signer, dans une nouvelle portée réflexive quant au bon comportement du souverain. Ici encore, la qualification de son comportement comme fol ne laisse aucun doute sur sa destinée dans cette bataille, ni surtout sur la cause exacte de sa disparition. Adonc Atant B X2 guenchi Mirrus cele part et trouva que li preus Helcanus estoit ja entrepris en tele maniere que auques il B s’estoit e. G mis au souffrir. Quant Myrrus et plusseurs des siens vindrent, qui derompirent la presse, la endroit fu bien esprouvee la force et la bonté proesce et l’amor B que Myrrus ot o soi, car li contes dist que, avant que Helcanus se peust percevoir de secours, en mist il .xxii. .x. B a mort. Et quant il se senti lasche et il ot ot aussi come B un pou repris s’alainne, si s’aficha ou destrier de si grant force qu’il le fist archoier desous lui et ala fichier que il fist estraint l’espee s’e. V3 X2 💬que il fist estraint l’espee: Comprendre "si bien qu’il serra fortement l’épée". et feri a destre et a senestre de si grant force que nulz ne pooit ses ses pesans B X2 cox endurer e. ne souffrir V3 X2 .

§767 Myrrus, qui vit ce, ot grant merveille de ce que il fesoit, si li fu avis a sa contenance que il n’estoit pas bien en son sens. Lors li vint au devant et le cuida prendre X2 par le frain, mes Helcanus li donna un cop si grant et si pesant que il l’abati sus le col de son destrier, vousist ou non, et l’eust mis a terre se il ne se feust pris aus bras au col de son cheval. Lors l’eust e. B referu, quant .i. chevalier se mist au devant, qui dist :
« Ha ! sire, ne veez vous goute, qui Myrrus vostre bon ami voulez mettre a a la B X2 mort? »

§768 💬Pas de nouveau § BQuant Helcanus entendi celi, si se retrait et ne pot mot dire de courrous. Lors vint Myrrus a lui tout estourdi du cop qu’il ot eu, si li dit :
« Conment, sire, vous ha[c]bandonnez vous X2 ne en quelle maniere, meismement honme qui a ce a fere que vous avez G ?
– Ha ! Myrrus, dous amis et loiaus compains, je vous ai blecié et non pas a escient. Si vous pri que vous le me pardongniez pardongnez B X2 avant que je muire, car je voi bien que ma mort est venue et que il plaist au Roy Roy de paradis B X2 que je muire a la journee d’ui par les mains de ses mauvés traistres.
– Ha ! sire, ce dist Myrrus, que est ce que vous dites ? Voirement pert il bien que vous n’estes pas en vostre sens !
– Non sui je », dist il. Lors n’orent pas bon lesir de dire ce que il vodrent, car la bataille assembla de toutes pars. Si ne vit onques nulz tant de gent mourir d’une part et d’autre conme l’en peust la faire. Mes pource que je ne puis du tout recorder conment li affaires ala de l’autre part - tout le seusse je, si sembleroit ce oiseuse aus miex entendans –, si m’en passeré outre au miex que je pourrai et vueil venir a ce que, quant il furent pelle et melle, si y G ot moult plus des uns que des autres et ne fu ore pas li giex a droit partis, mes ce n’eust esté💬mes ce n’eust esté le droit aus Grejois... chevalerie: Comprendre "mais cela n’aurait pas été juste pour les Grecs, car, d’une part, ils avaient la loi de leur côté, et, d’autre part, ils étaient une excellent chevalerie". le droit aus Grejois qu’il avoient, et d’autre part il estoient B trop bonne mieudre B chevalierie par quoi, se Dieu leur eust destiné, Ronmain n’i eussent eu B duree. Et nonpourquant n’en orent il mie en la fin le meilleur, car li contes dist que, quant il furent tuit assemblé, la partie aus Griex si avoit cuer recouvré de ce que li frans Mardocheus, qui avoit fet l’arriere garde, tresperça les rens et vint a toute sa gent en la bataille Pelyarmenus, qui tant se fesoit garder curieusement que nul ne le peust aprochier se se ce B ne fust de trop loing. Et nonpourquant, a cele envaïe Mardocheus si esforça si merveil[d]leusement que par force de chevalerie se prist a lui, vousist ou non, et fu mis jus G du cheval a terre en tele maniere que ce fu merveilles qu’il pot estre resqueus. Mes il fu remis resqueus et mis arriere B ou cheval, vousissent cil G ou non qui entre piez l’avoient mis. Et quant il fu furent V3 furent G arriere ou cheval, un cuer et un hardement et une force vint en lui si merveilleuse que nul ne pooit avoir durer G a lui duree G .

§769 Sodorés, de un chevalier de la meismes marche et de B la mesniee Mardocheus, vit que cil pour qui il avoient les rens vuidiez cerchiez B X2 fu lor estoit B X2 resqueus. Si n’en fu pas bien paiez. Et que fist il ? Onques nuls homs ne se mist en plus grant painne peril B ne ne fit plus de grant B proesce fors que .i. chevalier qui ot a non Eleazar, qui fu des Macabiex, qui ocist l’olifant entre ceus qui le gardoient💬L’intégration d’un Macchabée parmi les troupes de Mardocheus nous semble relever de la dramatisation déjà notée de cette scène de combat et de la dimension sacrificielle des affrontements pour le camp d’Helcanus en résistance aux viles prétentions au trône de Pelyarmenus.. Tout aussi a. le G fist Sodorés parmi touz ceus que qui B G X2 💬Comprendre que = qui, cf. Note linguistique. Pelyarmenus avoient a garder gardoient G : vint a lui et li donna .i. cop en tel manere que .i. chevalier gita son bras au devant. Mes onques ne li valut le secorut B que il ne le pourfendist jusques en la teste, et le hyaume et la coiffe et le bacinet, si qu’i l’eust du cheval ch. jus B X2 abatu mis B se ce B n’ eust eussent B esté ceus qui entour lui estoient. Et quant le chevalierSodore ot feru si a droit, si cuida recouvrer, mes il ne pot, conme cil qui n’ot point de suite. Lors fu de toutes pars entrepris, si qu’ il B ne pot en la fin repairier aus siens, ainz fu iluec detrenchiez et occis.

§770 Pelyarmenus, qui bien cuida estre mors, si se fist mettre hors de la presse et conmanda que il feissent bellement par bataille leur gent retraire, conme cil qui bien cuidoit avoir failli a son sort, qu’il avoit sorti que a cele journee cuida devoit B X2 il avoir victoire. Si se conmença a desesperer. Mes aussi conme le proverbe dit : [e]'Aler ne puet qui les piez a cuis'💬 Aler ne... cuis: Expression sentencieuse inconnue des répertoires. En revanche, on la retrouve plus tard dans le Perceforest : Aler ne s’en peut qui les piez a cuiz (DMF, sv. cuire), tout en tele maniere avint il de son cestui B sort, car, quant Grieu virent que il Rommain B resortissoient petit a petit, si cueillirent si grant orgueil em pou de temps qu’il cuidierent avoir du tout seurmonté la lor B partie adverse. Adonc se sont esforcié d’eulz mettre a destruiction, si le firent si aigrement que en ce se conmencierent si fort a haster qu’il se departirent de leur conrois et firent fist B aussi conme dis me tu :
« Je enporterai le pris et serai le mieux faisant. »

§771 💬Pas de nouveau § BDorus, qui moult avoit enduré le jour en tres parfaite chevalerie, s’abandonna a ce que il peust prendre Pelyarmenus ou lui mettre au desous. Si le suivoit a coite d’esperon💬a coite d’esperon: Comprendre "à coup d’éperon". en tele maniere qu’il avoit moult pou de suite, et il s’en aperçut moult bien, si conmanda a ceus qui le suivoient qu’i ne retournassent pas, ainz le suivissent suissent G touzjours. Lors avint que Pelyarmenus se mist a la voie a moult grant esfort, o lui cil qui miex l’amoient. Si furent bien pourveu de fere ce que il vouloient, mes il n’orent pas voie a leur volenté, car il les en B X2 couvint aler le costé d’une montaingne a moult grant meschief. Il entrerent s’embatirent B en une forest grant et largeForest de Constantinople, dont les arbres furent merveilleusement larges haus B X2 et anciens, mes elle n’estoit pas espesse d’arbres, par quoi l’en i pooit chevauchier em plusseurs lieus aisieement. Dorus, qui aprés eulz se metoit les esclos, si ne cuidoit pas venir a ce qu’i les peust metre au desous ne vengier son grant courrous. Lors mist moult grande paine de soi esforcier, mes trop avoit le cheval sus coi il sist traveillié et ses compaingnons aussi les leur, si que li plusseurs de sa compaingnie demourerent iluec estraier en cele chace, dont [f]il furent si dolent que bien i parut, car li auquant se mistrent a pié aprés leur seingnorDorus, qui en nulle maniere ne voudrent volt B X2 la chace lessier. Et qu’en avint il ? Il chevaucha chaça B tant que il ne fu que li . xx vii B e. de .xxx. chevaliers qu’il cuidoit bien avoir a son besoing.

§772 💬Pas de nouveau § BEn ces vint .vii. B chevaliers qui estoient avec Dorus en i B avoit .i. traitreTraitre de Dorus, qui moult metoit grant painne a ce que Dorus fu trahis et mors ou B X2 pris. Cilz se hastoit hasta G plus que nuls des autres, car il avoit cheval a sa volenté. Si fist tant que il se mist au devant de sa compaingnie, aussi com s’il vosist premierement ferir sus eus. Et quant ce vit Dorus, si s’aperçut et li dist le cuer que il enchauçoit folement. Lors sacha ensus son cheval et dist :
« Ha ! biaux seingneurs, nous sonmes traÿs !
– Conment, sire ! dist un chevalier de grant cuer. De qui vous alez vous doutant ?
– De celui que vous v. en B veez la aler, dist il.
– Par mon chief, dist uns autres, je ne m’en douterai jusqu’a tant que que je B X2 autre chose en verrai. »
💬La réflexion de Dorus dénote sa lucidité vis-à-vis du traître, tout comme vis-à-vis de Pelyarmenus, de manière plus générale. L’introduction de ce nouveau traître procède de l’omniprésence de la félonie qu’a instillée Pelyarmenus et exacerbe encore son propre vice dans ces derniers épisodes.

§773 💬Pas de nouveau § BAtant se mistrent en .i. assens a. si comme B X2 pour savoir se nulz d’eulz les suivoit. Celui dont j’ ai avoie B devant parléTraitre de Dorus avoit aconsuivi Pelyarmenus et fet signe B X2 aussi conme se il eust a eulz feru et qu’il l’eussent pris et mis a merci, mes il avoit d’autre chose parlé, et dist a Pelyarmenus conment il pooit avoir tant atendu qu’il n’aloit encontre celui qui eschaper ne li pooit.
« Certes, dist Pelyarmenus, j’ai tel paour qu’il ne m’encontre que je suis tout asseur que, se il metoit main a moi moi que B , je X2 seroie tost vaincus. »
Lors respondi .i. chevaliers et dist :
« Qu’est ce, sire, que que vous B G X2 avez ore dit ? Voirement sont il aucuns qui sont moult preus a une grant besongne faire, c’est a B conmencier [41] la B . Et quant ce B vient au besoing, si s’en puet on pou G aidier. »
Dont fu Pelyarmenus moult courrociez et dist :
« Voirement dites vous verité. »
Et puis aprés si dist :
« Que sont ore devenu cil chaceeur, que il ne sont pieça avant venu ? »
Lors orent moult grant merveille que Dorus pot estre devenus, si retournerent aucuns qui avoient moult grant desir de parassouvir leur volenté, dont il avint une merveilleuse aventure, ainsi conme li contes le devise G .

§774 Ainsint conme j’avoie je vous a. B dit desus conment Dorus et les siens avoient sus sachié lor les B frains de la chace, car il se mistrent aussi conme au retour et s’estoient torné moult soutivement au travers d’une roche ; et cil qui se furent partis de Pelyarmenus, qui s’estoient mis au retour aprés Dorus, cuidierent vraiement qu’il retournast pour paour d’eulz, si se tindrent moult a deceu quant il leur fu ainsi eschapé, si ne sorent que faire de lui suivre.
« Par mon chief, dist li B uns d’eulz, ja ainsi ne m’eschapera demorra B , car il a le cuer perdu or aprés ! »
Lors se mistrent es esclos aussi conme il porent miex savoir qu’il avoient esté chacié G , si n’orent pas alé moult longuement qu’il encontrerent orent encontré B .x. des chevaliers Dorus qui venoient tout a pié en haste aprés leur seingneur droiturier, conme a cil B X2 a qui il ne vouloient v. faillir B X2 ne a mort ne a vie, ainssi conme vous poez oïr.

§775 💬Pas de nouveau § BCil dont j’avoie dit desus, qui parti s’estoient de Pelyarmenus, virent ceus venir. Si leur corurent sus, mes il n’estoient pas garçons, ainz leur furent moult contraire, car, ainsi conme je vous avoie ai G devant fet mencion dit G du chevalier qui povres estoit d’avoir et riche de chevalerie qui B avoit non Hainaut, cil amoit Dorus de grant [b]amour pour la grant chevalierie qui en lui estoit, et d’autre part il il en B X2 atendoit grant bien. Il vit ceus venir qui venoient v. sor eulz B moult tost, si cuida vraiement que Dorus feust mors ou pris. Si dist a sa compaingnie :
« Biaus seingneurs, or n’i a fors que du bien faire faire, car B X2 . Vez ci ci venir B X2 ceus qui ont Dorus nostre bon B seigneur occis outré B ! »

§776 Lors sont cil a eulz assemblez, si distrent :
« Trop estes a B avant alé ! Mors estes avec vostre seingneur?Pelyarmenus/Dorus se vous ne vous metez a merci ! »
Cil n’orent cuer de fere leur requeste, ainz B se trestrent encontre une roche, ainsi conme Deux leur avoit pourveu. Il leur ont livré estal tout aussi com li sengliers fet aus menus chiens quant il ne veult fouir devant eulz. Que vous feroie diroie G je .i. grant conte et une riote G de cel povre chevalier ce B ? Il Pour ce que il B sembleroit a aucun que ce feust chose impossible. Cil qui preudonme furent et avoient a leur avis bon B droit – et si avoit encore cuer de lyon chascun en soi, pour par B quoi, a l’aide du vaillant chevalier B Hayno, il outrerent les .x. qui se furent partis de Pelyarmenus, que onques .i. tout seul n’en eschappa, et n’i ot celui qui eust pooir de respondre chose qu’ il il leur B X2 vousissent enquerre ne demander, pour quoi il leur avint si glorieusement que les chevaus a ceus qu’il avoient occis outré B leur furent touz vis demourez –, dont d. leur G firent une chose qui bien leur B X2 doit estre mise en conte. Car par le conseil Hainau osterent leurs connoissances et pristrent celles a ceus qui iluec gisoient mort, si se s’en B X2 sont isnellement garni, et puis si se mistrent es chevaus que il avoient conquis. Mes il furent moult durement navré et traveillié, mes pour ce ne se vodrent il pas mettre a repos, ainz se mistrent a la voie pour savoir et [c] entendre enquerre B X2 la verité venue G de leur seingneurDorus. Mes le conte se taist a parler V3 X2 de eulz e. ci endroit B et retourne repaire B X2 a Helcanus, qui d’autre part fesoit sa chace, ainsi conme j’ ai avoie B X2 fet mencion devant ou conte.

[44] Ci revient li contes a Helcanus, qui s’est remis en sa queste q., ainsi comme s’ensuit G comment il morurent entre lui et Mirrus B .

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Enluminure sur 1 colonne (c) et 12 UR. Helcanus à cheval en armes dans la forêt, suivi d’un homme.

§777 Pource que je ne puis pas mener mon conte a ce qu’il ne couviengne savoir l’une chace aprés l’autre, ainsi conme il m’est avis, Myrrus, qui toute autre chose avoit mise arriere pour garder de pres Helcanus, si conme je ai desus dit qu’il s’estoit habandonnez a fere ce qu’il couvenist a B lessier, car il aloient Ronmains chastoiant en tele maniere que mal de celui quil ne fouist devant eulz, dont il avint que tant y ot des occis que nuls n’en cuidoit vif eschaper. Li traitres - de qui li contes ne fait ore pas ci ci endroit B X2 mencion qu’il firent qui il furent B X2 💬qu’il firent: Sur la valeur polyvalente de que, cf. Note linguistique. pource que trop vilz chose sembleroit a aucuns qui dolens sont de ceus qui par lignage et parce que 'bons arbres si doit par reson porter bon fruit'💬 bons arbres... fruit: Expression sentencieuse inconnue des répertoires. La métaphore de l’arbre et du fruit est cependant bien connue de la Bible, notamment à travers la vision de l’arbre de Daniel. Notons cependant un proverbe de sens similaire, à la tournure renversée chez Morawski, 520 De mauvés arbre mauvés fruit., si avient aucunes fois qu’il couvient qu’en cest arbre faille f. par B X2 aucunes resons aussi conme plusseurs sevent, cilz maleoit fruit fu en agait [d]tres bien pourveus de force –, si vindrent de si tres parfaite vertu pres G que Envie, qui nul donmage qu’il puist avenir ne redoute a nule povre gent, donna cuer et hardement a ceus qui reconurent que il vindrent tout a .i. fes sus les .ii. preudonmes qui n’avoient pas entour eulz leurs amis et furent aussi tout entrepris conme l’en conte du bon Judas Macabeus💬La référence à Judas Macchabée exacerbe la portée presque sacrificielle de la mort d’Helcanus et de Mirrus entourés de leurs ennemis., mes en la fin vindrent mirent B X2 leurs anemis arrieres dos et ne leur en sot tant venir de toutes pars que touz ne les meissent a mort l’un sus l’autre, si que parmi les mors leur revenoient les autres touz erragiez, si que leurs chevaus leur furent occis, et furent mis a terre, vosissent ou non. Qui dont veist les uns les autres l’un et l’autre B X2 leurs vies chalengier et a la fois les durs cox cuer G recevoir r., a la fois B , l’un trebuchier adens et l’autre resaillir pour lui aidier et recouvrer a celui qui plus s’abandonnoit d’eulz envaïr, grant pitié peust avoir d’eulz qui en lui eust raison.

§778 En cestui enchaus ne demoura pas que la nouvelle n’en en B alast vint B a Mardocheus qu’il vint cele part au plus tost qu’il pot, o lui grant plenté de sa baronnie. Mes Deux, qui a ce les avoit pourveus, ne volt souffrir que il feussent resqueus, car il furent iluec conquis et mort conme ceus qui ne pooient porent B durer. Mardocheus, qui la force avoit amenee - mes ce fu a tart -, assailli ceus qui demorez estoient de l’enchaus celui e. B en tel maniere que mal fust de celui qui i demourast que touz ne feussent decoupez et occis. Mais atant demoura lors B la lor B chace, conme cilz qui bien sorent que Mirrus et Helcanus furent mis a mort.

§779 [e]💬Pas de nouveau § BQui donc veist Mardocheus saillir entre les occis et tourner l’un desus l’autre et conment il huchoit a haute vois em pleurs et en lermes :
« Ha ! biau sire Helcanus, quel part vous pourrai je mes trouver ? Sire, quel avis avez vous eu, qui sanz moi gisiez entre ses autres traytres B que je ne vous puis trouver t. ne encercher B ? Sire, responnez moi ! Se je ne vous puis baillier vif, je ne cuit quier B jamés nul jour avoir joie ! »
, moult peust p. on B avoir💬Qui donc... avoir: La leçon de V3GX2 semble supérieure à celle de B, qui rend la première phrase du paragraphe averbale par l’ajout du pronom on, à moins de le considérer comme une reprise du sujet. grant pitié de Mardocheus conment il se dementoit de la mort Helcanus et si ne le pooit trouver, tant en y avoit d’uns et d’autres. Et sanz doute la bataille avoit moult duré, et quar il B estoit si tart que l’en ne pooit savoir qui lequel B estoient estoit B li .i. ne qui liquel B estoient li autre et ly autres G , par quoi il couvint que Mardocheus conmanda que on alumast torches, et l’en si fist en pou d’eure G , par quoi les .ii. chevaliers furent trouvez a trop grant painne et trais hors des autres. Lors ne fu onc si grant duel mené conme l’en peust iluec veoir de plusseurs chevaliers G . Mes je ne veil pas ci du tout demourer a deviser conment li afaires ala, mes atant vous puis je dire qu’en pou d’eure fu partout seue la mort l’aventure G du vaillant v. chevalier B Helcanus. Si se trait chascune partie au miex que il porent les uns avec les autres. Ha ! Deux, si tres grant duel demenerent li baron de leur seingneurHelcanus qu’il avoient si mauvessement gardé et secouru que il n’est ne fu B nul que, s’il qui B les veist, que qui B X2 grant pitié n’en deust avoir, meismes Josyas d’Espaingnes et Japhus le Frizon : cil dui s’en desespererent desesperent V3 . Tous li autre baron enqueroient de Dorus, qu’il💬Sur la valeur polyvalente de que (ici "de qui, dont"), cf. Note linguistique. ne n’en B X2 savoient nulles nouvelles, si cuidierent c. veraiement B qu’il jeust mort par la champaingne ou avoit tant d’uns et d’autres que [f]on ne savoit qui estoie .i. ne qui autre a. estoit B X2 .

§780 Cele nuit couvint la baronnie b. venir G jesir sanz loges et sanz trez tendre toute armee. Mes du boivre ne du mengier ne fet pas li contes mencion moult grant, car tel anui orent li auquant que moult furent d’autre chose esmeu. A l’endemain oïrent nouvelles que Dorus s’en aloit aprés Pelyarmenus, qui s’en aloit sanz lui asseurer. Lors li dist chascun que c’estoit grant merveille conment il pooit tant durer de fere ce que il fesoit et B X2 qu’il avoit fet a la journee d’ier.
« Par foy, disoient les autres, je ne sé, car nous ne cuidons pas que .iii. des miex faisanz peussent tant fere conme il fist ier tout seul. »
Moult alerent loant la chevalerie de Dorus le chevalier G . Mes de ce qu’il ne sorent qu’il furent devenus furent merveilleusement esbahy. Lors se mistrent ensemble li grant seingneur pour avoir conseil qu’il avoient trouvé d’aler avant pour oïr nouvelles de lui. Cil qui miex l’amoient erent engrant de lui suivre, et li autre disoient que ce n’estoit nul esploit de folement enchaucier. Et d’autre part, il nel savoie savoient B G X2 💬Effacement de la marque du pluriel, cf. Note linguistique. en quel lieu querre.
« Avoi ! dist Mardocheus. De quoi sonmes nous en debat ? Que Car B chascun voit bien que nous n’avons aujourd’ui plus de chief que lui. Et quant li membre faillent au chief💬La métaphore physiologique des membres et de la tête se retrouve dans d’autres textes médiévaux: cf. au moins à ce sujet Luca Cadioli, «Ge sui le chief et vos les menbres». Discorsi sul potere nel Roman de Meliadus, Forme letterarie del Medioevo romanzo: testo, interpretazione e storia. Atti del XI Congresso della Società Italiana di Filologia Romanza (Catania, 22-26 settembre 2015), dir. A. Pioletti et S. Rapisarda, Rubbettino, 2016, p. 129-143., ce n’est mie merveille ce tout va male part, pour quoi je vous pri a touz ensemble que vous me suivez au plus tost et B au plus ordeneement que vous pourrez, car je ne fineré jamés devant que je savré nouvelles de li. »
Lors a conmandé li li preus et le B 💬Possible saut du même au même non erroné de V3GX2 sur le/li. vaillans Mardocheus que sa gent se meissent d’une part et feussent apresté, et d’autre part il conmanda que Helcanus et Mirrus fussent aportez iluec pres en une abaÿe et fussent ouvert et embasmé, car, se il reperoit jamés, [42] il il s’en iroit et X2 les en feroit porter en Coustentinoble G et mettre a grant honneur en terre. Lors se mist Mardocheus a la voie aprés Dorus, et les autres qui miex miex aprés lui. Si me vueil ore taire .i. pou d’eulz et venir a l’averse partie pour miex metre ma la B matire a point et a B droit💬Remarquer l’expression mettre a point et a droit pour qualifier le travail de narration: c’est comme s’il y a avait une collusion entre la bonne conduite du récit et le rétablissement d’un ordre moral ici perturbé.

§781 Aussi conme vous avez oï dessus B ou conte conment Helcanus fu outrez de ceus meismes qui fere ne le deussent selonc droiture et par lignage, li rois d’ArragonDyomarques💬 li rois d’Arragon : Le sujet reste en suspens et la phrase procède par association d’idées. Le sujet est repris au début du paragraphe suivant dans une analogie., qui toute s’entente avoit mise B a ce que Envie n’est liee de nul avancement de nul preudonme, mes qu’ele puist venir a chief de ce qu’ele couvoite, car, aussi conme dist li philosophes, 'Envie est touzjours liee quant quat V3 ele voit preudonme mourir'💬 Envie est touzjours... mourir: Expression sentencieuse inconnue des répertoires. Cette idée qu’Envie se réjouit du malheur des hommes et surtout des hommes de bien se retrouve dans d’autres textes comme le Roman de la Rose (v. 25041-25044)., et en dist .i. moult haut mot :
« Voirs est, dist fait B elle, que si est noble chose de preudonme que parfaite parfaire G honneur »
, si dit qu’ele le fet vivre d’une seconde glorieuse vie, car il est escript que, quant li homs muert, son non ne puet mourir, ainz couvient que son non demeure quel que il soit, si que Envie est si joians de ce que elle voit preudonme partir de cest siecle que ele a son non li couvient touz mautalens pardonner.

§782 💬Pas de nouveau § BTout aussi fist li rois d’ArragonDyomarques, car onques, puis que li preus Helcanus ot aquis l’onneur au roy d’EspaingneRoi d’Espagne, en qui💬Comprendre qui = cui, cf. Note linguistique. servise il avoit jadis esté encontre lui, ne le pot amer💬Il s’agit là d’une référence à la guerre qui oppose Theodore, le roi d’Espagne, et Dyomarques, le roi d’Aragon, que soutiennent d’une part Helcanus et de l’autre Pelyarmenus et Fastidorus. Voir le Roman d’Helcanus, en particulier §192-218.. Et ici revient a moralité li proverbes de qui que B je avoie devant traitié, que 'moult vilainne chose est de fere fere de X2 bonne semence mauvés fruit'💬 moult vilainne... fruit: Variante du proverbe Bon fruit vient de bonne semence (Morawski, 289), avec une insistance notable sur le vice dans l’inversion qui est ainsi proposée dans la présentation de la sentence.. Ha ! seneschal de RomeMarques, qui si vilainne semence engendras engendrastes B X2 💬L’alternance tu-vous se rencontre ailleurs dans le texte, cf. Note linguistique et n. au §16. Nous maintenons donc la leçon de V3G. en si vaillant dameDiogene, conme vous a envis eussiez daingnié souffrir faire de vostre char et de vostre sanc si vilain meffet conme fist vostre filzDyomarques de ce qu’il i deust tourner a honneur et a loenge ! Mais Mais il B X2 [b]me couvient ore de ceste chose taire et venir a ce que tuit qui demourez estoient se ralierent ensemble et se mistrent a lui et puis orent leur espie de touz sens, qui leur ont dit conment leur G averse partie se maintint.
« Or va bien, dist li roisDyomarques. Or vous metez aprés, que car B je vous asseur que ja pié n’en eschapera. »
Lors se sont mis aprés eulz, mes ne demoura gueres que il les trouverent B . Si couvient a B ci X2 tout lessier et venir a Pelyarmenus, qui ot grans merveilles puis que ses chevaliers se furent partis de lui, ainsi conme il est contenu ou conte.

§783 Voirs fu que Pelyarmenus se douta moult de ce que il avoit esté bleciez, si conme il a esté dit, dont il avint que, quant il vit que il n’orroit autres noveles de sa gent, si se mistrent .x. a la voie pour aler aprés ceus que qui B Haynau et ses compaingnons avoient detrenchiez et occis. Mais il n’orent pas moult alé quant que B 💬La leçon de B est révélatrice du flou qui imprègne tout cet épisode, fait d’imbroglios identitaires en tous genres. Mais c’est bien Hayno et ses hommes qui ont décimé les troupes de Pelyarmenus et non l’inverse, voir §776. il virent celui Haynau et ses compaingnons qui venoient contre eulz, si conme j’ ai avoie B devant dit. Si cuidierent bien que ce fussent leur compaingnons, mes em petit d’eure furent contraires, conme ceus qui les envaïrent et leur coururent sus si aigrement que mal de celui qui conseil peust mettre a soi deffendre, tant furent il esbahi. Si ne demoura pas que il furent touz mis a mort m. en poi d’eure B . Si en i ot orent V3 de tiex qui orent grant avantage de ce que il connurent meudres chevaus que il n’avoient fet B X2 . Lors se mistrent a chevauchier avant, si n’ont finé tant qu’il choisirent Pelyarmenus, lui trentiesme, qui tuit estoient descendus de leurs chevaus pour miex reposer eulz et leurs chevaus destriers B . Et que firent les .x. compaingnons ? Maintenant vindrent sus eulz, [c]aussi conme pour dire nouvelles. Mes em petit d’eure furent d’eulz assailli, de quoi il ne se donnoient garde. Si avint que si aida deables a Pelyarmenus que il monta en son cheval avant que nuls des des .x. B X2 compaingnons, qui estoient .x. B X2 , fussent fust B venus B a lui, et des autres y ot occis ne sé quans avant que l’en feust il fussent B X2 es en lor B chevaus montez pluseurs G . Iluec ot une bataille si merveilleuse que Pelyarmenus cuida estre occis traÿs B X2 de sa gent meismes. Lors se mist feri B en la forestForest de Constantinople, lui tiers sans plus G .

§784 Dorus, de qui j’avoie fet devant mencion conment il avoit sus sachié son frain ausi conme sus l’oÿr oÿ G le chaple des espees G qui retentissoient retentissoit G de loing en la forestForest de Constantinople, lors se mist a venir cele part. Si ne demoura gueres qu’il s’embati en une lande ou cil se combatoient, mes nul n’i qui V3 vit des siens, ce li fu avis. Et nonpourquant vint il la le plus tost qu’il pot, si trouva les .x. contre les .xxvii. qui mout grant painne avoient mis a ceus desconfire, qui si pou furent contre eulz. Il ne connut pas les siens pource qu’il car il B s’estoient desconneu d., ainsi comme je ai devant dit B X2 , et cil qui contre lui erent l’ont aperceu. Si orent tel paour de lui qu’i se partirent d’iluec au miex que il porent et se ferirent en la forestForest de Constantinople aussi conme tout ensemble, li .i. et li autre ça et la. Et de cestui afaire avint il B .i. mortel encombrier. Et Car B ainsi conme je truis el conte c., cil qui s’enfuioient se mistrent en la forest, li uns ça et li autres la, dont il avint que B , le plus si emporta le mains. Et il est bien voir que 'tieux a bien pooir de fouir quil n’a pas cuer de plus B atendre'💬tieux a bien... atendre: D’autres proverbes mettent en relation la fuite et la peur, cf. par ex. Morawski, 2061 Qui paor a si s’en fuie.. Tout aussi avint il a de la mesnie B X2 Pelyarmenus, que qui B X2 de la paor que il orent du chevalier ch. douté B orent il B X2 cuer de fouir et non pas de desfendre, si qu’il avint, ainsi conme je vous ai dit, que de la grant paour que il orent li uns se mist amont avant B et li autres aval et couvoita chascun [d]le sien a chacier. Si le firent folement, car, aussi conme chascun puet savoir s. que B , plus furent .xxvii. que que ne furent B .xvi., pour quoi chascun des .xvi. firent fist B 💬chascun... firent: Accord par syllepse, cf. Ménard, §128, 2. chace par eulz soi B . Vez ci une autre aventure assez perilleuse, car cil qui en tel guise B X2 se connoissoient connoissent B X2 et B X2 en tel gieu sevent bien que plus fort et mains de peril eust il es .xvi. se il fussent assemblé que chascun par soi, si avint qu’il en y ot .iii.💬cil qui en tel guise... .iii.: Thème suspendu, cf. Note linguistique. quil se mistrent en .i. absens sanz eulz asseurer Dorus, si conme il en B vint tout seul, et chascuns des autres, li uns ça et li autres la, ainsi conme Fortune les menoit. Mes le conte repaire a Dorus, quil ne volt pas retourner pour paour de ceus B X2 qu’il eust d’eulz suivre. Si nous dist ci endroit li contes que cil devant le li B fuioient et n’orent cuer de retourner vers lui, tout seussent il que il fust seul. Mes il n’orent o. B cuer de fouir si parfaitement qu’il ne les poist pot B a ataindre jusques a la nuit que il V3 se cuida esforcier, et mes G son cheval par mescheance adreça s’a. B X2 a .i. arbre, et la se creva il le cuer de la sa B force, de la sa B roideur que il ot en lui, et Dorus meismes en B X2 fu bleciez.

§785 Quant les .iii., qui ainsi s’enfuioient, virent ce, iceulz B , qui se regardoient de fois a autre, si sachierent leurs frains et regarderent ceste grant B X2 mesaventure, ainsi com que X2 vous avez oï. Si dist li uns d’eulz :
« Or affiert le recours retor B X2 ! »
Lors vindrent touz .iii. sus le noble chevalierDorus, qui pas ne s’esbahi aussi conme moult d’autres eussent fait. Si fist une chose que moult d’autres n’eussent pas fait, car chascun puet bien savoir qu’il avoit tant le jour feru, et on sus lui💬 et on sus lui: Comprendre "et d’autres sur lui", c’est-à-dire, par ellipse du verbe, "et d’autres le frappèrent à leur tour"., en tantes manieres que escu ne targe qu’il eust aporté em en la B bataille ne li eust pas duré jusques la G . Et que [e]fist il ? Il prist la selle de son cheval et coupa les cengles et les mist prist B en la main senestre et la gita amont sus son chief, et a la destre tint l’espee, dont il avoit a. le jor B X2 maint honme B X2 abatu B Ronmain💬 dont il avoit... Ronmain: Comprendre "avec laquelle il avait abattu beaucoup de Romains". et ot G mis a mort. Quant cil virent que il ot ce fet, si ont ensus sachiez leurs frains, et n’i ot nul nul d’euls B si hardi qui l’osast aprochier, dont li un d’eulz dist .i. mot moult covenable :
« Ha ! chevalier de parfaite honneur et de tres haute grace, je me rendisse a vous, mes que vous me vousissiez recevoir a merci. »
Et quant li autre dui compaingnon B oïrent le leur o. leur compaignon B l’oïrent G 💬le leur: Le pronom possessif leur précédé de l’article défini dans V3 et X2 a une valeur d’adjectif substantivé (Ménard, §15, 3). ainsi parler, si n’i ot nul quil ne feust meu a ce, et distrent que tout aussi feroient il volentiers. Lors respondi Dorus et dist :
« Ha ! seingneur ronmain, autrefois a. ja B m’avez vous menti ! Je ne vous celeroie pas plus que vostre seingneur, qui mon frerePelyarmenus deust estre, et si nous veult tolir nostre droit heritage h., ainsi come vous le poez savoir B . Mes se vous cuidiez avoir droit envers moi de moi metre a mort ou en vostre merci, vez ci moi tout seul encontre vous trois !
– Par mon chief, dist li uns, de moi n’avez vous huimés garde, car je voi et sé que nous n’i avrions duree que de nous et de nos chevaus fere occirre. »

§786 Quant Dorus ot ce entendu, si se penssa qu’il estoit a pié et ne savoit en quel lieu. Et d’autre part, il estoit tout seul et en assez grant peril, dont il B X2 leur dist :
« Biau seingneurs, selonc l’aventure qui est m’est B X2 avenue, je vous merci de vostre present. Mes ce me dites se vous savez qui je sui. »
Lors dist cil qui premiers s’estoit offers de lui mettre a merci :
« Je sé de voir que vous estes Dorus, frere Helcanus, l’emperere e. B de Constentinonble.
– Par [f]foy, dist il, il i pert mal que vous le sachiez quant ci entre vous me veez a pié ! Et s’il n’i a nul de vous qui autre chose en face ne qui B autre chose courtoisie ne vilenie B en me B vueille faire, que je tout seul me mette metre G entre vos mains pour aussi comme p. B X2 faire f. la B X2 vostre volenté ! »
Lors n’ot pas ce dit quant l’autre il B Abylon si mist pié a terre et dist :
« Sire, je me met en vostre merci. Vez ci mon cheval, si montez en la selle pour faire la B vostre plainne volenté. »

§787 💬Pas de nouveau § BAtant monta Dorus ou destrier saus touz drois💬 ou destrier saus touz drois: Comprendre "il sauta directement en selle". , et li autre dui ne s’asseurerent pas, ainz se mistrent a la voie mout isnellement. Et Dorus si dist a celui qui descendus demorez B estoit et qui demoroit sanz son cheval B Abylon :
« Amis, or sui je miex asseur de vous que vous n’estes de moi. Mes pour la courtoisie que vous faite m’avez vous asseure je que, se il pooit jamés avenir que je feusse en lieu ou jamés je B X2 le vous B peusse rendre, la courtoisie que vous m’avez ci G faite, tenus seroie du rendre💬le vous... rendre: Les dislocations, ruptures de constructions et thèmes suspendus n’étant pas rares dans le texte (cf. Note linguistique), on ne peut déterminer dans ce cas si le vous est un ajout de V3GX2 qui tord la syntaxe en créant un dislocation, ou si la leçon remonte à l’archétype et a été modifiée dans B.. Et de ci endroit ne me quier je partir sanz vous jusqu’a tant que vous serez en nostre vostre B compaignie.
– Sire, dist il, la vostre merci. Et si si veraiement B m’eïst Deux D. que B X2 , il ne fu onques heure l’h. B que mi ancisseur n’amassent miex la B vostre partie que la nostre en bonne maniere, et bien i parut aucunes fois. »
Or li dist Dorus :
«  Quel Or me dites q. B X2 part vous pleroit plaist B il B miex tourner en ceste forestForest de Constantinople ? Et si en ce B me dites vostre non et qui vous estes, car, si m’eïst Deux, je ne sé ou nous sonmes. Et d’autre part, il couvient que vous montiez montez B X2 derriere moi, car il n’afiert pas que chevalier voist a pié aprés autre en tel point conme nous sommes.
– Sire, dist cil, sauve soit vostre grace, car neent plus que vous savez ou oui V3 nous sonmes ne le sé je pas. Et d’autre part, alez quel part qu’il vous plera et que aventure vous voudra mener, car que B sus cheval ou vous soiez montez ne cuit je monter hui[43]més, car trop ai esté e. hui B traveilliez. Si Si je B ainme miex a aler a pié que a cheval pour toutes aventures. »

§788 Dorus, quant il entendi celui, si li sot merveilles bon gré de son cest B servise. Lors ne volt iluec arrester, ainz se mist au retour, ainsi com que X2 il cuidoit estre venus. Mais il n’ot pas moult alé quant il en fist le contraire, et en ce le suivoit suivoient B cil a pié a qui il enquist de son non et aprés de son lignage.
« Sire, dist il, voirs est que j’ai non je sui apelé B Abylon, et fu Gasus mon oncle, qui jadis au temps t. que B X2 Pelyarmenus entra regna B en Gresce et i regna, qu’il en B fu garde et conmandierres de l’empire de Constentinonble.
– Et vraiement, dist Dorus, je ne cuit pas que je peusse huimés trouver chose quil me fust contraires que car B X2 vous m’avez ci amenteu le plus loial chevalier qui onc çainsist espee, ne je ne cuit pas que, tant qu’il comme il B vous souvenist de lui, eussiez nule volenté de fere nule traÿson.
– Sire, dist il, ja Dieu ne place que je soie en lieu ou traïson soit faite pour quoi je la puisse destourner.
– Or me nous V3 X2 dites dont, dit fait B Dorus, conment il vous est avenu entre nous vous B de ce que V3 B G X2 nous vous trouvasmes jehui matin B si entrepris conme vous estiez .xxvii. meslez a autre .x. de vostre gent.
– Par foy, sire, de ce vous puis je conter la plus merveilleuse aventure que onques mes oïssiez osasse conter pour verité B . »
Lors li conta, tout ainsi conme desus est dit vous avez oÿ el conte B , conment les .x. .x. premiers B X2 chevaliers furent retourné pour savoir qui que B X2 il estoit devenus qui si esforcieement les avoit enchauciez.
– Et quant nous veismes il virent B que ces .x. n’estoient reperié, si se mistrent autres .x. B a la voie pour savoir ce que pooit peust B X2 estre que il n’estoient repairié. Lors ne demora pas grant piece aprés quant les premiers qui de nous s’estoient departi repairierent a nous et nous corurent sus en tele maniere que Pelyarmenus se parti de nous, lui tiers, comme cil qui bien cuida estre traÿs. Et nous nous deffendismes contre ceuls dusques a tant que nous vous eusmes choisi, qui fusmes com tous certains que nostre deffense ne nous eust riens valu fors de nous faire occirre. Et ne fust ore se por ce nous, que cil .x. qui des nos devoient estre, que il nous aloient destraignant que je ne cuit pas que au loing aler peussons avoir duree contre euls. Et veez ci que je vous puis faire savoir estre. Et li conta Abylon tout ainsi conme devant est dit ou conte V3 G X2 💬Le texte de V3GX2 pose problème dans la mesure où l’épisode n’est pas relaté précédemment, contrairement à ce que dit le texte. La rapidité inhabituelle avec laquelle se clôture la prise de parole, ainsi que la syntaxe pour savoir ce que pooit estre nous incite à formuler l’hypothèse qu’il y a eu une omission (saut sur estre ?) qui a rendu le texte lacunaire et face auquel l’ancêtre de V3GX2 a réagi en abrégeant le texte.. »
.

§789 Quant Dorus ot oï Abylon bylon V3 retraire ceste aventure chose B , si en B ot [b]moult grant merveille m. de ceste aventure B , car jamés ne s’apenssast que Haynau eust ainsi esploitié. En cestui conté chevaucha Dorus aval la forestForest de Constantinople, et cil Abylon B le suivoit le miex que il pooit, conme cilz qui a moult grant painne et a moult grant travail le fesoit, et avec ce il aloient le contraire de leur retour. Si leur avint une perilleuse aventure, car il oïrent une clochette sonner auques pres B X2 en la partie ou il s’estoient mis. Et lors n’ont finé d’errer tant que il ont trouvé aussi conme une lande, et leur fu avis qu’il avoit une abaÿeAbbaye ou milieu. Il firent tant qu’il vindrent a la porte, si la trouverent fermee. Et Dorus i hurta, conme cilz qui entrer y vouloit. Lors parla li portiersPortier de l’abbaye et demanda qui que B s’estoit il e. G .
« Amis, dist Dorus, di nous s’il entra hui ceens nule gent armee.
– Sire, dist cil, il en y a et entré et issu. Dites moi qu’il vous plaist.
– Amis, ce dist Dorus, je vueil que tu me dies se tu sez a qui cil estoient que tu dis.
– Ha ! sire, dist cil, je B ne vous en savroie dire verité fors que B tant que il il que il X2 queroient .i. chevalier a unes armes vermeilles a .i. lyon d’or billeté.
– Or me di donques, dist Dorus, queles connoissances cil avoient.
– Sire, dist cil cil, ce vous sai je bien dire B , il estoient trois, dont li uns ot une cote de noir cendal a trois coronnes d’or devant et et autre tant B derrieres ; le secont avoit une cote de cendalynde a couronnes d’argent devant et derrieres ; li tiers avoit une cote blanche a .i. lyon vermeil.
– Par mon chief, dist Dorus, celui au lyon vermeil cuit je bien connoistre, mes les autres .ii. ne sé je qui il sont.
– Sire, dist Abylon, je cuit et croi que il sont ce est B de vostre gent qui sont retourné de nostre vostre B partie. Et celui que il dist a la cote de noir cendal [c]est le plus aspre chevalier qui onques montast en cheval. »
💬Ces références aux armes de ces chevaliers ne nous semblent pas offrir des indices formels sur leur identité, aucune mention dans ce sens n’ayant été donnée auparavant. Soulignons par ailleurs que Dorus et Abylon croient chacun reconnaître un chevalier sous ces armes, alors que les deux compagnons de Pelyarmenus ne sont à aucun moment identifiés dans la suite de cet épisode.

§790
– Ha, sire V3 ! dist li portiersPortier de l’abbaye, sanz congié ne l’oseroie je G faire, car il m’est deffendu. Mes dites moi qui vous estes et je l’irai dire d. volentiers B a mon seingneurAbbé.
Va Vas i V3 , li B X2 dis, dist il G , que je sui de la mesniee a l’empereeur de Costentinoble Helcanus et sui .i. sien grant amy. »
Cil se parti de la et vint en la chambre a l’abbéAbbé, qui soupé avoit, et li dist son mesage m. son mesage B .
« Ore, dist li abbésAbbé, que mal li m. V3 X2 puissent il il p. V3 li puisse G estre venu ! Se on li osast escondire, il n’i entrast mes hui ! Va et si le lés ceens entrer et ne ne li G dis pas que il il y B ait nullui avec moi et ains B X2 dis que je sui deshestiez et que je me gis en mon lit. »
Cil vint arriere arrie|arriere V3 et G lessa Dorus entrer ens et son compaingnonAbylon, puis mena son cheval en l’estable, et aprés mena les les .ii. B X2 chevaliers a l’ostel moult convenablement. Si avint ainsi que l’en fist de lui moult grant feste, mes oncore li eust on B faite plus grant se mais que B X2 on seust qui il fust. Mes de l’abbéAbbé, qui avoit ainsi respondu au portierPortier de l’abbaye com je vous ai dit G , me couvient que je vous die dire G pourquoi il respondi en tele maniere.

§791 💬Pas de nouveau § BVeritez fu que cilz abbésAbbé estoit de l’ordre saint Beneoit, .i. grant gentil honme qui avoit esté estraiz de ceus qui furent destruis pour l’empereris Helcana, si conme il a esté devant dit💬si conme il a esté devant dit: Voir la conclusion apportée, dans le Roman de Cassidorus au débat que livre Helcanus contre les sept maîtres qui cherchent à défendre les barons renégats, voir en particulier §497-507 pour la résolution de ce jugement.. Si avint ainsi a. par aventure B X2 que Pelyarmenus et si dui chevalier estoient avec l’abbéAbbé l’a.aussi comme par aventure et par amisté que il li volt faire B , si volt Pelyarmenus savoir qui ceus estoient qui a cele heure s’estoient [d]embatu leens. Si dist a l’un de ses chevaliers :
« Il vous couvient savoir qui cil sont dont nous avons entendu ceens leur venue💬dont... leur venue: Répétition pléonastique de la possession dans toute la tradition.. »
Li uns d’eulz se leva et prist le un des B X2 serjant a l’abbéAbbé et vint a Dorus la ou il estoit, voiant o lui B Abylon, qui estoient💬L’accord se fait avec le sujet logique Dorus et Abylon. seant a la table, touz garnis de leurs armes fors que chascun d’eulz avoit son hyaume osté et mis d’encoste soi sus la table et s’espee l’e. B toute nue desus couchiee, qui estoit moult estrange chose a veoir.

§792 Le chevalier qui estoit a B Pelyarmenus esgarda esgarde B Dorus, si ne le connut pas, mes il connut Abylon. Lors vint arriere a son seingneurPelyarmenus et li conta ceste merveille. Et quant Pelyarmenus oÿ ce, si sailli em piez et vint cele part, si connut son frere Dorus et vint a l’abbéAbbé au plus tost qu’il pot et l’a embracié moult en haste et li dist :
« Ha ! gentilz sire, merci, je sui au desus de ma besongne, mais que vous me vueilliez aidier ! »
Lors li conta l’aventure de son frereDorus, aussi conme vous avez oÿ. Et lors li B dist li abbésAbbé :
« Conment voulez vous, sire, que j’en esploite ?
– Sire, dit il, je vous pri que vous me faciez faites B X2 tant d’onneur que je puisse fere ma volenté. »
G

Ha ! sire, dist li abbésAbbé, pour Dieu merci V3 G merci, je ne soufferroie por nulle chose ch. qui fust B X2 que il mourust ne que j’en feusse retez de traïson, car je en seroie destruis, et nostre abbaÿeAbbaye d’autre part.
– Sire, dist Pelyarmenus, merci, je ne vous requier chose que vous ne puissiez bien faire tout em pais, et si vous dirai conment. Il est ainsi qu’il a .i. mien chevalierAbylon o lui, et je B ne sai conment. Si voudroie savoir en quel maniere nous pourrions parler a lui sanz ce que Dorus le seust.
– Par foy, dist li abbésAbbé, je ne sai conment nous em puissons ouvrer.
– Je le vous dirai, dist il. [e]Il vous couvient aler a eulz parler et faindre cest afaire et savoir conment il est avec Dorus Dorus mon frere B .
– Et j’en ferai la besongne », dist il. Lors s’en vint li abbésAbbé la ou Dorus estoit. Et quant Dorus sot que ce fu li abbésAbbé li abbés de laiens B , si s’umelia moult contre lui, et il s’asist d’encoste lui et li dist :
« Sire, vous soiez li bienvenus !
– Sire, ce dist Dorus, et vous aiez a. bonne a|iez V3 bonne aventure ! »
Adonc a demandé demanda B X2 a l’abbéAbbé :
« Sire, savez vous qui nous sonmes ?
– Sire, dist il, voirement le qui vous estes B sai je bien, mes je cuit que vous ne voulez pas que l’en le sache.
– Bien puet avenir, dist Dorus, que je ne voudroie pas que tuit le seussent.
– Sire, dist li abbésAbbé, et je ne volz pas lessier, quant je soi que vous feustes estiez B ceens, que je ne vennisse a vous pour savoir conment il vous a esté en la journee d’ui.
– Moult noblement, dist Dorus. Or dites avant ce que il vous plaira.
– Je le V3 B G X2 vueil, dist il, pource p. que je avoie oÿ dire B qu’il avoit ceens .i. des B X2 grans amis mon seingneur de ConstentinonbleHelcanus que je ne vouloie pas lessier, mes que B X2 je sui venus ne venisse B X2 a vous pour conmander a fere toute vostre volenté.
– Sire, dist Dorus, la vostre grant mercis. »

§793 Moult fu Dorus conjouys de l’abbéAbbé et de touz ceus de leens, et leur fu aporté des meilleurs vins et des plus fors de leens l., ne que l’en pooit trouver en tout le paÿs, dont il avint que il B , si em burent a grant plenté, et lor lors B dist li abbésAbbé :
« Sire, je vous asseur a. huimais B X2 de touz vos anemis a. ceens B .
– Sire, dist Dorus, grans mercis.
– Or faites oster vos hyaumes, dist li abbésAbbé, car onques mes n’oï parler d’onme qui qui tant B se doutast qui ce feist que vous vous en B X2 avez fet.
– Non, sire ? dist Dorus. Par foy mon chief, dans abés, dist il B , bien vous en croi croi. Tout autresi n’en oÿ je onques mais parler que ore mais or le poez veoir et oÿr. Si vous en convendra faire a l’avenant B . »
Adonc Lors commanda l’abé que l’en ostast les hiaumes. Adont B mist chascun la main au sien, et dist Dorus a l’abbéAbbé :
« Sire, vostre conmandement ne s’estent pas ci endroit ne si avant que je vueille que vous nous vous B desgar[f]nissiez de nos vos B armes pour chose qui pas vous peust porter grant conquest. »
Dont fu li abbésAbbé esbahis, si ne se sot de quoi couvrir fors que il dist :
« Sire, Deux moie courpe💬Deux moie courpe: Comprendre "Dieu me pardonne"., je cuidoie bien dire.
– Ha ! sire, pour Dieu merci, je ne me savroie en qui fier, et je vous dirai conment, et si ne vous anuit se je vous ai repris, car je vous en conterai une merveilleuse aventure pour ce que vous en soiez en bonne pais. Vez ci cest chevalierAbylon qui siet delez moi, que je trouvai hier a mon anemi, et je estoie le sien. Si ne sui pas du tout asseuré de lui, conment que il soit de moi. »
Lors li conta a briez parolles conment il s’estoient entracointié et venu jusques la.

§794 Quant li abbésAbbé ot G ce oÿ, si ot moult grant merveille de ceste chose et penssa en son cuer soi meismes B que moult pou se devoit prisier honme qui n’avoit en soi aucune aucun poi de B franchise, si dist oiant touz :
« Ja Dieu ne me doint s’amour se, a ce que j’ai entendu de vous .ii., s’il n’a plus de droiture et de franchise en vous qu’il n’a en la moitié des moinnes de ceens. »
Lors n’i ot nul d’eulz de ceulz qui la furent B quil n’ait eu grant joie de ce que li abbésAbbé a dit dit. Or vous feroie je ore plus de mencion de chose qui ne fait a metre en conte B . Dont fist commanda B Dorus oster que l’en ostast B la table de devant lui, et l’en si fist B , si et quant il B ont ot B lavé, puis s’aclina devers Abylon et li B dist Dorus a Abylon B en l’ oreille o. quoiement B : Se Deux me doint joie B , cilz abbésAbbé me semble uns faus varlés.
– Tout aussi fet il moi », dit Abylon💬Cette réflexion de Dorus, tout comme son refus au préalable de se désarmer, démontre une fois encore sa grande lucidité..

§795 💬Pas de nouveau § BAtant saisi Dorus son hyaume h. et s’espee B X2 et puis sailli em piez et dist :
« Or aus chevaus !
Conment C., sire B X2 ! dist li abbésAbbé. Vous ne vous partirez huimés de ceens, se Dieu plest !
– Sire, dist Dorus, ja Dieu ne place que je ja aie repos en hostel ne en meson devant que je sache conment il est a mon seingneur mon frereHelcanus, que je lessai jehui entre .xxm. combatans.
– Ha ! sire, dist li abbésAbbé, pour Dieu pour V3 G , [44]je ne le B vous osoie demander.
– Vous avez droit, dist Dorus, car assez a temps en pourrez oïr ce qu’il en sera savra B . »
Atant se trait Dorus vers Abylon et li dist :
« Sire compains, je vous doi moult mercier de la vostre grant franchise. Si sachiez que je me ne G vueil de ceens departir conment qu’il en B X2 aviengne, car aucuns de mes compaingnons me ne B quierent, qui sont de moi en doubte. Et vous demourrez, se il vous plaist, car je ne vous vueil chose requerre qui soit contre vostre volenté vous B X2 .
– Ha ! sire, ce dist Abylon, je ne vous leroie loeroie G aler sanz moi tout B seul pour nule rien ne pour B X2 amour que je aie a mon seingneur. Mes prions a cest abbéAbbé que il nous preste .i. cheval, et il li ert moult richement guerredonné. »

§796 Atant vint Dorus a l’abbéAbbé et tint a une main son hyaume et s’espee a l’autre et la le X2 et l’a.main B gita au col col de l’abé B X2 et dist :
« Sire, je vous requier pour Dieu et pour humilité humanité B .i. cheval qui me peust porter de ci a ma gent. Et sachiez que il G vous iert moult bien hautement B richement X2 rendu guerredonné B X2 , se je jamés vous revoi r., car je n’en ai point ainsi comme je vous ai conté B .
– Ha ! sire, dist li abbésAbbé, ja savez savez vous B bien que quanque je ai ceens est vostre frereHelcanus. Mes, foy que doi saint Benoist, mon patron, que je n’ai ceens cheval qui vous feust couvenable. Mes demorez ceens B huimés, et le matin je vous en querrai un, que qui que il me B doie couster. »
Lors fu Dorus esbahis, et parla Abylon et dist :
« Sire, vous ne poez ne devez mon seingneurDorus escondire e. de B ce que il vous requiert. »
Dont prist li abbésAbbé Abylon et et le traist d’une part et B dist :
« Conment, sire chevalier ! Estes vous ore si tost acordé a vostre anemy ? Cuidiez vous que, se je eusse seusse B X2 cheval ceens qui li fust couvenable c. que il couvenist B , que vous fussiez moyen de ceste requeste ?
– Ha ! sire abbez, n’estes de n’e. V3 vous honme de religion ? Conment parlez vous ore si desordeneement ? Ne cuidiez que il couvien[b]gne c. que B , se il a aucune a. chose B discencion entre mon seingneurDorus et son frerePelyarmenus, que ce ne soit convenable chose de porter bonnes parolles de l’un et de l’autre ? Si ne couvient pas pource que il soit mon de moy G anemi ne je le sien. Par mon chief, je ne sui mie ne si ne vueil estre si son B X2 malveillant, car je cuit B X2 que quant B vous et je pourrions estre mal de lui. Si pourroient il estre bon ami ensemble, et pour ce ne le B di je pas que, ce vous nel m’i B confortez de ce que dont B il vous requiert, il n’ira pas a pié, car il enmenra mon cheval et je demourrai ceens jusqu’a tant qu’i le me renvoiera ou que je pourrai avoir autre. Et ceste courtoisie li voudroie v. je B X2 fere f. pour l’amour de monseigneur mon vostre X2 frere B X2 G 💬Possible saut du même au même non erroné de V3G sur -ere. La leçon de X2 semble supérieure à celle de B quant au pronom possessif.. »

§797 Quant li abbésAbbé ot entendu le chevalierAbylon, si sot qu’i fu sages et preus et dist :
« Abylon, ainsi conme je vous B ai oï nonmer G , il a ceens chevaliers qui m’ont envoié a vous conme en confession et vous mandent que vous vous partez de Dorus au plus secreement que vous pourrez, tant qu’il aient parlé a vous. »
Quant Abylon oï ce, si mua coleur et vint a Dorus et li dist em bas : Sire, il a ceens de nostre vostre B gent, et je ne voudroie pour nul avoir que que nul B X2 mal vous em peust avenir pour que je le peusse trestourner. Il m’ont mandé que je aille a eulz parler. Alez vous ent, aussi conme se de ce ne seussiez riens, et montez sus vostre cheval et issiez la hors, car cilz abbésAbbé vous est contraires. Et se je puis par nul sens qui en moi soit, je revenrai a vous. Si tenez mon moiennel et le que vous B sonnez sonnerez B se il vous semble que je ne reviengne a vostre volenté.

§798 💬Pas de nouveau § BMoult ot Dorus grant joie de la loyauté Abylon et li mist amdeus ses bras au col et dist :
« Amis dous, je vous pri, se vous poez plus B X2 reperier a moi, que vous reveingniez. Et je vous jur conme chevalier que je [c] sui que je B vous ferai seingneur de moi, mes que je puisse de ceste bataille eschaper vif.
– Sire, dist Abylon, alez au Saint Esperit, et j’en ferai mon pooir. »
Atant se departirent les uns des autres li uns de l’autre B X2 , et Dorus dist que il voloit aler veoir v. comment il estoit B X2 a son cheval. Lors li dist on fu dit B X2 qu’i li estoit bien b. et a aise B et que de ce ne li convenoit il ja B pensser.
« Si fet, dist il. Je ne m’en fieroie en nul honme devant tant B que je l’avrai veu. »
Atant A. en B vint en la salle s. d’une chambre ou il orent soupé B , mes il B X2 vit un grant conseil de gent qui parloient ensemble, mes il fist aussi conme se B il ne li en chausist, ainz en vint a l’estable et trouva le cheval sus quoi il estoit venu gisant malade, a son avis. Lors esgarda aval et vit trois chevaus grans et gras et en bon point, si demanda a qui il estoient, et uns garçonsGarçon d’écurie li dist qu’il estoient a .i. chevalier du paÿs.
« Amis, dist il Dorus B X2 , il n’a honme en ceste terre qui m’escondisist son cheval, ce dist Dorus B X2 . Va et si mes ma selle sus cestui et si n’en fais ja dangier ne noise, car que B je me courrouceroie a toi ! »
Cil n’osa escondire faire contredit de B ceste chose, ainz a fet son conmandement. Et puis a fet mettre le cheval hors enmi la court. Dont monta en la sele au plus tost que il pot, si vint a la porte et se fist hors mettre. Et quant le garçonGarçon d’écurie vit que il enmenoit son le B cheval sanz oultre G son gré, il B conmença a crier, et en vint a l’abbéAbbé la novelle, ainsi conme il iert devant Pelyarmenus, qui palloit💬Sur l’assimilation -rl- > -ll- propre à V3, cf. Note linguistique. a Abylon.
« Sire, dist li abbésAbbé a Pelyarmenus, par foy, onques mes tele chose n’oÿ que car B X2 vostre frere Dorus enmainne vostre bon B cheval et a a a X2 bien pou mon garçon occis!
– Par mon chief, dans abbés, il a bon droit, du mien se puet il bien tant aidier fier B conme .i. cheval vaut. Mes or me dites conment il sot qu’il estoit miens. »
G Dont a on fet venir le garçonGarçon d’écurie avant, et li demanda on con[d]ment la chose estoit alee, et cil leur conta tout en tele maniere conme il estoit avoit B alé, mes de ce que le cheval feust a Pelyarmenus ne set il riens.
« Bien va dont ! dist Pelyarmenus. Or le lessiez aler, que car B de plus apenssé chevalier n’iert il jamés nouvelle oÿe💬 de plus apenssé... oÿe: Comprendre "on n’a jamais entendu parler d’un chevalier plus réfléchi".. »

§799 Ainsi conme je vous ai conté ça en arriere avoit Abylon parlé a Pelyarmenus et raconté l’aventure et la novelle B de Dorus conment il s’estoit acointié a lui. Mes il B li le B couvint a B X2 mentir en ceste maniere que je vous dirai, aussi conme il li B X2 couvient a la fois fere f. a B maint preudonme💬Dans la lignée de tout cet épisode porté par une logique sapientiale qui soutient la conclusion de cette guerre fratricide, cette assertation rappelle le proverbe Bons mentirs a la foie aiue (Morawski, 291)..
« Sire, dist Abylon, il est voir que je me sui acointié a vostre frereDorus en la maniere que vous avez oÿ. Mes sachiez que la cause color B por coi je l’ai fait n’est autre fors que je le l’en G cuidoie amener a ce que je le seusse en aucun lieu ou je le peusse amener et que vous le peussiez saisir et prendre, tant que vous eussiez pes envers eulz couvenable par quoi vous feussiez bon ami ensemble B X2 , car vraiement il n’est pas preudoms qui ce ne couvoite. »

§800 💬Pas de nouveau § BQuant Pelyarmenus ot ce entendu Abylon ot ce dit B , si gita a Abylon li mist Pelyarmenus B les bras au col et li dist :
« Vraiement, Abylon, vous estes preudoms ! Et se vous peussiez avoir ce fet, vous feussiez mes amis, et si en eusse ouvré par vostre conseil.
– Sire, dist il, encore cuit je que je le feroie, mes que vous m’en lessissiez me vosissiés laissier B X2 couvenir.
– Oïl, dist il Pelyarmenus B . Or me dites d., dist B X2 , Abylon, conment vostre gent s’est maintenue puis que vous partistes de la bataille. Je n’ en oï B X2 onques nouvelles, dist il, ne je ne me quier partir de ceens devant X2 que je sache s. devant que je savrai B X2 conment nostre besongne va, car je me sens moult blecié et navré, et nulz ne me set [e]ceens fors vous et ceus que vous savez.
– Sire, dist Abylon, je lo que vous soiez ceens tant que vous sachiez conment de B X2 la besongne b. comment ele B X2 va, car il m’est avis que cist abbezAbbé vous est aucuns anemis G amis.
– Vous dites voir, dist il, car son lignage fu destruis par la fausse empererisHelcana dont vous avez oui, par qui que B X2 tant de maus sont venus. »

§801 💬Pas de nouveau § BEn ceste parolle ne demoura pas que que Dorus que V3 Dorus ne B sonnast .ii. mos, et Abylon l’entendi, si dist :
« Sire, je oï vostre frereDorus qui m’apelle. Or esgardez se vous voulez il vous plaist B que je voise a lui.
– Et conment! dist Pelyarmenus. Li eustes vous X2 en couvent que vous vour (sic) V3 iriez aprés lui ?
– Sire, dist il Abylon B , voirs est que, quant l’abbéAbbé me dist que 'il avoit de vostre gent ceens quil q. estoient et B vouloient parler a moi', je li dis qu’'il demourast huimés', et il me B dist que 'il pour riens ne il ne V3 X2 demorroit'. Dont li dis je que, 'se je pooie, je iroie aprés lui au plus tost que je pourroie'. Et s’il vous plaist, je irai, se ce non je m’en deporterai et ferai envers vous ce que je devrai.
– Alez i, dist Pelyarmenus, et faites tant de ceste chose et d’autre que je m’en aperçoive puisse apercevoir B , et que vous soiez preudoms et loyaus.
– De ce ne doutez ja B  », dist il.

§802 💬Pas de nouveau § BAtant s’en vint Abylon B en l’estable et prist .i. autre cheval que le sien et se mist aprés Dorus au plus tost que il pot et le trouva en la lande ou il l’atendoit ert en aguait de lui B . Et quant li uns vit l’autre, si furent moult joiant. Dont se sunt entresalué, et G enquist Dorus a Abylon A. et V3 G qui💬La conjonction et dans V 3G rompt la syntaxe, à moins de supposer qu’elle indique un passage (non abouti) à une interrogation directe. cil furent qu’il avoient avoit B trouvé en l’abaÿeAbbaye.
« Sire, dist il, vous n’en avez pas moult a faire, ne plus ne vous en dirai. Mes gardez quel part vous vodrez il vous plaira a B X2 aler.
– Et conment, dist Dorus, le pour[f]roie je V3 savoir s. quand B X2 ? Je ne sai ou nous sonmes ne de quel part nous sonmes ci venus.
– Je le vous dirai, ce dist Abylon. Veez a la lune quele part elle doit esconser.
– Voir dites », dist Dorus. Atant se sunt mis vers Oriant en la forestForest de Constantinople. Il estoit e. aussi comme vers la B X2 mie nuit, et fu aussi conme vers la Toussains. Si avint que il prist a Dorus .i. si grant sonmeil que il dist :
« Ha ! Abylon B X2 , sire compains, a B X2 dormir me couvient.
– Sire, dist Abylon, fere le poez.
– Sire, dist il, si ferai je hardiement B a la foy Dieu et a la vostre. »

§803 Adonc Atant B descendi Dorus, et Abylon prist le cheval en sa main et demoura ou sien. Dorus se coucha sous .i. arbre ou il et dist li contes que, se B X2 fu moult tost endormis. Et en ce avint que les .ii. chevaliers qui s’estoient partis d’Abylon d’A.ainssi comme je ai dit dessus B quant il presenta son cheval a Dorus vindrent cele partie, aussi conme par aventure, qu’il avoient ouÿ le son du moiennel que Dorus avoit sonné. Et quant Abylon les oï venir, si est trait se t. B s’est trait G X2 ensus de Dorus. Et quant B i l’ont ont G aperceu, il en ce que la lune luisoit clere B sont venus a lui, vousist ou non. Quant Abylon les ce B vit vit, si les connut B X2 , si vint contre eulz aussi com s’il en B eust grant joie, que il les reconnut moult bien B X2 . Lors Quant il l’ont veu, l. B a enquis li .i. a l’autre conment il avoient esploitié. Cil distrent que toute la nuit il B X2 avoient esté alé B X2 sus et jus ne onques puis il n’avoient trouvé rien qui lor eust aidié aidié ne veu B fors ce qu’il avoient oï le son B moyennel a qui💬Comprendre qui = cui, cf. Note linguistique. son il estoient venus.
– Alez, dist Abylon, par cest assens, et la trouverez t. vous B X2 une abbaÿeAbbaye ou mon seingneur Pelyarmenus B X2 est est, aussi comme se il ne vosist pas que l’en li seust B , car si n’avez vous que que faire pource que B X2 cest deable💬 Remarquer que l’étiquette deable, habituellement associée à Pelyarmenus, est ici, pour les chevaliers de Pelyarmenus, accolée à Dorus. L’accusation se charge d’un double sens et d’une certaine portée ironique, a fortiori dans la bouche d’Abylon. Dorus est iluec ici pres B X2 , lui tiers, et s’i nous trouvoit ja ci endroit, il B nous seroit mal encontre.
– Et conment dont ! dist l’un [45]des .ii.. Dont vous vient ore ici le cheval mon seingneurPelyarmenus ?
– Trop atendriez l’aventure du savoir, dist il. Mes tant dites a mon seingneurPelyarmenus que 'je sui auques en la voie de la besongne asouvir que il m’avoit dite B X2 '. »

§804 💬Pas de nouveau § BLors n’ont plus cil iluecques atendu, ainz se sont mis a la voie partis d’ileuc B au plus tost que il porent. Si devez poez B savoir que 'moult est l’onme plain de grant vertu qui a loiauté en soy'💬 moult est l’onme... soy: L’expression sentencieuse, qui met en valeur la loyauté (importante qualité chevaleresque), est inconnue des répertoires.. Or sont ore assez de chevaliers qui voudroient dire qu’il seroient pou d’onmes prodommes B qui eussent convoitié la destruiction d’un tel honme pour aquerre un pou d’ avoir amor B X2 a leur seingneur. Mes cilz ne couvoita fors que il peust mettre m. en aucun lieu B le preudonme a sauveté. Si fu iluec tant que Dorus ot tant dormi et si forment que i li fu avis en son dormant que Helcanus son frere li estoit venus venoit B devant, aussi conme vestu d’ une une robe de B X2 pourpre d’or estelee, et li sembloit qu’il estoit en une compaingnie d’angels et estoit plus bel que il ne l’ot onques veu. Si li disoit :
« Frere, or vous souviengne coviengne V3 B X2 de ceste guerre, car que B j’en ai tant fait que je n’en puis plus, car il me couvient aler en une region dont jamés ne me verrez devant au le B X2 grant B X2 jour espoentable. A B cel saint jour que quant B le Grant Mestre tendra Son jugement, et la iert rendu le droit B X2 jugement de nostre droit contre le droit tort B Pelyarmenus nostre vostre B frere. »
Et atant se part partoit B Helcanus de Dorus son frere, si conme il i ert avis en son dormant B .

§805 En ceste vision raison B s’esfrea moult Dorus. Si s’est esveilliez moult tristres et moult dolens. Lors si sailli sus, si vit Abylon, si le hucha, et il vint a lui, et Dorus li deman[b]da se il avoit guieres dormy, et Abylon li dist :
«  Sire que G , nennil. Qu’ avez a V3 vous, qui me semblez effreez ?
– Amis, dist il, je monterai, et puis si savrez que je vous dirai. »
Adont Atant B X2 monta Dorus sus son cheval. Lors ne V3 G se sont iluec arresté, ainz se sont mis a la voie G . Et dont dist Dorus :
« Amis, je ai veu une avision en mon B dormant qui m’a mis en moult mon V3 grant esfroy.
– Ce n’est que tout bien, dist Abylon, se Dieu plest, car B nul ne doit avoir en songe que seurté de tout bien. »
Lors li a conté Dorus ainsi conme i li estoit avenu en son G dormant.

§806 💬Pas de nouveau § BQuant Abylon l’ ot entendu entendi B X2 , si vit vit et sot B par son au B songe et par experiment de la lune que Helcanus estoit occis et mis a mort, mes il ne li volt pas iluec despondre, ainz li dist :
« Sire, ne doutez ja de ce, car il ne puet avenir que vous n’ aiez oïez B X2 par temps bonnes novelles.
– Par foy foy, amis B , dist Dorus, onques mes n’oï parler de tele aventure, jour de ma vie, conme B X2 de la B X2 battaille que comme B X2 nous eusmes a la journee d’ier. Car je n’oï de nulle partie nouvelles que mes compaignons sont soient B devenus d. et d’autre part de roi n’oÿ je nule nouvele B . »
Lors li conta Abylon conment cil dui chevalier furent venus a lui et conment il s’en se B delivra pour toutes aventures.
« Par foy, dist Dorus, Abylon, biaus dous amis, je sé bien, se vous me vousissiez avoir trahy, que je ne fusse pas ici. Et sachiez que je seroie moult liez se je ja jour de ma vie vous pooie rendre le guerredon de la compaingnie et du servise que vous m’avez fait.
– Sire, pour Dieu, dist Abylon, ice me dites pourcoi comment B ce est que je n’ai oï nullui de vostre compaingnie sonner ne cor ne moyennel par coi aucun de vous feussiez ensemble ravoié.
Abylon, dist Dorus, de ce n’en ne B X2 poez vous mes se vous le dites. Mes de ce soiez certains que, [c]a l’eure que je me mis ier aprés vous, je avoie le meilleur cor B du paÿs p., mais une branche le me toli B et je ne vueil le vostre sonner pource que il me sembleroit aucune raison estre. Car se aucun de vostre gent venoient au son, je ne me pourroie tenir qu’en aucune maniere ne me preisse a eulz ou eulz a moi, par quoi il vous anuiast.
– Sire, ce dist Abylon, cel veraiement cel B a esté le mien avis, car oncore ne vousisse je G pour grant chose que ces .ii. chevaliers vous eussent seu en tel point conme vous estiez.
– Il m’eussent tué, dist Dorus, a leur pooir !
– Ce ne dis je pas, dist Abylon, ainz en eust tel chose esté dite dont nul autre que je n’en ne B X2 savroit savra B parler. »

§807 Moult longuement ont on V3 chevauchié les .ii. chevaliers, qu’il n’ ont ont oÿ ne B trouvé chose qui les lor B embelisist. Et ce ne fu pas moult grant merveille, car, aussi conme vous avez oÿ oÿ devant el conte B , cil qui faisoient leur chace, ainsi conme je vous B ai conté, il en y ot de tieux💬cil qui faisoient... tieux: Rupture de construction, cf. Note linguistique. qui folement la firent. Et par par lor B folement G enchaucier il en furent mort, et par par leur B X2 maleur les autres le la B firent en telle maniere que il les mistrent a mort, vousissent ou non. Mais li contes n’en fait ore pas autre mencion pource que trop y avroit a dire avant que je venisse l’en peust venir B au principal de la bataille. Si m’en vueil ore outre passer au plus briefment que je pourrai sanz corrompre la matire G et vueil reperier repaire G au plus souffisant de ceus qui avoient fet la chace aprés Dorus.

[45] Ci endroit X2 revient le conte a Hayno, le bon chevalier, qui si bien le fist conme nulz le pot faire, conme cil qui aloit querant aprés X2 Dorus B .

[d]

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Enluminure sur 1 colonne (d) et 12 UR. Hayno, à cheval en armes rouges à motifs blancs, à la recherche de Dorus.

§808 En ceste partie Or X2 dist li contes que B Hayno, dont vous avez oï desus, ne chaça pas les siens en vain, car, aussi conme je truis el conte, le B X2 levrier qui est afaitié au lievre prendre ne se preuve mie miex quant il voit que sa beste est pres de la garenne et il a paour que elle ne li eschappe : adont s’esforce tant que il li tolst son refui et le demainne, si que par force le prent. Tout aussi fist le bon chevalierHayno, car avant que il tirast son frain en ot occist B X2 il .vi.💬en ot il .vi.: Comprendre "en vaincut-il six", le verbe avoir signifiant ’dominer, vaincre qn.’ dans un contexte guerrier, cf. DMF, sv. avoir., et ses compaingnons .xii. .xii., ainsi en occist il .xviii. des .xxvii. B , et les autres s’en eschaperent, qui occistrent o. de B leurs anemis a. .iii. B , et les autres se ralierent au mieux que il porent et par le son de lor moyenniaus.

§809 💬Pas de nouveau § BHayno, qui la seue chace avoit faite et qui avoit le jour moult pené a ce qu’il peust sormonter ses anemis, fu moult ataint du grant travail que il avoit le jour eus, mes il ot greingneur pitié de son cheval que de lui. Adonc descendi a pié et trouva son cheval moult forment malement B navré, si que il vit bien qu’il ne pot peust B X2 pas longuement durer. Lors conmença a sonner .i. cor moult aigrement, si que aucuns de ceus de sa compaingnie l’ oïrent o. et vindrent a lui li uns de la B , si que des d’euls B .x. en B vindrent les .vi. a lui. Quant il furent ensemble, si ont [e]demandé de Dorus, que il avoient veu venir a leur secours, mes il n’i ot nul qui nouvelles en seust. Dont ont sonné et resonné tant que, pour leur compaingnon que pour Dorus G , que, se il les oïssent oÿst B en aucun lieu ou il fussent fust B , que il il ne V3 venissent venist B a eulz, fust pour bataille ou pour aucune chose. Mes riens ne leur vaut valut B , car en ce point de adonc li estoit son cheval mort et avoit fet escu et targe de sa selle💬avoit fet escu et targe de sa selle: L’expression faire escu et targe se revêt un sens métaphorique de protection. Cf. DMF, sv. targe, si conme vous avez oï el conte💬si conme... conte: Référence à l’attaque que subissent Hayno et ses hommes contre Pelyarmenus et les siens au §783, dont la résolution exacte n’est en effet pas très explicite, mais qui donne bien l’idée qu’ils ont subi de grands revers à cette occasion.. Et d’autre part, il estoit trop loing d’eulz. Et avecques tout ce avoit il assez d’autres ententes. Et encore d’autre part li estoit la voie li vens B contraire, si que il furent iluec moult longuement, dont il avint que les autres .v. qui estoient venu en la bataille avec Dorus se rassemblerent jusques a .iii. et li autre dui furent mort en la chace. Et des autres .x. aussi conme par aventure vindrent a eulz les .ii., et li tiers fu ocis par moult grant male aventure, que quar B , quant il cuida estre mis miex B X2 au desus de sa besongne, si li failli son cheval, et iluecques fu occis aussi conme par defaute, car il ne pot recevoir les cox que il gitoit geterent B X2 a lui.

§810 Cil dui et les autres .iii. se rassemblerent r. ensemble B aussi conme par aventure. Et ainsi conme je vous ai conté desus conment Hayno avoit fet a soi et a ses compaingnons changier leur connoissance qu’il ne feussent conneu de lor anemis, si que, quant ces .ii. virent ces les B .iii. .iii. de la compagnie Dorus B , il sachierent leurs frains et osterent leurs hyaumes, car li autre estoient venu avec Dorus B , dont distrent li dui B :
« Biau seingneurs, n’aiez doute de nous ne nous de vous, car nous sonmes touz a .i. seingneurDorus. »
Lors se sont asseuré les uns des autres et ont conté contré V3 les .ii. conment [f]Hayno leur compaingnon avoit fet prendre les desconnoissances connoissances B 💬Les variantes lexicales de V3GX2 et de B sont adiaphores, cf. DMF, svv. connoissance ’signe distinctif’ et desconnoissance ’signe distinctif, différence’ (des- marquant ici l’éloignement par opposition). a ceus que il avoient premiers occis.

§811 💬Pas de nouveau § BAinssi se mistrent li .v. en une compaingnie et puis quistrent lor compaingnons, et meismes Dorus queroient il sus touz les autres. Si se departi departirent B les des B X2 .v. des les B X2 .iii. des autres .ii. et vindrent aussi conme par cheance a l’abeÿeAbbaye dont j’ai desus parlé dit B . Et cilz .iii. furent cil qui avoient enquis du chevalier vermeil au lyon d’or billeté, si que, quant il n’oïrent en l’abeÿeAbbaye fors que l’en lor dist aussi conme pour delivrance de eulz que il avoit passé parmi la forestForest de Constantinople a moult grant haste, et quant il oïrent ce, si cuidierent que ce fust verité et se mistrent arriere hors de l’abbaÿeAbbaye et vindrent a leur .ii. compaingnons pource que il vodrent chevauchier plus seuremen en la queste de Dorus.

§812 💬Pas de nouveau § BCeste queste fu moult contrere, car, aussi conme il avint, il alerent contre poil et contre lainne💬il alerent contre poil et contre lainne: Comprendre "aller à rebrousse-poil", pour souligner la difficulté, reboublée dans cette expression., si que toute la nuit furent cil que de qui B X2 vous oez en tel painne anui B de leurs amis que il ne se porent autrement ravoier que vous oez deci tant que ce vint aussi conme sus le jour que Dorus chevauchoit moult penssis et avoit le cuer a moult grant meschief de l’avision qu’il avoit veue en son dormant, et si ne s’en osoit pas bien descouvrir a son compaingnonAbylon. Et en cel anuy dist il :
« Ha ! Abylon, biau dous B X2 amis et dous compains G , il ne plest pas a Nostre Seingneur que nous puissons p. anuit B venir en lieu ou nous puissons oïr novelles de ce que nous voudrions oïr. Et vraiement, il n’est si grant folye conme de folement enchaucier et conme de lessier sa compaingnie en tel affaire. Mes nul cuer courroucié si ne puet estre bien sené conseilliés B et l’un jour estre pere et l’autre parrastre.
– Sire, dist Abylon, ainsint [46]est il B . Mes il me semble ainsint conme je puis veoir que encore n’avez vous trouvé nul parrastre en lieu ou j’aie esté.
– Par mon chief, dist Dorus, vous avez voir dist. Mes je ne sé conment que B X2 il m’en avendra d’ore en avant. Je vueil sonner .i. mot, ou vous sonnerez.
– Metez ça💬 Metez ça: Comprendre "Laissez-moi m’en charger"., dist Abylon. Je sonnerai. »
Atant prist il p. V3 le cor et le mist a sa bouche et a sonné si haut que une une grant B X2 luye en touz sens en ala l’oÿe l’oÿe Dayno V3 .

§813 Hayno Dayno V3 et ses compaingnons ont entendu le son, si mist le sien cor a sa bouche et a sonné de grant vertu .ii. mos que bien le pot on oïr de loing, car avis lor fu que cil que il avoient oï estoient moult loing, et sanz faille si estoient il. Mes a leur son ne connurent il B X2 G les uns des autres. Et nonporquant n’i ot celui qui moult ne couvoitast a venir li uns a l’autre tant plus pour oïr nouvelles que por bataille avoir. Ceus de la partie Pelyarmenus avoient oï et l’un et l’autre son. Si connurent les .ii. parties et sorent bien que le gros g. son B iert de la partie Dorus et li autre d’Abylon. Lors se mistrent vers le son Abylon moult esforcieement, et li jours conmença a aparoir. Si se sont moult efforcié de venir a lui l’un B , mes ce leur fu contraire que li dui se sont entraprochié, car il venoient cele part ou il avoient a. premierement B Abylon, si que par ceste reson s’ eslongnoient esloignierent B cil d’Abylon et les autres se sont entraprochié G . Si avint que quant B l’une partie et l’autre orent tant alé que Hayno a resonné .ii. mos, et Dorus enquist a Abylon que il ne li celast pas se il connoissoit ce le G son. Cil dist que nennil.
« Et tout aussi ne le connois je pas »
, dist Dorus.

§814 Dont s’apenssa Abylon d’un grant sens et d’une parfaite cortoisie et dist :
« Sire, moult plus de [b]gent me vous B connoissent que il ne font vous moi B . Et d’autre part, je me puis miex moustrer a eulz sanz peril que vous ne faites poez B . Si demourrez ci endroit tant que je aie veu qui il sont.
Abylon, dist Dorus, moult faites pour moi ! »
Atant se mist Abylon devers le son Hayno, mes il estoit encore moult matin. Si n’arresta tant qu’il vit ceus c. venir B parmi une bele lande. Si li fu avis et bien li sembloit💬 Si li fu avis et bien li sembloit: Remarquer le doublet. que ce fussent cil qui contre eulz avoient esté, ainsi conme vous avez oÿ. Mes toutes voies ne savoient sot B il que pensser se ce furent il ou non, car tant estoient leur cotes harigotees et despeciees qu’il n’i avoit pooit connoistre B X2 se pou non de connoissance par coi on les peust connoistre B X2 . Mais nonpourquant vint il vers eulz, aussi conme se il cuidassent : Je ne vueil pas que vous cuidiez je ne vueil autre chose que bien. Cil de l’autre part virent Abylon venir, si ne se vodrent pas mettre contre lui pource que il fu tout seul. Mais il sorent bien que ce fu cil cil tot seul B qui avoit corné, conme cil qui encore tenoit le cor en sa main. Et quant il vint a eulz, si les a saluez, mais il ne li rendirent pas son salu, ainz parla cil Hayno et dist :
« Quelles novelles, biau sire ? »

§815 Abylon, qui maintenant connut leur volenté, dist aussi conme pour eulz tempter :
« Sire, je ne cuide savoir autres nouvelles que, se vous les B saviez, que vous en deussiez d. ja B pis valoir.
– De ce poez vous estre liez, dist Hayno. Or ça ! Dites nous queles nouvelles vous savez par quoi nostre vostre B X2 vie puist estre sauvee.
– Et conment, biau sire! Queles nouvelles devez volez B X2 vous oÿr ? Sachiez que je voudroie mourir en la piece de terre💬 mourir en la piece de terre: Comprendre "mourir sur le territoire". avant que je ne vous feusse aidant a vostre honneur [c]sauver !
– C’est faus ! dist Hayno, car tu es des chevaliers Pelyarmenus.
– Autresi estes vous, dist Abilon, a mon avis.
– Tu mens ! dist Hayno. Ja verras tu conment il est amez de nous ! »
Lors vint vers lui et l’eust occis, quant il dist :
« Vassal, ne me touchiez touches B tant que vous sachiez sachez X2 tu saches B miex qui je sui.
– Or di donc ce que tu veuls dire, car nous sonmes chevaliers au preus Helcanus et alons querant son frere Dorus. Et se il estoit ainsi que tu nous seusses dire bonnes nouvelles, ta mort seroit respitiee ; et se ce non, il te couvient tout maintenant morir.
– Biaus seingneurs, dit il, ja orrez telz nouvelles conme je vous mosterrai. »
Atant a mis son cor a sa boche et a sonné .ii. mos aussi conme pour Dorus apeler, mes il n’ot pooir de ouir venir B X2 o. le son G , ainsi com je le B truis el conte G .

§816 Vous avez bien entendu, ainsi conme je vous B X2 ai avoie B X2 dit desus, conment les .vi. chevaliers ch.qui B avoient entendu Abylon et venoient au son du moyennel, et tant qu’il choisirent la trace de leurs chevaus, ainsi conme il chevauchoient marchoient B X2 par la forestForest de Constantinople, car il estoit ja jour, par quoi il aperçurent qu’ il il y B avoient nouvellement passé. Si se mistrent aprés eulz a esperon brochant💬 a esperon brochant: Comprendre "en piquant de l’éperon". et se hasterent tant qu’il troverent Dorus qui atendoit Abylon, si conme j’ai dit desus. Quant i l’ont choisi veu seul B , si ont veu choisirent B le cheval Pelyarmenus P., lor seignor B . Il vindrent vers lui, et il les vit venir G , si cuida maintenant que ce fussent de ceus qui eussent sonné. Et que fist il ? Il sot bien que ce n’estoit pas des siens, si vint conme senglier vers eulz, et i l’ont receu conme senglier B devant et derrieres et encoste, neis mais B cil cil en B X2 qui qui il B X2 avoit cuer et hardement et valeur ne leur volt pas eschaper, ainz s’est [d]a eulz acointiez en tele maniere que il en les B mist a terre t. jus .iii. et B .iii., dont le plus hestié n’ot pooir que il montast desus en son B cheval. Et les autres .iii. s’efforcierent a ce que il le cuidierent mettre a merci sanz mettre a mort le cheval sus quoi il seoit. Mes cil, qui avoit esté en maint autre peril, s’ efforça esvertua B en tele maniere que maint aineus cox reçut et donna, si que en la fin occist le quart. Et lors virent li autre dui que il n’i avroient duree, si se retrairent arriere B X2 petit et petit et tornerent en fuie, li .i. ça, li autre la.

§817 Quant Dorus vit que il jouoient de tel gieu, si ne volt pas faillir a l’un. Il Lors B X2 se mist aprés le miex montéChevalier suivi par Dorus et se mist a la voie de merveilleuse vertu💬 de merveilleuse vertu: Comprendre "avec grande conviction", qui souligne la qualité de l’action., et cil s’embati aussi com par aventure en .i. chemin par la forestForest de Constantinople, qui estoit et grant et large et bien couvenable a ce que il ne grevoit riens as chevaus qu’il eussent n’e. B lor cors a lor volenté💬il ne grevoit... volenté: Comprendre "il ne blessait en rien les chevaux, qui avaient toute la place qu’ils souhaitaient pour se mouvoir".. Cil qui devant s’en aloitChevalier suivi par Dorus ne s’aseure pas de celui qui le chaçoitDorus, l’espee ou poing toute senglente du sanc de ses compaingnons qu’il avoit lessiez, ainsi conme vous avez ouy G . Dorus le huchoit de fois en autres :
« Retourne toi, fuiant a honte, et si reviens derriere G a ton B X2 honneur ! »
Cil qui n’avoit cure de son sermonChevalier suivi par Dorus aloit touzjours devant lui, conme cil qui avoit cheval a sa volenté. Et le💬L’appellatif le Dorus, qui remonte à l’archétype, est une exception. Il souligne peut-être l’importance accordée à ce personnage dans l’épisode. Dorus ne fu pas a ce ce tour B tourné, car trop avoit esté grevé G . Si le conmença a eslongnier e. Dorus G , dont Dorus il G issoit a bien pou de son du B sens. Mes il ne volt lessier, conment que il alast, que touzjours n’alast aprés. Dont i li G avint de ceste chose une aventure telle conme je vous dirai. Cil qui ainsi s’en aloit devantChevalier suivi par Dorus vit un chastelNesai ou costé d’une montaingne, aussi conme dehors le chemin. Il entra en une voie de cel as[e]sens et tourna cele part, et Dorus aprés a. tous jours B . Si leur avint que, quant il orent celui le G chastelNesai aprouchié, que une puceleCyboule iert aus fenestres de la haute tour, qui vit le chevalierChevalier suivi par Dorus venir fuiant aussi conme vous avez oï oez B X2 . Cele C. pucele G , de si loing conme que X2 elle le vit venir B X2 , li le B G hucha en haut :
« Ha ! chevalier qui mestier as d’aide, viens a moi a garant, que ja cil qui te chace ne sera ja B X2 si hardi qu’il te face ceens nul mal ! »
Ceste parolle oï li uns et li autres, car cele ce B si ot une si haute vois que bien la pot on oïr de loing.

§818 Quant Dorus ot G oÿ et veu G la puceleCyboule, si sot bien que li chevaliersChevalier suivi par Dorus iert venus a garant. Si ne sot que faire de plus avant enchaucier. Lors sacha son frain et volt retourner, quant cele hucha en haut :
« Et conment, sire chevalier ! Avant vous couvient venir por avoir droit du chevalierChevalier suivi par Dorus, se il vous a aucune chose mesfet ou vous a lui. »
Adonc ne pot Dorus retourner por nule honneur, ainz s’en vint vers le chastelNesai aussi conme en doubte. Cil qui devant vintChevalier suivi par Dorus ne sot si tost venir que il ne trouvast la puceleCyboule enmi la court, et avec lui mainte belle damoiselle. Cil descendi a si grant haste de son cheval et vint a la pucelleCyboule et li dist :
« Damoisele, je vieng a vous a garant, car vez ci Dorus de Costentinoble, qui m’ocirra se vous ne me garantisiez contre lui. »

§819 💬Pas de nouveau § BQuant la puceleCyboule entendi cest afaire, si ne fu onques mes si liee dame ne damoisele, et ne pot respondre de joie, ainz s’en vint encontre Dorus D. de joie G , qu’ele vit entrer en la porte, et li dist si haut conme ele pot :
« Biau sire Dorus, je vous desirroie a veoir ceens ! Or ai je tant atendu que aventure vous y a amené. Et de ce loe je Celui qui nous moy et vous B a fet naistre n. d’umaine lignie B . »
[f]En ceste parolle descendi Dorus de son cheval au plus tost qu’il pot et osta son hyaume de son chief et vint a la damoiselleCyboule, en l’une main son hyaume et en l’autre s’espee toute nue, et li dist :
« Damoiselle, je vous salu. Et ne me sachiez nul mal gré du chevalierChevalier suivi par Dorus se je le chaçoie, car il m’eust pieça afolé ou mort se je ne me fusse deffendu. Mes il m’est avis, puisqu’il est venus a garant, que bien le poez avez pooir du B X2 garentir garetir V3 .
– Sire, dist elle, ainz vous ferai avoir vostre droit de lui quant j’en savré la verité. »

§820
– Sire, ce dist ele, puisque je vous tieng ceens, vous n’en avez pooir du departir sanz mon gré. »
Atant conmanda la puceleCyboule le pont a lever et conmanda a B X2 chascun de touz ceus de leenz B X2 sus quanque il chascun B X2 pooit puet B meffaire que nul n’ en B X2 issist hors de laiens B X2 ne n’entrast e. B se ele ne le conmandoit.

§821 💬Pas de nouveau § BQuant Dorus entendi ce, si fu tout esbahy et dist :
« Ha ! franche pucele, gardez que vous ferez, car se ne pourroit estre pour tot tot l’onneur de B l’empire que vous v. ceens B X2 me retenissiez outre mon gré !
– Sire, dist ele, n’aiez doubte que car B vostre frere G Helcanus a la bataille vaincue et mis au desous d. de V3 ses tous ses B anemis. »
Quant Dorus oï ce, si cuida que elle deist voir et fu mout joians et dist :
« Ma douce damoiselle, dont poez vous fere de moi vostre volenté.
– Si ferai je », dist elle. Atant prist la puceleCyboule Dorus et l’enmena ou palais amont et d’iluec en sa chambre, qui estoit si belle et si noble que il fu avis a Dorus que il en jour de sa vie n’eust esté en si [47]biau lieu. Iluec le fist la pucelleCyboule desarmer, vousist ou non, et le trouva moult m. bleciez et moult B 💬Possible saut du même au même non erroné de V3GX2 sur moult. navré en plusseurs lieus. Si dist la Ha B puceleCyboule pour lui plus decevoir :
« Biau sire Dorus, ne cuidiez pas que, se Dieu ne vous eust ceens amené, que vous ne feussiez mors - de telz plaies truis je sus vous ! - se vous eussiez plus B atargié .i. jour.
– Damoisele, dist il, dont m’amena Nostre Sire ceens.
– Voir avez dit », dist ele. Et puis a dit em bas, si que nuls il B ne l’oÿ : Ce ne direz vous pas avant que vous m’eschapez ! Lors conmanda a une seue sereur, qui estoit B mainsnee de luiVespertine, qu’elle li aportast un ongnement que ele li avoit baillié l’autre jour. La puceletteVespertine entendi sa sereurCyboule, si fu moult tristre et moult dolente, mes elle n’osa contredire ce que ele demanda li commanda B X2 , ainz vint en une garde robe, si ouvri .i. escrin, si en traist hors B une boiste beste B de voirre ou il ot pendu .i. brief qui disoit : "Ce est ongnement a ami".
« Ha ! fausse mauvesse, dist elle, pourcoi voulez vous fere le meilleur chevalier B du monde et le plus redoutezDorus vivre en languissant ? Ja Je V3 En G n’a il courpes en la mort mon aÿeulAïeul de Cyboule, ainz est grant traÿson que vous voulez faire. Et ja Dieu ne m’eïst quant pour moi avra ja B mal tant que je l’en puisse garder ! »
Et lors prist le brievet et le destacha, puis prist une autre boiste la B ou il avoit .i. brievet pendu qui disoit : "Icest ongnement est B a compaingnon". Lors a ces .ii. briez changiez et transportez transposez B X2 💬Le stemma ne permet pas de trancher entre les deux variantes adiaphores transporter (remontant au moins à l’ancêtre de V3G) et transposer (accord de B et X2), de même sens ’déplacer’. de l’une boiste en l’autre, car pour la reson de ce que les boistes estoient semblables i furent les briez mis.

§822 Dont revint la puceleVespertine arriere et aporta la boiste et la bailla a sa suerCyboule, qui la prist p. et V3 [b]et la moustra a Dorus et dist :
« Or esgardez a cest escript et veez que il a dedenz. »
Dont vit Dorus que il ot ou brief G escript : "C’est ongnement ong|ongnement V3 a ami." Si dist :
« Damoiselle, je voi bien que il me covient de vous faire ma grant amie.
– Sire, dist elle, pour ce vueil je que vous m’en me B couvenanciez avant que je i en vous B mette cure que vous ne vous departirez de moi sanz mon congié.
– Damoiselle, dist il, mes que vostre congié ne me tourne a confusion, et je le vous ai en couvent B .
– Sire, dist elle, vous tendrez a confusion ce qu’il vous plera, mes vous m’en couvenancerez ma requeste. Et ce se non, je ne vous prendré pas en cure. Et d’autre part, vous ne vous poez avez pooir de B X2 partir de moi ceeens B X2 sanz mon gré.
– Damoisele, dist il, et je l’otroi. »
Atant reversa la puceleCyboule ses les B plaies d’une part et d’autre et li oint si bien conme il couvint, puis referma la boiste et dist :
« Sire, or soiez asseur, car avant tiers jour savrez vous se je je vous B X2 sui amie. »
Lors rebailla la boiste a sa sereurVespertine et li dist :
« Alez et si m’aportez l’autre. Et nonpourquant, metez ça ceste et si m’aportez m’aportez de V3 l’autre, que vous trouverez semblable a ceste c. boiste B , car li dui chevalier ne sont pas touz d’une complexion, si leur couvient avoir divers ongnemens. »
Cele s’en revint en la garde robe, moult corrouciee dolente B X2 , et li couvint prendre la boiste que elle avoit changiee, vousist ou non, et vint devant sa sereurCyboule et li bailla.
« Sire, dist elle a l’autre chevalierChevalier suivi par Dorus, savez vous lire ? Tenez et regardez qu’ il B X2 a ici escript. »
Cist regarda le brief et dist vit B X2 qu’il y avoit escript : "Ce est ongnement a compaingnon." Et lors li dist cilz B X2 :
« Damoiselle, moult vous doi amer et faire pour vous [c]se mestier en aviez.
– Mestier en ai je, dist elle, car il vous couvendra fere ma requeste, se vous voulez que je mette cure en vous.
– Et je le la B ferai, dist il ele B , car que V3 je le doi bien faire. »
Lors li a cele ses plaies ointes au miex que ele pot et puis revint a sa sereurVespertine et li dist :
«  Va et B reporte ces boistes en sauf. »
Et elle si fist et remist arrieres les boistes brievez B X2 si conme elles il B X2 devoient aler G . Lors revint arriere et trova que les chevaliers estoient vestus de robes a leur mesure. Dont s’en vint a Dorus et li dist, si que sa sereurCyboule ne s’en aperçut pas :
« Sire, je vous pri que vous faciez la plus mate chiere que vous pourrez p. par reson B , car je vous en dirai bien encore anuit le pourquoi. »
Lors ot Dorus merveille de ceste chose, mes il ne volt pas lessier que il ne feist le conmandement de la puceletteVespertine, que il vit moult bele et moult gente a touz endrois en t. drois B , et sa suerCyboule parloit a l’autre chevalierChevalier suivi par Dorus, qui fesoit moult mate chiere, mes il se reprist du plus de ce B X2 que il pot pour la pucelleCyboule, qui voloit savoir conment n’en quele maniere Dorus s’estoit a lui pris. Cil li respondi et dist :
« Ma damoiselle, il n’afiert pas ore que vous le sachiez de par moi, car vous le savrez bien miex B de Dorus, qui ceens vous demourra. Si l’en metez a raison.
– Si ferai je vueil je faire B  », dist elle. Lors les mist entreus .ii. ensemble a reson et leur dist :
« Il me couvient savoir l’aventure de vous .ii. conment vous estes ainsi ceens ensemble.
– Par ma foy, dist dont Dorus, de ma partie vueil je bien que vous le sachiez. »
Lors li conta tout ainsi conme il li estoit fu B avenu de la compaingnie Abylon et conment il avoit l’avoient B X2 esté B X2 trouvé seul, ainsi conme je ai il a esté B X2 dit ou conte dessus G . L’autre chevalierChevalier suivi par Dorus respondi, ainsi conme je ai desus dit, conment il estoient venus a la vois du cors qu’il avoient oÿ oÿ et suivi B X2 tant que [d]il la la le B trouverent.

§823 💬Pas de nouveau § BQuant Dorus ot celui oÿ, si fu moult joiant pource qu’il n’ot plus Abylon en soupeçon, car devant d. ce B X2 avoit il douté eu doute B que il ne le vousist traÿr. Si dist :
« Jamés n’avrai joie jusques adonc que je savrai nouvelles de lui, que car G X2 il est du B loial chevalier.
– Par foi, dist il, loial chevalier B est il voirement.
– En non Dieu, dist la puceleCyboule, je le vueil veoir. »
Lors conmanda que les tables fussent mises, et on si fist. Si ont beu et mengié tout a leur volenté. Et aprés mist la pucelleCyboule le chevalierChevalier suivi par Dorus a raison et li dist :
« Il vous couvient aler en la queste d’Abylon, et l’amenez a B mon seingneurDorus, qui ci est, et li distes qu’il n’a pooir de soi partir de ceens jusques a tant qu’il i B X2 vendra. »

§824 Dorus B , li hardis B chevaliers G , si respondi a ce et dist :
« Ha ! franche damoiselle, conment porroit a ce venir ce avenir B X2 💬 conment porroit a ce venir: Nous ne trouvons pas d’autres exemples d’emploi du verbe venir en emploi impersonnel (’advenir’) avec un complément prépositionnel introduit par a; l’emploi personnel du verbe semble quant à lui exclu. Nous intervenons donc d’après le texte de BX2. ? Car espoir ne pourroit il estre trouvé. Et ainsint cuideroient mes amis que je feusse mort et perdu, conme celui qui n’avroit riens valu en cest afaire.
– Sire, dit elle, souffrez vous, car, s’il ne vient anuit ou le matin, aler vous em pourrez quele part qu’il vous plera. »
Lors ne li valut riens B X2 chose que il peust dire. Si Lors B prist la puceleCyboule le chevalierChevalier suivi par Dorus et le fist armer moult tost et li demanda :
« Sire, conment pourrons nous esploitier de Dorus, que je tieng ceens, qui car B 💬Le pronom relatif qui avec une valeur causale est bien attesté en afr. (Ménard, §76a). Cette interprétation sémantique est indirectement confirmée par la variante car dans B. Cf. Note linguistique. je je ne B vueil que jamés ne B X2 s’en se B puisse partir sain ne hestié h. de ceens B , conme cil qui sa mereHelcana fist G mon aÿelAïeul de Cyboule💬 mon aÿel: Il est déjà question de cet aïeul de Cyboule au §824, dont la mort semble être imputée à Helcana, selon les accusations de la jeune fille. destruire mourir G ? Mes pour ce ne vueil je pas que l’en sache qu’il soit ceens c. entrez B X2 , car la chose si pourroit si aler que, se l’en li le B savoit, que je ne le voudroie pas. Et pource que je vueil la chose desvoier, vous emporterez sa cote a armer et la metrez en aucun lieu ou il ait eu mortalité de gent chevaliers B toute despane[e]e et mal atyree, par quoi l’en cuideroit cuide B cuidoit X2 qu’il ait esté entre ceus qui l’aient ainsi atyrié. »
💬On perçoit une fois encore l’importance de la lignée dans le Cycle: les choix et actions des parents influencent le sort des descendants, à travers les décisions des alliés dans les guerres fratricides, et ici encore avec l’enfermement de Dorus par Cyboule.

§825 💬Pas de nouveau § BAinsi conme cele le devisa le fist le chevalierChevalier suivi par Dorus en tele maniere que, quant il ce fu partis du chastelNesai et mis en son chemin arriere, aussi conme il li plut miex, la pucelleCyboule fist une merveilleuse B chose ch. dont vous n’orrez jamais parler de tele B , car ele fist f. maintenant B la pierre forbatre du grant chemin qui venoit a son chastelNesai et planter de bois, si que par nule aventure y ne B peust jamés revenir que cil y peust rassener qui a telle heure s’en estoit partis que il morut dedenz le tiers jour aprés💬Les pouvoirs magiques qui sont prêtés à ce personnage réactivent sa portée inquiétante.. Mes li contes repaire ci ci endroit B X2 G a Abylon, qui avoit sonné le cor, si conme vous avez oÿ devant, pour Dorus apeler, qui en tele maniere se deffendoit conme desus est il a esté B dit.

[46] Ci devise G X2 conment Abylon perdi Dorus et ainsint que Hayno le retint por savoir qu’il estoit devenus, et devise conment la damoiselleCyboule avoit l’a. X2 detenu Dorus X2 en son chastelNesai B .

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Enluminure sur 1 colonne (e) et 12 UR. Dorus mené par la main par une damoiselle dans son château pour l’y détenir.

§826 Ci endroit dist li contes que B , quant Abylon vit que que quant|Abylon vit que V3 Dorus ne venoit, si en B X2 ot moult grant merveille, et tout aussi ot Hayno et ses compaingnons, qui ont maintenant cuidié que cil n’ape[f]last gent fors que pour eulz mal mettre et trayir. Si ont maintenant choisi l’un de ceus qui demorez estoit des .vi. chevaliers dont Dorus chaçoit l’autreChevalier suivi par Dorus, ainsi conme vous avez oÿ. Cil, qui tout estoit espoentez de la doubte que il avoit que Dorus ne le suivist, en vint par sa bonne aventure fuiant entre ceus qui iluec estoient. Si l’ont saisi s. tout maintenant B de toutes pars et li ont enquis avant que il li il V3 feissent pis qu’il avoit, qui si fuioit et et si B X2 nulz ne le chaçoit💬Si l’ont... chaçoit: Comprendre "Ils l’ont saisi de toutes parts et lui ont demandé, avant qu’ils lui fassent plus de mal qu’il n’en avait déjà eu, qui il fuyait alors que nul ne le chaçait"..
« Ha ! biaus seingneurs, pour Dieu merci, j’ai eu doubte et paour d’un du B chevalierDorus qui nous .vi. a mis a destruicion qu’il n’en y a nul eschapé fors que moi.
– Conment ! dist Hayno. Di nous en quel lieu tu le V3 X2 lessas, celui de qui tu parolles G 💬le lessas... parolles: La varia lectio ne permet pas de déterminer dans quel sens va l’innovation. Cependant, il est probable que B transmette la leçon héréditaire, avec dislocation à droite du complément direct (la construction est fréquente, cf. Note linguistique), et que les autres témoins aient indépendamment simplifié la syntaxe : G en maintenant le pronom et V3 en le supprimant., et se tu sez qui il est.
– Ha ! biau seingneurs, dist Abylon, ce est Dorus, que💬Sur la valeur polyvalente de que, cf. Note linguistique. je vous G ai apelé. Et je cuidoie qu’il deust estre venus a mon apel. »

§827 💬Pas de nouveau § BQuant Hayno et ses compaingnons ont celui entendu, si furent tuit esbahi, si sont venus cele part ou Abylon avoit lessié Dorus et ont trouvé le martyre qu’il avoit fet, ainsi conme j’ai desus dit. Ceste aventure fu auques merveilleuse aus compaingnons, si ne sorent a quoi entendre pour savoir premierement nouvelles de leur seingneurDorus, tant que Abylon les apela et dist :
« Ne cuidiez pas, biaus seingneurs, que je ne vueille mourir entour vous, mes que vous sachiez avant ce que je vous conterai, conment n’en quele maniere je sui venus a vous, ainsi conme vous avez veu.
– Il n’est pas temps, dist Hayno, de lonc conte oïr, ainz vueil aler avec aprés B X2 celui qui n’a guieres d’amis avec luiDorus, ainsi conme j’entens. Et Et vous B biaus seingneurs, soiez sesis d’eulz tant que vous aiez oï autres nouvelles de ce que vous nous B alez alons B querant G . »

§828 [48]Atant se parti d’eulz Hayno, lui tiers, et cil sont iluec demouré qui ne B X2 vodrent oïr Abylon, qui tout ainsi leur conta, conme il a esté dit contenu B devant ou conte, conment il s’ estoit e. premierement B acointié de Dorus et li avoit tenu compaingnie jusqu’a tant qu’il estoit venus a eulz. Quant il ont entendu Abylon, si n’i ot nul quil ne deist :
« Voirement se moustrent li bon B X2 gentil cuer ou partout en quel point B que il soient s. de franchise envers lor seigneur B ! »
Lors li offrirent touz honneur et servise pour l’amour de leur seingneurDorus, que il B moult devroit devroient B estre son anemy qui vilonnie li feroit. Et a l’autre chevalier ch. qui s’estoit embatus sor eulz B Chevalier suivi par Dorus ont il enquis conment il s’estoient pris a Dorus en tele maniere. Il dist :
« Biau seigneurs, pour Dieu merci, chascun doute la mort, et la doit on fouir tant conme l’em puet. Voirs est que je sui eschapez de Dorus, le se B chevalier doubté, et m’en ving a garant a vous pource que je cuidai que vous feussiez de nostre gent. Or est ainsi que je me sui embatus entre vos mains, si poez de moi fere vostre volenté, car voirs est que entre vous .vi. chevaliers, a la vois et au son de vostre compaingnonAbylon qui ci est, nous meismes a la trace de lui et de son compaingnon du cor G . Et quant nous eusmes tant suivi que nous trouvasmes le chevalier doutéDorus, il nous courut couvit (sic) V3 en sus en B X2 autelle maniere que, se nous ne feussions que nous dui, si nous fu avis qu’il n’avroit vers nous duree. Si nous combatismes tant que les .iiii. des nostres de nous B X2 si furent mors avant que moi ne mon compaingnon departissions de la bataille, ainsint conme vous poez veoir. »

§829 Quant ceus orent celui entendu, si distrent :
« Sire, por l’amour de ce que vous venistes a la vois de vostre compaingnonAbylon qui ci est, voulons nous ore que il soit nostre vostre B X2 garant. Et pource que [b]vous dites que le chevalier doutéDorus vous couru sus premierement que vous a lui, ne fu ce pas merveilles se vous vous meistes a desfense. »
Ainsi eschappa cilz que il n’ot garde de mort, ainz li distrent que il alast quel part que il vousist vorroit B , et tot autresi distrent il a Abylon fors que il leur die son non avant que il que V3 de eulz se departe pour l’amour et pour la courtoisie qu’il avoit fait a leur seingneurDorus. Lors leur dist a touz G que il avoit non Abylon pource que son pere avoit esté ou chastel d’Abylon.
« Abylon, dist chascuns, alez quel part qu’il vous plaira, car de nous n’avez vous garde.
– Seingneurs, dist il, grans mercis. Mes sachiez que je de ci ne me partirai jamés B jusqu’a tant que je du chevalier doutéDorus savrai autres nouvelles, pource que je ne vueil pas qu’il me puisse reter du fort encombrier qu’il a eu ne B de nule vilenie G . »

§830 💬Pas de nouveau § BEn ces parolles ont entendu grans sons de cornes sarrazinois et de trompes et de buisinnes, et leur fu avis que leurs gens fussent auques pres d’eulz et vousissent assembler a leur adverse partie. Dont dist li uns d’eulz :
« Nous sonmes s. aussi comme B X2 cil qui atendent l’abee. Nous ne savons nouvelles de vostre gent autrement que ce chevalierAbylon nous a conté 'une grant courtoisie qu’il doit avoir faite a Dorus'. Et se ce est voir, si s’en voise aprés lui et face ce qu’il li plera. Se il treuve treuvent B nos compaingnons qui de ci se partent, si leur die que nous sonmes reperié a nostre gent, qui sont assemblé a nos lor B X2 anemis.
– Ainsint, dist Abylon, le vueil je fere. »
Atant se sont d’iluec departi departistes B , si c’est mis se mist B Abylon a B la trace de Dorus. Mes atant lesse a aparler d’eulz et B retourne repaire ci B [c] li contes G X2 a Mardocheus, qui s’estoit mis aprés Dorus, ainsi conme j’ai est X2 devant dit dit el conte B .

[47] Ci vient li contes a Mardocheus, si conme il se mist m. a aler B aprés Dorus aprés ce que l’en sot que B X2 Helcanus fu mors m., comme s’ensuit G .

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Enluminure sur 1 colonne (c) et 12 UR. Mardocheus et un compagnon à cheval dans la forêt à la recherche de Dorus à la mort de Helcanus.

§831 Ci endroit dist li contes, si conme vous avez oï devant, que Mardocheus s’estoit mis les esclos aprés Dorus, si que il chevaucha tant t. que B , il et sa gent, qu’il encontrerent aucuns qui estoient retournez de la chace pource que il qui B ne porent pas suivre Dorus pour lor chevaus, qui qui lor B estoient estanchiez, si qu’il vindrent a lui et li ont dit que moult folement enchauçoit Dorus et a pou de gent, et d’autre part s’estoit grant folie que il s’embatoient s’entrebatoient V3 G entre ces montaingnes, dont il ne pourroient retourner fors parmi leurs anemis. Lors s’arresta Mardocheus, et li vindrent nouvelles que li rois d’ArragonDyomarques le B X2 faisoit suivre suite B aprés lui. Adont prist Mardocheus .xx. chevaliers et leur conmanda que il alassent aprés Dorus et et lor commanda B qu’il ne reperassent devant ce qu’il oïssent tant que il savroient B de lui novelles, queles que elles fussent. Cil ont dit que ainsint le feroient feront G il, et Mardocheus se tint G d’autre part a ce qu’il savroit volentiers B X2 la volenté du roy d’ArragonDyomarques. Lors se mist au [d]repaire, lui tiers de chevaliers, si perça toute leur gent et la B X2 fist tenir coie tant qu’il eust parlé a l’arriere garde, et il ainsint l’ont fait.

§832 💬Pas de nouveau § BDont ne demoura pas que Mardocheus ne B venist vint B au duc de NiceKarus, qui estoit son pere, et meismes a Japhus le Frison, car il dui fesoient l’arriere garde, qui furent moult joiant et moult lié G quant i l’ont veu. Lors li dist le duc son pereKarus :
« Biau filz, de sagement esploitier d’ore en avant ne seroit ce B pas folie ?
– Non, sire, dist il. Et qui savroit bon conseil donner, si le donnast !
– Je le donrai, dist le ducKarus. Car vez ci le roy d’ArragonDyomarques qui nous suit. Et quant il verra que nous serons entrez en ces montaingnes, il se ferra en la queue de nostre gent, si n’avrons pooir d’eulz aidier. Si avrons ainsi perdu nostre honnor et la le B vostre. »
Lors respondi Japhus le Frison et dist :
« Conment ! N’est il nulz qui sache que💬Comprendre que = ce que, cf. Note linguistique. Dorus soit est B X2 devenus ?
– Nennil, dist Mardocheus, fors qu’il se mist a aler aprés Pelyarmenus, si qu’il n’est nul qui m’en sache dire autre chose fors que je ai envoié .xx. chevaliers en la queste.
– Bien avez fait », dist chascuns. 💬Nouveau § BAdonc orent conseil qu’il feroient leur gent retraire en lieu ou il se pourroient deffendre et faire aide les uns aus autres se mestier leur couroit seure seure. Et adont ont fait sonner la retraite B . Si fist aussi li roys d’ArragonDyomarques B de l’autre part sa gent arrester tant que il savroit a quoi il beoient, car il vit bien que a ce qu’il cuidoit fere avoit il failli.

§833 💬Pas de nouveau § BEn ce qu’il estoient en ceste chose vint li rois de SezilleRoi de Sezille et le duc de PuilleDuc de Puille au roy d’ArragonDyomarques et li distrent :
« Biau sire roys, nous sonmes venus en l’aide de l’emperere de Rome nostre seingneurPelyarmenus, et si ne savons nulles nouvelles de lui [e]n’en quel point il est. De l’empereeur de ConstentinonbleHelcanus cuidons nous bien qu’il soit mors, dont s’est pitié et duel a touz ses amis, et moult est laide chose d’amy et meismement de frere a autre d’entreprendre tel chose conme de l’un et de l’autre occirre et mettre en prison mort B et du tout mettre au desous. Encore y a autre chose, car maint preudonme p. sont qui B aident a leur seingneur lor droit a maintenir, et encore plus, que il mettent leurs cors et leurs avoirs en aventure pour B X2 acomplir leur volenté, quele qu’ele soit. Et mal aient tout cil qui pour acomplir leur B male volenté font a preudonme vilonnie ! »

§834 💬Pas de nouveau § BQuant il orent ce dist, si distrent :
«  Or, le ›roy‹[l]e (?) V3 G faisons bien, et si metons nostre gent a ce que nous envoions a l’autre partie pour avoir .i. pou de respit, tant que Pelyarmenus soit trouvez et que B l’en sache qu’ il Pelyarmenus B soit est B X2 devenus, et puis si le metons a ce que reson si soit faite a ce chietif pueple qui ci est assemblé d’une partie et d’autre qui se veult entrocirre, et est est fait B pour l’orgueil o. G et pour l’envie d’aucun felon ou il n’avra jamés j. faite B X2 droiture ne droite B verité a son vivant. »

§835 Quant le roy d’ArragonDyomarques vit G ce, si vit bien qu’il avoit reson en ce qu’il disoient. Si ne volt ne G n’osa aler a l’encontre. Lors ont eu conseil qu’il envoieroient a l’autre partie pour ceste chose. Lors fu pris respit les uns contre les autres jusques a .iii. jours, et d’iluec en avant a. le B X2 prendroient plus lonc, se mestier en avoient estoit B . Lors avint que en cestui point vindrent les chevaliers qui partis se furent d’Abylon, conme j’ai devant dit G , et ont fet asavoir a touz les ses se V3 grans barons de l’ost l’aventure qu’il avoient entendue attendue G [f]de celui Abylon, conment il avoit tenu compaingnie a Dorus. Quant il orent oïrent G ce oui G , si orent conseil et B orent grant merveille qu’il ne plaisoit a Dieu que il fust reperiez vers eus. Que vous iroie diroie G je plus le conte alongnant ? Car je y metroie trop se de toutes les aventures qui avindrent vouloie fere mencion. Si vueil a ce venir que G leur conseil fu tel d’une part qu’ il B se mistrent en la queste les plusseurs de trouver Pelyarmenus et Dorus. Si nous en fet li contes tant de mencion que il dit que les des B .xx. chevaliers que Mardocheus envoia en la queste de Dorus trouverent toutes les aventures dont li contes fet ci devant mencion en tele maniere aussi B conme je vous dirai.

§836 💬Pas de nouveau § B Verité Voir B fu que, entre toutes les aventures, il trouverent le lieu et le cheval mort, dont Dorus avoit de sa la G selle copees les cengles, et la connurent il le cheval et cuidierent tout vraiement que la eust il esté mort ou mené em prison. Aprés ce G ont il ont V3 X2 tant suivi la trace que il vindrent en l’abbaÿeAbbaye. Et quant il i furent venus, si ont enquis et demandé nouvelles de celui, et il leur en fu dite toute la verité, mes il n’en vodrent riens croire, si qu’il escovint a l’abbéAbbé que il en demourast en grant anuy pource que il avoit la esté et nul n’i avoit qui puis seussent nouvelles de lui. Lors L. il G avint que cil se mistrent arrieres en la forestForest de Constantinople et s’en partirent de la la et alerent B ainsi conme il entendoient entendirent B qu’il s’ estoient estoit B mis a la voie entre lui et Abylon. Si ont tant alé et sus et jus qu’il encontrerent Hayno, lui tiers, tout ainsint conme j’ai dit desus qu’il s’ estoient estoit B mis aprés Dorus. Cilz Hayno, quant il vit ceus, si osta son hyaume et vint a eulz et les[49] salua et les s. V3 et ce fist connoistre et enquist de leurs nouvelles, et mais B X2 pou en porent savoir dire de bonnes B . Et nonporquant li ont dit ce qu’i volt savoir d’eulz; et il d’autre part leur le l. V3 dit ce qu’il avoit de Dorus entendu oÿ G .

§837 💬Pas de nouveau § BDe leurs parolles ne fet ci endroit li contes plus de mencion, fors tant qu’il se sont d’iluec departis touz ensemble et alerent puis tant sus et jus qu’il trouverent la cotte Dorus a armer entre un grant abateis de chevaliers. Si ont cuidié vraiement que la eust e. il B esté mort et trais hors des armes. Si ne fu onques veu veu nul B si grant duel conme l’en peut la veoir. Et quant cil orent leur duel demené ainsi conme cil qui ne se porent reconforter, si se sont mis au chemin retour B vers leur gent et ont tant alé deça et dela que il sont repairié. Et quant l’en leur demanda qu’il avoient trouvé, si distrent la verité.

§838 Quant li baron ont ce oÿ, si ne fu onques mes si grant destourbier veu conme il orent, et encore eust il esté greingneur, ce ne fust ce qu’il ont conmandé c’om se sueffre pour le l’ont celé au B conmun💬c’om se sueffre pour le conmun: Comprendre "qu’on se modère devant le peuple".. Et de l’autre part, Pelyarmenus fu tant quis et d’une part et d’autre qu’il fu trouvé en l’abaÿeAbbaye ou il estoit, ainsi conme j’ai desus dit. Lors li fu contee la mort de son frere Helcanus, et de Dorus n’estoit il nuls qui riens en seust. Lors fu li deables Pelyarmenus B X2 si joians de la mort son frere Helcanus et de Dorus B , qui pardonnoit touz mautalens G a touz ceus qui riens B li avoient forfet, et tant que il se parti en cele heure joie B de l’abbaÿeAbbaye et vint arriere a sa gent. Mes il fu tel mené du travail qu’il avoit eu du chevauchier chevalier V3 G 💬L’erreur de V3G, qui introduit un contresens évident, provient sans doute d’une banale confusion graphique. en ce qu’il avoit esté navrez ou chief que il plut a Nostre Seingnor💬 Pour le combat du Bien et du Mal, de Dieu contre le Diable que figure Pelyarmenus, cf. Introduction littéraire., aussi com par venjance aventure G , qu’il issi [b]du sens, et le couvint lier aussi conme c. .i. B desvé. Ceste aventure fu seue des nobles n. et G barons d’une partie et d’autre, si orent moult grant doute chascun de soi, car il sorent vraiement que ce fu miracle et Tabour vengance B X2 💬Il s’agit du mont Tabor, en Israël, que le Pères de l’Église identifièrent comme le lieu de la Transfiguration, d’où l’association au miracle.de Nostre Seingneur, dont il avint aussi conme je vous conterai a pou de parolles que le roy d’ArragonDyomarques et le roy de SezilleRoi de Sezille et le duc de PuilleDuc de Puille s’apensserent qu’il s’acorderoient aus barons de l’autre partie en tele maniere que il se retrairoient chascun en sa contree et feroient .i. parlement de pes pes prendre B , li uns d’eulz contre .i. autre de l’autre partie a jour couvenable, et dedens ce avenroit aucune chose qui pourroit valoir a l’un ou a l’autre💬De manière significative, la paix est possible aussitôt que Pelyarmenus se retrouve hors-course..

§839 💬Pas de nouveau § B Tout Dont G ainsi fu le jour pris conme j’ai devisé G . Si avint que Japhus le Frison et le roy d’ArragonDyomarques pristrent p. le B X2 jour de parlement de la endroit au jour saint Jehan aprés ensuivant en suivant a venir B , et parmi grans asseurances faites. Lors se partirent atant de la, et revint la partie Pelyarmenus arriere B a Rome et en leur contrees, et l’autre partie p. revint B en Constentinonble. Et fu Helcanus mis en terre a grant douleur de cris et de pleurs. Mes il couvint mettre cest donmage et cest anui a la plus grant pes que l’en pot. Si ne me vueil ore pas ci arrester, ains vueil venir B au duel de l’empererisNera, qui estoit demouree ençainte, et meismement au duel de mainte m. autre B dame dont li contes fera mencion ainz que je voise die B plus avant en ma matire, dont cil qui estoient n’e. B encore a naistre né B en B furent puis eulz tel que mout serons lor nons B et leurs fais moult essauciez, avant que je aie finé ceste hystoire. Si asfiert ci endroit que je lesse a parler des aventures devantdites, car bien i cuide reperier en lieu et en temps selonc ce que mestier en sera, et [c]repaire li contes a parler de B l’empereeur Cassydorus, ainsi conme j’en lessai a le B parler ça devant ou conte B .

[48] Ci Ci devise conment la chastelaineLa châtelaine pourchaça la mort l’emperereCassidorus en tele maniere com vous orrez et devise conment il fu mis en terre et conment l’empererisFastige revint en sa ceulle avec le chastelainLe châtelain le ch., comme s’ensuit ça aprés G vient li contes a l’empereror Cassidorus comment il morut morut par la traison a la chastelaine X2 B X2 .

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Enluminure sur 1 colonne (c) et 12 UR. Cassidorus accompagné du châtelain se rendant vers la cellule où se trouve l’ermite.

§840 Ci endroit reconmence li contes que B X2 verité Voirs B fu, ainsi com vous trouverez en l’ystoire, que, ainsi conme je lessai mon conte de l’empereeur Cassydorus quant il avint que Celydus et Dyanor se furent departi de lui, ainsi com il est contenu c. devant B , que il se maintint moult noblement bonnement B en son son travail et en son B labour, ainsi conme il est a esté B X2 desus dit contenu B X2 . Car li chastelainsGomor meismes, qui esgarda a ce que .i. tel honme, qui touzjours avoit esté veritables en ses affaires, avoit toute seingneurie mise arriere et s’estoit mis du haut au bas, ne se pot tenir que il ne venist a lui et li dist :
« Sire, voirs est que le sage dist que 'qui ne s’ainme n’est mie digne de moisson avoir'💬 qui ne s’ainme... avoir: Variante du proverbe Qui ne seme ne cuilt (Morawski, 2043).. Et pource que je voi que vous semez en terre gaaingnable, se seroit contre reson que que vous B feissiez fussiés B a recevoir. Et pource que je voi que j’ai pou cultivé et ahané, si sera ma moisson petite, par quoi il couvient que je me mette a ce que que je voi que B vous estes fais. »

§841 [d]💬Pas de nouveau § B Quant li empereresCassidorus entendi le chastelainGomor, si li dist B :
«  Amis A., dist li empereres B , Deux Nostre Sires B vous doint tel cultivement faire que vous ne soiez a la senestre sestre B partie du Jugement Juge B , ou la ou B cil seront qui mauvessement avront cultivé ce qui leur avra esté enchargié.
– Sire, dist li chastelainsGomor, sachiez vraiement et si ne cuidiez pas que je ne doie ouvrer par vostre conseil c. endroit de ce B , que je vueil estre aussi conme vostre bon compaingnon, en tant conme de fere penitance et de Dieu Nostre Seingneur servir.
– Amis, dist li empereresCassidorus, ceste compaingnie ne vueil je ore pas mettre arriere, car j’ai aucune fois oï dire d. que B X2 compaingnie Dex la fist💬 j’ai aucune fois... fist: Comprendre "J’ai parfois entendu dire que Dieu fit cette compagnie".. Or me dites en quele maniere vous me voudriez tenir compaingnie, car ce me couvient il savoir.
– Sire, ce dist li chastelain cil B Gomor, je voudroie volentiers amener la chastelainneChastelainne a ce que elle me vousist croire en autele maniere conme ma dame l’empereris B Fastige fet vous B X2 . »

§842 Quant li empereresCassidorus entendi oÿ B ceste parolle du chastelainGomor ce B , si gita aussi conme .i. faus ris et dist G :
« Par ma foy, dist li empereresCassidorus, sire chastelains B , aussi voudroie je ! Mes il m’est avis que vous em pourriez assez povrement chievir a chief venir B X2 . Et nonpourquant, Nostre Sires l’avra assez tost convertie quant Il li plaira. Si vous en metez en painne, si ferez que preudonme. »
Ainsi ont moult longuement B parlé li chastelainsGomor et l’emperereCassidorus B ensemble de ceste chose B . Si prist li chastelainsGomor congié et s’en vint a la chastelainneChastelainne et la mist a reson et li dist :
« Dame, je voudroie a vous parler.
– De quoi, sire ? »
, dist elle
B
. Lors ne demoura pas que li chastelainsGomor mist la chastelainneChastelainne a ce que elle vit bien que li [e]emperieresCassidorus li toudroit son seingneurGomor se il demouroit auques entour lui. Et que fist ele ? Elle s’est a B X2 apenssee s’appensa G de toute B X2 la greingneur traïson qui onques mes fust penssee, car tout maintenant elle li otria a asouvir fere G sa volenté et si li dist pour voir que, tout ne li eust il requis a fere ce qu’il li requeroit, si l’en li B eust elle requis, et que tout vraiement elle vouloit mettre son cors a penitance faire, car li temps estoit venus que faire l’escouvenoit li e. B .
« Dame, dist il, 'voirement a tost Dieu conversé celui qui que il B qui il X2 veult mettre a bonnes oeuvres faire'💬 voirement a tost Dieu... faire: Expression sentencieuse inconnue des répertoires., et l’ un en B doit couvoitier le preu de l’autre, car nous devons V3 estre en Nostre Seingneur .i. cuer, une volenté et une penssee.
– Sire, dist la chastelainneChastelainne, ce sé je bien, et je ferai vostre volenté, que car B X2 ce est raison et drois G . »

§843 Lors s’en vint li chastelainsGomor a l’empereeurCassidorus et li dist que sa fenmneChastelainne estoit toute convertie de fere le bien qu’i li conseilleroit.
«  Or Ce est bien, or B ne voi je G , dist l’empereeurCassidorus X2 , fors que vous et li elle B X2 G vous metez metiez V3 a penitance faire par le conseil de vostre confesseur.
– Sire, dist li chastelainsGomor, je me vouloie mettre conme vous estes e. fait B X2 en aucun lieu, je moi G et ma fenmeChastelainne B , la B ou nous ne feussions je ne fusse B pas conneus plus que vous estes ici. Et lors me pleroit miex mon estre et avroie plus grant entencion devocion B en ce qu’il me pleroit a fere.
– Par ma foy, dist li empereresCassidorus, de ce ne sai je que dire, car je ne vous voudroie conseillier chose dont vous feussiez tart au repentir, que 'cilz muert a envis qui apris ne l’a'💬 cilz muert... l’a: Cf. Morawski, 709 Enviz muert qui apris ne l’a.. La chastelainneChastelainne, par aventure, souferroit s. ja B a envis ce que l’empererisFastige fet ici. Et je m’en sui ci endroit a ce mis que vous veez que je travaille a ceste eglisseEglise de Saint Nicholas edefier. Et vous n’i poez pas entendre aussi [f]conme je fas, car ce seroit ausi conme desordenance, et si n’est pas usage de fere ce en son lieu.
– Tout ce est voirs verité B , dist li chastelainsGomor. Et pour ce me voudroie je mettre hors de mon lieu aussi conme vous avez fet.
– Amis, dist li empereresCassidorus, je loeroie que vous atendissiez encore .i. pou pour savoir conment elle se prendra a fere ce que vous dites, car vous pourriez tost emprendre une chose qui ne seroit pas remisse a point quant vous voudriez. »

§844 💬Pas de nouveau § BAinsi avint de ceste chose que li chastelainsGomor et sa fenmeChastelainne devindrent de bele maniere et conmencierent a fere aumosnes, et fist moult la chastelainneChastelainne la le B X2 simple, conme cele qui en ce pourchace une traïson moult cruelle, que quar B elle vit bien que son seingneurGomor li requeroit a fere moult de choses qui n’estoient pas de sa volenté. Si fist tant la mauvesse B par a B X2 .i. traitre maçon qu’il emporta amont .i. hourdeis qui par traÿson estoit fes de pierre💬La vilenie de la châtelaine renoue avec la veine misogyne très prégnante au début du Cycle. Elle est est rendue d’autant plus visible par les efforts du châtelain de Gomor pour remettre son épouse sur la bonne voie, les échanges avec Cassidorus laissant d’ailleurs entendre que ces efforts sont vains et que seule l’intervention divine peut remédier aux vices. La jalousie de la châtelaine envers le conseiller – figure de sagesse qui entoure son époux –, qui se fait source de tous les vices (curiosité maladive, trahisons en tous genres), et plus encore sa réluctance à la charité à laquelle l’incite ledit conseiller, rappelle celle de la vile impératrice qui s’opposait à Marques (Roman de Marques).. Et il li faussa, par quoi il fu touz derompus et despeciez sitost que li emperieresCassidorus fu sus montez, qu’i B le couvint cheoir ch. aval B en une tele B X2 maniere que il le couvint mourir a grant hachiee conme vrai martir. 💬La précipitation de la narration semble aller de pair avec sa précision, son emphase sur les forces en présence: tandis que la châtelaine et le maçon sont rangés du côté de la trahison, répétée à plusieurs reprises, Cassidorus est définitivement sanctifié par cette mort en martyr. Mes tant li fist Deux d’onneur que il fu vrais confés et parla au le G chastelainGomor et li dist en mourant :
« Ha ! dous amis, je me muir, ce qu’il couvient a chascun faire au jour que Deux li a destiné et B pourveu. Je vous pri pour humanité que vous aiez pitié p. et merci B de ma fenme l’empererisFastige, par quoi sa volenté soit fete en tele maniere que, se il li plaist a reperier a Rome, que vous faciez faites B X2 tant que ele i soit, et ses enfanz aussi ; et se il ne li plaist, que vous vueilliez fere vostre aumosne en lui. »

§845 Quant li chastelainsGomor vit que [50]li empereresCassidorus mouroit et il entendi ce qu’il dist G , si dist B :
« Ha ! sire s., de ce B , dist li chastelainsGomor G , aiez vostre cuer em pais, car je ferai vostre requeste a mon pooir ! »
Atant devia li sains B empereres e. Cassidorus G Cassidorus et rendi l’ame voiant maint preudonme qui virent et oïrent une grant B X2 compaingnie d’angels qui emporterent l’ame du bon martir en loanges et en chans el regne du ciel.

§846 💬Pas de nouveau § BLi chastelainsGomor, qui ne volt pas que le saint honme preudoms B Cassidorus n’eust loenges et honneur a sa mort de la grant humilité qu’il avoit fait, ainsi conme il est contenu G , fist asavoir a tout le pueple qui il estoit. Et quant il sorent ce, si furent tuit esbahi. Li chastelainsGomor le fist ensevelir au plus noblement que il pot, et puis si vint a lui maint preudonme a l’ermitageRobur ou l’empererisFastige estoit, qui nulles nouvelles n’avoit oncore oÿ de son grant destourbier. Si fu moult esbahie quant elle vit ceus venir a lui en tele maniere ainsi B . Lors li dist li chastelainsGomor :
« Dame, il vous couvient venir a mon seingneurCassidorus, a qui Deux a fet si apert miracle que tuit sevent que il est esti V3 empereeur de Rome et de Costentinoble.
– Sire, ce dist la dameFastige, de ceste honneur ne sé je pas que mon seingneurCassidorus en ait moult a faire. Mes ce me dites pourquoi il n’est venus avecques vous et m’eust conmandé sa volenté a faire, car que B il m’a conmandé que je ne me parte de ceens s’il n’est presens. »
Adonc vit bien li chastelainsGomor que dire li couvendroit tout el💬tout el: Comprendre "tout autre chose", avec tout adverbe. avant que la dameFastige osast contredire le conmandement son seingnorCassidorus et dist G :
«  Dame D., dist il G , riens n’i vaut li celers c. que B X2 : mesire m. est si malades que il B m’envoie a vous que il a paour que vous n’i puissiez venir a temps. »
Lors sailli la dameFastige em piez et dist :
« Ha ! vrais Deux debonnaires, soiez li aidant et moi n’oubliez ! »

§847 💬Pas de nouveau § BAtant se mist la dameFastige a la voie avec le chastelainGomor et avec la bonne gent qui erent o lui venus. Si ne [b]finerent jusqu’a tant qu’il vindrent ou moustierEglise de Saint Nicholas ou li empereresCassidorus gisoit g. mort G honnorablement, ainsi conme je avoie desus dit. 💬Nouveau § BQuant l’empererisFastige sot que ce fu son seingneurCassidorus, si ne fu pas merveille se elle fist chiere marrie. Que vous diroie je el G ? Il ne fu fu nul B cuer d’onme ne de fame, tant fust durs, quil n’eust grant pitié p. et grant doleur B des des grans G complaintes que elle fesoit. Mes ce vueil je lessier a raconter, car chascuns puet bien savoir selonc ce que dit est est devant B qu’ele fist tant que tuit firent duel avec lui, car meismes la chastelainneChastelainne, qui sa mort avoit pourchaciee, fist un si grant duel que mal feist a croire que se se li B eust elle fait. En celui duel avint que un chanoinne se vost revestir pour dire la messe de l’empereeurCassidorus, quant tuit cil qui la furent distrent qu’il B X2 virent entrer en l’egliseEglise de Saint Nicholas .i. evesqueÉvêque, tout revestu pour la messe dire, et avecques lui grant plenté de pres[c]tres et de clers si noblement appareilliez B qu’il sembloient angels de paradis. Et lors dist li evesquesÉvêque tout ce qu’il escouvient escouvint B dire B a tele personne mettre en terre et fist tout sus le servise.

§848 💬Pas de nouveau § BAinsi fu li emperieres e. Cassidorus G Cassidorus mis en terre devant le mestre autel de saint Nicholas. Et quant l’empererisFastige vit ce, si s’est apaisiee et vint a l’evesqueÉvêque devant tout le pueple, et il s’umelia vers li et la tint moult longuement en maniere de confession. Aprés se departi l’empererisFastige de lui aussi debonnerement que comme B s’il ne fust riens a lui de l’empereeurCassidorus fors tant que elle dist :
« Sire, drois emperieres et amis B X2 , il m’est moult tart que je puisse aler aprés vous en vostre compaingnie B X2 ! Car je voi B X2 bien que aprés moi ne venrez vous pas. Si pri a Jhesucrist qu’Il ait pitié et merci de l’ame de vous se Il li vient a gré. Ainsi soit il il, amen G B X2 ! »

[Explicit] [b]Ci fenist fine X2 le livre de Cassydorus, [c]empereeur de Rome et de [b]Constentinoble, et aprés con[c]mence li derreains de ses enfans enfans. Explicit X2 B .